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Full text of "Revue encyclopédique : liberté, égalité, association"

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University  of  Ottawa 


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REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE. 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 

ANALYSE  RAISOKNÉE 

DES  PRODUCTIONS  LES  PLUS  REMARQUABLES 

DANS  LA  LITTÉRATURE,  LES  SCIENCES  ET  LES  ARTS, 

PAR    UNE    RÉUNION 

DE   MEMBRES   DE   L'INSTITUT, 

ET    D'A.UTRES    HOMMES    DE    LETTRES. 

oJvDwweçj   4  820 . 


TOME   VI. 


PARIS, 


AU    BUREAU    DE    LA    REVUE    ENCYCLOPEDIQUE, 

CHEZ    FOULON  ,     LIBRAIRE  ,    KUE     DES    FRANCS-BOURGEOIS- 
SAINT-MICHEL  ,    N°    3. 

LONDRES.   —  TREUTTEL  ET  "VVURTZ. 

IWXVVVVVX'VVX 

1820. 


R  A  R  £v 


no 


'3 


1970 


t-* 


«  Toutes  les  sciences  sont  les  rameaux  d'une  même  tige.  » 

Bacon. 

«  L'art  n'est  autre  chose  que  le  contrôle  et  le  registre  des 

j)  meilleures  productions A  contrôler  les  produc- 

»  tions  (et  les  actions)  d'un  chacun,  il  s'engendre  envie 
»  des  bonnes,  et  mépris  des  mauvaises.  » 

Montaigne. 

'<.  Les  belles -lettres  et  les  sciences,  bien  étudiées  et  bien 

»  comprises,  sont  des  instrumens  universels  de  raison, 

»  de  vertu ,  de  bonheur.  » 

(M.  A.J.) 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

OU 

ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 

Des  productions     les  plus    remarquables    dans   la 
Littérature ,  les  Sciences  et  les  Arts. 

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I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET   MELANGES. 


SUR  LE  TREMBLEMENT  DE  TERRE, 

Et  sur  les  éboulemens  qui  ont  eu  lieu  dernièrement  à 
Sainte-Lucie  (i). 

Le  tremblement  de  terre ,  que  la  Martinique  a 
îprouvé,  le  16  octobre  1819,  à  une  heure  du  ma- 
in, s'est  fait  sentir  simultanément  à  Sainte-Lucie, 
[lette  île  est  située  sous  le  même  méridien  que  la 
Vlartinique  ;  elle  en  est  séparée  par  un  bras  de  mer 
le  n  lieues  de  large ,  dont  la  profondeur  est  telle 
nielle  ne  peut  être  déterminée  par  la  ligne  de 
>onde.  Ces  circonstances  peuvent  offrir  à  Tobserva- 


(1)  Cette  Notice  a  été  lue  à  l'Académie  royale  des  Sciences  de 
Institut  de  France,  dans  sa  séance  du  26  mars  1820,  par  M.  le 
shef  d'escadron  d'état-major  Mortïau  de  Jonjvès,  correspondant 
Je  l'Académie. 


6  SUR  LE  TREMBLEMENT  DE  TERRE 

tcur  doux   considérations  géologiques,    qui  ne  sont 

pas  sans  quelque  importance  : 

i°.  Du  gissement  des  deux  îles  ,  on  peut  conclure  , 
que  le  tremblement  de  terre  s'est  propagé  ,  dans  la 
direction  du  sud  au  nord,  comme  l'action  volcani- 
que ,  à  laquelle  les  petites  Antilles  doivent  leur 
origine. 

2°.  De  la  simultanéité  des  secousses  du  sol ,  sur 
deux  points  séparés  par  un  espace  de  mer  de  sept 
lieues  de  large  ,  et  au  moins  de  deux  mille  mètres 
de  profondeur,  il  y  a  lieu  d'induire  que  la  puis- 
sance qui  a  produit  ces  secousses  avait  son  centre 
d'action  placé  à  une  profondeur  beaucoup  plus 
grande  encore  ,  ou  bien  que  cette  action  s'est  trans- 
mise du  massif  minéralogique  de  Sainte-Lucie  à 
celui  de  la  Martinique,  à  travers  les  eaux  de  l'At- 
lantique équatoriale. 

Dans  la  première  de  ces  deux  îles,  il  y  a  eu  des 
éboulemens  désastreux  ;  mais  ,  le  tremblement  de 
terre  n'en  a  point  été  la  cause.  Ils  ont  été  produits 
par  les  pluies  diluviales  tombées  les  i3,  i4  et  i5 
octobre,  pendant  la  tempête  violente  qui  a  précédé 
les  ébranlemens  du  sol.  Un  assez  grand  nombre  d'in- 
dividus ont  péri  par  la  chute  d'énormes  blocs  de  ba- 
salte, qui  oui  glisse  sur  les  déclivités  où  ils  sem- 
blaient fixés  par  leur  immense  pesanteur.  L'on  cite 
même  <]es  terrains  étendus  ,  plantés  en  cannes  à  su- 
cre .  qui  se  sont  détachés  de  la  région  supérieure  des 
collines,  el.  qui,  mis  en  mouvement  par  ces  se- 
rousses,    ont   changé  de  place,    et  sont  maintenant 


QUI  A  EU  LIEU  A  SAINTE- LUCIE.  7 

dans  une  situation   toute   différente  de  celle  qu'ils 
avaient  précédemment. 

Ce  phénomène  singulier  se  retrouve  assez  fré- 
quemment dans  l'histoire  physique  des  Antilles.  En 
examinant  les  terrains  où  il  a  eu  lieu,  je  me  suis 
assuré  qu'il  est  constamment  produit  par  la  pro- 
priété qu'ont  les  tuffas  calcaires  et  ponceux ,  qui 
forment  les  couches  supérieures  des  collines,  de 
laisser  filtrer  les  eaux  pluviales  à  travers  toute  leur 
masse  5  tandis  que  les  terrains  argileux ,  qu'ils  su- 
perposent ,  et  qui  sont  formés  de  la  décomposition 
des  laves  porphyritiques ,  refusent  d'absorber  ces 
eaux  ;  ce  qui  établit  des  courans  souterrains  entre 
la  couche  supérieure  du  sol  et  la  base  sur  laquelle 
elle  repose.  Lorsque  ces  eaux  sont  gonflées  par  des 
pluies  extraordinaires ,  ou  quand  elles  sont  accrues 
par  le  déversement  soudain  de  quelque  réservoir 
les  montagnes,  elles  entraînent,  dans  leurs  cours, 
les  terrains  qui  les  récèlent  plus  ou  moins  profon- 
dément. L'on  a  vu,  surtout  à  la  Barbade  ,  de  vastes 
espaces  de  terre  être  ainsi  transportés  ,  par  une  puis- 
sance invisible,  non-seulement  avec  les  cultures  dont 
ils  étaient  couverts  ,  mais  encore  avec  des  maisons  et 
leurs  habitans  épouvantés. 

MOREAU   DE  JONNÈS. 


PROGRES 


WVWWM  WVWWW VW  \WVW WWVW\* V\*r 


EXTRAIT 


D'un  Discours  sur  le  progrès  des  sciences  et  des  arts  de 
la  marine  française  ,  depuis  la  paix ,  lu  dans  la 
séance  publique  de  V  Académie  des  Sciences  ,  du  27 
mars  1820  ;  par  Charles  Dupiv  ,  membre  de  V Institut , 
officier  supérieur  au  corps  du  génie  maritime  ,  etc. 

Messieurs,  je  vais  lâcher  de  suivre  ,  dans  leurs  pro- 
grès les  plus  récens,  les  connaissances  relatives  à  la  ma- 
rine. Je  partirai  de  l'époque  où  la  paix,  mettant  un 
terme  à  des  luttes  sanglantes,  n'a  plus  permis  aux  défen- 
seurs de  l'Etal,  de  le  servir  autrement  que  p  ar  des  médi- 
tations, des  veilles  et  des  travaux  scientifiques.  Depuis 
cette  époque,  les  marins  de  toutes  les  classes,  de  toutes 
les  professions  ,  éclairant  leur  marche  avec  le  flambeau 
de  la  théorie  ,  ont  fait  la  revue  des  arts  variés  qu'ils 
exercent  ou  qu'ils  dirigent. 

L'architecture  navale  (  quoique  placée  au  premier 
rang  parmi  ces  arts  ) ,  promettait  peu  de  découvertes  à 
des  recherches  nouvelles  ;  et  la  cause  en  est  honorable 
pour  la  France.  Dès  son  début  dans  la  carrière  ,  un  in- 
génieur célèbre ,  que  l'Institut  a  reçu  dans  son  sein  , 
et  qui,  cette  année,  préside  l'Académie  (1) ,  avait  su 
donner  à  la  caréné  de  nos  vaisseaux  ,  ces  formes  heu- 
reuses dont  tous  les  éléraens  sont  si  bien  combinés  , 
qu'ils  procurent  au  navire  la  rapidité  de  la  marche, 
la  douceur  des  roouvemens  ,  et  la  facilité  des  évolu- 
tions. 

N'ayant  plus  rien  à  gagner  sous  le  point  de  vue  de  h< 
~_ , t 

M.  Saké,  inspecteur 'général  du  génM  maritime^ 


DES  ARTS  MARITIMES.  9 

mobilité,  nous  cherchons  à  rendre  nos  vaisseaux  plus 
redoutables  dans  l'attaque,  et  moins  faibles  dans  la 
défense.  11  s'agit  aujourd'hui  de  rendre  leurs  batteries 
plus  profondes,  plus  libres  ,  plus  commodes,  pour  le 
service  de  la  nombreuse  artillerie  qui  fait  toute  leur 
puissance.  Il  s'agit ,  en  agrandissant  cet  espace,  de  le 
couvrir  de  bouches  à  feu  d'une  force  plus  grande. 
Néanmoins,  grâces  aux  calculs  appuyés  sur  des  théo- 
ries maintenant  bien  connues  ,  nous  pouvons  obtenir 
ces  avantages  nouveaux  ,  sans  faire  perdre  aux  navires 
les  qualités  qu'ils  ont  acquises. 

On  a  poussé  plus  loin  les  innovations.  La  proue,  et  sur- 
tout la  poupe  ,  étaient  surchargées  de  pilastres  et  de 
corniches  ,  de  festons  et  de  guirlandes,  de  bas -reliefs 
et  de  statues.  Sous  ce  luxe  bizarre  étaient  cachés  des 
points  faibles  par  où.  les  projectiles  pénétrant  sans  au- 
cun obstacle ,  traversaient  le  vaisseau  dans  toute  sa 
longueur,  et  renversaient ,  par  rangs  entiers,  les  défen- 
seurs déployés  suivant  une  direction  aussi  peu  protégée. 
Mais,  à  présent  ,  on  s'occupe  des  moyens  de  rendre 
partout  également  résistante  une  citadelle  partout 
également  exposée.  On  méprise  un  vain  ornement ,  et 
l'on  conçoit  qu'il  n'est,  pour  les  navires  de  l'Etat, 
qu'une  seule  décoration  qui  les  puisse  embellir  :  «  c'est 
la  guirlande  et  la  couronne  d'un  véritable  laurier, 
attaché  par  la  Victoire  aux  poupes  et  aux  proues  du 
triomphateur.  » 

Ne  croyez  pas,  Messieurs,  qu'une  aveugle  haine  contre 
les  beaux-arts  ,  nous  fasse  en  méconnaître  et  le  prix  et 
les  charmes.  Nous  avons  aussi  nos  musées,  où  nous  re- 
cueillons, avec  un  soin  religieux,  les  monumens  du  génie 
échappés  aux  destructions  de  l'ignorance  et  du  vanda- 
lisme. A  Toulon,  les  trophées  de  la  victoire  et  des  beaux- 


i©  PROGRES 

arts  décorent  les  collections  de  la  science  et  de  l'indus- 
trie. Sous  Louis  XIV,  l'auteur  du  Milon  de  Crotone  et 
du  Saint-Sébastien,  sculptait  pour  la  marine  française*, 
dans  le  plus  bel  arsenal  de  la  Méditerranée.  Son  ciseau 
produisait  les  statues  et  les  bas-reliefs  destinés  à  déco- 
rer les  navires  que  Duquesne  a  montés  pour  défaire  les 
Espagnols ,  et  vaincre  Ruyter  aux  rives  de  la  Sicile. 
Avec  des  soins  infinis  ,  que  ]e  dois  citer  ici  ,  puisqu'ils 
datent  du  retour  de  la  paix,  on  a  tiré  de  la  poussière 
et  sauvé  de  la  destruction  le  bois  trop  peu  durable  sur 
lequel  est  sculptée  l'œuvre  du  Puget  ;  et  plusieurs  géné- 
rations de  héros  pourront  encore  chercher  des  émotions 
et  des  inspirations  ,  en  admirant  les  monumens  glorieux 
d'un  âge  qui  s'offrira  toujours  à  notre  imagination  ,  au 
même  rang  que  les  âges  consacrés  parles  noms  d'Au- 
guste et  des  Médicis. 

Tandis  que  les  beaux-arts  ,  rendus  au  luxe  de  la  paix, 
s'éloignent  de  nos  vaisseaux,  les  sciences  du  calcul ,  de 
la  géométrie  et  de  la  mécanique  soumettent  à  leurs  lois 
des  formes  jusqu'alors  arbitraires  et  capricieuses.  Par 
leurs  secours  ,  on  s'efforce  à  déterminer  le  degré  de 
résistance  qu'il  est  possible  d'atteindre  dans  toutes  les 
parties  auparavant  trop  vulnérables.  Des  essais  heu- 
reux sont  tentés  sur  des  frégates  (i)  ;  d'autres  le  sont 
sur  des  vaisseaux.  Le  tems,  qui  détruit  si  prompte- 


(i)  Nous  citerons  les  frégates  construites  sur  les  plans  de 
M.  Brctocq  ,  directeur  des  constructions  navales  ,  au  port  de 
Cherbourg,  et  de  M.  Simon,  oflicicr  supérieur  au  corps  du  gé- 
nie maritime  à  Brest.  Une  autre  frégate  doit,  être  exe'cute'e,  en 
adoptant  les  divers  perfectionnement  proposes  par  l'amiral  Wil- 
laumez,  si  connu  par  ses  beaux  combats  dans  l'Inde,  et  son 
<  spérience  dans  tontes  1rs  parties  de  son  art. 


DES  ARTS  MARITIMES.  1 1 

ment  tout  ce  qui  flotte  sur  la  mer  ,  et  qui  force  la  main 
de  l'homme  à  réédifier  sans  cesse  ,  aura  bientôt  rem- 
placé ,  par  des  bâtimens  plus  redoutables ,  les  bâtimens 
de  guerre  construits  sur  de  moins  sages  principes. 

Vous  serez  étonnés  ,  sans  doute  ,  en  m'entendant 
parler  de  ces  ravages  opérés  si  rajiidementpar  les  seuls 
effets  du  tems ,  sans  compter  les  destructions  instan- 
tanées des  batailles  et  des  tempêtes.  Vous  en  prendrez 
quelque  idée  ,  en  considérant  un  moment  ces  vaisseaux 
du  premier  rang  dont  la  masse  n'offre  de  toutes  parts 
que  des  arbres  énormes,  artistement  travaillés  pour 
les  adapter  à  des  formes  précises  ;  contournés  avec 
adresse  pour  ne  rien  diminuer  de  leur  force  naturelle  ; 
combinés  les  uns  avec  les  autres  pour  se  prêter  un  mu- 
tuel support;  et  de  toutes  parts,  traversés,  attachés, 
enlacés  par  des  colliers  et  des  chaînes  ,  des  axes  et  des 
courbes,  des  mains  et  des  bras,  ou  d'airain  ou  de  fer. 
Eh  bien  !  malgré  tant  de  moyens  accumulés  par  la 
prévoyance ,  quatorze  ans  suffisent  aux  forces  invisibles, 
mais  infatigables  de  la  nature  ,  pour  porter  le  délabre- 
ment et  la  vétusté  dans  ce  chef-d'œuvre  de  nos  arts. 
L'action  combinée  du  poids  d'une  masse  inerte  et  des 
répulsions  inégales  de  la  mer  qui  presse  sa  carène  ,  la 
corrosion  produite  par  les  eaux  saturées  d'un  principe 
destructeur;  les  alternatives  de  sécheresse  et  d'humi- 
dité ,  de  froid  et  de  chaleur  de  l'atmosphère  :  voilà  les 
causes  de  la  courte  durée  des  plus  beaux  monumens  de 
l'architecture  navale. 

S'il  est  impossible  à  l'homme  de  suspendre  les  ra- 
vages du  tems,  il  peut  du  moins  retarder  et  diminuer 
ces  ravages  :  tel  doit  être  ,  tel  est  le  but  de  nos  efforts. 
A  tous  les  moyens  suggérés  par  l'expérience  de  nos 
concitoyens  ,  nous  joignons  les  moyens  empruntés  des 


n  PROGRÈS 

peuples  les  plus  ingénieux.  Le  Hollandais  nous  apprend 
par  un  simple  mastic  (i) ,  à  garantir  de  l'action  galva- 
nique et  à  préserver  de  la  corrosion  ces  chevilles,  ces 
clous  de  fer  cachés  sous  le  cuivre  d'un  doublage  qui 
procure  à  la  marche  du  navire  une  rapidité  nouvelle. 
L'Anglais,  en  donnant  une  direction  oblique  et  bien 
combinée  aux  grandes  liaisons  de  la  charpente  des 
vaisseaux,  reproduit,  perfectionne,  à  beaucoup  d'é- 
gards ,  et  rend  en  quelque  sorte  nouveau ,  un  sys- 
tème (2)  qui  prit,  parmi  nous ,  sa  naissance,  et  qui  ne 
permet  plus  à  la  caréné  de  se  déformer  par  l'action  de 
la  mer. 

A  ces  améliorations  principales,  se  rattachent  une  foule 
de  perfeclionnemens,  dans  les  arts  variés  qui  concourent 
à  la  construction,  au  gréement,  à  l'armementd'un  na- 
vire. Une  pompe  nouvelle  (3) ,  simple  dans  sa  structure , 
facile  dans  sa  manœuvre  ,  et  puissante  dans  son  effet , 
donne  une  sécurité  plus  grande  contre  le  danger  d'une 
voie  d'eau  :  danger  si  redoutable,  lorsqu'on  est  loin  de 
la  terre  et  privé  de  tout  secours.  Souvent  les  tempêtes  , 
sans  endommager  la  carène ,  arrachent  le  gouvernail , 

(1)  ("est.  M.  Rolland,  inspecteur  du  génie  maritime,  qui  a  fait 
connaître  à  la  marine  française  ce  moyen  conservateur,  dans  un 
Mémoire  rédigé  à  la  suite  d'un  voyage  de  cet  inspecteur  en 
Hollande. 

(7)  Kn  1818  ,  la  construction  d'un  vaisseau  de  7  \ ,  suivant  <  •  ■ 
nouveaui  principes  de  charpente,  a  été  résolue.  Dans  la  frégate 
»lc  M.  Simon,  ;i  laquelle  l'amiral  Willaumez  a  proposé  de  fair< 
améliorations,  on  a  a  suivre  le  même  système. 

•     M    Pierre,  de  Cherbourg,  a  fait  connattre,   en  1819,   \a 
pc  ingénieuse  qu'il  vient  d'inventer,  et  dont  la  marine  s'est 
finpri  tuée  d'ordonuei  'l'examen  :  on  a  commandé,  pour  le  port  de 
plu       nfi  pompes  de  cette  espèc  • 


DJES  ARTS  MARITIMES.  i3 

t'engloutissent ,  et  laissent  le  navire  à  la  merci  des  flots, 
m  moment  où  leur  fureur  est  le  plus  à  craindre  :  on  a 
trouvé  (i)  le  moyen  de  construire  et  de  placer,  avec 
plus  de  célérité  qu'on  ne  l'avait  fait  encore ,  un  nou- 
veau gouvernail  qui  rend  soudain  au  timonier  son  empire 
»ur  la  mer.  Dans  les  mouillages  ,  on  commence  à  com- 
biner l'usage  des  câbles  de  fer  (2)  avec  celui  des  câbles 
le  chanvre  :  ces  derniers  ,  moins  chers  ,  résistent  mieux 
contre  un  choc  violent  et  brusque  ;  mais  les  premiers 
'emportent  par  la  durée  :  ils  perdent  beaucoup  moins 
eur  force  par  l'action  de  l'eau ,  de  l'air  et  de  la  cha- 
leur ;  et  lorsque  l'ancre  est  jetée  sur  des  fonds  hérissés 
le  pierres  aiguës ,  ils  ne  peuvent  pas  être  coupés  par 
un  frottement  de  quelques  heures  contre  le  tranchant 
des  rochers. 

Vous  avez  pu  remarquer  à  l'exposition  des  produits 
àe  notre  industrie  (3) ,  auprès  des  riches  tissus  réservés 
pour  l'opulence  ,  d'autres  tissus  plus  modestes  ,  gros- 
siers dans  leur  aspect,  mais  légers  pour  leur  force,  et 
destinés  à  servir  de  voiles  à  nos  vaisseaux.  Les  juges  du 
concours  ont  déclaré  ces   derniers  tissus  plus  parfaits 


(1)  C'est  à  M.  Dusseuil ,  capitaine  de  frégate  en  retraite,  que 
la  marine  française  est  redevable  de  la  nouvelle  installation  du 
gouvernail  de  rechange.  Les  épreuves  toutes  récentes,  faites  à 
Brest,  d'après  des  ordres  supérieurs,  ne  laissent  rien  à  désirer. 

(2)  On  a,  pour  la  première  fois,  installé  ces  câbles  à  bord  de 
l'Isère  ,  de  la  Loire,  etc. ,  en  181 8,  dans  les  ports  de  Dunkerque 
et  de  Brest. 

(3)  M.  Leboucher  Villegaudin ,  de  Rennes ,  a  obtenu  ,  dans  la 
dernière  exposition  des  produits  de  l'industrie  ,  une  médaille 
d'argent  pour  les  progrès  qu'il  a  fait  faire  à  la  fabrication  de  ces 
toiles.  Rapport  du  Jury,  pages  ^7  et  68. 


14  PROGRÈS 

que  les  meilleurs  produits  du  même  genre  obtenus  jus- 
qu'à ce  jour.  Un  art,  bien  simple  en  apparence  ,  et  qui 
pourtant  demande  les  secours  de  la  physique,  de  la 
chimie  et  de  la  mécanique  ,  la  corderie  s'est  récemment 
perfectionnée  dans  nos  ports  (i).  Par  une  torsion  plus 
savante  ,  on  obtient  des  câbles  et  des  cordages  qui  con- 
tiennent moins  de  matière,  et  néanmoins  ont  plus  de 
force  que  les  produits  des  anciens  procédés.  Si  le  grée- 
mentde  nos  mâts  et  de  nos  voiles  peut  être  désormais 
rendu  plus  léger  ,  plus  favorable  à  la  facilité,  à  la  ra- 
pidité des  manœuvres ,  c'est  grâce  aux  travaux  récens 
d'un  ingénieur  (2)  qui,  dans  le  portd'Anvers,  construi- 
sait vingt  vaisseaux  à  la  fois,  et  présentait  le  spectacle 
d'une  flotte  entière ,  naissante,  et  s'élevant  sur  la  rive 
conquise  d'un  vaste  fleuve  ,  comme  une  ville  batave  , 
érigée  tout-à-coup  sur  quelque  plage  auparavant  cou- 
verte par  les  eaux.  Ces  citadelles  mobiles  étaient  bâties, 
défendues  et  sauvées  par  des  conscrits -ouvriers  ,  qu'on 
commençait  d'instruire  en  leur  faisant  tenter  de  pa- 
reils coups  d'essais  (3). 

L'Académie  a  placé  parmi  ses  correspondais,  un  111- 

(1)  En  1817,  1818  ei  1819. 

(2)  Le  colonel  Lair,  directeur  des  constructions  navales  à 
Brest.  (Test  en  conservant  à  tous  les  fils  une  égale  tension  dans 
le  commettage  ,  et  en  re'glant  avec  une  précision  nouvelle  la 
marche  du  charriot  qui  détermine  le  degré  de  la  torsion,  qu'il 
a  fabrique  des  cordages  plus  forts  qu'on  ne  savait  en  faire  dans 
nos  arsenaux.  On  connaîtra  bientôt  jusqu'à  quel  jwint  cette  aug- 
mentation de  force  permet  de  diminuer  la  grosseur  de  tous  les 
élémensdu  gréement  d'un  navire. 

(3)  Les  vaisseaux,  subsistent  encore  ;  et  le  corps  admirable 
qui  les  bâtît  et  qui  Les  défendit  n'est  plus  !  Espérons  que  le 
ministère  entendra  l'expression  patriotique  des  regrets  que  cette 
destruction  a  causés  à  tous  les  amis  de  notre  gloire  nationale 


DES  ARTS  MARITIMES.  i5 

génieur  (i)  dont  les  machines  ont  soumis  à  la  force  du 
vent  le  curage  de  nos  bassins  de  construction ,  et  les  pro- 
cédés variés  du  broiement  des  couleurs ,  du  sciage  et 
du  perçage  des  bois  (2),  du  laminage  et  du  tournage 
des  cylindres  et  des  feuilles  métalliques.  L'auteur  de 
ces  nombreux  travaux  a  fait  aussi  de  la  corderie  (3) , 
l'objet  nouveau  de  ses  observations  et  de  ses  perfection- 
nemens.  Enfin,  dans  un  arsenal  où  Coulomb  fonda  jadis 
sa  théorie  des  machines  simples ,  cherchant ,  comme 
lui,  des  vérités  spéciales  dans  l'étude  de  la  nature  et 
dans  l'art  des  expériences  ,  il  a  fait  sur  la  percussion  (4) 
une  série  d'épreuves  extrêmement  remarquables.  Elles 
ont  eu  pour  but  et  pour  résultat  de  calculer  la  possibi- 
lité, la  disposition  et  l'effet  des  pesans  martinets  mus 
par  la  main  des  hommes.  Ces  martinets  servent  main- 
tenant à  des  opérations  métallurgiques ,  pour  les- 
quelles l'action  des  courans  et  de  la  vapeur  d'eau  sem- 
blait seule  un  moteur  assez  puissant. 

(1)  M.  Hubert,  officier  supérieur  au  corps  du  génie  maritime. 

(2)  C'est  en  i8i5  et  1816  que  M.  Hubert  a  construit  son  mou- 
lin à  scier  les  bois  :  le  moulin  à  curer  est  antérieur.  Ces  dernières 
machines  ont  été  décrites  dans  un  Mémoire  présenté  à  l'Institut, 
vers  la  fin  de  181 5. 

(3)  M.  Delessert,  associé  libre  de  l'Académie  des  Sciences, 
ayant  fait  don  à  la  marine  d'une  machine  inventée  par  Fulton  , 
pour  filer  le  chanvre  des  cordages  ,  M.  Hubert  en  a  fait  l'exa- 
men comparativement  à  la  machine  ingénieuse  dont  il  est  lui- 
même  auteur.  M.  Hubert  est  aussi  l'auteur  d'un  dynamomètre  , 
servant  à  mesurer  la  force  des  cordages,  et  ,  depuis  181 4;  établi 
dans  tous  les  ports  de  France. 

(4)  C'est  en  1818  que  M.  Hubert  a  fait  connaître  ces  expé- 
riences dans  un  Mémoire  approuvé  par  l'Académie  des  Sciences , 
et  mis  au  nombre  de  ceux  qui  font  partie  de  la  collection  des  sa- 
vans  étrangers. 


^6  PROGRÈS 

En  améliorant  les  moyens  d'exécuter,  on  s'est  ef- 
forcé de  donner  aux  produits  ,  des  positions  et  des 
formes  plus  appropriées  à  leur  destination. 

Aces  tonneaux  d'un  bois  corruptible,  qui,  dans  les 
longues  traversées,  ôtent  à  l'eau  sa  fraîcheur,  et  sou- 
vent sa  salubrité,  on  a  commencé  de  substituer  des 
caisses  en  fer  (i).  Hermétiquement  fermées  ,  elles  inter- 
ceptent toute  action  putréfiante  extérieure;  elles  con- 
servent, pendant  plusieurs  années,  à  l'eau  qu'elles  ren- 
ferment, sa  limpidité,  sa  pureté  et  ce  goût  qui  n'est 
parfait,  que    par  l'absence  de  toute  espèce   de  goût 


étranger 


On  ne  s'est  pas  contenté  de  ce  moyen  conservateur. 
Ons'est  occupé,  avec  un  succès  tout  nouveau,  desmoyens 
de  suppléer  dans  beaucoup  decas,  aux  approvisionne- 
rons d'eau  douce  ,  en  rendant  potable  celle  de  la  mer. 
C'est  ce  qu'on  doit  aux  travaux  d'un  chimiste  distingué^) 
et  d'un  navigateur  (3)  qui  parcourt  à  présent  l'autre 
hémisphère,  sur  les  traces  des  Fougainville  et  des  La 
Peyrouse.  Ce  navigateur,  au  lieu  de  se  charger  d'une 
provision  d'eau  douce  proportionnée  à  la  distance  de 
ses  relâches,  s'est  muni  d'un  simple  appareil  fourni  par 
les  laboratoires  delà  science  ;  il  a  pris  du  combustible, 
comme  on  prend  habituellement  du  lest;  et  dès-lors, 
sans  craindre  les  retards  des  calmes  et  les  contrariétés 
des  tempêtes  ,  il  s'est  livré,  sur  le  vaste  Océan  ,  à  l'ex- 

(i)  Cette  innovation  date  de  1817. 

(2)  M.  Clément  ,  ancien  élève  de  l'Ecole  polytechnique ,  au- 
jourd'hui professeur  au  Conservatoire  d'Industrie  française  :  il  a 
publié  ,  en  ib'iG  ,  dans  les  Annales  de  Physique  et  de  Chimie,  le 
résultat  de  srs  expériences. 

M.  Freycinet,  capitaine  de  vaisseau. 


DES  ARTS  MARITIMES.  17 

ploration  des  rives  inconnues  et  des  dangers  ignorés 
encore  parles  navigateurs  des  deux  mondes  (1). 

Pour  opérer  la  distillation  de  l'eau  de  mer,  on  doit 
un  nouvel  appareil  à  l'esprit  inventif  d'un  jeune  ingé- 
nieur (2)  qui  réunissait  tous  les  dons  de  l'activité  ,  du 
zèle  et  du  courage  ;  qui  venait  d'achever  ,  avec  un  suc- 
cès complet,  la  construction  de  deux  bateaux  à  vapeur 
destinés  à  naviguer  en  pleine  mer,  aussi  bien  que  sur 
les  côtes;  et  qui,  les  ayant  accompagnés  jusque  dans 
les  eaux  du  Sénégal,  est  mort  victime  d'un  climat 
redoutable. 

D'autres  soins,  d'autres  besoins  inspirés  par  l'huma- 
nité ,  dirigés  ,  satisfaits  par  la  science  ,  ont  permis 
de  conserver,  dans  toute  leur  fraîcheur,  pendant  les 
plus  longues  traversées,  ces  viandes  substantielles  dont 
les  sucs  réparateurs  soutiennent  le  matelot,  dans  les 
durs  travaux  de  la  mer  (3).  Les  plus  tendres  végétaux  , 
les  mets  les  plus  délicats  fournis  par  le  règne  animal, 
conservés  aussi  long-tems  dans  toute  leur  saveur,  ont 
rendu  plus  agréable  et  plus  saine  la  nourriture  de  l'of- 
ficier et  du  voyageur  opulent.  Grâces  aux  progrès  de 

(1)  Pour  montrer,  par  des  faits ,  l'efficacité  du  nouveau  moyeu 
employé' ,  contentons-nous  d'observer  qu'un  kilogramme  de  char- 
bon produit  près  de  sept  kilogrammes  d  eau  distillée.  Par  consé- 
quent ,  cent  tonneaux  de  combustible  représentent  presque  sept 
cents  tonneaux  d'eau  potable  ;  et  l'on  peut,  tout  d'un  co  p,  ac- 
croître de  six  cents  tonneaux  ,  une  cargaison  précieuse  ,  ou  bien 
rendre  d'autant  plus  léger  et  plus  rapide  un  navire  dont  la  mar- 
che devrait  être  la  qualité  principale. 

(2)  M.  le  Breton,  qui  conduisit  avec  honneur,  pendant  plu- 
sieurs années,  sa  compagnie  d'ouvriers  militaires,  avec  les  trou- 
pes du  génie  de  terre  attachées  à  la   grande  a  nuée-. 

(3)  Procédés  inventés  par  M.  Appert,  M.  d'Arcet,  etc. 
TOME   VI.  2 


i8  PROGRÈS 

l'hygiène  navale  .  les  bienfaits  d'une  ingénieuse  philan- 
thropie se  sont  graduellement  étendus  sur  la  qualité  de 
tous  les  alimens  ,  sur  la  régularité  de  la  vie,  sur  la  pro- 
preté dunavire  et  des  hommes  qui  l'habitent  (i).  Aussi, 
les  fièvres  ,  les  maladies  cutanées  et  le  scorbut ,  qui  sur 
nos  vaisseaux  faisaient  d'horribles  ravages,  sont  main- 
tenant des  maladies  presque  inconnues. 

Si  nous  quittons  les  apprêts  des  voyages  pour  envisa- 
ger les  travaux  stables  de  nos  ports ,  nous  y  verrons 
partout  les  marques  d'un  esprit  de  perfectionnement 
développé  depuis  la  paix. 

Au  port  de  Lorient ,  un  abri  nouveau  (2) ,  plus  somp- 
tueux et  plus  vaste  que  ceux  oii\enise  cachait  sa  flotte 
mystérieuse,  permet,  par  tous  les  teins  et  dans  toutes 
les  saisoni ,  de  travailler  à  construire  un  vaisseau.  Des 
hangards  aussi  spacieux,  aussi  commodes  ,  mais  plus 
simples  et  moins  dispendieux,  seront  érigés  peu  à  peu 
sur  toutes  les  calles  de  nos  chantiers  (3).  Par-là,  pen- 
dant la  paix,  sera  conservée,  sans  détérioration,  la 
charpente  à  demi-terminée  des  navires  de  l'Etat;  et 
quand  arrivera  le  moment  du  besoin  ,  en  peu  de  jours. 

(1)  Au  sujet  tirs  travaux  relatifs  à  l'hygiène  navale  ,  nous  cite- 
roni  plusieurs  Mémoires   publiés    depuis   i8i5  par  M.   Keran- 
dren,  inspecteur -généra]  «lu  service  médical  de  la  marine,  surles 
pro]  riétés  médicales  de  Peau  de  mer,  naturelle  ou  distillée:  sur 
des  hamacs,  sur  la  santé  des  j;ens  de  mer,  etc. 
(■•a)  Bâti  par  M.  Lamblardie , ancien  (-lève  de  l'École  polytechni- 
que, aujourd'hui  directeur  des  travaux  hydrauliques  et  des  bâ- 
timens  civils  d<    la  marine,  à  Brest.  On  doit  aussi  construire ,  à 
Lorient,  \m  bassin  de  construction;  niais,  les  travaux  ne  sont 
<  iu  ore  commi  no 

;     \  ■  illi  1  couvertes  .  on  éi  ige  de-  hangards  pour  la 

conservation  des  bois  de  construction.  -Afin  d'approvisionner  nos 
poils,  on  s'occupe  de  plui  en  plus  à  développer  et  perfectionner 


DES  ARTS  MARITIMES.  19 

nos  bâtimens,  terminés  et  lancés  à  la  mer,  iront  tenter 
ie  sort  d'une  fortune  que  nous  aurons  ,  pendant  la  paix, 
travaillé  à  rendre  heureuse. 

Les  travaux  de  Cherbourg,  interrompus  d'abord  par 
le  malheur  et  la  pénurie  des  circonstances,  reviennent 
par  degrés  à  leur  activité  passée.  Le  directeur  de  ces 
travaux  (1)  a  consacré  les  loisirs  d'une  interruption 
douloureuse,  à  préparer  les  matériaux  d'une  descrip- 
tion, dont  il  a  déjà  soumis  (2)  quelques  fragmens  à 
l'examen  de  l'Académie.  L'importance  des  observa- 
tions, la  clarté  de  l'exposition,  enfin  l'exécution  par- 
faite des  dessins  et  des  gravures  ,  placeront  cet  ouvrage 
au  rang  de  ceux  qui  font  connaître  dignement  aux  na- 
tions, les  monumensde  la  France. 

Les  soins  du  matériel  ne  sont  pas  l'unique  objet  des 
améliorations  et  du  perfectionnement.  On  s'occupe 
aussi  des  établissemens  qui  peuvent  contribuer  à  con- 
server, à  propager  d'utiles  connaissances.  En  faveur  de 
la  classe  ouvrière ,  l'enseignement  mutuel  ,  à  travers 
mille  obstacles  ,  a  forcé  l'enceinte  de  nos  ports  ;  il  y 
prospère  (3).  Une  sévère  économie  ,  commandée,  sans 
doute,  par  les  moyens  pécuniaires  trop  bornés  de  la  ma- 
rine ,  n'avait   pas  permis  de  donner  aux  maîtres  et 

l'exploitation  des  bois  de  l'île  de  Corse  et  des  Monts-Pyrénées. 
Un  officier  du  génie  maritime  ,  M.  Dumonteil ,  est  envoyé'  dans 
les  forêts  de  la  Guyane,  pour  y  former  un  plan  d'exploitations 
nouvelles. 

(1)  M.  Cachin,  directeur  des  travaux  hydrauliques  et  des  bâti- 
mens civils  de  la  marine ,  à  Cherbourg  ,  inspecteur  -  ge'néral 
des  Ponts-et-Chaussées,  etc. 

(2)  En  1819. 

(3)  A  Brest ,  l'école  est  dirigée  par  M.  Arnaud,  ingénieur, dont 
le  mérite  et  le  zèle  égalent  les  services  et  la  modestie. 


2o  PROGRES 

contre-maîtres  qui  surveillent  l'exécution  des  travaux., 
un  salaire  proportionné  à  l'activité  ,  au  zèle  et  au  talent 
qu'exigent  leurs  pénibles  fonctions;  et  cette  classe,  si 
recommandable  à  tant  d'égards,  pouvait  à  peine  trou- 
ver, dans  un  gain  légitime,  de  quoi  procurer  à  ses  en- 
fans  l'éducation  lapins  modeste  et  l'instruction  la  plus 
bornée.  On  a  commencé  d'établir  des  écoles  spéciales, 
ou  l'on  enseigne  à  cette  intéressante  jeunesse  les  élé- 
mens  du  calcul  ,  de  la  géométrie  et  du  dessin  ,  néces- 
saires au  tracé  des  vaisseaux  ,  ainsi  que  les  principes 
de  la  statique,  nécessaires  à  l'intelligence  et  au  calcul 
de  l'effet  et  du  jeu  des  machines  (1).  A  la  fin  de  chaque 
année,  des  médailles  en  or  seront  données  en  pi îx  aux 
élèves  qui  se  distingueront  le  pins  ;  et  ce  sont  eux  qui  , 
dans  les  promotions  futures,  seront  avancés  de  pré- 
férence. 

Quant  à  la  création  des  établissemens  utiles  au  pro- 
grès général  des  sciences  et  des  arts  de  la  marine  ,  Brest 
était  le  seul  port  qui  n'eût  plus  a  désirer  des  créations 
nouvelles.  Depuis  la  paix  ,  on  s'occupe  des  moyens  de 
former  des  bibliothèques  dans  l'enceinte  de  chacun  des 
autres  arsenaux.  Dans  presque  tous  ,  des  cabinets 
d'histoire  naturelle  et  des  jardins  des  plantes  sont  en- 
richis ,  à  chaque  voyage  entrepris  par  nos  bàtimens  (a) 

(i)  Nous  citerons  ,  comme  un  modèle  .  le  plan  de  ces  écoles,  dft 
à  M.  Tupinicr,  officier  supérieur  an  corps  du  génie  maritime,  et 
tout-directeur  des  ports  et  arsenaux  de  France.  C'est  le  même 
ioféaieur  qui  transportait,  au  moyen  de  chameaux  de  M  cons- 
truction ,  par-dessus  le  barrage  des  lagunes  ,  des  vaisseaux  d'une 
force  donl  niaient  jamais  approcha4  les  Mlimens  d.e  la  marine 
vénitienne. 

(»)  Collections    remisai     par    les   docteurs  Huet  ,    Fouilloy  et 

Lessou,  à  la  mita  des  rojagee  antrepria,   par  la  Cybèle ,  le 


DES  ARTS  MARITIMES.  *t 

sur  des  rives  étrangères.  Dans  nos  colonies  ,  des  natu- 
ralistes ,  entretenus  par  la  marine,  préparent  à  la 
France  des  envois  précieux  pour  l'industrie  et  pour 
l'agriculture.  Un  observatoire  est  bâti  pour  Toulon  ;  un 
autre  va  l'être  pour  Rochefort.  Dans  ces  deux  ports, 
des  musées  maritimes  sont  formés  (i)  pour  conserver  le 
type  des  navires  les  plus  fameux  que  le  tems  va  dé- 
truire ou  qui  déjà  sont  détruits.  Les  modèles  des  ma- 
chines les  plus  ingénieuses,  la  représentation  des  ma- 
nœuvres les  plus  intéressantes,  un  choix  méthodique 
des  matières  premières ,  des  outils ,  des  produits  de 
tous  les  arts  exercés  dans  l'enceinte  d'un  arsenal  :  telles 
sont  les  richesses  qu'on  s'est  efforcé  de  réunir. 

Ch.  Dupiîv. 


Golo,  etc.  M.  Leschenau,  attache  au  jardin  des  plantes  de  notre 
établissement  de  Pondiche'ry,  a  fait  des  envois  précieux  au  mu- 
séum d'histoire  naturelle  de  Paris.  INous  citerons  à  ce  sujet  : 
i°  Y  Instruction  pour  les  voyageurs  naturalistes,  et  pour  les  em- 
ployés dans  les  colonies ,  sur  la  manière  de  recueillir,  de  conserver 
et  d'envoyer  les  objets  d'histoire  naturelle,  rédigée,  en  1818,  sur 
l'invitation  de  M.  Mole,  ministre  de  la  marine,  par  MM.  les  pro- 
fesseurs du  Jardin  de  Plantes  de  Paris  ;  2°  le  Manuel  de  Taxider- 
mie, publié  par  M.  Lesson ,  officier  de  santé  de  la  marine. 

(i)  L'institution  du  musée  de  Toulon  date  de  i8i4j  elle  est 
due  au  zèle  éclairé  du  contre-amiral  Lhermitte,  alors  préfet  ma- 
ritime, en  retraite  aujourd'hui,  et  regretté  de  toute  la  marine 
pour  sa  valeur  et  ses  talens.  L'institution  du  musée  de  Rochefort 
date  de  i8i5;  c'est  M.  Hubert  qui  Ta  formé. 


aa  .    NOTICE  SUR  LE  COMMERCE 


<\a<v\v\\\vww\a>/v\/v\%\>iv\<\'v  wwt<w\x\* 


NOTICE 

SUR    LE    COMMERCE    DES    ANCIENS    ET    DES    MODERNES  ; 

Par  M.  Bail  ,  ancien  Inspecteur  aux  revues ,  membre 
de  la  Société  royale  des  Antiquaires  de  France. 

DEUXIÈME  ET  DERNIÈRE  PARTIE,  (f  or.  T.  V, p. 407-418.) 

Nous  avons  vu,  dans  la  première  partie  de  cette 
notice,  la  progression  du  commerce,  chez  les  Ro- 
mains, depuis  la  chute  de  Cartilage  jusqu'à  celle  de  la 
république  ;  il  nous  reste  à  examiner  ce  qu'il  fut ,  sous 
les  empereurs  et  dans  le  moyen  âge;  ses  effets, 
depuis  les  expéditions  des  Portugais  et  la  découverte 
de  l'Amérique;  enfin,  ce  qu'il  est  aujourd'hui,  depuis 
que  l'Angleterre  aspire  au  monopole  exclusif  du 
monde. 

seconde  époque.  —  Du  Commerce  sous  les  Empereurs. 

Auguste,  après  avoir  fermé  le  temple  de  Janus  ,  et 
remis  les  lois  en  vigueur,  porta  son  attention  sur  le 
commerce.  Le  port  Jules,  dans  la  Campanie,  fut  son 
ouvrage  ;  les  lacs  Lucrin  et  d'Averne  communiquèrent 
avec  la  mer;  Nicopolis  sortit  du  néant;  Cartilage  et 
Corinthe  renaquirent  de  leurs  cendres  ;  Alexandrie 
devint  l'entrepôt  des  marchandises  de  l'Asie  et  de 
l'Afrique.  Dans  le  même  tems ,  des  escadres  eurent 
ordre  d'aller  reconnaître  les  côtes  de  l'Europe,  de- 
puis Cimbrique  jusqu'aux  Palus-Méotides ,  et  celles 
d  \fri<[ue  jusqu'au  détroit  de  Babel- Ma ndel  ;  d'autres 
devaient  protéger  la  navigation  à  Misène  ,  dans  le  golfe 
Adriatique  ,  sur  la  mer  Rouge,  et  sur  le  Pont-Euxin  (1). 

1)  Fonrnier,  Hydrographie    t   tc),  cli.  ]\ 


DES  ANCIENS  ET  DES  MODERNES.  23 

Le  négoce  de  l'Arabie,  de  l'Ethiopie  et  des  Indes 
prit  alors  un  tel  accroissement,  que  le  détail  des  ri- 
chesses qu'on  en  tirait  paraîtrait  incroyable.  Ce  com- 
merce ne  se  faisait  que  par  échange;  cependant,  Pau- 
sanias  évalue  au  centuple  le  bénéfice  qu'il  procurait. 
Avec  quelques  millions  de  marchandises  en  étoffes  de 
laine,  fer,  plomb  ,  cuivre  et  verreries,  on  se  procu- 
rait dans  l'Inde  des  valeurs  pour  trois  à  quatre  cents 
millions.  Les  soieries ,  comme  nous  l'avons  déjà  remar- 
qué, venaient  de  la  Chine  par  la  Perse  ,  et  les  Parthes 
étaient  les  courtiers  des  Seres  ou  Chinois  (i)-  La  ferti- 
lité extraordinaire  de  l'Egypte  assurait  à  l'empire  des 
ressources  contre  la  famine.  Les  productions  des  Gaules 
n'étaient  pas  moins  précieuses  ;  elles  donnaient  au  fisc 
un  revenu  considérable  par  les  taxes  imposées  sur  les 
marchandises  exportées  de  Marseille,  de  Narbonne  et 
de  Lyon  ;  elles  consistaient  principalement  en  blés , 
vins,  liqueurs,  fer,  bestiaux,  draps  et  toiles.  Lyon, 
par  sa  position  au  confluent  du  Rhône  et  de  la  Saône, 
devint  l'entrepôt  le  plus  florissant  de  ces  contrées  ; 
ainsi,  cette  cité  célèbre  n'a  point  déchu  de  son  an- 
cienne splendeur  :  malgré  tant  de  vicissitudes,  elle  est 
toujours  la  gloire  et  l'ornement  de  la  France. 

Le  règne  d'Auguste  fut  comme  l'apogée  de  la  puis- 
sance commerciale  de  Rome.  Vainement  chercherait- 
on,  sous  les  successeurs  de  cet  empereur,  l'importance 
et  le  crédit  dont  le  négoce  jouissait  sous  ce  prince;  on 
n'y  rencontrerait  que  l'oppression ,  l'avilissement ,  le 
délire ,  et  tout  ce  qui  caractérise  la  décadence. 

(i)  On  comprenait  alors  ,  sous  le  nom  de  Sères ,  toute  la  Chine 
méridionale,  c'est-à-dire,  le  Tunquin,  la  Cochinchine,  le  Pégu 
et  Siam.  (  Huet.  ) 


;  j  NOTICE  SUR  LE  COMMERCE 

Des  flottes  marchandes  partaient  de  tous  les  points 
de  l'univers  connu  ;  Rome  était  comme  le  comptoir 
universel  avec  lequel  tous  les  peuples  de  la  terre  cor- 
respondaient. Il  sortait  chaque  année  du  port  de  la 
Souris  (Myos-Hormos),  dont  le  mouillage  valait  mieux 
que  celui  de  Bérénice,  de  nombreux  vaisseaux  pour 
l'Orient.  Pline  décrit  fort  exactement  la  route  qu'ils 
tenaient  pour  aller  aux  Indes.  Partant  d'Alexandrie, 
ils  se  rendaient  à  Juliopolis ,  à  deux  railles  de  distance  ; 
là,  ils  remontaient  le  Nil  jusqu'à  Cophtos  :  on  trans- 
portait les  marchandises  de  ce  lieu  à  Bérénice,  en  12 
jours,  avec  des  chameaux;  on  repartait  de  Bérénice , 
vers  le  solstice  d'été,  pour  Ocellis  (Alherda),  d'oii  l'on 
faisait  voile  pour  Musiris  ,  dernière  station  des  vais- 
seaux romains  (1).  Après  les  échanges,  on  reprenait  la 
même  route. 

Le  chemin  du  cap  de  Bonne-Espérance  était  inconnu, 
quoiqu'il  eût  été  exploré  autrefois  par  les  Phéniciens 
et  les  Carthaginois  ;  mais  les  notions  s'en  étaient  per- 
dues. Ou  croyait  que  la  mer  Caspienne  n'était  qu'un 
golfe  de  l'Océan  qui  entrait  dans  les  terres,  et  le  peu 
de  connaissances  géographiques  des  Romains  conti- 
nuait d'entretenir  celte  erreur  (2);  d'ailleurs,  ils 
étaient  parvenus  à  un  tel  degré  <\c  puissance,  qu'ils 
s'attachaient  bien  plus  à  conserver  qu'à  étendre  leur 
domination. 

(1)  On  n'est  point  d'accord  sur  la  situation  actuelle  de  Tan- 

cienne Musiris.  Les  uns  veulent  que  ce  soit  Chaul  -,  d'autres Onm. 

'•'  croirais  plutôt  ,  avec  Hardouin,  que  c'est  Calhcut. 
('j^  Ce  fut  Don  François  Olivarès  qui   reconnut  le  premier  les 
ui  CCI  fin  IN  il ,  et  la  cause  des  inondations  régulière*  cite*  fleuv»-  : 

deux  elioscs  absolument  inconnues  à  tout'   l'antiquité,  niniieanx 

!     jrptiens. 


DES  ANCIENS  ET  DES  MODERNES.  25 

Décadence   du  Commerce. 

Bientôt  l'insatiable  et  ombrageux  Tibère  accabla  les 
négocians  et  le  peuple.  Cet  empereur  avait  accumulé 
dans  son  épargne  deux  milliards  sept  cent  millions 
de  sesterces  ,  équivalant  à  cinq  cent  quarante  millions 
de  notre  monnaie  ;  et  cela  n'est  pas  étonnant ,  si  l'on 
considère  l'état  florissant  de  l'empire  lorsqu'il  en  prit 
les  rênes  (i).  En  se  faisant  le  seul  capitaliste,  il  para- 
lysait le  commerce;  l'argent  devint  rare ,  le  cours  des 
espèces  fut  gêné.  Mais  soit  avidité,  soit  ignorance  des 
premiers  élémens  de  l'économie  politique  ,  il  imputa 
cette  gêne  aux  publicains  et  aux  financiers  ;  et  comme 
si  la  seule  apparence  de  l'arbitraire  n'eût  pas  sufli 
pour  frapper  de  mort  toute  transaction ,  il  les  força 
d'acheter  des  immeubles  pour  les  deux  tiers  de  leur 
fortune  présumée.  Un  tel  acte  de  violence  anéantit  tout 
crédit,  toute  circulation.  • 

Aux  spoliations  delà  tyrannie  succèdent  les  prodi- 
galités de  la  démence  :  Caligula  porte  un  coup  mortel 
à  la  navigation  ,  en  se  servant  des  vaisseaux  pour  l'inu- 
tile exécution  du  pont  célèbre  ,  qui,  de  Bayes  à  Pouz- 
zoles,  était  formé  d'un  double  rang  de  navires  fixés 
par  des  ancres  ,  et  portait  une  chaussée  semblable  à  la 
voie  Appienne.  Le  premier  résultat  de  cette  ridicule  en- 
treprise fut  la  famine  ;  il  semblait  que  la  prophétie 
d'Horace  dut  s'accomplir  (2). 

Sous  Claude,   le  commerce  respira  un    instant;  on 

(t)  Suétone,  Tacite. 

(t)  «  JFAas  parentum  ,  pejor avis ,  tuîit 

v  TVo.v  néduiores ,  inox  datuvos 
»  Progeniem  vitiosiorem.  » 

(Hou.  ,  1.  3  ,  od,  6.) 


i6  NOTICE  SUR  LE  COMMERCE 

sait  qu'il  rétablit  la  marine  et  qu'il  restaura  le  port 
d'Ostie.  Le  trafic  changea  d'objet,  on  le  fit  alors  avec 
les  Arabes  ;  mais  l'Arabie  n'était  déjà  plus  cette  contrée 
fertile  si  abondante  en  or  et  en  pierreries  :  les  aromates 
et  l'encens  ,  dont  la  consommation  était  devenue  de 
première  nécessité,  offraient  une  nouvelle  source  de  ri- 
chesses. L'entrepôt  de  ce  commerce  fut  établi  à  Muza 
(Zibit);  il  s'accrut  si  fort  sous  Néron,  qu'il  fit  oublier 
entièrement  celui  de  l'Inde. 

Galba,  Othon,  Vitellius  n'eurent  pas  le  tems  d'in- 
fluer sur  le  négoce  ;  Vespasien  ne  fit  que  des  lois  contre 
l'usure;  Titus,  Domitien  n'y  donnèrent  que  peu  d'at- 
tention ;  ce  dernier  prohiba  même  la  culture  des  vignes. 
Trajan  ,  seul ,  essaya  de  ranimer  l'industrie.  Après  ses 
victoires  sur  les  Daces,  il  construit  un  port  à  Centu- 
melle  (Civita-Vecchia),  un  autre  à  Ancône  ;  il  jette 
un  pont  sur  le  Danube  ,  fait  tracer  de  grands  che- 
mins ,  et  rend  au  commerce  l'ancienne  route  des  Indes 
qu'interceptaient  les  pirates. 

Sous  les  successeurs  de  Trajan,  le  commerce  flotta 
incertain  entre  les  succès  et  la  ruine  ,  selon  l'inertie  ou 
la  capacité  des  hommes  que  la  fortune  portait  sur  le 
trône.  Encouragé  sous  Antonin  et  Sévère  ,  détruit  sous 
Commode  et  Caracalla,  il  devint  enfin  tributaire  des 
pirates  et  des  barbares.  L'invasion  des  Perses  en  Asie  , 
le  soulèvement  de  l'Egypte,  de  l'Espagne  et  des  Gaules, 
achevèrent  d'anéantir  les  restes  languissans  de  l'indus- 
trie romaine. 

De  toutes  parts  on  ne  songeait  qu'à  repousser  les 
ennemis  ;  la  guerre  dévastait  les  provinces  ;  il  n'y  avait 
plus  aucune  sûreté,  aucune  protection  ,  aucune  ga- 
rant io.  On  vitl'ancienne  capitale  du  monde  se  racheter 
honteusement  du  pillage,  au  prix  de  cinq  mille  livres 


DES  ANCIENS  ET  DES  MODERNES.  37 

pesant  d'or  ,  trente  mille  d'argent ,  quatre  raille  robes 
de -soie,  trois  mille  de  pourpre  ,  et  trois  mille  livres 
d'épiceries  ;  les  denrées  de  l'ïnde  servaient  à  a  rançon. 
L'empire  s'écroulait  ;lois,  mœurs,  industrie,  commerce, 
liberté,  tout  fut  perdu  ;  il  ne  resta  que  le  souvenir  de 
sa  grandeur  passée. 

A  mesure  que  les  nations  de  l'antiquité  s'étaient  ci- 
vilisées, elles  avaient  honoré  le  commerce.  Dans  les 
beaux  jours  d'Athènes,  tous  les  citoyens  se  livraient  au 
négoce  ;  Platon  vendait  de  l'huile  ;  le  père  de  Démos- 
thène  était  marchand  de  fer:  jamais  le  trafic  ne  fut 
incompatible  avec  les  dignités ,  excepté  à  Sparte  ,  où 
il  n'y  avait  point  de  commerce ,  et  où  l'on  ne  con- 
naissait  point  la  loi  du  tien  et  du  mien. 

Avilissement  du  Commerce  après  Vinvasion  des  barbares. 

La  chute  de  l'empire  romain  plongea  l'Europe  dans 
une  affreuse  anarchie  :  elle  vit  périr  ses  monumens  et 
sa  civilisation.  Le  brigandage  et  le  droit  du  plus  fort 
érigeant  les  codes,  la  violence  ne  connut  plus  de  bornes  ; 
le  glaive  seul  fut  honoré.  Le  peu  de  commerce  néces- 
saire à  des  peuples  féroces  tomba  entre  les  mains  des 
Juifs,  dont  l'avidité  bravait  les  avanies,  sans  éviter 
les  spoliations.  Les  mœurs  devinrent  si  grossières  et  si 
farouches  ,  que  les  grands  chemins  disparurent  dans 
toute  la  Gaule  :  on  ne  voyageait  que  par  caravanes  ; 
on  faisait  à  peine  en  un  mois  le  chemin  qu'on  fait  au- 
jourd'hui en  deux  jours.  Le  seul  trafic  qui  existait 
encore  se  bornait  à  du  drap  commun  ,  de  la  toile,  et 
un  peu  de  mauvaise  quincaillerie.  Les  marchandises 
se  transportaient  à  dos  de  mulet  dans  les  bourgs  el 
dans  les  cités  ;  de  lieue  en  lieue  ,  au  sommet  des  mon- 
tagnes ,  au  passage  des  rivières  ,  sont  encore  les  ruines 


2 S  IN0T1CE  SUR  LE  COMMERCE 

des  donjons ,  où  d'avides  barons  rançonnaient  les 
marchands  et  les  pillaient ,  selon  leur  bon  plaisir.  Lors- 
qu'on passe  de  l'histoire  d'un  grand  peuple  à  ces  teins 
de  turpitude  et  d'esclavage ,  on  ressemble  au  voyageur, 
qui,  au  sortir  d'une  cité  magnifique,  s'enfonce  dans 
les  déserts. 

L'Inde,  au  tems  de  Charlemagne,  n'étaitplus  connue 
(jue  de  nom.  Les  Arabes  étaient  à  peu  près  ce  que  sont 
aujourd'hui  les  Anglais  pour  le  commerce  maritime  ; 
ils  vendaient  à  la  fois  les  denrées  de  l'Orient  à  Cons- 
tantinople  et  aux  Francs.  Venise  sortait  à  peine  de  ses 
lagunes.  Ce  ne  fut  que  long-tems  après  qu'elle  changea 
la  direction  des  richesses  de  l'Asie  ;  mais  ces  richesses 
ne  circulaient  point  en  France  chez  les  particuliers  , 
comme  aujourd'hui;  encore  moins  en  Allemagne  et 
dans  le  nord. 

Les  peuples  ont  croupi  plusieurs  siècles  dans  cet  avi- 
lissement. La  monnaie  avait  encore  à  peu  près  la  même 
valeur  que  celle  de  l'empire  romain,  sous  Constantin. 
Le  sou  d'or  (solidinn)  vaudrait  à  présent  un  peu  plus 
de  quatorze  francs  ;  il  équivalait  à  quarante  deniers 
d'argent  fin ,  qui  pesaient  l'un  dans  l'autre  trente 
grains. 

Renaissance  du  Commerce  en  Italie.  —  Puissance  des  f^enitiens. 

Au  commencement  du  onzième  siècle,  deux  villes 
maritimes  d'Italie  commencèrent  à  sortir  de  l'obscu- 
rité' :  Gènes,  déjà  célèbre  du  tems  des  Çomains,  et 
Venise,  où  s'étaient  réfugiés  quelques  pêcheurs  pour- 
suivis par  les  Huns.  Des  fugitifs  relégués  dans  les 
marais  ne  pouvaient  subsister  que  par  le  commerce. 
Dans  l'espace  d'un  siècle  j  ils  acquirent  toute  la  côte 
f  ri  s  1 1  i  c  et  de  Dalmatie  ,  Spalalro,  Raguse  et  Nazenzn. 


DES  ANCIENS  ET  DES  MODERNES.  39 

Pendant  que  les  barons  français  et  allemands  élevaient 
des  forteresses  pour  maintenir  leur  usurpation  ,  Venise 
attirait  leur  argent,  couvrait  la  Méditerranée  de  ses 
vaisseaux,  et  ouvrait ,  après  mille  ans  de  barbarie,  une 
nouvelle  route  au  commerce  de  l'Inde  par  Alexandrie 
et  Suez.  Florence,  Sienne,  Bologne,  Milan,  Pise, 
Pavie  s  érigeaient  en  républiques  ,  et  usaient  sans  obs- 
tacles de  la  liberté  du  commerce.  Constantinople  n'était 
plus  que  l'ombre  de  l'empire  romain  ;  ses  empereurs 
avilis  disputaient  faiblement  les  restes  de  TAsie  mi- 
neure aux   Arabes  et  aux  Turcs. 

Les  Vénitiens  et  les  Génois  faisaient  à  la  fois  le  com- 
merce et  la  guerre;  ils  vendaient  tour  à  tour  des  vais- 
seaux à  la  Grèce  et  à  la  Turquie,  selon  l'occurrence. 
Après  la  prise  de  Constantinople  et  les  croisades,  l'or 
des  nations  coula  chez  eux  par  tous  les  canaux  de  l'in- 
dustrie et  du  monopole;  ils  soudoyèrent  des  armées  ; 
ils  mirent  un  poids  dans  la  balance  politique  ;  ils  hono- 
rèrent l'industrie  par  les  pi  us  admirables  découvertes  (1). 
Les  toiles  ,  les  soieries  ,  l'épicerie  ,  les  pierres  fines,  les 
reliques  étaient  dans  ce  tems  les  principaux  objets  du 
trafic.  Le  trésor  de  Saint-Marc  tira  des  millions  d'un 
prétendu  morceau  de  la  vraie  croix,  et  l'on  sait  qu'il 
fut  banquier  de  divers  princes  sur  de  pareils  gages. 

Il  se  formait  en  même  terns  une  ligue  commerciale 
dans  le  nord,  sous  le  nom  de  Hanse;  les  vaisseaux  des 
villes  libres  d'Allemagne  se  mêlèrent  à  ceux  des  Véni- 
tiens :  Espagnols  ,  Français  ,  Anglais  ,  Hollandais  ,  Por- 
tugais ,  Danois  ,  cherchaient  également  de  l'or  ;  c'est 
là  le  principe  de  tous  les  établissemens  maritimes  du 

(1)  Telles  furent  les  lunettes,  les  moulins  à  vrnt,  la  fayence  , 
ia  porcelaine  y  les  miroirs ,  la  boussole  ,  le  papier,  etc. 


3o  NOTICE  SUR  LE  COMMERCE 

moyen   âge  ;   ruais   deux  nouveaux  peuples  sortaient 

alors  de  l'obscurité. 

Puissance  des  Portugais.  —  Découverte  de  la  boussole. 

L'avidité  humaine,  excitée  à  chercher  de  nouvelles 
terres  et  de  nouvelles  mers  ,  ayant  trouvé  la  direction 
de  l'aimant  vers  le  nord,  s'en  fit  un  moyen  de  con- 
quête. La  boussole  agrandit  la  sphère  ;  on  retrouva 
les  îles  Canaries  et  Madère  que  les  anciens  avaient  con- 
nues sans  le  secours  de  cette  invention.  Les  Portugais 
passèrent  le  tropique  ,  s'avancèrent  jusqu'aux  Açores, 
explorant  toutes  les  côtes  occidentales  de  l'Afrique  , 
d'où  ils  rapportaient  de  l'or  et  de  l'ivoire  en  abondance. 
Ils  pénètrent  bientôt  au-delà  de  l'équateur  ;  pour  la  pre- 
mière fois,  ces  intrépides  navigateurs  voient  un  non  veau 
ciel  et  de  nouveaux  astres.  Vasco  de  Gama  franchit  le 
cap  de  Bonne-Espérance  (  plus  justement  nommé  ries 
Tempêtes), et  put  enfin  embrasser  le  tour  de  l'Afrique. 

Cette  immortelle  expédition  changea  la  face  du  com- 
merce de  l'ancien  monde  :  Alexandrie  ,  entrepôt  de 
l'Egypte  et  des  Indes,  Venise  qui  tirait  les  denrées  de 
l'Orient,  commencèrent  à  décheoir.  Le  cours  des  ri- 
chesses fut  détourné.  Les  Vénitiens  luttaient  dans 
l'Asie  contre  les  plus  fameux  capitaines  portugais  :  ils 
proposèrent  même  aux  soudans  de  couper  l'isthme  de 
Suez  ;  mais  ce  projet  s'évanouit  devant  les  exploits 
d'Albuquerque.  Ce  guerrier,  après  avoir  soumis  toute 
la  presqu'île  en  deçà  du  Gange  ,  Malaca  ,  la  Cherso- 
nèse,  Aden  et  Ormus  dans  le  golfe  persique  ,  forma  des 
établissemens  commerciaux  sur  toute  la  côte  de  Cey- 
lan  :  des  comptoirs  s'élevèrent  au  Bengale  ,  et  des  villes 
furent  fondées   jusqu'aux  confins  de   la   Chine  (i).  Le 

(i)  Macao,  fondé  par  les  Portugais 


DES  ANCIENS  ET  DES  MODERNES.  3i 

trafic  se  faisait  à  main  armée  ;  le  poivre  ,  le  gérofle , 
la  cannelle  ,  le  thé  ,  la  porcelaine  ,  les  perles,  les  soie- 
ries ,  étaient  livrés  à  bien  plus  bas  prix  que  Venise  n'a- 
vait jamais  pu  les  fournir.  A  cette  époque  ,  les  Portu- 
gais ne  deviennent  pas  seulement  des  marchands  en 
Orient  ;  ils  s'y  font  rois  ,  ils  y  régnent  en  maîtres.  De 
l'Inde  ils  vont  au  Japon,  à  la  Chine,  où  le  Vénitien 
Marc  Paul  n'avait  jamais  pénétré  que  par  terre.  Pos- 
sesseurs d'un  littoral  de  plus  de  5  mille  lieues  ,  ils 
avaient  le  monopole  exclusif  de  l'océan  éthiopique  et 
atlantique  ,  dans  une  étendue  de  plus  de  60  degrés  de 
longitude  :  tout  ce  que  la  nature  produit  d'utile ,  de 
rare  et  de  précieux,  était  à  leur  disposition  ,  lorsqu'un 
des  plus  grands  événemens  dont  l'histoire  fasse  men- 
tion ,  bouleversa  encore  une  fois  les  relations  com- 
merciales. 

Expédition  de  Christophe  Colomb.  — Découverte  de  V  Amérique  ~ 

Une  moitié  du  globe  était  toujours  restée  ignorée  de 
l'autre  ;  Colomb,  plussavant  que  son  siècle,  et  frappé  des 
entreprises  des  Portugais  ,  la  révèle  à  l'univers  ;  l'Amé- 
rique est  connue.  Gênes  ,  la  patrie  de  ce  grand  homme, 
l'avait  traité  de  visionnaire;  les  Anglais,  les  Portugais, 
les  Vénitiens  l'avaient  rebuté  ;  tous  perdirent  ainsi  la 
seule  occasion  que  leur  offrait  la  fortune  pour  s'a- 
grandir. Ce  fut  après  huit  ans  de  sollicitations  ,  que 
l'Espagne  consentit  au  bien  que  le  Génois  voulait  lui 
faire.  Avec  dix-sept  mille  ducats,  frais  de  l'armement, 
elle  se  trouva  en  possession  du  nouvel  hémisphère , 
et    d'un  pays  où  l'or  était  plus  commun  que  le  bois. 

Une  grande  révolution  se  fit  dans  le  commerce  et 
dans  les  mœurs.  L'Amérique ,  remarquable  par  des 
productions   étrangères  aux  autres  parties  du  monde  , 


3a  NOTICE  SUR  LE  COMMERCE 

manquait  de  chevaux,  de  grains,  de  fer  et  d'huile. 
Parmi  les  denrées  importées  dans  l'ancien  monde  ,  la 
cochenille  fut  une  des  plus  précieuses  ,  elle  fit  oublier 
les  procédés  dont  se  servaient  les  anciens  pour  se  pro- 
curer l'écarlate.  L'indigo,  le  cacao,  la  vanille,  le 
tabac,  le  quinquina  ,  les  bois  qui  servent  à  l'ornement 
ou  à  la  médecine,  créèrent  autant  de  nouveaux  be- 
soins et  de  nouvelles  branches  de  commerce.  Les  ci- 
toyens les  plus  pauvres  se  procurèrent  des  jouissances 
et  des  plaisirs  ;  la  prodigieuse  quantité  d'or  et  d'argent 
introduite  dans  la  circulation  ,  augmenta  les  moyens 
d'échange  et  de  luxe(i).  Mais  si  la  découverte  de  l'A- 
mérique fut  d'abord  utile  à  l'Europe,  elle  lui  causa 
dans  la  suite  de  très  grands  maux.  Celle-ci  ,  par  son 
système  de  colonisation  ,  se  dépeupla  au  préjudice  de 
l'agriculture;  les  mœurs  se  corrompirent;  le  luxe 
lit  des  progrès  effrayans  ;  une  maladie  affreuse  ,  fléau 
le  plus  honteux  dont  le  genre  humain  soit  afTligé  , 
empoisonna  les  sources  de  la  vie.  Le  prix  des  denrées 
augmenta  partout;  l'avidité  devint  extrême,  et  l'on 
n'a  réellement  rien  gagné  à  cette  extension  de  né- 
goce. 

Colonies  et  Flibustiers. 

Tandis  que  les  Espagnols  s'enrichissaient,  et  que  les 
Portugais,  surchargés  des  trésors  de  l'Orient ,  s'empa- 
raient du  Brésil, 'les  autres  nations  rivales,  excitées  par 
leur  exemple,  couvraient  les  mers  de  vaisseaux  et  d'a- 
venturiers. Les  Français  formaient  des  établisseinens  à 


fi)  Montczumn  paya  un  tribut  à  Cortez  de  six  cent  mille  marcs 
d'or  lin  ,  avec  une  grande  quantité  de  pierreries  :  Cortex  mit  à 

part  le  cinquième  pour  son  maître,  prit  un  cinquième  pour  lui , 
et  distribua  le  reste  à  ses  compagnons. 


DES  ANCIENS  ET  DES  MODERNES.  33 

ïa  Guyane  et  dans  les  Floricles  ;  les  Auglais  prenaient 
possession  de  l'Amérique  septentrionale,  et  les  flibus- 
tiers s'emparaient  des  Antilles  où.  ces  pirates  auraient 
fondé  un  grand  empire  ,  si  leur  politique  eût  égalé 
leur  courage. 

Commerce  des  Hollandais. 

Pendant  que  de  nombreuses  colonies  s'élèvent  sur  des 
rivages  lointains  ,  et  que  la  Nouvelle-Angleterre  pros- 
père au  nord  de  l'Amérique,  une  nation,  long-tems 
ignorée  au  fond  de  la  Batavie  ,  s'arme  contre  la  ty- 
rannie,  fait  respecter  son  indépendance  et  devient 
puissance  maritime.  Amsterdam  paraît  tout-à-coup  au 
rang  des  plus  florissantes  villes  de  l'univers  ;  les  Hollan- 
dais disputent  l'empire  des  mers  aux  Espagnols  et  aux 
Portugais  ;  ils  prennent  à  ces  derniers  le  cap  de  Bonne- 
Espérance,  Cochin,  IMalaca,  et  tout  le  commerce  du 
Japon  ;  ils  s'emparent  des  Moluques,  vont  seuls  à  la 
Chine  ,  fondent  Batavia  (i) ,  et  accroissent  ,  pendant 
plus  d'un  siècle  ,  leur  fortune  et  leur  gloire.  Cette  na- 
tion eut  cela  de  particulier, que ,  dans  ses  vicissitudes, 
elle  se  releva  toujours  de  ses  revers  par  la  seule  impul- 
sion du  trafic;  plus  semblable,  sous  ce  rapport,  aux 
Tyriens  qu'aux  Carthaginois. 

Puissance  maritime  et  commerciale  de  l'Angleterre. 

On  ne  voit  les  Anglais  figurer,  comme  marchands  et  na- 
vigateurs ,  que  sous  le  règne  d'Elisabeth  et  de  Groinvrel. 
Presque  toujours  occupés  de  leurs  dissensions  intestines  , 
ils  n'obtinrent  aucune  prépondérance;  mais,  depuis  le 
fameux  acte  de  navigation,  la  puissance  maritime  de 

(i)  B;1tiparla  compagnie  des  Indes,  en  i6lo. 

TOME  VI.  '3 


3  i  INOTiCL  SLR  LE  COMMERCE 

ce  peuple  prit  un  accroissement  rapide  (i).  La  jalousie 
des  marchands  anglais  fit  porter  cette  loi,  pour  priver 
la  Hollande  du  gain  qu'elle  faisait  en  leur  fournissant 
les  marchandises  étrangères ,  parce  que  l'économie 
qu'elle  savait  mettre  dans  les  frais  de  transport  lui 
permettait  de  les  donner  à  bas-prix. 

L'Angleterre  eut  une  Compagnie  des  Indes,  antérieure 
à  celle  des  Hollandais;  une  autre  se  forma  sous  le  roi 
Guillaume,  et  elle  resta  presque  seule  en  possession  de 
la  pèche  de  la  baleine,  depuis  i5qj  jusqu'en  1612;  mais 
les  produits  de  son  sol  n'en  étaient  pas  moins  nuls 
dans  la  balance  commerciale  :  cela  est  si  vrai ,  que,  du 
tems  de  Charles  II ,  elle  était  encore  tributaire  de  l'in- 
dustrie de  la  France ,  et  que  la  balance  était  de  plus  de 
8  millions  chaque  année  en  notre  faveur. 

La  prospérité  de  l'agriculture  et  de  l'industrie  bri- 
tanniques ,  comme  celle  de  tant  d'autres  pays  ,  date  de 
la  révocation  de  l'Edit  de  Nantes  :  ce  sont  nos  proscrits 
qui  ont  civilisé  tout  le  nord  de  l'Europe.  La  nation  an- 
glaise accueillit  nos  artisans  fugitifs,  et  s'en  fit  un 
moyen  de  puissance.  Les  manufactures  de  toile,  de 
glaces  ,  de  cuivre  ,  d'airain  ,  d'acier,  de  papier,  de  cha- 
peaux ,  si  renommées  chez  elle  jusqu'au  commence- 
ment du  ic)e  siècle,  n'ont  pas  eu  d'autre  origine.  L'ap- 
plication constante  de  l'Angleterre  au  commerce,  la 
nature  de  son  gouvernement,  sa  politique,  la  supério- 
rité de  sa  marine  ,  ses  nombreuses  colonies,  l'ont  placée 
au-dessus  de  tous  les  peuples  commerçai»  qui  l'ont  pré- 


(1)  L'avantage  de  cet  acte,  qu'on  attribue  à  Ciomwel,  consiste  à 
ne  permettre  qu'aucun  vaisseau  étranger  puisse  apporter,  en  An*1 
gleterre,  des  marchandises  qui  ne  sont  j>as  du  pays  auquel  le 
vaisseau  appartient. 


DES  ANCIENS  ET  DES  MODERNES.  35 

cédée.  Elle  soudoie,  quand  il  lui  plaît,  une  partie  de 
l'univers  contre  ses  ennemis  ;  elle  multiplie  son  crédit 
par  l'immensité  de  sa  dette ,  et  jamais  ses  guerres  n'é- 
branlent la  fortune  publique. 

Lutte  de  la  France  avec  V Angleterre.  —  Système  continental. 

Une  seule  nation ,  un  seul  homme  osèrent  lutter 
contre  l'Angleterre  dans  ces  derniers  tems  ;  on  crut 
voir  Rome  et  Carthage  en  présence  :  la  France  et  Na- 
poléon ébranlèrent  ce  colosse  de  puissance.  Les  décrets 
de  Milan  et  de  Berlin  auraient  changé  encore  une  fois 
la  face  du  commerce  dans  l'univers  ,  si  la  fortune  des 
armes  n'en  eût  décidé  autrement  :  le  système  conti- 
nental n'a  pas  moins  donué  une  impulsion  nouvelle  à 
l'industrie  de  l'Europe,  et  de  la  France  en  particulier. 
Un  vaste  plan  de  navigation  intérieure  se  développa 
depuis  Dantzick  jusqu'à  Bayonne  ,et  depuis  Hambourg 
jusqu'à  Trieste  ;  des  routes,  des  ponts  ,  des  canaux  fu- 
rent improvisés  ;  des  prohibitions  bien  calculées  favori- 
sèrent l'industrie  nationale,  et  cette  industrie  ruina  les 
manufactures  de  Manchester.  Des  bassins  furent  créés 
dans  35  ports  maritimes  ;  Lyon  sortit  de  ses  ruines  ; 
Anvers  reprit  son  ancienne  splendeur;  l'agriculture  fut 
encouragée  ,  l'usure  réprimée  ,  le  caractère  de  stabi- 
lité imprimé  à  toutes  les  institutions  :  telles  sont  les  vé- 
ritables causes  des  merveilles  que  nous  avons  admirées 
dans  les  salons  du  Louvre.  Malheureusement,  l'obser- 
vateur y  fut  bien  plus  frappé  des  progrès  du  luxe  et  de 
l'opulence  ,  que  des  arts  perfectionnéspar  le  géniepour 
le  besoin  des  peuples  ;  heureux  encore  ,  si ,  dans  la  dis- 
tribution des  récompenses  et  dans  les  catalogues  de  la 
renommée,  d'avides  spéculateurs  n'eussent  usurpé  une 
gloire  qui  n'appartient  qu'aux  artistes fabricans ,  et  si 

3* 


36  NOTICE  SU»  LE  COMMERCE 

le  malheur  des  tenis  ne  forçait  ces  derniers  de  livrer  a 
vil  prix  leur  réputation  et  leur  gloire  à  des  maître* 
ignorans  I 

Génie  commercial  (h-  la  France  et  de  F^/n^lcterre. 

La  différence  qui  existe  entre  le  génie  commercial  de 
la  France  et  de  l'Angleterre,  est  frappante  :  l'une  ne 
peut  se  soutenir  que  par  son  système  d'oppression  en- 
vers les  autres  nations,  et  par  de  nombreuses  colonies  ; 
tandis  que  l'autre  n'a  besoin,  pour  se  placer  sur  la 
même  ligne,  que  des  richesses  de  son  sol  ,  de  l'intelli- 
gence de  ses  habitans,  et  de  la  protection  du  Gouver- 
nement. L'accroissement  dos  colonies,  qui  éleva  la 
Grande-Bretagne  à  un  si  haut  degré  de  splendeur,  a 
toujours  été  funeste  à  la  Fiance  ;  et  quand  celle-ci 
voudra  porter  le  coupmortel  à  son  industrie,  à  ses  fi- 
nances et  à  son  crédit,  elle  n'aura  qu'à  reprendre  les 
vieilles  routines  et  à  rétablir  les  anciens  traités  de 
commerce. 

L'Angleterre,  enrichie  des  dépouilles  de  toutes  les 
nations  commerçantes  du  monde,  occupant  1rs  princi- 
paux points  qui  maîtrisent  la  navigation  du  globe, 
poursuit  son  plan  de  spoliation  et  d'envahissement  , 
mais,  si  l'indépendance  du  Nouveau-Monde  se  réalise 
un  jour,  si  les  Etats -I  nis  continuent  d'accroître  leur 
jmissance,  si  la  Russie  sciasse  d'être  auxiliaire,  on 
peut  prédire  que  l'Angleterre  sera  mise  au  ban  de  l'u- 
nivers, du  consentement  de  toutes  les  nations. 

Puissance  actuel/c  de  la  (-raiidc- Bretagne. 

Quel  spectacle  offre  la  Grande-Bretagne  ,  depuis   h 

traité  de  Paris/  celui  d'un  Etat  dominateur  de  toute 

!«•,  mers  ,  dévoré  de  la  soif  des  conquêtes,  <"t  marclian 

en  silence  au  bu  t.  qu'il  se  propose,  c'est-à-dire,  .au  mv 


DES  ANCIENS  ET  DES  MODERNES.  > 

nopole  exclusif.  Un  coup-d'œil  sur  la  carte  suffit  pour 
en  juger. 

Dans  le  nord  ,  l'Angleterre  domine  d'Héligoland  sur 
l'Allemagne  ,  détruisant  le  commerce  entems  de  guerre  , 
et  l'inondant  de  marchandises  en  tems  de  paix.  Dans 
la  Manche  ,  Jersey  et  Guernesey  sont  de  véritables  en- 
trepôts pour  la  contrebande  sur  les  côtes  de  France. 
Dans  la  Méditerranée,  aucun  pavillon  ne  peut  naviguer 
sans  sa  permission  ;  il  faut  passer  sous  son  canon,  à  Gi- 
braltar, à  Malte  et  à  Corfou.  Sur  les  côtes  septen- 
trionales de  l'Afrique  ,  sont  les  nombreux  établisse- 
mens  de  la  Société  africaine  ,  élevés  à  un  haut  degré 
de  prospérité  par  le  seul  fait  de  l'abolition  de  la 
traite;  car  elle  ne  la  défend  aux  autres  nations  que 
pour  se  l'approprier  exclusivement  par  un  commerce 
interlope. 

Dans  le  golfe  de  Guinée  ,  un  royaume  des  Ashantées 
vient  d'être  découvert  ;  c'est  un  pays  riche  et  commer- 
çant ;  l'Angleterre  y  a  déjà  un  comptoir.  Sainte- 
Hélène  est  devenue  un  poste  militaire  important,  et  de 
ce  point  jusqu'au  Cap  de  Bonne-Espérance,  la  puis- 
sance des  Portugais  et  des  Hollandais  s'y  trouve  rem- 
placée par  celle  de  la  Grande-Bretagne.  Après  avoir 
usurpé  la  colonie  du  Cap  sur  ses  légitimes  propriétaires  , 
elle  impose  des  tributs  aux  Caffres,  explore  toute  la 
Mosambique  ,-  possède  à  la  fois  Tristan  ,  l'Ascension  , 
Acuna  ,  l'Ile-de-France  et  Madagascar  ,  enveloppant 
ainsi  l'Afrique  dans  toute  sa  circonférence. 

En  Asie,  quarante  millions  d'Indiens  sont  ses  es- 
claves. Une  compagnie  de  marchands  dicte  des  lois  à 
\\\\  vaste  empire,  lui  impose  des  rois,  détrône  le  sou- 
verain de  Ceylan  ,  et  observe  le  commerce  hollandais. 
Dernièrement,  les  Moluques  se  sont  insurgées;  l'An- 


38  NOTICE  SUR  LE  COMMERCE,  etc. 

gleterrc  était  là  :  elle  se  trouve  partout ,  quand  il  s'agit 
de  dominer. 

La  Nouvelle-Hollande,  la  Nouvelle-Zélande,  Van- 
Diémen,  voient  prospérer  des  colonies  anglaises  qui 
sont  les  antipodes  de  la  métropole  ;  il  n'y  a  pas  jusqu'à 
l'archipel  de  l'Océan  pacifique  où  cette  puissance  ne 
fasse  le  trafic  avec  des  Bibles  et  des  Missionnaires.  Un 
jour,  elle  pourra  commander  de  ce  point  à  toute  la 
côte  nord-ouest  d'Amérique,  gêner  à  sa  volonté  le 
commerce  des  fourrures  avec  la  Chine  ,  et  détruire  la 
marine  russe  qui  semble  vouloir  se  développer  dans 
ces  parages.  En  Amérique,  la  station  d'Halifax  domine 
sur  l'Atlantique  septentrional  ,  comme  celle  de  la 
Jamaïque  sur  le  golfe  du  Mexique  ;  les  Bermudes  lient 
ces  deux  stations;  les  trois  quarts  des  Antilles  sont  en 
son  pouvoir;  elle  influence  le  Chili,  le  Pérou,  Buenos- 
Ayres;  elle  convoite  Cuba.  Elle  est  insatiable  ! 

Situation  maritime  de  la  France. 

La  France  n'est  plus  qu'un  point  imperceptible  dans 
l'espace.  En  i8o5,  après  la  paix  d'Amiens,  elle  avait 
quatre-vingts  vaisseaux  de  ligne,  sans  compter  les  fré- 
gates et  les  flotilles;  avec  ces  forces,  elle  fit  respecter 
son  pavillon,  et  trembler  l'Angleterre  pour  ses  pro- 
pres foyers.  Aujourd'hui,  sa  marine  semble  bornée  à 
un  petit  nombre  de  frégates  par  des  traités  secrets  ; 
elle  conserve,  en  vertu  de  celui  de  Paris,  deux  miséra- 
bles comptoirs  dans  l'Inde,  et  elle  les  conserve  à  des 
conditions  humiliantes  ;  elle  ne  possède  plus  que  deux 
petits  points  aux  Antilles,  les  marais  pestilentiels  de  la 
Guyane ,  et  un  établissement  insignifiant  au  Sénégal. 
Les  frais  d'administration  de  toutes  ces  colonies  en 
absorbent  les  produits.  Mais  ,  nous  le  répétons  ,  il  n'y  a 


NÉCROLOGIE  AMÉRICAINE.  39 

de  vraies  richesses  que  celles  du  sol,  et  la  France  n'a 
pas  besoin  d'autre  chose  pour  jouer  un  rôle  dans  le 
commerce  de  l'univers. 

Conclusion. 

L'époque  n'est  peut-être  pas  éloignée  oii  l'Angleterre 
tombera  du  haut  degré  de  prospérité  dont  elle  est  si 
fière.  Les  peuples ,  ligués  contre  elle  pour  leurs  intérêts 
commerciaux  ,  demanderont  compte  de  ses  usurpa- 
tions,  et  la  forceront  à  se  replacer  sous  la  loi  com- 
mune. Le  droit  maritime  est  la  cause  de  tous.  La  mer 
ne  peut  être  cultivée  ni  possédée  ;  elle  est  la  seule  voie 
réellement  publique,  et  toute  prétention  exclusive  de 
la  part  d'une  nation  à  la  suprématie  des  mers  ,  est  un 
acte  d'hostilité  envers  les  autres.  Bail. 

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NÉCROLOGIE  AMÉRICAINE. 

Wilson,  né  en  Ecosse  ,  auteur  de  Y  Ornithologie  amé- 
ricaine ,  en  7  vol.  in~4°  de  120  pages  chacun  ,  a  décrit 
et  figuré  278  espèces  d'oiseaux  ,  parmi  lesquelles  il  s'en 
trouve  56  qu'il  croit  n'avoir  été  remarquées  par  aucun 
autre  naturaliste.  Il  a  parcouru  plus  de  dix  mille  milles 
pour  rechercher  ces  oiseaux  ;  il  est  mort ,  en  i8i3  ,  âgé 
de  45  ans.  Son  ami ,  M.  Ord  ,  a  publié  sa  vie  dans  le  7  e 
volume  de  son  Ornithologie. 

Robert  R.  Livincston  naquit  dans  l'État  de  New- 
York ,  en  1746,  de  parens  dont  les  ancêtres  Kcos- 
sais  (1)  y  avaient  émigré,  il  y  a  environ  un  siècle  et 
demi.  Son  père  était  juge  de  la  Cour  suprême  ,  en  1775, 
et  fut  destitué  de  son  emploi  par  le  gouverneur,  pour 
avoir  défendu  les  droits  de  son  pays  contre  les  projets 

(1)  Le  chef  de  la  famille  fut  nomme'  comte  de  Newburg,  en  [669. 


/fo  jNECHOLOGIE 

de  l'Angleterre.  Le  fils  ,  héritant  des  mêmes  sentiment, 
prit  part  a  cette  grande  discussion.  Comme  on  avait  re- 
connu en  lui  une  élévation  d'esprit  au-dessus  de  son 
âge,  il  fut  député  au  congrès  américain  qui  se  réunit 
à  Philadelphie  ,  et  fut  nommé  membre  du  comité 
chargé  de  rédiger  la  fameuse  déclaration  d'indépen- 
dance. S'étant  acquitté  de  cette  charge  avec  talent  et 
honneur,  une  autre  très  importante  lui  fut  réservée. 
Eti  1 777  ,  il  fut  envoyé  à  la  Convention  qui  s'assembla 
h  Kingston,  Liât  de  ÏNew-York  ,  et  nommé  membre  du 
Comité,  pour  former  la  constitution.  A  ers  le  même 
tems,  il  fut  appelé,  par  cette  même  Convention,  à  la 
chancellerie  de  cet  État ,  et  exerça  cette  fonction  ,  pen- 
dant vingt-cinq  ans.  Ce  fut  en  cette  qualité  qu'il  reçut 
de  Washington  le  serment  de  fidélité  aux  États-Unis  , 
le  3o  avril  1789,  époque  à  laquelle  ce  dernier  en  fut 
élu  président.  Il  quitta  la  place  de  chancelier  ,  en  *8oi  , 
pour  accepter  une  mission  diplomatique  en  France.  II 
resta  quatre  ans  dans  ce  pays  ,  et  négocia  la  cession  de 
la  Louisiane.  Pendant son séjour k Paris.,  età  son  retour 
à  New-York  ,  il  aida  Fulton  à  introduire  et  à  établir 
les  bateaux  à  vapeur. 

Bien  ([n'occupé  pendant  si  long- tems  de  grandes 
affaires  politiques  ,  il  aima  toujours  l'agriculture  et  les 
travaux  champêtres  ,  et,  dans  ses  voyages,  il  recueillit 
dans  les  divers  pays  de  L'Europe  tout  ce  qui  pouvait  en- 
richir le  sien.  L'Amérique  lui  est  redevable  de  remploi 
du  gypse,  comme  engrais,  et  de  l'introduction  des 
mérinos,  sur  lesquels  il  a  publié  une  Notice  très  intéres- 
lànte.  Il  présida  la  Société  établie  pour  V encourage- 
ment des  arts  et  de  V agriculture ,  dans  l'État  deNew- 
Yorkt  et  les  3  vol.  qu'elle  a  déjà  publiés  renferment 
plusieurs  communications  de  lui,  sur  l'économie  ru- 


AMERICAINE.  4i 

raie  (i).  Il  fut  un  des  principaux  fondateurs  de  VA- 
cadémie  des  Beaux-  Arts  de  la  ville  de  New-  York, 
et  en  fut  le  président  jusqu'à  sa  mort.  Cette  institution 
a  reçu  de  lui  plusieurs  statues  anciennes  et  modernes 
qu'il  s'était  procurées  en  France.  C'est  aussi  à  lui 
qu'elle  est  redevable  du  magnifique  présent  que  lui  fit 
le  chef  de  l'empire  français. 

Les  donations  suivantes  serviront  à  donner  une  idée 
de  sa  bienfaisance:  i°  Il  céda  5,ooo  acres  de  terre  aux 
habitans  d'tësopus  (Kingston),  pour  les  aider  à  rebâtir 
leur  ville  incendiée  par  les  Anglais;  9,°  plusieurs  cen- 
taines d'acres,  quelques  années  avant  sa  mort,  pouf 
l'entretien  d'une  église  dans  le  voisinage  de  sa  rési- 
dence ;  3°  une  action  dans  un  de  ses  bateaux  à  vapeur, 
estimée  5oo  dollars  ,  à  la  Société  des  Daines  a"  Al- 
hany.    Il  mourut ,  en  i8i3  ,  à  l'âge  de  67  ans. 

Benjamin  Rush,  né  en  Pensylvanie,  professeur  cé- 
lèbre de  médecine  théorique  et  pratique  à  l'Université 
de  Pensylvanie  ,  et  député  au  Congrès  américain,  en 
1776,  signa,  avec  les  huit  autres  membres,  la  déclara- 
tion d'indépendance  ,  le  4  juillet  de  la  même  année.  Il 
écrivit,  en  1788,  un  Mémoire  intitulé  Recherches  sur 
la  justice  et  les  avantages  de  punir  le  meurtre  par  la 
peine  de  mort,  qui  contribua  beaucoup  à  la  réforma- 
tion du  Code  pénal  américain.  Ses  ouvrages  sur  la  phi- 
losophie et  la  médecine  ont  eu  plusieurs  éditions.  L  ne 
troisième  édition  de  ses  Recherches  médicales  a  été 
publiée,  en  1809  ,  en  4vol.in-8°  ;  et  son  dernier  ouvrage 
sur  les  AJJections  mentales,  en  1  vol.  in -8°,  a  paru 
en    1812.    Il   est  mort  en    1 S 1 4  ?  vivement  regretté   de 


(1)  Le  3e  vol.  ,  publié  en  181  j ,  contient  s  m  éloge,  par  le  le'vc- 
rtiul  T.  Clowes,  un  des  conseillers  de  la  Socu  te. 


41  NÉCROLOGIE 

ses  concitoyens.  Son  éloge  a  été  publié  par  plusieurs 
professeurs  des  États-Unis. 

Robert  Fultox  naquit  dans  le  comté  de  Lancastre, 
eu  Pensylvanie  ,  vers  l'an  1767.  Son  j>ère  ,  qui  avait 
émigré  de  Kilkenny  ,  eu  Irlande  ,  n'étant  pas  riche  ,  ne 
put  donner  à  ce  fils  qu'une  éducation  assez  incom- 
plète, et  l'envoya  à  Philadelphie  apprendre  le  métier 
de  joaillier.  La  nature  avait  cependant  doué  ce  jeune 
homme  d'un  goût  très  différent,  celui  de  la  peinture. 
Il  consacra  tous  ses  momens  de  loisir  à  cette  étude  favo- 
rite ,  et  y  réussit  si  bien  qu'à  l'âge  de  17  ans,  plusieurs 
personnes  l'invitèrent  à  faire  leurs  portraits  ,  et  lui 
commandèrent  des  paysages  qui  excitèrent  l'attention 
du  docteur  Franklin.  Encouragé  par  ce  succès,  il  prit 
la  résolution  d'aller  à  Londres,  étudier  cet  art  sous  le 
célèbre  West,  natif  de  Philadelphie,  qui  lui  fit  l'ac- 
cueil le  plus  flatteur.  Après  avoir  passé  plusieurs  années 
chez  ce  grand  peintre  d'histoire ,  il  se  retira  dans  le 
comté  de  Devonshire  ,  en  Angleterre,  pour  y  exercer  sa 
profession.  C'est  là  qu'il  fit  la  connaissance  du  mécani- 
cien Rumsey,son  compatriote,  du  duc  de  Bridgewater 
et  du  lord  Stanliope ,  si  avantageusement  connu, dans 
l'administration  des  canaux  d'Angleterre  ;  il  prit,  dans 
leur  société,  le  çoùt  des  arts- mécaniques;  et  désespé- 
rant peut-être  de  jamais  obtenir  une  grande  célébrité, 
comme  peintre,  il  résolut  de  te  consacrer  tout  entier  à 
cette  nouvelle  étude.  Il  eut  bientôt  monté  plusieurs 
machines:  une,  pour  filer  le  lin;  une  autre ,  pour  faire 
des  cordages  ;  et  enfin,  iu\e  troisième,  pour  scier  le 
marbre,  dont  la  grande  utilité  fut  reconnue  par  la 
Société  d'encouragemenl  des  manufactures  et  des  arts 
utiles  d<>  1. on 'rcs  ,  qui  lui  décerna  une  médaille.  II 
:erta ensuite  les  moyens  d'améliorer  la  navigation 


AMÉRICAINE.  43 

intérieure;  et,  tandis  qu'il  s'occupait  de  ce  travail ,  il 
conçut  l'idée  de  faire  avancer  les  bâtimens  ,  à  l'aide 
d'une  roue  mise  en  mouvement  par  une  simple  pompe 
à  feu  ,  dont  il  communiqua  le  plan  ,  en  1793,  au  comte 
de  Stanhope  (1).  L'idée  d'établir  entre  les  nations  une 
paix  durable,  en  rendant  les  rades  et  les  côtes  inex- 
pugnables, le  frappa  presque  en  même  tems  ;  et,  pour 
y  parvenir,  il  inventa  une  machine,  nommée  torpédo  , 
contenant  de  la  poudre  à  canon  ,  qui  étant  mise  en 
combustion  au-dessous  des  vaisseaux ,  au  moyen  d'un 
ressort  mécanique,  les  fait  infailliblement  sauter.  Un 
brigantinde  200  tonneaux,  mis  à  sa  disposition  par  le 
gouvernement  britannique ,  fut  détruit  de  cette  ma- 
nière, dans  la  rade  de  Walmar,  en  i8o5,  en  présence 
d'une  foule  de  curieux.  L'Angleterre,  dont  les  marins 
furent  effrayés  d'un  si  épouvantable  spectacle  ,  pensant 
que  les  nations  les  plus  faibles  pourraient  se  servir  de 
ces  torpédos  contre  les  plus  puissantes,  ne  crut  pas  de- 
voir en  encourager  l'auteur,  qui ,  tout  occupé  de  leur 
importance  et  de  la  grande  utilité  des  bâtimens  à  vapeur, 
fit  un  voyage  à  Paris ,  pour  s'éclairer  des  lumières  des 
ingénieurs  de  cette  capitale  ,  et  se  procurer  les  moyens 
de  construire  ses  machines.  Le  panorama  ,  qui  y  fut 
introduit ,  pour  la  première  fois  ,  par  ses  soins  ,  lui  rap- 
porta un  profit  considérable  ,  et  il  l'employa  à  l'exécu- 
tion de  ses  deux  grands  projets.  Après  avoir  fait  di- 
verses expériences  sur  la  Seine  et  dans  le  port  du 
Havre  ,  il  s'embarqua  pour  les  États-Unis  ,  en  1806.  Il 
se  fixa  à  New- York,  où  il  fit  construire,  l'année  sui- 
vante ,  un  bâtiment  du  port  de   i5o  tonneaux  ,  ayant 

(1)  Voir  l'introduction  à  l'ouvrage  de  b'ulton  ,  intitulé  Trcatise 
on  Canal  navigation. 


i  f  NECROLOGIE 

i  33  pieds  de  longueur  sur  18  de  largeur  et  7  de  pro- 
fondeur, qui  marchait  au  moyen  de  la  vapeur,  par- 
courant 5  milles  par  heure.  Quelle  délicieuse  sensation 
ne  dut  pas  éprouver  Fulton,  en  voyant  ,  pour  la  pre- 
mière fois,  ce  bâtiment,  tel  qu'un  corps  plein  de  vie, 
sillonner  les  flots  contre  les  efforts  réunis  du  vent  et  de 
la  marée,  en  présence  de  plusieurs  milliers  de  specta- 
teurs !  Il  dirigea  ,  durant  i4  ans,  la  construction  de  i3 
autres,  qui,  à  sa  mort,  naviguaient  sur  rHudson  et 
les  eaux  qui  baignent  les  Etats  de  New- York  et  de 
New-Jersey  (1).  La  frégate  a.  vapeur,  destinée  à  la  dé- 
fense du  port  de  New-York,  fut  aussi  exécutée  sous  ses 
ordres  ,  durant  cet  intervalle.  Ce  vaisseau  a  entre  deux 
une  roue  à  rames  ;  il  est  épais  de  5  pieds  sur  les  cotés, 
à  l'épreuve  de  la  bombe ,  portant  32  pièces  de  canon 
de  18  livres  de  balle,  et  armé  de  faux  tranchantes  et 
de  machines  pour  lancer  de  l'eau  bouillante. 

Il  renouvela  aussi  ses  expériences  du  torpédo ,  qu'il 
proposa  comme  un  autre  moyen  de  défense;  et  le  Sé- 
nat des  États-Unis  lui  vota  ,  en  1810,  la  somme  de 
5,ooo  dollars  pour  l'aider  à  les  continuer.  Fulton  se  vit. 
en  conséquence  comblé  d'honneurs.  Il  fut  attaché,  par 
l'ÀSS€niblée  de  New— York  ,  a  la  commission  établie 
pour  former  le  canal  entre  les  grands  lacs  et  lesoauxde 

riludson,  et  élu  membre  des  Sociétés  savantes  et  litté- 
raires de  Philadelphie  et  de  New-York,  N'ayant  aucun 
désir  d'entrer  dans  la  carrière  politique,  et  enrichi 
d'ailleurs  du  fruit  de  ses  Inventions-,  il  espérait  être  ai<< 
rivé  au  terme  de  ->r>,  peines  h  de  ses  tourmens,  lors- 

(1)  Le  <li Tnirr  (|u  il  construUU ,  noaund  le  Chancelier  JLiuingt  ■ 
i<m,  port. mi  5aC  tonneaux,  coûta  plus  de  100,000 dollars:  la 
pense  des  autres  varia  de  40,000  à  60,000  dollari 


AMÉRICAINE.  /,> 

qu'une  affaire  qui  lui  fut  suscitée,  vint  encore  troubler 
son  repos.  Un  de  ses  bâtimens  ,  faisant  le  trajet  entre 
New -York  et  New- Jersey,  fut  arrêté,  à  la  requête 
d'une  personne  qui  réclamait  le  privilège  des  lettres- 
patentes  accordées  ,  en  1787  ,  à  M.  Fitch  ,  pour  établir 
de  semblables  bâtimens  sur  les  eaux  de  cet  État.  Celte 
circonstance  donna  lieu  à  un  grand  procès,  dans  le- 
quel Fulton  fut  forcé  de  comparaître  pour  constater  ses 
droits;  et  les  menées  de  ses  rivaux  furent  déjouées  par 
les  raisonnemens  et  l'éloquence  de  M.  Emmet,  son 
avocat.  Cette  affaire  ne  laissa  cependant  pas  que  de  lui 
causer  un  vif  chagrin.  Exposé  à  un  froid  humide,  en 
traversant  l'Hudson ,  alors  couvert  de  glaçons,  il  fut 
attaqué  d'une  maladie  inflammatoire,  dont  il  mourut, 
en  i8i5  ,  à  l'âge  de  48  ans. 

Fitch,  qui  avait  obtenu  la  patente  en  question  ,  n'a- 
vait pas  réussi  à  établir  son  bâtiment  à  vapeur,  et  le 
tems  durant  lequel  il  devait  en  jouir,  était  expiré  de- 
puis bien  des  années.  Pour  humilier  Fulton,  on  s'ef- 
força de  prouver  qu'il  n'était  pas  l'inventeur  des  bâti- 
mens à  vapeur  ;  que  ,  dès  l'année  1787  ,  Jonathan  Hull 
les  avait  fait  connaître  en  Angleterre  ,  qu'ils  avaient 
été  introduits  en  France  ,  en  1781  ,  par  l'abbé  Arnal,  et 
dans  les  États-Unis ,  en  1 784  ,  par  Rumsey ,  et  dernière- 
ment par  Fitch  (1).  Fulton  ne  contesta  jamais  les  droits 
de  ceux-ci  à  la  théorie  de  l'invention;  mais  il  récla- 

(1)  On  a  même  trouvé  une  description,  assez  exacte  ,  d'un  ba- 
teau à  vapeur  dans  l'Enéide  de  Virgile,  en  réunissant  les  quatre 
vers  suivans : 

Ingentemque  Gyas  ingenli  mole  Chimœram.  (  AEn. ,  V,  118.) 
Urbis  opus  (  cœcis)  flammisque  arniata  Chimœra.  (  VI,  u88.  ) 
EJf'ugit  unie  alios  ,  primusque  ehiùilur  undis  ,  (V,  1 5i.  ) 
Turbam  interjrcmitumque.  (  Idem.,* 


46  NÉCROLOGIE 

mait  ce  qui  n'appartenait  qu'à  lui  seul ,  le  mérite  de  la 

pratique  (i). 

Fulton  s'était  marié,  à  son  retour  à  New -York, 
avec  une  nièce  du  chancelier  Livingston,  et  il  a  laissé, 
en  mourant,  quatre  enfans. 

Sa  vie  vient  de  paraître  sous  le  titre  suivant  :  «  Vie 
de  Robert  Fulton,  par  son  ami  Cadwaller  D.  Colden,  lue 
devant  la  Société  littéraire  et  philosophique  de  New- 
York;  contenant  des  détails  sur  l'invention,  les  pro- 
grès et  l'établissement  des  bateaux  à  vapeur  ;  sur  les 
améliorations  introduites  dans  leur  construction,  dans 
la  navigation  des  canaux  et  autres  objets  d'utilité 
publique.  »  In-8°  ,  371  pag. ,  New-York  ;  avec  son 
portrait  peint  par  mademoiselle  Emmet. 

—  Le  docteur  Ramsay,  fils  d'un  fermier  respectable 
d'Irlande  ,  qui  résidait  dans  le  comté  de  Laneastre  ,  en 
Pensylvanie  ,  alla  s'établira  Charleston  ,  vers  l'an  1773, 
après  avoir  étudié  la  médecine  au  collège  de  Phila- 
delphie. Fortement  attaché  à  la  cause  de  la  révolution, 
il  prononça  le  premier  discours  sur  l'indépendance  amé- 
ricaine ,  dans  lequel  il  montre  les  avantages  de  la  forme 
du  gouvernement  républicain.  Il  fut  ensuite  élu 
membre  de  la  Législature  de  l'Etat,  et  du  Conseil  privé. 
Arrêté  ,  le  1 7  août  1 780  ,  avec  plusieurs  autres  citoyens  , 
qui  étaient  prisonniers  sur  parole  ,  il  fut  envoyé  à 
Saint- Augustin  ,  et  détenu  à  bord  d'un  vaisseau  pen- 
d.nil    plus  d'ttD   au.  11  fut  nommé,  en  1782,  membre 

(1)  Ayant  de  faire  l'expérience  dn  bateau  à  vapeur  sur  la  Semé, 

par  Fulton,  on  en  avait  essayé  OU  sur  la  Tamise ,  en  i«Soi  ,  qui 
avançait  à  raison  de  trois  milles  à  L'heure;  mais,  la  première  cx- 
périence  heureuse,  qui  fut  faite  en  Europe,  eut  lieu  sur  le  Clyde, 
en  Ecosse,  en  t8ia  ,  cinq  ans  après  qu'il  en  eut  établi  trois  sui 
l'Hudson 


AMÉRICAINE.  47 

du  Congrès  continental.  L'Histoire  de  la  Révolution  de 
la  Caroline  du  sud,  qu'il  publia,  en  1^85  ,  lui  mérita 
le  titre  à' Historien  des  Etats-Unis.  Il  mit  au  jour,  en 
1790  ,  une  T^ie  de  TVashington  ,  et ,  en  1808 ,  Y  Histoire 
de  la  Caroline  du  sud,  1  vol  in-8°.  Ayant  eu  le  mal- 
heur de  perdre,  en  181 1  ,  une  compagne  aimable  et 
recommandable  par  ses  talens  littéraires  ,  il  fit  paraître , 
peu  de  tems  après  sa  mort,  des  Mémoires  sur  sa  vie  ,  en 
un  petit  volume.  Il  publia  depuis  :  i°  un  Discours  sur 
l'acquisition  de  la  Louisiane  ;  20  une  Revue  des  amé- 
liorations, des  progrès  et  de  V état  de  la  Médecine  dans 
le  18e  siècle  ;  3°  une  Dissertation  sur  les  moyens  de 
rendre  salubre  la  ville  de  Charleston ;  4°  une  Carte  bio- 
graphique, dressée  sur  un  plan  nouveau ,  pour  faciliter 
l'étude  de  l'histoire  ;  5°  Y  Eloge  du  docteur  Rush  ;  et 
6°  une  Histoire  abrégée  de  l'Eglise  indépendante  ou  con- 
grégationaliste  de  Charleston.  Il  avait  rassemblé,  avant 
sa  mort  ,  des  matériaux  pour  la  vie  du  général  André 
Jackson;  et  ,  depuis  quarante  ans  ,  il  travaillait  à  une 
Description  historique  du  monde  ,  depuis  V époque  la 
plus  reculée  ,  jusqu'au  içf  siècle;  contenant  des  dé- 
tails particuliers  sur  l'état  de  la  société ,  de  la  littéra- 
ture ,  de  la  religion  et  de  la  forme  du  gouvernement  en 
Amérique  (1).  Cet  auteur  distingué  et  patriote  périt  de 
la  main  d'un  maniaque,  qui,  furieux  d'avoir  été  en- 
fermé ,  par  suite  d'un  rapport  que  le  docteur  Ramsay 
avait  fait  sur  son  état,  lui  tira   un  coup    de   pistolet 

(1)  On  a  publie  à  Philadelphie ,  en  i8ifi,  une  partie  de  cet  ou- 
vrage ,  sous  le  titre  de  History  ofthe  (j nited  States  from  their 
jîrst  Seulement  as  English  Colonies ,  in  îGo1;  ,  to  the  year  1808  , 
or  the  33  d.  of  their  Sovereignty  and  independen.ee,  etc.,  con- 
tinued  to  the  treaty  of  Client  by  S.  S.  Smith*  1).  D.  and  other 
Uterary  gentlemen,  3  vol.  i/<-8°. 


48  NÉCROLOGIE 

dans  le  dos,  en  plein  jour  ,  clans  une  des  rues  de  Char- 
leston,  le  6  mai  \Sir). 

Datlas  émigra  ,  dans  son  enfance  ,  d'une  des  îles  des 
Indes  occidentales,  et  se  rendit  à  Philadelphie,  on  ses 
talensetses  principes  politiques  lui  assignèrent  bientôt 
le  premier  rang  parmi  les  avocats.  1]  était,  depuis  pen, 
secrétaire  de  la  Trésorerie,  lorsqu'il  mourut ,  en  1818. 
Il  est  éditeur  d'une  Collection  des  Lois  de  la  Pensyl- 
vànie,  en  /[  vol.  ,  publiée  en  1801  ,  et  des  Causes  jugées 
dans  la  Cour  de  Pensylvanie  et  dans  celle  des  Ktats- 
JJnis ,  séant  à  Philadelphie  ,  en  \  vol.  ,  1806. 

Dallas  est  auteur  de  la  brochure  intitulée  Exposé  des 
causes  et  du  caractère  de  la  dernière  gtici  re  avec  la 
Grande-Bretagne ,  oui  fut  écrite  pour  réveiller  lessen- 
timens  patriotiques  et  l'énergie  du  peuple  américain  , 
dans  la  campagne  de  181Ô;  mais  la  paix  de  Gand  en 
suspendit  la  publication  ,  qui  n'eut  lieu  qu'après  cet 
événement.  Klle  contient ,  sous  la  forme  d'un  appeiau 
public,  une  analyse  des  pièces  officielles  et  diploma- 
tiques, concernant  la  grande  lutte  entre  les  deux  puis- 
sances ;  et  le  public  s'en  montra  si  avide,  qu'en  moins 
de  si*  mois,  elle  eut  î  i  éditions,  et  fut  insérée  par  ex- 
traits dans  plus  de  3oo  journaux. 

Benjamin  Smith Bartoîc,  né  en  1766,  était  fils  d'un 
ministre  de  l'église  épiscopale  de  la  ville  de  l.ancastre  , 
en  l'ensylvanie  ;  sa  mère  était  sœur  du  célèbre  astro- 
nome Rittenhouse.  Se  destinant  à  la  profession  de  mé- 
decin, il  alla  étudier  à  Edimbourg,  oii  une  disserta- 
tion qu'il  publia  sur  les  propriétés  de  la  jusquiame 
noire (hjrosciamus  nieert  £».),  lui  valut  un  prix  d'encou- 
ement  (1).  Il  crut  avoir  à  se  plaindra  de  la  manière 

f  \)  Ce  prix  était  un  exemplaire  d'une  édition  SUpeita  des  ou- 


AMÉRICAINE.  49 

dont  il  fut  reçu  par  deux  des  professeurs  auxquels  il 
avait  été  recommandé;  et  comme  il  était  naturelle- 
ment fier ,  il  ne  put  se  décider  à  solliciter  un  dip'ôme 
de  cette  Université  ;  mais  il  en  prit  un  à  celle  de  Got- 
tingue ,  et  retourna  à  Philadelphie ,  oii  il  exerça  sa 
profession,  et  se  vit  successivement  combler  ,  à  un  âge 
encore  peu  avancé ,  de  tous  les  honneurs  littéraires. 
En  1789,  il  fut  reçu  membre  de  la  Société  philoso- 
phique de  Philadelphie ,  et  nommé  professeur  d'his- 
toire naturelle  et  de  botanique  au  Collège  de  cette 
ville  ,  bien  qu'il  n'eût  alors  que  1^  ans.  Ce  fut  lui  qui , 
le  premier  ,  enseigna  publiquement  cette  partie  des 
sciences.  Six  ans  après  ,  il  fut  appelé  à  professer  la 
matière  médicale ,  et  attaché,  en  1798,  comme  méde- 
cin, à  l'hôpital  de  Pensylvanie.  Il  a  depuis  succédé  au 
docteur  Rush  ,  en  qualité  de  professeur  des  Instituts  de 
la  médecine.  En  1802,  il  fut  nommé  l'un  des  trois 
vice-présidens  de  la  Société  philosophique  de  Phila- 
delphie ,  et  en  1809,  président  de  la  Société  médicale 
de  cette  ville. 

Ayant  éprouvé ,  dans  sa  jeunesse ,  des  attaques  de 
goutte  ,  et  s'étant  ressenti,  à  un  âge  plus  avancé,  des 
douleurs  de  Vhœmoptisisy  il  crut  qu'un  voyage  sur  mer 
et  le  changement  de  climat  seraient  favorables  à  sa 
santé  :  il  s'embarqua  donc  pour  l'Europe  ,  parcourut 
la  France  et  l'Angleterre,    mais  sans  en  éprouver  le 

vrages  du  célèbre  Harvey,  sur  lequel  le  professeur  Duncan  écrivit 
l'inscription  suivante  :  Hanc  ingenii  mercedem  œquojure  décrétant 
viro  generoso  Jienjamini  Smith  Barton,  Pensylt'anirnsi  ;  proptcr 
œgregiam  disse rlationem  de  Htosciamo  nicro,  publiée  tradendam 
curabat  sodalitas  Edinensis  fllinrum  /Esculapii  Jesto  solemni  in 
Harveii  honorent  instituto ,  pridiè  idus  aprilis ,  1787. — Andréas 
Duncan . 

TOME   Vf.  4 


5o  NÉCROLOGIE 

moindre  soulagement.  Attaqué  ùeV  hydrothorax  ,  à  la 
suite  de  ce  long  et  pénible  voyage,  il  mourut,  en  1816, 
peu  après  son  retour  à  Philadelphie,  dans  la  5oe  année 
de  son  âge ,  laissant  un  fils  et  une  fille. 

Oulre  un  grand  nombre  de  dissertations  sur  difle- 
rens  sujets  d'histoire  naturelle  ,  il  a  publié  les  ouvrages 
suivans  :  i°  Collections  pour  un  essai  sur  la  matière  mé- 
dicale, des  États-Unis ,  49  p-  in-8°  ,1798,  dont  il  parut 
une  troisième  édition  en  181  o  ;  2°  des  Fragmens  de 
l'histoire  naturelle  de  la  Pensylvanie ,  (\i  p.  in-fol.  , 
1-99;  3°  Nouveaux  aperçus  sur  V origine  des  tribus  et 
des  nations  de  V Amérique  ,  i65  p.  in-8°,  1798  ;  4°  Élé- 
mens  de  botanique  ,  ou  Esquisses  de  l'histoire  naturelle 
des  végétaux ,  ornés  de  3o  fig. ,  2  vol.  in -8°,  i8o3.  Le 
premier  volume  de  la  deuxième  édition  a  été  publié 
en  1812  ,  et  le  deuxième  en  181 4 •  ;  5°  la  première 
partie  d'une  Flora  Virginica. 

Le  docteur  Barton  encouragea  de  tous  ses  efforts  les 
recherches  botaniques  ,  dans  un  teins  où  cette  étude 
(Hait  si  peu  considérée  aux  États-Unis,  qu'il  se  voyait 
forcé  de  cacher  ses  plantes  en  revenant  à  la  ville  ,  de 
crainte  de  perdre  ses  cliens.  Il  eut  la  satisfaction  de 
voir,  avant  sa  mort,  son  cours  suivi  par  plusieurs  cen- 
taines d'élèves  qui  s'adonnaient  à  cette  étude.  Ce  fut 
lui  qui  engagea  les  botanistes  MM.  Pursh  (1)  et  Nut- 
kall  v»),  à  visiter  les  montagnes  de  la  Virginie  et  de  la 

(1)  Son  ouvrage  fut  publie  l\  Londres,  on  1814,  en  2  vol.  in-8° , 
avec  if\  gravures,  sous  le  titre  de  blara  Amcricœ  septentrionalis  , 
or  a  systematic  arrangement  and  Description  nfthe  plants  oj Dforth 

.■linciiiui  ,  etc. 

(1)  Il  a   publié,    en  1818,  en  2   vol.  in-ia,   à    Philadelphie 
The  gonera  of  NortJi  American  Plants  and  a  catalogue  of  thé 
tpecies  ,  to  the  year  1817. 


AMÉRICAINE.  5i 

Caroline,  et  les  parties  de  la   contrée  située  à  l'ouest 
des  monts  Alleghany. 

Caspar  WiSTàR,  né,  en  1761 ,  de  parerts  allemands, 
destiné  à  la  profession  de  la  médecine,  commença  ses 
études  au  collège  de  Philadelphie  ,  et  les  continua  à 
celui  d'Edimbourg,  oh  il  fut  reçu  docteur,  en  1786. 
De  retour  à  Philadelphie,  il  obtint  la  chaire  de  pro- 
fesseur de  chimie  au  collège  de  cette  ville ,  et  ensuite 
celle  de  professeur  d'anatomie.  Quelques  années  après, 
il  succéda  au  docteur  Rush ,  en  qualité  de  président  de 
la  Société  pour  V  abolition  de  l'esclavage ,  et  fut  créé  en 
même  tems  un  des  censeurs  du  collège  des  médecins. 
Le  plusgrand  honneur  littérairelui  était  encore  réservé. 
M.  Jefferson  ayant  refusé  la  présidence  de  la  Société 
philosophique  de  Philadelphie  ,  à  laquelle  il  était  appelé 
pour  la  seconde  fois  ,  il  fut  élevé  à  ce  poste  honorable  , 
qui  avait  été  occupé  par  cet  homme  illustre  ,  par  Fran- 
klin ,  et  par  Rittenhouse. 

Wistar  a  publié  plusieurs  Mémoires  dans  les  Actes 
du  collège  des  médecins  de  Philadelphie  et  dans  ceux 
de  la  Société  historique  de  la  même  ville;  et,  en  1814  , 
un  Traité  d'anatomie,  en  2  vol.  in -8°,  pour  l'usage 
des  élèves  de  sa  classe.  D'après  les  conseils  de  M.  Corréa 
de  Serra,  il  allait  se  livrer  à  un  travail  sur  l'anatomie 
comparée  des  animaux  des  Etats-Unis  ;  et  déjà  il  avait 
réuni  un  grand  nombre  de  matériaux,  lorsqu'une 
fièvre  maligne  l'emporta,  en  1818,  dans  la  57e  année 
de  son  âge. 

Jamais  homme,  peut-être,  dans  la  même  situation 
de  la  vie,  n'a  été  plus  regretté.  Membre  de  la  secte 
des  amis  ou  quakers,  il  pratiquait  les  vertus  les  plus 
utiles.  Sa  générosité  était  sans  bornes;  son  hospitalité 
rappelait  celle  des  anciens  patriarches,  et  il  possédait 

4* 


5u  NOTICE  BIOGRAPHIQUE 

la  rare  modération  qui  honore  le  sage.  Il  se  plaisait  â 
répéter  cette  maxime  :  Oublions  les  torts  qu'on  nous 
a  faits,  mais  jamais  les  services  que  nous  avons  reçus. 
Telle  était  sa  vénération  pour  la  Bible  ,  qu'il  la  portait 
toujours  avec  lui  en  voyageant.  Plusieurs  Français  qui 
vivent  encore ,  peuvent  attester  combien  ils  ont  été 
charmés  de  la  société  et  de  l'hospitalité  de  cet  excel- 
lent homme  (i). 

Les  États  ont  perdu,  depuis  quelques  années,  plu- 
sieurs autres  hommes  distingués  dont  nous  aurons  l'oc- 
casion de  parler.  Warden. 

VWWVWVWWWV WWVVWVWVVi VW 

NOTICE  BIOGRAPHIQUE 

Sur  KOTZEBUE. 

Auguste  de  Kotzebue  naquit  à  Weimar,  le  3o  mai 
1761.  Sa  mère,  devenue  veuve  peu  d'années  après  son 
mariage,  se  consacra  toute  entière  à  l'éducation  de  ses 
enfans.  Elle  possédait  les  qualités  nécessaires  pour  cette 
tâche  difficile ,  par  la  variété  de  ses  connaissances  et  par 
sa  tendresse  maternelle.  Vive  autant  qu'éclairée ,  elle  ne 
fut  pas  toujours  heureuse  dans  le  choix  des  maîtres  de 
son  fils.  Néanmoins  il  fit ,  sous  leur  direction  ,  quelques 
progrès  dans  la  partie  mécanique  de  l'éducation;  sa 
mère  seule  lui  apprit  à  sentir  et  à  penser. 

Le  premier  ouvrage  qui  fixa  l'attention  du  jeune 
Kotzebue  fut  un  recueil  de  contes  oii  se  trouvait  l'his- 
toire de  Romeo  et  Juliette.  Il  en  fut  si  profondément 
touché  ,  que  l'impression  en  est  restée  ineffaçable  dans 

(1)  L'éloge  de  Wistar  a  été  publié  par  le  docteur  Hosack  de 
NtU  -York  ,  et  par  d'autres  professeurs. 


SUR  KOTZEBUE.  53 

,sa  mémoire  jusqu'à  ses  derniers  jours.  Don  Qui- 
chote  devint  ensuite  pour  son  imagination  une  source 
de  délices;  mais  le  roman  populaire  de  Robinson  Cru- 
soë  paraît  avoir  été  plus  conforme  encore  à  ses  goûts. 
A  peine  avait-il  six  ans  ,  qu'il  s'essayait  à  écrire  des 
vers,  et  bientôt  après  il  composa  un  petit  dialogue 
dramatique.  Sans  doute ,  ces  productions  précoces  ne 
pouvaient  avoir  qu'un  faible  mérite;  aussi  ne  croit-on 
devoir  les  rappeler  que  pour  faire  entrevoir  la  tendance 
d'esprit  de  cet  auteur  fécond ,  à  l'aurore  de  son  dévelop- 
pement. Mais ,  son  penchant  pour  la  poésie  dramatique 
se  manifesta  encore  davantage,  lorsqu'il  vit,  pour  la 
première  fois ,  une  représentation  théâtrale.  La  pièce 
était  la  Mort  d'Adam,  par  Klopstock.  Elle  éveilla, 
dans  Kotzebue ,  une  multitude  de  sensations  qu'il 
n'avait  jamais  éprouvées;  et,  dès  ce  moment,  sa  des- 
tination fut ,  pour  ainsi  dire  ,  fixée. 

Le  précepteur,  sous  la  tutelle  duquel  il  était  alors 
placé,  avait  une  meilleure  méthode  pour  former  le 
goût  de  ses  élèves ,  que  de  leur  faire  écrire  des  vers  la- 
tins :  il  leur  faisait  faire  des  compositions  allemandes  ; 
et  tous  ceux  qui  en  avaient  fait  une  qu'il  jugeait 
digne  d'être  connue,  montaient  en  chaire  pour  la  lire. 
Ce  fut  dans  l'une  de  ces  occasions  que  Kotzebue 
obtint  des  applaudissemens  unanimes  pour  une  char- 
mante ballade,  qui  fut  suivie  de  plusieurs  essais  du 
même  genre,  tous  remarquables  par  l'esprit  et  l'élé- 
gance, mais  qui  manquaient  d'originalité,  d'après  l'a- 
veu même  de  l'auteur.  Les  premières  productions  d'un 
génie  naissant  ne  consistent  guère  qu'en  imitations. 
Le  célèbre  Goethe,  ancien  ami  de  la  famille  du  jeune 
Kotzebue,  fut  frappé  de  son  intelligence,  et  eut  pour 
lui  une  bienveillance  marquée.  Rien  ne  pouvait  être  plus 


54  NOTICE  BIOGRAPHIQUE 

avantageux  pour  ce  jeune  écrivain ,  que  de  soumettre  ses 
premières  productions  au  jugement  d'un  littérateur 
aussi  accompli  que  l'auteur  de  Werther,  et  de  recevoir 
de  bonne  heure  ses  utiles  conseils,  qui  ont  eu  certaine- 
ment la  plus  grande  influence  sur  toute  sa  vie  littéraire. 

A  l'âge  de  seize  ans  ,  Kotzebuë  fut  envoyé  au  collège 
de  Jéna  ;  il  y  fit  des  progrès  rapides  ,  particulièrement 
'.  nfi  la  langue  française:  ce  qui  est  d'autant  moins 
surprenant,  que  son  goût  semble  avoir  toujours  été 
plus  en  rapport  avec  les  auteurs  français  qu'avec  ceux 
de  son  propre  pays.  De  Jéna  ,  il  se  rendit  à  Duisbourg, 
ou  il  organisa  une  compagnie  de  jeunes  amateurs 
dramatiques  ,  et  obtint  des  religieux  minimes  la  per- 
mission de  représenter  une  traduction  des  Rivaux, 
de  Shéridan  ,  dans  le  cloître  de  leur  couvent.  Dans  le 
même  teins ,  sa  plume  ne  restait  pas  oisive.  Il  écrivit 
un  petit  drame,  intitulé  l'Anneau  ,  et  un  roman  dans 
le  genre  de  Werther,  pour  lequel  cependant  il  ne  trou- 
vait pas  d'éditeur.  En  1779,  il  retourna  à  Jéna ,  et  s'ap- 
pliqua avec  ardeur  à  l'étude  des  lois  ;  mais,  ses  heures 
de  loisir  n'en  furent  pas  moins  consacrées  au  théâtre. 
11  écrivit  alors  une  tragédie,  intitulée  Charlotte  Franc , 
qui  fut  représentée  sans  beaucoup  de  succès;  bientôt 
après  ,  une  comédie,  intitulée  les  Femmes  à  la  mode  , 
eut  un  meilleur  sort.  A  peine  âgé  de  dix-linit  ans  ,  étant 
reçu  membre  de  la  Société  littéraire  de  Jéna  ,  il  lut  une 
dissertation  justificative  de  l'apostasie  de  l'empereur 
Julien. 

Vers  la  fin  de  l'année  1781  ,  il  partit  pour  IVters- 
bourg,  en  qualité  de  secrétaire  particulier  du  géné- 
ral Bauer;  là,  il  écrivit  une  tragédie  ;  intitulée  Démé*> 
tritlSj  czar  Je  Moscou  ,  que  la  police  voulut  supprimer, 
parce  que  Démétrius  n'y  était  point  représenté  comme 


SUR  KOTZr-BUE.  55 

un  imposteur,  quoiqu'un  ukase  de  Pierre-le-Grand 
l'eût  déclaré  tel.  Cependant,  l'impératrice  Catherine 
paraît  n'avoir  pas  fait  grande  attention  à  cet  incident. 
En  1782,  il  épousa  une  dame  d'une  ancienne  no- 
blesse russe,  et  fut  nommé  président  du  gouvernement 
civil  de  Reval:  comme,  à  cette  époque,  le  rang  civil 
était  classé ,  en  Russie  ,  d'après  les  grades  militaires ,  il 
reçut  celui  de  lieutenant-colonel.  Vers  la  fin  de  l'année 
suivante,  il  visita  Keikel ,  où  il  écrivit  les  deux  pre- 
miers de  ses  drames,  qui  ont  le  mérite  de  l'originalité  : 
VHermite  de  Fermai teira  et  Adélaïde  de  JValjingen. 
De  retour  à  sa  présidence,  il  établit  un  théâtre  parti- 
culier ,  pour  l'ouverture  duquel  il  composa  une  comé- 
die intitulée  Chaque  fou  a  sa  marotte. 

En  1785,  il  fit  un  voyage  dans  quelques  parties  de 
l'Allemagne  ,  et  commença  l'histoire  de  Henri-le-Lion, 
duc  de  Brunswick ,  qu'il  n'a  pas  achevée. 

En  1787  ,  il  fut  attaqué  d'une  maladie  douloureuse  ; 
et  c'est  au  milieu  de  ses  souffrances  qu'il  a  écrit  les 
deux  pièces  qui  peut-être  ont  contribué  le  plus  à 
sa  réputation  ;  les  Indiens  en  Angleterre,  et  Misanthro- 
pie et  Repentir.  Pendant  cette  indisposition  ,  ses  facul- 
tés intellectuelles  semblaient  acquérir  une  nouvelle 
énergie  :  les  plus  belles  productions  de  l'esprit  ont 
paru  être  quelquefois  le  résultat  d'infirmités  corpo- 
relles. 

En  1789,  Kotzebuë  publia  la  Cierge  du  soleil,  le  Fils 
naturel,  et  quelques  autres  pièces.  Ayant  obtenu  un 
congé  ,  à  cause  de  sa  mauvaise  santé ,  il  passa  quelque 
tems ,  en  1790,  aux  eaux  de  Pyrmont,  etretourna  en- 
suite à  Weimar ,  ou  il  fit  paraître  quelques  diatribes 
ambres  dirigées  contre  le  célèbre  Zimmermann.  II  ne 
s'est  jamais  pardonné  ,  depuis,  l'amertume  de  ses  çr'\- 


bb  NOTICE  BIOGRAPHIQUE 

tiques  ,  dans  cette  circonstance.  Kotzebuë  était  alors  au 
faite  de  sa  gloire  littéraire  ;  ses  drames  étaient  devenus 
populaires  dans  toute  l'Allemagne  ,  et  chaque  nouvelle 
production  de  sa  muse  était  reçue  avec  enthousiasme. 
Elles  se  succédaient  en  si  grand  nombre  ,  qu'il  serait 
long  et  fastidieux  d'en  retracer  ici  la  nomenclature. 

Ayanteu  le  malheur  de  perdre  son  épouse  ,  Kotzebuë 
se  retira  de  Weimar  à  Paris,  dans  l'espérance  que 
le  spectacle  des  grands  mouvemens  de  cette  ville 
agitée  par  la  révolution  ,  dissiperait  ses  chagrins  do- 
mestiques. Il  y  resta  jusqu'en  179^  ;  puis  il  retourna  en 
Russie,  où  il  trouva  le  gouvernement  si  peu  analogue 
à  ses  opinions,  qu'il  donna  sa  démission.  L'année  d'a- 
près ,  il  accepta  la  place  de  surintendant  du  théâtre 
impérial  de  Vienne;  mais  il  s'en  dégoûta  bientôt.  En 
1800,  il  revint  de  nouveau  en  Russie;  et  à  peine 
avait-il  passé  les  frontières  ,  qu'il  fut  arrêté  par  ordre 
spécial  de  l'empereur  Paul  1er,  et  conduit  à  Kurgan  , 
en  Sibérie.  Les  détails  de  cet  exil  sont  connus  par  une 
relation  romanesque  intitulée  :  L'année  la  plus  remar- 
quable  de  ma  vie.  Par  l'entremise  de  ses  amis  ,  la  colère 
de  Paul  fut  apaisée  ;  ce  monarque,  après  avoir  rappelé 
Kotzebuë  à  Pétersbourg  ,  le  combla  des  plus  grandes 
marques  de  faveur. Il  lui  fit  présent  d'un  beau  domaine 
de  la  couronne,  situé  en  Livonie  ,  lui  donna  la  direction 
du  théâtre  allemand  à  Pétersbourg,  et  lui  conféra  le 
titre  de  conseiller  aulique. 

Lorsqu'Alexandre  monta  sur  le  trône ,  Kotzebuë 
quitta  de  nouveau  la  Russie,  pour  faire  un  voyage  en 
France,  en  Italie  et  en  Allemagne.  Il  résolut  de  se  fixer 
à  Berlin  ,  oii  il  entreprit ,  avec  M.  Merckel  ,  la  rédac- 
tion d'un  journal  littéraire,  qui  est  encore  continué 
aujourd'hui  sous  le  titre  du  Franc- Parleur  ,   et  qui  , 


SUR  KOTZEBUË.  57 

dans  l'origine  ,  avait  surtout  pour  objet  d'attaquer 
Goethe  et  ses  adhërens,  Guillaume  et  Frédéric  Schlegel. 
En  1806,  ilse  rendit  à  Koenisberg  ,  dans  l'intention 
d'écrire  l'histoire  delà  Prusse,  pour  laquelle  les  archives 
de  cette  ville  renfermaient  des  documens  précieux. 
L'ouvrage  parut  à  Riga,  en  quatre  volumes.  Ce  n'est 
certainement  pas  un  chef-d'œuvre  ;  mais  les  extraits  des 
documens  originaux  qu'il  renferme  ,  le  rendent  impor- 
tant. Retiré  ensuite  dans  ses  terres  ,  en  Estonie  _,  on  dit 
qu'il  contribua  à  la  rédaction  des  papiers  diplomatiques 
que  la  Russie  fit  publier  en  181 1  et  1812.  L'année  sui- 
vante, l'empereur  Alexandre  lui  conféra  la  place  de 
son  consul  général  à  Koenisberg;  et,  en  1816,  il  le 
nomma  l'un  de  ses  conseillers  d'État.  A  cette  époque  , 
il  composa  son  Histoire  de  l'Empire  germanique  ,  ou- 
vrage que  l'on  dit  être  écrit  avec  beaucoup  de  partia- 
lité. En  1817,  il  fit  son  dernier  voyage  en  Allemagne, 
particulièrement  chargé,  à  ce  que  l'on  prétend,  de 
faire  des  observations  sur  les  productions  littéraires  et 
sur  l'esprit  public  de  ce  pays  ,  et  d'en  envoyer  réguliè- 
rement son  rapport  à  Pétersbourg.  Le  fait  certain  ,  du 
moins  ,  est  que  M.  de  Kotzebuë  fonda  ,  sous  son  nom, 
une  gazette  hebdomadaire  à  Weimar  ,  dans  laquelle  il 
rendait  compte  des  nouveautés  littéraires  et  attaquait 
sans  mesure  les  idées  libérales,  les  principes  j)olitiques 
qui  tendent  à  l'établissement  d'une  représentation  na- 
tionale ,  et  les  libertés  et  prérogatives  des  Universités, 
dont  s'enorgueillissent  les  Allemands,  qui  les  considè- 
rent comme  l'un  des  premiers  élémens  de  leur  gloire 
et  de  leur  richesse  nationales.  Kotzebuë  devint  par-là 
l'objet  delà  haine  presque  générale ,  mais  surtout  du 
ressentiment  des  étudians.  Bientôt,  il  trouva  qu'il  ne 
serait  pas  prudent  de  rester  plus  long-tems  en  Allema- 


58        JNOTICE  BIOGRAPHIQUE  SUR  KOTZEBUË. 

gne,  et  il  fit  des  préparatifs  pour  retourner  en  Russie. 
S'étant  dirigé  surManheim,  il  y  fut  assassiné,  le  21  mars 
1819,  par  un  étudiant  nommé  Henri-Rodolphe  Sand. 
Les  détails  de  sa  fin  tragique  ont  été  connus  par  les 
journaux.  Son  assassin  vit  encore,  et  l'on  continue 
d'instruire  son  jugement. 

Kotzebuë  n'est  certainement  pas  compté  parmi  les  litté- 
rateurs allemands  de  la  première  classe  ;  mais  peu  d'en- 
tre eux  ont  eu  ,  de  leur  vivant ,  plus  de  célébrité  que  lui  ; 
peu  d'auteurs  ont  travaillé  avec  plus  de  facilité ,  ou  pro- 
duit un  plus  grand  nombre  d'ouvrages  ;  peu  d'Allemands 
entécrit  leur  langue  avec  plus  de  pureté  et  d'élégance. 
Il  possédait,  au  suprême  degré  ,  l'art  de  s'emparer  des 
sentimeus  de  ses  lecteurs,  et  de  leur  faire  éprouver  ,  à 
son  gré,  toutes  les  émotions  de  l'ame.  Son  imagination 
était  aussi  féconde  que  les  tableaux  qu'elle  traçait 
étaient  vrais  et  animés,  quoiqu'on  y  trouve  rarement 
des  pensées  profondes.  La  plupart  de  ses  productions 
sont  des  ouvrages  dramatiques,  et  les  pièces  qu'il  a 
composées  se  montent  à  plus  de  deux  cents. 

Quant  à  la  vie  domestique  de  Kotzebuë  ,  elle  était, 
sons  tous  les  rapports,  exemplaire;  car  les  ennemis 
même  les  plus  acharnés  de  cette  victime  du  fanatisme 
politique,  ne  peuvent  nier  qu'il  ne  fût  bon  père,  bon 
époux  et  bon  fils.  lia  été  marié  trois  fois,  et  a  laissé 
douze  enfans,  dont  le  troisième,  Otton  ,  de  retour 
<l'un  voyage  autour  du  monde  avec  Krusensters  ,  était 
<*n  route  pour  embrasser  son  père,  au  moment  de  la 
funeste  catastrophe  qui  termina  ses  jours.  TTn  autre 
fils  ,  Maurice  ,  vient  de  donner  une  relation  de  l'ambas- 
sade russe  en  Perse,  à  laquelle  il  était  attaché. 

ITexriciis. 


\W VWVW  uv%  VVVVViVN\VVVVVVVV*VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV\VVVVVVV'VVVVVV\\VVV\.VVV\'W 

II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Histoire  naturelle,  générale  et  particulière  des 

MOLLLSQUES  TERRESTRES  ET  FLUVIÀTILES,  tant  des 

espèces  que  Von  trouve  aujourd'hui  vivantes ,  que 
des  dépouilles  de  celles  qui  n existent  plus  ;  classés 
diaprés  les  caractères  essentiels  que  présentent 
les  animaux  et  leurs  coquilles  ,•  par  feu  M.  Dau- 
debard  de  Férussac  ,  colonel  d artillerie ,  etc.  ? 
et  M.  DàudebArd  de  Férussac  fils,  officier  su- 
périeur au  corps  royal  d'état-major ,  membre  de 
la  Légion  dhomieur  ,  ex-sous-préfet  y  membre 
ou  associé  d'un  grand  nombre  de  Sociétés  sa- 
vantes,  etc.  (i). 

Chaque  jour  offre  une  nouvelle  occasion  de  recon- 
naître les  immenses  progrès  que  les  sciences  et  les  arts 
ont  faits  en  France,  iffrpuis  trente  ans,  au  milieu  des 
orages  politiques  et  des  guerres  les  plus  animées. 

En  effet,  dans  cette  courte  période,  nous  avons  vu 
les  mathématiques  transcendantes  prendre  l'essor  le 
plus  élevé,  et  entraîner,  dans  leur  marche  rapide,  la 
physique  et  la  chimie;  nous  avons  vu  ces  deux  bran- 
ches des  connaissances  humaines  ,  se  lier  intimement , 

(i)  Livraisons   I  à  VI. — In-folio,  papier  vélin,  fig.  coloriées. 
Prix,  3o  fr.  la  livraison  ;  et  in-4°,  hg-  en  noir  :  prix,  i5  fr.  Im 
pi  imeric  de  Didot  aîné.  Chaque  livraison  renferme  six  planches 
A  Paris,  chez  Arthus-Bertrand  ,  libraire-édiftut .  rue  Hautefeuille, 
n°  2j  ,  et  chez  les  principaux  libraires  de  France  et  de  l'étranger 


60  SCIENCES  PHYSIQUES. 

s'éclairer,  se  soutenir,  et  arriver  à  un  degré  de  perfec- 
tion que  l'on  croirait  le  dernier,  si  les  hommes  de  gé- 
nie auxquels  il  est  dû ,  avaient  cessé  d'exister.  Nous 
avons  vu  nos  manufactures  prospérer  sous  de  si  heu- 
reuses influences,  et  lutter  avec  succès  contre  les  cala- 
mités des  tems  ;  nous  avons  vu  ,  enfin ,  les  sciences 
naturelles  étendre  leur  domaine  dans  toutes  les  di- 
rections ,  à  un  point  tel ,  qu'il  n'est  plus  donné  à  une 
seule  imagination  d'en  embrasser  l'ensemble. 

Nous  nous  garderons  de  détailler  ici  les  conquêtes 
de  ces  dernières;  cette  tâche  difficile  venant  d'être  di- 
gnement remplie  par  l'illustre  continuateur  des  œuvres 
de  BufFon  (i).  Nous  nous  bornerons  à  faire  observer 
que  toutes,  néanmoins,  n'ont  pas  marché  de  front  , 
et  que,  si  plusieurs  d'entre  elles,  comme  la  géologie 
et  l'anatomie  comparée,  ont  fait  des  pas  de  géant, 
il  en  est  aussi  quelques-unes  qui  sont  un  peu  restées  en 
arrière. 

Parmi  celles-ci,  on  doit  remarquer  principalement 
la  conchyliologie,  ou  l'histoire  naturelle  des  coquil- 
lages et  des  animaux  qui  les  habitent;  et  l'on  peut 
attribuer  la  lenteur  de  ses  progi^s  à  la  difficulté  qu'on 
éprouve  pour  se  procurer  ces  animaux,  dans  un  état 
de  conservation  tel  qu'on  puisse  bien  étudier  leurs  or- 
ganes. Aussi,  jusqu'à  ces  derniers  tems  ,  se  bornait-on 
à  recueillir  leurs  têts  solides,  et  négligeait-on  tout-à- 
fait  l'observation  de  leur  propre  structure. 

(t)  Nous  renvoyons  à  l'ouvrage  intitule  Vue  générale  des  pro- 
grès tic  plusieurs  branches  des  sciences  naturelles  ,  depuis  le  milieu 
du  dernier  siècle  ;  par  M.  de  Lacépèdc,  membre  de  l'Institut,  etc., 
et  à  L'extrait  qui  en  a  été  publie  dans  la  llevue  Encyclopédique  , 
cahier  de  juillet  1819. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  61 

C'est  particulièrement  en  France  que  s'est  opère  le 
changement  de  direction  dans  les  études ,  qui  a  contri- 
bué le  plus  efficacement  à  faire  de  la  conchyliologie 
une  partie  intéressante  de  l'histoire  naturelle. 

Guettard,  Daubenton  ,  Geoffroy  et  surtout  Adanson 
ont  fait  remarquer,  les  premiers,  que  si  les  coquillages 
sont  dignes  de  quelque  attention,  les  mollusques  qui 
les  produisent  méritent  infiniment  plus  de  fixer  les 
regards  de  l'observateur  philosophe.  Bruguière ,  Dra- 
parnaud  et  M.  Cuvier  ont  suivi  cette  idée ,  et  c'est  à 
eux  que  Ton  doit  les  travaux  les  plus  complets  sur  l'or- 
ganisation des  mollusques ,  qui  aient  été  publiés  dans 
notre  patrie  (i). 

Les  naturalistes  nomenclateurs  ont  pris  pour  base  de 
la  classification  de  ces  animaux,  tantôt  l'observation 
du  têt  seulement ,  tantôt  celle  des  animaux  ,  indépen- 
damment de  ce  même  têt;  mais  ,  dans  l'état  de  la 
science  ,  ces  deux  méthodes  sont  également  vicieuses  : 
la  première  ,  en  ce  que  les  parties  qu'elle  considère 
n'ont  que  des  rapports  de  formes  très  peu  marqués  avec 
la  nature  des  mollusques  ;  la  seconde,  en  ce  que  l'é- 
tude de  ces  mêmes  animaux  est  encore  trop  peu 
avancée  ,  pour  qu'on  puisse  se  faire  une  idée  de  toutes  les 
modifications  d'organes  qu'on  peut  observer  entre  eux. 

On  doit  à  feu  M.  de  Férussac,  le  père,  d'avoir  conçu , 
dans  un  petit  opuscule  intitulé  Essai  d'une,  méthode 
conchyliologique  appliquée  aux  mollusques  terrestres 
etjluviatiles,  l'heureuse  idée  de  joindre  ces  deux  modes 
de  classification  ,  pour  en  composer  un  mixte ,  qui  a 
l'avantage  de  faire  connaître,  en  même  tems  ,  l'animal 

(i)  Muller  et  Poli  soat  particulièrement  les  savans  étrangers 
qui  se  sont  livrés  à  ce  genre  de  recherches  avec  le  plus  de  succès 


Ga  SCIENCES  PHYSIQUES, 

et  sa  coquille.  C'est  lui  qui  a  indiqué  ,  le  premier,  des 
familles  naturelles ,  dans  cette  partie  de  la  zoologie  ; 
résultats  de  ses  observations  ,  pendant  le  long  exil  au- 
quel il  fut  condamné  ,  à  l'époque  de  nos  tourmentes 
révolutionnaires. 

Son  fils,  le  principal  auteur  de  l'ouvrage  que  nous 
annonçons,  fut  initié  par  lui  dans  une  science  pour 
laquelle  son  goût  avait  devancé  son  retour,  et  il  l'asso- 
cia ,  quoique  bien  jeune  encore  ,  à  ses  recherches  et  à 
ses  travaux.  A  peine  âgé  de  dix-huit  ans  ,  il  le  chargea 
de  publier  une  seconde  édition  de  son  ouvrage ,  et  cette 
édition  obtint  le  suffrage  de  l'Institut.  M.  de  Férussac, 
alors  vélite,  fut  particulièrement  loué  de  ce  que  la 
carrière  qu'il  embrassait  ne  l'empêchait  point  de  se  li- 
vrera la  culture  des  sciences  ;  tandis  quêtant  d'autres, 
qui  se  trouveraient  placés  dans  la  même  situation  ,  se 
croiraient  autorisés  à  négliger  même  les  premiers  éle— 
mens  de  l'instruction. 

Bientôt  après  ,  transporté,  par  les  devoirs  de  son  état  , 
d'une  extrémité  de  l'Europe  à  l'autre  ,  montant  succes- 
sivement de  grade  en  grade  ,  à  la  suite  des  diverses  ba- 
tailles qui  ont  illustré  nos  armées,  il  ne  profita  des 
loisirs  des  camps  ,  et  de  son  séjour  dans  les  villes ,  que 
pour  se  livrer  avec  plus  de  cousl.iucc  a  sCs  ri  mit  >  favo- 
rites. 11  n'eut  qu'à  se  louer  de  l'urbanité  et  de  la  géné- 
rosité des  savaus  Aes  vastes  contrées  où  les  vicissitudes 
du  sort  et  les  hasards  de  la  guerre  portèrent  ses  pas  ;  et 
il  put  visiter  à  loisir  les  collections  publique*  ou  par- 
ticulières de  l'Allemagne  ,  delà  Prusse,  de  la  Pologne, 
de  l'Autriche,  de  l'Italie  et  de  l'Kspagne.  (.'est  ainsi 
qu'il  parvint  à  augmenter  le  nombre  des  matériaux  du 
grand  ouvrage  dont  ]\1.  de  l*Vi 'ussad  ,  son  père  ,  avait 
»  OUÇU  le  plan  ,  et  (ju'ils  devaient  publier  ensemble. 


SCIEJNCES  PHYSIQUES.  63 

A  son  retour,  il  composa  divers  ouvrages,  et  no- 
tamment des  Mémoires  sur  la  géologie  des  terrains 
d'eau  douce ,  caractérises  par  les  coquillages  fossiles 
que  leurs  couches  renferment.  Ces  Mémoires  furent 
accueillis  par  l'Institut ,  comme  une  preuve  que  les  en- 
couragemens  que  ce  corps  célèbre  avait  précédemment 
accordés  à  leur  auteur,  avaient  fructifié  (1). 

Invalide  à  vingt -cinq  ans,  M.  de  Férussac  revint 
dans  sa  patrie,  et  fut  nommé  sous -préfet  dans  un  de 
nos  départemens  frontières.  Rentré  depuis  dans  la  car- 
rière militaire,  il  profite  du  calme  de  la  paix  pour  pu- 
blier enfin  le  résultat  de  ses  nombreux  travaux  et  de 
ses  pénibles  recherches. 

Son  ouvrage  ,  que  nous  annonçons ,  tout  vaste  qu'il 
est,  ne  nous  offre  cependant  que  l'histoire  des  coquil- 
lages terrestres  et  fluviatiles;  mais  le  nombre  des  ma- 
tériaux qui  doivent  lui  servir  de  bases  est  tel ,  que  son 
cadre  sera  parfaitement  rempli  :  c'est,  en  effet,  ce 
qu'il  est  facile  de  reconnaître,  lorsqu'on  étudie  le  plan 
que  l'auteur  s'est  proposé  de  suivre,  et  dont  la  distri- 
bution nous  a  paru  très  méthodique. 

Dans  la  première  partie,  ou  l'introduction  (non  en- 
core imprimée) ,  M.  de  Férussac  doit  donner  :  i°  une 
Terminologie  complète,  critique  et  comparée,  des  co- 
quillages fluviatiles  et  terrestres ,  ainsi  que  des  divers 
organes  qu'on  remarque  dans  les  mollusques  qui  les 
produisent  ;  2°  une  Histoire  de  la  science  pour  les  mol- 

(i)  Le  Coup-ci œil  sur  Y  Andalousie ,  et  le  Journal  du  siège  de 
Sarragosse,  que  M.  de  Fe'russac  fit  paraître  dans  le  même  tems , 
de'montrent  suffisamment  que  l'étude  de  Tlustoire  naturelle  ne  lui 
faisait  pas  oublier  les  devoirs  de  son  état,  et  que  l'Espagne ,  cette 
terre  classique,  savait  aussi  exciter  en  lui  plus  d'un  genre  d'in- 
te'rêt- 


64  SCIENCES  PHYSIQUES, 

lusqnes  en  général,  depuis  les  anciens  jusqu'à  nous, 
avec  un  exposé  des  diverses  méthodes  de  classification 
qui  ont  été  successivement  proposées  ,  et  une  applica- 
tion de  ces  développeniens  aux  mollusques  terrestres  et 
fluviatiles  ;  3°  une  Philosophie  de  la  science  ,  à  laquelle 
se  rattachent  des  considérations  sur  l'importance  de 
ses  progrès,  et  sur  ses  rapports  avec  les  autres  parties 
de  l'histoire  naturelle,  notamment  avec  la  géologie: 
4°  des  détails  sur  l'organisation  des  mollusques  en  gé- 
néral,  et  des  mollusques  fluviatiles  et  terrestres,  en 
particulier;  5°  des  considérations  générales  sur  les  dé- 
bris fossiles  des  mollusques,  et  sur  les  secours  im- 
menses que  l'observation  de  ces  débris  prête  à  la  géo- 
logie,  pour  la  distinction  des  dernières  couches  de  la 
terre,  avec  une  application  spéciale  de  ces  considéra- 
tions aux  terrains  appelés  de  formation  d'eau  douce , 
parce  que  les  fossiles  qu'ils  contiennent  sont,  pour  la 
plupart,  des  débris  de  coquillages  fluviatiles;  6°  une 
instruction  pour  la  recherche,  la  préparation,  l'envoi 
et  l'arrangement  des  mollusques  et  de  leurs  têts;  70  un 
exposé  critique  et  comparatif  de  la  méthode  de  classi- 
fication qu'il  adopte. 

La  seconde  partie,  celle  dont  l'exécution  est  com- 
mencée dans  les  six  fascicules  que  nous  annonçons  . 
comprend  l'histoire  particulière  de  loules  les  divisions., 
ordres,  familles,  genres  et  sous-genres  ,  c'est-à-dire, 
l'énoncé  de  tous  les  caractères  anatomiques,  physiolo- 
giques ou  systématiques  qui  les  distinguent  de  leurs 
voisins  ;  le  tableau  des  mœurs  des  espèces  compi 
dans  chacune  de  ces  coupures  ;  L'indication  des  régions 
qu'elles  habitent  de  préférence  ,  etc. 

Les  tables  de  concordance  ,  pour  la  synonymie  ,  for-* 
nieront  la  troisième  partie. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  65 

Jusqu'à  ce  jour  ,  il  n'a  été  publié  qu'une  portion  de 
la  seconde  ;  celle  qui  comprend  les  descriptions  des 
animaux  de  la  famille  des  limaces  ,  dépendante  du 
sous-ordre  des  géophiles  ,  fondé  par  l'auteur,  dans 
l'ordre  des  mollusques  pulmonés  sans  opercule.  C'est  la 
seule  dont  nous  puissions  entreprendre  ici  l'examen. 

M.  de  Férussac  donne  d'abord  la  synonymie  vul- 
gaire et  scientifique  des  mollusques  de  cette  famille , 
considérées  dans  leur  ensemble;  ensuite  il  décrit  leur 
forme  générale  ;  il  passe  en  revue  les  auteurs  qui  en 
ont  traité  plus  particulièrement ,  depuis  les  Grecs  jus- 
qu'à ces  derniers  tems  ;  il  se  livre  à  des  considérations 
générales  sur  l'organisation  et  les  facultés  des  limaces  ; 
il  explique  leur  mode  de  locomotion;  il  fait  connaître 
les  organes  qui  sécrètent  le  mucus  abondant  qui  enduit 
le  corps  de  ces  animaux  ,  et  sans  lequel  ils  ne  pour- 
raient vivre  ;  il  rapporte  tous  les  faits  intéressans  qui 
ont  été  recueillis  sur  leurs  habitudes  naturelles  ;  il  ex- 
pose les  dommages  que  les  agriculteurs  leur  repro- 
chent ,  et  il  fait  connaître  les  moyens  employés  pour 
les  détruire.  Enfin,  pour  compléter  leur  histoire  ,  il 
fait  une  énumération  rapide  de  tous  les  préjugés  po- 
pulaires à  leur  égard  ,  et,  entre  autres  ,  de  ceux  qui 
tendent  à  faire  considérer  quelques-unes  de  leurs 
parties  comme  des  remèdes  efficaces  contre  certaines 
maladies  ,  soit  des  hommes,  soit  des  animaux. 

Passant  ensuite  à  la  description  des  genres  qui  com- 
posent la  famille  des  limaces  ,  il  en  admet  huit ,  savoir  : 
limacelle ,  d'après  M.  de  Blainville  ;  arion  et  limas  , 
caractérisés  par  lui:  parmacelle ,  d'après  M.  Cuvier; 
onchidie  ,  d'après  Buchanan  ;  véronicelle  ,  d'après 
M.  Cuvier  ;  pleclroplwre ,  fondé  par  lui  ;  et  testacelle  , 
d'après  M.  Cuvier. 

Dans  la  description  particulière  de  chaque  .g'enre  ,  de 
tome  vi.  5 


(J6  SCIENCES  PHYSIQUES. 

chaque  espèce  et  de  chaque  variété,  il  suit  une  march<r 
tout-à-fait  semblable  à  celle  qu'il  a  adoptée  pour  les 
familles,  et  que  nous  venons  d'exposer  ci -dessus. 
Chaque  espèce  est  d'abord  caractérisée  par  une  phrase 
linnéenne  en  latin  ,  qui  a  pour  objet  d'aider  à  la  faire 
reconnaître,  en  indiquant,  avec  le  plus  de  précision 
possible,  les  traits  les  plus  saillans  qui  la  distinguent 
des  autres.  La  synonymie  est  des  plus  complètes.  Elle 
nous  a  paru  établie  d'une  manière  fort  sage ,  et  dis- 
posée ,  dans  l'ordre  chronologique  des  auteurs,  avec 
une  scrupuleuse  exactitude.  Les  détails  sur  les  mœurs 
sont  présentés  avec  clarté  ,  et  l'auteur  ,  en  donnant  à 
son  style  la  simplicité  convenable  pour  un  pareil  sujet , 
a  su  néanmoins  donner  de  l'intérêt  à  quelques  détails  , 
qui,  au  premier  abord  ,  semblent  peu  susceptibles  d'en 
présenter. 

Il  n'entre  point  dans  notre  objet  de  suivre  M.  de  Fé- 
russac  dans  les  descriptions  particulières  que  renfer- 
ment les  six  premiers  fascicules'de  son  ouvrage.  Nous 
nous  bornerons  à  dire  que  ce  commencement  prouve 
qu'il  possède  une  grande  habitude  de  voir  et  d'étudier 
les  animaux  dont  il  traite  ;  qu'il  paraît  très  au  courant 
de  l'état  actuel  de  la  science  ,  et  que  presque  tous  le* 
travaux  antérieurs  des  naturalistes,  sur  cesujet,  lui  sont 
connus.  Le  bon  esprit  de  méthode  se  trouve  partout 
employé,  mais  sans  minuties,  dans  ces  descriptions  de 
mollusques  fluviatileset  terrestres,  de  teHe  façon',  que 
l'homme  du  monde  le  moins  habitué  aui  recherchei 
d'histoire  naturelle,  peut ,  à  point  nommé  ,  trouver  les 
notions  qu'il  désire  sur  la  synonymie,  l'organisation; 
ou  les  mœurs  de  tel  animal  ,  dont  il  connaît  seulement 
un  des  noms  vulgaires  ou  scientifiques. 

Lorsque  quelques  nouveaux  fascicules  auront  paru  , 
nous  nous  proposons,  dans  plusieurs  articles  ,  de  nou 


SCIENCES  PHYSIQUES.  67 

étendre  sur  quelques  points  qui  seront  alors  dévelop- 
pés,  et  notamment  sur  l'utilité  de  la  conchyliologie, 
pour  l'étude  géologique  des  terrains  secondaires. 

Il  nous  reste  à  parler  de  l'exécution  typographique 
de  cet  ouvrage  et  des  planches  qui  l'accompagnent. 
Sous  le  premier  rapport,  il  suffit  d'annoncer  qu'il  sort 
de  l'imprimerie  de  M.    Didot  l'aîné  ,  pour  faire  con- 
naître qu'il  ne  laisse  rien  à  désirer.  Sous  le  second  ,  il 
nous  paraît  juste  de  dire  que  c'est  un  véritable  chef- 
d'œuvre  ,  et  qu'à  l'exception  de  l'ouvrage  de  Martyne, 
aucun  recueil  de  figures  de  coquilles  n'approche  de  ce- 
lui-ci ,  pour  la  perfection.  MM.  Huet  et  Bessa  ,  dont  le 
mérite  est  assez  connu  pour  qu'il  suffise  de  les  nommer 
lorsqu'on  veut  faire  leur  éloge,  semblent  avoir  rivalisé 
de  talens.  Ils  ont  rendu,  avec  une  grande  vérité,  les 
brillantes  couleurs  des  hélices ,  sans  nuire  ,  en  aucune 
façon ,  à  la  représentation  des  formes ,  ou  à  la  demi- 
transparence  du  têt  :  ils  ont  aussi  imité  ,   d'une  ma- 
nière frappante ,  les  inégalités  du  corps  des  limaces  ,  et 
surtout  le  luisant  produit  par  la  mucosité  qui  l'enduit. 
Enfin,  ils  ont  présenté,  avec  une  netteté  admirable, 
les  détails  anatomiques  ,  dont  la  plupart  sont  dus  aux 
travaux  de  M.  G.  Cuvier. 

Ces  habiles  artistes  ont  été  puissamment  secondés 
par  le  graveur,  M.  Coutan,  qui  a  su  choisir  le  genre 
de  travail  qui  convenait  précisément  à  cette  sorte  d'ou- 
vrage. Au  lieu  d'employer  exclusivement  le  burin  ou 
la  roulette  ,  il  a  fait  un  heureux  mélange  de  ces  deux 
moyensd'exécution  ,  et  il  eu  est  résulté  que  ses  planches 
ont  à  la  fois  la  vigueur  convenable  pour  les  parties  so- 
lides ,  telles  que  le  têt  ou  la  coquille,  et  le  moelleux 
nécessaire,  lorsqu'il  s'agit  de  représenter  le  corps  presque 
gélatineux  des  animaux  mollusques.    A.  G.  Desiviarest 

5* 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

Vom  Beruf  unsrer  zeit  fur  Gesetzgebung  und 
Rechtswissenchaft ,  von  F.  C.  von  Savigny  9 
prof  essor  der  Rechte  an  der  Koenigl  Universitât 
zu  Berlin ,  etc. 

De  la  Vocation  de  notre  siècle  pour  la  légis- 
lation et  pour  la  science  du  droit ,  par  F.  C.  de 
Sa vigny  ,  professeur  en  droit  à  V  Université  de 
Berlin  ,  et  membre  de  la  Société  royale  des 
Sciences  de  la  même  ville  (i). 

Bacon  a  renfermé  ,  dans  un  petit  nombre  d'apliorfs- 
mes  ,  des  pensées  aussi  justes  que  profondes  sur  la  lé- 
gislation et  sur  l'administration  de  la  justice  ;  il  -a  sur- 
tout proclamé,  avec  énergie,  ce  qu'il  fallait  faire  pour 
sortir  des  embarras  toujours  croissans  de  l'ancienne 
jurisprudence. 

«  Si  les  lois  ,  dit  ce  grand  homme,  ont  été  accumu- 
lées les  unes  sur  les  autres,  au  point  de  former  un 
grand  nombre  de  volumes  et  de  présenter  une  confu- 
sion telle  qu'il  soit  nécessaire  de  les  refondre  et  de  les 
réduire  en  un  seul  corps  ,  dégagé  de  contradictions  et 
d'obscurités  :  qu'on  s'occupe  sans  délai  d'un  tel  travail  ; 
que  la  difficulté  de  l'exécution  ajoute  à  son  prix  ,  et 
que  les  auteurs  de  cette  entreprise  héroïque  soient  mis 
au  nombre  des  hommes  qui  ont  bien  mérité  de  la  pa- 
trie.  »  (  Aphorisme  59.  ) 

Enfin  ,  au  dix-neuvième  siècle,  le  vœu  de  Bacon  se 
trouve  rempli.  Des  codes  de  lois  nationales  sont  pro- 
mulgués ou  préparés  dans  la  phipartdes  Etats  de  l'Eu- 

l)  Ileidelbeig,  itfi  j  •  1  vol.  iii-b°  <U-  \(>j  p.  Mobr  ci.  '/inuner. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES.  69 

rope  (1)  ;  et,  comme  cette  réforme  générale  des  lois  ci- 
viles et  des  lois  criminelles  s'opère  également  dans  les 
Etats  qui  ont  éj>rouvé  des  révolutions,  et  dans  les  pays 
où  Ton  ne  songe  nullement  à  modifier  les  institutions 
politiques,  il  est  permis  de  croire  que  ce  n'est  point 
dans  un  esprit  d'innovation  ,  mais  uniquement  dans  la 
vue  du  bien  public ,  que  des  gouvernemens  éclairés  ont 
entrepris  ces  grands  travaux  de  législation  ,  destinés  à 
constater  et  à  garantir  les  progrès  de  la  civilisation 
européenne.  Il  était  facile  de  prévoir  que  les  nouveaux 
codes  présenteraient  des  imperfections  et  des  lacunes  ; 
Ja  sagesse  humaine  a  ses  bornes.  S'associer  en  quelque 
sorte  à  l'œuvre  du  législateur  ,  en  indiquant  les  moyens 
de  porter  les  nouvelles  lois  au  degré  de  perfection  que 
les  ouvrages  de  l'esprit  humain  peuvent  atteindre  ,  tel 
devait  être  ,  selon  nous  ,  l'objet  des  savantes  médita- 
tions des  jurisconsultes  :  mais  ,  les  idées  ont  pris  une 
autre  direction  en  Allemagne  ;  on  a  commencé  par  y 
mettre  en  question  l'utilité  des  codes  de  lois  nationales. 
On  a  même  cherché  à  nous  convaincre  que  nous  étions, 
au  dix-neuvième  siècle  ,  dans  l'incapacité  absolue  de 
composer  et  de  rédiger  ,  d'une  manière  convenable ,  le 
code  de  nos  lois  civiles.  C'est  pour  soutenir  cette  opi- 
nion décourageante  que  M.  de  Savigny,  jurisconsulte 
d'un  rare  mérite  (2),  a  publié  l'ouvrage  dont  nous  al- 
lons indiquer  le  plan  et  les  principales  idées. 

(1)  En  France,  en  Autriche,  en  Prusse  ;  en  Bavière,  en  Russie, 
dans  le  royaume  des  Pays- Ras,  dans  celui  des  Deux-Siciles,  à 
Genève  ,  et  dans  plusieurs  autres  cantons  de  la  Suisse  ,  etc. ,  etc. 

(1)  M.  tte  Savigny  est  l'auteur  d'une  Histoire  du  Droit  romain , 
flans  le  moyen  âge ,  qui  lui  a  fait  beaucoup  d'honneur  dans  le 
monde  savant.  Son  Traité  sur  la  possession ,  d'après  les  principes 
•  lu  droit  romain,  est  considère,  en  Allemagne,  comme  un  ou- 
\  rage  classique. 


:o  SCIENCES  MORALES 

M.   de  Savigny  ne  se  borne  point  à  examiner  si  les 
circonstances  où  se  trouve  l'Europe  sont  plus  ou  moins 
favorables  à  la  promulgation  des  codes  de  lois  natio- 
nales ;  si ,  dans  l'état  actuel  de  nos  connaissances  ,  nous 
pouvons  nous  livrer,  avec  espoir  de  succès,  au  grand 
travail  de  la  refonte  entière  des  lois  civiles  :  il  se  pro- 
pose principalement  d'établir  que  le  droit  coutumier 
et  d'habiles  jurisconsultes  suffiraient  pour  assurer  aux 
peuples  une  bonne  administration  de  la  justice.  Selon 
notre  auteur,  les  lois  positives  sont  essentiellement  in- 
suffisantes ;   elles   ne   statuent   que   sur  le   plus  petit 
nombre  de  cas  particuliers;   trop  souvent ,  elles  por- 
tent l'empreinte  des  passions   et  des  préjugés  du  légis- 
lateur. Le  droit  coutumier,  au  contraire  ,  naît  et  croît 
avec  le  peuple  dont  il  règle  les  rapports  de  famille  ou 
de  propriété  ;  il  est  le   résultat   de  ses   besoins  ,  l'ex- 
pression pure  de  sa  volonté  :  toujours  en  harmonie  avec 
les   mœurs,   avec  la   nature    du  sol   et  du  climat,   le 
droit  coutumier  a  encore  l'inappréciable  avantage  de 
n'être  jamais  stationnaire  ;  il  se  développe  successive- 
ment :  ses  dispositions  s'étendent  ,   à  mesure  que  les 
relations  sociales  se  multiplient.  Les  mœurs  d'un  peu- 
ple changent ,  il  est  vrai  ;   mais  alors  ces  mœurs  nou- 
velles introduisent  ,  sans  effort,  dans  la  législation,  les 
changemcns  qu'un  état  de  civilisation  plus  avancé  peut 
rendre  nécessaires.  Pour  prouver  que  cette  théorie  est 
conforme  aux  faits  et  à   l'expérience,  M.   de  Savigny 
nous  transporte  chez  les  Romains  ,   chez  ce  peuple  re- 
nommé par  sa  sagesse,  qui  a  subsisté  long-tems,  et 
dont   la  civilisation,  dans  ses  développement  progres- 
sifs ,  n'a  été  troublée  par  aucune  force  extérieure.  Ce 
qui  a  fait  la  grandeur  de  Rome  ,  dit  notre  savant  juris- 
consulte ,  c'est   ce  sentiment    d<-   vie   et   d 'activité  qui 


ET  POLITIQUES.  71 

rendait  les  Romains  capables  de  rajeunir,  lorsqu'il  le 
fallait,  leur  constitution  politique,  de  sorte  cependant 
que  les  institutions  nouvelles  qu'ils  adoptaient,  sem- 
blaient ne  servir  qu'à  développer  celles  qui  étaient  déjà 
depuis  long-tems  établies.  On  reconnaît  le  même  ca- 
ractère de  stabilité  dans  l'histoire  de  leur  droit  civil  ; 
les  coutumes  en  formaient ,  sans  contredit ,  la  partie 
la  plus  importante;  et  Ton  doit  remarquer,  ajoute 
notre  auteur,  qu'aussi  long-tems  que  la  science  du  droit 
a  fait  des  progrès  chez  les  Romains  ,  ils  n'ont  point 
songé  à  rédiger  un  code  de  lois  proprement  dites , 
même  lorsque  les  circonstances  étaient  le  plus  favo- 
rables pour  entreprendre  ce  grand  travail.  Ainsi,  par 
exemple,  à  l'époque  qui  peut  être  citée  comme  le  tems 
classique  de  la  jurisprudence  romaine  ,  les  trois  célèbres 
jurisconsultes,  Papinien,  TJlpien ,  Paul,  furent  succes- 
sivement préfets  du  prétoire.  On  doit  supposer  qu'ils 
prenaient  un  vif  intérêt  au  perfectionnement  de  la  lé- 
gislation ;  rien  ne  leur  était  plus  facile  que  de  composer 
un  excellent  code  des  lois  civiles  ;  les  fonctions  qu'ils 
exerçaient  leur  donnaient  le  pouvoir  nécessaire  pour 
le  promulguer:  cependant,  l'histoire  ne  nous  a  laissé 
aucune  trace  d'un  essai  de  cette  nature  ,  et  l'on  ne  doit 
point  s'en  étonner  ;  les  jurisconsultes  du  tems  classique 
de  la  jurisprudence  n'avaient  point  besoin  de  codes. 

Tel  est  le  résumé  fidèle  des  opinions  de  M.  de  Savi- 
gny.  Qu'il  nous  soit  permis  de  faire  quelques  observa- 
tions sur  le  système  qu'il  a  adopté. 

D'abord,  pourquoi  mettre  en  opposition  formelle  le 
droit  coutumier  et  la  législation  positive,  quand  l'ob- 
jet principal  de  celle-ci ,  comme  les  nouveaux  codes  en 
offrent  la  preuve,  est  de  sanctionner  ce  que  l'usage |et 
les  mœurs  ont  introduit  de  fait ,  d'abolir  légalement  les 


7*  SCIENCES  MORALES 

institutions  qui  ne  sont  plus  en  rapport  avec  les  besoins 
de  la  société,  de  faire  cesser  les  controverses  qui  divi- 
sent les  jurisconsultes,  de  constater  quelles  parties  de 
l'ancien  droit  sont  encore  en  vigueur,  et  quelles  par- 
ties ne  subsistent  plus? 

1°.  Je  suppose,  un  moment,  que  le  peuple  romain 
soit  en  effet  parvenu,  sans  le  secours  de  lois  positives  , 
à  obtenir  d'excellentes  institutions  politiques,  et  une 
parfaite  jurisprudence  civile.  INe  pourrai-je  pas  dire, 
avec  raison,  à  M.  de  Savigny  :  Quel  rapport  y  a-t-il 
entre  ce  peuple-roi,  comme  rappellent  si  noblement 
V  irgile  et  Bossuet,  et  nos  peuples  modernes  ,  qui  tour 
à  tour  ont  subi  le  joug  de  la  conquête,  et  qui  ,  pen- 
dant des  siècles,  ont  été  enveloppés  dans  les  ténèbres 
de  l'ignorance  et  de  la  barbarie?  Au  milieu  de  circons- 
tances aussi  défavorables,  l'intervention  du  législateur 
n'a-t-ellepas  été  nécessaire,  soit  pour  abolir  d'antiques 
coutumes  qui  n'étaient  réellement  que  d'antiques  abus  , 
soit  pour  établir  le  mode  de  procéder  devant  les  tribu- 
naux ,  soit  pour  régler  une  foule  d'objets  importans  sur 
lesquels  les  coutumes  n'avaient  rien  statué? 

Enfin,  pourrait-on  objecter,  sans  doute  le  droit 
coutumier  a  formé  une  partie  considérable  de  la  lé- 
gislation privée  des  Romains;  mais,  n'est-co  pas  dé- 
mentir le  témoignage  de  l'histoire,  que  de  prétendre 
que  ce  peuple  a  montré  de  l'indifférence  pour  les  lois  po- 
sitives? Le  code  des  douze  tables  fut  publié,  à  Rome,  aux 
applaudissemens  <\\\  peuple  ,  et  à  une  époque  qui ,  d'.i- 
près  voire  système,  aurait  du  être  l'âge  d'or  du  droit 
coutumier.  On  sait ,  d'ailleurs  ,  que  l'es  pi  il  <  orM.mt  de 
la  république  était  de  suivre  la  lettre  de  la  loi.  Celui 
qui,  à  l'appui  de  sa  demande  ,  ne  pouvait  pas  présenter 
un  texte  de  loi.  n'était  pis  écouté  en  justice.  Pourquoi 


ET  POLITIQUE».  ^ 

Canius  ,  chevalier  romain  ,  ne  put-il  exercer  aucun  re- 
cours contre  Pythius  ,  qui  l'avait  indignement  trompé? 
«  C'est,  nous  dit  Cicérou  (i),  parce  que  mon  ancien  col- 
lègue Aquilius  n'avait  point  encore  publie  ses  formules 
contre  le  dol.  »  Les  citoyens  ambitieux  connaissaient 
bien  l'empire  que  le  seul  nom  de  loi  exerçaitsurl'esprit 
desRomains.  C'est  au  nom  des  lois  que  le  dictateur Sylla 
exerce  sa  tyrannie;  il  abolit  ou  change  les  anciennes; 
il  en  fait  adopter  de  nouvelles.  Pompée  suit  la  même 
marche  au  milieu  des  troubles  et  des  guerres  civiles, 
dont  Rome  devient  le  théâtre.  Dans  les  derniers  teras 
de  la  république  ,  les  lois  proprement  dites  se  multi- 
plient à  l'excès  ;  et  c'est  pour  remédiera  l'inconvénient 
de  cette  multiplicité  des  lois,  que  César  (l) ,  en  posses- 
sion de  la  souveraine  puissance  ,  forme  le  dessein  de 
réduire,  sous  un  petit  nombre  de  titres,  tout  ce  qu'il  y 
avait  de  plus  important  et  de  vraiment  nécessaire  dans 
i'ê  droit  civil.  Ainsi,  voilà  un  véritable  projet  de  code 
civil  conçu  ,  à  Rome  ,  par  un  génie  supérieur.  N'est-ce 
pas  encore  pour  restreindre  l'arbitraire  du  droit  cou- 
tumier  ,  que  l'empereur  Adrien  chargea  le  juriscon- 
sulte Salvius-Julianus  de  choisir,  dans  tous  les  anciens 
édits  des  prêteurs ,  ce  qu'il  y  avait  de  plus  sages  régle- 
mens  ,  et  d'en  composer  un  édit  perpétuel  qui  servit 
à  jamais  de  loi,  et  duquel  il  ne  fût  plus  permis  de 
s'écarter?  Nous  ne  sommes  entrés  dans  le  détail  de  ces 
notions  historiques,  puisées  à  de  bonnes  sources,  que 
pour  prouver  ,  contre  l'opinion  de  M.  de  Savigny,  que 
le  désir  d'avoir  des  lois  positives  n'est  point  particulier 
aux  peuples  modernes. 


(i)  Offices  de  Ciceron  ,  livre  3,  chap.  i  j. 
(>)  'Suétone,  eh.  L\\. 


|4  SCIENCES  MORALES 

Abordons  maintenant  la  question  de  savoir  si ,  an 
dix-neuvième  siècle,  nous  pouvons  concevoir  l'espé- 
rance de  composer  et  de  rédiger  convenablement  le 
code  général  de  nos  lois  civiles.  On  veut ,  dit  notre  au- 
teur, remplacer  par  un  droit  national  une  foule  de 
coutumes  locales  qui  diffèrent  entre  elles.  Aussi  peu 
d'arbitraire  que  possible  dans  l'administration  de  la 
justice,  et  la  plus  grande  uniformité  dans  l'application 
des  lois  :  voilà  ce  que  l'on  attend  de  la  publication  des 
nouveaux  codes.  Le  but  est  louable  ;  mais  avons-nous 
les  moyens  de  l'a' teindre  ?  Bacon  demande  sur  toutes 
choses  qu'un  travail  aussi  important  que  celui  de  la 
restauration  des  lois,  ne  soit  entrepris  que  dans  un 
terns  plus  éclairé  que  les  tems  antérieurs  :  il  serait 
triste  que  les  monumeus  de  la  sagesse  des  siècles  passés 
lussent  détruits  par  les  téméraires  essais  d'une  igno- 
rance présomptueuse.  De  plus  ,  on  courrait  risque  ,  en 
consacrant  par  le  sceau  de  l'autorité  publique  le  pro-» 
duit  de  connaissances  imparfaites,  d'arrêter  tous  pro- 
grès ultérieurs  de  la  science  du  droit.  Il  ne  faut  pas  se 
Je  dissimuler  ;  la  jurisprudence  n'est  point,  chez  les 
peuples  modernes,  dans  un  état  prospère  :  en  France, 
par  exemple  ,  on  ne  connaît  plus  que  de  nom  ces 
grands  jurisconsultes  du  seizième  siècle  ,  dont  les  tra- 
vaux ont  jeté  un  si  grand  jour  sur  l'élude  du  droit  ro- 
main. On  ne  connaît  plus  que  Pothier.  Sans  doute,  cet 
auteur  est  estimable  ;  mais  n'est-il  pas  absurde  de 
croire  que  toute  la  science  du  droit  peut  être  renfermée 
dans  les  ouvrages  d'un  seul  jurisconsulte?  Pendant  tout 
le  dix-huitième  siècle  ,  l'Allemagne  n'a  offert  qu'un 
très  petit  nombre  d'habiles  jurisconsultes.  Aujour- 
d'hui, à  la  vérité,  on  semble  y  cultiver  la  science  du 
droit  avec  plus  de   succès;   on  est    certainement  daivs 


ET  POLITIQUES.  ?5 

une  meilleure  direction.  Mais  cetteculturede  la  science, 
mieux  dirigée,  n'a  encore  produit  aucun  chef-d'œuvre 
dont  l'apparition  puisse  nous  donner  la  confiance  de 
croire  que  nous  sommes  en  état  de  composer  et  de  ré- 
diger un  bon  code  civil.  Au  surplus,  ajoute  M.  de  Sa- 
vigny  ,  l'expérience  est  faite  ;  trois  Etats  puissans  ont 
successivement  publié  des  codes  généraux;  ces  codes , 
et  en  partie  leurs  effets  ,  sont  sous  nos  yeux  ;  il  serait 
impardonnable  de  dédaigner  la  leçon  d'une  semblable 
expérience. 

Les  bornes  que  nous  sommes  obligés  de  nous  pres- 
crire ,  ne  nous  permettent  point  de  suivre  l'auteur  dans 
la  critique  qu'il  fait  des  codes  de  la  France  ,  de  la 
Prusse  et  de  l'Autriche.  Quoique  nous  ne  partagions 
point  toutes  les  opinions  qu'il  a  émises  dans  cette  par- 
tie de  son  ouvrage,  nous  aimons  à  reconnaître  qu'elle 
renferme  des  détails  pleins  d'intérêt,  et  des  observations 
qui  méritent  de  fixer  l'attention  des  jurisconsultes. 
Mais  nous  aurions  désiré  ,  uniquement  à  cause  de  l'es- 
time que  nous  inspire  le  talent  de  M.  de  Savigny  ,  qu'il 
eût  parlé  avec  plus  d'égards  de  ces  hommes  d'État  qui, 
animés  d'un  amour  siuc  re  du  bien  public  ,  ont  tra- 
vaillé, avec  un  zèle  au-dessus  de  tout  éloge,  à  la  rédac- 
tion du  code  civil  des  Français.  Que  notre  sévère  cri- 
tique se  persuade  bien  que  l'on  peut  être  un  très  habile 
jurisconsulte,  sans  appartenir  à  la  nouvelle  école 
historique  (i) ,  dont  les  travaux  doivent,  avec  le  tems , 


(i)  Un  attachement  extrême  à  tout  ce  qui  a  subsiste  pendant 
long-tems,  une  étude  approfondie  du  droit  romain  ,  l'espoir  d'en 
acquérir  une  connaissance  parfaite,  en  l'ée!airanl  par  l'histoire  de 
toutes  les  modifications  qu'il  a  e'prouve'es  :  voilà  ce  qui  nous  pa- 
raît caractériser  Yécole  historique.   INous  pensons  que  les  savan- 


:(i  SCIENCES  MORALES 

répandre  des  flots  rie  lumière  sur  la  science  du  droit 

et  sur  celle  de  la  législation  !  (i) 

Après  avoir  révèle'  toutes  les  imperfections  qu'il  a 
découvertes  dans  les  nouveaux  codes,  voici  comme  rai- 
sonne M.  de  Savigiry.  «  Si  les  Français  ,  avec  toute 
l'habileté  ,  la  facilité  d'exécution  que  l'on  se  plaît  à 
leur  accorder,  n'ont  publié  qu'un  code  très  défectueux: 
si  les  Allemands  ,  qui  avaient  à  leur  disposition  les  plus 
riches  matériaux,  n'ont  pas  obtenu  plus  de  succès  ,  ne 
doit-oji  pas  reconnaître  que  le  siècle  n'a  aucune  vo- 
cal ion  pour  composer  et  pour  rédiger  un  code  généra! 
de  lois  civiles?  »  Mais,  dire  que  l'on  n'aurait  point  dii 
faire  de  codes,  parce  que  les  codes  publiés  jusqu'à  ce 
jour  sont  plus  ou  moins  imparfaits,  est-ce  bien  raison- 
ner? Les  lois  doivent  être  jugées  ,  d'après  les  effets  qui 
en  résultent.  11  fallait  donc  ,  avant  tout,  établir  une 
comparaison  impartiale  entre  l'ancienne  et  la  nouvelle 
législation  ;  et  ce  n'est  qu'après  avoir  tout  balancé  , 
qu'on  aurait  pu  voir  si  ,  dans  la  masse  de  leurs  effets, 
les  nouveaux  codes  sont  plus  nuisibles  qu'utiles.  Aiiiàj, 
par  exemple  ,  qu'il  y  ait  des  lacunes  ,  des  imperfections 
dans  Je  Code  civil  des  Français,  c'est  ce  dont  on  ne 
peut  disconvenir.  Mais  que  ces  imperfections  ,  ces  la- 
cunes soient  un  mal  aussi  grand  que  les  ineonvéniens 

estimables  qui  ont  fondé  cette  école.  Ml  Allemagne  ,  se  laissent 
entraîner  par  L'ardeur  des  recherches  j  qu'ils  prennent  le  moyen 
<le  la  science  pour  la  fin  ,  et  ce  qui  n'est  que  l'instrument  pour  le 
résultat. 

(l)«  Peut-être,  dans  mille  ans  .  a  nions-nous  éclaire  tout  ce  qu'il 

■  .1  m<  ore  d'obseur  dans  les  ili\  erses  mattérei  <lu  droit  romain.  » 

Delà  nécessité  d'un  code  général  des  loi     I  i  viles  pour  l'Allemagne, 

par  A.  F.  .T.  Thibaut ,  professeur  en  droit  à  Hetdelfeerg,  et  coi 
respondant  d<  ission  législative  de  Saiat-Wtefsbourg 


ET  POLITIQUES.  77 

infinis  qui  résultaient  de  l'ancien  état  de  la  législation, 
voilà  ce  que  personne  n'oserait  affirmer.  C'est  sous  ce 
point  de  vue  que  la  question  a  été  envisagée  par 
M.  Bentham  (ij,  jurisconsulte  du  premier  ordre  ,  qui 
a  consacré  quarante  ans  d'une  vie  laborieuse  à  des  tra- 
vaux, sur  la  législation.  Ce  jurisconsulte  philosophe  , 
qui  n'est  rien  moins  qu'un  admirateur  des  nouveaux 
codes,  déclare  cependant  qu'il  ne  pense  pas  qu'un  seul 
Français  ,  quelles  que  soient  d'ailleurs  ses  opinions  po- 
litiques ,  puisse  mettre  en  doute  les  grands  avantages 
qui  résultent  pour  la  France  de  l'établissement  d'une 
législation  uniforme.  On  conçoit  ,  pourra-t-on  nous 
dire,  que ,  dans  les  circonstances  où  la  France  était 
placée  au  sortir  d'une  longue  et  terrible  révolution  , 
la  publication  des  nouveaux  codes  devait  être  considé- 
rée comme  un  véritable  bienfait  ;  mais  ,  le  besoin  d'une 
réforme  générale  des  lois  civiles  et  des  lois  criminelles, 
se  faisait-  il  également  sentir  en  Allemagne  ?  Des  ju- 
risconsultes allemands  (2) ,  d'un  profond  savoir  et  d'un 
très  grand  sens,  nous  paraissent  avoir  victorieusement 
soutenu  l'affirmative  de  cette  question.  Depuis  long- 

(1)  Papers  relative  to  codification,  etc ,  published  by  Jeremy 
Bentham.  London,  1817.  (Pièces  relatives  à  la  confection  des 
codes ,  renfermant  une  correspondance  avec  l'empereur  de  Russie 
et  avec  diverses  autorite's  constituées  des  Etats-Unis  d'Amérique, 
publiées  par  Jérémie  Bentham.  Londres,  1817.  ) 

(a)  Il  faut  placer  au  premier  rang  de  ces  jurisconsultes  M.  le 
conseiller  aulique  Thibaut,  professeur  en  droit  à  l'Université  de 
Heidelberg.  Nous  pourrons  un  jour  rendre  compte  de  l'ouvrage 
très  court,  mais  très  remarquable,  qu'il  a  publié  sous  ce  titre  : 
UeberJie RTothxvendigkeil eines  allge  meinen  buergerlichen  redits 
juer  Deutsckland.  —  De  la  Nécessité  d'un  code  général  de  lois 
civiles  pour  l'Allemagne.  Heidelberg,  chez  Mohr  et  Zimmer, 
)8i4j  6' 7  pag.  ;  in-b(J. 


78  SCIENCES  MORALES 

tems  ,  ou  était  d'accord  ,  en  Allemagne  ,  que  les  an- 
ciennes lois  pénales  ne  se  trouvaient  plus  en  harmonie 
avec  l'état   de  la  civilisation  ;    on   reconnaissait  aussi 
qu'il  était  d'une  absolue  nécessité  de  réformer  les  lois 
sur  la  procédure.   Dans  beaucoup  de  pays  allemands  , 
dit  M.   de  Savigny  lui-même,  les  procès  sont  intermi- 
nables ;  il   est  urgent  que  le  législateur  intervienne, 
pour  faire  cesser  des  abus  devenus  tout-à-fait  intolé- 
rables. Mais,  n'y  avait-il  pas    une  égale  urgence  de 
publier   de   nouveaux  codes  des  lois  civiles?  L'ancien 
droit  privé  des  Allemands  se  composait  de  deux  partie» 
distinctes  :   i°  le   droit   particulier   à   la    nation   alle- 
mande ,  c'est-à-dire,   les  coutumes  germaniques,    les 
ordonnances  des  princes,  les  statuts  locaux  ,  etc.  ;  2°  les 
lois  romaines,  adoptées  comme  droit  subsidiaire.  Sans 
doute,  le  droit  propre  à  l'Allemagne  renferme  un  cer- 
tain nombre  de  dispositions  dont  la  sagesse  a  reçu  la 
sanction  du  tems.  Mais,  considéré  dans  son  ensemble, 
ce  droit  national  ne  répond  plus  aux  besoins  de  notre 
siècle  ;  c'est    un   amas  confus  de  dispositions  incohé- 
rentes ,   contradictoires,  et  dont  la  diversité  infinie  a 
le  grave  inconvénient  de  rendre  les  peuples  ,  qui  for- 
ment la  confédération  germanique  ,  entièrement  étran- 
gers les  uns  aux  autres.   Ces  lois  sont  d'ailleurs  si  in- 
complètes, que,  sur  cent  questions  qui  s'élèvent  de- 
vant les  tribunaux,  quatre-vingt-dix  douent  être  dé- 
cidées d'après  les  principes  du  droit  romain  (i). 

On  trouve,  il  est  vrai,  dans  les  compilations  de  Jus- 
31 

(()  C'est  principalement  dans  les  écrits  de  M.  (ioenner  de 
Landshut,  et  dans  ceux  de  M.  le  professent  i  hibaut,  que  nous 
avons   puisé    ce  que  nous  venons  de  dire  sur  1  ancien  droit  dt 

l'Allemagne. 


ET  POLITIQUES.  79 

tinien  ,  les  matériaux  les  plus  précieux  ,  soit  pour  la 
législation ,  soit  pour  la  science  du  droit.  Mais  ,  tout 
en  rendant  hommage  aux  lumières  et  au  rare  talent 
des  Papinien  ,  des  Ulpien  et  des  autres  jurisconsultes 
du  tems  classique  de  la  jurisprudence  romaine  ,  n'est- 
il  pas  permis  de  croire  que  le  droit  romain ,  considéré 
comme  code  des  lois  civiles,  ne  satisfait  nullement  aux 
besoins  des  peuples  modernes  ? 

i°.  Que  peut-on  imaginer  déplus  contradictoire  avec 
le  principe  qui  veut  que  les  lois  soient  parfaitement 
connues  ,  que  de  se  servir  de  lois  étrangères ,  écrites 
dans  une  langue  morte  ,  inconnue  à  la  masse  du 
peuple? 

2°.  Ces  lois  étrangères  ont  été  faites  pour  d'autres 
tems  ,  pour  d'autres  mœurs  ,  pour  d'autres  rapports 
de  famille  ,  de  commerce  ,  de  professions.  «  Les  lois  , 
dit  avec  raison  Montesquieu  ,  doivent  être  tellement 
propres  au  peuple  pour  lequel  elles  sont  faites  ,  que 
c'est  un  grand  hasard  si  celles  d'une  nation  peuvent 
convenir  à  une  autre  (1).   » 

3°.  Pendant  des  siècles  entiers  ,  des  hommes  labo- 
rieux ,  infatigables ,  doués  d'une  grande  force  d'at- 
tention ,  se  sont  livrés  avec  une  ardeur  incroyable  à 
l'étude  du  droit  romain  ;  et  le  droit  romain,  il  faut 
le  dire  ,  n'est  point  encore  connu  :  la  découverte  d'un 
manuscrit  bouleverse  les  idées  du  jurisconsulte  ;  ce 
que  l'on  regardait  hier  comme  une  vérité  incontesta- 
ble ,  n'est  plus  aujourd'hui  qu'une  erreur  plus  ou 
moins  spécieuse. 

4°.  Enfin,  est-il  raisonnable  de  donner  force  de  loi 
au  droit  romain,  lorsque  nous  ne  possédons  pas  même 

(1)  Esprit  des  Lois ,  liv.  i,r,  ch.  3. 


So  SCIENCES  IMOKALES 

Je  texte  authentique  et  officiel  de  cette  législation 
étrangère?  Les  nombreux  manuscrits  du  droit  romain 
diffèrent  essentiellement  les  uns  des  autres  ;  la  masse 
des  variantes  est  prodigieuse;  chaque  jour,  on  en  dé- 
couvre de  nouvelles.  Ainsi,  le  sort  d'une  cause  dépen- 
dra de  la  variante  que  le  juge  croira  convenable  d'a- 
dopter. En  donnant  à  ces  diverses  observations  les 
dcveloppemens  qu'elles  sont  susceptibles  de  recevoir, 
on  prouverait  jusqu'à  l'évidence,  que  la  publication 
d'un  code  de  lois  nationales  était  un  des  besoins  les 
plus  pressans  de  la  nation  allemande. 

Ce  point  de  fait  une  fois  bien  établi  ,  nous  n'hésile- 
rons  point  à  aflirmer  que  les  divers  gouvernemeus  de 
l'Allemagne,  qui,  jusqu'à  ce  jour,  ont  publié  des  codes 
de  lois  civiles  ou  de  lois  criminelles  ,  out  acquis  des 
droits  incontestables  à  la  reconnaissance  des  peuples. 
Ces  grands  travaux  de  législation  ,  même  exécutés 
médiocrement  ,  sont  un  véritable  bienfait  ,  par  cela 
seul  qu'ils  nous  aident  à  sortir  du  chaos  de  l'ancienne 
jurisprudence. 

M.  de  Savigny  a  donc  eu  tort  de  vouloir  faire  con- 
sidérer les  imperfections  qui  se  trouvent  dans  les  nou- 
veaux codes,  comme  une  preuve  décisive  que  le  teins 
n'était  pas  venu  de  les  publier.  Au  surplus,  l'opinion 
de  notre  auteur  était  déjà  formée,  avant  qu'il  se  livrât 
à  l'examen  critique  des  codes  de  I.i  France  ,  de  l'Au- 
triche et  de  la  Prusse.  11  n'y  a  peut-être  point  un  cha- 
pitre de  son  ouvrage ,  oîi  l'on  ne  trouve  des  t  races  d'une 
forte  antipathie  pour  les  recueils  généraux  de  lois  po- 
sitives. On  ne  songe  jamais  à  les  composer  ,  selon  M.  de 
Savigny  ,  qu'à  une  époque  de  décadence  ;  ils  sont  inu- 
tiles ,  lorsque  la  science  du  droit  fait  des  progrès.  Ayez 
d'habiles   jurisconsultes  ;   vous  aurez  rarement  besoin 


ET  POLITIQUES.  81 

de  l'intervention  du  législateur.  Voilà ,  en  peu  de  mots, 
tout  le  système  de  M.  de  Savigny  ;  il  Fa  développé  avec 
beaucoup  d'art  et  de  talent.  Sa  théorie  du  droit  cou- 
tumier  est  aussi  fort  ingénieuse.  Mais  où.  est  la  vérité? 
dans  ces  paroles  de  Montesquieu  :  «  Les  meilleures  lois 
politiques,  et  les  meilleures  lois  civiles,  sont  le  pi  us  grand 
bien  que  les  hommes  puissent  donner  et  recevoir.  » 

AUG.   DUFRAYER  , 

Professeur  suppléant  à  la  Faculté  de  Droit. 


WVWVWVW^'WVWWWVWWVVWWWWVW 


Transactions  of  the  Historical  and  Literarj  Co- 
mittee  of  the  American  Philosophical  Society , 
held  at  Philadelphîa  for  promoting  use  fui 
hnowledge  ,* 

Transactions  du  Comité  d'Histoire  et  de  Littéra- 
ture de  la  Société  Philosophique  Américaine, 
pour  le  progrès  des  connaissances  utiles  (1). 

Inverties  illic  et  facta  domeslicavobis 
Scepe  tibi  pater  est ,  sœpc  tibi  legendus  auus. 

Ovide. 

Parmi  les  nombreux  sujets  que  le  nouveau  monde 
présente  aux  recherches  des  savans ,  il  est  un  vaste  et 
fertile  champ  de  découvertes  qui  bientôt  leur  sera  fer- 
mé pour  jamais.  Les  nombreuses  tribus  d'Indiens,  ha- 
bitans  aborigènes  de  l'Amérique  septentrionale ,  fuient 
de  toutes  parts  devant  les  progrès  des  Européens  ,  lors- 
que des  circonstances  particulières  ne  viennent  point 
les  attacher  au  sol.  Ils  aiment  mieux  déserter  des  can- 


(t)  Philadelphie ,  1819.  Vol.  I;  in-8°  de  4^4  pages.  Abraham 
Sruall,  Chesnut  street,  n°  112. 

TOME   VI.  6 


&,  SCIENCES  MORALES 

tons  entiers,  à  mesure  que  les  Américains  les  envahis- 
sent ,  que  de  se  laisser  incorporer  au  milieu  des  blancs, 
lis  ne  peuvent  se  résoudre  à  subir  la  première  condi- 
tion de  la  civilisation,  qui  exige  la  destruction  des  forets, 
et  à  remplacer  le  tableau  de  cette  ombre  majestueuse, 
par  le  triste  aspect  d'une  terre  défrichée.  L'Indien  n'a 
jamais  le  courage  de  renverser  les  vieux  arbres  ,  témoins 
des  actions  de  ses  pères,  et  dont  l'écorce,  couverte  de 
caractères  gravés  ,  lui  offre  encore  le  souvenir  de  leurs 
exploits  :  présens  partout  dans  l'histoire  de  ces  peuples 
qui  ne  construisent  rien  de  durable,  ils  forment  pour 
ainsi  dire  une  partie  de  leur  existence.  Comment  ne 
respecteraient-ils  pas  ces  antiques  monumens  de  leur 
patrie,  inséparables  des  habitudes  de  la  vie  présente, 
et  des  traditions  des  tems  passés?  L'inévitable  consé- 
quence de  ce  mouvement  uniforme  et  progressif,  doit 
être  d'altérer  et  même  d'anéantir  des  races  entières  ; 
il  faut  donc  se  hâter  de  rassembler  les  faits  épars,  de 
réunir  les  traditions  dispersées  ,  afin  de  conserver  l'his- 
toire de  ces  nations  qui  menacent  de  disparaître.  Dans 
quelques  années  peut-être  on  ne  reconnaîtra  plus  les 
Indiens  primitifs;  on  ne  trouvera  que  des  hommes  à 
demi-civilisés,  ni  Européens,  ni  sauvages,  dont  les  a  ir- 
ritables mœurs  resteront  inconnues,  comme  celles  de 
presque  tous  les  peuples  .ibongènes.  Ces  considérations 
paraissent  s'être  présentées  à  l'esprit  des  membres  de 
la  Société  philosophique  américaine  de  Philadelphie, 
lorsqu'en  i8i5,  ils  ajoutèrent  aux  six  divisions  de  leur 
association,  Un  septième  comité,  dont  les  travaux 
devaient  avoir  pour  objet  de  jeter  une  nouvelle 
lumière  sur  l'histoire  des  Indiens;  c'est  le  premier  vo- 
lume des  recherches  de  cette  nouvelle  branche,  que 
nous  nous  proposons  d'analyser  aujourd'hui.  Non 


ET  POLITÎQUES.  83 

avons  remarqué  plusieurs  Mémoires  ,  en  forme  de  rap- 
ports ou  de  correspondance  sur  les  langues  de  ces  na- 
tions :  riches  de  détails  curieux ,  contenant  une  dis- 
cussion approfondie  du  système  grammatical  de  la 
langue  Lenni  Lenape  (  Delaware) ,  ils  exigent  de  longs 
développemens  ,  et  échappent  pour  ainsi  dire  à  l'ana- 
lyse. Il  n'en  est  pas  de  même  d'un  traité  qui  remplit  la 
presque  totalité  du  volume  ,  et  présente  un  tableau 
complet  des  mœurs  des  Indiens  qui  habitaient  la  Pen- 
sylvanie  et  les  provinces  environnantes,  avant  que  les 
Américains  ne  se  fussent  emparés  de  leur  territoire, 
et  n'eussent  altéré  leur  caractère.  M.  John  Heckewel- 
der  de  Bethlehem  ,  pendant  un  séjour  de  plus  de  trente 
années  au  milieu  d'eux,  les  a  examinés  sous  tous  les 
rapports  moraux  et  physiques  :  quarante  chapitres 
sont  consacrés  à  leur  histoire.  Ne  pouvant  le  suivre 
dans  cette  foule  de  détails  ,  nous  nous  bornerons  à  si- 
gnaler quelques  résultats  généraux  ;  et ,  sans  nous  ar- 
rêter à  comparer  les  récits  qu'il  donne  ,  avec  ceux  de 
beaucoup  d'autres  voyageurs  ,  nous  suivrons,  en  décri- 
vant ses  observations,  le  même  ordre  ,  ou  plutôt  le 
même  désordre  avec  lequel  il  paraît  les  avoir  faites. 

M.  Caspar  Wistar,  président  de  la  Société  philoso- 
phique américaine  (  et  dont  les  Etats-Unis  déplorent 
la  perte  récente  ),  avait  prié  M.  Heckewelder  de  com- 
muniquer à  la  Société  le  recueil  de  ses  notes  sur  les 
Indiens  ,  et  ce  dernier  s'empresse  d'offrir  le  résultat 
de  ses  recherches  ,  en  hommage  à  la  mémoire  de  son 
ami. 

L'auteur  commence  par  prévenir  qu'il  n'a  recueilli  au- 
cun des  renseignemens  qu'il  présente,  dans  les  ouvrages 
d'écrivains  antérieurs,  mais  qu'il  tient  tous  les  détails 
de  son  livre  de  la  bouche  même  des  habitans.  Laissant 

6* 


84  SCIENCES  MORALES 

de  côte  la  grande  question  de  l'origine  de  la  popula- 
tion du  continent  américain,  il  commence  par  donner 
le  résultat  de  ses  observations  sur  les  traditions  géné- 
ralement admises  par  les  Indiens  de  la  Pensylvanie. 
Suivant  leurs  propres  récits,  lesïndiensDelawares  (i)ou 
Lehni  Lenapc  partirent  ,  il  y  a  plusieurs  centaines 
d'années /d'une  contrée  située  vers  l'ouest,  pour  émi- 
grer  vers  l'orient  ;  parvenus  jusqu'aux  rives  du  Missis*- 
sipi ,  ils  trouvèrent  dans  les  Iroquois  ou  Mengwe ,  de 
formidables  antagonistes  ,  avec  lesquels  ils  commencè- 
rent une  longue  et  sanglante  lutte  :  entre  le  quinzième 
et  le  seizième  siècle,  ces  derniers ,  avec  plusieurs  autres 
tribus,  se  réunirent  en  coalition  contre  les  Delawares. 
Sur  ces  entrefaites,  les  Français  débarquèrent  au  Ca- 
nada ;  aussitôt  la  coalition  tourna  ses  armes  contre  ces 
nouveaux  ennemis  ,  et  se  vit  exposée  à  la  fois  aux  atta- 
ques des  étrangers  et  des  Delawares.  Les  Iroquois, 
pour  sortir  d'embarras,  imaginèrent  un  expédient  qui 
suppose  de  profondes  combinaisons  de  politique.  Chez 
ces  peuples  ,  les  hommes  ne  peuvent  jamais  demander 
la  paix;  jamais,  de  leur  propre  mouvement,  ils  «  ti en- 
terrent la  hache  île  guerre,  ;  »  leurs  démêlés  ne  fini- 
raient donc  qu'avec  l'extermination  totale  de  l'un  des 
deux  partis  ,  si  ce  n'était,  dans  le  nouveau  monde,  1<- 
doux  privilège  des  femmes  d'élever  la  voix  pour  arré- 

(i)  La  Pensylvanie  était  habitée  par  un  grand  nombre  de  n;i 
fions  indiennes:  la  principale  finit  la  Dcluwarc  ,  qui  a  donné 
naissance  à  plus  de  quarante  tribus  ;  le  mot  Delaware  est  inconnu 
dans  les  langues  indiennes,  et  son  véritable  nom  est  Lenni Lenapc , 
qui  signifie  peuple  du  lever  du  sole.il  (peuple  oriental)  ;  Tiennent 
ensuite  les  Iroquois,  six  nations  dont  le  nom  est  \fengwe;  et  enfin 
en  français  les  Ilurons  sont  les  Wyandois.  TNous  nous  servirons 
de  ces  noms  Indifféremment. 


ET  POLITIQUES.  85 

ter  les  combats.  Jl  paraît  que,  dans  cette  circonstance, 
elles  n'exercèrent  pas  leur  ministère  de  réconciliation; 
et  les  Iroquois  ,  par  une  foule  de  discours  artificieux  , 
trouvèrent  le  moyen  de  persuader  aux  Delawares  de 
proposer  la  paix  ,  et  ainsi  de  devenir  femmes  :  par  ce 
moyen  ,  ils  les  avilirent  dans  l'esprit  des  autres  nations, 
et  en  firent  une  facile  proie.  Ce  fut  peu  de  teins  après 
qye  Guillaume  Penn  vint  s'établir  au  milieu  de  ces 
sauvages:  jamais  les  Delawares  ne  pourront  oublier  leur 
frire  aine  Miquon{  c'est  ainsi  qu'ils  le  nomment),  avec 
lequel  ils  jurèrent  une  alliance  qui  devait  durer  «<  aussi 
long-tems  que  le  soleil  brillerait,  et  les  rivières  con- 
tinueraient de  couler.  »  Après  de  longues  guerres  ,  qui 
se  prolongèrent,  jusqu'en  i -^55 ,  les  Mengwe  reconnu- 
rent l'indépendance  et  la  bravoure  de  leurs  ennemis, 
et  furent  obligés  de  signer  un  traité  solennel,  par  le- 
quel ils  déclaraient  que  les  Delawares  avaient  cesse 
«  d'être  femmes.  » 

Les  henni  Lenape  revendiquent  l'honneur  d'avoir, 
les  premiers  ,  accueilli  les  Européens  ,  lors  de  leur  des- 
cente en  Amérique:  l'auteur  raconte,  d'après  le  récit 
d'un  vieux  guerrier  Delaware  ,  et  en  conservant  ses 
propres  expressions ,  les  traditions  qui  existent  parmi 
les  Indiens  sur  ce  grand  événement.  Ils  aperçurent  d'a- 
bord quelque  chose  de  très  grand  ,  qui  flottait  sur  la 
mer  ;  les  uns  pensaient  que  ce  devait  être  une  vaste 
maison,  d'autres  un  énorme  animal;  mais  lorsqu'ils 
virent  le  vaisseau  se  diriger  vers  la  rivière  d'Hudson  , 
Us  ne  doutèrent  plus  que  ce  ne  fut  «  le  grand Mann  it to  » 
qui  venait  les  visiter.  Une  assemblée  générale  fut  con- 
voquée, les  devins  furent  consultés  ;  on  résolut  de  ré- 
parer les  idoles  pour  sa  réception  ,  et  au  milieu  du 
désordre  général ,  les  danses  et  les  sacrifices  commen- 


86  SCIENCES  MORALES 

cèrent.  Un  canot  vînt  aborder  à  la  côte  ,  il  en  sortit 
plusieurs  hommes  ;  l'un  d'eux  était  habillé  de  rouge  , 
et  couvert  de  broderies  d'or;  «  c'était  sans  doute  le 
grand  Être  lui-même  ;  »  mais  ils  ne  pouvaient  com- 
prendre «  pourquoi  le  grand  Mannitto  avait  la  peau 
blanche.  >-  Il  fit  apporter  un  vase  plein  d'une  liqueur 
limpide  et  jaunâtre  (i)  ;  aucun  d'eux  n'osa  l'approcher 
de  ses  lèvres,  lorsqu'un  guerrier  ,  ne  voulant  pas  lui  lais- 
ser croire  qu'on  méprisait  ses  offres  ,  épuise  la  coupe 
d'un  trait,  et  presqu'aussitôt  tombe  ,  et  s'endort  pro- 
fondément :  ses  amis  le  croyaient  mort  ,  déjà  les  hur- 
lemens  funèbres  commençaient,  quand  il  se  réveille 
tout-à-coup  ,  et  raconte  qu'il  vient  de  jouir  d'un  as- 
soupissement délicieux  ;  alors  la  coupe  est  de  nouveau 
remplie,  et  bientôt  l'ivresse  s'empare  de  toute  l'assem- 
blée. L'homme  habillé  de  rouge  leur  fait  des  présens  : 
il  demande  d'abord  la  portion  de  terre  qu'une  peau 
de  bœuf  peut  couvrir;  on  la  lui  accorde:  il  découpe 
alors  la  peau,  et  embrasse  une  grande  étendue  de  ter- 
ritoire. Les  Indiens  admirèrent  cette  finesse,  mais  en 
conclurent  qu'il  n'était  pas  le  grand  Mannitto,  et  que 
ces  hommes  blancs  finiraient  par  envahir  toutes  leurs 
possessions. 

(i)  Ce  fui  un  vaisseau  hollandais  <jui  débarqua  le  premier  s  iu- 
les côtes  de  New-York;  et  cette  liqueur,  qui  fui  présentée  aux 
Indiens,  n'était  autre  chose  qu\ine  boisson  gpiritueuse.  Encore 
«te  nos  jours  ils  ne  savent  préparer  aucune  liqueur  fermenter,  ce 
sont  toujours  les  Européens  <jui  leur  font  ce  funeste  [«usent. 
Avant  la  découverte  «lu  Nouveau-Monde,  ils  ne  connaâssaientque 
Tivresse  produite  par  la  fumée  des  feuilles  de  tabac,  el  de  quel- 
ques autres  Nicotianes.  Le  vrai  nom  de  l'île  de  New* York  est 
Manahachtanienkj  dont  on  a  fait  par  corruption  Manhattan', 
\\\  mol  signifie,  en  langue  delaware  ,  «  l'île  où  nous  devînmes 
lOUi  il  l'es,  p  . 


ET  POLITIQUES,  87 

Iî  est  triste  de  lire  les  plaintes  que  ces  peuples  firent 
à  notre  auteur  sur   la  manière   dont  les    Européens 
n'ont  cessé  de  les  traiter.    Les    torts   des   blancs   sont 
gravés  dans  leur  mémoire.  Dans  Tannée  1787,  au  mois 
d'avril,  le  chef  de  l'une  des  tribus  Delawares  récapitu- 
lait ainsi,  devant  M.  Heckewelder,  leurs  griefs  contre 
les  Européens.  «  J'accorde  ,  disait-il  ,  qu'il  est  possible 
de  rencontrer  quelques  bons  parmi  vous,   mais  sûre- 
ment le  nombre  desméchans  l'emporte  ;   leur  nombre 
doit  être  beaucoup  plus  considérable,  puisque  ce  sont 
eux  qui  gouvernent.  Nous  leur  avons  donné  des  terres 
pour  cultiver  des  plantes ,  ils  y  ont  établi  des  canons. 
Ils   asservissent   les    hommes  qui  ne  sont  pas  de  leur 
couleur  ,   quoique  créés  par  le  même  grand  esprit.   Ils 
feraient  de  nous  des  esclaves,  s'ils  le  pouvaient  ;  mais 
comme  cela  leur  est  impossible,   ils  nous  tuent.  On  ne 
doit  ajouter  ^aucune   foi  à  leurs  paroles;  ils  ne  sont 
pas  ,   comme   les  Indiens  ,  ennemis  à  la  guerre  ,    mais 
amis  durant  la  paix  ;  ils  diront  à  l'un  de  nous  ,  mon 
frère,  le  prendront  par  la  main  ,    et  en  même  tems 
l'opprimeront.   »    Les   Delawares   n'ont   que   trop    de 
motifs  pour  proférer  ces  plaintes  amères  :  leur  nation  est 
aujourd'hui  presque  détruite;  il  ne  reste  pas  mainte- 
nant de  leur  population  ,  assurent  les  vieillards,  autant 
de  centaines  qu'il  y  avait  jadis  de  milliers  d'hommes. 
L'Indien  croit  être  l'ouvrage  d'un  esprit  puissant  et 
bon,  souverain  maître  de  la   nature  et   des  hommes. 
Avant  que  ces  sauvages   vissent   des  blancs,  ils  pen- 
saient être  les  favoris   du  grand  M annilto  ,  et  que  s'il 
s'abaissait  jamais  jusqu'à  descendre  sur  la  terre,   ce 
serait  au  milieu  d'eux  qu'il   habiterait,    comme  leur 
ami  et  leur  chef.  Ils  admettent  que  tous  les   hommes 
sont  appelés  à  jouir  également  des  biens  de  la  vie  , 


88  SCIENCES  MORALES 

et  de  cette  opinion  découle  la  pratique  de  l'hospitalité, 
qui ,  parmi  ces  nations  ,  est  moins  une  vertu  qu'un  de- 
voir. L'auteur  de  ces  observations  ayant   un  jour  re- 
présenté à  des  Indiens  errans,  qu'ils  n'auraient  pas  dû 
laisser   entrer  leurs   chevaux  dans  un  champ  qui  lui 
appartenait,  en  reçut  cette  réponse  :  «  Est-ce  toi  qui 
as  fait  croître  cette  herbe?  Ne  te  plains  donc  pas  de  ce 
que  nous  avons  pris  notre  part  des  faveurs  que  le  grand 
Etre  t'accorde  pour  l'usage  de  tous.  »  Leurs  attentions , 
leur  respect  pour  les  vieillards,  leur  profond  sentiment 
de  justice,  leur  jugement  doué  d'une  rare  sagacité,  ont 
frappé   M.  Heckewelder.    Il  garantit   l'exactitude    du 
fait  suivant,  arrivé  en  1793  ,  au  village  de  La  Chine  , 
près  de  Montréal ,  sur  le  Saint-Laurent.  Deux  Indiens  , 
d'une  taille  gigantesque  ,   se  battirent  à  la  suite  d'une 
querelle ,  et   l'un   d'eux  tomba    percé    d'un   coup    de 
couteau;  son  assassin    parcourut  tout  1«  village,  s'é- 
rriant   qu'il  méritait   la  mort  ,    et ,  prosterné  dans  la 
place  publique,  il  attendit  en  vain  pendant  long-tems 
le  coup  du   tomahawk    (1).    Dans   son    désespoir,    il 
courut  se  présenter  à  la  mère  de  sa  victime  ,  la  con- 
jurant de  le  délivrer  du  fardeau  de  la  vie  ;  cette  femme, 
touchée  de  son  courage  et  de  son  repentir  ,  l'adopta  , 
et  il  ne  cessa  de  l'aimer  et  de  lui  tenir  lieu  du  fils  que, 
dans  un  moment  de  fureur  ,  il  avait  sacrifié.  Ces  In- 
diens n'ont  aucun  code  de  loi ,  et  cependant  leurs  chefs 
n'éprouvent  aucune  difficulté  à  les  gouverner.  Afin  de 
ne  pas  perdre  le   souvenir  de  leurs  traités  d'alliance, 


(1)  La  hache  de  guerre  des  Indiens.  Ces  sauvages,  naturellement 
très  braves,  se  servent  à  la  guerre  d'un  assez  grand  nombre 
d'armes  offensives  ;  l'usage  des  armes  défensive*  leui  csl  totalement 
inconnue  j  elles  seraient  regardées  comme  une  marque  do  lâcheté. 


ET  POLITIQUES.  89 

et  de  ne  pas  oublier  leurs  diverses  relations  politiques , 
ils  ont  coutume  de  se  réunir  une  fois  tous  les  ans,  et 
de  repasser  tous  les  faits  de  leur  histoire.    Sous  l'om- 
brage de  quelques  arbres,   les  Indiens  sont  convoqués 
en   assemblée  générale  ;  le  feu  du  conseil  est  allumé: 
le  plus  habile  orateur  ,  faisant  les  fonctions  de  prési- 
dent ,  range  sur  un  large  morceau  d'écorce  ,  ou  sur  une 
«couverture,  »  les  pièces  justificatives  de  leur  diploma- 
tie; c'est  le  calumet  de  la  paix  ,  d'argile  noire  ou  rouge  , 
la  hache  de  la  guerre,  de  longues  ceintures  couvertes 
de  wampum  (1)  (coquillage  qui  leur  sert  de  monnaie); 
immobiles  ,  ils  écoutent  le  discours  avec  la  plus  grande 
attention  ,  mais  sans  regarder  le  rapporteur;  la  ma- 
jorité des  voix  décide  du  résultat  des  délibérations.  Ils 
ont  conservé   de  la  vie  et  des  actions   de    Guillaume 
Penn  des  souvenirs  si  doux ,  que  notre  auteur  les  a  sou- 
vent vus  assemblés  dans  un  endroit  retiré  de  la  foret , 
choisir  un  lieu  bien  sec  ,  et  y  dérouler  les  traités  ,  ou  , 
suivant  leur  expression  ,  y  étendre  tes  parûtes  de  cet 
illustre  philanthrope.    «  Aujourd'hui  ,    disaient-ils   à 
M-    Heckewelder ,  nous   ne  pouvons  plus  nous  réunir 
sous    l'ombre  de   nos  arbres  ;  nous  n'avons  pas  même 
une  maison  pour  le  conseil  ;  nous  sommes  contraints 
de  délibérer  dans  ces  horribles  lieux,  entrecoupés  de 
digues  et  de  fossés ,  en  présence  de  ces  armes  terribles, 


(1)  Les  Indiens  appliquent  avec  beaucoup  d'art  ces  coquillages 
sur  des  morceaux  de  peaux  ;  ils  les  arrangent  de  mille  manières  , 
les  teignent  de  diverses  couleurs;  et  c'est  avec  ces  productions 
naturelles,  dont  ils  se  servent  comme  d'une  écriture,  qu'ils 
rédigent  les  actes  de  leurs  traite's.  «  Il  est  heureux  ,  «lisent-ils ,  que 
les  blancs  écrivent  en  noir  sur  du  papier;  car  sans  cela,  ils  s'em- 
pareraient de  tout  le  wampum  ,  et  il  n'en  resterait  pas  pour  les 
Indiens.  » 


9o  SCIENCES  MORALES 

de  ces  canons  dont  la  bouche  béante  semble  toujours 
prête  à  nous  dévorer  :  comment  pourrions-nous  alors 
dire  librement  notre  avis,  ainsi  qu'il  convient  a  des 
frères  ?  » 

Les  Indiens  sont,  en  général,  physionomistes  ;  ils 
jugent  assez  exactement  du  caractère  par  les  traits.  Fis 
observent  que  les  blancs  parlent  beaucoup  trop  ,  ce 
qui  ne  convient  qu'à  des  femmes  :  «  Nous  ,  nous  par- 
»  Ions  peu  ,  et  l'un  après  l'autre.  »  Ils  ne  peuvent  con- 
cevoir pourquoi  les  Européens  travaillent  toujours  à 
acquérir  des  richesses  :  «  Un  homme  qui  doit  un  jour 
»  mourir,  doit  simplement  amasser  assez  de  provisions 
»  pour  parvenir  jusqu'au  pays  des  esprits.  »  Presque 
tous  les  voyageurs  ont  parlé  de  leur  éloquence  ,  et  d'a- 
près notre  auteur  ,  ces  récits  ne  sont  point  exagérés.  Il 
en  cite  une  foule  d'exemples  ,  choisis  dans  des  discours 
qu'il  a  entendu  prononcer.  Une  tribu  de  Deîawares 
ayant  été,  à  regret,  excitée  à  la  guerre  contre  les 
Américains  long-tems  ses  alliés,  fit  une  expédition 
heureuse  dans  leurs  terres  ,  et  leur  prit  un  grand 
nombre  de  prisonniers.  A  son  retour,  le  chef  de  la  tribu 
se  présenta  ,  à  la  tête  de  ses  guerriers,  devant  l'officier 
anglais  commandant  au  Détroit ,  le  9  décembre  1810; 
il  fut  reçu  dans  une  nombreuse  assemblée  d'Indiens  et 
d'Anglais  ,  parmi  lesquels  se  trouvait  M.  Heckewelder  ; 
le  chef ,  tenant  d'une  main  sa  hache  de  guerre,  et  de 
l'autre  un  scaI/>  humain   (1),  prononça  un- long  dis— 

(1)  La  partie  supérieure  de  la  peau  du  erane,  dont  les  Indiens 
dépouillent  leurs  ennemis,  Lorsqu'ils  les  oui  tués  dans  le  combat. 
Un  guerrier  est  d'autant  plus  estimé  ,  qu'il  peut  en  montrer  un 
plus  grand  nombre.  Avant  de  citer  un  fragment  il  on  discours 
indien  ,  il  est.  bon  de  remarquer  qu'ils  s'expriment  toujours  ca 
parlant,  dans  la  première  personne. 


ET  POLITIQUES.  91 

cours  dont  nous  ne  pouvons  donner  que  les  dernières 
phrases  :  «  Maintenant,  Père  (c'est  ainsi  qu'il  appelait 

>  le  général  anglais) ,  voici  ce  que  j'ai  fait  avec  la 
hache  que  tu  m'as  donnée  (montrant  le  scalp).  J'ai  fait 

>  ce  que  tu  as  désiré ,  et  j'ai  trouvé  que  la  hache  était 
tranchante.  Cependant,  je  n'ai  pas  fait  tout  ce  que 
j'aurais  pu  faire  ;  non  ,  je  ne  l'ai  pas  fait ,  mon  cœur 
a  défailli;  j'ai  senti  au-dedans  de  moi  de  la  compas- 
sion pour  tes  ennemis.  \J  innocence  (les  femmes  et  les 
enfans)  n'eut  aucune  part  à  nos  querelles  ;  voilà 
pourquoi  j'ai  distingué,  j'ai  épargné.  J'ai  pris  de  la 

chair  vivante  que  je  t'ai  envoyée  ; Tu  verras 

qu'elle  est  de  la  même  couleur  que  la  tienne.  Père , 
je  me  flatte  que  tu  ne  détruiras  pas  ce  que  j'ai 
sauvé  ;  toi  ,  Père ,  tu  as  les  moyens  de  soutenir  ce 
qui,  avec  moi,  périrait  de  faim;  le  guerrier  est 
pauvre ,  et  sa  cabane  est  toujours  vide  ;   mais  toi , 

»  Père,  ta  maison  est  toujours  remplie.  »  Cette  péro- 
raison nous  paraît  aussi  remarquable  par  son  élo- 
quence laconique ,  que  par  le  sentiment  d'humanité 
qui  l'embellit  encore.  On  pense  bien  que  les  prières  de 
l'Indien,  qui  conjurait  le  général  anglais  d'épargner 
les  prisonniers  des  Américains,  autrefois  ses  amis,  fu- 
rent exaucées.  L'auteur  ajoute  qu'il  lui  serait  impos- 
sible de  décrire  l'impression  que  ce  discours, prononcé 
d'un  ton  lent  et  solennel,  produisit  sur  toute  l'as- 
semblée. Les  Indiens  aiment  les  métaphores ,  ils  les 
prodiguent  dans  leur  style  oratoire.  Veulent -ils  ex- 
primer, que  quoique  la  guerre  règne  dans  toute  sa  fu- 
reur, on  ne  doit  point  songer  à  la  paix,  ils  disent  : 
>»  Les  rivières  roulent  du  sang,  mais  il  ne  faut  pas  1  a  i  s  - 
»  ser  croîtra  l'herbe  sur  la  roule  qui  mène  au  combat.  » 
Pour  consoler  un  ami  de  la  perte  d'un  parent,  et  pour 


î)2  SCIENCES  INI  ORALES 

raconter  les  devoirs  pieux  qu'ils  ont  remplis  sur  sa  tombe. 
ils  emploient. cette  jolie  comparaison  :  «  Je  connais  la 
»  cause  de  ta  douleur  ;  j'ai  couvert   un  endroit    avec 
»  de  la  terre  fraîche  ,  j'y  ai  répandu  des  feuilles,  et  j'y 
»  aiplantéde  jeunes  arbres,  pour  t'en  dérober  la  vue.   > 
Il  n'existe  peut-être  pas  sur  la  terre  un  peuple  plus 
cérémonieux,  dans  ses  relations  domestiques,  que  les 
Indiens  de  la  Pensylvanie  ;   le  trait  dominant  de  leur 
caractère,  c'est  l'orgueil,  et  l'auteur  en  donne  plu- 
sieurs exemples  que  nous  regrettons  de  ne  pouvoir  rap- 
porter. Nous  ne  le  suivrons  pas  non  plus  dans  ses  longs 
détails  sur  leur  adresse  à  surprendre  leurs  ennemis, 
souvent  en  imitant  les  cris  de  plusieurs  animaux,  ou 
le  chant  des  oiseaux.  Dans  l'été  de  1^55,  un   horrible 
assassinat  fut  commis  dans  le  village  de  Shamokin  ; 
les  habitans  voulaient  en   tirer  vengeance  sur  un  cé- 
lèbre chef  indien  Delaware  ;  celui-ci  répondit  que  sa 
nation  était  incapable  de  commettre  un  tel  crime,  et 
qu'il  s'engageait  à  découvrir  les  meurtriers    lise  mit  à 
la  tête  d'un  détachement  de   soldats  ,  qu'il  conduisit 
lentement,  à  travers  le  plus  épais  de  la  forêt,  dans  un 
endroit  très  boisé,  situé  sur  le  penchant  d'une  mon- 
tagne ;  il  déclara  alors  qu'il  était  certain  de  trouver  les 
meurtriers  dans  le  voisinage,  parce  que,  disait-il,  il 
est  sûr  qu'ils  ont  passé  par  ce  lieu  ;  en  même  tems  ,  il  fit. 
remarquer  aux  gens  de  l'escorte  que  la  mousse  des  ro- 
chers avait  été   foulée  par  le  poids  de*   pieds  ,    qu'en 
quelques  endroits  elle  était  déchirée  et  éparpillée;  il 
leur  montra  de  petits  cailloux  qui  ,  ayant  été  dérange- 
de  place  par  le  choc  ,  avaient  roulé  jusqu'au  fond  du 
ravin;   il  ramassa   des  brins   de   bois  qui   avaient  été 
rompus:  enfin  ,  dit-il ,  «  la  couverture  (le  nrnnteau) d'un 
Indien  certainement  a  élé  traînée  sur  ce  buisson  ,  cav 


ET  POLITIQUES.  c/> 

les  feuilles  y  sont  courbées,  et  beaucoup  plus  aplaties 
que  partout  ailleurs.  »  Les  soldats  regardaient  l'Indien, 
avec  étormement,  et  ne  voyant  rien  de  tout  ce  qu'il 
indiquait,  se  croyaient  trahis.  Enfin,  lorsqu'ils  furent 
arrivés  à  un  endroit  oii  la  terre  était  molle  ,  leur  guide 
s'écria  que  les  ennemis  étaient  au  nombre  de  huit  ;  et 
aussitôt,  au  détour  d'une  colline,  ils  aperçurent  de 
très  près  les  feux  d'un  camp  d'Iroquois  Mengwee.  Le 
chefDelaware  voulait  commencer  l'attaque;  mais  les 
soldats  ,  saisis  de  frayeur  à  la  vue  de  l'attitude  féroce 
des  sauvages,  à  moitié  endormis  et  couverts  de  sang, 
entourés  de  scalps  humains  nouvellement  arrachés,  se 
retirèrent  avec  précipitation  (r). 

Ces  Indiens  montrent  le  plus  grand  respect  pour  les 
ambassadeurs.  Notre  auteur  a  eu  occasion  de  lire  une 
de  leurs  notes  diplomatiques  ;  elle  était  ainsi  conçue  : 
•<  Je  renvoie  dans  ton  sein  ,  sains  et  saufs ,  les  messagers 
»  que  tu  m'as  envoyés  ;  en  réponse  au  discours  que 
»  tu  m'as  fait  adresser  ,  mes  jeunes  guerriers  sont 
»  allés  te  voir.  »  La  nature  de  cette  visite  se  devine  ai- 
sément ;  elle  annonce  une  invasion  prochaine.  Les 
mœurs  domestiques  de  ces  Indiens  offrent  aussi  plu- 
sieurs particularités  remarquables  ;  ils  se  conduisent 
envers  leurs  femmes  avec  la  plus  grande  douceur,  et , 
dit  notre  auteur  ,  «  ne  se  donnent  jamais  la  peine  de 
»  disputer  avec  elles.  »  Lorsque  des  orages  troublent  la 
maison  conjugale,  le  mari  prend  son  fusil,  reste  à  la 
chasse  dix  ou  vingt  jours  ,  et  ne  rentre  que  quand  il 
juge  la  colère  de  sa  dame  apaisée.  Ils  endurent  les 
souffrances  de  la  faim  et  de  la  soif  avec  un  rare  cou- 


(i)  C'est  du  chef  Rolland ,  celui  même  qui  conduisit  les  soldais, 
que  M.  Heckewelder  tient  cette  anecdote 


9;  SCIENCES  MORALES 

rage.  L'auteur  voyageait  dans  le  nord  de  l'Amérique 
avec  une  tribu  Delaware  ;  les  vivres  vinrent  à  man- 
quer ;  heureusement,  l'un  d'eux  tua  un  chevreuil  ,  car 
ils  allaient  se  laisser  mourir  de  faim,  plutôt  que  de 
manger  un  chat  sauvage  qu'ils  avaient  cependant  fait 
apprêter.  Très  recherchés  dans  leur  toilette,  ils  sa  cou- 
vrent la  peau  de  dessins  et  de  figures  peintes  et  non  ta- 
touées. Ils  ont  un  grand  nombre  de  médecins -sorciers  , 
et  encore  plus  de  spécifiques.  L'art  de  guérir  se  réduit , 
chez  ces  nations,  à  ce  seul  principe  :  Beaucoup  d'une 
bonne  chose  doit  nécessairement  faire  beaucoup  de  bien. 
Leurs  médecins  s'habillent  d'une  manière  si  horrible, 
que  l'un  d'eux  surprit  beaucoup  M.  Heckewelder  ,  qui 
le  rencontra  dans  une  forêt  :  «  ce  n'est  pas,  disent-ils  , 
pour  effrayer  le  malade,  mais  pour  épouvanter  la  ma- 
ladie. »  Dans  le  but  de  déraciner,  chez  ces  Indiens,  les 
idées  superstitieuses  qui  les  tourmentent  si  souvent, 
dans  l'année  1776  un  quaker  nommé  Anderson  les  as- 
sembla, et  déclara  qu'il  était  prêt  à  s'exposer  aux  plus 
terribles  maléfices  de  leur  plus  habile  sorcier.  Après 
plusieurs  conjurations  qui  restèrent  sans  effet,  Ander- 
son se  moqua  tellement  de  la  puissance  des  charmes, 
que  le  magicien  ,  craignant  de  perdre  son  état,  prévint 
rassemblée  que  «  c'était  le  sel  dont  les  blancs  se  nourris- 
sent, qui  détruisait  la  force  de  ses  euchaiitenicns.  »  Cette 
réponse  satisfit  les  Indiens,  et  leur  médecin  continua 
d'être  plus  sorcier  que  jamais.  11  ne  faudrait  pas  croire 
qu'au  milieu  de  ces  peuples  sauvages  ,  ce  qu'on  appelle 
en  Europe  de  V esprit ,  sans  pouvoir  le  définir  ,  soit  to- 
talement inconnu.  M.  Heckewelder  cite  un  grand 
nombre  de  réparties  spirituelles  ,  qu'il  a  entendu  faire  à 
ces  Indiens.  Nous  ne  rapporterons  qu'une  seule  de  leurs 
comparaisons,  qui  nous  paraît  offrir  une  allusion  extrê- 


ET  POLITIQUES.  95 

meruent  ingénieuse.  Les  Delawares  ont  remarque  ,  de- 
puis Iong-tems,  que  les  Anglais  et  les  Américains,  dans 
leurs  guerres  continuelles,  ne  s'affaiblissent  pas  ,  et 
que  ce  sont  eux  seuls  qui  souffrent  de  leurs  démêlés.  Us 
comparent  ces  deux  puissances  «  à  un  instrument  qui 
ressemblerait  à  des  ciseaux,  composé  de  deux  lames 
tranchantes  disposées  de  manière  que  r  lorsqu'on  les 
approche  l'une  de  l'autre,  elles  coupent  seulement  ce 
qui  se  trouve  entre  deux  ,  sans  perdre  leur  poli,  ni 
détruire  leur  tranchant.  » 

Nous  négligeons  une  foule  d'autres  détails  remplis 
d'intérêt,  pour  arriver  à  leurs  idées  mythologiques,  qui 
renferment  plusieurs  circonstances  originales.  Us  pen- 
sent que  la  terre  est  la  source  commune  de  tous  les 
êtres  vivans ,  et  qu'ainsi  que  le  germe  des  plantes,  ils 
vivaient  dans  son  sein,  avant  d'en  habiter  la  surface. 
Us  ont  conservé  le  souvenir  des  animaux  qui  y  demeu- 
raient avec  eux  ,  et  les  traitent  encore  avec  certains 
égards;  ils  ne  tuent  pas  le  serpent  à  sonnette,  qu'ils 
appellent  grand-père ,  ainsi  que  plusieurs  autres  du 
genre  crotalus  ;  ils  épargnent  surtout  plusieurs  petits 
animaux  rongeurs  (  les  lapins  ,  les  écureuils  ) ,  parce 
que,  disent-ils  ,  «  il  serait  possible  qu'ils  fussent  nos  pa- 
rens.  »  Notre  auteur  a  recueilli  des  faits  nombreux,  qui 
prouvent  que  ces  Indiens  se  croient  alliés  à  certaines 
classes  d'animaux.  La  première  tribu  des  henni  Lenape 
est  nommée  la  tribu  de  la  Tortue  ,  «  l'Amérique  ayant 
été  élevée  du  fond  de  la  mer  sur  le  dos  d'une  tortue;  »  la 
tribu  Loup  occupe  le  second  rang.  M.  Heckeweldfr 
assure  qu'ils  sont  très  fiers  de  cette  origine,  et  que  , 
dans  tous  leurs  traités  ,  ils  ont  soin  d'enregistrer  le  sou- 
venir de  cette  noble  extraction.  Leur  manière  de 
compter  les   saisons  paraît  assez  simple  :   ils  divisent 


gB  SCIENCES  MORALES 

Tannée  en  mois  ,  qu'ils  nomment  d'après  leurs  pro- 
duits principaux  ;  le  mois  d'octobre  est  le  mois  de  la 
Moisson  ;  janvier,  le  mois  des  Ecureuils.  On  n'a  point 
encore  expliqué  quel  ingénieux  instinct  les  guide  dans 
ces  immenses  forêts  qu'ils  parcourent  dans  tous  les 
sens  ,  et  sans  jamais  s'égarer  :  notre  auteur  pense  qu'en 
général  les  arbres  sont  moins  couverts  de  mousse ,  de 
lichens  et  d'autres  plantes  parasites,  et  qu'ayant  l'é- 
corce  plus  coriace  du  côté  du  tronc  situé  vers  le  nord  , 
cette  circonstance  sert  de  boussole  aux  Indiens.  Plu- 
sieurs avaient  déjàhasardé  cette  explication,  qui  laisse 
beaucoup  à  désirer. 

On  a  pu  remarquer ,  dans  le  cours  de  cette  analyse , 
que  M.  Heckewelder  revient  souvent  ,  et  toujours  avec 
plaisir,  aux  bonnes  qualités  des  Indiens,  et  que  son 
ouvrage  a  plutôt  l'air  d'une  apologie  que  d'une  his- 
toire. Mais  il  ne  prétend  point  cacher  une  partie  du 
tableau  ,  et  si  quelques  traits  des  mœurs  de  ces  peu- 
ples ,  parmi  lesquels  il  a  vécu  long-tems ,  lui  ont  ins- 
piré un  sentiment  d'horreur,  il  a  bien  fallu  cependant: 
qu'il  se  résignât  à  les  décrire.  Les  traitemens  qu'ils  font 
subira  quelques-uns  de  leurs  prisonniers,  ces  hor- 
ribles détails  répétés  jusqu'à  satiété  dans  les  ou- 
vrages sur  l'Amérique,  sont  confirmés  par  le  récit 
de  notre  auteur;  il  assure  cependant  que  ces  cruels  sa- 
crifices ont  toujours  été  extrêmement  rares,  et  n'ont 
jamais  lieu  que  lorsqu'une  tribu  a  de  grandes  ven- 
geances à  exercer.  11  s'élève  avec  force  contre  le  peu 
dcsoin  qu'on  a  apporté  jusqu'ici  à  civiliser  ces  Indiens, 
et  se  plaint  vivement  de  ce  qu'au  lieu  de  travailler  à 
adoucir  leurs  mœurs  _,  on  les  ait  presque  constamment 
excités  à  la  guerre,  soit  contre  les  Européens ,  soit 
entre  eux.  On   leur  a  appris  à  regarder  l'arrivée   des 


ET  POLITIQUES.  97 

blancs  en  Amérique  comme  un  événement  funeste  ; 
ils  anticipent  avec  joie  l'effet  d'une  de  leurs  prédic- 
tions, dont  ils  attendent  avec  impatience  l'accomplis- 
sement ,  «  que  lorsque  les  blancs  cesseront  de  tuer  les 
hommes  rouges,  et  se  seront  emparés  de  toutes  leurs 
terres  ,  alors  la  grande  tortue  qui  porte  cette  île  (l'A- 
mérique )  sur  son  dos,  se  précipitera  au  fond  de 
l'Océan,  et  noiera  tous  les  étrangers,  comme  cela  est 
déjà  arrivé  il  y  a  très  long-tems;  et  que  lorsqu'elle 
se  sera  élevée  de  nouveau  au-dessus  de  la  surface  des 
eaux,  les  Indiens  rentreront  une  seconde  fois  dans  la 
possession  de  leur  ancienne  patrie.  >» 

Après  avoir  essayé  de  présenter  quelques  traits  de 
l'intéressant  Mémoire  de  M.  Heckewelder,  qui ,  négli- 
geant les  phénomènes  naturels  ,  s'est  principalement 
attaché  à  décrire  les  mœurs  et  le  caractère  des  Indiens 
de  la  Pensylvanie ,  nous  devons  ajouter  que  ses  nom- 
breuses observations ,  fruit  d'un  long  séjour  chez  ces 
peuples  ,  sont  toujours  racontées  avec  une  absence  de 
prétention,  une  naïveté  même,  qui  semble  en  garantir 
la  justesse.  Il  serait  peut-être  à  désirer  qu'il  eût  adopté 
une  marche  plus  régulière  ,  plus  d'ordre  et  de  méthode  ; 
mais,  ainsi  qu'il  le  fait  remarquer,  le  talent  de  l'écri- 
vain peut  difficilement  s'acquérir  parmi  les  sauvages 
et  au  milieu  de  leurs  forêts.  Témoin  de  leurs  bonnes 
qualités,  attaché  à  ces  Indiens  par  les  liens  de  la  recon- 
naissance et  de  l'amitié,  il  paraît  avoir  écrit  dans  le 
but  de  détruire  l'impression  défavorable,  que  les  récits 
de  quelques  observateurs  superficiels  avaient  laissée  , 
et  principalement  de  répondre  aux  accusations  de  cer- 
tains hommes  d'État  ,  qui,  fatigués  de  l'opiniâtre  ré- 
sistance de  ces  nations  à  l'oppression  européenne,  ont 
trouvé  qu'il  était  plus  facile  de   les  calomnier  que  de 

TOME  VI.  7 


9»  SCIENCES  MORALES 

les  soumettre.  Avant  de  prétendre  dissiper  les  nuages 
du  préjugé  qui  enveloppaient  leur  histoire  ,  l'auteur 
paraît  s'être  dépouillé  entièrement  de  toute  idée  de  pré- 
vention ou  d'orgueil.  Cependant,  quoiqu'il  ait  tracé  le 
tableau  de  leurs  habitudes  d'une  main  hardie  et  fidèle  , 
quoiqu'il  n'ait  dissimulé  ni  leurs  défauts  ni  leurs  vertus, 
on  s'aperçoit  facilement,  par  la  couleur  générale  de  son 
livre,  qu'il  reproche  aux  blancs  d'être  la  première 
source  des  crimes  si  souvent  imputés  aux  Indiens.  Le 
tems  n'est  pas  éloigné  où  leurs  races  primitives  n'exis- 
teront que  dans  le  souvenir;  où  ces  peuples  ne  seront 
connus  que  par  des  traditions  incertaines  et  dénaturées  ; 
où  les  progrès  des  arts  et  de  la  civilisation  auront 
adouci  la  sauvage  indépendance  de  ces  hommes  de  la 
nature  ;  où  ,  réunis  à  un  gouvernement  républicain  , 
ils  auront  appris  qu'il  existe  une  liberté  compatible 
avec  l'ordre  social  :  alors,  on  sera  trop  heureux  que 
des  voyageurs  philosophes  aient  observé  les  mœurs  de 
ces  tribus  éteintes;  et  malgré  d'aussi  grands  changement 
dans  la  configuration  physique  et  dans  l'état  moral 
de  l'Amérique,  on  aura  au  moins  sauvé  de  l'oubli  l'his- 
toire des  Indiens  du  nouveau  monde.      C.  CoQUSREL. 


VWVWWVVW  VWWVWVVW  VV\  \WWVV\V  V  \v 


Voyage  dans  l'intérieur  de  l'Afrique,  aux 
sources  du  Sénégal  et  de  la  Gambie ,  fait ,  en 
1818,  par  Gaspard  Molli  en  (i). 

Depuis  la  mort  du  célèbre  M  ungo-Park ,  les  tentatives 
infructueuses  de  plusieurs  autres  voyageurs,  et  la  mal* 

(1)  Paris,  1820.  2  vol.  in-8°,  ensemble  de  quarante-deux  feuilles 
«in  quarl  ,  plus  une  carte  et  des  vues  dessinées  et  gravées  par 
Ambroise  Tardieu.  Chez  Ambroise  Tardieu ,  v<uve  Courcier, 
Delaunaj,  Policier,  l'Advocat,  Mongie  aîné,  Et.  Ledoux ,  et 
UoFsange  frères.  Prix,  12  fr. 


ET  POLITIQUES.  90 

heureuse  issue  des  expéditions  récentes  du  major  Ped- 
die  ,  du  capitaine  Campbell ,  enfin  du  capitaine  Tuckey 
en  1816,  on  ne  conservait  qu'une  faible  espérance  de 
voir  pénétrer  de  nouveaux   voyageurs  un   peu  avant 
dans  l'intérieur  de  l'Afrique.  En  effet,  l'insalubrité  du 
climat,   la    difficulté   des  transports,    la   férocité   des 
Maures,  et  une  foule  d'obstacles  arrêtent  à  chaque  pas 
le  voyageur  le  plus   robuste  et  le   plus  intrépide.    On 
ignorait  encore  la  véritable  situation   des  sources  du 
Sénégal ,  de  la  Gambie  et  du  Rio-Grande.  Après  une 
année  de  courses  pénibles  à  travers  les  déserts  et  des 
montagnes   incultes  et   escarpées ,   ou  bien  dans   des 
pays  infestés  de  bêtes  féroces,  un  jeune  Français  vient 
de  découvrir  les  principales   sources    de    ces    fleuves. 
N'ayant  pu  parvenir   jusqu'à  celle  du  Niger,  il  s'est 
procuré  sur  sa  position  des  renseignemensqui  semblent 
positifs.  Ces  heureuses  découvertes  suffiraient  pour  pla- 
cer M.  Mollien  au  nombre  des  voyageurs  distingués, 
puisque  le    sort  de   nos  relations   avec   le   centre   de 
l'Afrique  ,  pays  si   riche   en   métaux    précieux  ,    tient 
beaucoup  à    la  connaissance  de   la   direction   des    ri- 
vières ,  de  la  nature  de  leurs  bords  ,  des  barres  qui  en 
interrompent  le  cours  ,  et  des  communications  qui  les 
unissent  :  mais,  il  se  recommande  encore  par  des  ob- 
servations de  mœurs  très  piquantes ,  et  par   la    des- 
cription  soignée    du    sol   et   de   ses   productions.    Le 
théâtre   de  ses   excursions    ou    de  ses    remarques   est 
vaste;   il  embrasse    plus   de  neuf  degrés  en  latitude, 
près  de  douze  en  longitude.   Sa  description  ,  simple  et 
rapide,  est  toujours   attachante:  moins  il   cherche  à 
produire  des  effets  et  des  impressions,   plus  il  émeut 
vivement.  Il   introduit  partout  le  lecteur  ,  comme  par 
la  main  ,  soit  dans  les  champs  fertiles  que  baignent  les 


ioo  SCIENCES  MORALES 

fleuves,  soitdans  des  déserts  sauvages,  ou  dansla  case 
hospitalière  du  nègre,  ou  bien  à  la  cour  des  petits  rois  de 
l'Afrique.  Si  vous  vous  attendez  à  des  aventures  extraor- 
dinaires et  romanesques  ,  vous  ne  les  trouverez  pas 
en  lisant  ce  voyage  ;  mais  si  vous  cherchez  des  pein- 
tures de  mœurs,  des  portraits  neufs  en  leur  genre, 
une  physionomie  morale  ,  différente  de  ce  que  l'on 
connaît  ;  si  vous  vous  intéressez  au  sort  d'un  voya- 
geur qui  court  dix:  fois  le  danger  de  périr,  et  qu'un 
courage  peu  commun  ,  une  rare  persévérance  ,  et  aussi 
sa  bonne  fortune  ,  arrachent  à  une  mort  certaine  et 
conduisent  à  son  but  ;  vous  serez  pleinement  satisfait 
de  la  lecture  de  sa  relation. 

L'ouvrage  a  conservé  la  forme  du  journal  que  tenait 
M.  Mollien;  et  comme  un  itinéraire  n'est  guère  suscep- 
tible d'analyse,  je  me  bornerai  à  en  détacher  quelques 
traits. 

L'auteur  était  un  des  passagers  à  bord  de  la  Méduse, 
naufragée  en  1816  sur  la  côte  d'Afrique.  Du  Cap-Vert, 
ou  ils  étaient  campés ,  M.  Mollien  fît  d'abord  des  excur- 
sions sur  le  continent,  à  Podhor  et  aux  Escales  ,  afin 
de  se  familiariser  avec  la  connaissance  des  nègres  et 
des  Maures  ou  des  Africains  de  race  arabe  ,  et  de 
prendre  une  première  idée,  soit  des  rives  du  Sénégal  . 
soit  du  Sahara  ou  grand  désert,  contrée  affreuse  que  les 
Maures  seuls  peuvent  habiter.  Nomade  par  habitude, 
le  Maure  l'est  encore  par  nécessité.  En  effet,  il  est 
chassé  d'un  lieu  à  un  autre  ,  ou  par  les  pluies  du  tro- 
pique, ou  par  la  marche  des  sables.  Le  sol  où  sa 
tente  même  est  assise,  étant  pour  ainsi  dire  em- 
portée par  les  vents,  il  est  condamné  à  errer  sans 
cesse,  et  le  chameau  le  transporte,  lui,  sa  famille  et 
ses  biens,  des   rives  du  Nil  à  celles  du  Niger,  et  de 


ET  POLITIQUES.  101 

«:elles-ci  à  celles  de  la  Gambie  ou  du  Sénégal.  Qui  le 
dirait?  ces  hommes  ,  jaloux  de  leur  liberté  ,  ont  des 
esclaves  qu'ils  traitent  avec  la  dernière  barbarie  ;  et 
tandis  qu'ils  prodiguent  à  l'étranger  ,  non  chrétien  , 
l'hospitalité  la  plus  généreuse  ,  ils  sont  cruels  et  impi- 
toyables pour  leurs  serfs.  La  tribu  la  plus  féroce  est 
celle  des  Bédouins  Oulad  Ahmed.  C'est  celle  qui  en- 
levait et  assassinait,  il  y  a  vingt  ans,  les  malheureux 
Français  isolés  dans  les  déserts  d'Alexandrie.  Ces  bri- 
gandages n'annoncent  que  de  la  lâcheté  ;  mais  la 
guerre  entre  les  chefs  maures  présente  des  traits 
étonnans  de  bravoure  et  d'audace.  Des  enfans  et  des 
femmes  se  font  admirer  par  le  même  courage  ;  le 
voyageur  en  apporte  des  exemples  frappans. 

Jetons  d'abord  un  coup-d'oeil  sur  la  configuration 
physique  du  pays  parcouru  par  M.  Mollien,  et  des 
contrées  adjacentes  sur  lesquelles  il  a  recueilli  des  no- 
tions toutes  nouvelles.  Au  sud  du  Sahara  ou  grand 
désert,  coule  de  l'est  à  l'ouest,  et  sur  un  sol  uni  et 
sablonneux  ,  le  Bâ-Fing  ou  le  Sénégal  (1),  par  le  dix- 
septième  degré  de  latitude.  A  deux  degrés  et  demi 
plus  au  sud  ,  court  parallèlement  la  Gambie  sur  un 
terrain  semblable  ;  enfin ,  a  trois  degrés  plus  encore 
au  midi,. le  Rio-Grande  coule  dans  la  même  direction, 
et  sur  un  sol  également  uni,  formé  de  sable  et  d'ar- 
gille.  Ces  trois  fleuves  viennent  également  du   sud,  et 

(\)Ba-Jîng  signifie  le  fleuve  noir  ;  c'est  ce  quiavait  faitconfondre 
si  long-tems  ,  par  les  premiers  voyageurs,  le  Niger  des  anciens 
avec  le  Sénégal ,  et  avait  fait  croire ,  contre  le  rapport  d'Hérodote  , 
et  contre  le  fait ,  que  le  cours  du  Niger  était  de  l'est  à  l'ouest.  Le 
Niger  s'appelle  Dialli-bd  ou  Joliba  ;  le  Rio-Grande  ,  Coni-bri;vt 
la  Gambie,  Bd-Diman  ;  ce  qui  signifie  ta  rivière  qui  est  toujnur\> 
rivière  (  ou  jamais  h  sec). 


ioî  SCIENCES  MORALES 

leurs  sources  sont  très  voisines  Tune  de  l'autre,  sur- 
tout celles  des  deux  derniers.  Le  point  culminant  d'où 
ils  partent  tous  trois,  est  par  quatorze  degrés  un  quart 
longitude  ouest,  et  par  dix  et  demi  environ  de  latitude 
nord  ,  à  peu  de  distance  de  Timbo.  Le  Sénégal  fait  un 
grand   contour  par  le  nord-est,   avant   de  se  diriger 
vers  la  mer,   et  la  Gambie  trace   un   arc  moins   grand 
et  concentrique  ;  tandis  que  le  Rio-Grande  va  directe- 
ment à   l'Océan  ,  à  l'ouest  de  la  grande  chaîne.  Mais 
la  Gambie  revient  sur  elle-même  vers  le  sud  ,  pendant 
plus  de  cinquante  lieues,  et  elle  ne  reprend  sa  route 
qu'après  avoir  traversé  un  défilé  entre  des  montagnes. 
Les  bassins  de  ces  fleuves,  et  ceux  des  affluens,    sont 
dessinés  par  des  ramifications  de  la  rhaîne  principale 
dont   Timbo  occupe    l'un   des   sommets.    C'est  à  huit 
journées  de  cette  petite  ville,    vers  le  douzième  degré 
de  longitude  ,  qu'est ,  selon  M.  Mollien  ,  la  vraie  source 
du  Niger  ou  Dialli-bd ,  à  onze  journées   au  sud-est  de 
celles  du  Sénégal.  De-là  ,  en  s'avançant  vers  l'est,   le 
terrain    s'élève    de    plus    en    plus    jusqu'au  septième 
degré  de  longitude.  Le  Niger  coule  entre   deux   mon- 
tagnes qui  partent  de  la  grande  chaîne,  et  se  dirigent 
au  levant. 

Toute  cette  contrée  est  divisée  en  une  multitude  de 
petits  royaumes;  les  principaux  pays  sont  Cayor ,  le 
Fouta-toro,  qui  a,  dit-on,  deux  millions  d'habitans  ; 
fiambouk  ,  le  pays  des  Yolofs  ,  Sàlum  ,  Oulli ,  Bondou  , 
Fouladou  ,  le  pays  des  Mandingues,  Tenda  ,  Dentilia  , 
Kabou  ,  Sangala  ,  Ouasselon  ,  le  Fouta-diallon  ,  Balia  , 
Kankan  ,  Sangarari  ,  Firia  ,  Soliman  et  Kmn  anko;  c'est 
entre  ces  deux  derniers  pays  qu'est,  selon  M.  Mollien, 
la  source  du  Dialli-ba.   Au  sud,  est  la  Guinée. 

Deux  religions  se  partagent  la  contrée  :  l'islamisme  et 


ET  POLITIQUES.  io3 

le  paganisme.  Les  mahométans  sont  les  plus  civilisés  ; 
au  milieu  des  payens  mêmes,  ils  ont  l'avantage  du  cré- 
dit  et  de  l'influence,  et  l'on  est  étonné  que,  depuis  douze 
siècles,  la  religion  musulmane  n'ait  pas  encore  pénétré 
partout  :  les  prêtres  mahométans  s'appellent  Mara- 
bout ;  ils  obtiennent  de  la  considération  dans  tout  le 
pays.  C'est  peut-être  par  ce  motif  que  le  voyageur 
choisit  pour  guide  un  d'entre  eux,  appelé  Diai-Boukari. 
Cet  homme  a  été  pour  lui  du  plus  grand  secours,  quoi- 
que sa  fidélité  se  soit  démentie  une  fois  ,  dans  une  cir- 
constance critique. 

Outre  la  nation  des  Maures,  qui  exerce  partout  une 
certaine  supériorité,  on  compte  plusieurs  peuples  dis- 
tincts: les  Yolofs  ,  les  Laaubés  ,  les  Mandingues  ,  les 
Foulahs  ,  les  Serracolets,  etc.  ;  les  uns  sont  payens  ,  les 
autres  mahométans.  LesFoulahs,  ou  Poules,  originaires 
du  nord  de  l'Afrique ,  et  de  couleur  rouge,  habitent 
plusieurs  royaumes  différens;  ils  diffèrent  eux-mêmes, 
suivant  le  gouvernement  du  pays  ;  ils  sont  tous  ma- 
hométans. Dans  le  Bondou  ,  ils  sont  doux  ,  affables  , 
hospitaliers  ,  affectueux  ;  dans  le  Fouta-toro  ,  rudes  , 
importuns,  cruels  et  insolens.  En  revanche,  les  pre- 
miers sont  sans  industrie,  pauvres,  mal  vêtus;  les 
seconds,  laborieux  et  adroits.  Ici,  le  gouvernement 
approchée  de  la  forme  républicaine  ;  là  ,  il  est  monar- 
chique et  absolu.  Jamais  notre  voyageur  n'oublie  de 
faire  ces  rapprochemens  instructifs  ;  on  peut  même 
dire  qu'il  les  pousse  fort  loin  ,  puisqu'il  va  jusqu'à 
comparer  des  pratiques  sauvages  avec  les  institutions 
des  peuples  policés. 

LesFoulahs,  qui  se  sont  alliés  aux  naturels,  sont  noirs, 
ils  sont  aujourd'hui  plus  nombreux  que  les  rouges.  La 
peuplade  la  plus  hospitalière  est  ceJJe  des  Serracolel* 


to4  SCIENCES  MORALES 

Le  Yolof  est  d'une  haute  stature  ,  ses  traits  sont 
nobles  et  réguliers;  mais  il  est  mou  et  sans  énergie: 
son  caractère  est  plus  généreux  que  celui  du  Foulab 
en  général.  Malgré  la  puissance  absolue  du  damel  ou 
roi  ,  ses  sujets  les  plus  puissans  osent  parfois  lui  ré- 
sister; mais  de-là  il  y  a  loin  au  régime  féodal,  dont 
l'auteur  croit  avoir  reconnu  ici  l'existence.  C'est  le 
frère  du  damel  qui  lui  succède  ,  bien  plus  souvent 
que  son  fils. 

La  nation  Poule  a  encore  une  espèce  de  chef,  appelé 
almamy  5  c'est-à-dire  iman  ;  celui  du  Fouta-toro  ré- 
side à  Sedo,  qui  a  six  mille  aines  :  son  pouvoir  s'exerce 
sous  le  bon  plaisir  d'une  sorte  d'oligarchie  théocra- 
tique,  qui  nomme  ou  dépose  le  prince  à  volonté.  Ce 
qui  prouve  combien  sa  puissance  est  bornée  ,  c'est  que 
la  protection  qu'il  accorda  à  notre  voyageur,  ne  put 
le  garantir  des  vexations  des  chefs.  Le  tableau  que  fait 
M.  Mollien  de  ce  gouvernement  ,  est  curieux  et  digne 
d'être  étudié. 

On  ne  s'attend  pas  à  trouver  en  Afrique  une  police 
exigeant  des  passeports  ;  c'est  pourtant  ce  qui  arriva  à 
l'auteur  a  Banaï,  dans  le  Fouta-toro.  Ne  pouvant  satis- 
faire à  cette  formalité,  il  fut  arrêté  et  détenu  jusqu'au 
retour  des  ordres  de  l'iman.  On  lui  fournit,  en  atten- 
dant, des  provisions  pour  lui  et  les  siens. 

Un  trait  de  courage  ,  digne  des  Spartiates,  est  cité 
par  le  voyageur.  Dans  un  combat  entre  les  gens  de 
Cayor  et  de  13aol ,  ceux-ci  ,  pour  se  mettre  dans  l'im- 
possibilité de  fuir,  chargèrent  leurs  habits  de  sable, 
et  ,  après  avoir  vendu  chèrement  leur  vie  ,  se  firent 
tous  tuer  jusqu'au  dernier. 

Les  Yolofs,  comme  les  autres  peuples  que  j'ai  nommés, 
^ont  superstitieux  à   l'excès  :  leur  ignorance  fait  qu'ils 


ET  POLITIQUES.  t«S 

attachent  une  grande  v«rtu  à  des  talismans  qui  con- 
sistent en  des  papiers  écrits.  Les  Marabouts  exploitent , 
à  leur  profit,  cette  excessive  crédulité.  Notre  voyageur , 
qui  s'en  aperçut,  ne  dédaigna  pas  d'en  tirer  parti. 
Quand  il  avait  besoin  de  riz  ,  il  traçait  des  mots  ou 
des  figures  sur  des  morceaux  de  papier  que  ses  hôtes 
lui  demandaient,  afin  de  s'enrichir  ou  d'être  guéris 
de  leurs  maladies.  Une  fois  ,  il  passa  un  jour  entier 
avec  Boukari  à  composer  des  gris-gris  à  qui  mieux 
mieux  (c'est  le  nom  qu'on  donne  à  ces  talismans)  ,  et 
il  fut  richement  payé  en  miel  et  en  lait. 

Les  Poules  du  Fouta-diallon ,  dont  Timbo  est  le  chef- 
lieu  ,  sont  violens  et  avides.  Leur  humeur  est  triste  et 
farouche  ;  leurs  femmes  sont  d'une  rare  effronterie  ; 
mais  on  trouve  chez  eux  de  l'adresse,  de  la  propreté, 
quelques  notions  des  astres  ,  une  sorte  de  goût  eu- 
ropéen ;  ils  sont  sobres  et  laborieux,  le  sol  étant  peu 
fertile.  Musulman  fanatique,  ce  peuple  déteste  les, 
payens  et  leur  fait  une  guerre  acharnée.  Ils  mettent 
de  l'art  dans  leur  chevelure,  et  l'auteur  a  remarqué 
qu'ils  divisent  leurs  cheveux  en  petites  tresses  ,  à  la 
manière  des  anciens  Egyptiens. 

Voici  le  prix  des  denrées  dans  le  pays.  Un  esclave, 
ou  cinq  bœufs,  ou  cent  pagnes  (pièce  d'étoffe  très 
étroite,  longue  d'une  aune  un  sixième),  s'échangent 
pour  un  fusil  à  deux  coups  et  deux  bouteilles  de  pou- 
dre ;  une  callebasse  pleine  d'eau  ,  un  litre  de  mil , 
une  mesure  de  lait  ,  ou  une  brassée  de  foin  ,  pour 
un   collier  de  verroterie. 

Dans  plusieurs  des  pays  que  nous  avons  cités  ,  le 
voyageur  trouva  des  écoles  suivies  par  un  grand  nom- 
bre d'enfans.  Chose  singulière  ,  c'est  la  nuit  qu'elles 
sont  fréquentées;  ils  lisent  à  la  clarté  du  feu.    Après 


ia6  SCIENCES  MORALES 

les  dangers  qu'il  eut  à  subi^  aucun  tourment  ne  lui 
fut  plus  incommode  que  l'importunité  de  ces  enfans, 
bourdonnant  sans  cesse  autour  de  lui  ,  plus  de  cin- 
quante à  la  fois  ,  occupés  à  le  visiter,  à  le  déshabiller 
et  à  le  fatiguer  de  toutes  façons  (i).  «  J'ai  toujours,  dit 
le  voyageur,  frémi  dans  mon  voyage  à  l'aspect  d'une 
troupe  d'enfans  ou  de  femmes  ;  ces  êtres  faibles  sont  le 
tourment  du  voyageur  dans  l'intérieur  de  l'Afrique.  » 

M.  Mollien  a  eu  connaissance,  dans  le  Fouta-toro  , 
d'une  confrairie  semblable  à  celle  des  francs-maçons. 
Il  y  a  des  épreuves  :  on  renferme  le  récipiendaire 
pendant  huit  jours  ;  on  le  met  à  la  diète.  Des  hommes 
masqués  s'assurent  de  son  courage;  quand  il  est  initié, 
il  jure  de  ne  point  révéler  les  secrets  de  l'ordre  :  ces 
hommes  sont  devins ,  et  passent,  auprès  de  gens  si  cré- 
dules, pour  commander  aux  élémens. 

Ce  voyage  renferme  des  observations  curieuses  sur 
l'état  des  femmes  en  Afrique.  L'auteur  n'eut  pas  tou- 
jours à  s'en  plaindre;  il  reçut  plus  d'une  proposition 
de  mariage,  et  sans  doute  il  n'eût  tenu  qu'à  lui  de 
devenir  un  jour  almamy  ou  damel.  En  général  ,  les 
femmes  ne  sont  point  belles  ;  cependant  il  rend  justice 
à  celles  du  Fouta-toro.  Voici  le  portrait  qu'il  en  donne  ; 
plus  d'un  trait  semble  avoir  été  puisé  en  Europe. 

«  Les  femmes  sont  jolies  et  bien  faites;  elles  ont  le 
visage  allongé,  et  les  traits  fins;    leurs  cheveux  sont 

(i)  Peut-être  1rs  jeune  a  Africains,  rëcemmenl  formés  à  Saint- 
Louis ,  &ns  l'école  française ,  <t  répandus  maiateiianl  tur  les  ri- 
ves du  Sénégal,  parviendront-ils  à  communiquera  leurs  compa- 
triotes quelques  idées  tle  civilisation.  Ils  ont  aidé  leur  maître  à 
composer  un  vocabuloii '<  ivolof ,  mandingue  el  français.  —  (Voy. 
la  Revue  Encyclopédique,  T.  V,  p.  16G.  el  lé  Journal  cTEduca 
tÎM  ,T.  VIII  et  I\ 


ET  POLITIQUES.  îo7 

longs,  elles  les  tressent  autour  de  la  tête;  elles  ont  le  pied 
petit,  mais  les  jambes  un  peu  arquées;  généralement 
elles  sont  moins  grosses  que  les  négresses.  Elles  char- 
gent leurs  cheveux  d'ornemens  d'ambre  jaune  et  de 
corail  ;  leur  cou  ,  de  verroterie  ou  d'or;  elles  mettent 
un  voile  de  mousseline  sur  la  tête  ;  quelques-unes  por- 
tent une  camisole  à  manches  ;  elles  ont ,  comme  les  né- 
gresses ,  une  pagne  autour  des  reins.  Vives  ,  passionnées  , 
elles  ont  toujours  un  air  riant ,  et  semblent  ne  soupirer 
qu'après  le  plaisir  ;  leur  vertu  résiste  rarement  à  un 
grain  de  corail  ;  elles  sont  peu  susceptibles  d'un  atta- 
chement délicat  ou  même  durable  ;  très  malignes  , 
selon  l'expression  de  mon  marabout ,  elles  emploient 
leurs  charmes  pour  secouer  le  joug  et  partager  l'em- 
pire de  la  case:  ce  ne  sont  plus  des  esclaves,  comme 
les  femmes  Yolofes  ;  ce  sont  des  épouses  ,  maîtresses  de 
maison.  Elles  obéissent,  mais  quand  elles  veulent, 
et  les  maris  sont  souvent  obligés  de  leur  céder;  quel- 
quefois elles  les  menacent  de  les  conduire  chez  le  chef 
du  village  pour  divorcer  :  si  les  choses  en  viennent  à 
ce  point ,  elles  ont  recours  aux  larmes  pour  toucher 
leur  juge.  «  Pourquoi  maltraites  -  tu  ta  femme  ,  dit 
celui-ci  au  mari?  Une  femme  est  un  être  faible  ,  sans 
force  ,  sans  appui ,  tandis  que  l'homme  possède  tout  ; 
va  rappeler  la  tienne,  et,  pour  apaiser  sa  juste  colère, 
fais-lui  un  présent.  »  Jamais  la  paix  n'est  signée,  qu'il 
n'en  coûte  au  mari  un  bœuf  ou  un  esclave.  Cette  diffé- 
rence de  mœurs  entre  les  Yolofs  et  les  Poules  ,  donne 
lieu  de  penser  que  la  civilisation  est  plus  avancée  chez 
ces  derniers  que  chez  les  nègres  ;  car  on  a  observé  que , 
dans  les  pays  oit  les  femmes  jouissent  de  quelques 
droits ,  elle  a  fait  plus  de  progrès  que  dans  ceux  oii  elles 
ne  sont  comptées  pour  rien.  » 


l05  SCIENCES  MORALES 

Les  Serracolets  sont  moins  galans  que  les  Foulahs  ; 
ils  préfèrent  la  propriété  d'un  âne  de  Cayor,  si  utile 
pour  leurs  travaux  ,  à  tout ,  même  à  la  possession  d'une 
femme.  A  la  vérité,  ce  précieux  animal,  sobre  ici,  comme 
il  l'est  partout,  est  de  plus  très  fort,  plein  de  rares 
qualités  et  vraiment  digne  du  panégyrique  de  Buffon. 
Aussi  notre  voyageur  lui  a  consacré  plus  d'une  page  , 
dictée  par  la  reconnaissance. 

On  peut  lire  ,  dans  le  premier  volume  ,  la  descrip- 
tion d'une  fête  nuptiale;  tous  les  convives  étaient  en 
blanc.  L'auteur  compare  la  fête  à  une  noce  de  village 
très  animée  ;  tous  les  assistans  se  livraient  à  la  danse 
et  à  la  gaieté  ,  excepté  l'épousée  qui  semblait  aban- 
donnée à  une  profonde  douleur.  L'usage  le  veut  ainsi. 

M.  Mollien  vante  beaucoup  les  mœurs  hospitalières 
des  nègres  ;  mais  ,  sans  compter  qu'on  lui  a  refusé  dans 
plusieurs  endroits,  tout,  même  l'eau  et  le  feu,  je  trouve 
qu'il  y  a  un  peu  de  mauvaise  humeur  à  envoyer  les 
Européens  en  Afrique,  pour  y  chercher  des  leçons  de 
civilisation. 

Le  climat  n'est  pas  partout  aussi  désagréable  poul- 
ies Européens  ;  en  général  ,  il  est  funeste  dans  les  pays 
plats,  plus  ou  moins  voisins  de  la  mer,  depuis  Ovtare 
et  Bénin  jusqu'au  Sahara.  Les  pluies  du  tropique 
durent  six  mois  ;  les  eaux  s'écoulent  lentementdans  les 
régions  qui  sépareut  les  montagnes  de  l'Océan  ;  de-là, 
les  fièvres  et  les  dissenteries.  Dans  les  montagnes  ,  l'in- 
fluence des  pluies  n'est  pas  aussi  malfaisante:  c'est  au 
mois  de  mai  qu'elles  commencent  ,  et  elles  continuent 
avec  une  violence  dont  il  est  dimeile  de  se  faire  une 
idée  ;  alors  le  pays  est  inondé  comme  par  un  déluge. 
Selon  M.  Mollien,  c'est  le  plus  grand  obstacle  à  réta- 
blissement des  Européens.  Les  monts  Tangué  ou  Badou 


ET  POLITIQUES.  i*g 

sont  les  plus  élevés  sur  toute  la  chaîne  ;  de-là  on  dé- 
couvre le  pays  à  plus  de  vingt  lieues  à  la  ronde  ;  les 
nuages  se  forment  au-dessous  de  la  cime,  et  des  torrens 
de  pluie  s'y  précipitent  ;  l'air  y  est  très-frais  ;  le  sol  est 
ferrugineux  et  granitique. 

On  ignore  communément  en  Europe  combien  les 
nuits  sont  froides  en  Afrique.  Ce  n'est  pas  seulement 
par  opposition  avec  la  grande  chaleur  du  jour;  mais 
la  température  descend  en  effet  très-bas  ,  quelquefois 
même,  mais  rarement,  jusqu'au  terme  de  la  congé- 
lation. J'ai  plus  souffert  du  froid  en  Egypte  qu'en 
France  ,  surtout  dans  le  désert  ;  et  je  ne  suis  point 
surpris  que  M.  Mollien  fasse  la  même  réflexion. 

C'est  principalement  dans  le  royaume  de  Bambouk, 
à  l'est  du  Bondou  ,  que  l'on  trouve  les  mines  d'or  et 
celles  de  fer.  Notre  auteur  ne  put  s'y  rendre,  à  cause 
de  la  guerre  ouverte  entre  ce  pays  et  le  Bondou  ;  mais 
il  recueillit  des  renseignemens  qui  se  trouvent  d'accord 
avec  ceux  d'un  voyageur  appelé  Cosle.  Les  puits  d'où 
on  tire  l'or  à  Satacou  ,  sont  au  nombre  de  1 200  ;  le  mi- 
néral est  mêlé  de  fer  en  grains  et  d'émeri  ;  on  le  lave 
pour  en  séparer  l'or.  Cependant,  selon  d'autres  ren- 
seignemens que  l'auteur  a  puisés  dans  le  Fouta- 
diallon  ,  c'est  le  Kankan  ,  situé  à  quinze  jours  à  l'est 
de  Timbo,  qui  possède  le  plus  d'or.  Dans  le  village  de 
Bourré,  on  pratique  sous  terre  de  très  longues  gale- 
ries ,  afin  d'extraire  le  métal.  Cet  endroit  mériterait 
mieux  que  tout  autre  d'être  surnommé  le  Pérou  de 
l'Afrique:  c'est  de-là  que  l'or  est  transporté  à  Tom- 
buclou  ,  et  il  est  possible  que  les  Achainties,  chez 
qui  M.  Bowdich  a  observé  récemment  une  quantité 
étonnante  de  ce  métal  précieux ,  le  tirent  de  la  même 
contrée. 


no  SCIENCES  MORALES 

Le  Fouta-toro  est  le  pays  le  plus  riche  en  mines  de 
fer;  notre  voyageur  se  rendit  à  celles  de  Canel.  On 
fait,  à  la  surface  des  collines,  des  trous  profonds  de 
quelques  pieds  ;  on  en  tire  des  pierres  jaunes  très  riches 
en  fer;  c'est  le  minerai.  On  le  fond  dans  des  four- 
neaux de  forme  conique  et  hauts  de  6  pieds.  Le  fer 
est  d'une  excellente  qualité  ,  parfaitement  ductile  ; 
on  en  fait  des  chaudières  battues.  A  Langue-Bana  , 
village  habité  par  des  Serracolets  ,  presque  tous  les 
habitans  ont  des  fourneaux.  Ils  battent  le  fer  avec  une 
masse  de  granit  ,  entourée  d'une  bande  de  cuir,  la- 
quelle est  attachée  à  des  courroies  qui  servent  à  sou- 
lever la  masse  :  par  ce  moyen  ,  ils  parviennent  à  former 
des  barres  longues  de  huit  pouces. 

Les  principales  cultures  sont  le  mil  ,  le  colon,  l'in- 
digo, le  riz,  le  maïs  et  le  tabac.  Le  plus  grand  arbre 
connu  est  le  Baobab  ;  plusieurs  fournissent  des  bois 
propres  à  faire  des  meubles,  tels  que  des  lits,  des 
écuelles  ,  etc.  ;  quelques-uns  donnent  des  fruits  succu- 
lens  :  le  gommier  est  un  des  arbres  le  plus  répandus; 
les  citronniers  et  les  orangers  qu'on  rencontre  dans  le 
Kabou  ,  y  ont  été  apportés  par  les  Portugais. 

On  remarque  une  multitude  de  lions  ,  de  panthères, 
d'hyènes  ,  de  chacals,  de  vautours,  de  serpens,  etc. 
La  giraffc  et  le  sanglier  sont  communs  dans  le 'pays 
de  Galam.  Partout  ou  «oit  le  corbeau,  la  pintade, 
la  tourterelle,  l'aigrette,  le  colibri  ,  le  lapin,  la 
perdrix  ,  etc.  Mais  les  autruches  ,  les  singes  .  I*S 
éléphans,  sont  moins  nombreux  :  ccux-ei  sont  arrêtés 
par  les  montagnes  du  Fouta-diallon  ,  el  ne  peuvent 
les  franchir.  Dès  que  la  nuit  commenee  ,  les  hyènes 
font  entendre  des  hurlemens  lAgàbres ,  el  les  lions, 
â'affreui    rugissemens  ;   alors,   les  chiens,   frappés  de 


£T  POLITIQUES  m 

terreur ,  n'osent  aboyer.  Il  y  a  des  serpens  assez  gros 
pour  dévorer  des  hommes  et  des  bœufs.  Les  animaux 
domestiques  sont  le  chameau  ,  le  bœuf ,  l'âne  ,  le 
cheval  ,  la  chèvre,  la  poule,  le  chien,  etc.  :  les  che- 
vaux sont  rares  et  moins  estimés  que  l'âne  pour  les 
traversées  des  déserts  ;  celui-ci ,  comme  le  chameau  , 
supporte  la  faim,  la  soif  et  la  fatigue  pendant  plusieurs 
jours  de  suite:  l'âne  noir  est  plus  estimé  que  le  rouge  ; 
peut-être  est-ce  par  suite  d'un  préjugé  contre  la 
couleur  rousse. 

La  nourriture  commune  de  l'Africain  est  une  bouillie 
faite  de  mil,  appelée  Kous-Kouf.  Il  fait  usage  du  lait  ^ 
du  beurre  ,  des  pistaches  ,  du  miel ,  du  sel  et  des  œufs  ; 
sa  boisson  est  l'eau  pure  ;  il  se  nourrit  aussi  de  poule* 
et  de  viande. 

Les  principaux  peuples  que  nous  avons  nommés 
ont  chacun  son  idiome  ;  le  Foulah  ou  Poule  ,  le  Yolof, 
le  Mandingue ,  le  Bambara  ou  le  Serrère  :  cette  der- 
nière nation  est  indigène  ;  c'est  elle  que  les  Foulahs  \ 
ou  hommes  à  teint  rouge,  repoussés  du  nord  vers  le 
midi,  par  l'invasion  des  Mahométans,  trouvèrent  en 
possession  des  rives  du  Sénégal  et  chassèrent  dans  le 
sud  :  leur  mélange  avec  les  Serrères  et  les  Yolofs  ,  a 
produit  une  race  mixte  ,  appelée  Torodos.  Il  est  résulté 
aussi  de  l'arrivée  des  Maures  ,  que  beaucoup  de  mots 
arabes  se  sont  introduits  dans  ces  différentes  langues. 
L'auteur  a  rassemblé,  à  la  fin  de  son  ouvrage ,  trois 
essais  de  vocabulaires  yolof ,  poule  et  serrère. 

Après  avoir  passé  en  revue  ce  qui  regarde  les  mœurs, 
le  sol,  le  climat  et  les  productions  du  pays,  je  dirai 
une  partie  des  fatigues  et  des  dangers  que  le  voyageur 
a  soufferts.  Quoique  ses  aventures  n'aient  rien  desail- 
lant, elles  sont  instructives  et  propres  à  prémunir  ceux 


ni  SCIENCES  MORALES 

qui  auront  le  courage  de  marcher  sur  ses  traces, 
contre  une  foule  de  désagrémens  ou  de  périls  qui  les 
attendent ,  et  qui  peuvent  faire  échouer  les  plans  les 
mieux  combinés.  Les  instructions  que  M.  de  Fleuriau  , 
commandant  la  colonie  française  au  Sénégal,  avait 
données  à  M.  Mol  lien,  consistaient  dans  les  points 
suivans  :  i°  découvrir  les  sources  du  Sénégal,  delà 
Gambie  et  du  Niger;  2°  s'assurer  de  l'existence  d'uue 
communication  entre  les  deux  fleuves  ;  3°  connaître  la 
distance  du  Sénégal  à  la  source  du  Niger  ;  4°  observer 
les  montagnes  ,  la  nature  du  soi  et  les  contours  des 
rivières;  reconnaître  les  moyens  de  descendre  le  Niger 
jusqu'à  son  embouchure  ;  6°  visiter  les  mines  de  Bam- 
bouk.  Le  voyageur  paraît  avoir  réussi  complète- 
ment sur  les  quatre  premiers  points  ;  sur  le  reste,  il  a 
recueilli  des  renseignemens  de  la  bouche  des  Mara- 
boutes  et  des  hommes  instruits  dupays.  Ils  lui  dirent  : 
que  les  Poules  étaient  établis  en  deçà  et  au-delà  de 
Tombuctou  ,  et  que  le  Dialli-bâ  se  jette  dans  le  Nil  ; 
mais,  selon  le  major  Remell,  il  coule  dans  un  pays  moins 
élevé  que  celui  ou  Bruce  a  vu  le  Nil  en  Abyssinie.  Peut- 
être  d'autres  voyageurs  ,  appuyés  sur  les  découvertes 
précédentes,  résoudront  ce  fameux  problème  de  géo- 
graphie. Malheureusement,  la  mort  de  M.  Ritchic  . 
dont  l'entreprise  était  si  bien  commencée  ,  recule  en- 
core nos  espérances  (i). 

(0  Cette  triste  nouvelle  vient,  d'arriver  à  Londres,  an  moment 
OÙ  l'on  se  réjouissait  du  rétablissement  de  M.  Ritcliie,  qui  av;ut 
pris  la  fièvre  à  Mourzouk.  On  ne  saurait  trop  déplorer  la  fiu  pie 
coce  de  cet  habile  et  intrépide  voyageur.  Muni  dYxeellens  instru- 
rnens,  et  «loin:  de  connaissances  aussi  variée^  qu'étendues,  il 
promettait  les  plus  heureuses  découvertes  sur  I  intérieur  de 
L'Afrique.    Son  dessein  était  de   la  traverser  du  nord-est  au  sud- 


ET  POLITIQUES.  u3 

Notre  voyageur  partit  de  Saint- Louis,  le  28  jan- 
vier 1818;  son  bagage  consistaiten  deux  fusils,  dix  livres 
de  poudre,  trois  livres  et  demie  de  corail  ,  deux  livres 
d'ambre  jaune,  dix-huit  masses  de  verroterie,  quatorze 
livres  de  tabac,  une  hache  ,  une  couverture,  deux  ou- 
tres, deux  poignards  et  trois  boussoles.  Il  avait  un 
cheval  et  un  âne  chargés  de  ses  provisions,  trop  peu 
considérables  pour  tenter  l'avidité  des  nègres  et  faire 
échouer  son  entreprise. 

M.  Mollien  avait  cru  d'abord  devoir  prendre  l'habit, 
maure  ;  mais  les  hommes  de  cette  nation  étant  la  ter- 
reur des  naturels  ,  et  le  costume  le  défendant  mal  des 
moustiques,  il  fut  bientôt  obligé  d'y  renoncer  ,  et  d'en- 
voyer chercher  à  Saint-Louis  ses  vêtemens  à  l'euro- 
péenne ;  il  continua  de  les  porter  pendant  long-tems: 
cependant ,  arrivé  au  Bondou  ,  il  se  fit  faire  un  habil- 
lement à  la  manière  des  nègres.  Quand  on  songe  à  la 
différence  de  langue,  de  religion,  de  mœurs  et  de 
caractère  des  peuples  qu'il  traversa  ,  on  a  de  la  peine 

ouest.  Ildevait  passer  de  Mourzouk  à  Bournou,  compléter  les  ob- 
servations de  Hornemann,  se  rendre  au  Niger,  le  remonter  jus- 
qu'à Tombuctou  ,  examiner  le  Wangara  ,  et  s'assurer  si  le  fleuve 
s'y  perd  ?  ou  si,  au  contraire  ,  il  tourne  au  sud  pour  se  jeter  dans 
la  mer  Atlantique,  soit  à  la  cote  de  Guinée,  soit  par  l'embou- 
chure du  Zaïre;  visiter  les  villes  de  Ghana,  Haoussa,  Ouassena  ; 
ensuite  se  rendre  aux  comptoirs  anglais  ,  en  Guinée.  Peut-etreau- 
rait-il  pu  passer  au  pays  des  Achanties,  que  M.  Bowdich  a  ob- 
serve' et  décrit  le  premier  avec  tant  de  succès,  et  où  l'Angleterre 
entretient  maintenant  un  consul.  Ce  vaste  projet  accomplira  élevé 
M.  Kitcliie  au-dessus  de  Mungo-Park  ,  de  Bruce,  et  de  tous  les 
voyageurs  en  Afrique. 

]\ous  attendous  avec  impatience  la  publication  du  voyage  fait 
récemment  par  M.  Cochelet  dans  l'intérieur  de  l'Afrique.  M.  Co- 
chelet  vient  d'arriver  à  Paris. 

TOME  vr.  8 


ni|  SCIENCES  MORAL  ES 

à  concevoir  comment  un  blanc  .  seul ,  en  habit  d'Eu- 
rope ,  a  échappé  aux  périls  qui  le  menaçaient  à  cha- 
que pas.  Deux  choses  ont  contribué  à  l'en  sauver: 
d'abord  sa  présence  d'esprit  et  son  courage,  ensuite  la 
fidélité  et  le  rare  dévouement  de  son  guide.  Il  paraît 
aussi,  d'après  l'ensemble  de  son  ouvrage,  quoique 
l'auteur  n'en  dise  rien  ,  qu'il  parlait  aisément  le  yolof. 
Boukari  avait  amené  son  fils  et.  un  esclave;  mais,  le 
vovageur  craignant  qu'il  n'en  devînt  plus  timide,  lui 
déclara  qu'il  fallait  le  renvoyer  à  Saint-Louis.  Ainsi, 
il  resta  seul  avec  son  guide.  L'événement  a  prouvé 
que  sa  hardiesse  n'était  pas  de  l'imprudence.  A  l'en- 
trée dans  le  pays  de  Fonte  ,  comme  il  voyageait  la  nuit 
dans  la  foret,  avec  une  petite  caravane,  un  lion sortit 
du  fond  d'un  baobab,  en  poussant  des  rugisseinens  ter- 
ribles ,  et  il  les  suivit  à  cent  pas  de  distance  pendant 
un  quart-d'heure.  La  terreur  générale  répandue  dans 
la  troupe  fit  marcher  tout  le  monde  rapidement . 
femmes  ,  cnfans  et  traînards  ;  le  lion  s'arrêta.  A  Bala  , 
premier  village  Poule ,  notre  voyageur  fut  volé  de  son 
poignard  ;  ses  compagnons  de  voyage  l'obligèrent  de 
retourner  sur  ses  pas  pour  réclamer  l'objet  volé.  Le 
chef  de  Bala  le  fit  retrouver,  et  lui  envoya  sou  fils  avec 
un  présent:  chez  nous  on  ne  rend  pas  toujours  la  jus- 
tice à  si  bon  marché.  A  Diaba  ,  le  voyageur  est  arrêté 
par  une  troupe  considérable.  En  vain  il  allègue  la 
protection  deBourb-Yolof ,  ou  de  l'empereur  des  Yolofc 
et  d'Almamy,  qu'il  venait  de  visiter.  Un  conseil  devieil- 
lards  s'assemble  ;  la  cause  est  plaidée  avec  une  sorte 
de  solennité.  Malgré  les  efforts  de  ses  avocats  ,  il  est 
condamné  à  retourner  vers  Almamy  ,  et  à  laisser  en 
dépôt  ses  marchandises.  Cependant  il  parvint  à  échap- 
per  à  ce  nouveau  danger. 


ET  POLITIQUES.  ti5 

Son  fidèle  marabout  était  de  Senopalé.  Arrivé  à  ce 
village  ,  il  y  trouva  sa  sœur  et  sa  nièce.  L'accueil  affec- 
tueux qu'il  en  reçut ,  rejaillit  sur  notre  voyageur  qui 
fut  frappé  d  ela  figure  de  ces  deux  femmes,  à  en  juger 
par  le  portrait  suivant  :  «  La  sœur  et  la  nièce  de  Bou- 
kari  s'étaient  richement  parées  ,  pour  nous  faire  hon- 
neur :  leurs  oreilles,  leurs  cheveux  et  leur  cou  étaient 
chargés  d'or  ,  de  corail  et  d'ambre  ;  elles  portaient  aussi 
beaucoup  de  grelots  d'argent...  Les  deux  parentes  de 
Boukari  étaient  jolies;  elles  avaient  le  visage  long;  les 
traits  fins  ,  les  formes  délicates,  la  taille svelte  et  bien 
prise,  la  peau  d'un  noir  d'ébène...  La  modestie  de  ces 
deux  femmes  m'enchantait  ;  chaque  fois  que  je  les  re- 
gardais ,  elles  baissaient  les  yeux  et  se  couvraient  de 
leur  voile  de  mousseline,  etc.   » 

Quand  ils  furent  sur  le  point  de  quitter  le  Bondou  , 
pour  entrer  dans  le  Fouta-diallon  ,  Boukari  refusa 
obstinément  de  continuer,  à  moins  qu'on  n'emportât 
deux  outres  pleines  d'eau  ;  ce  qui  était  à  la  fois  inutile  et 
impraticable»  M.  Mollien  prit  la  résolution  hardie  de 
le  congédier.  Qu'on  se  représente  maintenant  notre 
voyageur  ,  enfoncé  à  cent  quatre-vingts  lieues  dans  les 
terres  ,  seul  homme  blanc  ,  sans  guide,  ne  sachant  ni 
le  poule  ni  le  mandingue,  accablé  de  la  fièvre,  aban- 
donné à  lui-même  au  milieu  de  tous  les  périls,  ayant 
devant  lui  trois  jours  de  marche  dans  un  désert  ;  ce- 
pendant il  résolut  d'avancer,  et  même  il  monta  à  che- 
val pour  continuer  sa  route.  La  nuit,  un  nègre  le  fit 
entrer  dans  sa  case.  Comme  il  s'abandonnait  à  de 
tristes  réflexions  ,  il  y  aperçoit  son  guide.  L'ne  11011- 
\elle  dispute  s'élève;  Boukari  ose  le  menacer  avec  un 
fusil  dont  il  s'était  emparé.  Dans  cette  lutte,  le  voya- 
geur devait  succomber  infailliblement   :  une  caravane 

S* 


ut>  8C1E1NCE5  MORALES 

survint  à  propos  pour  les  séparer.  Enfin  ,  Boukari  sen- 
tit ses  torts  ;  et  depuis  ce  jonr  il  s'attacha  au  service 
de  notre  voyageur,  comme  l'ami  le  plus  sincère  et  le 
plus  dévoué. 

Souvent,  pendant  le  cours  du  voyage,  M.  Mollien 
fut  le  médecin  malgré  lui  :  l'opinion  des  nègres  est 
qu'un  blanc  est  nécessairement  versé  dans  la  médecine, 
et  quand  ils  invoquent  des  remèdes,  il  faut  absolument 
qu'il  les  satisfasse.  -A  Boié ,  sa  case  devint  un  lieu  de 
consultation.  Il  fut  obligé  de  prescrire  des  remèdes 
aux  femmes  et  aux  vieillards.  Les  maux  les  plus  com- 
muns sont  la  siphylis ,  la  goutte  et  les  goitres. 

A  Niébel,  un  iman  lui  défendit  de  passer  outre  ,  et; 
l'arrêta  jusqu'à  ce  qu'il  connut  si  Almamy  de  Timbo 
consentait  à  son  passage  ;  c'était  un  coup  monté  par 
la  femme  de  l'iman  ,  afin  d'extorquer  des  présens  du 
voyageur  :  elle-même  vint  le  trouver,  et  lui  demanda  , 
d'un  ton  à  n'être  pas  refusée,  tout  ce  qui  lui  convenait 
de  son  bagage.  «  Dans  ce  pays  ,  dit-elle  à  Boukari  ,  les 
femmes  conduisent  les  affaires  de  leurs  maris;  je  puis 
faire  aller  le  blanc  à  Timbo.  »  Le  voyageur  ne  douta 
plus  qu'elle  ne  lut  la  cause  de  son  arrestation;  il  fut 
contraint  de  lui  donner  beaucoup  d'ambre  et  de  corail 
pour  l'apaiser.  L'iman  vint  à  son  tour  prendre  sa  part 
des  dépouilles.  Après  l'avoir  menacé  d'un  ton  Furieux, 
il  exigea  qu'on  lui  remit  tout  ce  qu'il  \  ou  lui  ,  il  fallu! 
céder  :  les  habitans  du  village  étaient  tous  disposés 
ou  ne  peut  plus  mal.  I  o  marchand  d'esclaves .  ;*  j>  pcl* 
lioubou  ,  prit  la  défense  du  voyageur  dans  cette  occa- 
sion ;  M.  Mollien  chercha  ,  par  tous  les  moyens,  à 
se  l'attacher ,  et  celui-ci  se  décida  à  l'accompagner; 
niais  il  cachait  un  dessein  perfide,  qui  échappa  à  la 
prudence  de  notre  voyageur.    \  mesure   qu'ils  s'avan- 


ET  POLITIQUES.  u7 

oaient  vers  le  sud,  ils  s'élevaient  toujours  de  plus  en 
plus.  Enfin  ,  M.  Mollien  arriva  au  pied  de  la  grande 
chaîne  des  monts  Tangué  ou  Badou  ,  dirigée  du  sud 
au  sud -est.  Il  eut  une  peine  infinie  à  gravir  la 
montagne,  entourée  de  précipices,  et  si  escarpée, 
qu'il  lui  fallut  pousser  son  cheval  par  derrière,  tandis 
qu'un  de  ses  compagnons  le  tirait  par  la  bride.  Par- 
venu au  sommet,  il  eut  un  immense  horizon  sous  les 
yeux  :  de-là  on  découvre  le  pays  à  vingt  lieues  à  la 
ronde.  Mais  la  santé  du  voyageur  commençait  à  s'affai- 
blir par  des  marches  pénibles,  par  la  mauvaise  qualité 
et  même  le  défaut  d'alimens.  L'épuisement  fut  au  com- 
ble ,  après  deux  jours  entiers  passés  sans  nourriture. 
Enfin  ,  à  Fobé ,  on  lui  donna  de  l'eau,  des  fruits,  du 
miel  et  du  maïs.  Un  chevreau  ,  qu'il  se  procura  ,  ré- 
para un  peu  ses  forces;  son  marabout,  épuisé  de  faim 
comme  lui  ,  refusa  cependant  d'y  toucher  ,  parce  que 
l'animal  avait  été  tué  de  la  main  d'un  payen.  Bientôt, 
les  torrens  d'eau  pluviale  qui  inondèrent  le  pays  ,  cau- 
sèrent une  humidité  excessive;  le  voyageur  fut  saisi 
d'un  violent  accès  de  fièvre.  Le  tamarin,  dont  il  avait 
usé  avec  succès  ,  fut  impuissant  ;  le  quinquina  lui  man- 
quait; il  n'avait  à  sa  disposition  aucun  autre  remède 
que  l'eau  et  le  riz.  La  dyssenterie  se  déclara  ,  et  fit 
des  progrès  alarmans.  Epuisé  par  le  mal  ,  M.  Mollien 
se  préparait  à  mourir.  Tl  remit  au  fidèle  Boukari  ses 
journaux  ,  S3S  effets  et  ses  dernières  volontés  ;  tout  fut 
disposé,  jusqu'aux  funérailles.  Le  lendemain,  une  crise 
salutaire  arrêta  la  fièvre  ;  mais  ensuite  le  mal  redoubla, 
compliqué  de  vives  douleurs  aux  mâchoires.  Touché? 
de  sa  situation,  dos  nègres  lui  apportèrent  de  prétendus 
remèdes  ,  entre  autres  un  énorme  pain  de  riz  ,  cuil 
au  soleil,  bien  plus  fait  pour  l'étouffer  que  pour  le  gué- 


n$  SCIENCES  MORALKs 

rir.  Pour  comble  de  maux  ,  son  guide  Boubou,  chez 
lequel  il  logeait  à  Bandéia,  conçut  l'affreux  dessein  de 
se  défaire  de  son  hôte.  Depuis  long-tems  ,  il  convoitait 
son  bagage  ;  il  crut  le  moment  favorable:  il  fit  servir 
à  M.  Mollien  et  à  Boukari  ,  une  poule  empoisonnée. 
A  peine  en  eurent-ils  goûté,  qu'ils  éprouvèrent  de  vio- 
lentes douleurs  ;  un  esclave  qui  en  mangea  une  partie, 
pensa  mourir.  Ce  méchant  homme  avait  défendu  à  ses 
femmes  de  lui  donner  le  moindre  secours.  Heureuse- 
rnens,  une  d'elles,  bravant  ses  menaces  ,  eut  l'huma- 
nité de  partager  ce  qu'elle  possédait  avec  le  malheu- 
reux, voyageur,  et  le  sauva  de  la  mort.  Pendant  que 
celui-ci  était  gissant,  Boubou,  furieux,  vint  lâchement 
le  menacer  ;  celui-ci  eut  le  courage  de  saisir  sou  fusil 
et  de  chasser  le  misérable  de  sa  case.  Ce  ne  fut  pas  la 
seule  entreprise  que  les  gens  du  lien  ,  soulevés  par 
Boubou,  tentèrent  contre  lui.  Comme  on  comnien- 
çalt  à  savoir  dans  le  pays  qu'il  avait  visité  les  sources, 
et  qu'on  eel  très  ombrageux  sur  ce  point ,  il  courait  un 
autre  péril.  Alors,  il  résolut  de  fuir  ,  malgré  le  déla- 
brement de  ses  forces,  et  d'aller  à  Geba  ,  comptait 
portugais,  situé  à  plus  de  cent  lieues  de  Bandât.  11 
trouva  heureusement  un  guide.  On  parvînt  à  l'asseoir 
sur  son  âne,  et  il  partit  secrètement.  Déjà  il  axait 
atteint  la  rivière,  lorsque  le  cruel  Boubou  accourut  et 
le  força  de  rentrer  au  village.  ]Notre  voyageur  trouve 
un  autre  guide,  car  le  premier  l'avait  trahi.  A  peine 
.-tait-il  en  route  qu'il  est  arrêté  une  seconde  lois.  Enfin  , 
après  mille  difficultés,  dont  il  ne  se  lirait  jamais 
qu'en  distribuant  du  corail  ,  de  l'ambre  et  de  la  pou- 
dre ,  il  parvint  à  s'échapper  à  tous  les  pièges,  et  partit 
pour  Geba  ,  dans  vu  état  de  faiblesse  difficile  à  ima- 
giner .     toujours    mine*  par    la     fièvre,    ,1e    passe  sous 


' 


ET  POLITIQUES.  119 

silence  les  fatigues  sans  nombre  de  ce  nouveau  voyage. 
C'est  dans  les  bois  qui  couronnent  les  montagnes  de 
Bourré  qu'habite  l'orang-outang.  Le  singe  y  est  très 
commun;  son  cri  ressemble  à  celui  d'un  épagneul;  il  est 
dépourvu  de  queue.  A  l'aide  des  branches  d'arbres  ,  il 
se  forme  une  espèce  de  case  ;  on  prétend  que  sa  rencon- 
tre est  dangereuse  pour  lés  négresses.  L'orang-outang 
n'est  pas  le  seul  singe  qui  soit  dans  ce  cas.  Dans  le  pays 
de  Galam  ,  une  femme  portant  du  miel  et  du  lait,  fut 
attaquée  par  une  troupe  de  singes,  de  trois  à  quatre 
pieds  de  haut  (l'auteur  n'en  dit  pas  l'espèce)  ;  ils  lui 
jetèrent  des  pierres  et  la  frappèrent  avec  des  bâtons. 
Les  habitans  du  village  voisin  se  rendirent  à  l'endroit 
où  était  la  troupe  ennemie  ,  et  en  tuèrent  plusieurs  à 
coups  de  fusil  ;  mais  ils  furent  eux-mêmes  blessés  à 
coups  de  pierre  ou   mordus  grièvement. 

En  se  rendant  à  Géba  ,  M.  Mollien  traversa  plusieurs 
fois  le  Rio-Grande.  Le  caïman  y  est  commun  et  très 
dangereux  pour  les  voyageurs.  Les  ânes  sauvages  sont 
en  grand  nombre  dans  le  pays.  Arrivé  à  Jarun  ,  il 
trouva  des  cases  construites  en  pierre.  Depuis  trois 
jours  ,  il  éprouvait  les  horreurs  de  la  faim  :  le  pays 
souffrait  de  la  disette.  Pour  obtenir  un  peu  de  riz  ,  il 
fut  obligé  de  le  payer  avec  le  chapeau  et  la  tunique 
de  Houkari ,  son  ambre  et  son  corail  n'ayant  pas  de 
prix  aux  yeux  des  habitans.  La  fièvre  et  la  dyssenterie 
ne  le  quittaient  point.  Dans  cette  triste  situation  ,  quel 
remède  qu'un  repas  composé  de  noyaux  écrasés  et 
bouillis  ensemble  !  cependant  ij  fut  obligé  d'en  accepter 
plusieurs  aussi  délest. ables.  Souvent  ses  compagnons  de 
voyage  crurent  qu'il  allait  succomber.  Arrivé  à  Kanso- 
raly  ,  il  envoya  Roukari  avec  une  lettre  ù.  Géba  ,  qui  n'en 
était  q  u'à  six  lieues.  Le  lendemain  .  il  le  vil  revenir  avec 


120  sciences  morales 

du  vin,  du  pain  Irais,  du  sucre  et  du  tabac  ,  que  lui  en- 
voyait le  gouverneur  portugais  ,  M.  Dirqui.  Personne 
n'avait  pu  comprendre  sa  lettre  écrite  en  français  ;  un 
Yolof  avait  servi  d'interprète  entre  Boukari  etle  gouver- 
neur. Celui-ci,  touché  des  souffrances  de  notre  voya- 
geur,  le  fit  presser  vivement  de  venir  résider  à  Géba, 
pour  se  rétablir.  Ainsi,  après  cinq  mois  des  plus  cruelles 
privations  ,  M.  Mollien  allait  retrouver  une  nation 
européenne.  11  fit  son  entrée  à  Géba  dans  un  état  digne 
de  pitié,  se  soutenant  à  peine  sur  son  àne,  la  barbe  lon- 
gue et  épaisse,  avec  un  costume  de  nègre,  en  lambeaux. 
Le  récit  de  ses  malheurs  éloigna  les  soupçons  ;  les  soins 
de  la  femme  du  gouverneur  contribuèrent  à  le  rétablir. 
Géba  est  un  gros  village  ,  bâti  dans  le  pavs  des 
Mandingues  ;  les  maisons  sont  en  terre;  ce  lieu  est 
très  mal-sain  ;  la  population  est  composée  de  noirs  et 
de  mulâtres.  Dans  ce  comptoir,  on  reçoit  les  cuirs,  la 
cire  ,  l'ivoire  et  les  esclaves  qu'on  transporte  à  Hissa  o, 
fort  portugais  ,  à  soixante  lieues  au  sud-ouest.  Notre 
voyageur  obtint  une  barque  pour  s'y  rendre  par  la 
rivière  de  Géba  ,  dont  les  eaux  fangeuses  recèlent  beau- 
coup d'hippopotames.  Il  arriva,  percé  par  la  pluie  ; 
depuis  trois  jours  il  n'avait  point  mangé.  Les  nègres  et 
les  habitans  l'insultèrent  et  le  couvrirent  de  huées.  Le 
gouverneur  de  lùssao  ,  M.  de  Mattos,  sans  être  dé- 
tourné par  l'aspect  misérable  <\u  vovageur,  l'accueillit 
avec  bonté  et.  lui  fit  donner  une  chambre,  des  habits 
neufs  ,  des  aimions  choisis  et  les  soins  les  plus  géné- 
reux. La  fièvre  l'avait  tellement  épuisé,  qu'il  garda  le 
lit  jusqu'à  la  (in  de  la  saison  pluvieuse.  Des  officiers 
portugais  ,  jaloux  d'un  accueil  aussi  bienveillant ,  cher- 
chèrent à  indisposer  contre  lui  le  gouverneur  ,  en  rap- 
pela ni  la  prise  ne  Lisbonne   par  l'année  française ,  et 


ET  POLITIQUES.  lii 

l'attaque  de  Bissao  par. une  de  nos  frégates;  mais  rien 
ne  put  altérer  la  bienveillance  de  M.  de  Mattos  ,  qui 
lui  fournit  encore  le  moyen  de  se  rendre  sur  la  Gambie. 

Les  maisons  de  Bissao  ,  sur  la  côte  ,  sont  de  pierre  , 
et  ert  terre  dans  l'intérieur  ;  il  y  a  un  grand  fort  bâti 
en  pierre.  La  garnison  ,  composée  de  noirs  et  de  mu- 
lâtres avec  quelques  blancs ,  est  sans  souliers ,  sans 
uniforme.  Toute  leur  solde  consiste  en  feuilles  de  tabac. 
Le  gouverneur  et  le  commandant  sont  les  seuls  qui 
mangent  du  pain  et  boivent  du  vin.  Le  commerce 
consiste  en  ivoire ,  en  sel  ,  en  cire ,  en  or  et  en  esclaves. 
La  place  est  à  la  discrétion  des  Papels  pour  les  vivres. 
M.  Mollien  fut  témoin  de  la  paix  conclue  entre  eux  et 
les  Portugais  ,  qui  se  soutiennent  dans  ce  comptoir  , 
par  leur  condescendance  envers  les  habitans,  plutôt 
que  par  la  force  ;  aussi  sont-ils  préférés  à  toute  autre 
nation  européenne  :  il  y  a  peu  d'années  que  les  Bisa- 
gos massacrèrent  la  garnison  anglaise  établie  à  Bulama. 
La  cire  se  vend  20  à  24  piastres  le  quintal  ;  la  livre 
d'ivoire,  6  fr.  ;  un  esclave,  1 25  piastres  ;  le  riz,  i  piastre, 
les  3o  livres  ;  la  poudre  ,  70  piastres  le  quintal  ;  le  ta- 
bac .  de  3o  à  4°  piastres  ;  un  fusil ,  6  à  8  piastres ,  etc 

L'auteur  ,  pendant  son  double  séjour  à  Bissao,  re- 
cueillit une  foule  de  renseignemens  neufs  sur  les 
Bisagos  ,  les  Papels  ,  les  Balantes  qui  se  nourrissent  de 
rats  ,  les  Yolas  ,  et  divers  autres  peuples  qui  commer- 
cent avec  le  comptoir;  sur  leurs  mœurs,  leur  nouri- 
ture,  leur  culte  et  leurs  habitudes  guerrières,  ainsi 
que  sur  les  productions  de  leur  pays. 

Le  1er  novembre  1818  ,  le  voyageur  prit  congé  de 
M.  deMattos,  et  monta  une  pirogue  pour  retourner  à 
Geba  ;  les  Mandingues  qui  étaient  à  bord  se  prirent 
de  querelle   :    en    voulant    séparer    les   combattans  , 


,aï  SCIENCES  MORALES 

il  fut  blessé  d'un  coup  de  lance.  AGeba,  il  s'assura 
d'un  guide  qui  devait  le  conduire  à  Brouko  sur  lu 
Gambie.  Comme  il  allait  se  mettre  en  route  ,  il  ap- 
j>rend  l'arrivée  d'une  goélette  française  à  Bissao  ;  il  y 
retourne:  deux  bâtimeus  français  y  étaient  mouillés, 
mais  l'un  était  destiné  pour  le  Rio-Pungo;  l'autre,  pour 
les  îles  du  Cap-Vert.  Ce  contre-tems  lui  causa  un  accès 
de  fièvre  mortel  ;  une  forte  dose  d'émétique  le  rendit 
à  la  vie.  Enfin,  l'arrivée  d'une  goélette  destinée  pour 
Gorée  ,  contribua  à  le  rétablir  ;  il  s'embarqua  le  3  jan- 
vier 1819,  et  aborda  le  8.  De-là  il  se  rendit  à  cheval 
à  Saint-Louis,  ou  il  arriva  le  i5,  après  un  an  d'ab- 
sence. Le  fidèle  Boukari  ,  sur  la  demande  de  M.  Mo!- 
lien  ,  obtint  uncadeau  de  marchandises,  et  du  terrain 
pour  y  bâtir  une. maison  en  brique.  La  santé  de  notre 
voyageur  continuant  d'être  altérée  partant  de  fatigues 
et  de  privations,  il  partit  pour  la  France  au  bout 
d  un  mois  de  séjour,  et  débarqua  heureusement  an 
Havre,  le  23  mars  1819. 

Tel  est  le  récit  abrégé  du  voyage  de  M.  Mollien.  On 
trouvera  ,  dans  la  lecture  même  de  sa  relation  ,  beau- 
coup de  faits  instructifs  et  dignes  d'être  médités  par 
ceux  qui  entreprendraient  des  excursions  semblables. 
Le  détail  de  son  itinéraire,  village  par  village  ,  est 
placé  à  la  suite  dosa  relation  ;  les  intervalles  sont  me- 
surés en  milles  ,  et  les  directions  de  la  route  sont 
■mraaées  par  les  rhumbs  de  la  boussole. 

11  me  reste  à  rendre  rompt»*  de  la  partie  gro^ra- 
pfiique;  mais  je  n'entrerai  point  dans  le-.  de\  cloppe- 
niens.  Déjà  l'un  des  habiles  rédarleurs  des  Annales  des 
Voyages  ,  M.  Kyriès,  a  su  apprécier  ce  qu'il  y  avait  de 
neuf dans  ce  vovage  ,  et  ee<|u'il  ajoutait  aux  a  11  ri  en  ne» 

découverte! 


ET  POLITIQUES.  i23 

Sans  cloute ,  il  est  fâcheux  que  M.  Mollien  n'ait  pas 
été  muni  d'instrumens  ,  pour  fixer  d'une  "manière 
exacte  la  position  et  la  hauteur  des  lieux  qu'il  a  visités, 
surtout  celle  des  montagne?  du  Fouta-diallon,  où  la 
Gambie,  la  Falémé ,  le  Rio-Grande  et  le  Sénégal 
prennent  leurs  sources  ;  cependant  comme  sa  route  est 
tracée  entre  des  points  bien  connus,  tels  que  Saint- 
Louis,  Gorée  ,  Géba,  Bissao,  etc.  ,  et  qu'il  a  pris  soin 
de  noter  sur  son  journal  les  distances  mesurées  en 
milles  et  les  directions  de  la  route,  il  est  possible  de 
tracer  une  carte  assez  bonne  de  tous  les  pays  qu'il 
a  parcourus  ,  supérieure  du  moins  à  celles  qu'on  a 
eues  jusqu'à  ce  jour,  et  plus  étendue  que  celles  de 
Mungo-Park  et  de  Durand.  M.  Mollien  avait  soin  de 
mesurer  partout  la  profondeur  des  puits  :  il  avait 
par-là  une  indication  delà  proximité  des  rivières,  et 
de  leur  niveau.  Ainsi  que  l'a  déjà  remarqué  M.  Eyriès, 
la  source  du  Bâ-fing  ou  Sénégal ,  dans  la  carte  de 
Mungo-Park  ,  comparée  à  celle  de  M.  Mollien  ,  est 
trop  à  Test  de  plus  de  quatre  degrés  et  demi  ;  celle  de 
la  Falémé ,  de  près  de  trois  degrés  ;  celle  de  la  Gambie, 
de  deux  degrés  un  tiers.  Les  latitudes  sont  plus  d'ac- 
cord ;  cependant  celle  de  la  source  de  la  Falémé 4 
selon  Mungo-Park,  est  encore  trop  septentrionale  de 
près  d'un  degré  un  quart,  et  celle  de  la  Gambie  , 
de  près  d'un  demi-degré.  Le  célèbre  et  infortuné 
voyageur  n'avait  point  vu  ces  trois  sources  ,  et  il  les 
avait  placées  d'après  les  récits  des  habitans  ;  tandis 
que  M.  Mollien  les  a  visitées,  ainsi  que  celle  du  Rio- 
Grande.  Déplus,  ayant  souvent  traversé  ou  cotové 
ces  rivières ,  il  en  a  rectifié  le  cours.  Cependant  il 
n'aurait  pas  été  possible  de  tracer  sur  la  carte  de 
M.  Mollien  ,  comme  on    l'a  fait,  le  cours  entier  de   la 


t*4  SCIENCES  MORALES 

Gambie,  sans  la  carte  du  voyage  de  Munko-Park, 
qui  porte ,  en  partie  ,  sur  des  observations  exactes  de 
latitude  et  quelques-unes  de  longitude. 

Malheureusement  le  fâcheux  e'tat  de  la  santé  de 
notre  voyageur,  et  les  obstacles  qu'il  éprouva  delà 
part  des  habitans  à  Timbo  ,  l'empêchèrent  de  se  rendre 
à  la  source  du  Niger,  point  capital  de  .son  voyage  ; 
mais  il  se  procura  du  moins  des  notions  qui  paraissent 
assez  précises.  Il  en  résulte  que  la  source  du  Dialli-bâ 
ou  Niger  est  à  huit  journées  au  sud-est  de  Timbo,  et 
à  onze  de  celle  du  Sénégal  ,  dans  les  chaînes  qui  sé- 
parent le  pays  de  Kouranko  de  celui  de  Soliman  ,  vers 
le  onzième  degré  quarante  minutes  de  longitude  ouest  : 
tandis  qu'on  l'avait  placée  jusqu'à  présent  entre  le 
huitième  et  le  neuvième  degré.  M.  Mol  lien  observe 
judicieusement  qu'en  ce  dernier  endroit ,  le  fleuve  a 
une  largeur  de  deux  portées  de  fusil. 

M.  Mollien  devait  vérifier  l'existence  d'une  commu- 
nication présumée  entre  la  Gambie  et  le  Sénégal  ;  il 
l'a  trouvée  à  peu  près  dans  le  même  endroit  que  l'avait 
soupçonnée  le  P.  Labat  ,  dans  sa  Relation  de  l'Afrique 
occidentale.  C'est  la  rivière  de  Nérico,  qu'il  traversa  , 
en  passant  du  Fouta-toro  dans  le  P>ondou.  Ainsi,  les 
marchandises  du  rovaume  de  Oulli,  et  celles  du  Fouta- 
diallon  pourront  arriver  à  Saint-Louis  par  le  Sénégal, 
si  toutefois  le  Nérico  est  rendu  navigable.  Ce  fait  im- 
portant le  devienl  davantage,  par  la  proximité  plus 
grande,  qui  résulte  de  la  carte  de  M.  Mollien,  entre  le 
Niger  et  le  Sénégal. 

On  doit  encore  à  notre  voyageur  la  connaissance  du 
pays  fertile  de  Tenda-maié  ,  à  l'ouest  du  Fouta-dial- 
lon  ,  dont  aucun  voyageur  (l'avait  parlé  jusqu'à  pré- 
sent, et  de  beaucoup  d'autres  qui  sont  autour  du  Foula- 


ET  POLITIQUES.  ia5 

diallon.  Il  donne  la  description  de  ceux-ci ,  à  la  fin  du 
chap.  VII,  d'après  les  habitans  ,  jusqu'à  un  mois  de 
marche  à  l'est  ,  là  où  sont  les  anthropophages  du  Ma- 
niana ,  dont  Mungo-Park  avait  déjà  fait  mention.  Ce- 
pendant, un  nègre  de  Ségo  assura  à  l'auteur  que  son 
roi  avait  détruit  ces  sauvages,  qui,  au  reste,  vivent 
d'araignées  et  de  scarabées,  aussi  bien  que  de  chair 
humaine. 

Il  aurait  été  peut-être  à  désirer  que  M.  Mollien  eût 
saisi  une  occasion  aussi  favor-able  pour  se  procurer  un 
pi  us  grand  nombre  de  notions  surTombuctou  ,  Ouas- 
seua ,  le  Wangara  et  l'Afrique  intérieure,  mais,  il 
était  assailli  par  tant  de  difficultés  ,  et  il  a  procuré  tant 
d'autres  notions  utiles  ,  qu'on  aurait  mauvaise  grâce  à 
exiger  de  lui  plus  qu'il  n'a  fait.  Au  reste,  deux  Fou- 
lahs  lui  ont  tracé  la  route  qu'ils  avaient  suivie  pour  se 
rendre  à  Tombuctou  ;  en  sortant  du  Fouta-diallon,  ils 
s'embarquèrent  sur  le  Niger,  dans  le  Balia  ,  passèrent 
par  Bourré  ,  et  arrivèrent  à  Ségo  ,  en  3  ou  4  mois  (i). 
A  une  grande  distance  de  cette  ville ,  selon  leur  rap- 
port ,  le  Niger  forme  un  lac  immense  qui  s'écoule  ,  di- 
sent-ils,  dans  le  Nil  d'Egypte.  Ségo  et  Tombuctou 
sont  les  entrepôts  du  commerce  de  l'Afrique  du  nord; 
avec  le  Kankan  et  l'Ouasselon  ,  pays  les  plus  riches  en 
or  et  en  esclaves.  Je  supprime  les  récits  contradictoires 
de  ces  marchands  sur  le  sort  de  Mungo-Park.  ' 

Notre  voyageur  a  remarqué  que  le  vent  de  l'est ,  qui 
ailleurs  embrase  l'atmosphère  ,  est  extrêmement  froid 
dans  le  Fouta-diallon.  Il  conjecture  de-là  qu'avant  d'ar- 
river dans  ce  pays  ,  il  en  traverse  d'autres  très  élevés. 


(1)  Ce  rapport  donnerait   une   idée  fausse  «Je   la  position   de 
Ségo. 


ia6  SCIENCES  MORALES 

Cette  observation  est  juste;  mais  elle  est  trop  vague 
pour  en  conclure  la  hauteur  relative  du  sol  sur  lequel 
coule  le  Niger. 

Étant  à  Timbo ,  M:  Mollien  apprit  que  trois  Anglais 
étaient  venus  de  Sierra-Leona ,  dans  le  but  de  visiter 
les  sources.  Mais ,  leur  dessein  ayant  été  connu  ,  ils  fu- 
rent obligés  de  se  retirer  prompîement.  Ce  n'est  pas  la 
seule  entreprise  de  ce  genre  qui  ait  échoué  faute  de 
circonspection  de  la  part  des  voyageurs.  En  i 794 > deux 
autres  Anglais  ,  Watt  et  V\  interbottom  ,  avaient  tenté 
de  pénétrer  par  le  Fouta-diallou  jusqu'au  Niger  ;  mais, 
ils  ne  purent  aller  plus  loin  que  Timbo  ;  les  habitans 
s'y  opposèrent  de  toutes  leurs  forces. 

En  1791,  le  major  Houghton  avait  voyagé  au-delà  de 
la  Gambie  et  reconnu  ,  le  premier  ,  que  le  Niger  coulai  t 
de  l'ouest  à  l'est  ;  opinion  que  Lalandc  avait  déjà  soute- 
nue: on  sait  que  Mungo-Park  l'a  mise  hors  de  doute.  H 
reste  aujourd'hui  à  reconnaitrele  cours  du  Niger  ,  et  à  le 
descendre  jusqu'à  son  embouchure.  Les  Anglais  ont  fait 
des  efforts  inouis  pour  y  parvenir.  L'expédition  du 
major  Peddie  ,  qui  fut  si  malheureuse,  et  qui  eut  lieu 
quelques  années  avant  le  voyage  de  Al  AJollien  ,  était 
aussi  dirigée  sur  le  Niger  par  le  Fouta-diallou.  Après 
avoir  passé  Jjodé,  dans  le  Pond  ou  ,  M.  Mollien  apprit 
que  la  troupe  du  major,  beaucoup  trop  considérable  , 
avait  donné  de  l'ombragé  aux  Degrés,  et  qu'on  lui 
avait  refusé  le  passage.  Plus  tard  ,  le  capital  ne  Gampbe  II 
éprouva  le  même  sort  que  le  major  Peddie.  Knfin,  en 
1816,  le  capitaine  Tuckey,  de  la  manne  rovalc,  fnf 
chargé  de  remonter  le  /aire  ou  Congo  ,  BUSSÎ  liant  que 
possible,  sur  un  bâtiment  approprié  à  ce  dessein.  Il 
avait  ;i\ee  lui  des  naturalistes,  des  observateurs  et  dei 
collections  d'instrument  de  toute  espèce.  Au  bout  de 


ET  POLITIQUES.  u7 

trois  mois  ,  dix-huit  personnes  de  l'expédition  ,  sur  cin- 
quante-six, avaient  péri  par  les  fièvres  et  l'épuisement; 
savoir:  le  capitaine  Tuckey  et  son  lieutenant ,  les  trois 
naturalistes,  et  treize  autres  personnes.  Le  Journal  du 
malheureux  capitaine  renferme  cependant  des  notions 
curieuses  sur  le  cours  du  Congo  ;  mais  on  n'y  trouve 
que  des  conjectures  sur  ce  qui  touche  au  Niger.  Il  pen- 
sait que  le  Congo  communiquait  avec  le  Niger  par  le 
lac  de  Wangara.  Au  reste ,  c'était  le  sentiment  de 
M.  Maxwell,  et  de  Mungo-Park  lui-même,  que  le  Congo 
devait  être  l'issue  du  Niger  ;  tandis  que  le  major  Ren- 
nell  admet  que  celui-ci  se  perd  dans  le  Wangara  : 
quant  à  sa  chute  dans  le  Nil  ,  le  savant  géographe  l'a 
regardée  comme  impossible  ,  parce  que  le  Nil  traverse 
des  pays  plus  élevés  que  celui  où  Mungo-Park  a  vu 
couler  le  Niger. 

Nous  terminerons  ici  ces  remarques,  déjà  bien  éten- 
dues, en  ajoutant  qu'on  trouve  ,  à  la  fin  de  l'ouvrage, 
une  analyse  du  fer  et  du  minerai  rapportés  par 
M.  Mollien.  Ce  fer,  si  grossièrement  forgé  ,  a  été 
reconnu  d'une  qualité  excellente.  M.  Rerthier,  ingé- 
nieur des  mines,  l'a  soumis  à  divers  essais,  et  l'a 
trouvé  très-beau,  très-ductile  et  homogène.  Un  des 
échantillons  de  minerai  contenait  77  pour  100. 

Jomard  ,  de  l'Institut, 


iî8  SCIEJNCES  MORALES 


V\V  VWV  W  VVVVWV  wvvv  vvvvuwv  vv\  vvx  v\\ 


Histoire  de  la  Monnaie  ,  depuis  les  tems  de  la  plus 
haute  antiquité  jusqu'au  règne  de  Charlemagne  ; 
par  M.  Garnier.  associé  libre  de  l  Académie 
des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  (i). 

On  peut  considérer  cet  ouvrage  sous  deux  aspects 
différens ,  comme  ouvrage  d'économie  publique ,  et 
comme  un  ensemble  de  recherches  sur  l'état  de  la  mon- 
naie chez  les  peuples  anciens.  Sous  le  premier  point  de 
vue,  l'auteur  s'est  déjà  placé  au  premier  rang  parmi  les 
écrivains  qui  ont  plus  spécialement  cultivé  la  science 
de  la  richesse  des  Etats  et  de  la  manière  dont  cette  ri- 
chesse se  divise  entre  leurs  habitans.  La  juste  réputation 
qu'il  s'est  acquise  en  ce  genre,  doit  garantir  que  la 
portion  de  son  nouvel  ouvrage  qui  s'y  rapporte,  y  sera 
traitée  comme  elle  doit  l'être  par  un  bon  maître» 

Quant  à  la  seconde,  elle  contient  une  bonne  réunion 
de  faits  extraits  des  auteurs  de  toutes  les  époques  de 
l'antiquité:  plus  d'une  fois  M.  Garnier  les  présente  sous 
un  jour  lout-à-fait  nouveau  ,  et  les  explique  par  des 
conjectures  qui  lui  sont  particulières.  Il  n'admet  point, 
par  exemple  ,  qu'aucun  peuple  de  l'antiquité  ,  parvenu 
à  ce  degré  de  civilisation  qui  est  marqué  par  la  prati- 
que des  arts  utiles  et  de  quelques  arts  d'agrément,  ait  pu 
ne  pas  connaître  l'usage  de  la  monnaie  comme  sigue 
général  des  échanges  ,  telle  que  nous  la  concevons  dans 
notre  Europe,  réglée,  signée  par  l'autorité  publique: 
aussi ,  ne  se  range-t-il  pas  du  côte  «le  ceui  qui  supposent 
que  l'Egypte  <^^s  Pharaons  n'eut  point  de  monnaie.  Il 
esl  vrai  que  jusqu'ici  on  ne  connaît  aucune  pièce  d'au- 

(1)  Paris,  i8f<).  i  vol.  in- 8°.  Mad.  Agasse.  Prix  ,  10  f. ,  et  i  *?.  f 
par  la  poste 


ET  POLITIQUES.  129 

cun  métal  qu'on  puisse,  avec  certitude,  attribuera 
l'Egypte  primitive;  mais  M.  le  marquis  Garnier  ne 
trouve  pas  une  autorité  suffisante  à  cette  preuve  néga- 
tive ,  lorsqu'il  voit  d'ailleurs  que  Joseph  est  vendu  pour 
vingt  pièces  d'argent,  à  des  Ismaélites  qui  se?  rendaient 
en  Egypte;  que  ce»méme  Joseph,  ministre  d'un  Pha- 
raon,  vend  pour  de  l'argent  ses  blés  mis  en  réserve; 
que  Jacob  envoyant  ses  enfans  acheter  dublé  en  Egypte, 
leur  remet  l'argent  nécessaire  pour  en  payer  le  prix  ; 
que  cet  argent  est  retrouvé  dans  les  sacs  de  blé  ,  et 
rapporté  de  nouveau  à  Memphis.  D'autres  passages  de 
la  Bible  parlent ,  dit-on,  de  l'argent  au  tems  même 
d'Abraham ,  et  l'auteur  en  conclut  qu'il  était  égale- 
ment connu  des  Assyriens  ,  des  ChaMéens  et  des  Babv- 
Ioniens,  comme  de  l'Egypte  avant  l'invasion  des  Perses. 
Nous  ferons  remarquer,  toutefois,  combien  est  suspecte 
une  autorité  à  laquelle  notre  auteur  paraît  accorder 
beaucoup  de  confiance  :  c'est  celle  de  M.  Ha  mil  ton  qui, 
dans  ses  slEgyptiacœ  (pag.  i35),  prétend  avoir  vu  sur 
un  bas-relief,  à  Thèbes  d'Egypte  ,  le  pillage  d'une  ville 
prise  d'assaut,  et  les  vainqueurs  se  jetant  avec  avidité 
sur  des  sacs  de  monnaie  ou  d'argent  monnayé,  comme 
on  l'a  dit  ailleurs.  Mais  il  n'y  a  ici  qu'une  chose  de 
certaine  ;  c'est  que  M.  llamilton  a  cru  voir,  sur  un  bas- 
relief  ,  des  sacs  remplis  d'argent  (  money  bags  )  ,  et 
qu'il  l'a  dit  :  la  saine  critique  et  ses  conclusions,  rigou- 
reusement déduites  d'un  grand  ensemble  de  faits  bien 
observés  ,  rejettent  sans  hésitation  l'assertion  de  M.  lla- 
milton. 

M.  Garnier  examine  ensuite  le  poids  et  1rs  divisions 
des  monnaies  égyptiennes  et  assyriennes;  et,  dans  le 
•chapitre  d'Isis,  il  recherche  ce  que  furent  le  bœuf  d'ar- 
gent et  la  brebis  d'or,  retrouvant  le  bœuf  comme  l\  pe 

TOME    VI.  Q 


,3o  SCIENCES  MORALES 

sur  de  très  anciennes  monnaies ,  et  réunissant  les  pas- 
sages selon  lesquels,  iQ  dans  la  Bible,  le  roi  de  Gérave 
fit  à  Sara  un  magnifique  présent  de  bœufs  et  de  brebis; 
Eliézer,  demandant  Rebecca  pour  Abraham,  dit  que 
celui-ci  possède  en  quantité  des  brebis  et  des  bœufs  ; 
Jacob  paye  ioo  brebis  un  champ  dans  la  terre  de  Ca- 
naan ;  les  os  de  Joseph  sont  ensevelis  dans  un  champ 
achetépar  Jacob  au  prixde  ioo  brebis  neuves;  —  2°  dans 
Homère  ,  l'armure  de  Glaucus  ,  qui  était  d'or,  est  éva- 
luée ioo bœufs,  et  celle  de  Diomède,  qui  est  de  bronze, 
à  9  bœufs  seulement;  —  3°  dansles  lois  des  rois  de  Rome, 
les  amendes  pour  vol  et  pour  injures  graves  sont  fixées 
à  un  maximum  de  Zo  bœufs ,  et  à  un  minimun  de  2  bre- 
bis ;  sous  la  république,  en  l'an  3oo  de  Rome  ,  une  loi 
estime  en  monnaie  de  cuivre  la  brebis  d'or  et  le  bœuf 
d'argent.  L'auteur  en  conclut  que  ,  dans  tous  ces  pas- 
sages, il  s'agit  de  pièces  de  monnaie  d'or  signées  d'une 
brebis,  et  de  pièces  d'argent  signées  d'un  bœuf,  et  dont 
elles  avaient  porté  le  nom.  Cette  manière  d'entendre  ces 
passages  et  plusieurs  autres  analogues ,  est  au  moins 
neuve  et  fort  importante,  si  la  critique  et  le  tems  vien- 
nent à  laconfirmer.  Il'enestde  mêmedece  que  l'auteur 
avance  ,  sur  de  nombreuses  considérations  ,  de  l'unité 
d'un  système  de  monnaies  chez  tous  les  peuples  de  l'an- 
tiquité, comme  d'autres  érudits  ont  avancé  qu'ils 
n'eurent  qu'un  seul  et  même  système  de  mesures. 

Dans  ses  conclusions  relatives  aux  peuples  de  l'an- 
tiquité ,  M.  Garnier  comprend  aussi  les  Romains . 
dont  il  examine  plus  particulièrement  les  monnaies 
dans  le  second  livre  de  son  ouvrage;  et  l'on  trouve, 
sur  ce  sujet,  beaucoup  de  recherches,  et  surtout 
beaucoup  d'explications  propres  à  l'auteur,  soit  sur 
le  système  en  lui-même,  soit  sur   les   réformes  qu'il 


ET  POLITIQUES,  i3ï 

éprouva ,  par  la  réduction  de  l'as  romain ,  ou  par  la 
loi  Papyria.  L'auteur  s'occupe  enfin  de  la  monnaie  de 
compte  des  Romains  :  il  avait  déjà  publié,  en  1817, 
un  Mémoire  spécial  sur  la  valem  des  monnaies  de 
compte  chez  les  peuples  de  l'antiquité  7  etc.  Pour  être 
historien  exact ,  nous  devons  dire  que  ce  Mémoire 
donna  lieu,  dans  le  sein  de  l'Académie  des  Belles-Let- 
tres ,  à  une  discussion  fort  utile  à  l'examen  de  ce  sujet, 
sur  lequel  M.  Letronne,  contradicteur  de  M.  Gar- 
nier,  a  publié  un  Mémoire  généralement  considéré 
comme  conforme  aux  doctrines  les  plus  accréditées  par 
les  auteurs  et  par  les  monumens.  A  ces  nouvelles  con- 
sidérations sur  les  monnaies  de  compte  chez  les  Ro- 
mains ,  M.  Garnier  ajoute  un  chapitre  relatif  à  la  ré- 
forme des  monnaies  romaines  parConstantin  ,  lesquelles 
subsistèrent  jusqu'à  Charlemague,  et  des  recherches 
sur  la  paye  des  soldats  romains  et  sur  le  prix  moyen 
du  blé  dans  les  tems  anciens.  Ceux  qui  liront  cet  ou- 
vrage d'un  publiciste  distingué  à  tant  d'égards,  con- 
viendront qu'il  a  atteint  le  but  louable  qu'il  s'était  pro- 
posé ,  et  qu'après  avoir  tracé  l'histoire  de  la  monnaie 
des  peuples  anciens,  pour  établir  la  valeur  réelle  et 
intrinsèque  des  mesures  pécuniaires  dont  ils  faisaient 
usage ,  il  a  ,  comme  il  le  désire ,  marqué  la  route  à 
ceux  qui  cherchent  à  s'instruire  de  l'administration  des 
finances  de  ces  peuples  ,  et  de  l'état  de  leur  économie 
publique  et  privée-  F. 


9* 


LITTERATURE. 

Marie  Stuart,  tragédie  en  cinq  actes  et  en  'vers, 
par  M.  Pierre  Lebrun  (i). 

Marie  Stuart,  traduction  J^?Fr.  Schiller, publiée 
par  31.  de  Latouche  (i). 

Marie  Stuart,  traduite  de  Schiller  par  Hesse  (3). 

Lorsque  la  prise  de  Constantinople  par  les  Turcs 
força  les  savans  grecs  de  chercher  un  asile  dans  les  di- 
vers Etats  de  l'Europe  ,  déjà  la  civilisation  avait  com- 
mencé à  se  perfectionner ,  et  la  littérature  marchait  de 
frotit  avec  elle.  Sorties  dusein  des  institutions  du  moyen 
âge,  sans  le  secours  d'aucune  circonstance  étrangère, 
1rs  lettres  étaient  alors  eu  parfaite  harmonie  avec  les 
institutions  sociales,  dont  elles  n'étaient  en  quelque 
sorte  que  le  reflet.  Grossières  et  rudes  à  leur  origine, 
elles  se  seraient  polies  peu  à  peu  ,  en  suivant  le  perfec- 
tionnement graduel  de  la  société. 

Déjà  le  théâtre  français,  à  sa  naissance,  avait  com- 
mencé par  oii  le  théâtre  grec  avait  commencé  lui-méine 
L'identité  entre  les  idées  des  deu\  époques  ,  avait 
amené  celle  des  produits  de  leurs  arts.  Qu'étaient  en 
effet  les  premières  pièces  dramatiques  grecques,  quê- 
tait le  drame,  avant  EmIivIc  et  du  tenis  d'Eschyle? 
rien  autre  chose  qu'une  cérémonie  religieuse.  Sans  an- 
noncer, à  beaucoup  près,  la  même  puissance  de  génie 

(i)  Paria,  1820.  Ladvocat,  galerie  de  bois,  n°  197.  Prix,  3  fr, 
fa)  Paris,  18-20;  1  Toi.  in-8°,  i8j  pag   Bataille,  galerie  de  bois, 

n°3|f>.  Prix,  3  fr. 50C 

(3)  Paris,  18165  1  vol.  in-8°.  J.  J.  Pasphoud,  libraire,  rue  Ml 
larine,  n°aa.  Prix,  3  IV.  5o  o« 


LITTERATURE.  .53 

clans  leurs  auteurs,  nos  mystères  français  manifestaient 
l'application  du  même  principe.  Quelques  années  de 
plus,  et,  par  une  gradation  naturelle ,  ces  cérémonies 
religieuses  eussent  fait  place  aux  cérémonies  nationales  ; 
à  la  vénération  pour  les  saints,  aurait  succédé  l'enthou- 
siasme pour  les  héros.  Accoutumés  à  chercher  autour 
d'eux  les  grandes  choses  et  les  grands  hommes,  nos 
poètes  auraient  appris  à  concevoir  une  plus  haute  estime 
d'eux-mêmes  et  de  leurs  concitoyens  ;  et  cette  estime, 
à  son  tour,  aurait  réagi  sur  leurs  lecteurs  et  sur  leurs 
auditeurs,  pour  fortifier  à  la  fois  l'esprit  national  et  la 
morale  publique.  Telle  est  la  marche  qu'eût  suivie  la 
littérature,  si  elle  eût  été  abandonnée  au  cours  naturel 
des  choses.  Mais  l'apparition  subite  des  chefs-d'œuvre 
de  la  Grèce,  et  l'admiration  qu'ils  excitèrent  chez  un 
peuple  sensible  et  ardent  comme  les  Français,  ame- 
nèrent une  révolution  prématurée  dans  les  doctrines 
littéraires. 

En  comparant  leurs  esquisses  imparfaites  avec  les  su- 
blimes tableaux  qui  leur  étaient  présentés  pour  la  pre- 
mière fois,  nos  auteurs,  semblables  à  un  timide  et 
simple  bourgeois  admis  à  la  cour,  commencèrent  à 
rougir  d'eux-mêmes  et  de  la  stérilité  de  leurs  propres 
efforts.  Le  dédain  affecté  par  les  bannis  de  Constanti- 
nople  ,  qui  traitaient  de  barbares  leurs  nouveaux  hôtes, 
hâta  encore  l'abandon  des  compositions  nationales.  On 
était  tout-à-fait  honteux  d'être  Français,  et  chacun  à 
l'envi  ne  songeait  plus  qu'à  se  faire  Grec.  Ce  fut  sur- 
tout dans  le  drame  que  ce  prétendu  perfectionnement 
se  fit  sentir.  Comme  les  vieux  poètes  avaient  choisi  des 
sujets  religieux,  les  poète*  de  la  nouvelle  école  se  firent 
un  devoir  de  n'en  plus  traiter  aucun.  Dans  leur  impuis- 
sance de  remplacer  leur  Système  par  un  meilleur,  ils 


i34  LITTÉRATURE, 

trouvèrent  plus  facile  de  copier  servilement  les  formes 
suivies  par  les  modèles  qui  leur  étaient  imposés.  Sans 
considérer  s'ils  se  trouvaient  placés  dans  les  mêmes 
circonstances  que  les  Grecs  ,  s'ils  avaient  les  mêmes  ha- 
bitudes morales  et  politiques ,  les  mêmes  goûts,  la  mê- 
me manière  de  sentir  et  d'exprimer  leurs  sensations  , 
ils  transportèrent  sur  la  scène  française  la  tragédie 
grecque,  telle  qu'elle  leur  avait  été  donnée.  Pour  qu'il 
n'y  manquât  rien,  après  avoir  naturalisé  les  chœurs, 
ils  forcèrent  la  langue  française  à  se  plier,  en  dépit 
d'elle-même  ,  au  joug  de  la  langue  grecque ,  et  ils  vou- 
lurent que  nous  eussions  des  vers  iambiques  et  dactyli- 
ques ,  par  l'unique  raison  que  les  Grecs  en  avaient  eu 
avant  nous. 

Leurs  successeurs  ,  frappés  de  la  bizarrerie  d'une 
telle  union ,  tentèrent  d'introduire  l'ordre  dans  ce 
chaos.  Sans  oser  s'écarter  des  modèles  imposés,  ils 
sentirent  que,  puisqu'ils  donnaient  l'histoire  de  tems 
inconnus  ,  il  fallait  du  moins  mettre  à  peu  près  au 
fait  des  époques  qu'ils  représentaient  ,  et  des  événe- 
mens  qui  les  avaient  précédées.  De-là  ,  la  nécessité  des 
longues  expositions  et  des  confidens.  Les  Grecs  ne 
connaissaient  ni  l'un  ni  l'autre  de  ces  expédiens  ,  et 
n'en  avaient  pas  besoin;  chaque  spectateur,  aussitôt 
que  le  personnage  avait  prononcé  je  suis  Agamem- 
Jion  , Je  suis  Orcslc  ,  était  immédiatement  instruit  de 
ce  qu'on  allait  lui  soumettre.  11  devenait  inutile  de  lui 
faire  un  long  récit  des  événemens  de  l'avant-scène ,  et 
de  lui  décrire  les  mœurs  des  tems,  si  les  hommes  et  les 
choses  étaient  trop  rapprochés  de  lui,  pour  qu'il  put 
se  laisser  abuser  sur  la  vérité  de  l'imitation.  La  ré- 
flexion qui  porta  les  Français  à  introduire  leurs  longues 
expositions  et  leurs   fastidieux  confidens ,   avec   leur* 


LITTÉRATURE.  i35 

récits  monotones  ,  n'était  donc  pas  dépourvue  de  jus- 
tesse. Il  fallait  bien  transporter  le  lecteur  dans  les 
tems  passés  ,  le  rendre  concitoyen  de  tous  les  héros 
évoqués  devant  lui,  et  l'environner  d'un  tel  prestige 
qu'il  crût  être  Romain  à  Rome ,  Thébain  à  Thèbes. 
Voilà,  sans  doute  ,  quel  était  leur  but.  Mais,  pour  y 
atteindre,  de  profondes  études  historiques  étaient  in- 
dispensables,  et  les  poètes  ne  sont  pas  toujours  des 
érudits.  Il  y  eut  peu  d'hommes  capables ,  comme  le 
vieux  Corneille  ,  de  créer  d'un  mot  un  cercle  magique 
d'illusions,  et,  par  la  grandeur  inattendue  des  idées, 
de  nous  révéler  une  nouvelle  nature,  de  nous  reporter 
dans  cette  Rome  antique  où  son  ame  habitait  ;  peu 
d'hommes  capables  ,  comme  Racine,  de  nous  ouvrir 
le  temple  du  Dieu  des  juifs,  de  nous  dévoiler  l'intolé- 
rante ambition  de  ses  prêtres,  et  de  répandre,  comme 
en  passant,  des  torrens  de  lumières  sur  l'histoire  de 
tout  un  peuple.  On  trouva  donc  plus  simple  de  se 
contenter  des  noms  grecs  et  romains,  et,  quant  aux 
mœurs  ,  de  les  représenter  d'imagination  ou  de  saisir 
celles  qu'on  avait  sous  les  yeux.  Les  romanciers  l'avaient 
fait  ;  les  poètes  en  usèrent  de  même.  Ainsi  ,  pour  ex- 
poser les  aventures  de  Louis  XIV,  on  emprunta  les 
noms  de  Titus  et  de  Bérénice  ;  celles  de  la  princesse  de 
Clèves  furent  reproduites  sous  celui  de  Germanicus. 

Lors  même  que  les  poètes  eussent  été  doués  de  toute 
l'instruction  nécessaire  ,  il  resterait  encore  à  examiner 
si  la  méthode  qu'ils  ont  adoptée,  était  la  plus  propre  à 
remplir  leur  objet;  si  la  monotonie  d'un  récit,  même 
fort  beau ,  dans  le  moment  ou  l'action  n'était  pas  en- 
gagée ,  n'inspirait  pas  plus  d'ennui  que  d'intérêt  ;  si 
cette  exposition  épique  arrachait  bien  en  effet  l'auteur 
aux  tems  et  aux  lieux  dans  lesquels  il  vit,  pour  le  faire 


i3G  LÏTTÉRATURB, 

contemporain  des  personnages  de  tems  et  de  lieux  dif- 
fe'rens.  11  est  manifeste  que  ,  malgré  tout  le  respect  des 
littérateurs  pour  le  théâtre  grec,  il  fallait,  en  lui 
donnant  une  foi  nie  moderne,  y  introduire  le  change- 
ment qu'exigeait  la  peinture  de  mœurs  étrangères, 
offertes  au  spectateur  français.  Mais  on  prétend  que 
ce  changement  se  déduit  nécessairement  des  formes 
antiques.  Les  critiques  anglais  et  allemands  soutien- 
nent que  les  Français  se  trompent  ;  que  leur  innova- 
tion défigure  la  forme  grecque  ;  et  que  ,  dans  la 
nécessité  où  Ton  se  trouvait  de  la  violer,  il  fallait  en 
appeler  à  la  raison,  et  à  l'esprit  dans  lequel  les  tra- 
giques de  l'antiquité  avaient  conçu  leurs  ouvrages. 
Ils  ajoutent  que,  dans  la  nécessité  absolue  d'établir 
ces  nouveaux  rapports,  il  ne  fallait  pas  hésitera  sacri- 
fier la  lettre  à  l'esprit,  la  forme  au  fond. 

A  ne  considérer  la  chose  que  sous  ce  point  de  vue, 
il  est  vrai  que  les  tragédies  de  Shakespeare  et  de  Schil- 
ler agissent  tout  autrement  que  les  nôtres  sur  l'esprit 
du  spectateur.  Le  Goriolan,  le  .Iules- César  ,  le  Roméo 
et  Julliettc  du  tragique  anglais  ,  s'emparent  de  vous  , 
des  les  premières  scènes.  \  Ous  êtes  à  Rome  et  à  A  é- 
rone,  déjà  identifiés  avec  les  personnages.  Le  voile  est 
tombé,  qui  vous  séparait  du  passé.  Vous  n'êtes  plus  à 
voué;  vous  appartenez  tout  entier  au  poète ,  qui  vous 
fait  à  son  gré  L'habitànl  de  son  univers. 

Ce  que  Shakespeare  avait,  découvert  par  le  seul  ins- 
tinct de  son  génie  ,  Schiller  le  dut  à  \m  jugement  sur, 
fortifié    par     l'observation  ,    agrandi    par    l'étude    de 

l'histoire,  et  épuré  parla  philosophie  (i).  Guillaume- 

(i)  En  parlant  de  Schiller,  je  ne  nui*  laisser  <  i  bapper  l'occasion 
de  rappeler  le  succès  qu'obtinrent  al'Athè'né'c  les  Leçons  de  Litté- 
rature allemande ,  de  M.  Michel  l»»n.  Ne"  pourrait- il  pas  publier 


LITTÉRATURE.  i37 

Tell ,  Wallenstein  et  Marie  Stuart ,  sont  celles  de  ses 
pièces  où  il  a  montré  le  plus  grand  respect  pour  les 
vérités  éternelles  ,  et  pour  les  vérités  locales.  De  ces 
trois  pièces  ,  Guillaume  Tell  est  sans  doute  celle  qui 
paraîtrait  la  plus  v  régulière  et  là  plus  désordonnée  à 
un  spectateur  français  ,  et  cependant  Schiller  n'y  perd 
pas  un  instant  de  vue  son  objet;  celui  de  représenter 
les  simples  paysans  de  la  Suisse,  forcés,  par  les  flétris- 
santes vexations  d'une  tyrannie  continue  ,  à  ne  prendre 
plus  conseil  que  de  leur  désespoir,  pour  conquérir  leur 
liberté.  Il  a  voulu  peindre  l'excès  de  l'oppression  pro- 
voquant l'unanimité  de  la  résistance  ,  et  il  a  parfaite- 
ment réussi.  Sa  pièce  ,  jouée  en  Suisse,  et  peut-être 
en  d'autres  pays  ,  doit  assurément  faire  trembler  les 
Gesslers.  La  préface,  placée  par  M.  Benjamin-Cons- 
tant à  la  tête  de  son  imitation  de  Wallenstein,  nous 
dispense  de  parler  de  cette  dernière  pièce.  Nous  ne 
pouvons  qu'engager  le  lecteur  à  recourir  à  cette  ex- 
cellente dissertation,  dans  laquelle  néanmoins  des 
littérateurs  d'une  autre  école  ont  cru  pouvoir  signaler 
quelques  erreurs. 

La  même  fidèle  observation  de  l'histoire  distingue 
éminemment  la  tragédie  de  Marie  Stuart.  Schiller  n'y 
a  rien  omis  de  ce  qui  pouvait  mieux  faire  connaître 
l'époque  à  laquelle  se  rattache  la  catastrophe.  Jus- 
qu'à la  description  du  tournois  donné  par  Elisabeth 
à  l'ambassadeur  de  France,  qui  était  venu  demander 
sa  main  pour  le  duc  d'Anjou,  tout  y  est  d'une  éton- 
nante   vérité. 

<c  qu'on  connaît  déjà  de  son  Cours?  A  en  juger  par  l'approbation 
que  lui  ont  donnée  plusieurs  hommes  de  lettres,  qui  bnl  entendu 
ou  In  quelques-unes  de  ces  leçons,  le  public  lui  Bâtirait  bon  gre 
de  cette  tentative. 


,38  LITTÉRATURE. 

La  comparaison,  aisée  à  établir,  entre  la  Marie  Sluait 
de  Schiller  ,  et  l'heureuse  imitation  qu'eu  vient  de  faire 
M.  Lebrun,  pourra  jeter  plus  de  jour  sur  les  nuances 
qui  distinguent  les  deux  théâtres.  Commençons  par  la 
pièce  allemande. 

Fille  de  Henri  VITI  et  d'Anne  de  Boulen,  Elisabeth 
avait  été  marquée  ,  à  sa  naissance,  de  la  tache  d'illégi- 
timité, par  la  condamnation  de  sa  mère.  Cependant ,  la 
gloire  deson  règne,  l'appui  qu'elle  donnait  à  la  nouvelle 
religion  ,  et  l'assentiment  universel  du  peuple  anglais, 
l'avaient  légitimée  à  tous  les  yeux,  excepté  aux  sien  s. 
La  reine  d'Ecosse  vivait  :  elle  avait  des  droits  au  trône  ; 
c'était  à  elle  et  à  son  fils  ,  Jacques  VI  d'Ecosse,  depuis 
Jacques  Ier  d'Angleterre  ,  qu'il  était  réservé  de  lui  suc- 
céder. Elisabeth  avait  même  vu  ,  jusque  dans  sa  cour  , 
des  hommes  puissans  prendre  parti  pour  sa  rivale.  En 
vain  tenait-elle  Marie  dans  unesévère  captivité  :  dufond 
de  sa  prison,  ses  malheurs  et  sa  beauté  lui  créaient  des 
défenseurs.  La  jalousie  de  femme  venaitencorese  join- 
dre à  la  politique  de  reine,  pour  accroître  la  haine 
d'Elisabeth.  Plusieurs  fois,  elle  avait  vu  ses  propres 
amans  échanger  les  faveurs  de  sa  cour  contre  la  péril- 
leuse tentative  de  briguer  l'amour  de  sa  prisonnière. 
Elle  sentait  qu'il  n'y  avait  de  paix  pour  elle  que  dans  la 
mort  de  sa  rivale. 

«  Elle  est  (1)  la  furie  de  mes  jours  ;  c'est  un  esprit  de 
tourmens  que  m'attache  la  destinée!  Où  je  me  suis  mé- 
nagé une  espérance,  est  placé  sur  le  chemin  ce  serpent 
de  l'enfer.  Elle  m'arrache  mon  amant,  me  ravit  mon 
époux.  Chacun  de  mes  malheurs  s'appelle  MaiueStuart.» 

«  Maria  Stuai  t 
Hcisst  jedes  Ungliick  das  mich  niederschlaegl  ! 

(0  Monologue  du  4r  acte ,  traduction  de  M  de  Latouchc. 


LITTÉRATURE.  ï3$ 

Ses  courtisans ,  les  uns  par  bassesse  ,  les  autres  par 
superstition  ,  ceux-là  par  la  persuasion  où  ils  étaient 
des  complots  de  Marie  ,  pressaient  Elisabeth  de  con- 
sentir à  sa  mort  ;  mais  Marie  était  reine  ;  tous  les  princes 
catholiques  intercédaient  pour  elle  ,  et  une  condam- 
nation éclatante  eût  pu  susciter  des  troubles.  Elle 
laissait  donc  planer  cette  condamnation  sur  la  tête  de 
Marie  ,  attendant  ,  ou  que  l'apparence  d'un  nouveau 
complot  vînt  en  justifier  l'exécution  ,  ou  qu'une  main 
dévouée  frappât  sa  captive  dans  l'ombre  ,  et  la  sauvât 
elle-même  du  reproche  de  cruauté.  Mais  les  complots 
tardaient  à  se  montrer,  et  le  gouverneur  de  la  prison 
de  Marie,  le  chevalier  Paulet,  était  un  homme  sévère 
et  incorruptible.  Son  neveu,  Mortimer,  jeune  homme 
courageux  et  passionné  ,  paraît  propre  à  frapper  le 
coup.  Il  a  gagné  la  confiance  d'Elisabeth  ,  en  lui  livrant 
les  secrets  commis  à  sa  foi  par  les  exilés  écossais  ,  et 
c'est  lui  qu'elle  charge  du  soin  d'exécuter  en  secret 
le  crime  qu'elle  n'ose  sanctionner  publiquement. 
Toutefois ,  loin  d'être  dévoué  à  Elisabeth  et  à  son 
parti ,  Mortimer  avait  cédé  à  la  puissance  invincible 
des  yeux  de  Marie  ;  il  était  passé  sur  te  continent,  avait 
vu  les  parens  et  les  amis  de  Marie  ,  s'était  entendu 
avec  eux,  avait  embrassé  la  foi  catholique,  et  obtenu 
du  pape  l'absolution  de  tous  ses  péchés  passés  et 
futurs.  Marie  Stuart  ,  convaincue  de  son  aveugle 
dévouement ,  lui  défend  de  rien  entreprendre  pour 
sa  délivrance  sans  en  faire  part  au  comte  de  Lei- 
cester ,  amant  reconnu  d'Elisabeth,  mais  épris  en 
secret  de  Marie  dont  il  est  aimé.  La  première  entre- 
vue de  Mortimer  et  deLeicester  est  tracée,  par  Schiller, 
eu  poète  qui  connaît  les  cours  : 


i4o  LITTÉRATUKE. 

LEICESTER. 

Qu'avait  votre  oncle? 

MORTIMER. 

Je  l'ignore;  l'estime  inattendue  que  m'accorde  la  reine  d'Angle- 
terre.... 

leicester,  le  regardant  fixement. 
IMeritez-vous,  chevalier,  que  l'on  se  fie  à  vous? 

mortimer,  de  même. 
C'est  à  vous  que  je  fais  cette  question,  comte  de  Leicester. 

LEICESTER. 

Vous  aviez  à  me  communiquer  un  secret? 

MORTIMER. 

Assurez-moi  premièrement  que  je  puis  l'oser. 

LEICESTER. 
Qui  est-ce  qui  m'assure  «le  vous-même?  INe  soyez  pas  ofiense 
de  nia  défiance  ,  je  vous  vois  montrer  deux  visages  à  cette  cour; 
l'un  est  nécessairement  faux  :  lequel  est  le  vrai? 

MORTIMER. 

Je  me  trouve  dans  le  même  cas  «pie  vous  ,  milord. 

LEICESTER. 

Qui  commencera  la  confidence  ? 

MORTIMER. 

Celui  qui  a  le  inoins  à  risquer. 

LEICESTER. 

Eli  bien,  c'est  vous. 

MORTIMER. 

C'est  vous.  — Votre  témoignage,  relui  d'un  lord  ri  honoré, 
si  puissant,  pourrait  m'accablerj  le  mien  M  peut  rien  contre 
votre  rang  et  la  faveur  dont  vous  jouissez. 

i.EK  im  i  i;. 

Vous  vous  trompez,  chevalier:  à  tout  autre  égard,  je  suis 
puissant  ici:  mais,  sur  le  point  délicat  qu'il  me  foui  maintenant 
livrer  a  votre  Foi,  |c  suis  l'homme Je  plui >  faible  de  cette  cour  :  le 

jilus  vil  témoignage  peut  me  perdre. 


LITTERATURE.  i+i 

MORTIMER. 

Hi  le  puissant  lord  Je  Leicester  s'abaisse  à  me  faire  une  pareille 
confidence,  je  dois  penser  plus  hautement  de  moi-même,  et  lui 
donner  un  exemple  de  générosité. 

LEICESTER. 

Donnez-moi  celui  de  la  confiance  ,  je  Je  suivrai. 

mortimer,  tirant  rapidement  sa  lettre. 
Voici  ce  qui  vous  est  adressé  par  la  reine  d  Ecosse. 

leicester  ,  effrayé. 
Parlez  bas ,  chevalier. 

On  conçoit  tout  le  mépris  que  le  bouillant  et  impé- 
tueux Mortimer  doit  ressentir  ,  pour  un  courtisan  qui 
fait  servir  son  amour  à  son  ambition.  Il  s'est  mesuré 
à  lui,  et  s'en  est  estimé  davantage.  Il  a  vu  que  ,  seul , 
il  pouvait  sauver  Marie  ;  mais  r  avant  de  la  sauver  ,  il 
veut  que  l'absolution  qu'on  lui  a  donnée  d'avance 
serve  à  sa  passion,  et  il  cherche  à  satisfaire  les  fré- 
nétiques désirs  que  la  vue  de  Marie  allume  dans  son 
sein.  L'infortunée  reine  n'échappe  qu'à  peine  à  ce 
forcené. 

Cependant  Leicester  agit  de  son  côté.  Par  tout  ce  que 
la  ilatterie  a  de  plus  persuasif,  il  décide  Elisabeth  à 
voir  pour  la  première  fois  sa  prisonnière.  Une  partie 
de  chasse  servira  de  prétexte  au  voyage.  Une  rencontre 
ménagée  déguisera  l'entrevue.  La  porte  du  cachot  s'ou- 
vre ;  et  les  bosquets  du  parc  de  Fotheringîiay  cachent 
les  murs  de  cette  prison  plus  vaste.  A  l'aspect  de  cette 
jeune  et  fraîche  nature  ,  l'aine  de  Marie  s'ouvre  au 
plaisir  et  à  l'espérance  ;  sa  tête  s'exalte  ;  elle  se  sent 
comme  enivrée  de  parfums  et  de  lumière,  et  son  lan- 
gage devient  un  langage  lyrique.  La  poésie  allemande, 
dont  le  rhytiime  est  plus  varié  que  le  nôtre,  a  permis 


§4a  LIT1ÉRATLRL. 

à  Schiller  dépeindre,  dans  tout  leur  désordre  ,  les  pre- 
miers transports  d'une  femme  long-tems  renfermée, 
qui  s'élance  de  rathmosphère  infecte  d'une  prison  , 
dans  rathmosphère  embaumée  d'un  jardin  en  ileurs. 
Tout  le  reste  de  la  tragédie  est  en  vers  endécasyllabes 
non  rimes  ;  ce  morceau  seul  est  rimé  sur  un  rhythmc 
nouveau.  On  rencontre  souvent  de  pareils  changemens 
de  mesure   dans  les  tragédies  grecques. 

Dort,  wo  die  grauen  Nebelberge  ragen  (i), 
Faengt  meines  Reiches  Graenze  an, 
Lînd  dièse  Wolken,  die  nacb  Mittag  jagen  , 
Sie  suchen  Frankreichs  fernen  Océan. 

Eilende  Wolken!  Segler  der  Liïfte! 

Wer  mit  euch  wanderte,  mit  euch  schifl'te  ! 

Griisset  mir  freundlicb  mein  Jugendland  ! 

Ich  bin  gefangen  ,  icb  bin  in  Bandcn  , 

Ach,  ich  hab'keinen  andern  Gesandten! 

Frey  in  Luften  ist  eure  Bahn  • 

llir  seyd  nicht  dicser  Koenigin  unterthan. 

Dort  legt  ein  Fischer  den  INachcn  an! 
Dièses  elendc  Wcrkzeug  koennte  mich  retten  , 
Braechte  mich  schnell  zu  bcfreundeten  Staedten. 
Spaerlich  naehrt  es  den  diirftigen  Mann. 
Beluden  wollt  ich  ihn  reich  mit  Schaetzen  , 
Einen  Zug  sollfer  thun,  ivie  cr  kcinen  gethan  ; 
Das  Gluck  sollt'cr  fniden  in  scinen  Net  zen  , 
Nachmer  mich  ein  in  den  rettendcn  Kahu. 

Conduite  par  Leicester,  Elisabeth  s'avance  vers  le 

(i)«  Là  où  dans  les  brouillards  gri^Urcs  s'élèvent  ces  montagnes, 
commencent  les  limites  de  mon  empire;  et  ces  nuages  qui  volent 
au  midi,  cherchent  l'océan  lointain  de  la  r'rancc.  >■> 

((O  nues  fugitives,  navigateurs  des  airs  ,  que  ne  puis-je navigua 
et  voguer  avec  vous?  Saluez  pour  moi  tYCC  bienveillance  le  pays 
de  ma  jeunesse.  Je  suis  captive,  je  suis  dans  les  fers;  hélas!  j< 


LITTÉRATURE.  i|3 

même  lieu.  C'est  là  que  se  trouve  cette  scène  si  belle 
et  si  naturelle ,  devenue  familière  aux  lecteurs  fran- 
çais ,  par  l'éloge  qu'elle  a  obtenue  de  Madame  de 
Staël.  Cette  scène  produit  un  effet  terrible.  Chaque 
spectateur  voudrait,  comme  Leicester  et  Talbot ,  en- 
chaîner les  paroles  de  Marie  ;  on  sent  que  dès  ce  mo- 
ment sa  mort  est  arrêtée.  Dès  long-tems  elle  avait 
été  résolue  dans  le  coeur  d'Elisabeth;  cette  dernière 
rencontre  vient  de  l'avancer;  et  si  Elisabeth  n'en  signe 
point  sur-le-champ  l'arrêt ,  c'est  qu'une  querelle  par- 
ticulière n'est  point  une  excuse  assez  ostensible  encore. 
Le  complot  d'un  fanatique  barnabite,  qui  tente,  sur 
le  chemin  de  Londres ,  d'assassiner  une  reine  protes- 
tante, d'un  poignard  catholique,  est  l'avant-coureur 
du  coup  qui  va  frapper  Marie.  Dès  ce  moment,  Elisa- 
beth est  justifiée  en  apparence.  Le  criminel  est  Français, 
et,  loin  de  pouvoir  prier  pour  un  autre,  l'ambassadeur 
de  France  est  lui-même  soupçonné.  La  seule  ressource 
désormais  laissée  à  Marie,  est  l'audace  de  Mortimer; 
avec  quelques  amis  affidés  ,  il  est  décidé  à  tout  oser  ;  il 
l'enlèvera  du  château  ,  après  avoir  massacré  tous  ceux 
qui  le  gardent  :  la  nuit  prochaine  verra  l'exécution  de 
ce  projet  sanglant.  Marie  était  sauvée  ,  si  l'amour  ,  qui 
l'avait  toujours  si  mal  servie  ,  ne  lui  eut  pas  fait  placer 
sa  dernière  affection  sur  un  lâche.  Leicester,  soup- 
çonné ,  ne  voit  d'autre  ressource  pour  se  sauver,  que 

n'ai  point  d'autres  messagers  que  vous.  Votre  carrière  est  libre 
dans  les  airs;  vous  n'êtes  pas,  vous,  sous  le  joug  de  cette  reine. 

«  Là-bas  un  pêcheur  aborde  avec  sa  nacelle;  ce  frêle  esquif  me 
pourrait  sauver,  me  conduirait  rapidement  vers  des  villes  amies  : 
il  nourrit  à  peine  son  indigent  possesseur;  je  le  voudrais  charge] 
de  richesses.  Jl  aurait  trouve'  la  fortune  dans  ses  filets,  s'il  m'ac- 
oucillaitdans  sa  barque  libératrice.  »(Trad.  de  M.  de  La  touche  ) 


iï'f  LITTÉRATURE. 

tle  faire  lui-même  arrêter  Mortimer,  de  le  dénoncer 
connue  coupable  à  Elisabeth  ,  et  de  sacrifier,  connue  le 
dit  Marie  ,  le  cœur  aimant  au  cœur  orgueilleux.  Mor- 
timer  arrêté  se  poignarde.  Elisabeth  signe  L'arrêt  fatal , 
et  Leicester,  en  expiation  du  soupçon  qui  plane  sur  lui , 
est  chargé  de  veiller  à  l'exécution  de  la  sentence.  Tra- 
hie par  celui  qu'elle  aimait ,  Marie  ,  seule  sur  la  terre, 
se  résout  aisément  à  la  mort.  Détachée  de  toutes  les 
affections  terrestres ,  elle  n'a  plus  besoin  que  de  l'appui 
de  la  religion,  c[iii  lui  est  offert,  d'une  manière  inat- 
tendue ,  par  un  de  ses  anciens  sujets  ,  que  le  pape  a  en- 
voyé pour  lui  donner  ces  dernières  consolations.  F  purée 
à  ses  propres  yeux  par  l'aveu  de  ses  fautes ,  et  fortifiée 
par  sa  réconciliation  avec  la  Divinité-,  Marie  meurt 
tranquille,  abandonnant  à  leurs  remords  Leicester  et 
Elisabeth. 

Deux  traductions  en  prose  de  la  pièce  de  Schiller  ont 
paru  en  français:  l'une,  par  M.  Hesa,  e>(  écrite  avec 
simplicité  et  assez  consciencieusement;  mais  M.  lîos, 
je  ne  sais  pourquoi  ,  a  cru  pouvoir  atténuer  l'effet  de 
quelques  passages  de  Schiller. 

M.  de  Latouche,  auteur  de  la  seconde  traduction  , 
qui  vient  de  paraître,  a  suivi  un  système  lont-a-fait 
opposé.  Persuadé  que  le  principal  mérite  iVui\  traduc- 
teur est  de  laisser  voir  toute-  le>   formes  du   modèle,    i 

travers  le  voile  de  la  traduction  ,  il  .1  su,  sans  jamais 
casser  d'êl  re  Français .  nous  conserver  la  couleur  dé  I  <>- 
riginal.  \  l'exception  de  quelques  légères  erreurs,  ai- 
sées à  corriger,  sa  traduction  peut  servir  de  modèle  à 

celle  que  le  public  français  attend  des  autres  ouvrages 

dramatiques  de  Schiller,  et  des  auteurs  dramatiques 

allemands  qui  se  distinguent  aujourd'hui,,  comme  Grill 
Panser,  Oehlen9chlaoger,  Millier  et  \\  orner.    .*> 


LITTÉRATURE.  145 

L'impatient  audileur  français  n'aurait  pu  supporter, 
à  la  représentation,  une  grande  partie  de  ces  détails 
historiques,  dont  le  but  lui  était  caché.  Saisissant  plus 
promptement  qu'aucun  autre  spectateur,  et  entendant 
presque  à  demi-mot,  il  veut  que  l'action  marche,  et 
il  se  refuse  à  attendre  le  poëte  qui  veut  l'arrêter,  pour 
lui  mieux  faire   obser\er  le  pays.   M.  P.  Lebrun  con- 
naissait  bien   cette  impatience   française;    aussi,    eu 
transportant  sur  notre  théâtre  la  pièce  deSchiller,  n'en 
a-t-il  conservé  que  ce  qui  était  indispensable  à  la  mar- 
che de  l'action  ,   et  a-t-il  supprimé  tout  le  reste.  Il  ne 
fallait  pas  un  talent  vulgaire  ,  pour  naturaliser  la  Marie 
Stuart  allemande  sur  notre  scène,  même  avec  tous  ces 
retranchemens.    Les  spectateurs  doivent   donc  savoir 
gré  à  M.  Lebrun  d'avoir  osé  affronter  leurs  préjugés. 
Il  était  du  petit  nombre  des  poètes  de  notre  époque, 
qui  pouvait  se   le  permettre  impunément.    Toujours 
sage  dans  ses  conceptions,  il   unit  à   un  tact  juste,  à 
un  sentiment  délicat  des  convenances  théâtrales,  un 
stvle   pur,   naturel,    et    généralement    élégant.    Pour 
entraîner   le  spectateur,   il    fallait  de  toute  nécessité 
une  versification  facile  et  pure,  qui  ne  l'arrêtât  jamais, 
fût-ce  même  pour  arracher  ses  applaudissemens  sur 
un  morceau  d'une  facture  plus  brillante:  c'est  là,  en 
effet,  le  caractère  de  la  versification  de  M.  Lebrun  ;  il 
y  a  bien ,  de  tems  à  autre,  quelques  négligences  ,  mais 
elles  se  remarquent  peu  à  la  représentation. 

En  traitant  ce  sujet,  M.  Lebrun  renonçait  parle  fait 
à  la  gloire  de  l'invention.  Son  véritable  et  son  grand 
mérite,  c'est  d'avoir  tellement  disposé  sa  pièce,  qu'elle 
produit  sur  des  Français  l'impression  que  la  Marie 
Stuart  deSchiller  produit  sur  des  Allemands.  L'action 
«■nI  ,  il  est  vrai  ,  moins  étendue,  on  n'y  voit  pas  le  ta- 
tomf.   vi.  i0 


i/,(j  LITTÉRATURE. 

bleau  frappant  de  l'époque  historique  à  laquelle  se  rat- 
tache cette  catastrophe,  ni  le  développement  des  grands 
intérêts  qui  comprimaient  ou  excitaient  la  détermina- 
tion d'Elisabeth.  L'action  est  réduite  à  une  querelle  de 
reine  à  reine,  de  femme  à  femme;  mais,  pour  perdre  en 
instruction,  elle  n'en  est  pas  moins  at tachante.  Si,  d'un 
coté,  M.  Lebrun  a  peint  d'une  manière  moins  pronon- 
cée le  caractère  de  Mortimer  ,  de  l'autre  ,  il  a  relevé  un 
peu  celui  de  Leicester ,  et  prolongé  l'attente  et  l'in- 
térêt, par  l'ordre  que  ce  dernier  donne  à  Seymour 
de  faire  évader  Mortimer.  S'il  a  supprimé  le  noble 
caractère  de  Talbot,  il  l'a  fait  revivre  dans  Melvil.  On 
a  accusé  M.  Lebrun  d'avoir  emprunté  beaucoup  à 
Schiller;  mais  il  est  plus  riche  avec  de  pareils  emprunts, 
que  bien  d'autres  ne  le  sont  avec  leurs  stériles  in- 
ventions. 

La  Marie  Stuart  française  suivant  presque  la  même 
marche  que  la  Marie  Stuart  allemande  ,  il  me  semble 
d'autant  plus  inutile  d'en  donner  l'analyse  ,  que  tout  le 
inonde  l'a  vue  ou  l'ira  voir.  Je  me  contenterai  d'en 
citer  quelques  morceaux,  pour  justifier  les  éloges  que 
j'ai  donnés  au  style  du  poète  français.  On  peut  com- 
parer, par  exemple,  les  premières  exclamations  de 
M.irie,  au  sortir  de  sa  prison  obscure,  avec  l'original 
allemand  que  nous  avons  cité  plus  haut  : 

El  si  Cfl  n'est  qu'un  songe,  ah!  laisse-moi  du  moins, 

Soulevant  un  moment  ma  chaîne  douloureuse, 

Réyer  que  Le  suis  libre  et  que  je  suis  heureuse. 
Ne  respiré-je  pas  sous  la  voûte  des  eieux? 
Un  espace  sans  borne  est  ouvert  i  mes  >  eux. 
\  nis-tu  oet  horizon  qui  M  prolonge  imiueii 

Cest  l.i  qu'est  mon  pai  ■  :  là  fELcosse  comment 
Ces  Quagei  errata ,  qui  traversent  le  <iel , 
Peut-être,  hier,  ouf  vu  mon  palais  paternel j 


LITTÉRATURE.  i47 

Ils  descendent  du  nord ,  ils  volent  vers  la  France. 
Oh!  saluez  le  lieu  de  mon  heureuse  enfance! 
.Saluez  ces  doux  bords  qui  me  furent  si  chers! 
Hélas!  en  liberté'  vous  traversez  les  airs! 

Si  l'on  veut  avoir  une  autre  preuve  du  mérite  de  la 
versification  de  M.  Lebrun,  on  la  trouve  dans  cette 
réponse  de  Melvil  à  Elisabeth  : 

Je  la  confie  au  cœur  de  Votre  Majesté'. 
Le  ciel  à  votre  sexe  a  donné  la  bonté'. 
Que  ce  royaume  heureux  s'aperçoive,  madame, 
Que  la  main  qui  le  guide  est  la  main  d'une  femme  ! 
Lorsque  ses  fondateurs  autrefois  ont  permis 
Que  le  sceptre  des  rois  aux  reines  fût  commis  , 
Sans  doute  ils  ont  voulu  ,  j'en  crois  mon  espérance, 
A  côté  du  pouvoir  faire  asseoir  la  clémence. 

Parmi  plusieurs  morceaux  remarquables  que  nous 
regrettons  de  ne  pouvoir  citer  ,  il  suffira  d'indiquer 
ici  la  scène  entre  Burleigh  etPaulet,  au  premier  acte  ; 
celle  entre  les  deux  reines,  qui  est  peut-être  un  peu 
trop  coupée,  au  troisième  acte  ;  et  le  monologue  d'Eli- 
sabeth, avant  la  signature  de  la  condamnation  de 
Marie. 

Les  critiques  ne  pouvant  contester,  ni  l'intérêt  de 
la  pièce  ,  ni  la  pureté  soutenue  du  style  ,  ni  le  succès 
complet  de  Marie  Stuart,  se  sont  rejetés  sur  l'obliga- 
tion rigoureuse  de  règles  absolues  ,  et ,  Aristote  à  la 
main,  ils  ont  voulu  prouver  qu'on  avait  eu  tort  d'ap- 
plaudir à  Marie  Stuart;  ils  ont  prétendu  que  c'était  là 
un  genre  nouveau  ;  que,  dans  une  véritable  tragédie,  il 
devait  toujours  y  avoir  une  série  d'actions  qui  retardent 
ou  avancent  le  dénoûnient  de  l'action  principale  ,  et 
qu'elle  ne  pouvait  exister  là  où  il  n'y  avait  pas  d'es- 
pérance,   et   où  l'auteur   s'arrêtait  sur  une    situation 

10* 


i{«  LITTÉRA'J  LKt:. 

unique,  pour  la  décrire,  la  développer,  et  en  faire 
sortir  ces  émotions  sympathiques  qui  vont  droit  au 
cœur.  Le  Philocittc  de  Sophocle  les  réfute  assez,  et  jus- 
tifie le  sujet  choisi  par  M.  Lebrun  et  la  manière  dont 
il  est  traité. 

Quel  sujet  était  en  effet  plus  dramatique  que  celui 
de  Marie  Stuart?  quelle  action  pouvait  mieux  arra- 
cher les  larmes  de  nos  jeux  desséchés  par  nos  propres 
malheurs  publics?  Marie  eut-elle  même  été  coupable, 
qui  ne  plaindrait  une  femme  jeune  et  belle  ,  qu'une 
sombre  politique  et  une  jalousie  plus  atroce  encore 
ont  reléguée  au  fond  d'un  cachot,  pour  y  attendre,  plus 
de  dix-sept  ans  ,  la  mort  suspendue  sans  cesse  sur  sa 
télé?  Est-il  une  faiblesse  que  ne  puissent  expier  de 
telles  souffrances  ?  Mézence  était  bien  plus  coupable  ; 
il  est  dévoué  par  toutes  les  générations  à  la  haine  im- 
mortelle réservée  aux  oppresseurs  du  peuple  ;  et  ce- 
pendant, Virgile  a  su  nous  faire  verser  sur  son  sort  les 
douces  larmes  delà  pitié.  Marie,  moins  coupable  peut- 
être  ,  ne  pouvait  nous  trouver  insensibles.  Aussi  ,  à 
peine  eut-elle  péri  sur  l'échafaud,  le  mercredi  des  cen- 
dres 1^87,  à  quatre  heures  du  matin,  qu'il  parut  de 
tous   côtés    une  suite  de  drames  sur  ce  terrible  sujet. 

Le  plus  ancien  que  je  connaisse,  est  celui  de  Mont- 
Chrestien.  Sou  Écossaise,  ou  le  Desastre ,  11  est  autre 
chose  qu'une  succession  de  Fougues  et  froides  conver- 
sations ,  dénuées  de  naturel,  eut remêlées  de  chœurs  a 
la  manière  antique. 

La  tragédie  dédiée  par  Regnault  au  cardinal  de  Ri- 
chelieu ,  est  bien  supérieure  ,  non-seulement  au  drame 
de  Mont-Chrcstien  ,  mais  encore  à  toutes  les  pièces  sur 
<  B  -ujet,  qui  .  avant  la  tragédie  de  M.  Lebrun,  avaient 


LITTÉRATURE.  149 

«Ité  produites  sur  notre  théâtre  (1).  Il  y  aurait  peut- 
être  fort  peu  de  changemens  à  y  faire  ,  pour  la  représen- 
ter a  uj  ou  rd'hui  avec  quelque  succès.  Tes  trois  premiers 
actes  comprennent  la  conspiration  du  duc  de  Norfolk 
en  faveur  de  Marie,  et  sa  condamnation  par  les  États  ; 
les  deux  derniers,  la  condamnation  et  la  mort  de  Marie. 
On  aimera  peut-être  à  retrouver  ici  le  monologue 
d'Elisabeth  au  cinquième  acte  :  il  est  assez  intéressant, 
comme  point  de  comparaison.  L'ordre  de  l'exécution  a 
été  donné  ;  Elisabeth,  incertaine  ,  la  désire  et  la  craint  ; 
elle  s'écrie  : 

Quoi  ï  souffrant  le  succès  d'une  telle  advanture  . 
Veux-je  ensemble  offenser  le  ciel  et  la  nature? 
Quoi  !  veux-je,  en  violant,  toutes  sortes  de  droits, 
Arrouzer  l'eschaiaut  du  sang  mesme  des  rois? 

Mon La  postérité  souillerait  ma  mémoire 

Sur  le  sujet  sanglant  d'une  tragique  histoire, 
Et  noircirait  ma  vie,  afin  de  se  venger 
Du  trophée  odieux  que  l'on  va  ru'ériger. 

Mais,  sonffrirai-je  aussi  qu'à  mon  désavantasr 
Et  par  ma  lâcheté  ma  gloire  se  partage; 
Que  mon  superbe  empire  adore  deux  soleils, 
Et  reçoive  le  jour  de  deux  astres  pareils? 

De  mouvemens  divers,  je  me  sens  combattue  : 
L'ambition  m'anime,  et  la  crainte  me  tue. 
Chaque  penser  que  j'ai  me  plaist  et  me  déplaist. 
Depuis  que  j'ai  donné  ce  rigoureux  arrest. 
Mille  appréhensions  me  repassent  dans  l'ame; 
Je  romps  incessament  les  desseins  que  je  trame; 
Je  rêve ,  je  médite  ;  et  de  tous  les  costèz 
Je  ne  puis  découvrir  que  des  extrémités. 

(1)  J'ai  trouvé  cette  tragédie  dans  une  collection  en  ifo  vo- 
lumes in-4°,  qui  renferme,  par  ordre  de  matières ,  toutes  les  tra- 
gédies de  divers  auteurs,  sur  un  même  sujet,  qu'on  a  pu  ras- 
sembler. On  y  voit,  par  exemple,  plus  de  vingt  tragédies 
d'OEdipe;  et  plus  de  dix  volumes,  sous  les  titres  de   IVlédée  ,   de 


i5o  LITTÉRATURE. 

Dans  ce  dédale  obscur  où  ma  raison  se  trouve  , 
Je  quitte  un  sentiment,  sitôt  que  je  l'approuve; 
Je  veux  perdre  Marie,  et  je  ne  le  veux  pas  : 
Je  crains  également  sa  vie  et  son  trépas.... 

Je  serais  porté  à  croire  que  Schiller  a  pu  avoir 
quelque  connaissance  de  cette  pièce  ,  à  laquelle  parais- 
sent avoir  été  empruntées  plusieurs  des  situations  du 
poëte  allemand  ,  et  tous  ses  personnages.  Le  comte  de 
Kent,  le  comte  de  Shrewsbury  ,  Melvil  ,  Amias  Paulet  7 
l'ambassadeurde  France  Pomponne  de  Bellièvre,  se  re- 
trouvent avec  les  mêmes  traits  dans  la  pièce  de  Schiller 
et  dans  celle  de  Regnault.  On  doit  bien  plus  féliciter  Re- 
gnault d'une  telle  ressemblance,  qu'en  accuser  Schiller. 
Les  pièces  de  Rotrou  et  de  Regnault  nous  prouvent  qu'on 
était  alors  dans  une  bonne  route.  Les  fades  et  insipides 
galanteries  de  Louis  XIV  ont  amolli ,  depuis  ,  la  trempe 
vigoureuse  du  caractère  français  ,  et  la  nature  fut 
trop  souvent  sacrifiée  au  goût  de  la  cour.  Il  fallait 
tout  le  génie  de  Racine  pour  créer  Athalie  et  Britanni- 
cus  dans  un  tel  pays,  et  avec  de  tels  hommes. 

Plusieurs  tentatives  gnt  été  faites  postérieurement. 
Boursaut  a  traite  le  même  sujet,  avec  l'absence  de  ta- 
lenl  tragique  qui  le  caractérise  toujours. 

Une  Marie  Sluart  anonyme,  repré>rnt<;c  en  1734, 
ne  vaut  guère  mieux  que  la  sienne. 

Enfin,  M.  Lebrun  est  venu,  et.  nous  a  donnésa  Marie 
Stuart  qui  restera  certainement  au  théâtre.  Puissent 
ses  premiers  sucées  n'être  que  l'annonce  de  travaux 
plus  solides,   et  d'une  gloire  plus  vraie  encore  ! 

J.-A.    BuCHOfT. 

la  liuuil.-,  etc.  Cette  collection  curieuse  est  en  vente  chez 
M.  Royer  ,  rue  du  Pont-dc-Lodi ,  n°  j.  Elle  serait  excellente 
;«  place!  dans  lu  bibliothèque  «le l*oo  de  Qoadeux  thciUrcs  fiançai». 


LITTERATURE.  i5i 


VWVWWVVWWVW\AW»WVV\/*VWV 


LITTÉRATURE     ANGLAISE. 

Poems  descriptive  of  rural  life  and  scenery,  by 
John  Clare ^  a  Northamptonshire  peasant; 

Poèmes  descriptifs  sur  la  vie  champêtre  et  les 
beautés  de  la  campagne;  par  John  Cl  are, 
paysan  du  comté  de  Northampton  (i). 

Ces  poésies,  remarquables  par  leur  simplicité,  parle 
charme  des  descriptions  et  l'harmonie  des  vers ,  sont 
précédées  d'une  introduction  qui  renferme  plusieurs  dé- 
tails curieux  sur  l'auteur,  et  ajoutent  encore  à  l'intérêt 
de  cet  ouvrage.  Nous  en  donnerons  quelques  extraits. 

John  Clare,  auteur  de  ces  poésies,  naquit  à  Help- 
stone ,  près  de  Péterborough,  comté  de  Northampton  , 
le  i3  juillet  1793.  Il  est  fils  unique  de  Parker  et  d'Anne 
Clare,  qui  habitent  le  même  village  ,  et  y  ont  toujours 
vécu  dans  une  extrême  pauvreté.  Parker  Clare  trou- 
vait cependant  moyen  de  gagner  sa  vie  ,  en  se  louant 
comme  laboureur  chez  les  fermiers  du  voisinage  ;  mais 
un  rhumatisme  dont  il  fut  attaqué  ,  à  l'époque  de  la 
moisson  ,  le  mit  hors  d'état  de  travailler,  et  même  de 
se  mouvoir  sans  aide.  Il  eut  recours  à  la  générosité  de 
lord  Milton  qui  l'envoya  à  l'infirmerie  de  Scarborough, 
où.  il  éprouva  bientôt  un  grand  soulagement.  En  re- 
tournant chez  lui,  il  voulut  faire  une  partie  de  la  route 
à  pied  ,  afin  d'éviter  la  dépense.  La  fatigue  et  le  mau- 
vais tems  lui  rendirent  ses  douleurs,  et  le  réduisirent 
à  un  état  plus  déplorable  que  jamais.  Il  est  mainte- 
nant perclus  de  tous  ses  membres  et  a  la  charge  de  la 
paroisse,   qui  lui  accorde  cinq  schillings  par  semaine. 

John  Clare  a  toujours  demeuré  chez  ses  parens  ;  là  , 

(1)  Londres,  1820.  1  vol.  iu-8°.  M.  Taylor.  Prix,  5  sch.  6  pen. 


l5a  LITTÉRATURE 

il  a  vu  la  pauvreté  sous  ses  formes  les  plus  hideuses. 
Aussi  ,  lorsqu'il  eu  parle,  comme  dans  son  ode  à  l'A- 
bondance, page  48,  il  ne  peint  point  des  maux  ima- 
ginaires, mais  le  tableau  de  ce  qu'il  a  constamment 
éprouvé  ou  senti. 

«  Oh  !  tristes  enfans  de  la  pauvreté  I  s'écrie— t—iï  , 
victimes  condamnées  au  malheur  !  qui  pourrait  pein- 
dre les  tournions  de  ceux  que  le  chagrin  et  le  besoin 
assiègent  tour  à  tour  ?  La  honte  et  la  timidité  font  ca- 
cher tant  de  souffrance  ;  et  celui  qui  l'éprouve  ,  en 
connaît  seul  l'amertume.    » 

D'après  l'état  de  misère  de  ses  parens ,  il  peut  sem- 
bler extraordinaire  que  Cl  are  ait  trouvé  moyen  d'ac- 
quérir quelque  savoir.  Ce  fut  en  travaillant  fort  jeune 
comme  garçon  de  charrue  ,  et  en  aidant  son  père  soir 
et  matin  à  battre  le  bled  ,  qu'il  put  gagner  assez  d'ar- 
gent pour  s'instruire.  Le  travail  de  huit  semaines  lui 
rapportait  généralement  dequoi  payer  un  moisd'école; 
et  dans  le  cours  de  trois  ans,  il  reçut  à  différente!  épo- 
ques assez  d'instruction  pour  lire  très  bien  dans  la  Bible. 
Il  déclare  qu'il  doit  beaucoup  aux  encouragemens  de  son 
maître^  de  qui  il  obtenait  quelquefois  six  sous  par  se- 
maine, en  récompense  de  son  application.  Il  lui  en 
donna  même  un  jour  jusqu'à  douze,  pour  avoir  récité 
par  cœur  le  troisième  chapitre  de  Job.  Clare  employa 
co>  petites  sommes  i  s'acheter  quelque!  livres. 

Lorsqu'il  sut  passablemenl   lire  ,  il  emprunta  d'un 

de  ses  Compagnons  l'oUvrage  favori  des  enfans,  Robin- 

»oa  Crusoé,  et  cette  lecture  augmenta  encore  son  désir 

de  s'instruire.  Il  avail  traite  ans,  lorsqu'un  autre  de 

camarades  lui  montra   les  Saisons  de    Ihomson  (1). 

(1)  Il  esl  aises  remarquable  que  et*  fui  aussi  i.«  lecture  au  Saû 

00  a  qui  excita  dans  futOC   de   Robert   Rloomfiild  son   premier 


LITTERATURE.  i53 

tls  travaillaient  alors  ensemble  dans  les  champs  ;  et , 
plus  d'une  fois  ,  Clare  quitta  ses  travaux  pour  parcou- 
rir ce  poëme,  qui  éveilla  dans  son  ame  la  passion  de 
la  poésie.  11  résolut  d'avoir  cet  ouvrage  en  sa  posses- 
sion ;  et  dès  qu'il  eut  épargné  un  schelling  pour  Tache-*- 
ter,  il  partit  pour  Stamford  de  si  bonne  heure  ,  qu'au- 
cune des  boutiques  n'était  ouverte  lorsqu'il  y  arriva  : 
c'était  par  une  belle  matinée  du  printems.  Lorsqu'il 
eut  fait  son  emplette,  en  traversant  pour  retourner 
chez  lui  le  beau  parc  Burghley,  il  composa  sa  première 
pièce  de  vers  qu'il  appela  «  Promenade  du  matin.  » 
Celle-ci  fut  bientôt  suivie  de  la  «Promenade  du  soir,  » 
et  de  quelques  autres  pièces  fugitives. 

Il  y  a  maintenant  treize  ans  que  Clare  composa  son 
premier  poème.  Pendant  tout  ce  tems  ,  il  a  continué 
à  cultiver  secrètement  son  goût  et  son  talent  pour  la 
poésie  ,  sans  un  seul  encouragement,  et  sans  la  moin- 
dre perspective  de  récompense.  Combien  cette  passion 
devait-elle  être  pure  et  forte,  dès  son  origine,  puis- 
qu'elle a  pu  se  soutenir  tant  d'années  au  milieu  du 
besoin  ,  de  la  peine  et  d'une  misère  sans  espoir!  On 
imaginerait  que  les  travaux  de  Clare  dans  les  champs, 
et  dans  tontes  les  saisons  ,  auraient  dû  le  dégoûter  des 
objets  qu'il  admirait  d'abord:  mais,  loin  de  haïr  la  cam- 
pagne comme  Je  théâtre  de  ses  fatigues  et  de  ses  souf- 
frances, il  peint  ses  beautés  avec  délices  ,  et  l'on  sent 
en  le  lisant  qu'il  lui  a  dû  de  vives  jouissances. 

Ce  fut  par  un  incident  assez  bizarre  que  ces  poésies 
furent  publiées.  En  décembre  1818,  M.  Edward  Drury, 
libraire   de  Stamford,    trouva  par   hasard    le  sonnet 

penchant  pour  la  poésie.  Cet  homme,  non  moins  extraordinaire 
que  Clare,  était  simple  garçon  chez  un  fermier,  et  il  composa  un 
poème  intitulé  The  bar  mer  s  Boy,  le  Garçon  de  Ferme  ,  où  il 
décrit  tous  les  travaux  des  champs. 


i5j  LITTÉRATURE. 

adressé  au  soleil  couchant ,  écrit  sur  un  morceau  de 
papier  qui  servait  d'enveloppe  à  une  lettre,  et  signé 
John  Clare.  S'étant  informé  du  lieu  où  résidait  l'au- 
teur, il  alla  à  Helpstone  où  il  vit  quelques  autres 
pièces  de  vers  dont  il  fut  fort  satisfait.  A  sa  demande  , 
Clare  rassembla  ce  qu'il  avait  écrit  ,  et  ces  poésies  fu- 
rent envoyées  à  Londres,  où  l'éditeur  choisit  celles  qui 
composent  ce  volume.  Le  manuscrit  original  est  entre 
les  inaius  de  MM.  Tayloret  Hessey  (i). 

Les  poésies  de  Clare  sont  presque  toutes  du  genre 
descriptif;  sa  vie  et  ses  habitudes  champêtres  lui  ont 
donné  un  grand  avantage  sur  ces  poètes  qui  chantent 
les  plaisirs  de  la  campagne  au  milieu  du  tourbillon  des 
villes  ,  et  ne  tracent  qu'une  esquisse  sans  couleur  et 
sans  vie  de  ces  beautés  toujours  si  animées  et  si  riantes. 
Clare  a  observé  la  nature  jusque  dans  ses  moindres  dé- 
tails ,  et  il  la  dépeint  avec  une  admirable  richesse  d'ex- 
pressions. Tout  fait  image  dans  sa  poésie  ;  c'est  une 
scène  mouvante  et  variée.  Si  quelque  objet  qu'il  ne 
peut  définir  dans  le  langage  ordinaire  attire  son  atten- 
tion ,  il  essaie  d'en  donner  l'idée  par  une  tournure  de 
phrases  souvent  aussi  heureuse  qu'elle  est  singulière. 
C'est  ainsi  qu'il  fait  quelquefois  un  verbe  d'un  subs- 
tantif ou  d'un  adjectif  (  hardiesse  qui  est  petit** être 
plus  supportable  dans  la  langue  anglaise  que  dans  la 
nuire  ). 

Lorsqu'il  décrit  une  soirée  d'été  ,  il  ne  manque  point 
de  remarquer  a?6G  Shakc-pca re   le  vol  du  corbeau  vers 

(i)  L'écriture  en  est  bardie.el  lisible.  Il  contient  plusieurs  poè- 
mes qui  n'ont  pas  été  compris  dans  cette  première  publication , 
linsi  que  des  lettres  et  une  liste  de  ses  liyrcs.  Ces  derniers  sont 
presque  tous  des  ouvrages  de  poésie  j  mais  il  <st  remarquable 

qu  il-  "ni  l.i  plupart  de  l'école  de  Tope,  à  laquelle  Clare  n'a  pas 
emprunté  une  seule  image  ,  et  à  peine  une  sfcule  expression. 


LITTÉRATURE.  1 55 

son  nid,  le  chant  de  ralliement  de  la  perdrix,  l'hiron- 
delle se  reposant  sur  le  sommet  des  cheminées  ,  la 
chauve-souris  commençant  ses  cercles  aériens,  les  sauts 
delà  grenouille  effrayée  ,  «  qui  fait  jaillir  du  gazon,  ou 
*  du  calice  de  la  fleur,  la  goutte  de  rosée  qu'elle  ren- 
»  ferme.  Maintenant  le  brouillard  bleuâtre  s'étend  le 
»  long  des  plaines  et  des  collines ,  et  l'oiseau  a  cessé 
>»  de  faire  entendre  ses  chants.  Les  fleurs  se  courbent 
»  sur  leurs  tiges,  et  semblent  se  livrer  au  sommeil. 
»  Les  marguerites  se  referment  ;  le  bouton  d'or  ras- 
»  semble  ses  feuilles  pour  empêcher  que  la  rosée  du 
»  soir  ne  souille  son  éclat  :  la  rose  et  le  chèvrefeuille 
»    attendent  les  sourires  du  matin.   » 

Cette  faible  traduction  ne  peut  que  rendre  bien  im- 
parfaitement la  grâce  de  l'original ,  qui  possède  ce 
grand  charme  si  difficile  à  trouver  dans  la  poésie  des- 
criptive ;  celui  d'animer  ses  tableaux  ,  et  de  les  faire 
apparaître  à  l'imagination  du  lecteur. 

Les  meilleures  pièces  de  vers  de  ce  recueil  sont  celles 
qui  sont  intitulées  :  «  Midi,  —  la  Matinée  de  la  Mois- 
son »  ;  les  lignes  écrites  sur  le  tombeau  d'un  enfant  , 
celles  qui  sont  adressées  à  une  marguerite  du  mois 
d'avril  ,  «  le  Soir  d'été»  ,  «  la  Matinée  d'été»,  «  les 
Premières  lueurs  du  génie  »  ,  et  «  les  Sonnets  »  (i).     S. 

(i)  La  vente  de  cet  ouvrage  est  entièrement  au  profit  de  l'au- 
teur. L'éditeur  espère  que  les  lecteurs  de  ces  poésies  ne  borne- 
ront pas  leur  encouragement  à  quelques  louanges  stériles,  mais 
qu'ils  s'empresseront  de  seconder  ses  louables  intentions  ;  il  prie, 
en  conse'quence ,  les  personnes  qui  voudraient  secourir  l'infor- 
tuné* poète  ,  de  ne  pas  le  faire  de  suite,  et  partiellement ,  mais 
de  manière  à  lui  assurer  une  aisance  honnête  et  durable.  On  pro- 
pose d'ouvrir  une  souscription  pour  Clare:  l'estimable  éditeur 
de  ses  œuvres,  et  quelques  hommes  de  mérite,  qui s'intéressent 
à  lui,  se  chargent  de  surveiller  l'emploi  des  sommes  rennes. 


vvvvvvvvvvvvvvv\\^>v\^<vvvvvvvvvvvvv^^lvvvvv^^/vvvvvvvvvv^ 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 

AMÉRIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

i.  —  A  Topographical  Description  oj  thc  State  oJ'Ohio,  lu 
fîiaua  tcrritory,  and  Loiiuui/ia,  etc.  — Description  topographique 
de  I*Etat  de  L'Ohio,  du  territoire  d'Indiana  et  de  la  Loui- 
siane, etc.,  à  laquelle  on  a  joint  l'intéressant  journal  de  M.  Chas: 
Le  Raye ,  captif  chez  les  Sioux  ;  par  un  ancien  officier  de  l'armée 
des  Etats-Unis.  Boston,  in-12,  avec  grav.,  181a. 

2.  —  f^'wws  of  thc  Ctimpaigns  oj the  norlh-weslern  armj  ,  etc. 
—  Aperçues  des  campagnes  de  l'armée  du  nord-ouest  ^contenant 
des  de'tails  sur  les  campaguesdes  généraux  Hull  et  Harrison  ,  avec 
une  relation  intéressante  du  combat  naval  livre  sur  le  lac  Eric, 
des  anecdotes  militaires,  etc.  Par  vSamuel  H.  Browk.  Troy, 
l\ew-York.  1  vol.  in-12,  181  \. 

3.  — Le.tlers  front  the  south  ,  writlen  tluring  an  excursion  m 
the  summer  of  1816,  etc.  —  Lettres  écrites  du  midi,  durant  une 
excursion  dans  cette  partie  pendant  l'été  de  1816.  Par  l'auteur* 
de  John  Bull  et  de  Brothcr  Jonathan.  New-York,  2  vol.  in-12, 
1817. 

{: —  Lettersjromthe  Sritish  Seulement  in  Pennsylvania,  etc. — 
Lettres  de  l'établissement  britannique  en  Pensyrranie,  auxquelles 

on  a  joint  la  Constitution  des  Etats-Unis  el  celle* de  la  Pensyl- 
ranie,  et  des  extraits  des  lois  concernant  les  étrangers  el  les  ci- 
toyens naturalisés.  ParC.  B.Jounsow,  M.  1).  Philadelphie,  1  vol. 
in-12,  avec  une  carte,   1819. 

5. —  A  llistory  of  JS'irginia  ftom  ils  discovery  ta  the  year 
ij8i,  etc.  —  Histoire  de  la  Virginie  depuis  sa  décourerte  jusqu'en 
1781,  avec  des  aperçus  biographiques  sui  les  personnages  les  plus 
distingués,  lorsqu'elle  était  colonie  anglaise,  et  pendant  et  après 
la  révolution.  Par  J.  AV.  Campbeu.  Philadelphie j  in- 1 .» ,  iSi.'i. 

1  Nous  indiquerons ,  par  un  astérisque  f*  placé  à  c^té  du  titre 
de  chaque  ouvrage,  ceui  des  livres  étrangers  on  français  qui 
paraîtront  digues  d'une  attention  particulière  ,  el  dont  nout 
rendrons  quelquefois  compta  dans  la  section  des  analyses. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  i57 

6.—  Sketch  of the    internai    improvements   already  made   by 
Pennsylvania ,  etc.  —  Aperçu  des  améliorations  intérieures  intro- 
duites en  Pensylvanie,  etc.;  orné  d'une  carte  de  cet  Etat.  2e  édi. 
tion  revue  et  augmentée.   Par  Samuel  Breck  ,  membre  du  sénat 
de  Pensylvanie  ,  etc.  Philadelphie;  in-8°,  1818. 

7.  —  Historical  Memoir  of  the  war  in  Jf^est  Florida  and 
Louisiana  in  i8i4~i5,  etc.  —  Mémoire  historique  de  la  guerre 
dans  la  Floride  occidentale  et  la  Louisiane  en  i8i"4-i5,  avec  un 
atlas;  par  le  major  A.  Lacarrière  Latour,  ingénieur  en  chef 
du  7e  district  militaire  de  l'armée  des  Etats-Unis  ;  écrit  d'abord 
en  français  ,  et  ensuite  traduit  en  anglais  par  H.  P.  Nugent,  esq. 
Philadelphie  ;  in-8°,  1816. 

8.  —  Blunts'  strangers'  guide  to  the  city  of  New-  York  ,  etc. 
—  Le  Guide  des  étrangers  à  New-York;  par  Blcnt.  Orné  d'un 
plan  de  la  ville  et  de  vues  des  monumens  publics.  New-York; 

1  vol.  in-12,  1817- 

EUROPE. 

ANGLETERRE. 

9.  —  Prince  Maximilian's  travels  in  Brazil ,  during  the  years 
T  8 1 5 ,  1816  and  1817,  handsomely  printed  in-quarto  ,  with  maps  , 
and  numerous  engravings.  — Voyages  du  prince  Maximilien  dans 
le  Rrésil,  pendant  les  années  i8i5,  1816  et  1817.  Vol.  in-j0, 
orné  de  cartes  et  de  nombreuses  gravures.  Londres,  1820.  Col- 
burn.  C'est  la  traduction  de  l'ouvrage  que  nous  avons  annoncé 
(  tom.  V,  pag.  554  )• 

10.  —  Travels  in  the  interior  of^4frica  to  the  sources  of  the 
Sénégal  and  (Jramhia  .  undertaken  by  order  of  the  french  govern- 
rnent,  and  perjormed  in  1818,  by  G.  M.  Mollien.  Edited  by  T.  E. 
Bowdich,  Esq.,  conductor  of  the  mission  to  Ashantce.  Printed 
uniformly  with  Park's  travels,  in-quarto,  and  illustrated  with  a 
rnap  and  numerous  plates.  Price  2  1.  2  s.  —  Voyages  dans  l'inté- 
rieur de  l'Afrique  aux  sources  du  Sénégal  et  delà  Gambie ,  entre- 
pris par  M.  G.  Mollien,  en  181 8,  d'après  l'ordre  du  gouverne- 
ment français.  Editeur  T.  E.  Rowdich,  Esq.,  chef  de  la  mission 
envoyée  à  Ashantie.  Même  impression  que  les  Voyagesde  Mungo- 
Park.  Londres,  1820.  Colburn;  in- 40;  ornés  d'une  carte  et  de 
plusieurs  gravures.  Prix  :  2  1.  a  si». ,  cartonné.  (Voyez  ci-dessus, 


i58  LIVRES  ETRANGERS. 

pag.  98,  le  compte  rendu  de  l'ouvrage  original  dont  nous  annon- 
çons ici  la  traduction.  ) 

ii.  — Privale  Education;  or  a  practical  plan  for  the  étudies 
ofyoung  ladies  ,  with  and  address  to  parents  ,  private  governesses, 
and their pupils :  by  Elizabeth  Appletox.  —  Education  particu- 
lière ,  ou  Plan  pratique  pour  les  études  des  demoiselles  ;  dédié 
aux  parens ,  aux  institutrices  et  à  leurs  élèves:  par  Elizabeth 
Appleton.  2e  édition.  Prix  :  7  shellings  et  demi. — Londres,  1820. 
Colburn,  libr.  Cet  ouvrage  est  un  Manuel  d'éducation  littéraire 
et  morale. 

12.  —  New  Letters  front  lord  Chesterfield  to  A.  C.  Stan- 
hope  ,  esq.,  relative  to  the  éducation  ofhis  Lordship's  godson,  Phi- 
lip ,  the  late  Earl,  now  Jïrst  published front  the  originals.  Second 
édition.  — Nouvelles  Lettres  de  lord  Chesterfield  à  A.  C.  Stan- 
hope  ,  écuyer,  relatives  à  l'éducation  du  filleul  de  sa  Seigneurie, 
Philippe  ,  dernier  comte  de  ce  nom  :  publiées,  pour  la  première 
fois  ,  d'après  les  lettres  originales.  Seconde  édition,  in- 12.  Prix  : 
cinq  shellings. 

i3.  —  George  the  third,  his  court  and  famil.y  :  embellished 
with  eighteen  portraits.  — Georges  JI1,  sa  cour  et  sa  famille  \ 
2  vol.  in-8°,  ornés  de  18  portraits.  Londres,  1820,  Henri  Col- 
burn.  Prix:   28  shel.,  cartonné. 

Cet  intéressant  ouvrage  renferme  plus  d'anecdotes  originales 
concernant  d'illustres  personnages  ,  qu'aucun  de  ceux  qui  ont 
déjà  été  offerts  à  la  curiosité  du  public.  On  y  trouve  aussi  plu- 
sieurs de  ces  traits  caractéristiques  qui  ont  particulièrement 
distingué  le  dernier  roi  d'Angleterre,  pendant  un  règne  si  long 
et  si  fertile  en  événemens. 

i.j.  —  Memoirs  cftb.e  laie  <]uc<n ,  front  aullientic  documents; 
by  John  Watkins.  —  Mémoires  de  la  feue  reine,  d'après  des 
documens  authentiques  ;  par  John  Watkins ,  auteur  de  la  f^ie 
de  Sheridan ,  du  Dictionnaire  biographique-,  etc.  :  contenant  de 
nombreuses  anecdotes  propres  a  mettre  au  grand  jour  lllistoire 
Secrète  de  la  cour  d'Angleterre,  pendant  les  cinquante  ans  qui 
viennent  de  s'écouler.  Ln  gros  vol.  in-8°,  orné  de  portraits  et 
autres  gravures.  Prix  :  i5  shellings,  cartonné* 

1  :>■ — 1  fiankxin's  Memoirs,  comprisinghis  posth  unions    Wlitingt 
publUhedfrom  the  originals. — Mémoires  de  Franklin,  renfermant 


LIVRES  ÉTRANGERS.  i59 

ses  écrits  posthumes,  publies  d'après  les  originaux  par  son  petit- 
fils  William  Temple  Franklin,  esq.,  5e  et 6e  vol.  in-8°. 

Les  Mémoires  du  docteur  Franklin  sont  maintenant  complets  , 
en  3  vol.  in-4°  ,  ou  en  6  vol.  in-8°.  Prix  :  3  liv.  12  shel.  Chaque 
partie  se  vend  se'parément. 

16.  —  Country-  Neighbours-,  and  the  Shipwreck;  by  miss 
Burney,  autlwr  of  Clarentine ,  etc.  —  Les  Voisins  de  campagne  , 
et  le  Naufrage  ;  par  mîss  Burney,  auteur  de  Clarentine  et  de 
plusieurs  autres  ouvrages.  Londres,  1820.  Colburn ;  2e  édition  , 
3  vol.  Prix  :  24  shel. 

1^. — Allàsotv's  picturesqueviews  of the  celé brated  antiquitiesof 
Pola  ,  in  I  stria.  —  Vues  pittoresques  des  célèbres  antiquités  de 
Pola  en  Istrie ,  gravées  par  W.  B.  et  G.  Cooke  ,  H.  Moses  et 
C.  Armstrong  ,  d'après  les  dessins  de  Th.  Allason  ,  architecte. 
Un  vol.  grand  in-fol.;  prix:  90 fr.  et  i32  fr.  papier  français.  Lon- 
dres, Murvay. 

Ce  volume  renferme  i£  belles  gravures  ou  plans  de  toutes  les 
antiquités  qui  existent  à  Pola.  Elles  ont  été  rarement  visitées  ,  et 
cependant  elles  méritent  bien  de  fixer  l'attention  de  l'antiquaire, 
tant  par  leur  beauté  que  par  le  goût  singulier  qui  a  préside  à 
leur  construction.  L'amphithéâtre  surtout  excite  l'admiration  : 
c'est  un  édifice  magnifique,  et  le  plus  complet  de  tous  les  chefs- 
d'œuvre  d'architecture  antique  qui  nous  restent  en  Europe. 
L'arc  de  triomphe  est  moins  grand  que  ceux  de  Rome  ,  mais  il 
les  surpasse  sous  le  rapport  de  l'élégance  et  de  la  régularité.  Le 
temple  d'Auguste  fait  également  honneur  au  siècle  où  il  fut 
construit.  Ces  trois  grands  objets,  et  d'autres  ruines  moins  impor- 
tantes, sont  représentés  dans  l'ouvrage  de  M.  Allason,  avec 
toute  l'exactitude  dont  l'art  du  dessin  est  susceptible. 

ALLEMAGNE. 

18.  —  lissai  d'un  exposé  geognostico- botanique  de  la  flore 
du  monde  primitif,  par  Gaspard,  comte  de  Steïwberg  ,  traduit  par 
M.  le  comte  de  Brat,  ministre  de  S.  M.  le  roi  de  Bavière,  prés 
S.  M.  l'empereur  de  toutes  les  Russies  ,  et  président  de  la  Société 
botanique  tte  Ratisbonne,  etc.  Un  vol.  in-fol.  avec  i3  gravures 
enluminées.  Leipsick,  Fred.  Fleischer.  Londres  ,  Paris  et  Stras- 
bourg, Treuttel  et  Wurtz.  Prix  :  24  fr. 


,6o  LIVRES  ÉTRANGERS. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  est  célèbre  parmi  les  naturalistes. 
Propriétaire  Je  mines  <le  charbon  étendues,  situées  en  Bohême  , 
il  a  eu  occasion  d'observer  exactement  la  formation  du  charbon 
déterre,  et  de  se  procurer  une  collection  précieuse  d'exem- 
plaires d'arbres  et  de  graines  fossiles  ,  et  d'empreintes  caractéris- 
tiques appartenant  à  la  Flore  du  monde  primitif.  Il  s'est  donc 
proposé  de  présenter,  dans  une  suite  de  cahiers  qui  paraîtront 
successivement  et  dont  nous  annonçons  le  premier,  le  résultat 
des  recherches  et  des  observations  qui  l'ont  occupé  pendant 
quinze  ans.  Son  principe  est  que  la  forme  de  la  végétation  du 
globe  a  subi  les  mêmes  changemens  que  la  surface  ,  et  il  croit 
reconnaître  trbié  différentes  époques  de  la  végétation.  Les  obser- 
vations qui  servent  à  démontrer  ce  fait,  sont  décrites  avec  sim- 
plicité et  clarté.  Le  nombre  des  cahiers  qui  suivront  celui-ci  ne 
peut  être  exactement  fixé.  L'auteur  a  rassemblé  les  matériaux 
pour  quatre  cahiers.  La  présente  livraison  contient  treize  plan- 
ches ,  gravées  par  le  célèbre  dessinateur  de  plantes  M.  Sturn,  et 
coloriées  avec  là  plus  grande  délicatesse. 

ic).  — AJilitaeriscJie  Blaetter,  etc.  —  Feuilles  militaires-  ouvrage 
périodique  rédigé  par  F.  de  Mauvillon  ,  colonel  au  service  de 
S.  M.  le  roi  de  Prusse  •  chez  Baedecker,  libraire  à  Essen  (  Bas- 
Rhin  ).  —  A  dater  du  icr  janvier  1820,  il  paraît,  tous  les  mois, 
un  cahier  de  ce  recueil  ;  12  formeront  un  vol.  Prix  d'abonne- 
ment par  année  ,  5  écus  de  Prusse. 

Il  manquait  à  l'Allemagne  un  ouvrage  où  l'ensemble  des  sciences 
militaires  fut  présenté,  dans  Pétai  dg  perfection  auquel  il  est 
parvenu  ;  une  collection  où  toutes  les  observations,  fruit  d'une 
expérience  de  trente  ans  de  guerres,  fussent  consignées.  C'est  ce 
iju'<*nir»-pi tiitl  un  officier  distingué  par  son  mérite  et  ses  pro- 
fondes connaissances,  qui  s'est  associe-  des  collaborateurs  aussi 
nombreux  que  marquans.  Non-seulement  le  but  de  cet  ouvrage 
périodique  <ist  d'offrir  un  tableau  «lu  passé  .  el  d'exposer  les  pro- 
grès des  différentes  branches  de  l'art  militaire;  mais  aussi  de 
seconder  le  mouvement  d'amélioration  qui  leur  < >sl  imprimé 
cites  toutes  les  nations  civilisées.  La  théorie  <t  la  pratique,  les 
innovations,  les  projets  ,  les  décoUI  rites  ,  la  littérature  mili- 
l.iiie,  doivent  être  traités  successivement  el  selon  un  ordre  sys- 
'iiitu|ue.   dans  eé  nouveau  recueil  qui  pourra    mériter  le  titrt 


LIVRES  ÉTRANGERS.  161 

cl  Encyclopédie  des  sciences  militaires.  Il  était  impossible  d'at- 
tendre un  travail  semblable  d'un  seul  homme ,  et  aucun  traité 
particulier  ne  pouvait  atteindre  à  ce  but.  Ce  n'est  donc  que  par 
le  concours  de  plusieurs  personnes,  que  le  rédacteur  a  pu  s'enga- 
ger dans  une  aussi  vaste  carrière;  se  réservant  la  direction,  le 
choix  et  Tépurement  de  tout  ce  qui  lui  serait  offert.  Le  nom  de 
M.  de  Mauvillon,  connu  dans  les  annales  littéraires,  faisait 
déjà  présumer  avantageusement  des  succès  de  son  nouvel  ou- 
vrage ;  les  deux  cahiers  qui  ont  paru  justifient  complètement 
l'attente  publique.  L'ordre  ,  un  jugement  excellent,  un  style 
parfaitement  approprié  aux  matières  et,  surtout,  une  noble  im- 
partialité des  opinions  justes  et  éminemment  libérales,  carac- 
térisent cette  production  littéraire  et  scientifique. 

Le  rédacteur  aborde  avec  franchise,  dans  un  des  numéros  pré- 
cités, une  question  qui  a  depuis  été  traitée  en  France:  les  Ray- 
ports  du  militaire  avec  le  gouvernement  constitutionnel.  Il  la 
traite  avec  force  et  habileté,  et  il  prouve  que  les  sentimens  libé- 
raux, communs  à  tous  les  pays  et  à  tous  les  Etats  ,  seront  tou- 
jours la  base  la  plus  solide  des  gouvernemens ,  et  le  plus  ferme 
appui  des  institutions  sociales.  Non-seulement  l'ouvrage  de  M.  de 
Mauvillon  est  précieux  pour  l'Allemagne-  mais  il  offre  également 
aux  militaires  de  toutes  les  nations  une  source  de  connaissances 
générales,  et  un  moyen  d'approfondir  les  branches  auxquelles 
ils  se  sont  particulièrement  voués.  Alex,  de  Novilli-. 

20.  —  Snells  kurzer  ylbriss  (1er  Oeschichte  der  Philosophie. — > 
Précis  de  l'histoire  de  la  Philosophie.  2e  partie ,  contenant  l'his- 
toire de  la  philosophie  du  moyen  âge  et  des  tems  plus  modernes  ; 
par  J.  F.  Snell.  Giesen,  255  pages,  1819. 

Ce  second  volume  de  l'histoire  abrégée  de  la  philosophie  forme 
le  tome  8r  du  Manuel  de  philosophie ,  publié  successivement  par 
les  deux  frères  Snell,  dans  le  dessein  d'offrir  un  ouvrage  élémen- 
taire aux  personnes  qui  ne  font  point  de  la  philosophie  l'objet 
spécial  de  leurs  études.  Considéré  sous  ce  point  de  vue  ,  le  \<> 
lume  que  nous  annonçons  mérite  les  plus  grands  éloges.  L'auteur 
a  indiqué  avec  justesse  et  clarté  le  caractère  et  les  principes  tics 
différens  systèmes  qu'il  avait  à  développer.  Il  divise  son  histoire 
de  la  philosophie  du  moyen  âge  en  trois  sections  :  philosnpbie 
scholastique ,  systèmes  renouvelés  des  Grecs,  philosophes  indé- 
TOME   Vf.  II 


i62  LIVRES  ÉTRANGERS, 

pendans  des  anciens  systèmes.  L'histoire  de  la  philosophie  m- 
dénie  se  compose  également  de  trois  divisions.  Dans  la  première, 
l'auteur  analyse  les  systèmes  de  Descartes,  Malebranche ,  Spi- 
nosa  ,  Hobbes  ,  Locke,  Berckeley ,  Leibnitz  ,  Wolf  et  plusieurs 
autres.  La  seconde  comprend  Hume,  Hartley,  Priestley,  Con- 
dillar,  Robinet,  Voltaire  ;  les  encyclopédistes,  Lambert,  Basedow, 
Mendclsohn  ,  Eberhard  ,  Tetens  ,  l'eder,  Lossius.  Enfin ,  la  troi- 
sième offre  le  tableau  de  la  révolution  opérée  par  Kant,  avec  le 
développement  des  systèmes  et  des  idées  de  Reinhold,  Beck , 
Scbulze,  l'ichte,  Schelling,  Bouterweck  ,  Bfrdi  et  Jacobili.  L'ou- 
vrage est  terminé  par  une  table  analytique  des  meilleurs  ouvrages 
sur  les  différentes  parties  de  la  philosophie. 

•2i . — Pries  System  der  Logik.  —  Système  de  Logique  ,  par  J.  Y  ■ 
li  us.  Heidelberg  ,  18199  648  pag.  in-8°,  -2e  édition. 

Cet  ouvrage  tient  sans  contredit  un  des  premiers  rangs  parmi 
les  Traités  de  Logique  de  l'Ecole  de  Kant.  L'auteur  qui ,  dans  ces 
derniers  tems,  s'est  acquis  une  nouvelle  célébrité  par  son  carac- 
tère et  ses  opinions  politiques,  a  su  donner  un  intérêt  particulier 
à  son  système  de  logique,  et  en  faire  disparattre  la  sécheresse 
ordinaire  à  ces  sortes  d'ouvrages,  en  alliant,  beui  eu  sèment  sa 
doctrine  avec  le  développement  des  principes  de  la  psycologie. 
On  ne  saurait  contester  qu'une  théorie  de  la  nature  intime  de 
l'esprit,  une  explication  de  l'organisation  et  des  phénomènes  de 
la  vie  spirituelle,  ne  soient  la  base  nécessaii  ede  la  véritable  logique. 
C'est  sous  ce  rapport,  surtout,  (pie  le  travail  de  INI-  Fries  mérite 
les  plus. grands  éloges.  In  style  clair  et  précis,  no  langage  pur 
et  facile  ,  ajoutent  encore  au  mérite  d<'  L'ouvrage. 

32. —  Sibyllinische  Blaetter des  JMàgus  in  Vfcrden.  — Oracles 
sibyllins  du  mage  du  nord,  publiés  par  F.  Cramer.  I  d  \"l  in  8°; 
366 pages.  Leipsick,  Brockhaus. 

Le  nom  de  Mage  «lu  nord  esl  donne  à  Jean  (  ieorge  llamann.  de 

K.cenigsberg ,  connu  eu  Allemagne  par  son  esprit  excentrique , 
par  ses  originalités!  sa  \ie  presque  vagabonde  <\  ses  écrits  d  [>eu 
près  inintelligibles.  Aussi  ,  de  Bon  rivant .  ne  fit-on  pas  grand  «ai 

de  ces  dernici>.  11  mourut  en    178S,   après  avoir   OCCUpé  en   dei 
nier  lieu   la  place  de    garde-magasin  ,  dans  sa  \  ille  natale.  Toute- 
fois, ses  écrits  renfermenl  d.  s  pensées  sublimes  \  el  des  hommes 
tels  (pie  Goethe,  Herder,  Jacobiet  J.-P.  Richter,  eu  ont  su  appre 


LIVRES  ÉTRANGERS.  i63 

cier  le  mérite.  C'est  sous  les  auspices  d'autorités  aussi  impo- 
santes, que  M.  Cramer  de  Halberstadt  n'a  pas  hésité  de  tirer  de 
i  oubli  les  productions  de  ce  génie  fécond,  en  recueillant,  dans 
dix-sept  ouvrages  différens  qu'il  a  produits,  un  nombre  considé- 
rable de  passages  piquans,  ou  plutôt  d'aphorismes  philosophiques 
et  politiques  ,  qui  forment  le  contenu  du  présent  volume.  Tout 
porte  à  croire  que  celui-ci  ne  sera  que  l'avant-coureur  d'une  col- 
lection complète  des  OEuvres  de  ce  littérateur  singulier. 

23.  —  Raupachs  dravimatische  Dichtungen.  —  Poésies  dra- 
matiques de  D.-E.  Raupach,  conseiller  aulique  et  professeur 
d'histoire  à  Pétersbourg.  458  pages  in-8°.  Liegnitz,  Kuhlmey. 

L'auteur  qui  offre  ici  les  premiers  essais  de  sa  muse  drama- 
tique, sort  de  la  classe  de  ces  écrivains  modernes  contre  lesquels 
tant  de  justes  plaintes  se  sont  élevées,  et  que  l'on  accuse  d'avoir 
contribué  à  la  décadence  de  l'art  dramatique  en  Allemagne. 
Bien  éloigné  de  leur  mauvais  goût ,  M.  Raupach  suit  les  préceptes 
de  l'ancienne  école,  et  ses  ouvrages  méritent  un  rang  distingué 
parmi  les  productions  dramatiques  de  nos  jours.  Ce  volume  con- 
tient trois  pièces:  Timoléon,  Laurent  et  Cécile  et  les  Princes 
Chawansky.  Les  deux  dernières  pièces  sont  des  tragédies  ,  et  la 
première  est  un  drame  ,  pour  lequel  l'auteur  a  adopté  la  forme 
des  ouvrages  dramatiques  des  Grecs.  Toutes  les  trois  pièces  sont 
u'crites  en  vers. 

2  j.  —  Kadmus  oder  Forschungen  in  den  Dialekten  des  Sentie 
tischen  Sprachstammes.  —  Radinus,  eu  Recherches  sur  les  dia- 
lectes de  la  famdle  des  langues  sémitiques  ;  par  le  docteur  Fré- 
déric Stckler.  lre  partie  ,  explication  de  la  Théogonie  d'Hésiode. 
Hildburghausen  ,  1818,  in-/f°. 

M.  Sickler,  connu  par  un  grand  nombre  d'ouvrages  d'érudi- 
tion ,  a  entrepris  d'expliquer  la  mythologie  «les  Grecs  parles  éty- 
mologies  prises  dans  les  langues  de  la  famille  sémitique,  c'est-à- 
dire  phénicienne.  L'auteur  fait  observer  qu'Hérodote  ne  dit  nulle 
part  que  les  Grecs,  quoique  redevables  aux  Egyptiens  d'une 
partie  de  leur  culte,  aient  emprunté  à  la  langue  égyptienne  les 
noms  de  leurs  dieux-  tandis  qu'il  est  constant  que  des  peuplades 
sémitiques,  surtout  les  Phéniciens,  ont  porté  de  bonne  heme  en 
Grèce  leur  civilisation  et  leurs  usages  religieux.  En  conséquence, 
M.  Sickler  se  croit  fondé  à  rechercher,  dans  ce  qui  nous  reste 

II* 


,64  LIVRES  ÉTRANGERS. 

des  langues  st-mitiques,  entre  autres  dans  l'hébreu,  l'origine  du 
culte  des  Grecs.  La  dissertation  sur  KaJmus  n'est  que  la  pre- 
mière partie  de  ce  grand  travail.  11  explique  non-seulement  chaque 
nom  de  divinité  grecque  par  un  nom  correspondant  en  hébreu  ; 
niais  de  plus  il  montre  la  correspondance  de  ces  mots  pour  arriver  à 
un  système ,  véritable  but  de  ses  recherches.  Ce  système  consiste 
à  découvrir  dans  la  mythologie  grecque  une  cause  complète  et 
physique  et  de  cosmologie.  En  voici  un  petit  exemple  :  Goia,  qui 
est  la  Terre  des  Grecs,  répond  ,  selon  M.  Sickler,  au  mot  hé- 
braïque Ckhaia,  dont  la  racine  signifie  vivre  ou  animer;  d'où 
Tailleur  conclut  que  Gaia  représentait  le  principe  procréant. 
C'est  ainsi  que  L'auteur  cherche  à  expliquer  toute  la  mythologie. 
Son  système  n'a  peut-être  pas  le  mérite  de  la  nouveauté  ni  la  soli- 
dité d'une  vérité  démontrée  •  mais  il  est  soutenu  par  une  grande 
érudition.  M.  Sickler  a  joint  à  sa  dissertation  uu  tableau  compara- 
tif des  mots  les  plus  ressemblans  en  grec  et  en  hébreu. 

25.  —  Die.  Weroglyplwn  im  àem  Mylhus  des  Alsculapius-  — 
Les  Hiéroglyphes  de  la  fable  d'Esculape,  avec  deux  dissertations 
sur  Dédale  et  sur  l'Art  plastique  chez  les  Cananéens  ;  par  le  doc- 
teur Sickler.  Memmingen,  1819. 

Ce  Mémoire  est  une  suite  du  précédent:  l'auteur  y  applique  sa 
métuodj  et  son  système  à  tout  ce  que  les  auteurs  et  les  monu- 
mens  anciens  rappellent  relativement  au  culte  d'Esculape.  Il 
retrouve  dans  1rs  langues  et  chez  les  peuples  sémitiques  tous  les 
noms  qu'on  donnait  à  ce  dieu  ,  toutes  les  opinions  sur  les  attribu- 
tions de  ce  dieu  ,  et  tous  les  usages  de  son  culte.  11  paraît  que 
l'auteur  a  préparé  en  manuscrit  des  travaux  semblables  sur  le» 
autres  divinités  des   Grecs. 

SUISSE. 
«jf>.    —  Och's   (îcsrfiirhlf  (1er   Starft  wid  Landschaft  Base!.  — 

Histoire  do  la  ville  de  BÉla  cl  dea  contrées  qui  y  appartiennent; 

par  Pierre  Ochs.  3  e  vol.  B;1le ,    l6lQ>  tiio  pages  in-8°. 

L'auteur  de  cet  intéressant  ohm  âge  a  travaillé  d'à  près  les  docu- 
Btens  authentiques  que  lui  fournissaient  le. s  archives  du  pays.  Son 
ityk  aat  impie  et  grave;  il  ne  cherche  point  à  plaire  à  des  lec- 
teurs frivoles.  Sou  seul  but  est  d  instiuiie.  (Je  .V  volume  com- 
prend L'espace  qui  s'étend   depuis    iji>i    jusqu'en   ij^S;  on   y 


LIVRES  ETRANGERS.  i65 

trouve  une  foule  de  particularités  peu  connues  sur  le  célèbre 
concile  de  Bâle,  la  bataille  de  Saint-Jacques,  les  négociations 
avec  le  dauphin  qui  en  furent  la  suite ,  ainsi  que  des  détails  très 
étendus  sur  l'irruption  des  Armagnacs  et  la  peste  de  1439.  L'au- 
teur a  joint  à  chaque  période  de  son  histoire ,  des  observations 
sur  la  législation  et  les  mœurs.  Un  supplément  présente  des  ren- 
seignemens  curieux  et  importans  sur  les  actes  du  concile,  qui 
sont  déposés  dans  les  archives  de  Bâle. 

ITALIE. 

27.  — Saggianalitici.  —  Essais  analytiques  sur  les  eaux  miné- 
rales du  territoire  de  Pozzuoli  ,  etc.  ;  par  François  Lakcellotti  , 
professeur  de  chimie  appliquée  aux  arts,  dans  l'Université  de 
Naples.  — Naples  ,  1819,  in-4°. 

Cet  ouvrage  présente  un  catalogue  très  exact  des  eaux  médi- 
cinales, nommées  vulgairement  de  Gurgitiello ,  dans  l'île  d'Jschia, 
et  de  celles  qui  coulent  dans  le  territoire  de  Pozzuoli  ,  savoir  : 
l'eau  de  la  Pietra  ,  l'eau  thermale  de  Cavalcanti ,  l'eau  de  Subveni 
homini,  celle  du  Cantarello  ou  de  tulliero ,  l'eau  thermale  de 
Serapis  ,  et  l'eau  Media. 

28.  —  Correspondance  astronomi'/ue ,  géographique  ,  hydrogra- 
phique et  statistique  du  baron  de  Zach,  avec  cette  épigraphe  : 
Sans  franc-penser  en  V  exercice  des  lettres,  il  n'y  a  ni  lettres  ,  ni 
sciences,  ni  esprit,  ni  rien.  Plutarque.  —  Gênes,  1820.  Chez 
A.  Ponthenier,  imprimeur-fondeur  ,  place  Pollaroli ,  n»  1. 

Les  premier  et  deuxième  cahiers  de  1820  ont  déjà  été  publiés. 
Nous  avons  parlé  en  détail  et  avec  éloge  de  cet  ouvrage  pério- 
dique, dans  le  cours  de  l'année  1819  (Voy.  tom.  I,  pag.  197-205). 

29.  —  Vwgg'w  da  Tripoli  di  Barheria  aile  frontière  occiden- 
tali  dell'  Egitto  ,  falto  nel  181 7  dal  DTt  P.  Della-Cella  ,  etc.  — 
Voyage  de  Tripoli,  de  Barbarie  aux  frontières  occidentales  de 
FEgypte.  —  Gênes,  1819.  1  vol.  in-8°.  Pontenier,  imprimeur- 
fondeur,  à  Gênes,  place  Pollaroli,  n°  1.  (Nous  avions  annoncé 
d'avance  la  publication  de  cet  ouvrage;  tom.  III  ,  pag.  582.  ) 

30.  —  Dirittopublico  un'wersale,  etc.  —  Droit  public  et  univer- 
sel, ou  Droit  de  la  nature  et  des  gens;  par  Gio:  M.  LAMPREDi,eto. 
Pavie,  1818-  4  v°l-  in_80.  Chez  Gio:  Torri. 


i%  LIVRES'ÉTRANGEHS. 

Lampredi  avait  écrit  cet  ouvrage  en  latin.  Le  Dr  Sacchi  l'a  tra- 
duit en  italien  ,  pour  propager  ses  principes.  Il  y  a  joint  aussi  des 
notes  et  des  éclaircissemens,  et  surtout  relativement  aux  maximes 
(pion  a  développées  après  la  mort  de  Fauteur,  arrivée  en  1793. 

3l.  —  Délia  decisione  délie  cause  dubbic  ,  etc.  —  De  la  décision 
des  causes  douteuses  dans  les  procès  civils  •  par  le  C.  trancesco- 
J^igilio  Harbàcovi.  Milan,  1817.  A.  F.  Stella. 

On  observe  que  l'auteur,  dans  sa  théorie,  emploie  les  prin- 
cipes de  la  justice  morale  ,  et  néglige  entièrement  ceux  de  la  jus- 
tice dite  politique;  que  ,  par  conséquent,  les  rapports  de  l'homme 
et  du  citoyen  ne  semblent  pas  trop  bien  conciliés  par  lui.  Cepen- 
dant il  arrive  souvent  que  ce  qui  est  juste  sous  un  point  de  vue, 
nV'st  pas  toujours  juste  et  utile  .sous  un  autre,  comme  l'a  démon- 
tré, d  après  Wolf ,  le  savant  professeur  G.  D.  Romagnosi. 

3^.  —  Délia  istoria  iVltalia  antica  e  moderna  ,  con  carte  geo- 
graûche  a  tavole  incise  inrami^dalcau.  Luigi  Hossi .  Sono  useiti, 
7  volumi:,  il  totale  sarà  di  i5  vol.  — De  l'Histoire  de  l'Italie 
ancienne  et  moderne,  avec  des  cartes  géographiques  et  des  gra- 
vures, par  le  chevalier  Louis  Bossi.  Milan,  1819,  7  vol.  in-8° ,  à 
(i  lr.  le  vol. ,  et  in- 18 ,  ;  fr.  le  vol. 

•kJ.  —  Schinfena  e  Sua. —  Poè'me  épique  de  Cavile,  contem- 
porain d'Os  si  m  ,  etc. ,  traduit  en  vers  italiens  par  Qius.  Bel- 
lim.kri.  Milan,  181  7,  chez  Placido  Maria  Visai. 

L'auteur  de  ce  poè'me  semble  travailler  pour  la  propagation  d< 

la  nouvelle  école  de  poésie. 

ESPAGNE. 

>j.  —  Tratado  sobre  les  conocimientos  que  deven  acomparuu 
a  los  compradores  de  seda  en  rama  .  etc.  —  Traité  sur  les  connais- 
sances que  les  acheteurs  de  soie  non  filée,  DU  filée  el  non  tordue, 
doivent  avoir,    et   sur  les    moyens  dont    ils  pourront     faire    11  ^;i  -  « 

pour  reconnaître  les  imperfections  du  filage,  par  /).  Antoine 
lli..\s;  publie1  par  la  Société  d'agriculture  de  Parisa.  Brochure 

in-8°.    Madrid,  I  uenlenebro,   1819. 

Le  ver  â  Boie,  qui  avait  été  en  Espagne ,  depuis  }c  s*  siècle 
l'objet  d'une  branche  d'industrie  manufacturière  e1  commerciale 
considérablement  augmentée  par  les  Maures  arabes ,  comment  • 
1  être  négligé  sous  le  yî^iu-  de  Charles  V.  Les  Jnifn,  !<■<  Maures 


LIVRES  ETRANGERS.  167 

et  les  Mauresques  avaient  été  expulsés  de  l'Espagne,  après  s'y  être 
enrichis  parles  manufactures  et  le  commerce  de  la  soie.  Le  petit 
nombre  d'Espagnols  qui  avaient  imite  leur  exemple,  trouvèrent, 
dans  l'émigration  à  l'Amérique,  un  moyen  facile  de  s'enrichir  plus 
vite  ;  et  le  ver  à  soie  subit  bientôt  la  même  décadence  que  toutes  les 
autres  anciennes  branches  de  l'industrie  et  du  commerce.  Déjà  il 
fallut,  sous  le  règne  de  Philippe  II,  promulguer  quelques  ordon- 
nances, pour  encourager  la  culture  de  la  soie  nationale.  Cela  ne 
fut  pas  suffisant:  la  fabrication  déclina  de  manière  que,  tandis  que 
Séville  a  eu,  sous  le  règne  de  Ferdinand  et  Isabelle  ,  16000  ateliers 
d'étoffes  de  soie,  l'Espagne  entière  n'en  possède  pas  autant  aujour- 
d'hui. En  1619,  il  y  avait  encore  ,  dans  les  deux  villes  de  Séville 
et  Grenade  ,  24000  ateliers,  et  cependant  l'ignorance  des  princi- 
pes de  l'économie  politique  lit  défendre  ,  à  cette  époque,  l'intro- 
duction de  la  soie  non-manufacturée,  en  permettant  l'introduction 
des  étoffes  de  soie.  D'autres  causes  encore,  dont  je  ne  ferai  pas 
l'énumération  ,  se  sont  réunies  pour  l'anéantissement  de  cette 
branche  de  l'industrie  nationale;  mais,  les  préventions  ayant  com- 
mencé à  cesser,  et.les  lumières  à  se  répandre  en  Espagne,  sous  le 
règne  de  Charles  III ,  on  reconnut  bientôt  le  besoin  de  restaurer  les 
manufactures  de  soie. 

M.  Regâs  inventa  un  tour  à  filer  qui,  après  beaucoup  d'expé- 
riences comparées  avec  le  résultat  des  autres  tours  connus  en 
France ,  en  Italie  et  en  Espagne ,  fut  déclaré  parle  gouvernement, 
plus  simple,  moins  coûteux  et  plus  propre  à  filer  la  soie  avec 
une  plus  grande  perfection.  L'administration  multiplia  à  ses  frais 
les  exemplaires  de  ce  tour,  les  répandit  dans  les  provinces  de 
l'Aragon,de  Catalogne,  de  Valence,  de  Riola ,  de  Cuença,  de 
Murcie  et  de  Madrid  ,  où  on  l'employa  avec  beaucoup  de  succès, 
surtout ,  depuis  que  M.  Regâs  eut  été  envoyé  dans  ces  provinces 
pour  y  enseigner  la  manière  de  filer,  et  pour  faire  planter  des 
mûriers  blancs,  dont  les  feuilles  sont  la  nourriture  des  vers  à 
soie  qui  produit  celle  de  première  qualité. 

M.  Regâs,  poursuivant  ses  travaux  sur  la  fabrication  de  la  soie, 
parvint  à  filer,  tordre  et  blanchir  celle  qui  devait  être  employée 
pour  la  fabrication  des  bas  de  soie,  avec  une  telle  perfection, 
qu'on  ne  pouvait  les  distinguer  des  bas  de  soie  fabriqués  à  Gan- 
ses. Quelque  tenu  après   (  le  26  février  1 788  ),   il  communiqua 


i68  LIVRES  ETRANGERS. 

ait  gouvernement  les  moyens  d'empêcher  que  les  bas  de  soie  ne  se 
raccourcissent,  et  ne  perdissent  leur  lustre.  Dans  le  courant  de 
novembre  1790,  il  fit  voir  comment  on  pouvait  donner  aux  bas  de 
soie  la  teinte  argentée  ,  d'une  manière  permanente  ,  et  il  alla  ,  en 
personne,  communiquer  son  procédé  aux  teinturiers  de  la  ville 
de  Sarragosse,  ainsi  que  celui  pour  donner  à  la  soie  la  couleur 
grise  et  d'autres. 

Il  fit  connaître  la  manière  de  faire  au  métier  les  mitaines,  et 
autres  ouvrages  de  velours,  qu'on  ne  connaissait  pas  encore  en 
Espagne,  ainsi  que  les  moyens  d'utiliser  la  bourre  de  la  soie  ,  en 
tissant  des  bas  d'une  qualité  inférieure.  Il  fit  voir  qu'on  pourrait 
tirer  24000  livres  de  bourre  de  soie,  chaque  année,  de  l' Aragon. 
Il  y  obtint  une  seconde  récolte  de  soie,  aussi  blanche  et  aussi  fine 
que  la  première  ,  au  moyen  de  l'éducation  du  ver,  né  à  l'époque 
de  la  première  récolte,  avec  la  seconde  feuille  du  mûrier  blanc. 

Charles  IV  ayant  ordonné  à  la  Société  patriotique  de  Madrid 
de  faire  des  expériences,  pour  savoir  si  la  soie  pouvait  être  filée 
a  près  sa  préparation  dans  l'eau  froide,  et  la  Société  en  ayant  chargé 
M.  Regas,l'un  de  ses  membres-  celui-ci  en  fit  voir,  non-seulement 
la  possibilité,  contre  l'opinion  commune,  mais  encore  il  démontra 
qu'en  y  employant  les  tours  de  son  invention  ,  le  fil  est  aussi  parfait 
el  aussi  fin,  que  si  la  soie  eût  été  préparée  dans  l'eau  chaude.  Posté- 
rieurement,  M.  Regâs  découvrit  aussi  que  la  chrysalide  pouvait  être 
détruite  au  moyen  des  fumigations,  sans  que  la  qualité  de  la 
soie  en  souffrît  5  ce  qu'il  pratiqua pour  la  première  fois  à  Logrogno, 
(ii  180.J,  lorsqu'il  y  fut  envoyé  par  le  roi,  pour  encourager,  amé- 
liorer et  perfectionner  la  fabrication  de  ce  textile  dam  la  province 
<fe  JAiola. 

M.  Ilegas,  désireux  d'augmenter  dans  si  patrie  cette  branche 
d'industrie,  écrivit  trois  petits  traités:  le  premier,  sur  les  pro- 
cautions  dont  on  doit  faire  usage  •  l'égard  des  feuilles  du  mûrier 

blanc,  employées  pour  la  1  utnfion  du  ver  à  soie  ,  le  second  ,  >ur 
les  opérations  relatives  à  la  couvée  et  à  I  1  nutrition  du  v<  r  à  soie, 
•  t  à  l'art  de  filer  la  soie;  le  troisième,  sur  la  manière  de  recon- 
naître les  fraudai  qui  peuvent  BVOtt  lu  ■  dans  «<  I!.    partie. 

(à:  troisième  traite  tut  Miivi  d'un  quatrième,  qui  est  eelui  que 
nous  annonçons.    Dans  celui-ci ,  M.    Regâs  explique  quelles  sont 

tairei  à  ceiui  qui  achète  la  soie  brute,  ou 


LIVRES  ÉTRANGERS.  169 

filée  et  non  tordue  ;  car  l'expérience  a  fait  voir ,  dit-il,  que  quel- 
ques acheteurs  dépourvus  de  ces  connaissances  ont  paye ,  en  Es- 
pagne, au  même  prix  que  la  soie  fine,  celle  qui  n'avait  que  les 
quatre  cinquièmes  de  sa  valeur. 

«  Il  convient  avant  tout,  dit  notre  auteur,  que  la  soie  soit 
achetée  par  une  personne  qui  possède  un  tact  fin  et  délicat  :  il  est 
constaté  par  l'expe'rience,  que  ces  personnes  sentent  bien  plus  fa- 
cilement que  les  autres  ,  l'aspérité,  la  dureté,  l'inflexibilité'  delà 
soie,  l'inégalité  et  les  autres  imperfections  du  fil. 

«  La  soie  du  cocon  est  toujours  blanche  ou  jaune.  C'est  une 
erreur  nuisible  que  de  filer  séparément  la  soie  blanche  et  la  soie 
jaune  :  celle-ci  prend  très  bien  la  Couleur  blanche ,  ou  telle 
autre  que  ce  soit ,  lorsqu'elle  est  mêlée  avec  un  tiers  ou  un  quart 
de  soie  blanche.  La  soie  qui  est  blanche  dans  le  cocon ,  n'a  pas 
autant  de  vigueur  et  de  force  que  la  jaune  ;  et,  sans  le  mélange, 
l'étoffe  sera  peut-être  d'une  blancheur  éblouissante ,  mais  d'un 
tissu  faible:  ce  qui  est  reconnu  déjà  en  France  ,  où  l'opinion  op- 
posée, qui  avait  prévalu  pendant  très  long-tems,  a  été  dé- 
truite. » 

L'auteur  continue  son  traité,  en  instruisant  les  marchands  de 
soie  de  tout  ce  qui  peut  être  utile  à  leur  négoce.  La  Société  pa- 
triotique de  la  ville  de  Parela  ,  province  de  Cuença  ,  dont  M.  Re- 
gâs  est  membre,  ainsi  que  de  celle  de  Madrid  et  de  plusieurs 
autres  villes,  a  fait  publier  ce  traité,  pour  généraliser  les  ins- 
tructions importantes  qu'il  renferme. 

M.  Reg&s  fut  destiné  jpar  la  nature  à  faire  faire  des  progrès  ex- 
traordinaires à  la  mécanique;  car  non- seulement  il  a  inventé  le 
tour  à  filer  la  soie,  mais  encore  plusieurs  autres  machines  utiles 
à  l'amélioration  de  l'agriculture  et  des  arts  :  nous  allons  en  faire 
une  briève  énumération.  11  présenta  à  la  Société  patriotique  d'A- 
ragon: i°  une  machine  hydraulique,  avec  laquelle  huit  pompes 
élèvent  l'eau  au  même  tems,  en  se  mouvant  par  l'impulsion  de  l'eau 
elle-même  mise  en  mouvement  par  un  seul  homme  ;  1.0  une  ma- 
chine au  moyen  de  laquelle  un  seul  homme  scie  quatre  pierres 
avec  quatre  scies  en  même  tems;  3°  une  machine  pour  donner 
aux  canons  de  l'artillerie  de  la  marine  une  direction  fixe,  malgré 
les  mouvemens  alternatif;  des  vaisseaux  de  guerre;  \°  un  bateau 
plat  portant  au  moins  qnatre  canonH ,  sur  Jrqucl  l'équipage  est 


i7o  LIVRES  ETRANGERS. 

à  l'abri  du  canon  de  l'ennemi ,  et  où  les  rameurs  peuvent  facilement 
prc'parer  leurs  armes  pour  l'abordage  •  5°  un  instrument,  nomme' 
en  espagnol  trillo,  espèce  de  traîneau  pour  battre  le  ble' ,  plus 
commode  et  plus  efficace  que  les  anciens-  6°  et  70  la  ebarrue  et 
le  semoir,  dont  nous  avons  déjà  parle  (  T.  V  ,  p.  ?.ç/>  et  297). 

M.  Regâs  a  fait  dessiner  toutes  les  machines  que  nous  venons 
d'indiquer,  et  il  en  a  répandu  les  exemplaires  graves  en  taille- 
douce.  Il  est  bien  à  désirer  que  l'Espagne  possède  beaucoup 
d'hommes  aussi  utiles  à  sa  civilisation  et  à  son  industrie  que  l'a 
été'  M.  Regàs.  .1.  A.  Llorf.!*te. 

PORTUGAL. 

35. —  Os  precursores  do  Anti-Christo  :  historia  profética  dos 
mais  Jamosos  impios  que  teni  liauido  desde  o  cslablecimento  da 
igreja  aie  os  nossos  dias  ;  o  a  reuoluzao  franceza  proj'etizada  por 
S.  Joâo  Evangelista ,  corn,  huma  disertaedo  sobre  a  vinda  ej'uturo 
reinado  do  Anti-Chris io.  —  Les  précurseurs  de  l'Antéchrist  : 
histoire  prophétique  des  impies  les  plus  fameux  qui  ontexisté,  de- 
puis l'établissement  de  l'Eglise  jusqu'à  l'époque  de  la  révolution 
française,  prophétisée  par  saint  Jean  KKvangéliste ;  avec  une 
dissertation  sur  la  vie  et  le  règne  futur  de  Y  Antéchrist  :  Lis- 
bonne, in-8°  (600  Reis). 

C'est  la  traduction  d'un  ouvrage  français  qui  parut  en  1817, 
et  qui  eut  un  succès  si  extraordinaire,  que  six  éditions  furent  en- 
levées en  peu  de  jours.  Il  paraît  que  l'auteur  a  obtenu  aussi  les 
suffrages  des  Portugais.  % 

3(>.  —  Theoria  do  discurso  applicada  de  Lingua  Portngueza  , 
em  que  se  moslra  a  estreita  rclac/to  c  mutua  dépendaient  dos 
qualm  sciencias  intcllcctuacs ,  hsabers  Ideologia  ,  ( •ramdlira ,  Lo- 
gica,  c  Hhclorica ,  por  Antonio  I.cili  I\u:v.ir.o.  —  Théorie  i\u  dis- 
cours appliquée  à  la  langue  portugaise,  dans  laquelle  on  dé- 
montre l'étroite  relation  et  la  dépendance  mutuelle  des  guatre 
sciences  intellectuelles,  savoir  :  L'idéologie,  la  grammaire,  la 
logique  et  la  rhétorique.  Par  Antoine  Leiti  Ribeiro.  1  vol.  in-8°. 
Lisbonne,  1819  (/J80  Reis). 

Gel  ouvrage  élémentaire  pour  l'étude  des  belles-lettres,  est  le 
premier  qui  ait  été  écrit  avec  clarté  et  précision  on  portugais. 
«-1  oui  soit  digne  d'être  offert  à  la  jeunesse  portugaise  qui  se  de 


LIVRES  ÉTRANGERS.  171 

tine  à  la  carrière  littéraire.  L'auteur,  qui  occupe  la  chaire  de 
professeur  de  philosophie,  d'histoire  et  de  géographie  au  collège 
royal  militaire ,  a  dédié  son  ouvrage  au  prince  Pedro  d'Alcan- 
tara. 

3^.  —  Tratado  da  f^ersiûacûo  portugueta.  —  Traité  de  la 
Versification  portugaise ,  par  le  professeur  Pedro  José  da 
Fonseca.  Lisbonne,  1817,  in-8°  (  820  Reis). 

Ce  traité,  écrit  par  un  littérateur  estimé,  est  le  meilleur  ou- 
vrage sur  la  versification  que  la  littérature  portugaise  possède. 
Les  règles  qu'il  renferme  ,  sont  précises  et  claires  ;  elles  sont  ac- 
compagnées d'exemples  tirés  des  meilleurs  auteurs  nationaux. 

38.  —  A  Lyra  anacreontica ,  por  J.  Agosûno  de  Macedo.  — 
La  Lyre  anacréontique  ,  par  Joseph  Augustin  de  Macedo. 

Ce  volume  de  poésies  contient  cent  odes  traduites  d'Anacréon, 
et  une  ode  traduite  d'Horace  j  toutes  suivant  le  rhythme  de  Fau- 
teur original. 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

39.  —  lets  ouef  de  armoede,  enz.  —  Un  mot  sur  la  pauvreté 
et  le  défaut  d'occupation  ,  par  rapport  à  l'économie  politique 
et  statistique,  par  D.  F.  van  Alphen.  (Extrait  du  quatrième 
volume,  première  partie  du  Magasin  pour  l'état  des  Pauvres,  etc.) 
Leyde,  chez  D.  du  Mortier  et  fils. 

•  4°'  —  Examen  de  cette  question  :  Cicéron  dans  ses  préceptes 
dialectiques  a-t-il  péché,  ou  non,  contre  les  principes  de  la  mo- 
rale ?  Ouvrage  en  forme  de  lettres  adressées  à  M.  Schroeder  par 
M.  van  Hall  ,  avocat  ;  Amsterdam  ,  chez  van  des  Hey,  1819. 

M.  Schroeder  avait  lu  dans  une  assemblée  publique  de  la  So- 
ciété des  Sciences  et  Arts  ,  un  discours  intitulé  :  Préceptes  de  la 
logique  de  Cicéron  comparés  à  ceux  de  la  loi  morale  ,  et  particu- 
lièrement à  ceux  que  nous  impose  l'amour  de  la  vérité.  C'est  ce 
qui  a  donné  lieu  à  l'ouvrage  que  nous  annonçons. 

4i •  —  Seerpii  GrAtAma,  antecessoris  Groningani,  prœlectiones 
ad  prolegomena  et  partent  primarn  institutionum  justinianearum, 
commodo  discipulorum  suoq  e  typis  expressœ.  Leçons  sur  les  pro- 
légomènes et  la  première  partie  des  Institutes  de  Justinien,  par  le 
professeur  de  Groningue  Gratama  ,  à  l'usage  de  ses  élèves.  Gro- 
ningue;  C.  M.  J.  van  Bolhuis,  1818,  in-8°. 


i3a  LIVRES  ETRANGERS. 

42.  —  Jielangryhe  tafereclen ,  etc.  —  Tableaux  intéressant 
pris  dans  la  jurisprudence  criminelle,  et  particularité'*  remar- 
quables de  la  vie  des  malfaiteurs  secrets ,  d'après  des  renseigne- 
mens  authentiques  ,  par  J.  B.  Christemeyer.  Amsterdam,  chez 
van  Kesteren  ,  1819  ,  in-8°  de  2 18.  Recueil  estimable  et  qui  n'est 
pas  intéressant  seulement  sur  le  titre. 

43.  —  abrégé  de  V Histoire  de  la  Hollande  ,  formant  aujour- 
d'hui la  partie  septentrionale  du  royaume  des  Pays-Bas  ,  ouvrage 
posthume  de  Philippe  Gigot  ,  professeur  de  belles  -  lettres  , 
membre  de  plusieurs  Sociétés  savantes.  Bruxelles  ,  frères 
Delemer. 

4  \.  —  De  kwade  Vrouw  verlebeberd ,  enz.  —  La  Méchante 
femme  corrigée,  ou  la  double  Métamorphose;  opéra  imité  du 
français  (  Le  Diable  a  quatre  ou  la  Femme  acariâtre  ).  Par  M.  G. 
Engelman ,  musique  de  Solié.  Amsterdam,  J.  C.  van  Kes- 
teren. 

45.  —  De  Mensch  ,  etc.  —  L'Homme,  poème  en  trois 
chants,  par  C.  Loots.  Amsterdam  ,  van  der  Hey,  1819,  in-8°. 

Ce  que  nous  connaissons  de  M.  Loots  nous  fait  espérer  qu'a- 
près Y  Essai  sur  C  homme ,  de  Pope,  dont  la  littérature  hollandaise 
possède  une  belle  traduction,  par  M.  van  }Vinlery  fils,  il  ne  sera 
pas  trouvé  dans  cette  tentative 
Impar  congressus  AchUli. 

M.  Loots  vient  encore  de  publier  Ilulde  ,  hommage  à  la  mé- 
moire de  Juste  van  den  Vondel,  le  coryphée,  le  géant  du 
pâmasse  Batavc. 

Le  même  libraire,  van  der  Hey,  a  publié  un  quatrième  volume 
des  oeuvres  poétiques  de  M.  Wiselius.  Nous  avons  annoncé  les 
trois  premiers. 

46.  —  H.  G.  OosTmnYK  de  Lierzangcn ,  etc. —  Les  odes  d'Ho- 
race, traduites  en  vers  hollandais,  par  H.  G.  Oûsti-roy*.  Har- 
lem ,  veuve  Loosjes  ,  1818,  in   12. 

47-  —  Kenophontis  Ephesii  de  jfnthid  et  Habrocomc  Ephesia- 
cnruni  Libri  J^  ,  gnrcè  et  lati/u-  ne  ensuit ,  adnntationibus  aliorum 
n  mus  illustiuu'it  Petrus  Hofm.w  I'i  1  1  i.kamp.  —  Les  amours  d'A- 
Drocome  et  d'Anthia,  par  Xénophon  d'Ephèse ,  revus  pour  le 
texte  grec  el  la  traduction  latine ,  et  enrichis  de  nouvelles  notes, 


LIVRES  ETRANGERS.  i73 

par  Pierre  Hofman  Peerlkamp.  Harlem,  1818,  1  vol.  in-4°,  veuve 
Loosjes. 

48.  —  Letter-en  Oudheid-hundige  verhandetingen.  —  Mé- 
moires philologiques  et  archaeologiques  de  la  Société  hollandaise 
des  Sciences,  résidant  à  Harlem,  tom.  111,  part.  1.— Harlem, 
veuve  Loosjes,  1818,  in-8®. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

/Jq.  (*■)  —  Du  Thé ,  ou  Nouveau  traité  sur  sa  culture  »  sa  récolte, 
sa  préparation,  et  ses  usages;  par  F.  Marquis  jeune,  marchand  de 
thés  de  S.  A.  R.  Monsieur,  Comte  d'Artois.  Orné  de  gravures 
colorie'es ,  faites  d'après  nature  et  d'après  des  peintures  originales 
de  la  Chine.  Paris,  1820,  1  vol.  in-r8.  Prix,  5  fr.;  INepveu,  li- 
braire ,  passage  des  Panoramas,  n°  26. 

Livré  spécialement  au  commerce  des  feuilles  du  précieux  ar- 
buste qui  nous  a  donné  le  thé,  à  portée  d'en  comparer  les  diverses 
espèces  et  les  qualités  plus  ou  moins  agréables,  M.  Marquis  a 
voulu  ajouter  aux  notions  acquises  par  sa  propre  expérience  , 
toutes  celles  que  pouvaient  lui  procurer,  sur  le  même  objet,  les 
recherches  des  voyageurs  et  des  naturalistes  les  plus  estimés.  Les 
principales  sources  où  il  a  puisé,  sont  :  Un  manuscrit  d'un  direc- 
teur de  l'ancienne  compagnie  des  Indes;  le  f^oyugc  de  M.  de 
Guignes  ,  qui  a  résidé  pendant  une  vingtaine  d'années  à  Canton  • 
l' Histoire  du  Japon ,  par  le  docte  Kœmpfer,  et  celle  du  P.  Le- 
cornte.  En  ce  qui  regarde  les  propriétés  salutaires  attribuées  au 
thé  ,  les  autorités  invoquées  par  M.  Marquis  sont,  entre  autres  , 
les  célèbres  médecins  Lémery,  Tonquet,Tulpius  et  Bontekoè'.  Il 
règne  beaucoup  d'ordre  et  de  clarté  dans  la  disposition  des  élé- 
mens  réunis  par  l'auteur.  On  y  voit  successivement  exposés  la 
description  des  diverses  espèces  de  thé  ,  leurs  caractères  distinc- 
tifs,  leurs  modes  de  culture,  les  époques  de  leurs  récoltes,  la 
manipulation  des  feuilles,  les  différentes  préparations  qu'elles 
subissent  pour  le  breuvage,  les  précautions  prises  pour  les  livrer 
au  commerce  ,  etc.  Suit  un  aperçu  des  essais  sur  l'introduction 
de  cet  arbrisseau  en  Europe  et  en  France  particulièrement,  avec 
un  exposé  des  moyens  les  plus  propres  à  conserver  les  feuilles  de 
thé  sèches.  Enfin  ,  dix  planches  d'une  très  belle  exécution,  ren- 


i74  LIVRES  FRANÇAIS. 

dent  sensibles  au  lecteur,  les  détails  dans  lesquels  M.   Marquis  a 
dû  entrer  pour  bien  remplir  son  objet. 

5o.  —  Les  Ruines,  de  M.  de  Volney,  si  souvent  reproduites  par 
la  presse,  et  toujours  accueillies  avec  un  nouvel  empressement, 
viennent  de  recevoir  les  honneurs  d'une  sixième  édition,  et  se 
présentent  cette  fois  en  un  volume  iiwS,  qui  renferme  eu  outre 
la  Loi  naturelle  du  même  écrivain. Ce  format  commode  et  portatii 
convient  aux  personnes  qui  aiment  à  consacrer  des  promenades 
solitaires  à  de  grandes  et  utiles  méditations.  Le  coup-d'œil  phi- 
losophique jeté  par  Fauteur  sur  les  révolutions  des  empires ,  forme 
un  de  ces  tableaux  qui  sont  surtout  recherches  avidement  dans 
les  tems  de  reformations  politiques.  L'ame  alors  a  besoin  de  se 
reposer  sur  le  spectacle  des  siècles  ,  et  d'écouter,  pour  ainsi  dire, 
les  leçons  imposantes  du  passé. 

Les  Ruines  parurent,  pour  la  première  fois,  en  171)1  ,  époque 
de  tourmente,  à  laquelle  près  de  trente  années  n'ont  pu  faire  en- 
core succéder  un  calme  profond:  ce  livre  de  méditations  est  ana- 
logue à  la  situation  des  esprits.  Sans  cette  réflexion  ,  qui  semble 
donner  aux  diverses  apparitions  de  cet  ouvrage  une  espèce  d"ù- 
propos  ,  nous  aurions  cru  pouvoir  nous  borner  à  une  simple  an- 
nonce du  titre  :  la  réputation  des  Ruines  est  faite,  et  le  nom  de 
son  auteur  est  la  plus  belle  recommandation. 

M.  de  Volney  a  rencontré,  surtout  chez  nos  voisins  ,  des  mo- 
dèles dans  ce  genre  de  composition  ;  mais  il  lésa  plutôt  effacés 
qu'imités:  ceux-ci  n'  étaient  pas  appropriés  au  caractère  de  sa  na- 
tion. Des  lectures  qui  conduisent  à  une  sombre  misanthropie, 
ne  sauraient  plaire  qu'à  des  tempéramens  disposés  aux  atteintes 
du  spleen;  il  ne  faut,  à  des  Français,  qu'une  mélancolie  douce  et 
passagère,  pendant  laquelle  se  fasse  entendre  le  langage  de  la  rai- 
son el  d'une  philosophie  courageuse.  Ce  sonl  ces  instans  d'une 
rêverie  salutaire  que  produisent  les  Ruines,  où  l'ame  et  l'esprit 
se  complaisent  en  outre  dans  la  variété  des  tableaux,  et  recon- 
naissent ,  au  charme  et  à  la  pureté  du  style  et  des  annotations,  !e 
littérateur  profond  qui  a  médité  sur  le  génie  des  langues. 

La  /'"  naturelle  est  un  ouvrage  tellement  dépendant  du  pre- 
mier, que  nous  nous  bornerons  à  faire  remarquer  l'avantage  de 
le  rencontrer  dans  le  même  \ olume.  i  !et  te  <  <lii  ion  ,  qn 'à  son  exé- 
.  ution  typographique  on  croirait  due  aux  soins  de  iMM.  Didot , 


LIVRES  FRANÇAIS.  i?5 

sort  des  presses  de  MM.  Baudouin  frères  que  paraît  guider  le 
goût  des  belles  impressions,  comme  le  choix  des  bons  ouvrages. 
Planches  et  gravures ,  tout  est  digne  de  ce  joli  présent  fait  au 
public.  —  Un  vol.  in-i8de  plus  de  4^o  pages.  Edition  corrigée  de 
nouveau  par  l'auteur.  Prix,  3  fr,  et  3  fr.  75  c.  par  la  poste. 
Baudouin  frères  ,  imp.-lib.  ,  rue  de  Vaugirard  ,  n°  36. 

5i.  (*)•  — De  V Economie  publique  et  rurale  des  Perses  et  des 
Phéniciens  ;  par  L.  Reynier.  Paris  ,  1819,  1  vol.  in-8°,  J.  J.  Pas- 
choud,  rue  Mazarine,  n°  22;  et  à  Genève,  même  maison  de 
commerce. 

52.  (*). —  Essai  historique  sur  le  commerce  et  la  navigation  de  lu 
Mer-Noire ,  ou  Voyages  et  entreprises  pour  établir  des  rapports 
commerciaux  et  maritimes  entre  les  ports  de  la  Mer-INoireet  ceux 
de  la  Méditerranée  :  ouvrage  enrichi  d'une  carte  où  se  trouvent 
tracés,  i°la  navigation  intérieure  d'une  partie  de  la  Russie  euro- 
péenne et  celle  de  l'ancienne  Pologne  ;  20  le  tableau  de  l'Europe , 
servant  à  indiquer  les  routes  que  suit  le  commerce  de  Russie  par 
la  mer  Baltique  et  la  Mer-JNoire  ,  pour  les  ports  de  la  Méditer- 
ranée; 3°  le  plan  des  ca-taractes  du  Niéper ,  par  M.  Anthoine, 
Baron  de  Saint- Joseph  ,  officier  de  l'ordre  royal  de  la  Légion 
d'honneur,  ancien  maire  de  Marseille  ,  membre  de  l'Académie  de 
cette  ville,  etc.  ie  édit.,  1820.  1  vol.  in-8°.  Paris,  Mad.  Ve  Agasse, 
Treuttel  et  Wiïrtz,  et  Arthus-Bertrand. 

Depuis  iong-tems,  M.    de  Saint-Joseph  parcourt  avec  hon- 
neur la  carrière  du  commerce;  depuis   long-tems,  par  consé- 
quent, il  a  pu  en  suivre  et  en  observer  les  divers  mouvemens,  au 
milieu  même  des  circonstances  pénibles  où  se  sont  trouvées  la 
France  et  l'Europe.  Habitant  de  la  Provence,  ses  relations  d'in- 
térêt devaient  naturellement  le  porter  vers  le   Levant,  dont  le 
commerce,  quelque  avantageux  qu'il  pût  être,  lui  parut  encore 
susceptible  d'une  grande  extension.  Il  jeta  les  yeux  vers  la  Mer- 
INoire.  Dès-lors,  tous  ses  elforts  ont  constamment  tendu  à  renou- 
veler dans  ces  parages ,  au  profit  de  la  France  comme  à  celui  de 
la  Russie,  les  rapports  fréquens  de  commerce  que  les  Gêno:s  y 
entretenaient  autrefois.  M.  de  Saint-Joseph,  mu  par  cette  grande 
idée ,  recueillit  tous  les  documens  que  sa  position  le  mettait  à 
même  de  se  procurer;  il  dressa  des  Mémoires  ,  et  les  soumit,  à 


,:6  LIVRES  FRANÇAIS. 

Constantir.ople  ,  aux  ambassadeurs  de  France  et  de  Russie  ,  qui 
ne  virent  pas  avec  indifférence  un  projet  conçu  dans  L'intérêt 
des  deux  nations,  et  le  communiquèrent  à  leurs  cours  respec- 
tives. 

L'auteur  quitta  bientôt  Constantinople  pour  se  rendre  sur  les 
lieux.  Il  passa  ensuite  à  Pétersbourg,  rassemblant  sur  sa  route  et 
dans  cette  capitale,  tous  les  renseignemens  qu'une  juste  considé- 
ration pouvait  lui  acquérir.  Là,  le  prince  Potemkin,  l'impératrice 
Catherine  elle-même,  qui  avaient  connaissance  de  ses  travaux  , 
voulurent  bien  l'encourager,  et  lui  accordèrent  différentes  faveurs 
pour  qu'il  pût  fonder  à  Cherson  l'établissement  qu'il  piojetait. 

Par  sa  position,  la  Pologne  semblait  devoir  profiter  des  faci- 
lités qu'offraient  les  ports  de  la  Mer-Noire  pour  l'exportation  de 
ses  denrées.  Frappé  de  ces  avantages,  M.  de  Saint-Joseph  ne 
tarda  pas  à  se  rendre  à  Varsovie ,  où  l'on  reconnut  également  la 
justesse  de  ses  vues.  Mais  la  terrible  révolution  qui  démembra 
tout  le  royaume  pour  le  partager  entre  la  Russie,  la  Prusse  et 
l'Autriche,  vintdétruire  les  desseinsque  la  cour  de  Varsovie  avait 
pu  former.  A  Versailles,  on  ne  perdait  pas  de  vue  le  jeune  et  ha- 
bile négociant  qui  cherchait  à  ouvrir  à  la  France  de  nouveaux 
débouchés  pour  ses  produits,  et  à  lui  procurer  de  nouvelles  res- 
sources pour  ses  approvisionnemens.  M.  de  Saint-Joseph  obtint 
en  France  quelques  faveurs  et  quelques  privilèges  que  pouvaient 
justifier  son  zèle  et  son  dévouement.  Il  en  jouit  jusqu'aux  mal- 
heureuses circonstances  qui  vinrent  suspendre  le  cours  de  ce 
commerce  à  peine  naissant,  et  dont  on  peut  le  regarder  coninu 
le  fondateur,  du  moins  pour  ce  qui  concerne  la  France. 

C'est  l'histoire  de  ce  commerce,  c'est  sa  marche  progressif 
(pie  nous  présente  M.  de  Saint-Joseph.  Un  tel  sujet  demandai! 
un  écrivain  habile  et  un  homme  qui  eût  jugé  des  ehoses  par  lui- 
même,  an  homme  cnliu  dont  les  rapports  pussent    être  bases  sui 

l'expérience.  Déjà  la  première  édition  de  eel  ouvrage  ,  public 
en  i£o5,a  reçu  du  public  l'accueil  le  plus  favorable  :  celle-ci  l'ont' 
porte  par  la  richesse  des  doousnetts  aourreaui  qu'elle  renferme ,  e4 

par  les  additions  considérables  et  importantes  que  Ton  y  ren- 
contra 

Outre  que  la  plupart  des  chapitras  ont  reçu  de  notables  addi- 
tions, il  <  m  eat  plu  leurs  ( 49-54 )   qui  sont  entièrement  neufs  el 


LIVRES  FRANÇAIS.  177 

qui  ajoutent  à  l'intérêt  de  l'ouvrage.  Ils  traitent  du  commerce 
entre  la  Mer-Noire  et  lu  mer  Caspienne  ;  des  routes  que  peut 
prendre  le  commerce  en  Perse  et  dans  les  Indes  orientales ,  par  les 
ports  asiatiques  de  la  Mer-Noire  ;  et  du  commerce  des  ports  de 
l'Asie,  sur  la  Mer- Noire.  Ici,  l'auteur  passe  en  revue  les  peu- 
plades qui  habitent  le  Couban,  la  Cireassie,  l'Abaza,  la  Mingrélie, 
l'Irnirette,  le  Guriel,  l'Arménie  ,  le  pays  des  Daces  et  la  Natolie,  et 
donne  une  idée  de  leur  genre  de  trafic.  Au  ehap.  5-2 ,  il  est  ques- 
tion du  commerce  de  la  Perse  et  des  Indes ,  il  Constantinople  ,  par 
la  Mer-Noire;  on  y  trouve  un  Mémoire  intéressant  de  l'auteur, 
fait  en  1781.  Viennent  ensuite  des  notions  concernant  Obitoehney 
ou  Nogaisk,  -ville  nouvellement  fondée  sur  les  côtes  septentrio- 
nales de  la  mer  d'Azof,  par  M.  le  ge'ne'ral  Maison.  L'ouvrage  est 
terminé,  comme  dans  la  première  édition  ,  par  les  observations 
nautiques  sur  la  Mer-Noire,  d'après  lesquelles  l'auteur  recomman- 
dait de  diriger  la  navigation  de  ses  navires.  Quant  à  la  carte  qui 
accompagne  cet  important  ouvrage,  divers  motifs  nous  interdisent 
d'en  faire  l'éloge  (1) ;  seulement,  nous  observerons  que  le  nom  de 
son  auteur  est  un  sûr  garant  des  soins  qui  ont  été  apportés  à  sa 
confection.  Cette  carte  curieuse  justifie  pleinement  les  opinions 
et  les  faits  consignés  dans  le  livre  de  M.  de  Saint-Joseph. 

Nous  hasarderons  une  observation  que  nous  soumettons,  au 
reste,  à  la  sagacité  du  savant  auteur.  Peut-être  eût-on  vu  avec 
intérêt  reproduire  ici ,  toutefois  avec  les  changemens  et  les  mo- 
difications que  la  fréquence  des  relations  et  la  concurrence  au- 
raient pu  apporter  dans  les  prix ,  le  compte  simulé  des  marchan- 
dises importées  dans  les  ditlérens  ports  de  la  Mer-Noire  ,  et  de 
celles  exportées ,  qui  se  trouve  à  la  première  édition.  C'eût  été, 
à  notre  avis ,  un  point  de  statistique  commerciale  ,  dont  l'écono- 
mie publique  eût  pu  tirer  des  conséquences  importantes. 

Dans  cet  ouvrage  ,  remarquable  par  l'intérêt  des  matières  qu'il 
traite,  M.  de  Saint-Joseph  a  réuni  tout  ce  qui  pouvait  paraître 
susceptible  de  fixer  l'attention  depuis  le  traité  de  Kainardgy  (177^), 
dont  la  conclusion  a  opéré  une  si  grande  révolution  dans  le  com- 


(1)  L'auteur  de  cette  carte  est  M.  Barbié-du-Rocage,  l'un  de 
nos  collaborateurs,  père  de  l'auteur  de  cet  extrait ,  et  l'un  de  nos 
plu9  savans  et  de  nos  plus  laborieux  géographes.  (N.  d.  R.  ; 

TOME    VI.  19. 


i:8  LIVRES  FRANÇAIS. 

mercc  de  la  Mer-Noire;  Cest  un  ouvrage  essentiel ,  l'on  peut 
même  dire  classique  clans  son  genre,  et  que  Ton  ne  saurait  trop 
recommander  à  cens  qui  se  livrent  à  clés  opérations  de  commerce, 
et  à  ceux  qui  en  étudient  l'histoire.       Alex.  Barpié  du  Bocage. 

53.  — ■  Cours  complet  d'enseignement  mutuel ,  par  le  chevalier 
Eusèbe  Gorgehet  ,  chef  d'institution.  Paris,  1820  ,  un  vol.  in-8°, 
chez  l'auteur  ,  rue  de  l'Abbaye-Saint-Germain ,  n°  3. 

Parmi  les  instituteurs  qui  se  vouent  tout  entiers  à  l'instruction 
de  la  jeunesse ,  il  faut  distinguer  l'auteur  de  cet  ouvrage.  Le 
meilleur  moyen  ,  sans  doute  ,  pour  démontrer  l'excellence  d'une 
méthode  dans  Tordre  de  l'instruction  ,  c'est  d'en  faire  juge  le 
public,  qui  se  trompe  rarement  sur  ses  ve'ritables  intérêts.  Aussi 
JVÏ.  Eusèbe  Gorgeret  en  appelle-t-il  avec  raison  aux  lumières  des 
hommes  sensés.  Convaincu  que  les  formes  mystérieuses  ,  en  pa- 
reille circonstance,  se  ressentent  toujours  plus  ou  moins  d'un 
vernis  de  charlatanisme  ,  il  expose  avec  naïveté  et  sans  préten- 
tion la  manière  de  procéder  d'après  la  doctrine  de  l'enseignement 
mutuel,  ainsi  que  les  diverses  opérations  des  écoles  qui  ont 
adopté  cette  méthode. 

]\oii-seulement  M.  Gorgeret  applique  à  lalecture,  à  l'écriture  et 
à  l'arithmétique  le  mode  de  l'enseignement  mutuel,  il  en  fait  en- 
core usage  pour  les  langues  anciennes  et  les  langues  vivantes. 
Mais  ce  qui  doit  lui  assurer  plus  particulièrement  le  suffrage 
des  parens  et  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  progrès  de  l'en- 
fance, c'est  un  cours  de  lecture  actuellement  sous  presse  et  qui 
ya  paraître  incessamment.  Au  moyen  du  plan  adopte-  par  l'auteur, 
on  procède  de  la  synthèse  à  l'analyse,  pour  apprendre,  par  des 
dessins  analogues,  à  lire  avec  facilité,  avec  plaisir,  et  dans  la  même 
séance  ,  des  mots  entiers,  les  syllabes  dont  ces  mots  sont  compo- 
sés, les  sons  et  les  articulations  qui  en  résultent.  On  saura  enfui 
lire  en  In' s  peu  de  tems,  et  distinguer  toutes  les  difficultés  de  la 
langue  française,  soit,  dans  la  prononciation,  soit  dans  l'orto- 
graphe  d'usage.  Nous  avons  assistés  plusieurs  leçons  de  cet  lia- 
bile  instituteur,  et  nous  pouvons  assurer  que  jusqu'à  présent  il 
d  existe  point ,  pour  apprendre  à  lire  de  moi  en  plus  facile,  plus 
s.iti  faisant  et  {dus  proportionné  à  l'intelligence  des  jeunes  élèves. 

Nous  appellerons  epeore  l'attention  sur  le  traité  d'arithmétique 
qui  se  trouve  à  la  suite  des  exercices  d'enseignement  mutuel.  11 


LIVRES  FRANÇAIS.  179 

nous  a  paru  conçu'dans  une  forme  nouvelle ,  bien  détaillée  et  fort 
aise'e  à  saisir.  L'enseignement  mutuel  en  forme  la  base,  et  l'on  ne 
lira  pas,  sans  intérêt ,  les  moyens  sûrs  et  rapides  employés  par 
M.  Gorgeret  pour  accélérer  dans  cette  partie,  comme  dans  la  lec- 
ture, les  progrès  des  jeunes  gens  confiés  à  ses  soins. 

P.  F.  Lavaud,  ancien  professeur  au  collège  royal  de  Versailles. 
54.  (*)  — '  Recueil  complet  des  lois  et  ordonnances  du  royaume  ; 
année  1814  ;  par  M.  Isambert  ,  avocat  aux  conseils  du  Roi  et  à  la 
Cour  de  cassation.  Paris  ,  1820.  1  vol.  in-8°  de  826  pages; 
prix  9  fr.  5  à  Paris,  chez  l'éditeur,  rue  Saint-Antoine ,  n°  62. 
Eymery,  libraire  ,  rue  Mazarine ,  n°  3o.  JNève  ,  libraire,  au  Palais 
de  Justice. 

Ce  volume  contient  d'abord,  sous  le  titre  modeste  de  Notice, 
des  recherches  curieuses  sur  la  composition  du  Bulletin  des  lois  ; 
puis  ,  les  lois  et  les  ordonnances  publiées  dans  le  Bulletin  ,  à 
compter  du  Ier  avril  18 14.  'Il  est  enrichi  de  notes  courtes  et 
précises  ,  indicatives  des  dispositions  de  la  législation  antérieure 
que  les  lois  nouvelles  expliquent,  modifient  ou  abrogent.  Ces 
notes  seules  sont  un  ouvrage  important ;  elles  forment  une  espèce 
de  commentaire  perpétuel  singulièrement  utile;  on  a  pu  en 
juger  par  celles  qui  accompagnent  la  Charte,  laquelle  a  paru 
séparément. 

L'auteur  donne,  dans  Tordre  de  leurs  dates,  tous  les  actes 
du  gouvernement  provisoire  du  sénat  ,  du  ier  au  14  avril;  ceux 
du  gouvernement  provisoire  de  Monsieur,  du  14  avril  au  2  mai; 
ceux  du  gouvernement  du  Roi,  avant  la  Charte  ,  du  2  au  4  juin. 
Les  actes  du  gouvernement  constitué  ,  du  4  juin  au  3j  décembre 
1814,  sont  ensuite  placés  dans  Tordre  chronologique.  La  Charte, 
qui  est  la  loi  des  lois,  est  en  tête  de  la  première  partie,  et  en  ca- 
ractères plus  gros;  la  première  partie  est  composée  de  toutes  les 
lois, dans  Tordre  de  leur  promulgation. Les  ordonnances  ou  lesré- 
glemens  d'administration  publique  forment  la  seconde  partie. 

Le  volume  est^terminé  par  un  appendice  dans  lequel  l'auteur 
a  rassemblé  les  lois,  traités,  ordonnances  et  autres  actes  omis  au 
Bulletin  des  lois.  La  plupart  étaient  inconnus,  et  ils  sont  d'une 
haute  importance  historique  ,  politique  ou  législative.  On  y  trouve 
les  actes  du  gouvernement  royal  extérieur,  de  1^92  à  i8i4  ,  dont 
deux  du  régne  de  Louis  XVII ,  et  six  actes  des  années  premier* 

12* 


i8ô  LIVRES  1RAINÇA1S. 

deuxième,  neuvième,  dixième  et  dix-huitième  du  règne  extérieur 
de  Louis  XVIII;  les  traités  deValençay,  du  1 1  de'cembre  i8i3,  et 
du  20  juillet  t 81 4  >  avec  le  roi  d'Espagne;  les  articles  secrets  de 
la  convention  du  23  avril  et  du  traité  du  3o  mai  i8i4;  le  traité  du 
1 1  avril  avec  Napoléon  ;  les  actes  politiques  relatifs  à  rétablisse- 
ment delà  Charte;  la  loi  du  i3  août  1814,  omise  au  Bulletin  des 
lois;  les  réglemcns  de  la  Chambre  des  pairs  et  de  celle  des  dépu- 
tés; enfin,  les  actes  relatifs  à  l'organisation  judiciaire  et  adminis- 
trative des  colonies. 

Cet  appendice  a  près  de  200  pages.  L'auteur  fera  sans  doute 
une  récolte  pour  le  moins  aussiabondante ,  aussi  curieuse ,  pour  ses 
volumes  de  1 8 1 5  et  des  années  suivantes.  Celui-ci  est  précédé  d'uue 
table  chronologique,  beaucoup  plus  ample  que  celle  du  Bulletin, 
et  qui  renvoie  à  une  foule  d'ordonnances  restées  occultes ,  dont 
l'auteur  n'a  pas  pu  se  procurer  des  copies  ;  il  est  terminé  par  une 
bonne  table  des  matières. 

C'est  le  répertoire  le  plus  complet ,  ou  plutôt  le  seul  complet , 
qui  existe  pour  cette  époque  de  notre  législation.  Avec  d'aussi 
grands  avantages  sur  le  Bulletin  des  lois,  ildoit  devenir  h-  manuel 
de  tous  ceux  pour  qui  l'étude  de  notre  législation  est  un  devoir  ou* 
un  besoin,  c'est-à-dire,  de  tous  les  Français  éclairés. 

Làrjuinais. 

55.  —  Le  Droit  civil  français f  suivant  Tordre  du  code;  par 
M.  Tottllier.  doyen  dMge  et  de  service  de  la  faculté  de  droit  de 
Rennes,  etc. ,  2e  édit. ,  revue  et  corrigée.  Paris,  1819  et  1820, 
in-8°,  huit  vol.  Warée  oncle,  libraire. 

Cette    nouvelle    édition  ,    bien     exécutée  ,     et    publiée    avant 
que  la  première    ne  suit  Unie,   prouve  de    plus  en  plus  combien 
cet  excellent  ouvrage  a  de  succès.  Le  sa\ant  auteur  y  joint  cons- 
tamment les  théorie!  les  plus  profonde!  aux  doctrines  pratiques 
les  plus  exactes.  Les  numéros  de  cette   nouvelle  édition  corres- 
pondent à  ceux  de  l'ancienne;  mais  on  a  double,  triplé,  certains 
numéros  pour  y  joindre  de!  additions  et  corrections  assez  nom- 
breuses. Par  exemple,  le  n°  /i(><)  b(tt  tom.  111  ,  coutient  une  addfl 
tion  importante  sur  les  propriétés  souterraines  et  superfioiairs! 
nomme  caves,  aqueducs  et  cloaques  indditiés,  qu'il  ne  faut  jamai> 
confondre  avec  les  servitudes.  Les  tables  et  les  suppléinens  de  la 
première  édition  vont  bientôt  paraître,  et  le  neuvième  volume  va 
être  mis  sou»  presse  Lamuinais. 


LIVRES  FRANÇAIS.  181 

36.  —  Extrait  du  Bulletin  des  lois.  Lois  commerciales  ,  droits 
des  tiers ,  majorats  ;  recueil  compose'  pour  la  commodité'  des  fonc- 
tionnaires publics  et  des  citoyens,  par  commission  spéciale  de 
M.  le  garde-des-sceaux  ,  du  20  fév.  181 8:  par  M.  Dupin,  docteur 
endroit,  avocat  à  la  cour  royale  de  Paris.  1820,  1  vol.  in-8°. 
Paris,  Guillaume. 

Nous  avons  annonce'  les  quatre  pre'cédens  volumes  de  cette  col- 
lection ,  d'autant  plus  recherchée  qu'elle  est  oflicielle  ,  mise  en  un 
bel  ordre  par  un  de  nos  premiers  jurisconsultes,  et  accompagnée 
de  ses  notes  et  de  ses  préfaces  ou  avertissemens  fort  instructifs. 
Nous  citerons  ,  en  particulier,  l'avertissement  du  recueil  sur  le$ 
droits  des  tiers,  et  celui  qui  concerne  les  majorats.  Nulle  part, 
jusqu'à  présent,  on  ne  trouvait  les  droits  des  tiers  traités  dans 
leur  ensemble  et  avec  quelque  étendue. 

Dans  ¥  avertissement  sur  le  recueil  des  lois  et  des  ordonnances 
ou  réglemens  relatifs  aux  majorats  (car  les  lois,  proprement  dites  , 
sont  toujours  confondues,  ici  comme  dans  le  Bulletin,  avec  ce  qui 
n'est  que  règle  subordonnée  aux  lois  mêmes),  l'auteur  examine 
deux  questions  importantes ,  savoir  :  dans  l'état  présent  de  la  lé- 
gislation non  abrogée  ,  les  majorats  sont-ils  ou  non  fondés  en  loi? 
Sont-  ils  ou  non  compatibles  avec  la  Charte  constitutionnelle  ? 
L'auteur  discute  ces  questions;  mais  il  ne  prend  pas  sur  lui  de 
les  résoudre  : 

Etfugit  ad  salices  et  se  cupil  ante  videri. 
Que  pouvait-il,  que  devait-il  faire  de  plus  dans  un  ouvrage  pu- 
blié par  décision  d'un  ministère  où  se  créent  et  journellement  s'ad- 
ministrent par  privilège  les  majorats?  Jl  désire  qu'on  ait  une  loi 
sur  ce  sujet  j  et  voilà  qu'en  même  tems,  un  pair  de  France  a  fait, 
en  la  Chambre  des  pairs,  dans  le  mois  de  mars  dernier,  une  propo- 
sition formelle  de  loi  générale ,  pour  faciliter  et  multiplier  en 
France  l'établissement  des  majorats,  pendant  qu'en  Espagne 
même  ,  et  depuis  plus  de  quarante  ans  ,  l'autorité  agit 
pour  les  détruire  ou  en  diminuer  le  nombre  (1).  Lànjlinais. 
S7.  (*)  —  Histoire  abrégée  des  Jésuites  et  des  Missionnaires 
Pères  de  la  foi ,  où  il  est  prouvé  que  ces  religieux  et  toutes  corpo- 

(i)  f^.  Revue  Encyclopédique,  tom.  V,  p.  579;  Ilistoriade  los 
vinculos  y  maynrascos  por  I).  Juan  Sempen-  y  (juarinos  ;  Madrid  , 
i8o5;  1  vol.  in-12;  et  Sismondi,  Economie  politique,  livre  III , 
chapitre  2. 


i8a  LIVRES  FRANÇAIS. 

rations  ecclésiastiques  régies  par  1  institut  de  la  Société  de  Jésus  „ 
ne  sont  tolérables  chez  aucunes  nations  policées;  suivie  d  observa- 
tions faites  au  lloi  et  aux  deux  Chambres ,  sur  cet  important  sujet. 
Avec  cette  épigraphe  :  «  Les  jésuites  sont....  les  ennemis  de  l'Etat 
»  et  couronne  de  France,  les  corrupteurs  de  la  jeunesse,  les  per- 
j>  turbateurs  du  repos  public.  »  Edit  d'Henri  1P^,  du  n  jan- 
vier i5o5.  Paris,  1820,  2  vol.  in-8°;  Delaunay,  libraire,  Palais- 
Royal  ,  galerie  de  Bois,  n°  2  p.  Prix ,  12  fr.,  et  iG  fr.  par  la  poste. 

58. —  Examen  critique  de  l'équilibre  social ,  ou  Abrégé  italique 
politique  et  militaire;  par  M.  le  baron  R***.  Paris,  1820;  un  vol. 
in-8°  de  2;8  pag. ,  avec  une  carte.  Magimel ,  rue  Dauphinc. 

Sous  ce  titre,  M.  le  baron  R***  publie  six  traités  distincts,  sur 

Y  éducation ,  les  constitutions  politiques  ,  les  élections,  les  finances, 

Y  équilibre  des  puissances,  et  sur  la  force  militaire  des  États  de 
l'Europe.  A  la  vérité,  il  y  a,  entre  ces  traités  et  la  matière  dont 
chacun  d'eux  est  l'objet,  des  rapports  suilisaus  pour  motiver  leur 
réunion  en  un  seul  corps  d'ouvrage. 

Il  faut  distinguer  dans  ces  traités  les  idées  générales  et  déjà 
connues,  des  idées  ou  des  systèmes  nouveaux.  L'auteur  se  plaint 
de vc  que  notre  éducation,  toute  dirigée  vers  le  développement 
des  facultés  intellectuelles,  néglige  trop  la  culture  des  qualités 
du  cœur;  il  voudrait  que  la  vertu  fût  admise,  en  concurrence 
avec  les  talens,  pour  les  places  et  les  récompenses  publiques.  Ce 
vœu  mérite  d'être  accueilli  et  médite'  j  .r  tous  les  hommes  qui 
s'occupent  de  l'.éducation  pufelique.  M.  il***  propose  d'instituer 
des  électeurs  et  des  éligibles  moraux;  il  les  fait  entrer,  comme 
élément,  dans  les  nouvelles  constitutions  politiques  :  cette  idée 
le  conduit  à  proposer,  dans  le  chapitre  des  élections ,  la  formation 
d'un  jury  d'honneur  et  l'établissement  d'un  registre  de  vie  fonda- 
mentale où  le  jury  consignerait  ses  opinions,  en  tant  qu'elles  se- 
raient  honorables  aux  citoyens  ,  et  serviraient  à  éclairer  leur 
choix  pour  la  nomination  des  éligibles:  système  qui  conduit  à 
une  espèce  d 'inquisition  morale  qui  n'effraie  point  M.  Il***,  et 
dont  il  prononce  franchement  le  mot.  Je  suis  moins  hardi  que  lui, 
et  j'avoue  que  toute  inquisition  m'est  suspecte  de  partialité, 
dans  les  tema  de  dissensions  et  de  partis;  d'usurpation,  dans  les 

tenis  calmes  et  tic  conlianec. 

M.  \\r"  jette  un  coup-d'œil  rapide  sur  l'équilibre  des  puis- 
sances européennes ,  et  ne  se  dissimule  point  qu'il  est  rompu;  à 


LIVRES  FRANÇAIS.  »83 

l'est,  par  l'accroissement  rapide  et  colossal  de  la  Russie;  à  l'ouest, 
parles  vaisseaux  et  l'or  de  l'Angletfl(fce.  L'Allemagne,  plus  oc- 
cupe'e  des  souvenirs  du  passe  que  des  menaces  de  l'avenir,  se 
cuirasse  du  côté  de  la  France,  dont  elle  n'a  plus  rien  à  craindre, 
tandis  qu'elle  demeure  à  découvert  et  sans  défense  du  côté  de  son 
seul  et  formidable  ennemi.  La  France  a  adopté  une  autre  poli- 
tique; soit  impuissance ,  soit  calcul,  elle  néglige  d'élever  forte- 
resses contre  forteresses. 

M.  R***  propose  une  double  ligue:  l'une  à  Test,  entre  l'Autri- 
che ,  la  Prusse  et  la  Suède  ;  l'autre  à  l'ouest ,  formée  de  la  France , 
de  l'Espagne  et  de  INaples.  Cette  ligue  offrirait  quelques  chances 
périlleuses  pour  la  Russie  et  l'Angleterre  ;  tandis  que,  dans  l'état 
actuel  d'isolement  des  Etats  du  second  ordre,  il  n'y  a  que  des 
chances  de  succès  pour  les  deux  grandes  puissances,  etd'iné\itable 
ruine  pour  les  autres  Etats. 

Ces  considérations  sont  exposées  avec  beaucoup  de  force  et  de 
clarté.  Le  chapitre  sur  les  finances ,  et  celui  sur  l'équilibre  des 
troupes  régulières  et  des  milices  ou  gardes  nationales, paraissent 
dignes  des  méditations  des  publicistes  et  du  suffrage  des  bons 
citoyens.  A. 

5g.  —  Petit  Catéchisme  a  l'usage  des  Français,  sur  les  affaires 
de  leur  pays.;  par  M.  de  Pràdt,  ancien  archevêque  de  Malines. 
Paris,  1820,  in-8°  de  iqt  pag.,  chez  Béchet,  quai  des  Augustins, 
n°  57.  Prix  ,  3  fr.  5o  c. ,  et  4  fr.  i5  c.  franc  de  port. 

On  ne  voit  pas  sans  étonneraient  dans  cette  brochure,  en  géné- 
ral très  libérale  ,  que  l'auteur  adopte  la  fausse  et  pernicieuse  dis- 
tinction des  articles  prétendus  réglementaires  dans  notre  loi  fon- 
damentale, et  qu'il  invite  à  les  changer,  sans  délais,  sans  formes 
spéciales,  comme  on  abroge  une  loi  secondaire;  c'est  dire,  appa- 
remment sans  y  penser,  que  la  France  n'a  pas  de  constitution 
écrite,  qu'elle  est  soumise  au  bon  plaisir  des  trois  branches  du 
pouvoir  législatif  constitué.  On  remarque  d'autres  fautes  encore 
dans  ce  catéchisme  utile  ,  mais  écrit  avec  trop  de  précipitation. 

Laivjuiiv.us. 

60.  (*)  —  De  la  Révolution  actuelle  de  l'Espagne,  et  de  ses 
suites;  par  M.  de  Pradt,  ancien  archevêque  delVJalines  ;  avec  cette 
épigraphe  :  U injustice  à  la fin  produit  l'indépendance.  Paris,  1820; 
brochure  in-8°  de  222  p.  Béchet  aîné,  libraire-éditeur,  quai  des 


184  LIVRES  FRANÇAIS. 

Augustins,  n°  5^,  et  à  Rouen,  Réchet  fils  ,  libraire,  rue  Grand- 
Pont  ,  n°  ^3.  Prix,  4  fr-  4flp*  ■>  e*  ^  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

La  haute  importance  du  sujet,  l'honorable  célébrité  de  l'au- 
teur qui  s'en  est  emparé  pour  l'instruction  des  peuples  et  des 
gouvernemens,  exciteront  sans  doute  un  vif  intérêt  parmi  toutes 
les  classes  de  lecteurs-  mais,  c'est  aux  hommes  d'Etat,  surtout, 
que  la  lecture  doit  en  être  le  plus  profitable  ,  s'ils  y  apportent 
les  mêmes  dispositions  qui  semblent  avoir  animé  M.  de  Pradt,  en 
composant  cet  écrit.  INous  nous  bornons  à  en  indiquer  les  prin- 
cipaux objets.  L'auteur,  après  avoir  dédié  son  ouvrage  à  la  noble 
nation  qui  fixe  aujourd'hui  sur  elle  les  regards  de  l'univers,  se 
livre  successivement  à  l'examen  des  questions  suivantes  :  L'Es- 
pagne pouvait-elle  échapper  à  une  révolution? — Comment  se 
forment  les  élémens  des  révolutions  ,  et  comment  s'est  arrangée 
celle  d'Espagne?  — Comment  a  régné  Ferdinand  ?  —  Quels  se- 
ront les  résultats  de  cette  révolution  par  rapport  à  l'Europe,  à 
l'Amérique  ,  au  monde  entier  et  à  la  royauté  ?  —  Que  doit  faire 
l'Espagne  pour  mettre  à  profit  ce  grand  événement? 

«  Ce  n'est  pas  tout,  dit  M.  de  Pradt,  que  d'être  assistant  au 
spectacle  où  se  jouent  les -grandes  scènes  dont  s'alimente  l'his- 
toire; il  faut  encore  chercher  d'où  elles  viennent  et  où  elles  con- 
duisent: sans  ces  considérations,  l'histoire  reste  sans  leçons,  et 
ne  dépasse  pas  de  beaucoup  une  fable  sans  moralité  ;  et  dans  ce 
cas ,  ce  n'est  guère  la  peine  ni  de  regarder,  ni  de  lire.  » 

M.  de  Pradt  a  rempli  lui-même,  avec  cette  supériorité  qu'on 
lui  connaît,  la  tilche  qu'il  signale  aux  historiens. 

Ci.  —  R<  flexions  sur  le  nouveau  projet  de  loi  des  élections  ,  pré- 
senté a  la  Chambre  des  députes  le  \5 février  1820;  par  M.  T.  E.  Es- 
quire  ,  électeur  futur;  brochure  in-8°  de  i5  pag.  Prix,  5o  cent. 
Paris,  Delaunay,  au  Palais-Royal. 

Brochure  écrite  dans  un  esprit  très  constitutionnel. 

C2.  —  Lettre  h  M.  le  baron  Mounier,  sur  la  a  usure  ;  Lettre  de 
J .-J.  Rousseau  à  A7.  le  comte  de  Girardin  ,  sur  la  destitution  de 
ce  dernier.  Réflexions  sur  l'état  du  christianisme  en  Fr.ince:  par 
IM.  Kkratry  ,  du  Rinistère.  Paris,  1820.  Belin  ,  rue  des  Mathu- 
rins-Saint-Jacques,  n°  1^. 

C3.  —  Mémoire  sur  les  Cent  Jours  ,  en  forme  de  lettres ,  avec  des 
notes etdes pièces justificatives;  par  M- Benjamin  Constant;  première 


LIVRES  FRANÇAIS.  i85 

partie  ;  in-8°.  Prix ,  3  fr.  et  3  îc .  ;5  c.  franc  de  port.  A  Paris ,  chez 
Béchetaîné,  libraire,  quai  des  Augustins.  n°57,  et  à  Rouen  ,  chez 
Béchet  fils,  libraire,  rue  Grand-Pont ,  n°  73. 

64. — Des  Proscriptions,  par  M.  Rignon.  Paris,  1820,  2  vol.  in-8°; 
Brissot-Thivars,  rueNeuve-des-Petits-Champs,n°22.  Prix,  12  fr. 

L'auteur  a  divisé  son  ouvrage  en  cinq  livres.  Le  1er  traite  des 
proscriptions  dans  les  républiques  anciennes  et  modernes ,  ou  du 
combat  de  la  liberté  et  de  la  tyrannie  ;  le  JIe,  des  proscriptions 
politiques,  dans  les  monarchies  modernes,  ou  du  combat  de  la 
royauté  absolue,  soit  avec  la  noblesse  féodale  ,  soit  avec  les  na- 
tions elles-mêmes  ;  le  IIIe,  des  proscriptions  religieuses,  ou  du 
combat  de  la  liberté  de  conscience  contre  l'intolérance  et  la  per- 
sécution ;  le  IVe,  des  proscriptions  dirigées  par  la  noblesse  contre 
le  peuple ,  ou  par  le  peuple  contre  la  noblesse ,  ou  du  combat  de 
l'esprit  d'égalité  et  de  l'esprit  de  privilège;  le  Ve,  de  la  proscrip- 
tion simultanément  dirigée  par  divers  gouvernemens  contre  la 
liberté  de  la  presse  et  contre  les  hommes  qui  réclament  des  cons- 
titutions représentatives,  ou  du  combat  de  la  fausse  politique  des 
cabinets  contre  l'esprit  d'indépendance  des  peuples.  L'auteur  est 
conduit  à  jeter  un  coup-d'œil  sur  le  congrès  de  Carlsbad  ,  les  dé- 
crets de  la  diète  de  Francfort,  et  le  congrès  actuel  de  Vienne.  Ce 
livre  est  terminé  par  un  résumé  général  de  l'ouvrage. 

65.  — »  Correspondance  entre  un  Anglais  et  un  Français,  relative 
à  l'état  actuel  de  leurs  nations,  et  aux  différens  partis  qui  les  di- 
visent; contenant  une  relation  exacte  du  massacre  de  Manchester, 
l'acte  d'installation  du  second  congrès  de  la  république  de  Vene- 
zuela ,  et  l'histoire  du  théâtre  français  que  l'on  essaya  d'introduire 
à  Londres  en  1749?  et  que  l'on  y  a  clandestinement  établi  en  i8i3. 
Publié  par  Ricord  aîné,  ancien  oflicicr  supérieur.  Paris,  1820, 
1  vol.  in-8°.  Prix,  5  fr.  Chez  J.  Brianchon,  libraire,  quai  des 
Augustins ,  n°  ri. 

66.  —  Essai  Historique  sur  Thadée  {lisez  Thaddée)  Kosciuszho. 
Paris ,  à  la  librairie  politique.  1820.  in-8°de  12  p.  Signé  A.  deLow, 
et  dédié  a  monsieur  le  duc  de  Cazes. 

67.  (*)  — Parga,  poè'me ;  par  J.  P.  G.  Viennet,  capitaine  au 
corps  royal  d'état-major,  chevalier  de  Saint-Louis  et  de  la  Légion 
d'honneur,  membre  de  la  Société  philotechnique,  de  la  Société 


i86  LIVRES  FRANÇAIS. 

loyale  académique  de  Paris,  etc.  ;  imprime  au  be'néfice  des  Par- 
ganiotes.  Paris,  i8ïo.  Delaunay,  libraire,  Palais-Royal. — Bro- 
chure in-B°  de  3i  pages.  Prix,  1  IV. 

Nous  nous  proposons  de  rendre  compte  de  cette  intéressante 
production,  à  la  suite  d'une  notice  historique  sur  Parga,  qui 
paraîtra  dans  l'un  de  nos  prochains  cahiers. 

68.  —  De  l'Etat  des  gens  de  lettre  s  et  des  Hautes  Ecoles  sous 
le  régime  actuel  de  la  commission  de  l 'instruction  publique  ;  par 
M.  Prunelle,  ancien  médecin  des  armées  françaises,  professeur 
à  l'Ecole  de  Médecine  de  Montpellier,  etc.  Paris,  1819.  Brochure 
in-8°  de  G\  pa.;.  Méquignon-M  arvis ,  libraire  pour  la  paitie  de 
médecine,  rue  de  l'Ecole-de-Mèdecinc ,  n°  3. 

Nous  recommandons  à  l'attention  publique  cet  excellent  opus- 
cule d'un  savant  distingue. 

69  (*)•  —  Discours  choisis  de  Ciccron.  Traduction  nouvelle, 
avec  le  texte  en  regard,  par  P.  C.  lî.  Gueroclt,  ancien  conseiller 
titulaire  de  l'Université.  Paris,  1820J  2  vol.  in-8°.  Prix,  lafr.  Chez 
Renouard,  rue  Saint-André-des-Ar#. 

A  cette  époque  de  l'histoire  moderne  où,  clans  presque  tous  les 
Etats  de  l'Europe,  les  intérêts  des  peuples  sont  enfin  devenus 
l'objet  de  discussions  publiques,  le  nom  de  Ciceron  semble  ré 
clamer  une  nouvelle  attention,  et  commander,  en  quelque  sorte, 
un  respect  religi  ux.  En  effet,  il  nous  rappelle  cet  être  privilégie 
de  l'art  et  de  la  nature  ,  que  près  de  vingt  siècles  ont  proclame  le 
modèle  de  l'homme  d'Etat  et  de  l'orateur,  Aussi,  une  traduction 
nouvelle  de  ses  discours  choisis  doit  peut-cire  moins  encore  intè- 
resser  les  simples  amateurs  delà  belle  littérature,  que  tous  ceux 
qui,  parmi  nous,  siègent  ou  sont  appelés  à  siéger  dans  l'enceinte 

de  la  représentation  nationale.  S'il  est  vrai  qu'indépendamment 

du  courage  ,  il  faille  encore  au  guerrier  de  bonnes  armes  pour 
l'attaque  et  la  défi  os<     de  même,  il  ne  sullit  pas  aux  mandataires 

du  peuple  d'avoir  des  Vues  à  la  lois  justes  et  étendues,  des  inten- 
tions de  bien  public  immuables:  il  leur  faut  encore  l'art  de  dis- 
cuter leur  opinion ,  de  la  rendre  victorieuse,  de  commander  aux 
autres  p.n  la  puissance  de  la  parole,  selon  l'heureuse  expression 
de  Billion.  Eh!  quel  meilleui  guide  à  suivre  que  celui  qui,  pen- 
dant le  cours  d'une  longue  vie  (trop  tôt  bornée,  cependant,  par 
le  crime  des  triumvirs; ,  consacra  tous  ses  talons  à  la  patrie  ,  et 


LIVRES  FRANÇAIS.  r87 

marqua  par    cent  chefs-d'œuvre ,    la  hauteur    de  l'éloquence 
latine! 

Mais  ,  telle  a  été'  la  fécondité  de  ce  prince  des  orateurs  romains, 
que'  ia  traduction  complète  de  ses  œuvres  semble  ne  pouvoir  être 
l'ouvrage  d'un  seul  homme.  Aussi,  les  principaux  traducteurs 
qui  s'en  sont  occupés  ,  Dubois  ,  Saint-Réal ,  Mongault,  d'Olivet, 
Bou'iier,  Prévost,  Wailly,  ont- ils  choisi,  parmi  ses  productions, 
celles  qu'un  goût  particulier  ou  le  genre  même  de  leur  talent  les 
appelait  davantage  à  traduire.  A  leur  exemple,  M.  Guéroult, 
connu  déjà  par  une  excellente  traduction  des  extraits  de  Pline- 
l'Ancien,  vient  d'en  publier  une  nouvelle  des  discours  choisis  de 
Cicéron.  Parmi  ses  chefs-d'œuvre  oratoires,  il  s'est  livré  de  pré- 
férence à  ceux  qui  lui  paraissaient  marquer,  pour  ainsi  dire,  les 
différens  âges  de  son  talent  ;  ainsi,  il  fait  suivre  au  lecteur  les  dé- 
veloppemens  de  ce  beau  génie,  depuis  l'époque  fameuse  où, 
n'ayant  pas  encore  atteint  sa  vingt-septième  année ,  Cicéron  en- 
treprit courageusement  la  défense  de  Roscius  contre  le  favori 
tout  puissant  de  Sylla,  jusqu'à  l'émission  de  la  i4c  Philippique, 
dernier  ouvrage  de  sa  vieillesse,  mais  empreint  de  toute  la  force 
et  de  toute  la  chaleur  de  son  jeune  âge.  Chacun  de  ces  discours 
est  précédé  d'une  introduction,  et  suivi  de  notesqui  facilitent  l'in- 
telligence du  sujet,  et  rendent  plus  sensibles  les  beautés  du  texte. 
De  plus,  ces  discours,  composés  pour  le  barreau,  la  tsibunc  et  le 
sénat,  et  qui  de  tout  tems  ont  appartenu  à  l'éloquence  par  leurs 
beautés  oratoires,  rentrent  aussi  dans  le  domaine  de  l'histoire , 
par  leur  relation  avec  les  événemens  politiques  auxquels  ils  se 
rattachent.  Plusieurs  même,  tels  que  ceux  de  Signis,  de  Suppli- 
ciis ,  pro  Marcello ,  et  les  Phllippiques ,  sont  aujourd'hui  nos  seuls 
guides  pour  la  connaissance  de  quelques  faits  purement  histo- 
riques: les  Philippiques  ,  surtout,  donnent  les  renseignemens  les 
plus  positifs  qui  nous  soient  parvenus  sur  les  suites  de  la  mort 
de  César,  et  sur  les  derniers  troubles  qui  consommèrent  la  ruine 
de  la  république  et  de  la  liberté. 

Nous  ne  dirons  qu'un  mot  de  la  traduction  elle-même  ;  c'est 
qu'elle  est  tout  ce  qu'elle  doit  être,  à  la  fois  sage  ,  correcte ,  élé- 
gante, partout  appropriée  à  la  nature  du  sujet,  et  reproduisant 
toujours,  autant  que  possible,  les  formes  de  style  de  l'original. 
Le  nom  de  M.  Guéroult,  attaché  à  la  traduction  d'un  classique, 


i88  LIVRES  FRANÇAIS. 

9 

pourrait ,  sans  doute ,  dispenser  de  tout  éloge  ;  mais  il  est  diffi- 
cile de  ne  point  se  montrer  inférieur  à  soi-même ,  après  qu'un 
succès  brillant  a  couronné  de  premiers  essais  i  à  cet  égard  ,  nous 
oserions  affirmer  que  les  admirateurs  de  Cicéron  ne  seront  pas 
moins  redevables  à  M.  Guéroult  que  les  lecteurs  de  Pline. 

70.  —  Choix  de  Rapports  ,  Opinions  et  Discours  prononcés  a  la 
tribune  nationale ,  depuis  1789  jusqu'à  ce  jour.  20  vol.  in-8Q,  ornés 
chacun  de  six  portraits  des  principaux  orateurs.  Prix,  5  fr.  sans 
portraits ,  et  7  fr.  avec  les  portraits.  Paris  ,  A.  Eymery ,  rue  Ma- 
zarine,  nw  3o.  Le  9e  volume  de  cette  collection  est  en  vente  ;  le 
10e  est  sous  presse.  C'est  le  premier  de  la  Convention. 

Les  rédacteurs  et  éditeurs  de  cette  collection  ont  annoncé  que , 
sans  interrompre  le  cours  des  livraisons ,  ils  se  proposent  de 
publier  la  session  de  1819,  qui  sera  rédigée  dans  les  mêmes  prin- 
cipes, et  paraîtra  immédiatement  après  lu  clôture  des  Chambres. 
Cette  session  formera  un  volume  in-  8°,  qui  sera  vendu  séparé- 
ment aux  personnes  qui  n'ont  pas  souscrit  à  la  collection  entière, 
et  ne  sera  livré  qu'à  son  ordre  numérique  aux  souscripteurs  qui  ne 
voudraient  pas  le  prendre  maintenant.  11  y  aura,  comme  pour  les 
autres  volumes  ,  des  exemplaires  avec  et  sans  portraits. 

71  (*).  —  Les  Orateurs  français.  —  Discours  et  Opinions  de 
Mirabeau  ,  précédés  d'une  Notice  historique  sur  sa  vie  ,  par 
M.  Barthe,  avocat,  et  de  l'Oraison  funèbre  prononcée  par  Cé- 
rutti,  lors  de  ses  funérailles.  Paris ,  Kleffer  et  Aug.  Caunes  ,  rue 
d'Enfer-St. -Michel,  n°  2  ;  3  vol.  in-8».  Prix  18  fr. 

11  était  juste  de  consacrer  à  Mirabeau  les  premiers  volumes  de 
la  collection  des  œuvres  des  Orateurs  français.  Il  en  a  été  le  chef, 
POU -seulement  par  l'éloquence,  mais  par  les  doctrines.  Aussi, 
les  éditeurs  de  cette  collection  importante  ont  eu  un  autre  désir 
que  celui  de  faire  connaître  des  SStrvres  oratoires;  ils  ont  voulu 
répandre  en  même  tems  les  principes  de  l'art  social  et  l'amour  des 
libertés  publiques.  Ils  préviennent  qu'ils  n'ont  pas  cru  devoir 
faire  un  choix  dans  les  discours  prononces  par  nos  premiers  ora- 
tiurs  politiques  •  et  nous  jugeons  ,  en  efiel ,  que  l'opinion  qui  au- 
rait dicté  la  composition  du  choix,  ertt  pu  n'être  pas  toujours 
celle  du  public.  11  n'y  a  pas,  d'ailleurs,  d'inconvénient  pour  les 
hommes  forts  à  rester  grands  comme  nature;  et  ce  sont  les 
faibles ,  dont  les  écrits,  de  même  que  les  traits ,  ont  besoin ûVétre 


LIVRES  FRANÇAIS.  189 

déterminés  dans  de  justes  proportions.  Cette  collection  des 
œuvres  oratoires  de  Mirabeau  est  donc  la  plus  complète  qui  ait 
paru  jusqu'à  ce  jour-  Elle  se  compose  non-seulemont  des  dis- 
cours insérés  dans  les  divers  journaux,  mais  encore  d'autres  dis- 
cours qui,  n'ayant  pas  été  prononcés  à  la  tribune,  ne  furent  im- 
primés que  par  les  soins  de  l'auteur.  Dans  cet  ordre  exactement 
chronologique  d'écrits  sur  des  matières  aus>i  importantes  que 
diverses,  mais  que  des  sommaires  faits  avec  soin  lient  entre  elles, 
il  en  est  qui,  admirés  par  les  contemporains,  trouveront,  dans 
tous  les  tems,  comme  l'a  dit  M.  Garât  ,  une  place  parmi  les  mo- 
dèles d'une  éloquence  élevée  et  majestueuse.  Le  discours  par  le- 
quel Mirabeau  proposa  à  l'assemblée  des  Etats  -généraux  de  se 
constituer  sous  le  titre  de  Représentans  du  peuple-,  la  vive  et 
noble  apostrophe  à  M.  de  Brezé,  grand -maître  des  cérémonies^ 
le  projet  d'adresse  de  l'Assemblée  nationale  à  ses  commettans,  et 
deux  autres  projets  d'adresse  au  Roi,  pour  le  renvoi  des  troupes 
et  des  ministres  ;  les  discours  sur  le  serment  des  troupes ,  sur  le 
veto  royal,  sur  la  banqueroute,  sont  des  titres  qui  eussent  pu 
faire  la  réputation  de  plusieurs  orateurs  ou  hommes  d'Etat.  Mi- 
rabeau soutint  la  sienne  par  la  proposition  brillante  et  profonde 
d'assujettir  à  une  marche  graduelle  les  membres  des  différentes 
administrations;  par  son  discours  sur  la  question  de  savoir  si  la 
nation  doit  déléguer  au  Roi  l'exercice  du  droit  de  paix  et  de 
guerre  ;  par  son  rapport,  au  nom  du  comité  diplomatique,  sur 
les  traités  avec  l'Espagne;  et  par  son  opinion  sur  l'émission  des 
assignats.  C'est  dans  sa  réplique  à  la  proposition  de  se  constituer 
sous  le  titre  de  Représentans  du  peuple,  que  Mirabeau  rappela 
que  Chatam  avait  renfermé  dans  un  seul  mot  la  charte  des  na- 
tions ,  en  disant  la  majesté  du  peuple. 

Wous  n'avons  encore  indiqué  que  les  travaux  de  Mirabeau  aux 
Etats-généraux  et  à  l'Assemblée  nationale;  mais  les  éditeurs  ont 
pris  soin  de  recueillir  aussi  les  discours  et  opinions  qu'il  pro- 
nonça aux  Etats  de  Provence,  et  c'est  là,  en  effet,  que  com- 
mença sa  carrière  publique.  Il  y  combattit  l'exclusion  des  Etats 
de  la  province,  imposée,  par  les  nobles  possédant  fiefs ,  aux 
membres  de  la  noblesse  qui  ne  réunissaient  pas  à  leurs  titres  la 
possession  d'un  fief.  Sa  voix  se  fit  entendre  surtout  en  faveur  du 
tiers-  état,  qu'il  appelait  déjà  la  nation.  La  réponse  de  Mirabeau 


i9o  LIVRES  FRANÇAIS. 

aux  protestations  faites,  au  nom  des  prélats  et  des  po9sédans-fiefs, 
contre  son  discours  et  ses  principes  ,  est  remarquable  par  l'enga- 
gement solennel  qu'il  y  prit,  entre  les  mains  des  communes ,  d'être 
jusqu'au  tombeau  l 'homme  de  la  liberté  publique ,  l'homme  de  la 
constitution.  iSi  de  ces  grands  monumens  oratoires,  nous  voulons 
passer  à  une  composition  plus  touchante,  mais  également  pleine 
de  noblesse  et  d'éloquence,  nous  pouvons  citer  la  proposition  de 
Mirabeau  sur  la  mort  de  Franklin  ;  et  nous  n'hésitons  pas  à  re- 
garder ce  discours,  nouveau  dans  son  objet  et  dans  son  genre, 
comme  un  modèle  de  pensées  et  un  chef-d'œuvre  de  style  et  de 
concision. 

L'édition  que  nous  annonçons,  est  précédée  d'une  Notice  histo- 
rique sur  la  vie  de  Mirabeau,  par  M.  Rarthe,  avocat,  dont  le 
style,  bien  approprié  au  sujet,  est  toujours  simple  et  facile, 
mais  s'élève  avec  l'homme  public.  M.  Rarthe  retrace  avec  intérêt 
les  faits  qui  peuvent  servir  à  caractériser  Mirabeau,  comme  ci- 
toyen ,  et  quelques-uns  des  principes  qui  le  caractéi  isent,  comme 
législateur.  Il  venge  aussi  Mirabeau  de  toutes  ces  calomnies  qui 
s'attachent  au  nom  d'un  grand  homme,  comme  la  rouille  sur  le 
fer  le  mieux  trempé,  mais  que  le  tems,  contraire  ici  à  ses  effets 
ordinaires,  efface  progressivement  des  réputations.  M.  Rarthe  se 
montre  toujours  digne  d'apprécier  l'orateur  que  la  liberté  a  ins- 
piré, et  qui  sut  le  mieux  la  comprendre.  Sa  notice  est  suivie  de 
l'oraison  funèbre  de  Mirabeau,  par  Cérutti ,  et  des  jugemens  por- 
tés sur  Mirabeau  ,  par  Chénier  et  M.  Garât.  Ces  trois  morceaux  , 
déjà  connus,  ont  été  appréeiés.  Le  premier  volume  est  enrichi 
aussi  d'un  parallèle  entre  Mirabeau  et  le  cardinal  de  Retz,  par 
M.  Roissy  d'Anglas  ,  pair  de  France  ,  ancien  membre  de  1  As- 
semblée constituante. 

On  aime  à  voir  l'ami  de  Malesherbes  rendre  justice  à  Mirabeau  j 
et ,  dans  cette  comparaison  tics  différences  plutôt  que  des  rap- 
ports entre  deux  personnages  aussi  opposés  parle  caractère,  qu'é- 
loignés entre  eux  par  le  teins,  M.  Roissy  d'Angla>  remarque  ju- 
dicieusement que,  si  Richelieu  ,  en  lisant  l'ouvrage  du  cardinal 
de  Retz,  jugea  que  son  auteur  serait  un  factieux  qu'il  fallait  ré- 
primer, il  aurait ,  dans  les  écrits  de  Mirabeau,  démêlé  avec  la 
même  sagacité,  le  génie  et  l<s  lumières  d'un  homme  d'Etat,  et 
peut-être  eût-il  senti  qu'il   pouvait  en  foire  un  auxiliaire  utile. 


LIVRES  FRANÇAIS.  191 

IVousnous  persuadons,  en  effet,  que  Mirabeau,  qui  a  été  l'Her- 
cule de  la  re'volution  ,  eût  fini  par  en  être  le  modérateur  ,  et  que 
s'il  fût  arrive' au  directoire  républicain ,  comme  vin  e'erivain  Ta 
ingénieusement  supposé  (1),  il  eût  pu  y  devenir  le  fondateur 
d'une  nouvelle  gloire  nationale.  Celui  qui  a  dit  qu'il  ne  fallait, 
pas  prendre  l'exaltation  des  principes  pour  le  sublime  des  prin- 
cipes, et  qu'il  voulait  que^  même  dans  la  poursuite  du  bien, 
l'on  n'excédât  aucune  borne,  ne  pouvait  être  un  factieux  que 
pour  ses  ennemis,  et  un  perturbateur  de  la  paix,  que  pour  ceux 
qui  le  regardaient  comme  un  perturbateur  des  privilèges  et  des 
abus.  Ce  parallèle,  ou  plutôt  cet  an ti- parallèle,  bien  tracé,  qui 
est  annoncé  comme  extrait  d'un  plus  long  ouvrage  inédit,  ne 
peut  rien  ajouter  à  la  célébrité  politique  de  M.  Boissy  d'Anglas  ; 
mais  il  confirme  ses  titres  littéraires. 

Cette  édition  des  œuvres  oratoires  de  Mirabeau  est  ornée  d'un 
beau  portrait  de  Mirabeau,  dessiné  par  Le  Mire,  et  gravé  par 
Dequevauviller,  et  d'uny«c  simile  d'écriture. 

Parent-Réal. 

92. —  Manuscrits  de  la  bibliothèque  d'Orléans  ,  ou  Notice  sur 
leur  ancienneté ,  leurs  auteurs  ,  les  objets  qu'on  y  a  traités,  le 
caractère  de  leur  écriture  ,  l'indication  de  ceux  h  qui  ils  ont  appar- 
tenu ,  etc.;  précédés  de  notes  historiques  sur  les  anciennes  biblio- 
thèques d'Orléans,  et  en  particulier  sur  celle  delà  ville  ;  par 
A.  Septier,  bibliothécaire  d'Orléans,  chanoine  honoraire  de  la 
cathédrale,  et  membre  titulaire  de  la  Société  des  Sciences,  Arts 
et  Belles- Lettres  de  la  même  ville.  Un  vol.  in-8°  de  287  pages, 
léans.  R.ouzeau-Moutaut. 

Cet.  ouvrage  se  recommande  aux  bibliographes  instruits,  par  la 
réunion  des  différens  mérites  propres  à  ce  genre  de  compo- 
sition. 

7.3.  —  Mémoire    sur  quelques   antiquités   de    la    ville  dAgen 
(^gi7z/2H/»des]Nitiobriges),  lu  à  la  Société  royale  des  antiquaires  de 
France;  par  M.  le  baron  Chaudruc  de  Crazannes.  Paris.  J.  Smith, 
î8jo.   in-8°  de  3i  pages. 

Ce  Mémoire  fait  partie  du  tome  II  de  la  Collection  de  la   So- 

(1)  M.  Lacretelle  aîné.  Fragmens  politiques  et  littéraires  ,  t.  i«r, 
pag.  43. 


i9a  LIVRES  FRANÇAIS. 

ciété  royale  des  antiquaires  de  France.  Le  savant  à  qui  nous  le 
devons  ,  est  du  petit  nombre  de  ceux  qui  cultivent ,  dans  notre 
pays,  l'étude  des  antiquités;  étude  si  difficile,  qui  exige  tant  de 
sagacitéet  de  connaissances  variées,  et  qui  est  si  peu  récompensée, 
faute  d'appréciateurs.  Si  l'étendue  du  plan  de  la  Revue  ne  lui  a 
pas  permis  d'admettre  des  Mémoires  développés  sur  des  points 
spéciaux  d'antiquité,  elle  ne  négligera  jamais  de  signaler  à  l'atten- 
tion des  savans  les  travaux  qui  en  paraîtront  dignes.  M.  Chau- 
druc  publie  dans  son  Mémoire  les  principales  inscriplions  anti- 
ques trouvées  dans  les  environs  de  l'ancien  Aginnum.  Quelques- 
unes  étaient  inédites.  La  plupart  n'étaient  ni  difficiles  ni  impor- 
tantes ;  mais  rien  n'est  à  dédaigner  dans  les  fragmens  de  l'anti- 
quité. D'ailleurs,  ce  qui  n'eût  offert  qu'un  médiocre  intérêt  étant 
isolé,  devient  précieux  comme  faisant  partie  d'un  ensemble,  et 
servant  à  le  compléter.  Une  Statistique  antique  des  villes  et  pro- 
vinces des  Gaules  serait  un  beau  monument  à  élever  ;  mais  il 
ne  peut  être  construit  par  une  seule  main;  il  faut  être  du  pays  ou 
s'y  être  naturalisé  pour  bien  connaître  les  localités,  les  traditions, 
les  vestiges  de  monumens  qui  offriraientje  sujet  de  l'ouvrage.  Kn 
attendant,  le  Mémoire  de  M.  Chaudruc  peut  être  considérécomme 
une  des  plus  belles  pierres  d'attente  qui  devront  concourir  à  la 
formation  de  l'édifice.  A.  .M. 

y4-  (*)  — Collection  de  moralistes  français  (Montaigne  ,  Char- 
ron ,  Pascal,  La  Rochefoucauld,  La  Bruyère  ,  F 'auvenargues , 
Duclos  )  ;  publiée  avec  des  commentaires  et  de  nouvelles  notices 
biographiques  ;  par  Amaury  Duval,  membre  de  l'Institut  (  Aca- 
démie royale  des  Inscriptions  et  Relies-Lettres  ).  Paris  ,  i8.'.o: 
clic/  Chassériau,.  libraire ,  au  Dépôt  bibliograpbique,  rue  de 
Cboiseul,  n°  3.  —  Prix:  5  fr.  le  volume  par  souscription,  et 
6  fr.  5o  cent,  pour  les  non-souscripteurs.  La  souscription  sera 
fermée  aussitôt  que  la  seconde  livraison  paraîtra. 

"j5.  —  Collection  ries  auteurs  classiques  latins  ,   in-S°,    a\cc  «le-- 
notes  ,  des  dissertations  ,  des  cartes  géographiques,  des  planches 
gravées  ,  des  portraits;  et  des  Index  universels  (  Voy.  tom.  III , 
pag.  irjf ,  et  tom.V,  pag.  3fij  ),  publier  par  IN.  E.  Li  mai.1,!   ,  pro 
frssrur  de  poésie  latine  à  la  Faculté  des  Lettres  (  Académie  d< 
Paris).  4°  livraison  ,  composée  des  8e  et  c)p  volumes  de  la  Collée 
tion  ;  elle  renferme  : 


LIVRES  FRANÇAIS.  i93 

i*.  Le  tome  2  de  César,  contenant  la  guerre  civile,  la  guerre 
d'Alexandrie ,  d'Afrique  et  d'Espagne ,  et  un  supplément  à  la 
guerre  d'Espagne,  qui  en  décrit  l'issue  et.  qui  remplace  les  der- 
nières feuilles  perdues  de  l'auteur  original. 

Le  texte  a  été  revu  sur  plusieurs  manuscrits  de  la  bibliothèque 
royale,  indiqués  par  des  numéros  authentiques. 

Les  commentaires  anciens  sont  choisis  avec  goût;  les  nouveaux 
sont  écrits  avec  une  élégante  clarté  par  MM.  Achaintre  et 
N.  E.  Lemaire  ;  et ,  ce  qui  n'étonnera  personne,  c'est  que  Bossuet 
lui-même  en  a  fourni  quelquefois  la  matière.  On  trouve  encore 
dans  ce  volume  : 

Une  belle  carte  d'Espagne,  par  M.  Barbie  du  Bocage  ,  membre 
de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 

Une  planche  soigneusement  gravée,  qui  retrace  la  tour  et  le 
musculus  dont  César  s'est  servi  pour  le  siège  de  Marseille. 

Un  grand  tableau,  combiné  d'après  Polybe,  Végèce  et  Juste- 
Lipse  ,  qui  représente  l'enceinte  ,  la  forme  et  les  fortifications 
des  camps  romains. 

Un  tableau  synoptique  et  complet  des  fastes  de  la  guerre 
civile;  il  démontre  la  concordance  des  événemens  et  des  époques 
qui  se  sont  succédés  depuis  la  dernière  année  de  la  conquête  des 
Gaules  par  J.  César ,  jusqu'au  jour  de  son  assassinat  par  les  séna- 
teurs; c'est-à-dire,  durant  les  six  années  qui  ont  décidé  du  sort 
de  la  république  et  du  monde  entier. 

Enfin  ,  le  supplément  de  Vossius,  qui  remplit  l'intervalle  de  la 
guerre  des  Gaules  à  la  guerre  civile. 

Chaque  livre  est  précédé  de  son  analyse,  faite  avecla  plus  scru- 
puleuse exactitude. 

On  lit,  après  la  guerre  d'Afrique,  trois  supplémens ,  par 
M.  Turpin  de  Crissé  et  M.  Cuvier,  sur  les  passages  importans  et 
non  encore  expliqués  de  cet  ouvrage. 

.Le  catalogue  de  tous  les  hommes  illustres  ,  et  l'indication  pré- 
cise des  chapitres  où  sont  rapportés  leurs  actions  et  leurs  discours. 
L'explication  des  abréviations  ajoutées  à  celles  du  ier  volume. 
La  table  générale  des  Matières. 

Ce  volume  sort  des  presses  de  M.  Firmin  Didot,  et  ajouterait  à 
sa  réputation,  s'il  était  possible. 

•20.  Le  tome  premier  des  OEuvres  complètes  d'Ovide,  qui  com- 
TOME    YI.  1  3 


,94  LIVRES  FRANÇAIS. 

prend  toutes  les  Héroïdes  •  une  élégie  sur  la  mort  de  Drusus  ;  ta 
Consolation  à  Livie  ;  les  fragmens  intitulés  Hafieuticon  ,  l'Elégie 
Je  Nucc,  et  toutes  les  variantes  inédites  de  Rich.  Bentley. 

Les  Héroïdes  d'Aulus  Sabinus  ,  placées  à  la  suite  de  celles 
d'Ovide  ,  auxquelles  elles  servent  de  réponse. 

La  irc  Epître  d'Ovide  traduite  en  grec  ,  vers  pour  vers. 

Une  réponse  d'Hippolytc  à  Phèdre,  de  3:22  vers,  par  Sidronius 
Hosschius. 

Ces  deux  pièces,  très  rares,  ne  se  trouvent  dans  aucune  édition 
d'Ovide. 

Le  texte  a  été  revu  sur  les  meilleurs  manuscrits,  et  sur  l'édi- 
tion Heinsio-Burmanniana  ;  les  notes  sont  l'ouvrage  de  M.  Amar, 
l'un  des  conservateurs  de  la  bibliothèque  Mazarine,  professeur 
émérite  de  l'Université,  connu  par  son  élégante  facilité  pour 
écrire  en  latin.  Son  commentaire  est,  en  grande  partie,  neuf. 

Ce  volume,  qui  sort  des  presses  de  MM.  Dondey-Dupré, 
père  et  fils ,  est  imprimé  avec  des  caractères  fondus  par  M.  Mole', 
dont  la  réputation  en  ce  genre  ne  le  cède  point  aux  artistes  les 
plus  renommés,  ainsi  qu'on  a  pu  s'en  convaincre  à  la  dernière 
exposition  des  produits  de  l'industrie  nationale. 

M.  Dondey-Dupré  (ils,  qui  joint  à  l'amour  de  son  art  beaucoup 
de  connaissances  en  littérature,  a  revu  scrupuleusement  toutes 
les  épreuves,  après  les  savans  que  nous  venons  de  nommer  ;  et 
ce  volume  ,  par  son  élégance  typographique,  se  place  dans  les 
premiers  rangs  des  imprimeurs  de  Paris. 

Nous  rappellerons  aux  amateurs  des  beaux  et  bons  ouvrages, 
les  conditions  de  la  souscription.  Le  prix  de  chaque  volume  in-8° 
sur  papier  lin  satiné  est  de  10  fr.  Le  prix  des  exemplaires  sur 
papier  vélin  est  de  20  fr.;  il  n'en  reste  (/uedeux  exemplair*  s.  Les 
cartes  el  planches  qui  seront  peu  nombreuses,  se  paient  séparé- 
ment; mais  les  portraits  des  ailleurs,  gravés  par  P.  Audouin  , 
sont  délivres  gratis  aux  souscripteurs. 

Conformément  au  Prospectus,  depuis  la  mise  en  vente  de  oette 
L*  livraison,  les  sept  premiers  volumes  sont  de  1  ■>.  fr.  papier  lin 
el  9  j  fr.  papier  vélin  ,  pour  ceux  qui  souscrivent  à  dater  de  cette 
livraison;  niais  les  volumes  <S  et  9  dont  elle  se  compose,  seront 
li\res  au  prix  de  la  première  souscription.  (  l'oy.  le  Prospectus.) 

On  BOUSCIÎ1  à  Paris,  chez  : 

MM.  J.  Latlitte  et  COmp.,   banquiers   et  bailleurs  de  fonds  dl 


LIVRES  FRANÇAIS.  i95 

cette  entreprise,  rue  de  la  Chaussée  d'Antin  ,  n°  n  ;  N.  E.  Le- 
maire,  éditeur,  boulevard  Italien,  n°  22  ;  H.  Nicolle,  libraire, 
rue  de  Seine,  n°  12  ,  faub.  Saint- Germain  ;  et  chez  tous  les  li- 
braires de  France  et  des  pays  e'trangers. 

76.  (?) — OEuvres  complètes  de  madame  la  baronne  de  Staël,  pu  ■ 
bliées  par  M.  de  Staël,  son  fils.  Paris,  1820;  trois  premières  li- 
vraisons. 9  vol.,  formats  in-8°  et  in-12.  Treuttel  et  Wiirtz,  rue  de 
Bourbon  ,  n°  1 7.  Prix  de  chaque  vol.  iu-8°,  6  fr. ,  et  in-12  ,  3  fr. 
On  vend  aussi  séparément  Delphine,  3  vol.  in-8°,  18  fr.,  et  3  vol. 
in-12  ,  9  fr.  •  et  Corinne,  2  vol.  in-8°,  12  fr.,  et  2  vol.  in-12 ,  6  fr. 

La  publication  de  cette  inte'ressante  collection  se  poursuit  avec 
activité',  et  toujours  avec  les  mêmes  soins  et  le  même  succès.  La 
2e  livraison  (ou  tomes  5,  6,  7)  contenant  Delphine,  avec  un  nou- 
veau dénoûment  et  des  réflexions  sur  Je  but  moral  de  l'ouvrage, 
a  paru ,  il  y  a  peu  de  tems-  la  3e  livraison  (  ou  tomes  8  et  9)  con- 
tenant Corinne,  revue  et  corrigée  par  l'auteur,  vientd'être  publiée. 
Nous  nous  proposons  de  rendre  incessamment  un  compte  spécial 
du  contenu  des  OEuvres  complètes  de  madame  de  Staël. 

77.  — Nouveaux  synonymes  français ,  à  l'usage  des  jeunes  de- 
moiselles, par  mademoiselle  Faure,  directrice  d'une  école  d'en- 
seignement mutuel.  Paris,  1819.  1  vol.  in-8°.  Eymery,  libraire, 
rue  Mazarine,  nc  3o.  Prix,  4  fr. 

Un  célèbre  écrivain  a  dit,  en  parlant  de  J.-J.  Rousseau,  qu'il 
écrivait  avec  son  cœur,  et  que  c'est  à  cette  source  qu'il  puisait  la 
supériorité,  le  charme  et  la  séduction  de  ses  écrits.  Cette  vérité 
peut  être  appliquée  généralement  aux  femmes  qui  s'occupent, 
en  littérature ,  d'objets  qui  ont  rapport  aux  affections  de  l'ame  $ 
elles  en  raisonnent  avec  une  sagacité,  une  délicatesse  que  nul 
homme  ne  saurait  atteindre.  Cette  supériorité,  qui  ne  leur  est 
point  disputée,  et  qui  appartient  en  quelque  sorte  à  leur  nature 
plus  qu'à  la  nôtre,  ne  se  borne  pas  cependant  à  la  peinture  des 
sentimens  du  cœur.  La  métaphysique  ,  qui  paraît  être  exclusive- 
ment du  domaine  des  hommes ,  perd  de  son  obscurité  et  de  sa 
sécheresse ,  sous  la  plume  d'une  femme  de  mérite. 

L'ouvrage  de  mademoiselle  t'aure ,  sur  ce  qu'on  peut  appeler 
la  métaphysique  de  la  langue  française,  vient  à  L'appui  de  notre 
observation.  Vouée  à  l'instruction  des  jeunes  demoiselles,  elle  a 
pensé  qu'un  choix  de  synonymes,  entre  les  mots  qui  doivent  ex- 

i3* 


li}6  LIVRES  FRANÇAIS. 

primer  ou  nos  sentiracns  ou  les  idées  ,dont  1  influence  est  si  puis- 
sante sur  notre  conduite,  et  par  conséquent  sur  notre  bonheur 
ne  pourrait  qu'être  utile  et  intêicsser  cette  classe  de  lecteurs  •  elW 
a  su  restreindre  sou  travail  aux  mots  dont  on  se  sert  le  plus  coin 
munément  dans  le  monde.  On  sait  que  s'occuper  des  synonymie 
c'est  prouver  qu'à  la  rigueur  il  n'y  en  a  point,  et  c'est  faire  sentir 
seulement  les  nuances  différentes  qui  existent  entre  les  mots  qui 
paraissent  synonymes  au  premier  aperçu.  Moins  scientifique  que 
ses  devanciers  ,  moins  savante,  mais  peut-être  plus  naturelle  et 
plus  spirituelle,  mademoiselle  Faure  a  sur  eux  l'avantage  d'avoir 
accompagné  l'explication  des  mots,  par  des  traits  d'histoire  ou 
des  réflexions  morales  qui ,  en  gravant  les  préceptes  dans  la  mé- 
moire ,  les  rendront  inséparables  de  la  citation. 

Ce  recueil  ne  se  recommande  pas  seulement  par  la  pureté  ,  le 
charme  du  style,  mais  encore  par  l'amour  de  la  patrie,  auxiliaire 
heureux  et  presque  toujours  inséparable  du  talent,  du  savoir  ei 
de  la  vertu.  Voici  comment  s'exprime  mademoiselle  l'aure  sur  ce» 
mots  prétendus  synonymes,  être  digne,  mériter.  «On  est  digne 
par  ce  qu'on  vaut,  on  mérite  par  ce  qu'on  fait.  Un  soldat  nu 
rite  la  croix-d'honneur  par  un  trait  héroïque ,  il  en  est  digne 
par  son  courage.  On  est  digne  de  la  reconnaissance  publique  ,  par 
cela  seul  qu'on  travaille  à  la  mériter.  Rien  n'est  plus  digne  de 
l'attention  du  législateur  que  l'éducation  delà  jeunesse,  et  rien 
ne  mérite  plus  nos  regrets  que  les  braves  qui  meurent  en  défen 
dant  la  patrie.  »  Faure  Beatlieu. 

78.  —  Alémoires   historiques  relatifs  a  la  fonte  et  a  l'<U^>atior> 
de  la  statue  équestre  de  Henri  IV  ;  par  M.  Ch.  J.  Lakoi.ie  ,  con 
servateur  des  monumens  publics  de  Paris-  x  vol.  in-8°  deJaopag 
Paris,  1819.  Le  Normant. 

Si  ces  Mémoires  ne  se  composaient  effectivement  que  du  récit  de> 
faits  relatifs  à  l'inauguration  de  la  statue  équestre  de  Henri  IV,  ils 
n'offriraient  qu'un  intérêt  borné.  Mais  ce  titre  ,  auquel  s'est  ar 
rêlée  la  modestie  de  l'auteur,  n'en  est  pas  moins  relui  il'un  ouvrag» 
savant  où  ,  dans  une  introduction  étendue  ,  M.  Lafolie  développe  , 
en  archéologie,  des  connaissances  vastes  et  approfondies.  Il  y 
traite  «le  l'art  de  la  fonte,  chez  les  peuples  anciens,  depuis  1Y 
poque  où  l'on  suppose  que  cet  art.  a  pris  naissance  chez  les  Orien 
taux,  jusqu'aux  tem  s  modernes.  Cette  introduction  sera,  pour  oettr 


LIVRES  FRANÇAIS.  197 

classe  Je  lecteurs  entre  les  mains  desquels  ne  se  trouvent  point 
habituellement  Pausanias ,  Pline,  Winckelmann  et  Potier ,  la  meil- 
leure notice  sur  un  art  porté  à  un  si  haut  degré  de  perfection  par 
les  anciens,  et  cultivé  avec  non  moinsde  succès  par  les  modernes. 
79.  —  Plan  topographique  de  la  ville  de  Marseille^  sur  l'é- 
chelle d'un  25ooc,  en  quatre  grandes  feuilles,  et  sur  très  beau 
papier ^  par  M.  Desmarets.  Chez  fauteur,  rue  de  Vaugirard, 
n°  60.  Prix,  10  fr.  par  feuille,  payables  à  mesure  que  chaque 
feuille  est  livrée.  (  Voy.  T.  IV,  p.  200.  ) 

Tout  le  monde  connaît  la  haute  et  antique  réputation  de  la  ville 
de  Marseille.  Sa  position  géographique  et  commerciale  est  une 
des  plus  heureuses  de  l'univers  ;  elle  offre  à  tous  les  vaisseaux 
marchands  un  des  ports  les  plus  sûrs  de  la  Méditerranée-  rem- 
placement en  est  pittoresque,  et  la  première  fois  qu'on  arrive  à 
la  f^iste ,  on  est  frappé  d'admiration  ,  en  découvrant  la  mer  qui 
se  perd  au  loin  sous  l'horizon,  et  la  multitude  des  maisons  de 
plaisance  qui  couvrent  le  territoire.  Marseille  a,  de  tout  tems, 
été  renommée  par  la  beauté  de  son  site  ,  la  douceur  de  son  climat, 
la  splendeur  de  son  commerce  et  la  richesse  de  ses  habitans. 

11  serait  difficile  de  trouver  un  sujet  de  travail  qui  offrît  au  ta- 
lent dun  géographe  plus  d'attrait,  et  de  plus  puissans  motifs 
d'intérêt  :  outre  l'utilité  publique,  ce  puissant  mobile  des  âmes 
élevées,  l'ingéuieur  rencontre,  dans  les  difficultés  d'un  terrain 
très  accidenté,  dans  la  célébrité  des  lieux  qu'il  explore,  dans  la 
régularité  et  la  magnificence  des  monumens,  tout  ce  qui  peut 
l'exciter  à  développer  les  ressources  de  l'art  qu'il  exerce.  Ne  doit- 
on  pas  être  surpris,  d'après  ces  rapprochemens,  que  la  ville  de 
Marseille  manque  néanmoins  encore  d'un  plan  de  son  port  et  de 
son  territoire?  car  on  ne  peut  donner  le  nom  de  plan  à  plusieurs 
cartes  fort  inexactes  et  faites  sans  art ,  dans  le  seul  but  de  servir 
de  guide  aux  étrangers. 

M.  Desinarest ,  habile  ingénieur-géographe ,  sorti  de  l'école  Po- 
lytechnique, n'a  mesuré  ni  les  difficultés  de  cette  entreprise,  ni 
l'étendue  des  sacrifices  qu'il  devait  faire  ;  il  a  triomphé  des  unes, 
et  s'est  soumis  aux  autres,  depuis  quinze  années.  Sa  carte  doit 
être  formée  de  quatre  grandes  feuilles,  et  il  livre  aujourd'hui  l« 
première  à  ses  souscripteurs.  Cette  feuille  est  exécutée  avec  le 
plus  grand  soin  •  les  meilleurs  graveurs  y  ont  travaillé   Les  plus 


i98  LIVRES  FRANÇAIS. 

petits  mouvemeus  de  terrain,  les  moindres  sinuosités  de  la  côte, 
les  derniers  vestiges  d'antiquités,  enfin  le  Lazaret  même,  y  sont 
marque's  avec  une  scrupuleuse  exactitude.  TSous  devons  féliciter 
l'auteur  du  talent  dont  il  a  fait  preuve  dans  ce  beau  travail,  et  en- 
gager les  amis  des  arts  et  des  sciences  à  le  seconder  dans  cette 
entreprise,  en  se  faisant  inscrire  parmi  les  souscripteurs. 

Francoeiîr. 

80.  —  Samuel  à" Harcourl ,  ou  l'Homme  de  lettres  ;  par  Abel 
Dufresne.  2  vol.  in-12.  Paris,  1820.  Le  Rormant,  rue  de  Seine, 
n°  8.  Prix,  4  fr.  00  c,  et  5  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

La  préface  est  en  vers  assez  mordans  •  Fauteur  écrit,  de  son  gre- 
nier, et  il  adresse  à  son  modeste  réduit  des  apostrophes  philoso- 
phiques. Les  chapitres  qui  suivent,  transportent  le  lecteur  en  des 
lieux  hiendiiTércns  j  dans  un  boudoir,  chez  une  femme  charmante. 
On  y  voit  qu'à  quelque  chose  malheur  est  bon.  Le  danger  de 
prêter  sa  plume  porte  à  faire  plus  d'une  réflexion  chagrine.  Les 
amours  poétiques ,  le  songe  et  la  complainte ,  le  journaliste  ,  etc., 
sont  les  titres  d'autant  de  chapitres  ,  qui  présentent  de6  tableaux 
piquans  des  mœurs  du  jour;  et  dans  le  second  volume,  la  mélan- 
colie d'auteur,  les  cloches ,  les  comédiens  de  campagne  et  le  ser- 
mon, le  retour  à  Paris  et  le  caj'édes  poètes  ,  la  prison  et  Poraison 
junchre,  amènent  une  co/zc/usio/i  qui,  sans  être  trop  prévue,  étonne 
et  plaît  en  même  tems.  D.  B. 

OUVRAGES    PÉRIODIQUES    (i). 

81.  —  Journal  de  pharmacie  et  des  sciences  accessoires ,  rédigé 
par  MM.  Bouillon  La  Gra:*ce  ,  Cadet-  Gassicocrt  ,  etc.  ,6* 
année,  1820.  Paris  ,  chez  L.  Colas  fils  ,  imprimeur-libraire,  rue 
Dauphine,  n°  32. 

On  remarque,  dans  l'un  des  derniers  cahiers  de  cet  excellent 
recueil,  une  notice  intéressante  des  principaux  ouvrages  pério- 
diques et  recueils  académiques,  qui  se  publient  sur  h  s  sciences 
en  diverses  langues.  iVous  réunissons,  depuis  quelques  mois  ,  les 
matériaux  d'une  Bibliogrjphie  scientifique  ,  du  même  genre  ,  que 

(i)  Pour  pi  us  d'ordre  et  de  régularité,  toutes  les  fois  que  nous 
devrons  annoncer  un  ouvrage  périodique,  nous  le  comprendrons 

dans  une  subdivision  spéciale  ,  exclusivement  consacrée    à  cette 
brauche  de  la  Bibliographie. 


LIVRES  FRANÇAIS.  199 

bous  publierons  lorsqu'elle  sera  à  peu  près  complète.  Nous  invi- 
tons nos  correspondans  à  nous  procurer  les  renseignemens  néces- 
saires sur  les  titres,  la  nature  ,  le  plan  ,  l'esprit,  le  mérite  de  ces 
sortes  d'ouvrages  publiés  dans  les  pays  qu'ils  habitent. 

M.  A.  J. 

82.  —  annales  chimiques  de  la  Société  de  médecine-pratique  de 
Montpellier. — 11  en  paraît  un  caliierde  cinq  feuilles,  dans  les  pre- 
miers jours  de  chaque  mois,  ou  un  cahier  de  dix  feuilles  tous  les 
deux  mois.  On  s'abonne,  à  Paris,  cher  ïreuttel  et  Wiïrtz,  rue 
de  Bourbon  ,  n°  17  j  à  Strasbourg  et  à  Londres,  même  maison 
de  commerce.  Prix  :  22  fr.  pour  la  France ,  28  fr.  pour  les  pays 
étrangers. 

Ce  recueil ,  rédigé  par  une  commission  de  la  Société  de  méde- 
cine-pratique de  Montpellier  ,  offre  un  choix  d'observations  et. 
de  Mémoires  sur  les  différentes  parties  de  la  Médecine ,  et  sur 
les  sciences  qui  s'y  rattachent;  un  tableau  concis  de  la  littérature 
médicale  ;  des  extraits,  et  quelquefois  la  réimpression  des  meil- 
leurs Mémoires  qui  se  trouvent  dans  les  recueils  périodiques  re- 
latifs à  la  clinique. 

83.  —  Revue  médicale  historique  et  philosophique  ,  rédigée  par 
MM.  Rérard  ,  Prunelle,  DelpeCh  ,  Double,  Esquirol  ,  Roc- 
zet,  Nicoo  ,  etc. — Ce  journal  paraît  régulièrement,  tous  les 
deux  mois  ,  en  un  vol.  de  12  a  i5  feuilles  in-8°.  Le  prix  de  l'abon- 
nement est  22  fr.  par  an  pour  Paris  ,  et  2  j  fr.  (  franc  de  port  ) 
pour  les  départemens.  A  Paris,  Gabon  et  Béchet  jeune,  libraires, 
rue  de  l'Ecole-de-Médecine. 

Les  premières  livraisons,  qui  viennent  d'être  publiées,  font 
naître  l'espérance  que  nous  aurons  enfin  un  recueil  périodique  de 
médecine,  capable  de  soutenir  le  parallèle  avec  les  ouvrages  de  en 
genre  dont  on  jouit  chez  nos  voisins,  et  notamment  en  Angle- 
terre. Pour  justifier  dans  toute  son  étendue  le  titre  de  leur  re- 
cueil, les  rédacteurs  se  proposent  de  joindre,  dans  chacun  de 
leurs  numéros  ,  à  l'analyse  des  ouvrages  nationaux  et  étrangers  , 
une  Lettre  sur  l'étal  de  la  médecine  et  de  l'enseignement  médical 
en  France ,  et  particulièrement  à  Paris.  Ces  lettres  ,  qui  promet- 
tent d'être  aussi  instructives  que  piquantes ,  ne  contribueront 
pas  peu  à  assurer  le  succès  d'un  journal  recommandable  par  le 
mérite  connu  de  ses  rédacteurs. 


;uu  LIVRES  FRANÇAIS 

84-  — Nouveau  Journal  de  Alédecine,  rédigé  par  MM.  BÉCLARi>y 
Chomel,  Ci.oqlet  ,  Orfila  et  Rostan.  Tome  \1I,  février  1820, 

Ce  journal  forme  3  vol.  in-8°  par  an;  chaque  volume  renferme 
quatre  cahiers  au  moins  de  128  pages  chacun.  Le=  mémoires  , 
lettres,  et  ouvrages  imprimés,  doivent  être  adressés,  francs  de 
port ,  chez  MM.  Migneret ,  rue  du  Dragon  ,  n°  20  ,  faubourg 
Saint-Germain,  et  Crochard ,  rue  de  Sorbonne  ,  n°  3  ,  où  Ton 
reçoit  les  abonnemens.  Le  prix  de  l'abonnement  est,  pour  Tannée, 
de  20  fr.  pour  Paris,  et  de  24  fr.,  franc  de  port ,  pour  les  dé- 
partemens.  On  peut  se  procurer,  en  souscrivant  ,  les  collections 
de  toutes  les  années  du  journal ,  depuis  sa  formation. 

85.  —  Bibliothèque  physico  -  économique  instructive  et  amu- 
sante ,  par  une  société  de  savans ,  et  rédigée  par  M.  Thiebaut  de 
Berneaud;  XVIIIe  année  de  souscription,  IVe  de  la  nouvelle 
rédaction,  1820.  Paris,  Arthus  Bertrand  ,  rue Hautcfeuille, no  23. 

86.  (*)  —  Chronique  religieuse ,  rédigée  par  une  société  d'évêques, 
de  prêtres  ,  de  magistrats  et  de  gens  de  lettres  ;  in-8°.  Paris,  Bau- 
douin j  et  Londres,  Treutlel  et  "W  iïrtz.  Il  paraît  chaque  mois  un 
cahier  de  six  feuilles  d'impression. 

Nous  avons  en  France  deux  recueils  consacrés  à  la  propagation 
et  à  la  défense  du  culte  antique  de  nos  pères.  L'an  s'intitule 
l stmide  la  religion  et  du  Roi;  imprudent  ami ,  qui  fait  beaucoup 
de  tort  aux  deux  objets  de  son  zèle  ,  que  d'ailleurs  il  sacriiie  en 
toute  occasion  à  l'esprit  jésuite  et  ultramontain.  Le  second  re- 
cueil est  celui  que  nous  annonçons.  Ici,  sont  conservées  avec  vi- 
gilance et  défendues  avec  fermeté ,  les  doctrines  de  St.  Paul  qui 
fut  l'apôtre  dé  la  Grâce,  de  St.  Augustin  qui  en  fut  le  docteur  , 
de  St.  Prosper  qui  en  fut  le  poète;  là,  comme  autour  d'un  dra- 
peau, sout  rassemblés  quelques  hommes  savans  et  pieux  ,  hono- 
rables soutiens  des  traditions  religieuses  et  libérales  de  l'antique 
Gaule  et  de  la  vieille  France.  Gerson  ,  Robert  Sorbon  ,  Edmond 
Richer,  Etienne  Pasquier,  les  deux  Arnauld,  Saint-Gyran ,  Bos- 
suet,Duguet,  reconnaissent  en  eux  leurs  continuateurs,  à  la 
pureté  de  leurs  doctrines  religieuses  ,  à  la  science  profonde  de 
leurs  écrits. 

Gn  caraelére  particulier  des  auteurs  de  la  Chronique  religieuse, 
et  dont  les  catholiques  éclairés  sentiront  toute  l'importance,  c'est 
que,  toujours  fidèles  aux  principes  les  plus  libéraux  et  les   plu* 


LIVRES  FRANÇAIS.  aoi 

iolérans ,  ils  se  sont  montrés  néanmoins  d'une  rigueur  qui  n'ad- 
met aucune  concession  en  matière  de  foi ,  et  d'une  séve'rite'  pré- 
cieuse toutes  les  lois  qu'il  s'est  agi  de  la  discipline  générale  de 
l'Église.  On  ne  les  a  jamais  vus ,  par  de  lâches  condescendances  à 
la  philosophie  humaine,  donner  prétexte  à  l'accusation  de  déisme, 
que  ,  chez  d'autres  nations  surtout,  des  écrivains  ,  d'ailleurs  esti- 
mables, ont  pu  quelquefois  mériter. 

La  Chronique  religieuse  fut  entreprise  à  l'époque  où  l'Eglise  de 
France  ,déjà  opprimée  par  deux  concordats,  était  menacée  d'en 
subir  un  troisième,  pire  que  les  deux  premiers.  Il  et  permis  de 
croire  que  les  savans  écrits  de  deux  des  principaux  auteurs  de  la 
Chronique  (MM.  Grégoire  et  Lanjuinais)  ont  beaucoup  contri- 
bué, en  éclairant  les  esprits,  à  faire  échouer,  du  moins  en  partie, 
cette  funeste  entreprise.  Il  ne  nous  est  pas  possible  de  signaler  ici 
tout  ce  qu'il  y  a  de  remarquable  dans  les  trois  volumes  déjà  publiés. 
Nous  nous  contenterons  d'indiquer  les  sujets  principaux  qu'on  y  a 
traités.  Aucun  ouvrage  utile  ou  important,  sur  les  matières  religieu- 
ses, ne  paraîtdansaucune  partie  du  monde,  qu'il  ne  soit  bientôt  soi- 
gneusement analysé  et  jugé  impartialement  dans  la  Chronique 
Des  notices  biographiques  y  sont  publiées  avec  exactitude,  sur 
les  ecclésiastiques  ou  écrivains  ecclésiastiques,  à  mesure  que  la 
chrétienté  a  leur  perte  à  regretter.  Les  mandemens  des  évêques 
et  vicaires-généraux  ;  les  actes  de  l'administration  civile,  relatifs 
à  la  religion  ;  les  superstitions  religieuses  5  les  réclamations  de 
tout  genre  auxquelles  peuvent  donner  lieu  les  abus  d'autorité 
ecclésiastique  ;  enfin  ,  les  recherches  et  travaux  de  toute  espèce 
sur  la  doctrine  chrétienne,  l'histoire  et  les  antiquités  religieuses  : 
tels  sont  les  principaux  objets  que  la  Chronique  traite  habituelle- 
ment ,  aveê  cette  profondeur  de  savoir  et  cette  pureté  de  doctrine 
que  nous  ne  saurions  trop  proclamer.  Puisse  cet  excellent  ou- 
vrage, répandu  parmi  notre  clergé,  le  ramener  au  véritable  esprit 
de  l'Evangile!  Nous  ne  saurions  trop  le  recommandera  tous  ceux 
qui  souhaitent  voir  la  religion  et  la  liberté  former  une  sainte 
et  indissoluble  alliance.  A.  M. 


VVVVWlWVW  \A\  IWWVVWVVV  VWVVVVVWVVVV*/WVVWWV  VWV\'VVV*VWWVV\\  www  ww%* 

IV.  NOUVELLES  LITTÉRAIRES 

ET    SCIENTIFIQUES. 


AMÉRIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

Extrait  d'une  lettre  de  JVew  -  l'ork,  du  i^  janvier  1820.  — 
Navigation  intérieure. — Histoire  naturelle. — Le  grand  travail 
que  le  gouvernement  tic  New-York  avait  fait  entreprendre  pour 
réunir  les  eaux  du  lac  Champlainaux  eaux  de  la  rivière  IhuLon  , 
se  continue  avec  la  plus  grande  activité.  Lorsqu'il  sera 
termine  ,  on  pourra  se  rendre  par  eau  de  New- York  à  Mont- 
réal, qui  en  est  éloigné  de  quatre  cents  milles.  Ce  premier 
cana'  est  indépendant  de  celui  du  centre  et  de  l'ouest,  qui 
doit  joindre  les  rivières  Mooh  et  lludson  aux  lacs  E rie  et  On- 
tario, et  parcourir  un  espace  de  12,000  milles.  L'n  Français, 
M.  Milbert,  qui  est  maintenant  dans  ce  pays,  et  attaché  à  la 
commission  chargée  du  nivellement  et  du  tract-  du  premier  ca- 
nal,  a  eu  l'occasion  de  visiter  les  travaux  du  second  ,  don!  une 
branche  commence  à  la  petite  ville  de  JJuff'a/o,  L'autre  à  Utica, 
Un  espace  immense,  que  doivent  traverser  les  eaux,  est  encore 
couvert  d'épaisses  forêts  ;  cependant  le  travail  avance,  et  une 
partie  du  canal  est  déjà  navigable. 

M.  Milbert  a  été  très  bien  accueilli  par  M.  le  consul  de 
France  ,  qui  Ta  chargé  de  s'occuper  de  la  recherche  d'objets  d'his- 
toire naturelle.  En  conséquence,  il  a  entrepris  i\cux  grands 
voyages  mis  les  lacs;  il  a  dessiné  la  chute  du  Niagara,  ainsi  que 
beaucoup  d'autres  chutes  moins  considérables,  il  esterai,  mais 

très  grandes, en  comparaison  de  celles  qu'on  voit  en  Europe.  Ces 

cataractes  offrent  des  faits  géologiques  intéressans  à  étudier. 

M.  Milbert  ■  déjà  envoyé  aux  professeurs  du  musée  dhistoire 
naturelle  de  Paris,  le  bœuf  sauvage  d'Amérique,   el  un  grand 

nombre  de  curiosités. 

Philadelphie.  —  Nomination.  — La  Société  philosophique  amé- 
ricaine pour  l'extension  des  connaissances  utiles,  séante  à  Phila- 
delphie ,  a  admis  au  nombre  de  ses  meinl  iv*.  M.  Laoglés  ,<h'  1  lo- 
tit ut  ,  conservateur  de  la  bibliothèque  du  roi ,  etc.  Cette  Société 


AMERIQUE.  20  j 

a  joint  à  l'envoi  du  diplôme  ,  un  exemplaire  des  Mémoires  de  son 
comité'  historique  et  littéraire,  dont  il  sera  rendu  compte  dans 
un  des  prochains  cahiers. 

RÉPUBLIQUE     D'HAÏTI. 

Port-au-Prince.  ■ —  Journal.  —  Le  Télégraphe  est  le  journal 
officiel  de  la  république  ;  il  est  rédigé  en  français,  et  fort  bien  im- 
prime'. Le  n°  du  19  décembre  1819  contient  la  relation  d'un 
voyage  que  le  président  a  fait  dans  1  arrondissement  de  Jacmel , 
et  ses  discours  aux  différentes  autorités.  Nous  citerons  presque 
en  entier  celui  qu'il  a  adressé  aux  membres  de  l'ordre  judiciaire. 
«  Les  obligations  qui  vous  sont  imposées ,  ne  se  bornent  pas  uni- 
quement à  vous  réunir  dans  l'enceinte  d'un  tribunal,  pour  pro- 
noncer des  jugemens.  L'amour  du  bien  public  doit  vous  porter, 
comme  moi,  à  désirer  de  voir  disparaître  l'esprit  de  chicane  ,  qui 
semblait  menacer  de  faire  de  grands  progrès,  en  divisant  les  fa- 
milles   L'expérience  m'a  prouvé  qu'il  dépendait  toujours  des 

juges  d'empêcher  leurs  concitoyens  de  s'abandonner  aux  intrigues 
de  quelques  hommes  tracassiers,  qui  n'agissent  que  dans  des  vues 
d'intérêt  particulier,  en  engageant  les  citoyens  dans  des  procé- 
dures que  la  bonne  foi  leur  eût  fait  e'viter.  Considérez-vous  comme 
pères  de  famille  ,  lorsque  vous  êtes  appelés  à  statuer  sur  les  dif- 
férens  de  vos  compatriotes.  Soyez  plutôt  des  arbitres  dans  leurs 
discussions  ,  que  des  juges  inexorables  ;  et  déplorez  la  situation 
de  l'innocent,  qui  souvent  perd  sa  cause,  parce  que  les  formes, 
embrouillant  le  fond,  jettent  l'affaire  dans  un  dédale  inextricable. 
Les  lois,  sous  une  forme  austère,  ne  s'adressent  qu'à  l'obéissance  ; 
elles  ne  savent  pas  déposer  leur  sévérité  pour  parler  aux  hommes, 
comme  un  bon  père  parle  à  ses  enfans.  C'est  à  ceux  qui  en  sont 
les  organes,  à  saisir  le  sens  le  plus  favorable  qu'elles  offrent,  pour 
en  faire  jaillir  la  bonté  sur  ceux  qui  les  réclament.  Souvenez- 
vous  encore  que  la  justice  et  l'équité  doivent  présider  à  vos 
actions.  Eloignez  de  vous  toute  prédilection;  ne  «'jetez  jamais 
les  pauvres  de  votre  sein,  et  ne  vous  épargnez  pas  non  plus 
les  fatigues  et  les  dégoûts  des  charges  que  vous  avez  acceptées  ; 
vous  serez  certains  de  mériter  l'estime  de  vos  concitoyens,  et 
d'obtenir  cette  paix  intérieure  qui  parle  plus  haut  que  toute 
chose  dans  le  cœur  de  l'homme  juste.  » 


•io4  AMÉRIQUE.  ASIE. 

—  Un  très  beau  moulin  à  vapeur  a  été'  établi  sur  l'habitation 
Dumonteuil. 

as  je. 

Serampore. — Société  baptiste  des  missions  {baptist  missionary 
society). — Cette  Société  fut  fondée  le  2  octobre  1792;  elle  ré- 
side à  Serampore;  ses  missionnaires  ont  publié  les  traductions 
suivantes:  en  samskrit,  le  Nouveau-Testament;  le  Pentateuque 
et  les  livres  historiques. — Dans  les  langues  bengali  et  orissa 
toute  la  Bible.  —  En  hindou,  le  Nouveau-Testament;  les  livre* 
historiques  ;  les  Hagiographes  et  les  Prophètes.  — En  mahraUe, 
le  Nouveau-Testament;  le  Pentateuque  et  les  livres  historiques. 
—  En  danois  ,  les  missionnaires  ont  des  caractères  de  quatre  di- 
mensions- avec  le  plus  petit,  l'Ancien-Testament  excède  peu  en 
grosseur  une  Bible  ordinaire,  in-81^.  Ils  ont  imprimé  toute  la 
Bible.  —  En  talinga  ,  le  Nouveau-Testament.  —  En  bredjc-bhdchd, 
le  Nouveau-Testament.  —  Y.npouchlou  ou  ajj'ghane,  ba/outchi  et 
assanii ,  trois  Evangiles  sont  terminés. — Dans  le  Canarin  ,  le 
Konhénij  le  Moultdni,  le  Sindhi,  le  Kachemir ,  le  Népal,  le 
Boukanir,  YOudéypour,  \eMaravar,  le  Djéypcmr%  le  Khassay ,  et 
les  langues  des  Burinas  ,  l'Evangile  de  Saint  -'Mathieu  :  on  traduit 
lesautres  Evangiles.  (foy.  un  article  de  M.  Langlés,  sur  le  même 
sujet,  dans  les  ylnnalcs  encyclopédiques ,  année  1817.  ) 

Chine.  —  Poésie.  —  L'empereur  de  la  Chine  a  reçu  l'odr 
à  l'Etre -Suprême  de  Gabriel  liomanovtcht  ,  poète  russe;  il 
l'a  fait  traduire  ,  copier  dans  les  deux  laugues  ,  sur  une  étoile  pré- 
rieuse, et  suspendre  dans  l'intérieur  de  son  palais. 

Calcutta.  —  Dictionnaire  samshiit-anglais ,  par  le  dr  Wilson. 
— Cet  important  ouvrage,  que  lesOrientalistcs attendaient  depuis 
iong-temsavec impatience,  a  été  teiminéau  mois  d'octobre  dernier. 
et  le  bâtiment  qui  (  a  apporte  les  premiers  exemplaires  en  Europe, 
doit  arriver  sons  peu  de  jours  en  Angleterre.  Cette  publication 
formera  une  époque  mémorable  dans  les  annales  de  la  littérature 
en  Europe,  où  Ton  ne  compte  encore  que  bien  peu  de  sav.uis.  tels 
que  MM.  Chézy,Bopp,cle.  ,  qui  se  soient  livres  a  \  ec  succès  à  l'étude 
de  la  langue  sacrée  des  Brahmanes,  n'ont  la  connais  11 1 10  ■  dans  l'Inde 
est  le  partage  exclusif  d'un  petit  nombre  de  Pandits  et  de  studieux 
Anglais.  C'est  pour  faciliter  l'intelligence  d'une  vaste  compilation 
samskritfl  de  jurisprudence,  à  l'usage  des  éléresdu  collège  du  fort 


ASIE.  AFRIQUE.  ao5 

William  de  Calcutta,  que  M.  le  docteur  Wilson  s'est  engage 
dans  cette  grande  entreprise.  Ce  Dictionnaire  renferme  toutes  les 
racines  de  la  langue  samskrite,  lesquelles  sont  omises  dans  tous 
les  dictionnaires  originaux,  parce  qu'elles  doivent  faire  le  sujet 
d'une  compilation  particulière.  Je  ne  répéterai  pas  ici  tous  les 
détails  que  j'ai  donnés  sur  la  langue  samskrite,  et  sur  l'ouvrage 
dont  il  s'agit,  dans  le  Moniteur  du  mardi....  novembre  t8i6, 
lorsque  j'en  eus  reçu  les  3oo  premières  pages  imprimées,  de  M.  Loc- 
kett,  mon  honorable  confrère  à  la  Société  asiatique  de  Calcutta. 
Je  ne  terminerai  pourtant  pas  cette  courte  annonce  sans  payer 
un  juste  tribut  d'éloges  et  d'estime  à  M.  le  docteur  Horace,  qui 
n'est  pas  lui-même  un  des  membres  les  moins  distingués  de  cette 
illustre  Académie. 

Le  même  savant  indianiste,  à  qui  nous  devons  le  premier  dic- 
tionnaire samskrit,  rédigé  suivant  l'ordre  alphabétique  et  expli- 
qué en  langue  européenne,  a  publié,  en  181 3,  à  Calcutta  ,  le  texte 
samskrit  et  la  traduction  en  vers  anglais  d'un  poème  fort  agréable 
du  célèbre  Kdçlidda,  intitulé  Mégha  douta,  le  Nuage  messager. 
Les  notes  de  l'élégant  traducteur  décèlent  une  vaste  connaissance 
de  la  littérature ,  delà  géographie  et  de  l'histoire  indienne,  et 
une  connaissance  non  moins  étendue  des  littératures  anciennes 
et  modernes  de  l'Occident. 

La  haute  et  juste  importance  que  nous  attachons  au  monu- 
ment littéraire  que  M.  le  docteur  Wilson  vient  d'élever  à  sa 
propre  gloire  et  pour  l'utilité  de  tous  les  indianistes  de  l'Europe  , 
ne  doit  pas  me  faire  passer  sous  silence  la  traduction  anglaise 
de  deux  Traités  très  estimés  sur  les  lois  d'adoption  chez  les  Hin- 
dous. Ces  deux  Traités  écrits  en  samskrit  sont  intitulés  :  Dat- 
takamyanmésa  et  D ]attaka-7 'chandj-ika  ■  lesnotesque  M.  Suther- 
land  a  ajoutées  à  sa  traduction  ,  et  surtout  le  Précis  de  la  même 
loi,  donnent  un  nouveau  degré  de  mérite  et  d'utilité  à  l'ouvrage 
que  nous  annonçons.  L.  Langlès. 

AFRIQUE. 

Sénégal.  —  Progrès  de  la  civilisation.  —  Enseignement  mutuel. 
—  Ce  qu'avait  annoncé  notre  honorable  collaborateur ,  M.  Jo- 
mard,  sur  la  possibilité  de  répandre  quelque  civilisation  dans 
l'intérieur  des  pays  voisins  du  Sénégal  ,  au  moyen  de  l'école  de 


206  AFRIQUE. 

Saint-Louis,  commence  à  se  réaliser.  Les  rois  de  Galam  et  de 
ttambouk  ;  à  phw  de  .200  lieues  dans  les  terres,  ont  envoyé  leurs 
enfans  à  cette  école,  où  Ton  enseigne  le  français  à  cent  cinquante 
Yolofs  et  autres  Africains  ,  par  le;  procédé  de  renseignement  mu- 
tuel j  et  à  laide  de  tableaux  cpmposés  dans  les  deux  langues. 
]\ous  avons  pensé  que  nos  lecteurs  seraient  curieux  de  lire  les 
deux  rapports  ci-joints  où  ces  laits  remarquables  sont  consignés. 
(Voy.  ci-dessus  T.  IV  ,  pag.  177-179.  ) 

Extrait  tVune  Lettre  écrite  par  M.  Dard,  directeur  de  l'Ecole 
du  Sénégal,  à  AI.  Jomard,  secrétaire  de  la  Société  pour  l'ins- 
truction élémentaire,  etc.,  etc.  —  Saint-Louis  ,  20  janvier,  18.20. 

«  M.  le  baron  de  Mackau,  commissaire  du  roi,  envoyé  au  Sé- 
négal pour  inspecter  les  établissèmens,  porteur  de  la  présente,  est 
chargé  de  vous  remettre,  de  ma  part ,  la  grammaire  Wolof  (  ou 
Yolof),  et  le  dictionnaire  manuscrit  j  vous  y  recevrez  en  même 
ternis  le  manuscrit  des  tableaux  de  lecture  Wolofs  ,  classés  d'a- 
près la  méthode  mutuelle. 

w  La  maladie  que  je  viens  de  faire  ne  m'a  pas  permis  de  conti- 
nuer la  traduction  de  Simon  de  .Yantwi  ,  non  plus  que  d'acbever 
le  recueil  de  fables  VVolofes  (jue  je  vous  avais  annoncé.  Ma  traduc- 
tion de  l'Ancien  et  du  Nouveau-Testament  est  terminée ,  sauf 
quelques  corrections. 

»  Vous  recevrez,  avec  la  présente  ,  une  copie  du  rapport  que 
l'ai  fait,  à  M.  de  Mackau  ,  sur  l'Ecole  de  Saint-Louis.  Vous  y  ver- 
rez l'état  actuel  de  l'institution  des  garçons.  L'école  mutuelle  des 
filles,  dirigée  par  les  respectables  sœurs  Saint-Josepb  ,  est  en 
pleine  activité.  Elle  comprend  déjà  cinquante  élèves  ,  dont  la 
plupart  ont  fait  de  grands  progrès  dans  la  lecture  et  l'écriture. 
(.enendant  ,  comme  les  petits  garçons,  elles  ont  grand  besoin  de 
la  grammaire  et  du  dictionnaire  Wolofs. 

»  M.  Daspru  est  encore  avec  moi ,  et  m'a  été  d'une  grande  uti- 
lité lois  de  nia  maladie.  Je  crois  que,  sous  peu  de  joins  ,  il  par- 
tira pour  (Jorée  ou  pour  Dagana,  \illage  nègre  de  l'intérieur. 
Plusieurs  moniteurs  ont  été  instruits,  pour  les  nouvelles  écoles  que 
M.  le  gouverneur  se  propose  de  former  dans  l'intérieur.  Veuillez 
croire  que  rien  n'a  éle  négligé  pour  la  propagation  île  la  nouvelle 
méthode  d'enseignement.  Les  princes  de  l'intérieur  sont  souvent 


AFRIQUE.  207 

venus  visiter  l'école  ,  et  trois  d'entre  eux  ont  pris  des  notions  du 
système  mutuel ,  clans  l'intention  de  le  mettre  en  pratique  pour 
l'enseignement  du  Coran.  Je  dois  vous  annoncer  aussi  que  je 
compte  parmi  mes  écoliers  quatre  enfans  des  rois  de  Gala  m  et 
de  Bambouk  ,  lesquels  doivent  apprendre  les  langues  wolofe  et 
française,  pour  les  enseigner  ensuite  dans  leur  pays. 

»  Comme  le  royaume  de  Brak  ou  de  Walo  vient  d'être  ce'de'àla 
France,  j'espère  qu'aussitôt  que  mon  ouvrage  sera  impi'imé,  et 
que  je  pourrai  mettre  les  tableaux  wolofs  entre  les  mains  des  en- 
fans  du  Sénégal,  l'instruction  élémentaire  se  propagera  rapide- 
ment dans  cette  partie  de  l'Afrique.  Alors  la  Société  fondatrice 
des  écoles  mutuelles  se  glorifiera  d'avoir  perfectionné  la  vie  mo- 
rale des  nègres  qui  avoisinentle  Sénégal,  et  de  les  avoir  ramenés 
à  une  existence  plus  digne  du  rang  que  le  Créateur  leur  as- 
signa. » 

Extrait  d'un  rapport  sur  l'Ecole  mutuelle  du  Sénégal.  — Cent 
vingt  enfans  fréquentent  en  ce  moment  l'Ecole  de  Saint  Louis 
du  Sénégal,  qui  déjà  a  été  renouvelée  entièrement.  Prés  de 
cent  cinquante  élèves  nègres  ou  mulâtres  y  ont  été  instruits  ,  et 
possèdent  assez  bien  l'instruction  primaire  ,  et  même  quelques 
notions  des  sciences  exactes.  Plusieurs  d'entre  eux  sont  déjà  em- 
ployés par  le  gouvernement  ;  d'autres  se  sont  livrés  au  commerce, 
et  quelques-uns  à  la  navigation. 

Parmi  les  enfans  qui  fréquentent  l'école  en  ce  moment,  plu- 
sieurs sonl  déjà  fort  avancés;  et  l'on  pourrait,  sans  dépeupler 
l'école  de  moniteurs  T  en  prendre  une  douzaine  propres  à  diriger 
des  institutionsdans  l'intérieur.  La  huitième  classe ,  qui  comprend 
les  élèves  les  plus  avancés  en  instruction,  contient  20  enfans  ;  la 
7e  en  a  25;  la  6e,  17  ;  la  5e,  12;  et  la  ire,  5. 

Généralement,  tous  les  enfans  du  Sénégal  sont  doués  d'une 
grande  intelligence;  ils  écrivent  et  calculent  très  bien,  lisent  on 
ne  peut  mieux ,  mais  comprennent,  difficilement  la  langue 
française.  J'ai  souvent  été  forcé  de  m'écarter  des  rcglemcns  des 
écoles  mutuelles,  en  cherchant  à  remédier  à  ce  petit  retard  dans 
les  progrès  de  la  langue  française.  Après  bien  des  essais  ,  je  me 
suis  convaincu  qu'il  était  absolument  nécessaire,  pour  que  les 
enfans  du  Sénégal  répondissentaux  vues  bienfaisantes  du  gouver- 
nement qui  vent  les  instruire,  de  leur  faire  lire  et  écrire  leur 


ao8  AFRIQUE.  EUROPE. 

langue  naturelle,  en  même   tems  que  la  langue  française  qu'il 
s'agit  de  leur  enseigner. 

A  cet  effet,  j'ai  cru  devoir  m'occuper  sérieusement  de  la  langue 
wolofe;  j'ai  fait  des  tableaux  wolofs  et  français,  dont  le  résultat 
a  surpasse  mes  espérances  •  je  me  suis  livré  à  des  recherches  qui 
n'ont  pas  été  infructueuses  ,  et  j'ai  découvert  que  cette  langue 
avait  des  principes  clairs  ,  simples  ,  précis,  et  qu'elle  était  sur- 
tout a  imirable  dans  la  composition  de  ses  verbes.  J'ai  formé  une 
grammaire  wolofe  ,  à  laquelle  j'ai  ajouté  un  grand  nombre  de 
thèmes  et  de  proverbes  dans  les  deux  langues;  ensuite  j'ai  tra- 
vaillé au  dictionnaire  français-wolof  et  wolof- français  ;  enfin  , 
j'ai  classé  une  grande  quantité  de  mots  wolofs  pour  la  formation 
des  tableaux  d'une  école  mutuelle  v\  olofe-française. 

Tel  est  le  travail  dont  j'ose  aujourd'hui  provoquer  l'impression, 
persuadé  que  ce  serait  avoir  peu  fait  que  d'avoir  enseigné  aux 
enfans  du  Sénégal  à  lire  et  écrire  la  langue  française,  si  on  ne 
leur  procurait  ensuite  les  moyens  de  profiter  de  cet  enseigne- 
ment, en  l'appliquant  à  leur  langage  naturel,  à  leurs  professions 
respectives,  et  en  les  entretenant  ainsi  dans  la  pratique  de 
l'étude,  de  la  vertu  et  des  bonnes  monirs. 

Quoique  déjà  1  on  puisse  se  féliciter,  en  considérant  les  succès 
qu'a  obtenus  l'école  mutuelle  du  Sénégal  au  milieu  de  tant  de 
diflicultés  ;  je  ne  le  dissimulerai  point  :  il  y  a  encore  beaucoup  à 
faire  ;  l'entreprise  est  commencée,  la  carrière  est  ouverte,  niais 
elle  est  immense.  Le  but  qu'on  s'est  proposé  ne  peut  être  atteint 
en  trois  années;  il  faudra  soutenir  ce  qui  a  été  créé,  le  perfec- 
tionner,  l'étendre  successivement.  I  ne  école  secondaire,  où  se- 
raient reçus  les  enfans  du  Sénégal ,  sortant  de  l'institution  mu- 
tuelle, ne  serait  peut-être  pas  inutile.  On  pourrait  y  enseigner  les 
mathématiques  ,  la  géographie  el  l'agriculture  avec  beaucoup  d< 
■uccéi 

EUROPE. 

ANGLETERRE. 

Eoimbodhg.  —  Société-dés  Arts. — 'On  doit  formera  Edimbourg 
nue  nouvelle  Société  des  \rts.  semblable  ù  celle  de  Londres.  11 


EUROPE.  209 

y  aura   une  salle    pour    déposer   les    modèles,  etc.,   comme    à 
ï'y/delphi  (t). 

Arts  mécaniques. —  Horlogerie.  —  La  Revue  d' Edimbourg  ,  du 
dernier  trimestre  1819,  contient,  entre  autres  morceaux  remar- 
quables, une  vue  comparative  des  arts  et  de  l'industrie  de  la  irance 
et  de  V Angleterre.  Les  ouvrages  fiançais  qui  servent  de  base.  a 
cet  examen,  sont  :  i°  l'Industrie  française,  par  M.  Chaptal,  dont 
la  Revue  Encyclopédique  a  déjà  rendu  compte  (tom-  II,  pag.  3o 
et  suiv.  );  20  l'Essai  sur  l'administration  de  l'agriculture,  du 
commerce,  des  manufactures,  etc.  ,  par  M.  Costaz ,  (tom.  III, 
p.  5i  et  suiv.),  3°  la  notice  sur  les  travaux  de  la  Société  d'en- 
couragement pour  l'industrie  nationale  ,  par  E.  J.  Guillard-Se- 
nainville  (tom.  I,  p.  3^2  et  suiv.). 

Cet  article  ,  où  le  talent  s'unit  à  l'érudition,  est  néanmoins  en- 
taché de  beaucoup  de  préjugés  nationaux,  et  l'auteur  manque 
souvent  de  justice  envers  la  France.  Cependant,  nous  citerons  le 
passage  suivant,  dans  lequel  il  rend  hommage  à  l'un  de  nos  ar- 
tistes  les  plus  distingués. 

«  Les  arts  mécaniques,  cités  par  M.  Chaptal,  comme  ayant  été 
extrêmement  perfectionnés  en  France,  pendant  ces  trente  der- 
nières années  ,  sont,  pour  la  plupart  originaires  de  l'Angleterre. 
On  peut  les  ranger  en  deux  classes;  savoir  :  i°  les  arts  utiles  au 
commerce  ,  i°  les  arts  uiilos  aux  sciences.  Parmi  les  premiers  , 
nos  filatures  (Spi/ining-  -mehines)  ont  tout  l'avantage.  Au  nombre 
des  seconds,  l'horlogerie  vient  d'abord,  et  le  nom  dedéguet 
s'offre  naturellement  à  la  pensée.  Nous  aimons  à  saisir  l'occasion 
de  rendre  justice  à  un  artiste  d'un  mérite  aussi  extraordinaire. 
M.  Brc'guet  est,  sans  contredit ,  l'homme  de  ce  siècle  qui  a  eu  le 
plus  grand  nombre  d'heureuses  inspirations  sur  l'art  qu'il  cultive 
Ses  inventions  sont  aussi  nombreuses  que  brillantes,  et  chaque 
branche  de  l'horlogerie  lui  doit  quelque  nouveau  perfectionne- 
ment. Mais,  M.  Bréguet,  malheureusement  pour  lui  et  pour  les 
sciences,  s'est  trouvé  placé  dans  un  pays  où  la  profondeur  et  la 
justesse  de  ses  vues  n'ont  point  été  assez  généralement  appréciées, 


(ï)  Vstdelphi  est  un  bâtiment  public  fondé  à  Londres  par  la 
Société  d'encouragement  des  arts  et  de  l'industrie,  à  peu  près 
sur  le  même  modèle  que  notre  Conservatoire  des  arts  et  métiers 

TOM  F.    VI.  \r- 


ai©  EUROPE. 

et  où,  par  une  suite  nécessaire,  ses  pensées  ont  e'të  détournées 
du  but  vt:rs  lequel  son  gënie  l'appelait.  Selon  nous,  l'excellence 
de  l'horlogerie  consiste  dans  la  mesure  exacte  du  tems  appliquée 
aux  grandes  sciences  de  l'astronomie ,  de  la  géographie  et  de  la 
navigation.  Mais,  en  France,  la  partie  chronomëtrique  est  né- 
gligée pour  tout  ce  qui  tient  à  l'ornement  ou  à  la  commodité  per- 
sonnelle de  l'acheteur.  Aussi,  les  montres  qui  marquent  toutes 
les  divisions  du  tems  ,  les  jours  de  la  semaine  ,  des  mois  ,  tt  sou- 
vent le  mois  même,  sont-elles  particulièrement  bien  exécutées 
en  France.  11  ne  faut  pas  moins  de  savoir  et  d'industrie  pour 
atteindre  à  la  perfection  dans  ce  genre  que  dans  l'autre  j  mais  on 
ne  peut  s'empêcher  de  regretter  que  le  talent  ne  se  tourne  pas 
vers  un  plus  noble  but,  qu'il  ne  s'efforce  pas  de  seconder  les 
grandes  entreprises,  d'aider  aux  progrès  des  sciences  utiles,  et 
aux  découvertes  qui  agrandissent  les  vues  et  améliorent  la  situa- 
tion du  genre  humain. 

9 Cependant,  M.  Bréguet  n'a  point  négligé  de  s'occuper  de  la 
partie  scientitique  de  son  art.  Ses  horloges  et  ses  montres  astro- 
nomiques sont  d'une  admirable  exécution  ,  et  se  distinguent  par 
plusieurs  perfectionnemens  dus  au  génie  de  ce  célèbre  artiste. 
Nous  remarquerons  ,  en  passant  ,  que  M.  Chaptal  attribue  à 
M.  Bréguet  plusieurs  inventions  nouvelles,  qui  sont  depuis  fort 
long-tems  d'un  usage  commun  en  Angleterre  :  tels  que  l'échappe- 
ment (escapement)  détaché,  le  ressort  du  balancier  cylindrique, 
et  le  balancier  composé;  tandis  qu'il  ne  fait  pas  mention  des  dé- 
couvertes dont  IV1.  Bréguet  a  réellement  enrichi  son  art.  Quoi- 
qu'il y  en  ait  un  grand  nombre,  nous  nous  bornerons  à  en  citer 
quelques-unes  :  i°  Le  parachute  destine'  à  empêcher  le  pivot  du 
balancier  de  se  rompre,  si  la  montre  vient  à  tomber,  ce  qui  est 
très  commode  pour  les  montres  de  poche  j  2°  le  tourbillon,  par 
le  moyen  duquel  le  balancier,  outre  son  mouvement  de  vibra- 
tion, exécute  une  révolution  sur  son  axe,  au  bout  d'un  certain 
tems,  de  manière  que,  supposé  le  chronomètre  dans  une  position 
donnée ,  chaque  extrémité  du  balancier  ■  successivement  été  la 
plus  élevée  au  moment  du  repos  •  et  toutes  les  inégalités  qui  peu- 
vent se  trouver  dans  son  poids  ou  au  centre,  sont  compensées 
pendanl  chaque  révolution  j  3°  un  échappement  (ncapement) 
qu'il  appelle  naturel,  et  qui  peut  se  passer  d'huile;  et  /je  un 
double  échappement  ^double  escapement). 


EUROPE.  3I1 

»  M.  Bréguet  a  dernièrement  exécute'  une  idée  digne  de  la  gran- 
deur de  son  talent.  Il  a  fait  un  certain  nombre  de  montres  marines 
(marine  time-pieces)  sur  les  mêmes  principes  et  avec  les  mêmes 
dimensions,  de  manière  que  les  parties  homologues  de  chacune 
d'elles  puissent  s'ajuster  dans  toutes  les  autres.  L'échappement 
(escapement)  qu  il  a  adopte,  est  celui  d\Earnshaw  ;  mais  il  en  a 
forme'  un  système  à  part,  qui,  :ans  aucun  pre'paratif  ,  peut  être 
enlevé  d'une  montre,  et  placé  dans  une  autre  ,  seulement  en  des- 
serrant deux  vis  :  en  sorte  que,  si  un  accident  arrive  à  l'un,  on 
peut  le  remplacer  par  un  autre,  en  moins  de  cinq  minutes. 
M*  Bréguet  n'a  point  encore  fait  connaître  au  public  son  invention 
de  l'échappement  naturel  (natural  escapement).  Le  double  échap- 
pement (double  escapement)  est  simplement  une  montre  double, 
pourvue  de  deux  échappemens  et.  de  deux  balanciers  pour  la  ré- 
gler; elle  réussit  merveilleusement  à  corriger  les  erreurs.  La 
même  idée  a  été  aussi  appliquée  aux  pendules ,  en  y  ajoutant  un 
second  régulateur;  et  M.  Bréguet  a  déjà  rassemblé  quelques  faits 
très  intéressans  sur  la  transmission  du  mouvement,  par  les  corps 
qui  sont  eux-mêmes  en  repos. 

»  Personne  n'est  plus  disposé  que  M.  Bréguet  à  rendre  justice  à 
la  supériorité  de  l'horlogerie  en  Angleterre;  et  la  preuve,  c'est 
qu'il  préfère  tirer  de  ce  pays  les  parties  les  plus  délicates  de  ses 
précieux  chronomètres ,  qu'il  a  si  habilement  perfectionnés. 
M.  Molyneux,  artiste  anglais,  doué  de  beaucoup  de  mérite  et  de 
modestie,  lui  a  fourni ,  à  notre  connaissance,  depuis  quatre  ans, 
un  nombre  d'échappemens ,  de  balanciers  composés,  etc.,  égal  à 
celui  que  nous  imaginons  devoir  être  demandés  en  France  à 
M.  Bréguet.  Le  talent  de  ce  dernier  ne  se  trouve  nullement  com- 
promis par  l'emploi  qu'il  fait  délémens  étrangers  dans  ses  ma- 
chines, puisqu'il  a  tout  le  mérite  de  les  ajuster  et  de  les  perfec- 
tionner. M.  Bréguet,  qui  est  originaire  de  la  Suisse,  et  non  de  la 
France ,  est  le  seul  artiste  de  ce  royaume  qui  puisse  rivaliser 
avec  nos  Arnolds,  nos  Earushaws,  nos  Harolys,  etc.,  etc.  » 

Nous  ne  chercherons  point  à  combattre  les  préjugés  et  les  pré- 
ventions quidom  Dent  dans  plusieurs  passages  de  cet  article  ,  eÇ 
qui  sont  souvent  exprimés  avec  une  ironie  et  une  aigreur  aux- 
quelles le  talent  devrait  toujours  rester  étranger j  mais,  puisqu'on 
veut  enlever  à  la  France  l'honneur  d'avoir  donné  le  jour  à  M.  Bré- 

•4* 


aia  EUROPE. 

guet,  on  nous  permettra  de  rappeler  que  c'est  a  un  étranger,  à 
un  Français  (M.  Brunel),  que  l'Angleterre  doit  plusieurs  de  se^ 
plus  merveilleuses  inventions.  TSous  riterons,  entre  autres,  la  ma- 
chine à  poulie  {  block  -  machine ry) ,  qui  reçoit  l'arbre  en  nature 
le  divise,  le  coupe  à  égales  longueurs,  l'arrondit,  le  polit,  le 
creuse,  et  après  lui  avoir  fait  subir  neuf  opérations,  donne  une 
poulie  parfaitement  complète  dans  toutes  les  parties,  et  d'un  tra- 
vail aussi  fini  que  celui  de  l'ouvrier.  Cette  découverte,  qui 
épargne  à  la  fois  le  tems,  l'argent  et  les  hommes  ,  est  d'autant  plus 
précieuse  pour  l'Angleterre,  qu'il  faut  à  chaque  vaisseau  de  ligue 
près  de  quinze  cents  poulies  de  différentes  grosseurs,  et  que  cette 
seule  partie  de  la  construction  coûtait  à  l'Etat  des  sommes  con- 
sidérables. jNous  n'examinerons  pas  jusqu'à  quel  point  une  décou- 
verte semblable  eût  pu  être  utile  en  France,  où  la  marine  est. 
depuis  long-tems,  presque  nulle  :  cette  discussion  nous  mènerait 
trop  loin.  M.  Didot,  frère  de  M.  Firmin  Didot ,  de  Paris,  connu 
par  les  nombreux  pcrfectionncniens  qu'il  a  fait  subir  à  la  typo- 
graphie, s'est  aussi  établi  en  Angleterre,  et  y  ;i  inventé  une  ma- 
chine pour  faire  du  papier  d'une  longueur  indéfinie:  cette  fabrique 
est  mise  en  mouvement  par  un  moulin  situe  SUT  les  bords  de  la 
rivière  l'y  ne.  (Voyez  les  Mémoire»  sur  la  manne  ci  les  pnnts-et- 
chanssecs  tle  France  et  tt  Angleterre ,  par  M.  CJi .  Dupi/i,  dont 
nous  avons  rendu  compte  (  f.  111  ,  pag.  2.Î9  ). 

Ir.nseignement  mutuel  — On  compte  maintenant,  en  Angle- 
terre, 14G7  écoles  établies  d 'après  le  système  du  docteur  l'.ell ,  et 
9.9^  d'après  celui  de  Laneaster-  en  tout  ,  1  *yt>4  écoles  d'enseigne- 
ment mutuel. 

LoMiHKs.  —  Librairie.  —  Dans   la  rue  de    PatemostW   nnv   et 

dans  quelques  rues  adjacentes,  où  m  trouvent  plusieurs  librairies 
considérables  ,  on  expédie,  Ls  dernier  jourde  chaque  mois ,  .>,ooo 

ballots  contenant  5o  à  60  mille  exemplaires  de  journaux  qui  pa  - 
missent  par  cahiers,  sans  Dompter  les  livres  et  les  brochures.  — 
Le  nombre  des  exemplaires  de  gazettes  et  de  journaux  publiés 
journellement,  et  expédiés  par  semaine,  est  de  »jo,ooo,  et  celui 
des  feuilles  de  différentes  provinces,  de  a5o,ooo.  —  11  nanti  an- 
nuellement ,  en  Angleterre,  environ  800  livres  nou\eau\.  ■ —  Le 
commerce  de  la  librairie  rapporte  par  an  un  million  de  litres 
sterling  (^jj  millions  de  France}. 


EUROPE.  2ï3 

—  Nouveaux  ouvrages  périodiques.  —  Le  nombre  des  jour- 
naux de  Londres  a  été'  augmenté,  celte  année,  par  deux  feuilles 
hebdomadaires  d'un  caractère  fort  sérieux.  Le  Rapporteur  chré- 
tien {T lie  Christian  Reporter)  et  Le  Gardien  {The  Guardian).  Tous 
deux  s'occupent  de  politique ,  de  religion  et  de  morale.  Le  Rap- 
porteur annonce  qu'il  n'écrit  que  pour  le  «  public  chrétien,  pour 
»  ces  hommes  vénérables  qui ,  nourris  de  seutimens  et  de  prin- 
»  cipes  plus  élevés  que  ceux  des  gens  du  monde,  voient  cons- 
»  tamment  les  desseins  de  la  Providence  s'accomplir  dans  les 
3>  événemens  de  la  vie  sociale  et  civile.  »  Z-e  Gardien  donne  la 
même  direction  à  ses  vues  ,  mais  il  diffère  du  Rapporteur,  en  ce 
qu'il  déclare  la  guerre  à  l'opposition. 

—  The  London  magazine  and  Monthly  critical  and  drumatic 
Review.  Ce  journal  critique  et  dramatique  paraît  depuis  le  Ier 
janvier ,  chez  Gold  et  North-house. 

—  Armais  of  oriental  Littérature.  (  annales  de  Littérature 
orientale.  )  Cet  ouvrage  ,  dont  il  paraît  un  volume  in-8°  tous  les 
trois  mois,  à  dater  du  ier  avril  1820,  contient  des  essais  origi- 
naux, des  traductions,  des  critiques  d'ouvrages  orientaux,  et  des 
nouvelles  littéraires. 

—  Traduction  des  Mémoires  sur  le  royaume  de  JVaples.  — 
Plusieurs  feuilles  publiques  annoncent  qu'on  s'occupe  d'une  tra- 
duction anglaise  des  Mémoires  sur  le  royaume  de  JVaples  ,  par 
M.  le  comte  Orloff.  L'auteur,  qui  est  dans  ce  moment  à  Paris, 
travaille  lui-même  à  terminer  cet  ouvrage,  dont  le  troisième  vo- 
lume est  sous  presse  ,  chez  F.  Didot.  On  a  entrepris ,  depuis  peu , 
une  traduction  russe  de  ces  Mémoires. 

—  Georges  Bidder.  —  Georges  Bidder,  enfant  qui  par  sa  mer- 
veilleuse facilité  pour  le  calcul,  a  fixé  l'attention  de  toute  l'An- 
gleterre, qu'il  parcourait,  en  montrant  sa  science  de  ville  en  ville, 
vient  d'être  tiré  de  sa  situation  précaire  et  humiliante  par  une 
souscription  ouverte  à  Edimbourg.  Les  sommes  reçues  sont  des- 
tinées à  donner  à  cet  enfant  une  éducation  qui  puisse  développer 
ses  talent.  Plusieurs  savans,  membres  de  la  Société  Royale  et  de 
l'Université  où  il  vient  d'être  placé,  se  proposent  de  surveillerses 
progrès  ,  et  de  les  seconder  de  tous  leurs  efforts. 

—  Hommage  h  fVolIcol.  —  Une  souscription  a  été  ouverte 
pour  ériger  à  la  mémoire  du  célèbre  poète  Jean  Wollcot ,  connu 


ai4  EUROPE. 

sous  le  nom  de  Peter  Pindar,  un  monument,  dans  l'église  de  Dod- 
brook ,  sa  paroisse. 

—  Beaux -Arts.  —  Peinture.  —  M.  Turner,  membre  de  l'Aca- 
démie royale  de  peinture,  est  de  retour  à  Londres.  11  a  passé  près 
de  deux  ans  en  Italie,  pour  dessiner,  par  ordre  du  prince-régent, 
les  plus  beaux  sites  de  ce  pays.  Il  rapporte  de  nombreuses  esquis- 
ses, et  va  composer  des  tableaux  qui  seront  placés  dans  le  palais 
de  Carlton-House. 

—  Gravure.  —  Les  graveurs  les  plus  distingués  de  la  capitale  , 
Warren,  Engleheart,  tinden,  Fittler,  Wedgwood,  Worthing- 
ton ,  etc.,  travaillent  à  un  ouvrage  national.  C'est  une  collection 
de  portraits  des  poètes  anglais,  dessinés  par  Thurston ,  d'après  les 
originaux  les  plus  authentiques.  Ce  que  les  connaisseurs  en  ont  vu 
dans  les  ateliers  des  artistes,  répond  à  la  haute  idée  qu'on  s'était 
formée  de  cette  entreprise. 

RUSSIE. 

Marine  —  M.  de  Boucher  ,  Français  ,  conseiller  d'Etat  de 
S.  M.  l'empereur  de  Russie,  a  trouvé  un  moyen  pour  rendre 
incorruptibles  les  vivres  destinés  à  la  marine.  Sa  décou- 
verte a  été  approuvée  par  la  Société  économique  et  par  le  Comité 
de  médecine.  Lne  médaille  d'or  lui  a  été  décernée. 

M.  de  Boucher  a  dû  présenter  aussi  à  la  Société  économique 
un  modèle  de  vaisseau  insubmergible ,  qui  a  obtenu  l'approbation 
d'un  habile  constructeur. 

Sociétés  bibliques.  —  Ces  Sociétés  sont  très  nombreuses  en 
îîussie,  et  ont  beauenup  d'activité.  Celle  qui  est  établie  à  Abo,  a 
reçu  dernièrement  d'Angleterre  les  planches  stéréotypes  du  Nou- 
veau-Testament en  grec  moderne  ,  au  moyen  desquelles  on 
pourra  tirer  3oo,ooo  exemplaires.  A   Tula  et  à  //  onmèseh  ,  des 

•  laines  pieuses  ont  établi  des  boutiques  ,  «mi  Pou  ne  débile  d'autre 

livre  (pie  la  Bible.  Le  patriarche  Paul ,  à  Coqs  tan  tinople ,  a  onert 
de  contribuer  au  but  des  Sociétés  bibliques.  Les  limâtes  .  peuple 

payen  en  Sibérie,  ont  témoigné  le  désir  de  posséder,  en  langue 
mongole,  la  parole  du  Dieu  uuujuc  (c'esl  ainsi  qu'ils  appellent  la 
Bible),  et  ils  ont  recueilli,  par  souscription,  la  somme  tic  10,000 
roubles,  qu'ils  destinent  à  l'impression  du  livre  sacré.  —  Le  trait 
suivant  est  remarquable  :  Quelques  paysans  du  cercle  de  Dubo-.v. 


EUROPE.  «n5 

dans  la  principauté  de  Saratow  ,  ont  offert  à  la  Société  biblique 
de  lui  donner  chacun  ,  par  an  ,  la  somme  de  5o  kopecks  ^environ 
2  j  sous),  a  IXous  sommes  pauvres  ,  disent-ils,  mais  Dieu  aime  ce- 
»  lui  qui  donne  de  bon  cœur.  » 

Mythologie.  —  fable  d' Hercule. —  M.  OuvarofT  a  fait  insérer 
dans  les  Mémoires  de  l'Académie  impériale  des  Sciences  de  Pé- 
tersbourg  ,  un  Examen  critique  de  la  fable  d' Hercule  (v.\  pages 
in-4°  ).-  H  se  propose  spécialement  de  combattre  l'opinion  do 
Dupuis  qui  considérait  Hercule  comme  l'emblème  du  soleil,  et 
les  douze  travaux  du  demi-dieu  comme  le  symbole  des  douze 
signes  du  Zodiaque  ;  mais  il  n'entreprend  pas  d'expliquer  ce 
mystère  de  l'antiquité  :  il  affirme  seulement  que  l'opinion  rela- 
tive à  l'identité  d'Hercule  et  du  soleil,  est  née  à  l'époque  où  les 
platoniciens,  tels  que  Plotin,  Proclus,  Jamblique,  etc.,  ten- 
tèrent de  donner  de  l'unité  au  polythéisme.  De  nos  jours,  selon 
M.  OuvarofT  lui-même  ,  on  a  reconnu  unanimement  les  vastes  et 
nombreux  rapports  qui  établissent  une  liaison  intime  entre  toutes 
les  parties  des  traditions  religieuses  de  f  antiquité.  Ce  point  fon- 
damental de  leur  étude  doit  servir  d'excuse  aux  tentatives, 
même  malheureuses,  qui  ont  pour  but  de  porter  la  lumière  dans 
les  vastes  ténèbres  où  est  encore  enveloppée  la  véritable  con- 
naissance des  institutions  sacrées  des  anciens  peuples.  Les  pré- 
jugés, ou  des  intérêts,  ont  de  bonne  heure  un  peu  trop  matéria- 
lisé ces  institutions,  qu'on  devrait  moins  se  presser  de  qualifier, 
puisque  l'intolérance  et  l'erreur  ont  presque  seules  instruit  ,  rap- 
porté et  jugé  cette  grande  affaire.  Encore  quelques  bonnes  obser- 
vations authentiques,  et  les  anciens  ne  seront  peut-être  plus  ni 
aussi  payens  ni  aussi  idolâtres  qu'on  se  plaît  à  le  répéter  depuis 
dix -huit  siècles. 

A  l'occasion  du  Mémoire  de  M.  OuvarofT,  nous  indiquerons  la 
lettre  ,  publiée  par  M.  llaulhac  ,  sur  la  signification  du  nom 
d1  Hercule y  et  sur  la  nature  de  ce  dieu;  lettre  extrait»:  d'un 
ouvrage  plus  étendu,  et  dans  laquelle  l'auteur  s'est  proposé  de 
démontrer,  par  le  rapprochement  d'un  grand  nombre  de  passages 
d'auteurs  anciens,  et  d'observations  faites  dans  diverses  contrées 
où  se  trouvent  des  dénominations  tirées  du  nom  d'Hercule  ,  que 
l'histoire  de  cet  homme-dieu  n'est  que  le  symbole  d'un  grand 
nombre  de  faits  physiques,  produits  par  de  grands  effets  de  Pair. 


EUROPE. 

SUÈDE. 

Instruction  publique.  —  Le  roi  a  ordonne  la  fondation  d'un 
lycée  pour  l'éducation  classique,  d'une  grande  école  primaire,  et 
i\  autres  moins  considérables.  S.  "M.  destine  annuellement  à 
ces  divers  etablissemens  une  somme  d'environ  00.000  francs  et 
c)^o  tonneaux  deblc'.  Le  lycée  doit  avoir  si*  professeurs  ,  dont  les 
honoraires  sont  fixés,  pour  chacun  des  deux  premiers,  à  6,000, 
et  des  quatre  au  1res,  à  j,ooo  lianes. 

Antiquités.  (  Voy.  T.  V  de  la  Iic\>u<- ,  p.  5g3.  )  L'été  dernier, 
quel  (lies  ouvriers  ayant  fait,  des  fouilles  dans  un  champ  de  la  terre 
deDalsland,  en  B  alstad  hocken,  ont  trouvé  une  quantité  considé- 
rable d'anciennes  monnaies  et  d'objet  s  d'argent  fin,  tris  que  neuf 
bracelets  tic  quatre  différentes  formes,  et  des  entrelacs  d'argent , 
qui  paraissent  aussi  avoir  servi  de  bracelets.  Parmi  •>. \i  monnaies 
HsibleS,  87  sont  des  monnaies  anglo-saxonnes,  qui,  à  l'exception 
de  ,'i  ,  ont  été  frappées  sous  Je  régne  du  roi  Athelred  ;  deux  sont. 
«lu  régne  de  son  père  Edgar  ;  M'5  portent  l'année  1006.  Le  reste  , 
à  l'exception  de  deux  monnaies  k.ufiennes  ,  l'une,  de  fan  de  l'hé- 
gire 20(1,  et  l'autre,  del'an.'loS,  sont  des  monnaies  allemandes, 
frappées  sous  les  régnes  des  empereurs  Olbon  I  cl  111  et  de  l'im- 
pératrice Adélaïde. 

AJusif.  — On  s'occupe  de  fonder,  à  Stockholm  ,  un  Musée  sem- 
blable à  ceux  de  Paris  et  de  Londres. 

DANEMARCK. 

Asttonomie  géographique,  —  M.  Schumacher,  capitaine 
d'artillerie  à  Copenhague,  a  inventé  une  nouvelle  espèce  dé  fu- 
sées, qui  pourront  être  d'une  grande  utilité  pour  l'astronomie 
géographique.   Elles  sont  beaucoup  plus  grosses  que  les  fusées  .1 

la  Congn  m  .  et  -.'élèvent    à    une  hauteur  prodigieuse.    \ni\, 
leur  point  culminant,    elles  éclatent  en  répandant  une  lumière  81 

vive,  qu'on  en'voil  la  lûeor  à  trente  lieues  de  distance.  L'inven- 
teur s'est  rendu  à  la  petite  île  de  Ilielm  au  Cattegat,  où  il  a  fait 

monter  plusieurs  «le  ce^  fusées.  Son  frère  était  .1  l'observatoire  d  1 
Copenhague j  et,  quoique  n  la  distance  dé  prés  de  trente  lieues, 
muni  seulement  d'un  télescope  ordinaire,  il  les  a  vues  très  dis- 
tinctement  brilKr  connue  dus  étoiles  de  la  première  grandeur*. 


EUROPE:  217 

Cette  expérience  et  d'autres  encore  ,  prouvent  qu'il  n'y  a  pas  de 
meilleur  moyeu  pour  propager  les  signaux.  Os  fusées  seront  aussi 
fort  utiles  pour  mesurer  les  plus  grands  arcs  de  cercle. 

Instruction  publique.  —  C.  F.  Severin ,  professeur  à  Co- 
penhague ,  a  publié  un  petit  ouvrage  sur  l'instruction  populaire 
en  Danemarck.  Il  paraît,  d'après  cet  écrit,  qu'on  doit  rapporter 
la  naissance  et  les  premiers  progrès  do  cette  instruction  au  règne 
de  Frédéric  IV,  qui  fonda,  en  une  seule  année  (  1721  ),  deux 
cent  quarante  écoles.  Christian  VI  ne  montra  pas  moins  de  zèle 
pour  la  culture  des  sciences  et  des  lettres  ;  mais  le  premier  collège, 
destiné  à  former  de  bons  instituteurs,  ne  fut  établi  qu'en  1^91 , 
sous  le  règne  de  Christian  VII ,  près  de  Copenhague  ,  et  servit  de 
modèle  à  plusieurs  autres,  qui  depuis  ont  été  fondés  dans  les  pro- 
vinces. A  l'exemple  du  gouvernement,  les  grands  propriétaires 
ont  établi  différentes  écoles  sur  leurs  propriétés. 

foyages.  ■ —  Le  roi  de  Danemarck  vient  d'accorder  une 
pension  de  2ooécus,  pendant  deux  ans,  à  quatre  hommes  dis- 
tingués, pour  les  encouragera  faire  des  voyages  dans  les  pays 
étrangers.  Ce  sont  MM.  Bask,  homme  de  lettres 5  Jujeman,  poète; 
Clausen,  théologien  •  et  N.  Gœde,  naturaliste  de  Kiel.  Le  bota- 
niste Schew  et  le  naturaliste  Leisse  ont  aussi  reçu  les  sommets 
nécessaires  pour  continuer  leurs  voyages.  Les  travaux  réunis  de 
ces  six  voyageurs  promettent  des  résultats  intéressans  et  utiles. 

ALLEMAGNE. 

Vienne.  —Invention  d^unjlucon  pour  mesurer  les  gouttes  en 
pharmacie.  —  L'apothicaire  Joseph-Charles  Schmter,  de  Tyrnan, 
a  inventé  des  flacons  propres  à  mesurer  exactement  les  gouttes, 
pour  l'usage  pharmaceutique.  Les  essais  qui  en  ont  été  faits  par 
la  Faculté  de  Médecine,  à  Vienne,  ont  constaté  que  tous  les 
fluides  employés  en  médecine  peuvent,  au  moyen  de  cette  inven- 
tion ,  être  dispensés  selon  la  quantité  prescrite  et  rigoureusement, 
déterminée.  Ces  flacons  sont  aussi  très  utiles  dans  les  analysée 
chimiques,  surtout  quand  on  travaille  sur  de  petites  quanfit.  1, 

DussELnoRF.  —  Instruction  publique.  —  Des  ordres  viennent 
d'être  donnés  pour  établir  dans  cette  ville  une  École  poh  technique 
et  une  Académie  des  Beaux*  Arts.  Le  gouvernement  accorde,  pour 
ces  institutions,  une  somme  annuelle  de  a8,oot  fr. 


nS  EUROPE. 

Bavière.  —  Enseignement  de  la  Chimie.  —  Une  ordonnance 
du  roi,  en  date  du  ^décembre,  crée,  près  du  laboratoire  de 
chimie  de  l'Académie  des  Sciences  de  Munich,  une  école  destinée 
à  former  un  certain  nombre  de  candidats  pour  renseignement  de 
la  Chimie.  La  direction  en  est  confiée  à  M.  le  professeur  Vogel. 

Darmstadt.  —  Ouvrages  périodiques-  —  Instruction  popu- 
laire. —  Depuis  le  commencement  de  Tannée  dernière,  il  paraît  à 
Darmstadt,  chez  les  libraires  Heger  et  Leske,  un  ouvrage  pério- 
dique exclusivement  consacré  à  l'instruction  populaire.  11  est 
intitulé  :  Ereymiïthige  Jahrbûeher  der  al/gemeinen  Deutschen 
y~olksschulen.  Ces  annales  ,  qui  se  rapportent  principalement 
aux  écoles  populaires  de  l'Allemagne  occidentale  et  méridionale  , 
sont  rédigées  par  le  professeur  de  théologie  et  conseiller  ecclésias- 
tique Schwarz  à  Heidelberg,  le  conseiller  ecclésiastique  Wagner 
à  Darmstadt,  le  président  du  consistoire  d'Autel  à  Stuttgart,  et 
le  conseiller  ecclésiastique  .Schellenberg  à  Wisbaden.  Voici  quelle 
est  la  division  des  matières  :  I.  Etat  actuel  des  écoles  populaire  t. 
II.  Aperçu  chronologique  de  tout  ce  qui  a  été  fait  depuis  181 5  , 
pour  le  perfectionnement  de  l'instruction  populaire.  III.  Revue 
annuelle  de  la  littérature  qui  se  rapporte  à  l'instruction  popu- 
laire ,  et  parallèle  entre  les  établissemens  d'instruction  publique 
en  Allemagne,  et  ceux  des  autres  nations.  IV.  Théorie  et  Critique. 
La  première  embrasse  les  élémens  de  l'instruction;  la  seconde 
offre  des  extraits  de  tous  les  ouvrages  de  quelque  importance,  qui 
ont  été  écrits  pour  contribuer  à  l'instruction,  et  par  conséquent 
à  la  civilisation  du  peuple.  V.  Application  pratique.  Cette  dernière 
section  est  écrite  pour  les  instituteurs  et  pour  les  païens  :  elle  leur 
fait  connaître  tout  ce  qui  est  relatif  au  perfectionnement  des  mé- 
thodes d'enseignement  et  de  l'éducation  domestique.  Cet  murage 
est  publie'  :'i  des  époques  indéterminées,  par  livraisons  de  seize  à 
dix-sept  feuilles  d'impression. 

Autriche.  —  Publication  prochaine.  —  M.  Antoine  Strauss,  li- 
braire à  \  ienne,  se  propose  de  publier  ineess. miment  un  ouvrage 

qui  jettera  un  grand  jour  dans  l'histoire  générale  <bvs  Ëtats  com- 
pris dans  la  monarchie  autrichienne.  Cet  ouvrage,  intitulé  Topo- 
graphie ecclésiastique  de  FAutrichey  contiendra  des  notice) 
taillées  sur  chaque  paroisse,  d'après  les  chroniques  existantes 
dans  les  églises,  ou  d'après  d'autres documena  tués  des  archive». 


EUROPE.  219 

des  chapitres  et  des  couvens,  ou  de  celles  de  l'Etat.  L'histoire  de 
chaque  paroisse  sera  précédée  de  la  description  géographique  et 
physique  de  cette  paroisse,  ainsi  que  d'une  notice  sur  ses  anti- 
quités, ses  raonumens,  ses  écoles,  ses  hôpitaux.:  le  nombre  des 
paroisses  est  de  plus  de  i,5oo  ,  et  il  reste  encore  plus  de  soixante 
chapitres  et  couvens,  renfermant  presque  tous  des  documens  pré- 
cieux et  intéressans.  Le  plan  de  cet  ouvrage  est  le  même  que  celui 
que  sir  John  Smelain  a  composé  sur  l'Ecosse. 

—  Lithographie.  —  Une  Société  s'est  formée  à  Vienne  ,  pour 
encourager  la  lithographie,  et  surtoutpouren  obtenir  des  copies 
des  tableaux  les  plus  estimés  de  l'ancienne  école  et  des  maîtres 
modernes  C'est  le  libraire  Gérold  qui  a  fait  cette  entreprise  li- 
thographique. 

A  Pest,  la  lithographie  a  fait  de  grands  progrès  sous  la  direc- 
tion de  MM.  Greipel  et  Richter.  Le  premier  a  publié  ,  en  181 8  , 
un  très  joli  atlas  du  royaume  de  Hongrie  ,  et  M.  Richter  a  dessine 
des  paysages  et  des  portraits  qui  ne  laissent  rien  à  désirer. 

Prusse.  .—  Antiquités.  —  D'après  les  ordres  du  prince  chance- 
lier d'Etat,  on  rassemble  au  Musée  de  Bonn  les  antiquités  ro- 
maines et  germaniques  qui  se  trouvent  dispersées  dans  les  pro- 
vinces Westphaliennes  du  Rhin.  La  surveillance  en  est  confiée  au 
docteur  Dorow  ,  dont  la  collection  ,  provenant  di-s  fouilles  faites 
dans  le  pays  de  Nassau,  a  été  réunie  à  ce  Musée.  Chaque  proprié- 
taire a  le  droit  d'entreprendre  des  fouilles  sur  ses  terres  ;  mais  il 
ne  peut  déplacer  les  antiquités  qui,  par  le  lieu  qu'elles  occuptnt, 
sont  des  raonumens  historiques. 

Des  savans  ont  formé,  en  Silésic  ,  une  réunion  qui  s'occupe 
d'expliquer  et  de  publier  les  antiquités  trouvées  dans  cette  pro- 
vince. Une  Société  semblable  s'est  formée  dans  la  Thuringe  ,  à 
Naumbourg. 

Bavière.  —  Peinture  sur  verre .  —  L'art  de  peindre  sur  verre  se 
pratique  depuis  long-tems  avec  succès  à  Ober-Ammergau  ,  en 
Bavière.  On  voit ,  deux  fois  par  an  ,  aux  foires  de  Munich  ,  une 
boutiqoeoù  l'on  étale  des  peintures  sur  verre,  d'après  les  célèbres 
originaux  de  la  galerie  de  Munich.  Ces  peintures  sont  d'autant  plus 
recherchées,  que  leur  prix  est  très  modique. 

Saxe.  — Nécrologie.  —  M.  le  docteur  Roscn-Muller  ,  conseil- 


sa»  EUROPE. 

1er  aulique ,  et  professeur  d'anatomie  à  l'Université  de  Leipsick  , 
est  mort ,  le  59  février  dernier. 

M.  le  docteur  Eschenburg ,  conseiller  de  justice,  et  professeur 
à  Brunswick,  honorablement  connu  par  un  grand  nombre  d'ou- 
vrages, et  notamment  par  une  traduction  complète  de  Shakesk 
peare,  est  mort  le  29  février,  à  l'âge  de  77  ans. 

SUISSE. 

Canton  de  vaud.  —  Société  des  Sciences  naturelles  — M.  Per- 
ret, docteur-médecin,  a  lu,  à  cette  Société  dont  il  est  membre, 
les  observations  qu'il  a  faites  sur  l'action  fébrifuge  de  la  racine  de 
plantain  {Plantago  major,  minor  et  lantifolia  de  Linnéc).  Il  lui  a 
paru  que  cette  racine  peut  être  employée  dans  le  traitement  des 
fièvres  intermittentes:  il  engage  les  médecins  à  répéter  des  obser- 
vations, dont  le  succès  enrichirait,  la  pharmacie  d'un  fébrifuge 
indigène,  déjà  employé  par  la  médecine  domestique,  dans  quelques 
contrées  de  l'Allemagne. 

Genève.  —  Monument  en  l'honneur  de  J .-J .  Rousseau.  —  Une 
Société  de  souscripteurs  genevois  et  étrangers,  vient  de  charger  le 
célèbre  Canova  d'exécuter,  en  marbre  blanc,  la  statue  de  J.- J.  Rous- 
seau. Déjà  la  même  Société  avait  fait  placer  au  Jardin-des-Plantes 
le  buste  de  ce  grand  homme. 

ITALIE. 

Milan.  —  Hydraulique.  — M.  Morosi,  membre  de  l'Institut 
impérial  et  royal  de  cette  ville  ,  est  parvenu  à  faire  produire,  à 
une  chute  d'eau,  un  effet  double  de  celui  qu'on  avait  obtenu  jus- 
qu'à présent.  Il  atteint  ce  résultat,  soit  en  ajoutant  un  rebord  de 
six  lignes  au  disque  employé  par  les  physiciens  dans  leurs  expé- 
riences, soit  en  plaçant  sur  le  milieu  des  aubes  des  roues  hydrau- 
liques, une  planchette  saillante  de  deux  pouces,  (l'est  ainsi, 
qu'avec  une  chute  d'eau  à  peine  suffisante  d'après  les  données  de 
la  théorie  reçue,  il  est  parvenu  à  faire  mouvoir  les  usines  de  la 
nouvelle  fabrique  de  tabac,  établie  par  lui  à  Milan. 

Toscane.  —  Enseignement  mutuel.  —  Les  efforts  des  autorités 
civiles  et  du  clergé,  unis  à  ceux  des  citoyens  ,  ont  fait  obtenir 
à  Renseignement  mutuel  les  plus  rapides  progrés  en  Toscane.  Une 
école  a  été  ouverte  dans  le  séminaire  de  Mon  ta  Ici  no;  d'autres  ont 
•  te  fondée-  à  Macerata  ,  Pesaro,  Forli  ,  etc 


EUROPE.  221 

Home. —  Défense  de  publier  un  Cours  d'Astronomie. — M.  Set- 
tele  ,  professeur  à  l'Archi-Gimnasio  délia  Sapienza ,  se  proposait , 
sur  l'invitation  de  ses  supérieurs,  de  faire  imprimer  son  Cours 
d'Astronomie.  Comme  il  y  enseigne  le  système  de  Copernic,  ainsi 
que  la  révolution  de  la  terre  autour  du  soleil,  on  remit  sur  le  ta- 
pis la  vieille  question  de  savoir  si  l'on  peut  autoriser  et  approuver 
à  Rome,  une  the'orie  réfutée  par  tant  de  passages  positifs  de  la 
sainte  Ecriture  ;  tels  que  celui-ci  :  Le  soleil  se  levé  et  se  couche , 
mais  la  terre  repose  éternellement;  et  par  le  miracle  de  Josué,  qui 
commanda  au  soleil  de  s'arrêter.  Benoît  XIV  a  permis  par  un  res- 
crit  d'enseigner  cette  théorie  hypothétiquement,  mais  non  pas 
positivement.  La  censure,  conformant  sa  décision  à  ce  rescrit,  a 
défendu  l'impression  de  l'ouvrage.  On  dit  que  l'auteur  se  propose 
de  demander  une  résolution  définitive  aux  congrégations  del 
Santo  OJficio  et  dell'  Indice. 

Lombàrdie.  —  Bibliographie.  —  Dans  la  Lombardie,  on  a  im- 
primé et  publié,  en  1819,  pour  la  valeur  de  2,720,613  francs,  en 
ouvrages  de  sciences  et  littérature;  56o,32o  id. ,  en  livres  reli- 
gieux et  de  dévotion  ;  ^op/xo  id. ,  en  almanachs  ,  abécédaires  et 
autres  livres  pour  les  écoles  ;  499?200  id.  >  en  ouvrages  de  mu- 
sique; 5oo,ooo  id. ,  en  gravures  et  estampes;  4^0,000  id. ,  en 
journaux  politiques  et  officiels.  Total  5,280 ,353  francs. 

Beaux-Arts.  — foyûge.  —  M.  de  Dreux,  architecte,  quia 
été,  pendant  cinq  ans ,  pensionnaire  du  roi  de  France  à  Rome ,  est 
parti,  il  y  a  quelque  tems,  pour  faire  en  Grèce  un  voyage,  dont 
le  but  est  d'observer  les  monumens  de  cette  terre  classique. 

Antiquités   —   Les  fouilles  faites  à  Quintiliolo  ,  près  de  Tivoli 
prouvent  combien  de  trésors  la  terre  recèle  encore.  On  a  décou- 
vert un  très  beau  fragment  de  la  statue  d'un  jeune  homme,  ainsi 
qu'une  uéréïde;  on  croit  que  ces  morceaux  seront  placés  dans  le 
nouveau  musée  Borghèse. 

INaples.  —  Antiquités.  —  En  poursuivant  les  travaux  entrepris 
à  Pompeia,  on  a  découvert  dernièrement  plusieurs  édifices,  dans 
la  belle  rue  qui  conduit  aux  temples  d'Isis,  d'Hercule,  et  au  théâ- 
tre. Dans  une  maison,  qu'on  suppose  avoir  appartenu  à  un  savant, 
on  a  trouvé  quelques  instrumens  de  chirurgie,  d'un  travail  par- 
fait, ainsi  que  plusieurs  peintures  représentant  des  finit»  et  de» 
animaux  ,  imités  avec  beaucoup  de  vérité. 


333  EUROPE. 


GRECE. 


Instruction  publique.  —  Le  prince  régnant  de  Valachie, 
Alexandre  Soutzos  ,  Grec  de  naissance,  se  propose  d'envoyer,  ù 
ses  irais  ,  dans  les  écoles  les  plus  célèbres  de  l'Europe  ,  plusieurs 
jeunes  gens  ,  pour  y  faire  leurs  études.  —  On  projette  aussi  d'é- 
tablir  un  grand  collège  à  Andrinople  :  le  plan  en  a  été  formé 
sous  les  auspices  du  baron  George  Sakellarios,  l'un  des  plus 
riches  marchands  grecs  établis  en  Autriche.  Ce  négociant ,  né  à 
Andrinople  ,  a  ouvert  une  souscription  et  excité  le  zèle  de  ses 
compatriotes  ,  auxquels  il  a  écrit  dans  les  termes  les  plus  pres- 
sans.  L'archevêque  d"  Andrinople ,  M.  Proïos ,  natif  de  Chios  , 
homme  d'une  grande  érudition,  et  qui  a  long-tems  résidé  à. 
Paris,  a  déployé  toute  son  éloquence  on  faveur  de  cet  établisse- 
ment. Une  personne  inconnue  a  contribué  pour  une  somme 
de  34,000  fr. 

PORTUGAL. 

Journaux  littéraires  et  ouvrages  périodiques.  —  Les  recueils 
littéraires  et  périodiques  ,  publiés  en  Portugal ,  sont  peu  nom- 
breux ,  mais  ils  sont  composés  avec  soin.  Ceux  qui  méritent  le 
plus  d'attention ,  sont:  iy  O  obsevador  portuguez.  Les  rédac- 
teurs donnent  des  notices  fort  intéressantes  sur  la  littérature 
portugaise  ,  et  rendent  compte  de  l'état  des  sciences  et  des  arts  • 
cependant,  ils  pourraient  offrir ,  sur  chacune  des  parties  dont 
ils  s'occupent  ,  des  notions  plus  complètes.  On  conserve  encore 
dans  ce  journal  l'ancienne  ortographe ,  mais  le  style  est  très 
moderne  et  d'une  grande  pureté.  ^y.  O  J ornai  </■■  Coïmbra,  Les 
hommes  de  lettres  les  jdus  estimés  du  royaume  contribuent  à  ce 
recueil,  qui  embrasse  toutes  les  branches  des  connaissances  hu- 
maines. $i^  cahiers  forment  un  volume.  Prix,  4800  luis.  \\Q  ()  Jn- 
vestigador  portuguez.  11  en  paraît  tous  les  six  mois  un  volume  qui 
renferme  des  mémoires ,  des  notices,  des  dissertations  ei  autres 
écrits  fort  instinctifs ,  lesquels  ont  pour  principal  objet  L'histoire 
ancienne  et  moderne.  Ce  recueil  est  publié  à  Lisbonne  de- 
puis 1 1> j  7-  Prix,  5,320  Rei- 


EUROPE.  223 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

Histoire  naturelle.  — M.  de  Teramink  ,  d'Amsterdam,  charge 
par  S.  M.  le  roi  des  Pays-Bas  de  Fachat  des  objets  d'histoire 
naturelle  pour  les  Universités  de  la  Belgique  ,  vient  d'envover  à 
celle  de  Liège  une  riche  collection  zoologique,  dans  laquelle  se 
trouvent  beaucoup  d'animaux  de  l'Amérique  et  de  la  Nouvelle- 
Hollande,  et  dont  le  prix  s'élève  à  12,000  fr. 

Amsterdam.  — Nouvelle  Sociale  biblique.  —  Il  vient  de  se  for- 
mer ,  à  Amsterdam,  une  association  pour  la  Bible  ,  à  bord  des 
vaisseaux  ,  et  parmi  les  marins  des  différentes  nations. 

Ouvrages  périodiques.  —  Parmi  les  ouvrages  périodiques  qui 
paraissent  dans  le  royaume  des  Pajrs-Bas ,  nous  citerons  :  Boek- 
zaal,  ou  Journal  pour  les  églises  protestantes  des  Pays-lias  ;  pu- 
blié à  Amsterdam.  Un  Almanach  annuel  pour  les  Israélites,  en 
hébreu  ,  à  Amsterdam.  L'Observateur  belge,  17e  volume  ,  5e 
année  ,  à  Bruxelles.  Le  Mercure  belge  ,  par  une  société  d'hommes 
de  lettres,  6e  volume  ,  à  Bruxelles.  Annales  belges  des  Sciences  , 
des  Arts  et  de  la  Littérature  •  il  en  paraît  un  numéro  chaque 
mois,  à  Gand.  Journal  général  de  médecine  pour  les  provinces 
belges,  rédigé  par  une  société  de  médecins  et  d'hommes  de 
lettres,  sous  l'inspection  de  MM.  Van  Pune  et  Dubar.  Vol.  I  de 
la  première  année  ,  à  Gand. 

JYombre  des  ouvrages  qui  ont  paru  dans  les  Pays-Bas ,  pendant 
le  premier  trimestre  de  1820.  —  Ouvrages  originaux ,  en  hollan- 
dais, 60 ;  en  français,  95  en  flamand,  4  ,  en  latin  ,  4  ;  en  d'autres 
langues,  11.  —  Traductions  et  imitations ,  en  hollandais,  3o-  en 
français,  !\.  —  Réimpressions  et  continuations,  en  hollandais, 
27  5  en  français  ,  6.  —  Recueils  de  Lois  ,  Catalogues  ,  Pam- 
phlets ,  etc.,  en  hollandais,  y|8  j  en  français,  27;  en  d'autres 
langues,  5.  > —  Ouvrages  périodiques,  en  hollandais,  4°;  en  fran- 
çais, 8;  en  d'autres  langues,  3.  —  Livres  élémentaires  pour  les 
écoles ,  en  hollandais,  33  ;  en  français  ,  2  •  en  flamand  ,  ï  .  —  Pu- 
blication.*, relatives  aux  beaux-arts.  Musique,  61  ;  gravures,  3. 
Total,  386. 

Beaux  -  Arts.  —  M.  de  Meulemeestre  s'est  rendu  à  Anvers,  où 
il  va  occuper  la  place  de  professeur  de  gravure  à  l'Académie 
royale-  il  a  reçu,  à  son  passage  à  Gand,  l'accueil  que  méritent 


334  EUROPE. 

son  talent  et  ses  qualités  personnelles.  On  s'est  empressé  de  voir 
ses  dessins  à  l'aquarelle  ,  d'après  Raphaël ,  et  les  amis  des  arts  ont 
été  uuanimes  dans  les  éloges  qu'ils  ont  donnés  à  ces  intéressantes 
productions. 

FRANCE. 

Amiens.  —  Electricité ,  Paratonnerres.  —  D'ingénieuses  expé- 
riences ,  faites  par  M.  Lapostolle,  professeur  de  physique  et  de 
chimie  à  Amiens  ,  semblent  prouver  que  la  paille  est  un  conduc- 
teur de  l'électricité,  préférable  à  tous  les  conducteurs  métalliques 
employés  jusqu'à  présent.  Sa  puissance  est  telle,  qu'on  peut, 
avec  un  bout  de  corde  de  paille,  d'un  pouce  de  longueur,  soutirer 
tout  le  fluide  électrique  du  plus  fort,  appareil,  sans  éprouver  la 
plus  légère  secousse.  M.  Lapostolle  pense  qu'on  parviendrait  à 
mettre  les  campagnes  à  l'abri  des  ravages  de  la  foudre  et  même 
delà  grêle,  en  élevant  sur  le  sol,  par  carré  de  soixante  arpens , 
une  fiche  de  tilleul  de  vingt  pieds  environ  ,  destinée  à  supporter 
une  corde  de  paille  surmontée  d'une  pointe  métallique  :  le  prix 
de  chaque  fiche  n'excéderait  pas  trois  francs  On  doit  désirer  vi- 
vement que  l'expérience  confirme  une  pareille  conjecture. 

INàmcy.  —  Couleur  jaune  minérale.  —  JM.  Henri  Braeoniiot. 
chimiste  de  Nancy  ,  qui  aval!  déjà  trouvé,  dans  Je  Datisca  ,  une- 
couleur  jaune  supérieure  à  celle  de  la  gaude  ,  est  parvenu  à  fixer 
sur  les  tissus  ,  le  sulfure  d'arsenic  ou  réalgal,  et  à  obtenir  ainsi 
une  couleur  jaune  minérale  qui  remporte  .  par  son  éclat  et  sa  so- 
lidité, sur  tous  les  jaunes  végétaux  employés  en  teinture.  11  arrive 
à  ce  résultat,  en  dissolvant  dans  un  vxvîs  d'ammoniaque  le  sul- 
fure d'arsenic  artificiel  .  et  en  plongeant  dans  la  liqueur  ainsi  ob- 
tenue, la  laine,  la  soie,  le  coton,  le  chant  re,  le  lin  qu'il  \  eut  teindre. 

Les  avantages  de  cette  couleur  sont  :  r'.le  pouvoir  donner  aui 
étoffe*  toutes  les  nuances  imagina  blet ,  %°  de  conserver  sou 
éclat  jusqu'à  l'entière  destruction  îles  tissua;  >"  «le  résiste!  à  tous 
les  agens  chimiques  ,  exce]  té  aux  alkalis  .  et  par  <  onséquant  de 
pouvoir  être employée,  avec  succès,  dans  la  fabrication  destapis- 

xies,  i\vs  velours  et   de  toutes  les  étoffes  qui  ne  doivent  être  ai 
lessivées,  ni  savonnées,  et   même  dans  celle  des  papiers  peinl 
4°  enfin  ,   d 'être  d'un  prix  très  modique  et   d'une   application 
1res  facile.  On  peut  encore  employer  le  sulfure  d'arsenic  eapem- 


EUROPE.  225 

ture,   en   évitant  de  l'associer  avec  des  oxides  métalliques  qui 
pourraient  ternir  son  éclat. 

Brest.  —  Enseignement  mutuel.  —  Une  école  d'enseignement 
mutuel  est  établie  à  Brest,  depuis  le  mois  de  mai  dernier,  pour 
les  apprentis  employés  dans  l'arsenal  ;  elle  est  placée  sous  la  sur- 
veillance de  M.  Arnaud,  ingénieur  des  constructions  navales. 
Cette  école  comptait  3oi  élèves  à  la  lin  de  1819,  et^dentreeux, 
reconnus  suffisamment  instruits,  avaient  été  renvoyés  dans  leurs 
ateliers.  Ces  résultats  sont  d'autant  plus  satisfaisans ,  qu'afin  de 
détourner,  le  moins  qu  il  est  possible,  les  apprentis  de  leurs  tra- 
vaux habituels  ,  on  ne  leur  donne  que  cinq  leçons  par  semaine.  Il 
est  à  présumer  que  l'instruction  sera  plus  rapide  en  1820.  Pour 
exciter  encore  l'émulation  des  élèves  ,  il  sera  accordé  des  prix  aux 
sujets  qui  se  distingueront. 

INevers.  —  Bibliothèque  publique.  ■ — ■  S.  M.  a  fait  envoyer  à  la 
bibliothèque  de  la  ville  de  Nevers,  le  grand  ouvrage  surl'E^ypte. 
Foix.  —  Culture  du  thé.  —  {V.  t.  V  ,  p.  69^,  article  Toulous'-.) 
Le  thé  bouho  ou  bohea  a  très  bien  réussi  en  18:9 ,  dans  une  pro- 
priété de  M.  de  Morteaux,  au  Bourdette,  près  de  Foix,  départe- 
ment de  l'Arriége. 

Marseille.  — f^oyage. —  Les  naufragés  français  du  brick  la  So- 
phie, qui  s'est  perdu  ,dans  le  mois  de  mai  1819,  sur  la  côte  occi- 
dentale d'Afrique,  sont  arrivés  à  Marseille.  Tombés,  après  un  com- 
bat, au  pouvoir  des  Arabes  du  grand  désert,  ils  ont  éprouvé, 
pendant  cinq  mois  ,  tout  ce  que  l'esclavage  a  de  plus  affreux.  En- 
fin ,  sur  les  vives  sollicitations  de  M.  Sourdeau  ,  consul  général 
de  Fiance  à  Tanger  ,  et  de  M.  Colaço,  consul  général  de  Portu- 
gal, l'empereur  de  Maroc  consentit  à  les  racheter  avec  les  fonds 
généreusement  fournis  par  M.  Gabriel  Delessert  M.  Cochelet,  l'un 
des  naufragés,  se  propose  de  publier  la  relation  de  son  naufrage  et 
du  voyage  qui  en  a  été  la  suite. 

PARIS. 

Petite  machine  a  vapeur  ,  exécutée  par  M.  Daret. —  Un  élégant 
appareil,  servant  à  la  fabrication  du  chocolat,  est  établi  dans  la 
maison  de  M.  Pelletier,  rue  de  Richelieu.  Cet  appareil  est  formé 
de  deux  portiques  en  fer,  soutenus  par  deux  tables,  qui  sup- 
portent chacune  une  pierre  horizontale,  destinée  ù  recevoir  la 
TOME   VI.  l5 


22G  EUROPE. 

mature  du  chocolat.  Une  machine  à  vapeur  est  placée  entré  le? 
deux  portiques  ,  et  n'occupe  que  8  pieds  de  long  sur  4  de  large. 
Le  mérite  de  M.  Daret  est  d'avoir  resserré  toutes  les  parties  de 
cette  machine  dans  un  petit  espace,  sans  gêner  leur  action,  et 
sans  que  les  réparations  deviennent  dilliciles  ;  enfin,  sans  qu'on 
ait  à  craindre  aucun  accident.  On  doit  ajouter  que  cette  cons- 
truction ,  très  soignée ,  a  dans  sa  marche  toute  la  régularité 
d'une  pendule. 

Les  résultats  obtenus  par  M.  Pelletier  prouvent  ,  contre 
l'opinion  reçue,  que  l'emploi  des  petites  machines  à  vapeur  peut 
être  très  avantageux.  Au  lieu  de  sept  ouvriers  par  jour,  et  même 
de  quinze,  qui  seraient  nécessaires  si  l'on  voulait  autant  de 
finesse  dans  la  trituration,  il  n'en  faut  que  deux  ,  et  la  machine 
donne  i5i  livres  de  chocolat  en  12  heures.  On  ne  dépense,  pen- 
dant ce  tems ,  que  2  fr.  25  c.  de  houille  ,  au  lieu  de  4  fi'-  qu'il  en 
conterait,  pour  chantier  les  sept  pierres  dont  on  aurait  besoin 
afin  d'arriver  aux  mêmes  résultats  par  les  moyens  ordinaires. 

M.  trancœur,  rapporteur  du  comité  des  arts  mécaniques,  a 
proposé  à  la  Société  d'encouragement  d'accorder  à  M.  Daret 
une  médaille  de  première  classe,  et  de  le  féliciter  par  écrit  sur 
son  succès.  —  On  trouve,  chez  M.  Daret,  rue  du  1  our  Saint- 
Germain,  n°  22  ,  des  machines  à  vapeur  de  toutes  les  dimen- 
sions. 

Diaphanéité  de  la  comète  observée  en  juillet  1819.  — Daprr>  tes 
calculs  du  célèbre  astronome  Olbcrs ,  de  Brème,  cette  comète  a 
dû  passer  devant  le  disque  du  soleil  le  96  juin  au  matin,  et  se 
projeter  sur  cet  astre  pendant  trois  heures  et  demie  environ  :  les 
résultats  obtenus  parlNl.  Bouvard,  à  l'Observatoire  île  Paris,  ne 
différent  de  ceux-ci  que  de  i3  minutes.  A  l'époque  du  passage. 
aérai  de  Lindener,  à  CJalz,  observait  le  soleil  pour  en  voir 
les  taches,  et  il  n'en  a  point  aperçu.  On  peut,  donc  conclure  de 
ce  fait  ,  que  nnn-sculcim ut  la  <  hevelure  de  la  Comète  n'intercep- 
tait pas  la  lumière  d'une  manière  appréciable:  mais  encore  que 
le  noyau  lumineux,  pioprement  dit  ,  était  entièrement  diaphane. 
ou  ,  du  moins  ,  servait  d'enveloppe  à  un  corps  solide  et  opaque, 
qui,  par  sa  petitesse  ,  échappait  aux  observations. 

Des  expériences  faites  le  >  juillet  1819,  sur  la  lumière  de  cette 
même  comète,  par  un  des  rédacteurs  des  si  finales  de  physique  et 


EUROPE.  ab} 

de  chimie,  et  auxquelles  ont  pris  part  MM.  Humbalt,  Bouvard, 
Mathieu  et  Nicollet,  sembleraient  prouver  que,  maigre !  l'absence  de 
toute  phase  perceptible,  les  comètes  ne  sont  pas  des  corps  lumi- 
neux par  eux-mêmes,  et  qu'elles  réfléchissent  la  lumière  solaire 
qui  les  pénètre  de  toutes  parts.  Mais,  comme  ledit  lui-même, 
avec  une  grande  modestie ,  l'auteur  des  expériences  ,  il  est  néces- 
saire que  de  nouvelles  observations  confirment  ce  fait  curieux  et 
digne  de  l'attention  des  savans. 

Librairie.  —  Il  existe  chez  M.  Royer,  libraire,  rue  du  Pont-de- 
Lodi,  n°  7,  une  collection  des  anciennes  pièces  du  théâtre  fran- 
çais, depuis  les  Mystères  jusqu'à  Rotrou,  en  162  vol.  in-4°-  On 
trouve  chez  le  même  libraire,  un  magasin  de  livres  rares,  de  cu- 
riosités littéraires,  de  monumens  historiques  inédits  ,  et  de  ma- 
nuscrits précieux. 

SOCIÉTÉS   SAVANTES    ET    D'UTILITÉ    PUBLIQUE. 

Institut.  —  L'Académie  royale  des  Sciences  de  l'Institut  de 
France  a  tenu  sa  séance  publique  annuelle  ,  le  lundi  27  mars 
1820,  sous  la  présidence  de  M.  Sané.  —  Après  l'annonce  des 
prix  décernés ,  et  la  lecture  des  programmes  des  nouveaux  sujets 
de  prix,  on  a  entendu  les  lectures  suivantes  :  i°.  Discours  sur 
les  progrès  des  sciences  et  des  arts  de  la  marine  ,  depuis  la  paix, 
par  M.  Dupin  (  Voy.  dans  ce  vol. ,  pag.  8).  20.  De  l'influence 
des  agens  physiques  et  moraux  sur  le  courage  ,  notice  médicale 
et  anecdotique ,  par  M.  Percy.  3°.  Eloge  historique  de  M.  Pali- 
sot ,  baron  de  Beauvois,  par  M.  Cuvier,  secrétaire  perpétuel. 

L'Académie  avait ,  pour  la  seconde  l'ois,  proposé  dans  la  séance 
publique  du  16  mars  i8i8;  pour  le  sujet  du  prix  de  mathéma- 
tiques qu'elle  devait  adjuger  dans  cette  séance,  le  théorème  de 
Fermât  ,  savoir  :  que  passé  le  second  degré ,  il  n'existe  aucune 
puissance  qui  puisse  se  partager  en  deux  autres  puissances  du 
même  degré.  Les  Mémoires  envoyés  n'ayant  pas  rempli  les  condi- 
tions du  programme,  l'Académie  retire  ce  sujet  du  concours  j 
elle  a  arrêté  que  la  somme  qui  était  destinée  à  ce  prix  sera  re- 
portée sur  la  question  des  tables  de  la  lune  ,  pour  laquelle  elle  a 
reçu  deux  pièces  singulièrement  intéressantes. 

L'Académie  avait,  proposé,  dans  la  séance  publique  du  16  mars 


328  EUROPE. 

1 8 1 8 ,  ponr  sujet  du  prix  de  mathématiques -qu'elle  devait  pro- 
clamer dans  cette  séance  ,  la  question  suivante  : 

former  par  la  seule  théorie  de  la  pesanteur  universelle  ,  et  en 
n'empruntant  des  observations  que  les  élémens  arbitraires  ,  des  ta- 
bles du  mouvement  de  la  lune ,  aussi  précises  que  nos  meilleures 
tables  actuelles. 

L'Académie  a  décerné  un  prix  de  3ooo  fr.  à  chacun  des  deux 
Mémoires  qu'elle  a  reçus  pour  ce  concours. 

Le  premier,  enregistré  sous  le  n°   i  ,  porte  pour  épigraphe: 

Astre  bizarre  et   irrégulier  qui  ne  marche   quen  dévoilant  des 

inégalités  différentes  et  accumulées,  et  qu'on  ne  peut  saisir,  comme 

le  Protée  de  la  fable ,  qu'en   épuisant  la  variété  de  ses  formes 

successives. 

L'auteur  est  M.  Damoiseau. 

Le  second  Mémoire  enregistré  n°  i ,  a  pour  épigraphe  : 
Malè  loquuntur,  qui  methodum  aliquam  aliâ  magis  minùsve 
exaclam  pronunciant.  Ea  enim  sofa  methodus  problema  soluisse 
censeri  potest ,  per  quant  quemvis  prœcisionis  gradum  attingere 
saltcm  in  pot<  state  est.  (Gauss.  Thcoria  molûs  corporum  cœles- 
tiiini,  pag.  167.)  Les  auteurs  sont  MM.  Carlini  et  Plana. 

Un  anonyme  ayant  offert  une  somme  à  l'Académie  ,  avec  l'in- 
tention que  le  revenu  en  fût  affecté  à  un  prix  de  plvysiologie 
expérimentale,  à  décerner  chaque  année  à  l'ouvrage  imprimé  ou 
manuscrit  qui  lui  paraîtra  avoir  le  plus  contrihué  aux  progrès 
de  la  physiologie  expérimentale  ,  le  roi  a  autorisé  cette  fondation 
par  une  ordonnance  en  date  du  11  juillet  1818. 

Parmi  les  ouvrages  envoyés  au  concours,  l'Académie  a  consi- 
déré comme  devant  être  mis  au  premier  rang,  chacun  dans  leur 
genre,  le  Mémoire  de  M.  Serre  sur  les  lois  de  fosféogénie ,  et 
celui  de  M.  Edwards,  sur  l'influence  des  agens  physiques  sur  les 
animaux  vertèbres.  Ces  deux  ouvrages  étant  trop  peu  compara- 
bles pour  que  Ton  puisse  leur  assigner  un  rang  entre  eux,  l'A  ca 
demie  a  rru  devoir  les  couronner  tous  les  deux  ,  en  faisant  la 
dépense  d'un  second  prix. 

Elle  a  décerné*  l'accessit  au  Mémoire  de  MM.  Breschct  et 
Fillerme,  sur  les  phénomènes  du  cal  •  et  accordé  une  mention 
honorable,  comme  encouragement,  aux  essais  de  M.  Isidore 
Uourdon  ,  sur  le  mécanisme  de  la  respiration 


EUROPE.  229 

Un  anonyme  ayant  légué  une  somme  de  sept  mille  francs  ,pour 
être  place'e  en  rente  sur  l'Etat  ,  au  profit  de  l'Académie  des 
Sciences,  et  employée  en  une  médaille  d'or  équivalente  à  la 
somme  de  cinq  cent  trente  francs ,  produit  de  la  rente  5  le  roi 
ayant  autorisé  l'Académie,  par  une  ordonnance  en  datedu22  oc- 
tobre 1817  ,  à  distribuer  annuellement  un  prix  de  cette  valeur  à 
l'ouvrage  publie'  chaque  année,  et  qui,  à  son  jugement,  con- 
tiendra les  recherches  les  plus  utiles  à  la  statistique  delà  France; 
les  ouvrages  envoyés  cette  année  pour  concourir  au  prix  de 
statistique,  n'ont  point  paru  à  l'Académie  devoir  mériter  le 
prix.  L'Académie  le  remet ,  et  le  fonds  sera  tenu  en  réserve 
pour  être  joint  à  celui  de  l'année  prochaine.  Elle  a  cependant 
arrêté  qu'il  serait  fait  une  mention  honorable  des  noms  de 
M.  Gondinet,  sous-préfet  à  Saint-Yrieix,  département  de  la 
Haute-Vienne  ,  qui  a  envoyé  une  statistique  manuscrite  et  assez 
étendue  de  cet  arrondissement  ;  et  de  M.  Rouget,  auteur  d'un 
ouvrage  imprimé  sur  la  statistique  de  la  ville  et  du  canton  du 
Vigan  ,  département  du  Gard. 

Deux  pièces  ont  concouru  pour  le  prix  d  astronomie.  La  pre- 
mière offrait  un  grand  travail  sur  la  lih;ation  de  la  lune.  L'au- 
teur ,  M.  Nicollet,  astronome  attaché  à  l'Observatoire  de  Paris, 
ayant  rassemblé  et  calculé  les  observations  de  MM.  Rouvard  et 
Arago,  y  avait  ajouté  trente  observations,  faites  par  lui-même  , 
et  qui  ont  confirmé  les  conséquences  qui  se  tiraient  des  pre- 
mières. 

La  seconde  offrait  les  calculs  et  les  résultats  de  M.  Encke  , 
directeur  adjoint  de  l'observatoire  de  Gotha  ,  qui  était  parvenu 
à  représenter  avec  une  exactitude  remarquable ,  et  par  une 
ellipse  unique  ,  les  quatre  apparitions  de  la  comète  observée  en 
1786,    179e»,  i8o5  et  1819. 

L'Académie  a  partagé  le  prix  également  entre  les  deux  ou- 
vrages. 

Prix  proposés  pour  182T  et  1822.  —  Le  prix  de  mathématiques 
sera  décerné  au  meilleur  ouvrage,  ou  /Mémoires  de  mathémati- 
ques pures  ou  appliquées ,  qui  aura  paru ,  ou  qui  aura  été  com- 
muniqué a  F  Académie,  dans  l'espace  de  deux  années  qui  sont  ac- 
cordées aux  concurrens. 

Le  prix  sera  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  3ooo  francs.  Il 


2io  EUROPE. 

sera  adjugé  dans  la  séance  publique  du  mois  de  mars  18:22.  Le 
ternie  de  rigueur  pour  l'envoi  des  ouvrages  et  dessins  est  le 
jer  janvier  1822. 

Feu  M.  Alhumbert  ayant  le'gué  une  rente  annuelle  de  trois 
cents  jrancs ,  pour  être  employée  aux  progrès  des  sciences  et  des 
arts,  le  roi  a  autorisé  les  Académies  des  Sciences  et  des  Beaux- 
Arts  à  distribuer  alternativement  chaque  année  un  prix  de  64  ttt 
râleur.  L'Académie  propose  le  sujet  suivant  pour  le  concours  de 
cette  année  : 

Suivre  le  développement  du  Triton  ou  Salamandre  aquatique 
dans  ses  dijjercns  degrés,  depuis  l'œuf  jusqu'à  P animal  parfait  t 
et  décrire  les  changement  quelle  éprouve  h  Vinté-riur ,  princi- 
palement  sous  le  rapport  de  l'osleogénie  et  de  la  distribution  des 
vitisseiiux. 

Le  prix  sera  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  3oo  francs.  Il 
sera  adjugé  dans  la  séance  publique  du  mois  de  mars  1822.  Le 
terme  de  rigueur  pour  l'envoi  des  mémoires  et  des  dessins  est 
le  icr  janvier  1822. 

L'Académie  adjugera  une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  quatre 
cent  quarante  Jrancs  f  à  l'ouvrage  imprimé  ou  manusciit  qui  loi 
aura  été  adressé  d'ici  au  r'1'  janvier  1821,  et  qui  lui  paraîtra 
avoir  le  plus  contribué  aux  progrès  de  la  pbysiologie  expéri- 
mentale. 

Celui  qui,  au  jugement  de  l'Académie,  se  sera  rendu  le  plus 

digne  d'un    prix  de  Mécanique  de    la    valeur    de   5oo    francs 

fondé   par   un   anonyme),    en    inventant   ou  en   perfectionnant 

\\i-s   instrumeus    utiles   aux  progrès     de    l'agriculture,    des    arts 

mi  <  a  niques, ,  et  des  sciences  pratiquai  el  spéculatif  es ,  obtiendra 
ceprà  <|"i  sera  adjugé  dans  la  séance  publique  du  moitda  mai* 
1821.  Le  prix  pourra  être  donné  à  toute  machine  qui  sera  venue 
.1  la  connaissant v  de  L'Académie  avant  la  fermeture  du  eotMours, 
dans  quelque  p«iys  qu'elle  ait  été  inventée.  Les  machinas  qui 
n'auraient  pai  été  connues  à  teans  «le  l'Académie,  seront    prises 

en  considération  l'année  suivante.   L  A<  a<l< mie  invite   1rs  auteurs 

pii  croiraient  avoir  des  droits  à  ce  prix,  à  lui  communiquer  leurs 
inventions  avant  le  irr  janvier  1821. 

L'Académie  royale  des  Sciences  rappelle  qu'elle  a  publié,  l'an- 
née dernière  1  UU  programme  sur  Ai  Maturation  ,/<  s  Jruits  ,  etc.,  et 


EUROPE.  23* 

une  Description  comparative  du  Cerveau  dans  les  quatre  classes 
d'animaux  vertébrés,  etc. 

Ces  deux  prix  seront  adjuges  dans  la  se'ance  publique  du  mois 
de  mars  1821. 

On  a  distribue'  dans  la  même  se'ance  Y  analyse  des  travaux  de 
l'Académie  ,  pendant  l'anne'e  1819;  analyse  divisée  en  deux 
parties  :  partie  physique ,  par  M.  Cuvier  ,  et  partie  mathématique, 
par  M.  Delambre.  Elles  forment  ensemble  126  pages  in-40. 

On  y  remarque  les  résultats  suivans  sur  Paris  :  cette  ville  con- 
tient 714,000  habitans,  dont  25, 000  ne  sont  pas  domicilies-  le 
nombre  moyen  des  naissances  est  de  21,000  ;  le  rapport  des  nais- 
sances des  garçons  et  des  filles  est  de  25  à  24  ;  le  nombre  des  feux 
ou  ménages,  225,000  •  celui  des  habitations,  26,801.  La  consom- 
mation du  pain  ,  en  une  anne'e  ,  est  de  1 1 3, 880, 000  kilog. ,  ce  qui 
donne  moins  de  i£  onces  et  un  huitième  ,  de  l'ancien  poids  ,  par 
jour,  pour  chaque  personne.  La  consommation  de  la  viande  est 
d'un  sixième  de  kilogramme.  On  consomme,  chaque  anne'e, 
y 0,000  bœufs,  9,000  vaches,  78,000  veaux,  340,000  moutons, 
72.000  porcs.  74,000,000  d'oeufs,  900,000 pigeons,  1,200,000 pou- 
lets ;  870,000  hectolitres  de  vin,  1,160,000  stères  de  bois. 

Nomination.  —  L'Académie  des  Sciences  de  l'Institut,  dans  sa 
séance  du  9  avril  ,  a  élu  iM.  Du  Petit-Thouars,  pour  remplacer, 
dans  la  section  de  botanique,  M.  Palisot  de  Beauvois.  M.  Du 
Petit-Thouars  a  eu  pour  concurrent  M.  Poiret. 

—  La  Séance  publique  annuelle  des  quatre  Académies  a  eu  lieu, 
lundi  24  avril,  sous  la  présidence  de  M.  Layay  directeur  de  l'Aca- 
démie française.  IN.ous  rendrons  compte  de  cette  séance  dans  notre 
prochain  cahier,  ainsi  que  des  séances  publiques  annuelles  de  la 
Société  royale  et  ct/itrale  d1  Agriculture ,  de  la  Société  d'encoura- 
gement pour  l'industrie  nation  jle,  et  de  la  Société  philotechnique. 
INous  sommes  aussi  forcés  d'ajourner  le  compte  rendu  des  der- 
niers travaux  de  la  Société  pour  renseignement  élémentaire  et  de 
la  Société  pour  le  perfectionnement  des  méthodes. 

Société  de  Médecine.  —  Cette  Société  propose  pour  sujet  d'un 
prix  de  3oo  fr. ,  dont  elle  doit  le  fonds  à  la  munificence  de 
M.  Ane,  l'un  de  ses  membres  honoraires,  la  question  suivante  : 

«  Déterminer  la  nature,  les  causes  et  le  traitement  des  convul- 


a3a  EUROPE. 

sions  qui  surviennent  pendant  la  grossesse,  dans  le  cours  du  tra- 
vail de  l'enfantement,  et  après  la  délivrance.  » 

Les  Mémoires,  écrits  en  latin  ou  en  français,  et  portant  une 
épigraphe  répétée  dans  un  billet  cacheté,  qui  contiendra  égale- 
ment les  noms,  qualités  et  demeures  des  auteurs,  devront  par- 
venir francs  de  port  à  M.  le  secrétaire-général,  avant  le  3i  oc- 
tobre   1820. 

Philologie.  —  Promotion  académique.  —  M.  Poltier  qui,  dans 
quelques  numéros  de  V Hermès  classique ,  avait  traité  peut-être 
avec  un  peu  de  sévérité  quelques  philologues  allemands,  que 
l'opinion  publique  elle-même,  en  Allemagne,  ne  place  pas  au  pre- 
mier rang,  et  dont  le  faux  système  tendait,  selon  lui,  à  renverser 
les  principesde  la  saine  critique,  mais  qui  d'ailleurs  s'est  toujours 
plu  à  rendre  hommage  aux  véritables  savansdans  tous  les  genres, 
qui  se  rencontrent  en  grand  nombre  en  Allemagne,  vient  dêtre 
nommé  membre  honoraire  de  l'Académie  d  Iéna.  M.  Pottier,  forcé 
par  des  circonstances  particulières  de  suspendre  V Hermès  clas- 
sique, se  propose  de  réunir  en  corps  d'ouvrages  les  observations 
qu'il  avait  dessein  de  publier  dans  et  tte  feuille  périodique,  et  de 
donner  successivement,  d'après  sa  méthode  ,  un  traite  des  diffé- 
rentes parties  du  discours,  et  une  nouvelle  édition  de  Virgile, 
avec  un  dictionnaire  de  ce  poêle. 


Publications  nouvelles.  —  Supplément  au  Glossaire  de  la 
langue  romane;  par  M.  de  Roquefort.  Paris,  chez  Chasseriau 
etHécart,  rue  de  Choiseul ,  n°  3.  Ce  supplément  t  qui  forme  le 
tome  lil  du  glossaire,  publie  en  1808  par  le  même  auteur,  est 
précédé  de  deux  dissertations:  Tune  sur  l'origine  des  Français, 
par  un  membre  de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres; 
l'autre,  sur  le  génie  de  la  langue  française,  par  M.  Anguis,  de 
plusieurs  Sociétés  savantes. 

—  Souscription.  — OKvres  posthumes  de  madame  Varrot, 
(  née  Cabrol). 

l'eu    connue  dans  la  république  des  lettres,    nous  ne  poUTOni 

mieux  faire  apprécier  madame  Varrot,  qu'en  indiquant  les  titres 
qu'elle  a  acquis  à  l'estime  de  ses  compatriotes,  par  la  publica- 
tion di  B  oui  i;iges  qu'elle  a  laissés. 

Les  difiéiens  genres  qu'elle  se  plaisait  à  cultiver,  sont  :  le. 
Roman,  le  'J'hcdlre,  la  JJolitique  et  l 'Histoire 


EUROPE.  233 

Elle  a  composé  deux  romans  intitulés  ,  l'un  Lanski,  ou  une 
victime  des  troubles  d'Avignon  en  i8i5  ;  l'autre,  la  fête  d '  Argen- 
teuil.  Lanski  est  son  dernier  ouvrage.  Elle  fit  ce  livre  en  dix 
jours ,  et  huit  semaines  avant  sa  mort.  La  première  édition  a  paru, 
il  y  a  quelque  tems ,  et  se  trouve  déjà  épuisée. 

Les  deux  pièces  qui  restent  de  madame  Varrot,  sont  :  Eugénie, 
ou  l'épouse  coupabie ,  drame  en  trois  actes  en  prose ,  et  Monsieur 
de  fierenville ,  comédie  en  cinq  actes  en  prose. 

Littérature  et  philosophie.  — Cette  partie  se  compose  de  mé- 
langes et  d'une  correspondance  littéraire  et  philosophique. 

Madame  Varrot  a  laissé  un  ouvrage  intitulé  :  Essai  philanthro- 
pique. De  tous  ses  écrits,  c'est  celui  auquel  elle  attachait  le  plus 
d'importance  ;  elle  y  démontre  la  possibilité,  par  l'établissement 
d'ateliers  nationaux  de  prévoyance  ,  de  faire  disparaître ,  sans 
violence  et  avec  peu  de  moyens  ,  la  lèpre  de  la  misère. 

Politique.  —  Cette  partie  est  formée  de  documens ,  mémoires  et 
autres  pièces.  Entre  autres  choses,  il  s'y  trouve  une  opinion  sur 
la  question  du  trône  et  de  la  légitimité  de  sa  possession.  L'auteur 
ne  se  borna  point  à  être  philanthrope  envers  ses  compatriotes; 
elle  le  fut  envers  l'humanité  tout  entière  :  sa  bienveillance  em- 
brassa la  défense  de  ces  peuples  que  l'égoïsme  et  la  barbarie  en- 
lèvent encore  à  la  Guinée,  pour  les  transporter  esclaves  dans 
le  pays  de  la  liberté  :  elle  a  tracé  une  défense  des  nègres  ;  pro- 
duction qui  aurait  suffi  pour  lui  faire  un  nom  dans  la  littérature 

Ces  divers  ouvrages  forment  cinq  volumes  ,  qui  paraîtront  suc- 
cessivement. Prix ,  25  fr.  On  souscrit ,  à  Paris,  chez  Brissot- 
Xhivars ,  libraire  ,  rue  Neuve-des-Petits-Champs,  n°  22. 

Théâtres.  —  Théâtre- français.  —  L'auteur  du  Médisant  , 
M.  Gosse,  vient  d'éprouver  un  revers.  Après  J.  -B.  Rousseau  et 
M.  Lantier,  il  a  essayé  de  traiter  le  flatteur.  Moins  heureux  que  ses 
prédécesseurs  ,  il  n'a  pas  même  obtenu  le  succès  de  la  nouveauté- 
Ce  n'est  pas  qu'on  ne  trouve  dans  sa  pièce  une  foule  de  vers  heu- 
reux, même  quelques  jolies  scènes  ;  mais  l'action  a  paru  froide  ^ 
décousue ,  romanesque ,  et  le  caractère  principal ,  tout-à-fait 
manqué. 

*—Odéon. — L'Homme  poli.  —  Cette  pièce,  qui'  a  quelque  ana- 
logie avec  le  flatteur,  a  malheureusement  éprouvé  un  destin  à 
peu  près  semblable.  Elle  est  loin  cependant  d'être  sans  mérite. 
Les  trois  premiers  actes  auraient  réussi  complètement,  s'il» 
TOME  VI.  ï6 


33 1  EUROPE. 

n'eussent  point  été  suivis  de  deux  autres,  au  moins  inutiles  ,  el 
durant  lesquels  l'action  renaît,  pour  languir  et  mourir.  Le  carac- 
tère principal ,  celui  de  l'homme  poli ,  n'est  pas  tout-à-fait  tel  que 
l'annonce  le  titre,  et  il  pouvait  être  beaucoup  mieux  trace.  INous 
reprocherons  encore  à  l'auteur  de  reproduire  habituellement  des 
caricatures ,  des  effets  de  scènes,  des  plaisanteries  de  l'ancienne 
come'die  j  toutes  choses  qui  pouvaient  être  comiques  encore  au 
commencement  du  siècle  dernier,  mais  qui  ont  cesse' de  l'être , 
depuis  le  jour  où  elles  ont  disparu  de  nos  mœurs.  Il  nous  est 
également  impossible  de  garder  le  silence  sur  des  locutions  tri- 
viales, et  même  des  fautes  de  langage ,  qui  déparent  un  style  dans 
lequel  on  trouve,  d'ailleurs  ,  une  teinte  générale  de  franchise  et 
même  de  fermeté.  L'Homme  poli  est  de  M.  Merville  ,  à  qui  l'on 
doit  déjà  la  Famille  Glinet. 

—  Conradin  et  Frédéric.  —  Cette  tragédie,  qui  est  comme 
l'avant-  scène  des  f^épres  siciliennes  ,  a  obtenu  un  succès  brillant. 
Elle  est  aussi  d'un  jeune  homme  ,  officier  du  génie ,  nommé 
M.  Liadières.  Des  situations  pathétiques  ont  appuyé  le  succès  de 
cette  pièce  ;  et  néanmoins,  il  ne  faut  pas  dissimuler  que  quelque 
talent  qu'il  signale  dans  son  auteur,  l'ouvrage  en  lui-même  et 
la  manière  dont  il  est  traité,  ne  présentent  qu'un  genre  do  mé- 
rite un  peu  secondaire.  Aussi,  la  vérité  des  faits  s'y  trouve  con- 
sidérablement altérée-  la  couleur  locale  et  historique  y  est  à  peine 
sentie  5  on  ne  rencontre  point  dans  les  caractères  ,  la  profondeur 
et  l'énergie  suffisantes.  Les  situations  les  plus  dramatiques  n'y  sont 
souvent  qu'indiquées  ou  quelquefois  même  abandonnées,  lors- 
qu'elles pouvaient  encore  prêter  à  de  beaux  développemens. 
C'est  ainsi  que  La  Fosse ,  Lamottc-Houdart  ,  Campistron  ,  fai- 
saient des  tragédies,  qui  obtenaient  des  succès  contemporains, 
mais  qui  n'ont  pas  su  conserver  clans  l'avenir  l'estime  des  hommes 
d'un  esprit  éclaire.  On  entrevoit  néanmoins  ,  dans  Je  coup  d'es- 
sai de  notre  jeune  auteur,  le  germe  d'un  talent  susceptible  de 
parvenir  à  une  certaine  maturité'. 

NÉCBOLOGir..  —  Blagden.  —  Sir  Charles  BlACDHir,  secrétaire 
de  la  Société  royale  de  Londres,  et  l'ami  depuis  un  demi-siècle 
de  sir  Joseph  Hanks,  connu  par  des  recherches  sur  la  chaleur  et 
la  formation!  de  la  glacé,  el  par  rlifferena  travail*  de  physique  et 
de  chimie,  es!  mort  subitement  à  Arcueil,  chez  M.  Rerthollet, 
qui  était  lie  avec  lui  par  une  ancienne  amitié.  Les  plus  rares  qua- 


EUROPE.  s3 1 

lités  recommanderont  toujours  la  me'moire  de  cet  homme  excel- 
lent •  sous  des  dehors  calmes  et  quelquefois  impassibles,  il  cachait 
tm  cœur  bienveillant  et  ge'ne'reux.  Depuis  Cavendish,  nul  homme 
connu  dans  les  sciences,  n'a  possède  plus  d'égalité  dans  le  carac- 
tère, plus  de  sérénité  dans  l'aine.  Nul  n'était  plus  exact,  plus 
constant  dans  ses  habitudes  ,  plus  ponctuel  dans  les  devoirs 
qu'il  s'imposait.  Le  plus  grand  chagrin  qu'on  pût  lui  causer, 
si  un  tel  homme  était  susceptible  de  mauvaise  humeur , 
était  de  contrarier  les  occupations  assignées  par  lui  à  chaque 
instant  du  jour.  A  quatre-vingts  ans,  toutes  les  infirmités  de  la 
vieillesse  lui  étaient  inconnues.  A  la  promenade,  en  société,  par- 
tout on  l'eût  pris  pour  un  homme  dans  l'âge  mûr-  une  gaieté 
douce  et  même  un  teint  fleuri  animaient  son  visage:  sans  doute, 
c'est  à  la  régularité  de  sa  vie  invariable,  qu'il  a  dû  en  partie  le  bon- 
heur, si  rare  à  son  âge,  de  jouir  d'une  santé  parfaite.  Quoiqu'il  pro- 
nonçât le  français  avec  quelque  peine,  on  recherchait  sa  conver- 
sation, souvent  piquante  et  toujours  instructive.  La  tranquillité 
de  sa  fin  est  une  parfaite  image  du  calme  de  sa  vie.  Le  dimanche 
26  mars,  à  six  heures  du  soir,  après  avoir  soutenu  avec  ses  amis 
une  conversation  animée,  et  dîné  comme  à  l'ordinaire,  il  voulut 
prendre  du  café  ;  aussitôt  il  sentit  une  faiblesse  qui  l'empêcha  de 
porter  la  tasse  à  sa  bouche  ;  un  fort  vomissement  succéda  ;  on  le 
porta  sans  connaissance  dans  son  lit,  où,  pendant  cinq  heures, 
il  ne  donna  aucun  signe  de  sentiment.  Malgré  une  saignée  copieuse 
à  la  jugulaire  et  aux  tempes  ,  rien  ne  put  arrêter  l'épanchement 
du  sang  dans  le  cerveau  ;  à  onze  heures  du  soir,  il  expira. 

M.  Blagden  a  rendu  des  services  inappréciables  à  tous  les  sa- 
vans  français  qui  sont  allés  étudier  les  arts  et  les  sciences  de  l'An- 
gleterre ,  depuis  la  paix  de  181/j  ■  Il  leur  a  ouvert  toutes  les  portes, 
et  surtout  la  maison  du  vénérable  chevalier  Banks ,  qui  ne  cesse 
de  combler  nos  voyageurs  de  ses  prévenances  les  plus  généreuses. 
Tous  ceux  qui  ont  eu  besoin  de  son  secours ,  n'oublieront  jamais 
les  bons  offices  qu'ils  en  ont  reçus  ;  ils  aiment  à  confondre  ces  deux 
savans  dans  leurs  sentimens  de  reconnaissance.  On  a  peine  à  con- 
cevoir comment  un  homme  de  cet  âge,  et  en  apparence  dépourvu 
d'activité,  pouvait  suffire  à  la  correspondance  qu'il  entretenait  en 
France  et  en  Angleterre;  personne  n'était  plus  au  courant  que  lui 
des  voyages  nouveaux,  des  recherches  dans  les  sciences,  des  dé- 
couvertes industrielles  ,  des  productions  de  toute  espèce.  Son 


236  EUROPE. 

journal  était  tenu  exactement  ;  on  a  trouvé  sur  son  bureau ,  celui 
du  dimanche  matin  déjà  rempli.  Il  e'crivait  assiduement  de  longues 
lettres  à  son  ami  Sir  J.  Banks,  sur  tout  ce  qu'il  apprenait  de  neuf 
à  Paris,  soit  dans  le  monde,  soit  dans  la  conversation  des  savans, 
et  il  lui  rendait  compte  chaque  semaine  de  toutes  les  séances  de 
Tlnstitut.  Jamais  il  ne  manquait  un  courrier;  il  recevait  en 
échange  des  lettres  non  moins  étendues,  où  Ton  admirait  égale- 
ment la  mémoire  ,  la  présence  d'esprit,  la  gaieté,  la  finesse  de 
son  respectable  correspondant ,  qui,  infirme  et  octogénaire,  n'en 
préside  pas  moins  avec  assiduité  les  travaux  de  la  Société  royale. 
Hélas!  il  ne  devait  pas  s'attendre  à  survivre  à  son  ami! 

Pour  retrouver  à  Paris  les  habitudes  qu'il  avait  en  Angleterre, 
il  a  liait,  tous  les  jours,  à  la  même  heure,  dans  une  maison  amie  où, 
comme  chez  le  chevalier  Banks,  dans  Soho-Square, il  trouvait  les 
journaux  anglais. 

"M.  Blagden  avait  été  médecin  en  chef  dans  les  armées.  Il  y 
avait  amassé  une  assez  grande  fortune  ;  ensuite,  Cavendish  lui 
laissa  40050°o  fr«  $a  modération  extrême  lui  permettait  d'aug- 
menter de  plus  eu  plus  ses  revenus;  mais,  autant  il  avait  d'ai- 
sance, autant  il  était  généreux,  même  magnifique  dans  ses  libé- 
ralités. 

A  Arcueil ,  il  ou\  rait  généreusement  sa  bourse  aux  pauvres  5  il 
coopérait  à  des  actes  de  bienfaisance ,  ù  des  établissemens  d'uti- 
lité publique.  On  pourrait  citer  de  lui  encore  plus  de  preuves  de 
bonté  d'ame  ,  que  de  traits  de  singularité  ou  de  bizarrerie. 

Sir  Charles  lilagden  avait  voyagé  en  Amérique,  en  Italie,  en 
Allemagne;  mais,  entre  tous  les  pays,  il  aflcctionnait  la  France, 
île  prédilection.  Tous  les  ans,  il  venait  passer  plus  de  six  mois  * 
Paris  ou  à  Arcueil.  Aucun  de  ses  compatriotes  n'a  rendu  plus  de 
justice  au*  travaux  et  aux  découvertes  des  Fiançais,  et  n'a  plus 
contribué  que  lui  aux  heureuses  communications  qui  existent, 
depuis  six  ans  ,  entre  les  savans  de  la  France  et  de  l'Angleterre. 

—  Les  sciences  ,  la  philosophie  et  l'humanité  viennent  de  faire 
mie  perte  cruelle  et  imprévue  dans  la  personne  de  M.  île  Volney , 
pair  de  Fiance,  membre  île  l'Institut,  qui  est  mort,  le  J2  avril 
iSmi,  ftgé  seulement  de  tf3  ans.  Nous  consacrerons  une  notice 
dans  notre  prochain  cahier  ,  à  cet  estimable  savant ,  que  nous 
nous  honorions  de  compter  au  nombre  do  nos  collaborateurs. 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

OU 

ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 

Des  productions     les  plus    remarquables    dans    la 
Littérature ,  les  Sciences  et  les  Arts. 

</V*VVVVVVVV*VVVVVVVAWVVV\VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV/VV 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MELANGES. 


MÉTÉOROLOGIE. 

Sur  un  Tableau  météorologique,  gravé  et  colorié ,  re- 
présentant les  variations  de  la  température  et  de  la 
pression  de  l'atmosphère  à  Paris,  pendant  Vannée 

,8i9. 

Comme  il  existe  des  rapports  nécessaires  de  la  na- 
ture extérieure  et  de  la  constitution  atmosphérique 
avec  l'homme ,  I'influence  des  climats  est  un 
point  de  vue  général  qui  a  fixé  l'attention  des  phi- 
losophes, soit  physiologistes  et  médecins  ,  soit  mé- 
taphysiciens ou  moralistes,  soit  publicistes,  législa- 
teurs, ou  historiens.  L'influence  delà  température 
journalière  sur  la  santé,  sur  le  caractère,  sur  l'hu- 
meur ,  sur  les  dispositions  morales  et  intellectuelles  , 
sur  la  population  ,  sur  les  récoltes  ,  sur  la  richesse  des 
Etats-,  influence  souvent  invisible  ou  inaperçue,  et 
tome  vi.    17e  Cahier.  17 


238  MÉTÉOROLOGIE, 

néanmoins  continue  et  toujours  agissante ,  mérite 
d'être  observée  avec  soin  par  chaque  individu.  C'est 
d'après  cette  considérât  ion  que,  dans  un  livret,  on  ins- 
trument pratique  pour  mesurer  la  vie ,  intitulé 
BiOMtTitE  ou  Mémorial  horaire,  publié,  il  y  a 
quelques  années  (i),  Fauteur  a  cru  devoir  consacrer 
la  seconde  colonne  du  tableau  analytique  dos  divers 
emplois  de  l'existence  journalière,  à  l'indication  des 
variations  de  la  température,  qui  déterminent 
souvent,  même  à  notre  insu,  des  ehangemens  dans 
nos  humeurs  ,  et  qui  dérangent  l'économie  de  notre 
vie  habituelle. 

Le  même  motif  nous  a  fait  présumer  qu'il  serait 
agréable  à  nos  lecteurs  de  trouver,  chaque  année  , 
dans  re  recueil,  un  Tableau  des  variations  de  la 
température    atmosphérique  ,    à    Paris  ,    dressé  de 


(l)  Hiomètre  ou  Mémopial  horaire  •  Thermomètre  d'emploi 
du  tenu,  servant  à  indiquer  le  nombre  d'heures  données  par 
jour  à  rha<  une  des  divisions  et.  subdivisions  ,  i°dela  Vie  inté- 
rieure et  individuelle,  considérée  sous  les  rapports  physique, 
moral  et  intellectuel  j  2°  de  la  Vie  extérieure  et  sociale  ,  pour 
l'année  18..,  ou  TabUSTTES  destinées  à  procurer  le  moyen  de 
recueillir  en  une  minute,  et  sur  une  seule  ligne,  pour  chaque 
intervalle  de  vingt -quatre  heures,  tous  les  divers  emplois  et  les 
principaux  résultats  de  la  vie  pendant  le  même  espace  de  teins; 
par  M.  A.  Julueiv  ,  auteur  de  VJSsseisur  Cemptoidu  tenu.  Mi- 
lan ,  Imprimerie  royale,  1 8i 3.  Se  trouve  à  Paris  ,  chez  J.  J.  Pas- 
choud,  libraire,  rue  Mazarine,  n.  22,  et  au  bureau  de  la  Revue 
Encyclopédique. —  On  trou\r,au\  mêmes  adresses,  I'Agenda  ai 
néral,  ou  Mémorial  portatif  universel  t  livret  pratique  d'emploi 
du  tems,  composé  de  tablettes  utiles  et  commodes ,  d'un  u lagfl 
journalier  j  1  vol.  in-8°  relié.  3e  édition.  Paris,  181 5.  Prix,  5  fr. 


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T  AB  LE, AU  DE  S  V  ARLYL' IONS  DE  LA.  TE  MPERAT IHE    D F. 
LAIMO SPHÈRE; APARIS,PENDANT  LANNÉE    MÉTÉOROLOOIQI  B    IrtlQ 


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y  ,u,  n,rr„„  ,„..,  ...,.,r  ,/r,t,  V,.r  „  /.,  /.,/<>„,/,-  '  ,1- ^  •<<••>  m  minuter 


MÉTÉOROLOGIE.  239 

manière    à  faciliter    la   confrontation    des   diverses 
températures  dans  les  différens  mois  de  l'année. 

Le  premier  tableau   de  ce  genre    que   nous   pu- 
blions ,    et  que  nous  croyons  devoir  faire  précéder 
d'une  courte  explication  ,  est  celui  de  l'année  mé- 
téorologique 1819;  il  offrira  l'ébauche  encore  im- 
parfaite d'un  tableau  général  et  annuel  que  chacun 
des  départemens  de  la  France  et  des  Etats  de  l'Eu- 
rope   pourrait    faire    établir,    pour    déterminer    la 
température  moyenne  de  chacun  des  points  princi- 
paux où  l'on  recueillerait,  dans  cette  vue,  les  ob- 
servations   nécessaires.    L'auteur     de    ce     tableau  , 
M. Champion  ,  ingénieur-géographe,  déclare  n'avoir 
rien  négligé  pour  s'assurer  de  l'exactitude  des  faits 
météorologiques  qu'il  est  parvenu  à  rassembler  ([). 
On  y  distingue  ,  au  premier  coup-d'oeil ,  la  tempéra- 
ture moyenne  de  chaque  mois  de  l'année  ,  le  jour  le 
plus  froid  de  l'hiver  ,  toujours  compris    dans  notre 
hiver  météorologique  (2)  ,  et  le  jour  le  plus  chaud 


(1)  Les  observations  météorologiques  employées  pour  dresser 
ce  tableau,  sont,  établies  d'après  celles  qu'on  a  recueillies  à  l'Ob- 
servatoire royal  «le  Paris. — Les  observations  d'après  lesquelles  ou  a 
estimé  la  température  moyenne  delà  zone  torride,  en  distinguant 
celle  de  l'hiver  et  celle  de  l'été ,  et  que  Ton  voit  figurées  sur  le  ta- 
bleau par  deux  petites  bandes  horizontales,  coloriées  en  jaune, 
sont  tirées  des  observations  faites  au  Sénégal  par  les  Français,  et 
aux  établissemens  anglais,  sur  la  rivière  de  Gambie,  par  les  An- 
glais, rapportées  dans  le  Voyage  au  Sénégal,  publié  il  y  a  quel- 
ques années  par  Golberv. 

(2)  On  doit  reconnaître  ici  l'utilité  de  la  substitution  de  Vannée 
météorologique  à  Vannée  civile,  pour  les  observations  météorolo- 
giques :  en  effet,  le  plus  haut  degré  de  froid  d'un  même  hivev 


i7* 


2io  MÉTÉOROLOGIE. 

de  l'été,  approchant  plus  ou  moins  de  la  chaleur  de 

la  zone  torride. 

L'année  météorologique ,  que  nous  substituons  à 
Tannée  civile  ou  commune  ,  pour  les  observations 
rapportées  à  notre  but ,  diffère  de  cette  dernière  ,  en 
ce  quelle  commence  à  l'équinoxe  d'automne  (  s3 
septembre)  et  qu'elle  ne  se  compose  que  de  deux 
saisons  ,  hiver  et  été,  comprenant  chacune  six 
mois  (i).  Ces  deux  parties  de  l'année  ,  très  distinctes 
dans  nos  climats,  et  déterminées  par  le  cours  appa- 
rent du  soleil  ou  par  les  positions  successives  de  la 
terre  ,  dans  sa  révolution  annuelle  autour  de  cet 
astre,  sont  indiquées,  au  moyen  de  l'écliptique  fi- 
gurée dans  la  partie  supérieure  du  tableau,  par  la 
ligne  courbe  sur  laquelle  sont  inscrits  les  noms  des 
douze  mois  de  l'année,   dont  chacun  a  sa  colonne 

peut  appartenir  à  deux  années  civiles  différentes ,  selon  qu'il  se 
rencontre  avant  ou  après  le  ier  janvier;  et  le  plus  haut  degré  de 
froid  ayant  eu  lieu  cette  année  le  n  janvier,  il  nappai  tient  plus 

à  Tannée  1819,  dont  il  s'agit  de  rendre  compte  en  1820 Pour 

mieux  apprécier  les  motifs  de  la  préférence  que  paraît  mériter 
l'année  météorologique  sur  l'année  civile, «on  peut  consulter  l'ou- 
vrage publié  sous  le  titre  de  Climatologie  de  lu  fronce,  ou  Elude 
de  ses  différens  climats  ,  pour  servir  aux  progrès  de  la  géographie  ; 
un  cahier  avec  figures.  Pélicier,  libraire,  au  Palais-Royal. 

(1)  Nous  employons  ici  les  expressions  mêmes  de  M.  Cham- 
pion. Mais  nous  croyons  devoir  observer  qui  les  passages  «lu  so- 
leil par  les  solstices  occasionnent  dans  les  saisons  des  variations 
remarquables,  dont  L'auteur  ne  paraît  tenir  aucun  compte  dans  la 
nouvelle  division  de  l'année  qu'il  propose.  11  sera  difficile  que, 
dans  nos  climats,  le  public  consente  à  supposer  que  l'été  est  déjà 
commencé  le  a  2  mars. 


MÉTÉOROLOGIE.  241 

qui  lui  est  affectée.  Cette  courbe  est  traversée  par 
une  ligne  horizontale  représentant  l'équateur.  Le 
passage  du  soleil  par  l'équateur  à  l'équinoxe  d'au- 
tomne, et  son  séjour  de  six  mois  ,  ou  de  180  jours  , 
au-delà  du  cercle  équinoxial ,  relativement  au  point 
que  nous  occupons  sur  l'hémisphère,  forme  l'hiver 
météorologique  ,  qui  comprend  l'automne  et  l'hiver 
de  l'année  civile  ou  commune.  Le  retour  du  soleil 
par  léquateur,  qui  détermine  l'équinoxe  du  prin- 
tems  (21  mars),  et  les  six  mois  ou  les  i85  jours 
qu'il  demeure  dans  l'hémisphère  septentrional  où 
nous  nous  trouvons ,  forment  l'été  météorologique 
qui  comprend  le  printems  et  l'été  de  l'année  civile. 
(Voyez,  sur  le  tableau,  les  deux  petits  hémis- 
phères ,  qui  indiquent  la  position  de  Paris  comme 
le  lieu  où  se  font  les  observations.)  Le  résumé 
placé  au  bas  du  tableau  pour  chacune  des  deux 
grandes  saisons,  hiver  et  été,  complète  les  explica- 
tions nécessaires.  Les  teintes  figuratives  qui  en  dis- 
tinguent les  différentes  parties  ,  doivent  en  rendre 
l'intelligence  plus  facile  :  la  teinte  rose  ou  couleur 
de  carmin  ,  formant  des  colonnes  plus  ou  moins 
élevées  ,  représente  la  liqueur  du  thermomètre;  la 
teinte  grisâtre  et  sombre  caractérise  la  saison  d'hiver  et 
les  degrés  de  froid;  enfin  ,  la  teinte  jaune  et  couleur 
d'or  figure  la  saison  d'été  ,  la  présence  et  l'action  du 
soleil  (1). 


(1)  Nous  devons  reconnaître  ici  que  ce  tableau  ,  dont  l'idée 
principale  est  bonne,  mais  qui  aurait  pu  être  exécute  d'après  un 
plan  plus  judicieusement  combine,  ne  saurait  satisfaire  entière- 


242  MÉTÉOROLOGIE. 

Un  des  résultats  remarquables  du  môme  état  des 
variations  de  la  température,  dressé  pour  Tannée 
1 8 1 4  i  a  été  que  la  température  moyenne  du  mois 
de  mars,  qui  était  à  zéro  ou  à  glace,  s'est  trouvée 
plus  basse  que  celle  de  tous  les  autres  mois  de 
l'année  :  circonstance  rare  ,  et  que  Ton  regarde 
comme  défavorable  à  la  récolte  des  fruits.  Une  autre 
observation  établit  que  la  température  moyenne  du 
môme  mois  de  mars  1 8 1 4  sest  trouvée  égale  à  celle 
du  mois  de  décembre  précédent,  mois  le  plus  froid 
de  l'année  i8i3. 

Pour  augmenter  l'intérêt  et  l'utilité  que  peut  offrir 
ce  tableau  ,  l'auteur  a  joint  aux  observations  sur  la 
température  atmosphérique ,  qui  en  sont  le  princi- 
pal objet,  le  résultat   des  observations  sur  la  pres- 

ment  les  savans  ,  et  nous  aurions  tâché  d'en  perfectionner  l'exécu- 
tion, dès  cette  année,  si  l'auteur  ne  l'eût,  pas  tiejà  fait  graver,  lors- 
qu'il nous  a  été  présenté.  Par  exemple  ,  au  lieu  de  faire  occuper 
à  la  figure  du  thermomètre  une  place  trop  étendue,  on  aurait  dû 
de  préférence  élargir  les  espaces  destinés  aux  mois.  Il  eut  été  utile 
de  ne  graver  sur  la  hauteur  que  les  degrés  usités,  afin  que,  les 
degrés  conservés  ayant  plus  d'étendue  ,  les  inégalités  de  tempéra- 
ture eussent  'té  mieux  marquées.  On  aurait  aussi  pu  facilement 
indiquer  les  deux  graduations  de  ftéaumur  et  centigrade.  Enfin  , 
au  lieu  d'un  escalier  formé  d'une  série  d'horizontales,  une  pour 
chaque  mois  ,  on  aurail  mieux  fait  de  tracer  une  courbe  continue 
Alors,  on  aurait  plaré  la  planche  sur  sa  largeur,  et  chaque  mois 
ayant  occupé  une  colonne  d'environ  i  •  millimètres,  on  aurait, 
mesuré,  pour  ainsi  dire,  d'un  coup-d'reil ,  les  dates  de  la  gelée  , 
du  dégel,  tic  l'accroissement  de  la  chaleur,  etc.  —  Outre  la 
courbe  dont  on  vient  de  parler,  ce  tableau  pourrait  contenir  en- 
core, flans  la  région  supérieure,  la  courbe  des  variations  baromé- 
triques. 


MÉTÉOROLOGIE.  343 

sion  de  l'atmosphère,  déterminées  à  l'aide  du  baro- 
mèfre,  ainsi  que  la  plus  grande  élévation  et  le  plus 
grand  abaissement  des  eaux  de  la  Seine  à  Paris, 
comme  donnant  une  idée  de  la  plus  ou  moins  grande 
abondance  des  pluies  ,  et  de  la  plus  ou  moins  grande 
sécheresse  ;  enfin  ,  la  déclinaison  de  la  boussole  ou 
de  l'aiguille  aimantée,  variant  chaque  année,  est  et 
sera  indiquée,  d'après  ce  qu'en  pubiie  annuellement 
l'Observatoire  de  Paris  (i). 

Des  observations  météorologiques  du  même  genre, 
mais  faites  avec  plus  de  précision  ,  disposées  avec 
plus  de  méthode,  acquerraient  un  bien  plus  haut 
degré  d'importance  ,  si  elles  étaient  reproduites  à 
la  fois  dans  beaucoup  de  lieux  diflérens  ,  d'après 
une  division  de  l'année  bien  déterminée  ,  et  si  elles 
étaient  recueillies  ,  d'après  un  modèle  commun  ,  ap- 
prouvé par  des  juges  compétens ,  de  la  manière  la 
plus  propre  à  donner  une  idée  exacte  des  variations 
de  la  température  -,  en  sorte  qu'on  pourrait  compa- 
rer ,  tous  les  mois  ,  ou  à  la  fin  de  chaque  année,  les 
accidens  météorologiques  de  chaque  pays  ,  et  con- 
naître quel  tems  on  avait  à  Londres  ,  à  Rome,  à 
Vienne  ,  à  Pétersbourg  ,  quand  le  ciel  de  Paris  était 


(i)  MM.  les  physiciens  des  départemens,  qui,  ayant  l'intention 
de  faire  dresser  de  semblables  tableaux  dans  les  lieux  qu'ils  habi- 
tent, n'auraient  pas  à  leur  proximité,  pour  les  faire  exécuter, 
des  graveurs  et  des  imprimeurs  en  taille-douce,  pourront  s'a- 
dresser pour  cet  objet  à  M.  Champion,  inge'nicjr-geographc,  au- 
teur du  tableau  ci-joint,  en  lui  envoyant  leurs  lettres  }  franc  de 
port,  rue  St-lionoré ,  n°  363. 


244  MÉTÉOROLOGIE, 

serein,  ou  pluvieux  et  chargé  de  nuages.  On  rappro- 
cherait aussi,  pour  des  époques  correspondantes , 
les  faits  analogues  et  importans  ,  relatifs  à  la  popu- 
lation ,  à  la  santé  publique  ,  aux  épidémies  ,  aux 
bonnes  ou  mauvaises  récoltes,  etc.,  sur  lesquelles  ces 
variations  de  la  température  auraient  pu  exercer 
quelque  influence. 

Dans  toutes  les  branches  des  connaissances  hu- 
maines ,  dans  toutes  les  sphères  où  peut  s'exercer 
l'activité  intellectuelle,  il  serait  également  utile  et 
philosophique  d'établir  des  rapports  suivis,  des  com- 
munications régulières  ,  faciles  ,  rapides  ,  presque 
télégraphiques  (1)  entre  les  hommes  instruits  répan- 
dus sur  tous  les  points  du  globe  ,  qui  se  consacrent 
à  la  noble  destination  d'étendre  les  conquêtes  de 
l'homme  sur  la  nature  ,  et  qui  aiment  à  bouleverser 
la  terre,  non  comme  les  conquérans  qui  la  ravagent , 
mais  à  la  manière  des  laboureurs  qui  la  fécondent. 


(i)  «  Les  gouvernemens  conservent  aujourd'hui  à  leur  disposi- 
tion l'usage  exclusif  des  télégraphes ,  qui  seront  un  jour  appliques 
aux  relations  commerciales  et  individuelles  .  et  qui  ajouteront 
à  la  facilite,  à  la  multiplicité  des  communications  et  des  échanges, 
première  cause  de  tout  avancement  social,  comme  l'ont  fait  les 
grandes  routes,  les  canaux  de  navigation,  les  voitures,  les  vais- 
seaux, les  postes  aux  chevaux ,  les  postes  aux  lettres  •  l'écriture  , 
l'imprimerie,  la  monnaie,  les  lettres  de  change,  la  lithographie,  etc. 
Non-seulement  les  gouvernemens  et  tes  chefs  des  nations  sont 
intéressés  a  voir  se  multiplier  les  découvertes,  dont  il->  jouissent 
les  premiers,  et  dont  la  gloire  rejailli!    toul   entière  Bur  eux, 

iU    le    sont     enrôle    à    les   nieltre    à    la   portée  <lu    puhlic  ,    à    les 

propager  et  ;'i   les  répandre.   Us  en  tirent  eux-mêmes  de  |>lna 
grands  avantages-   ils  donnent  naissance   à  de  nouvelles   inveu- 


MÉTÉOROLOGIE.  245 

Les  moyens  de  rapprochement  ,  de  comparaison  et 
de  combinaison  des  faits  remarquables  et  instructifs 
en  tout  genre  ,  qui  résulteraient  d'une  semblable 
correspondance  ,  permettraient  à  la  grande  famille 
humaine  d'obtenir,  en  quelques  années  ,  des  résul- 
tats d'avancement  et  d'amélioration  ,  qui ,  vu  les 
lenteurs  et  les  difficultés  des  communications  et  des 
échanges  entre  les  producteurs  de  la  pensée,  comme 
entre  les  producteurs  des  objets  industriels  ,  et  par 
un  effet  nécessaire  de  l'état  d'isolement  et  de  faiblesse 
auquel  se  trouvent  souvent  condamnés  les  hommes 
les  plus  laborieux  et  les  plus  utiles  ,  ne  seront  obte- 
nus qu'après  une  longue  suite  de  siècles.  La  pensée 
philanthropique  et  fondamentale  de  la  Revue  Ency- 
clopédique est  d'offrir  un  point  central  de  correspon- 
dance à  tous  les  amis  des  sciences ,  des  lettres  et  de 
l'humanité  ,  dont  les  efforts  divergens  sont  dirigés 
vers  un  même  but  ,  et  qui  ont  besoin  de  s'aider  les 


lions  ou  à  des  perfectionnemens  dont  ils  sont  encore  les  pre- 
miers à  profiter.  Un  examen  plus  gênerai,  fait  par  un  plus  grand 
nombre  de  personnes,  et  plus  publiquement,  avance  Fart  ou  la 
science.  •»  {Esquisse  d'un  Essai  sur  la  Philosnpltie  des  Sciences , 
contenant  un  nouveau  projet  d'une  division  générale  des  connais- 
sances humaines,  par  M.  A.  Jullien,  etc.  Paris,  1819;  in-8°. 
—  2  fr.  5o  c.  —  Se  trouve  au  bureau  de  la  Revue  Encyclopé- 
dique, et  cbez  Eymery,  libraire,  rue  Mazarine,  n°  3o.  ) 

[/application  des  télégraphes  aux  correspondances  particulière» 
est  un  perfectionnement  social,  impérieusement  réclame  parles 
besoins  de  l'époque  où  nous  vivons;  et  le  gouvernement  qui  en 
donnera  le  premier  l'exemple,  acquerra  des  droits  à  la  reconnais- 
sance de  tous  les  hommes  éclairés. 


3j6  PROJET 

uns  les  autres  pour  abréger  le  tems  ,  pour  multi- 
plier leurs  forces  ,  et  pour  corriger  ,  autant  qu'il  dé- 
pend de  nous ,  les  deux  immenses  obstacles  dune  vie 
fugitive  qui  nous  échappe  sans  cesse  ,  et  d'une  intel- 
ligence bornée  à  laquelle  se  dérobe  sans  cesse  une 
nature  infinie.  M.  A.  Jullien,  de  Paris. 


IW\  VVN  W»  W\W\  \V\  W\  W*  W\  W  ' vv\ 


PROJET  D'INSTITUT  NOMADE, 

Par  C.  L.  Cadet  de  Gassicourt,  Docteur  de  la  Faculté 
des  Sciences  de  Paris. 

§  Ier.  —  Tous  ceux  qui  étudient  les  sciences  avec 
l'intérêt  qu'elles  doivent  inspirer,  sont  frappés  de  l'ex- 
trême lenteur  avec  laquelle  les  connaissances  utiles  se 
propagent.  Dans  les  arts,  et  surtout  dans  l'agriculture, 
la  routine  s'oppose  à  l'adoption  des  perfectionneinens. 
L'homme  veut  voir  et  revoir  la  même  chose  ,  avant  de 
changer  ses  habitudes.  Il  faut  qu'un  intérêt  bien  évi- 
dent le  porte  à  faire  des  innovations  dans  les  méthodes 
qu'il  a  adoptées.  «  Quel  bien  produisent  l'Institut,  les 
Sociétés  savantes  ,  les  Recueils  périodiques  des  travaux 
des  sava-is?  Les  moyens  employés  par  les  associations 
les  plus  célèbres,  pour  agrandir  la  sphère  de  nos  idées 
et  la  somme  de  nos  connaissances,  sont  trop  circons- 
crits. Les  communications  particulières ,  la  corres- 
pondance dans  l'intérieur  ,  les  relations  avec  les  sa- 
vans  étrangers  ,  les  discussions  publiques  et  la  critique, 
ne  produisentquedes  résultats  tardifset  incomplets(i).  >» 

(i)  Société  ambulante   des   technographes ,  par  E.  M.  Siauve. 
Broch. ,  an  Y,  Pag.  4- 


D'INSTITUT  NOMADE.  a47 

On  publie  des  découvertes  ;  mais ,  ceux  qui  pourraient 
directement  en  profiter,  ne  lisent  pas  de  longs  Mémoi- 
res ,  ordinairement  écrits  d'un  style  peu  attrayant. 
Depuis  cinquante  ans  ,  les  agronomes  n'ont  pu  discré- 
diter le  système  des  jachères.  A  peine  deux  ou  trois 
départemens  ,  voisins  de  Paris ,  ont  adopté  un  cours 
raisonné  de  moissons  (i).  Dans  quel  pays  sait-on  fer- 
tiliser les  terres  par  leur  simple  mélange  ;  dans  quel 
département  connaît-on  parfaitement  les  avantages  et 
les  variétés  des  prairies  artificielles  ,  et  toutes  les  espèces 
de  céréales?  Dans  quel  vignoble  a-t-on  reçu  et  mis  en 
pratique  les  principes  de  l'œnologie  {art  défaire  le  vin) 
éclairée  par  M.  Chaptal? 

Il  serait  facile  de  faire  un  tableau  très  étendu  des 
connaissances  précieuses  qui  s'enfouissent  dans  les  ar- 
chives des  Académies.  Il  est  donc  nécessaire  de  porter 
la  lumière  à  domicile ,  comme  on  porte  des  secours 
aux  indigens.  Dans  les  grandes  villes  ,  telles  que  Paris  , 
Bordeaux,  Rouen,  Marseille,  etc.,  et  à  un  très  petit 
rayon  autour  d'elles ,  les  manufactures  sont  au  cou- 
rant des  connaissances  modernes.  Plus  loin  ,  on  ne 
trouve  que  l'enfance  de  l'art,  et  l'on  ne  conçoit  pas 
comment  ceux  qui  entreprennent  des  fabriques  ,  peu- 
vent être  aussi  étrangers  aux  perfectionnemens  connus 
depuis  long-tems.  Ainsi ,  l'art  de  la  distillation  ,  si  par- 
fait dans  le  midi  de  la  France,  est  encore  grossier  dans 
beaucoup  de  départemens. 

§  II.  —  On  s'est  beaucoup  occupé  de  statistique ,  sous 

(i)  La  connaissance  de  la  géonomie,  des  assolemens,  et  la  ma- 
nière de  faire  alterner  les  cultures,  ont  double  le  revenu  des 
fermes  où  Ton  a  appliqué  ces  connaissances. 


243  PROJET 

le  gouvernement  directorial  et  sous  l'empire.  Les  pré- 
fets ont  dressé  des  tableaux  intéressans.  Plusieurs  agro- 
nomes ont  publié  de  très  bons  Mémoires  ;  mais  ,  ce 
ne  sont  que  d'utiles  matériaux  qui  serviront  à  élever 
un  édifice  plus  grand,  plus  complet  et  plus  régulier. 
Le  cadastre  de  la  France  a  été  conçu  dans  un  système 
trop  compliqué.  Il  est  impossible  d'obtenir  des  ren- 
seignemens  exacts,  sur  les  simples  déclarations  des  au- 
torités locales  :  on  aura  bien  un  calcul  de  population 
et  d'étendue,  un  aperçu  sur  la  valeur  des  biens  ;  mais  , 
cela  ne  suffit  pas  pour  établir  l'égalité  dans  la  réparti- 
tion de  l'impôt  (i). 

Quand  un  propriétaire  prend  possession  d'un  do- 
maine agricole,  il  ne  se  contente  pas  de  l'arpentage; 
il  veut  connaître  la  nature  de  ses  terres,  leur  situa- 
tion,  et  le  parti  qu'il  peut  en  tirer.  Supposons  que  la 
France  soit  un  seul  domaine  à  exploiter:  le  seigneur 
ne  doit-il  pas  faire  un  terrier  ,  savoir  combien  il  y  a 
de  terres  propres  à  la  culture,  et  combien  de  stériles  ; 
combien  de  bois,  de  prés,  de  vignes,  de  terres  à 
grains  ,  etc.  ?Ne  doit-il  pas  connaître  l'état  de  prospé- 


(i)  On  a  pris  sans  doute  <lc  grandes  précautions  pour  lever  le 
plan  «les  moindres  propriétés,  indiquer  leurs  divers  genres  de 
produits  ,  et  faire  connaître,  d'après  une  classification  convenue, 
la  valeur  de  chaque  terrain,  suivant  l'objet  de  culture  auquel  il 
est  employé  ;  mais,  en  procédant  ainsi  pour  approcher  le  plus 
possible  delà  vérité,  on  n'a  encore  que  des  l>;isC's  insuffisantes  : 
i°  parce  que  le  même  genre  de  culture  ne  donne  pas  partout  le 
même  produit;  2°  parce  (pie  les  cultures,  changeant  sur  les  mêmes 
terrains,  t'ont  ehanger  les  rapports;  3*  parée  que   les  mutations 

de  propriétés  et  les  nouvelles  clôtures  apportent  sans  cesse  des 
modifications,   qui    nécessitent,  de  nouvelles  déclarations.  Pour 


D'IKSTITUT  NOMADE.  249 

«rite  ou  de  langueur  de  l'agriculture,  dans  les  différens 
cantons?  Pour  obtenir  ce  résultat,  pour  dresser  une 
carte  agrotechnique,  une  bonne  topographie  raisonnée 
de  la  France  ,  il  faut  parcourir  le  pays  ,  non  en  per- 
cepteur d'imposition,  ruais  en  savant  ,  en  géologue, 
en  philosophe ,  qui  embrasse  l'ensemble  et  classe  mé- 
thodiquement les  détails. 

§  III.  —  Il  est  une  science  bien  importante  qui  ne 
s'apprend  pas  dans  les  livres  ,  une  science  à  laquelle 
l'esprit,  la  raison  et  la  probité  ne  peuvent  suppléer  : 
c'est  la  science  de  V administration.  Pourquoi  avons- 
nous  de  si  faibles  administrateurs  ,  des  ministres  si 
étrangers  aux  affaires  ?  C'est  que  nulle  éducation  ,  en 
France ,  ne  prépare  les  hommes  aux  fonctions  admi- 
nistratives (1).  Un  ambitieux  se  croit  fait  pour  gouver- 
ner, quand  il  a  lu  la  Richesse  des  nations ,  par  Smith  ; 
le  Compte  rendu  de  Necker  ;  le  Traité  a" économie  po- 
litique de  Say  ;  les  Ecrits  des  économistes,  et  quelques 
autres  ouvrages  de  ce  genre.  Aussi ,  les  Sully,  les  Col- 
bert,  les  Turgot  sont-ils  rares  ;  aussi,  avons- nous  des. 
budgets  par  trop  enflés;  aussi,  le  peuple  souffre- t-il  de 


être  juste,  le  cadastre  aurait  besoin  d'être  recommencé  tous  les 
dix  ans.  Il  faut  prendre  ses  points  d'observation  de  plus  haut, 
e'tablir  des  e'valuations  plus  ge'nérales,  les  fonder  sur  la  compa- 
raison des  mêmes  produits  agricoles  dans  les  différens  départe- 
mens,  tenir  compte  de  la  facilité  ou  de  la  difficulté  des  transports 
et  des  échanges.  Les  renseignemens  pris  par  l'institut  nomade, 
et  transmis  à  la  commission  chargée  du  cadastre,  peuvent  être 
d'une  grande  utilité. 

(i)«  On  a  pu  jusqu'à  présent  appliquer  à  notre  siècle  et  à  la  plu- 
part des  Etats  de  l'Europe,  ces  paroles  judicieuses  de  Bacon  : 
«  Lorsque  les  rois  ont  à  faire  choix  de  ministres  capables  de  gé- 


25o  PROJET 

l'assiette  des  impôts  ,  tandis  que  le  commerce  est  para- 
lysé ,  et  le  crédit  dans  une  oscillation  perpétuelle. 

Il  est  de  toute  vérité  qu'un  ministre  qui  entre  en 
place  ,  quelque  zèle  qu'on  lui  suppose  ,  perd  six  mois  à 
se  mettre  au  fait  de  son  ministère  et  au  courant  des 
affaires  ;  pendant  ce  tems  ,  il  commet  mille  erreurs , 
que  son  ignorance  ne  peut  excuser.  11  en  est  de  même 
de  tous  les  administrateurs  en  chef.  Leur  impéritie  né- 
cessite toujours  une  augmentation  de  dépense,  et  leur 
éducation  administrative  est  ruineuse  pour  la  nation. 

Il  est  donc  indispensable  de  créer  en   France  une 

rer  les  affaires  publiques,  ils  trouvent  autour  d'eux  un  vide  éton- 
nant d'hommes  de  cette  espèce,  parce  qu'il  nous  manque  des 
collèges  spécialement  consacrés  à  cet  objet,  où  les  hommes  que 
la  nature  semble  avoir  composés  et  organisés  tout  exprès  pour  de 
tels  emplois  ,  puissent ,  outre  les  autres  genres  de  connaissances  , 
faire  une  étude  particulière  de  l'histoire,  des  langues  modernes, 
des  livres  et  dos  traités  de  politique  (d'économie  politique,  de 
Statistique ,  d'administration ,  de  diplomatie),  pour  arriver  en- 
suite aux  fonctions  civiles  ,  avec  une  provision  suffisante  d'ins- 
truction, et  une  capacité  convenable.  »  (Bacon,  trad.  tVAnt. 
Lasallc,  t.  i,p.  '2^6.)...  Les  rois  manquent  souvent d'auxiliaires  et 
d'instrument  pour  bien  gouverner.  Cette  seule  cause  a  fait  chan- 
celer et  tomber  des  monarchies... 

)>On  fait  lin  long  apprentissage  pourêtre  serrurier  cordonnier, 
horloger,  mécanicien;  pour  devenir  ouvrier  adroit  et  habile,  fa- 
bricant industrieux,  négociant  verse  dans  les  affaires,  juiiscon- 
sulte  instruit  ,  avocat  éloquent,  militaire  à  la  fois  praticien  et 
théoricien.  L'art  de  gouverner  et  d'administrer,  le  plus  important, 
le  plus  difficile  de  tous,  celui  d'où  dépendent  le  bonheur  et  la 
gloire  des  gouvernemens  et  des  peuples,  ne  doit-il  pas  exiger  un 
apprentissage  proportionné  à  son  importance  et  à  .sa  difficulté?  » 
(  Es  aigént  r  il  <T Education  physique  ,  morale  et  intelU  <  tut  Ile ,  et 
PI  n  d'éducation  pratique}  par  M.  A.  Jcllif.n  ,  1  vol.  in-{°,  avec 
tableaux.  Paris,  1808.  l'irmin  Didot.  Avertissement,  p.  vij  etviij.  ) 


D'INSTITUT  NOMADE.  25i 

institution  qui  apprenne  à  ceux  qui  sont  destinés  aux 
grandes  places,  quelles  sont  les  véritables  ressources 
de  l'État  ,  ses  richesses  agricoles  et  industrielles  ,  les 
avantages  et  les  inconvéniens  de  chaque  localité,  l'in- 
fluence des  mœurs  et  des  climats,  l'action  générale  du, 
commerce,  les  rapports  de  population,  de  force  et 
d'instruction  dans  chaque  département. 

§  IV.  — -  Tous  les  philosophes  qui  ont  écrit  sur  l'é- 
conomie politique  ont  gémi  de  la  condition  du  soldat, 
pendant  la  paix.  Son  inertie  ou  ses  occupations  pure- 
ment automatiques  influent  ,  d'une  manière  fâcheuse  , 
sur  ses  facultés  morales,  et   nuisent  à   la  société.  Un 
militaire  ,  en  tems  de  paix  ,  est  un  désœuvré  ,  un  fai- 
néant, qui  ne  prend  qu'un  exercice  inutile  et  qui  ne 
peut  dissiper  l'ennui  résultant  de  la  monotonie  de  ses 
devoirs  ,  qu'en  se  livrant  à  ses  passions  et  aux  désor- 
dres qu'elles  entraînent.    Dans  les  villes  de  l'intérieur 
où  séjournent  des  corps  de  troupes  ,  le  peuple  est  tou- 
jours plus  paresseux  ,  p'us  débauché  ,  plus  corrompu. 
Beaucoup   d'écrivains  ont   regardé   comme   nécessaire 
d'occuper  le  soldat  pendant  la  paix.  Les  Romains  ap- 
pliquaient leurs  légions  aux  grands  travaux  publics, 
à  la  construction  des  ponts,  des  aqueducs  et  des  mo- 
numens,  qui  attestent  encore  aujourd'hui  leur  gloire. 
On  a  quelquefois  suivi  cet  exemple.    La  route  de 
Paris  à    Neuilly  a  été   creusée  par   les   régimens   des 
Gardes-Françaises  et  des  Suisses.   Il  est   des  travaux 
très  considérables  qui  seraient  longs  et  dispendieux, 
si  l'on  employait  des  ouvriers  ordinaires  ,  et  qui  de- 
viendraient économiques  et  rapides  ,  si  l'on  se  servait 
de  soldats  (i). 

(i)  IMohamed-Ali,  pacha  d'Egypte,  nous  en  fournit  un  exemple. 


a5a  PROJET 

Mais  ,  il  faut  honorer  ce  travail  ;  il  faut  que  l'esprit 
militaire  ne  souffre  pas  de  cette  occupation  utile  ;  il 
faut  que  le  soldat  ne  se  croie  pas  avili  :  il  serait  très 
impolitique  de  l'appliquer  ,  soit  au  nettoiement  des 
villes ,  soit  à  celui  des  ports;  on  assimilerait  par-là 
son  sort  à  celui  des  galériens.  Le  soldat  se  révolterait, 
ou  perdrait  son  énergie  ,  et  nos  troupes  deviendraient 
bientôt  de  simples  automates. 

Donner  au  militaire  le  désir  d'être  admis  dans  les 
travaux  auxquels  l'appellerait  l'Etat ,  et  lui  faire  trou- 
ver dans  ces  travaux  la  récompense  de  ses  services  et 
de  ses  exploits  :  tel  est  le  problème  à  résoudre. 

§  V.  —  Les  quatre  considérations  précédentes  m'ont 
donné  l'idée  de  composer  le  plan  d'un  Institut  720- 
made,  qui ,  parcourant  la  France  dans  un  tems  donné, 
y  recueillerait  toutes  les  observations  qui  peuvent  éclai- 
rer l'histoire  et  l'administration  ,  répandrait  partout 
la  connaissance  des  découvertes   utiles,  ferait  mettre 

«  Il  a  entrepris  dernièrement  de  rétablir  l'ancien  canal  du  Nil ,  à 
Alexandrie,  et  d'ouvrir  ainsi  une  communication  intérieure  avec 
ce  pays,  qui  dispensera  de  franchir  le  Boghaz  de  Rosette,  si  dan- 
gereux pour  la  navigation;  ce  qui  était  un  obstacle  continuel  au 
commerce  et  à  la  prospérité  du  pays.  Par  la  multitude  d'ouvriers 
employés  à  ce  grand  ouvrage,  le  pacha  d'Egypte  a  rivalisé  avec 
les  exemples  des  tems  anciens.  En  février  el  mars  1819,  il  n'y 
t\.iit  pas  moins  de  25o,ooo  hommes  occupés  à  la  fois  à  creuser 
ce  canal.  »  {Lettre  de  J\l.  Briggs ,  à  sir  Sydney  Smith.  Voyez  la 
liei'.  Encyclop. ,  tom  V,  pag.  270.)  C'est  avec  les  troupes  intré- 
pides qui  l'aidèrent  à  soumettre  les  Wahabis  que  Le  pacha  exé- 
cute cette  entreprise.  Ce  que  peut  le  chef  «I  un  peuple  à  peine 
rendu  à  la  civilisation,  serait-il  donc  impossible  à  la  nation  la 
plus  éclairée,  la  plus  féconde  en  ressources  de  i<ms  genres;  e1  l<- 
soldat  français,  soumis  à  la  discipline, serait-il  moins  industrieux 
que  l'Arabe  inquiet  et  vagabond  ? 


D'INSTITUT  NOMADE.  253 

en  pratique  les  moyens  nouveaux  de  perfectionnemens  , 
établirait  un  cadastre  statistique,  etc. 

A  cet  Institut,  seraient  attachés  un  corps  d'élèves  et 
deux  corps  militaires  :  le  premier,  pour  profiter  de 
toutes  les  lumières  que  donnerait  cette  institution  ; 
les  deux  autres,  pour  exécuter  lesdéfrichemens  ,  dessé- 
chemens  et  constructions  que  l'Institut  jugerait  néces- 
saires ,  sans  empiéter  sur  les  droits  et  les  attributions 
des  ingénieurs  des  ponts-et-chaussées. 

En  demandant  deux  corps  militaires  ,  nous  laissons 
au  gouvernement  le  soin  de  juger  quels  doivent  être 
les  élémens  dont  ils  seront  composés.  Il  paraîtrait  dif- 
ficile de  faire  sortir  deux  régimens  du  cadre  de  l'ar- 
mée ,  surtout  si  ces  corps  devaient  être  attachés  à  des 
travaux  de  longue  durée  ,  à  des  cultures  suivies.  Ils  ne 
ne  seraient  plus  disponibles  ,  et  on  les  réunirait  diffi- 
cilement. Au  lieu  de  l'organisation  régimentaire  ,  peut- 
être  préférera-t-on  celle  d'ateliers  qui  rempliraient 
sans  inconvénient  le  même  objet. 

Si  ces  corps  ne  devaient  être  appliqués  qu'à  des  tra- 
vaux temporaires,  susceptibles  d'être  interrompus  et 
repris  ,  on  pourrait  y  employer  quelques  détachemens 
des  régimens  existans.  Ce  dernier  moyen  aurait  l'avan- 
tage de  faire  utiliser,  pour  des  travaux  importans  et 
pressés  ,  les  régimens  de  sapeurs  ,  et  même  de  mi- 
neurs. Les  ateliers  pourraient  être  composés  de  l'armée 
de  réserve;  à  la  tête  de  chaque  atelier  serait  un  ser- 
gent ,  sous  les  ordres  d'un  sous-lieutenant  ou  lieute- 
nant qui  aurait  un  arrondissement  déterminé,  et  qui 
serait  lui-même  subordonné  au  capitaine  établi  pour 
son  département. 

Déjà  plusieurs  écrivains  ont  projeté  une  partie  de  ce 
plan,  les  uns  pour  l'agriculture  et  les  arts ,  les  autres 
tomi:  vi.  18 


,:,4  PROJET 

pour  l'instruction  particulière  de  quelques  individus. 

En  fructidor  de  l'an  v  (  1798),  M.  Siauve  publia  le 
projet  d'une  Société  ambulante  de  tcchnograplies  , 
basée  sur  des  considérations  fort  analogues  aux  nôtres. 
m  II  manque,  disait-il,  à  la  France  une  institution  propre 
à  reculer  les  bornes  de  l'industrie  :  c'est  une  société 
ambulante  de  savans  et  d'artistes  choisis  par  le  gou- 
vernement, parcourant  successivement  toutes  les  par- 
ties du  territoire  français,  décrivant  tous  les  sites, 
examinant,  analysant  les  productions  de  la  nature; 
soumettant  au  creuset  de  l'expérience  les  procédés  de 
l'industrie  ;  rappelant  à  des  principes  certains  ,  établis- 
sant sur  des  bases  fixes  et  invariables  ,  les  opérations  de 
l'économie  rurale  ;  répandant  l'instruction  dans  \e< 
campagnes;  y  détruisant,  par  la  persuasion,  les  pré- 
jugés nuisibles  aux  progrès  des  arts  ;  laissant  dans  tous 
les  lieux  des  traces  sensibles  et  des  monumens  durables 
de  ses  travaux.  » 

«  Les  technographes  de  M.  Siauve  devaient  recueillir 
des  renseignemens  sur  les  productions  du  sol  et  de 
l'industrie  dans  chaque  canton,  sur  les  méthodes  em- 
ployées pour  la  culture  des  terres,  sur  la  salubrité  ou 
l'insalubrité  du  climat,  sur  les  moyens  pratiqués  pour 
détruire  l'effet  des  émanations  dangereuses;  sur  les 
canaux  à  ouvrir,  soit  pour  rendre  à  l'agriculture  des 
marécages  et  d'autres  terrains  abandonnés  .  soit  pour 
donner  plus  d'action  au  commerce  ;  sur  la  manière  de 
construire  les  habitations  rurales  et  les  bàtimens  d'ex- 
ploitation ,  sur  les  différentes  branches  de  l'économie 
rurale  ,  domestique  et  politique  :  sur  les  fouilles  an- 
ciennes et  modernes ,  sur  les  mines,  les  carrières  ,  les 
usines  ,  les  ateliers  de  confection  ;  sur  les  manufacturc- 
eu  général  ,  sur  les  niouiunens,  sur  les  sites  remarqua- 


D'INSTITUT  NOMADE.  a55 

blés,  sur  les  idiomes  dont  l'analogie  avec  les  langues- 
mères  pourrait  éclaircir  des  faits  historiques  ,  et  parti- 
culièrement les  émigrations  des  peuples.  » 

Ce  plan  se  rapproche  beaucoup  de  celui  que  nous 
exposons;  mais  le  nôtre  remplit  un  plus«grand  nombre 
d'indications. 

En  1789,  M.  le  chevalier  Voyo  de  Rigny  avait  pro- 
posé l'établissement  d'un  corps  national  et  militaire 
d'agriculture.  Ce  projet  reposait  sur  deux  observations 
que  nous  avons  admises  dans  nos  motifs  déterminans. 
L'une  avait  pour  objet  la  grande  quantité  de  landes  et 
de  friches  qui  sont  en  France  ;  l'autre,  le  désœuvrement 
funeste  des  troupes  pendant  la  paix.  M.  de  Rigny  com- 
posait sa  petite  armée  d'agriculteurs  militaires  ,  de 
5,572  soldats  travailleurs  ,  60  sergens  ,  60  caporaux  , 
60  sous-lieutenans  ,  autant  de  lieutenans,  autant  de 
capitaines.  Ce  corps  devait  être  commandé  par  un 
colonel-général  ,  prince  du  sang  ,  un  colonel-com- 
mandant, un  colonel  en  second,  huit  officiers  d'état- 
major;  il  aurait  eu  une  musique  formée  de  12  tam- 
bours et  de  60  musiciens. 

Le  personnel  de  cette  armée  ,  divisée  en  six  corps  , 
aurait  donc  été  de  5,955  hommes  ;  il  aurait  coû- 
té 4^000,000.  Mais,  l'auteur  du  projet  prouvait  que 
l'Etat  aurait  été  promptement  couvert  de  ses  avances 
et  aurait  fait  des  bénéfices  considérables.  Il  nous 
semble  qu'on  peut  obtenir  ces  grands  bénéfices,  en 
employant  moins  de  monde  et  plus  de  tems. 

Examinons  séparément  les  deux  bases  du  projet. 

Il  n'est  point  de  sol  qui  ne  comporte  un  genre  quel- 
conque de  productions  ;  pour  le  seconder,  il  ne  s'agit 
que  d'en  connaître  la  nature,  et  celle  des  semences  ou 
des  plantes  qui   lui  conviennent.   11  n'est  donc  aucun 


*r,6  PROJET 

mauvais  fonds  qu'une  culture  réfléchie  ,  l'examen 
même  des  plantes  et  des  arbres  qui  y  croissent  naturel- 
lement, des  engrais  et  quelques  mélanges  de  terre  ,  ne 
puissent  élever  à  la  qualité  du  meilleur  sol.  Tl  n'est 
pas  jusqu'à  des  roches  dont  un  cultivateur  intelligent 
ne  puisse  tirer  parti.  En  observant  ces  crevasses  où 
filtrent  des  eaux  chargées  de  sels  et  de  terres  grasses, 
il  verra  naître  et  prospérer  certaines  plantes,  et  parti- 
culièrement la  vigne,  sans  le  secours  d'aucun  effort 
humain. 

Or  ,  il  n'est  point  de  province  qui  n'offre  de  vastes 
terrains  que  n'a  point  ouverts  le  soc  de  la  charrue. 
M.  de  Rigny  n'en  excepte  pas  la  Normandie  elle-même, 
quoique  l'agriculture  y  paraisse  plus  florissante  que 
dans  les  autres  provinces  de  France. 

Arthur  Young  croit  que  le  cinquième  environ  de  la 
superficie  de  la  France  est  en  friches  ,  landes  ,  routes  , 
marais,  étangs  et  jachères.  D'autres  évaluent  les  ter- 
rains non  productifs  à  36  millions  d'arpens  (i).  Dans 
ce  nombre,  Chabert  dit  qu'il  y  a  plusieurs  millions 
susceptibles  d'excellentes  cultures  (p.).  11  faudrait  ,  dit 
cet  agronome  ,  dix  millions  par  an  ,  pendant  dix  ans  . 


(i)  Peuchefc,  dans  sa  Statistique ,  estime  qu'il  y  a  2o,Sj5,tf5o 
arpens  en  friche. 

(2)  Chabert  compte  les  friches  et  landes  connues  de  cette  ma- 
nière : 

En  Poitou.  200,000  arpens. 

Les  maraude  Bourgoin.  20,000 

de  Ponlhicu.  28,000 

de  Gournajr  et  Beauvais.  4»000 

de  Brêles,  en  BeauYoisis.  4>no° 

de  Saintongft.  3o,ooo 

— , di*  Nantes.  6,000 


D'INSTITUT   NOMADE.  257 

pour  mettre  tout  en  valeur  ;  après  dix  ans,  le  revenu 
serait  immense  :  mais  de  pareils  défrichemens  ,  des 
travaux  aussi  considérables ,  ne  peuvent  se  faire  par  des 
particuliers,  ni  même  par  des  compagnies  agricoles. 
Des  militaires  seuls  ,  semblables  aux  troupes  romaines 
qui  labouraient  les  terres  conquises  distribuées  par  la 
loi  agraire  ,  pourraient  mettre  en  culture  ces  landes 
immenses  ,  et  rendre  ces  déserts  fertiles.  Cette  idée 
de  M.  de  Rigny  a  été  reproduite  par  d'autres  écrivains, 
à  différentes  époques.  On  lit ,  dans  le  Journal  du  com- 
merce, de  politique  et  de  littérature  (n°  du  7  mars 
1818),  un  article  sur  les  défrichemens  parles  mili- 
taires. L'auteur  explique  ainsi  les  moyens  d'exécution  : 

«  Que  chaque  légion  départementale  soit  autorisée 
à  former  une  caisse  dont  les  fonds  soient  fournis  par  les 
officiers  qui  ont  de  la  fortune  et  par  les  fonctionnaires 
publics  du  département,  au  moyen  d'actions  dont  les 
intérêts  seraient  payés  à  cinq  pour  cent  par  an  ;  la  lé- 
gion achèterait  en  son  nom  une  portion  quelconque  de 
terres  incultes  parmi  celles  que  désignerait  le  ministère. 

»  Les  soldats  commenceraient  par  défoncer  le  meil- 
leur terrain  et  y  planter  les  principaux  légumes  ,  pour 
avoir  sous  la  main  et  en  abondance  une  partie  des 
vivres  nécessaires  ;  ils  formeraient  ensuite  des  pépi- 
nières d'arbres  propres  au  terrain  ,  que  l'on  planterait 


Les  marais  cffsigni  et  Carentan.  4°>000  arpens. 

de  Montbrison.  20,000 

Sur  les  bords  de  la  Méditerranée.  5o,ooo 

A  Ponteau ,  en  Brie.  1,000 

Les  lamles  de  Bretagne.  Sans  nombre. 

Les  landes  du  Bordelais.  a5  lieues. 

Les  friches  de  Saint- Quentin.  Sans  nombre. 


»58  PROJET 

à  mesure  qu'il  serait  en  état  de  recevoir  le  plan.  C'est 
ainsi  qu'en  peu  d'années,  et  presque  sans  frais,  la 
France  se  garnirait  de  nouvelles  forêts,  et  ne  crain- 
drait pas  de  long-lems  la  disette  de  bois  dont  on  l'a 
souvent  menacée. 

»  Quand  la  portion  de  terre  achetée  par  la  légion 
aurait  été  mise  en  pleine  valeur,  le  conseil  chargé  de 
présider  aux  opérations,  et  tous  les  actionnaires,  pour- 
raient la  vendre  pour  en  acquérir  d'autres.  Les  inté- 
rêts des  fonds  étant  payés,  et  la  première  mise  réservée, 
le  bénéfice  serait  partagé  entre  tous  les  individus  com- 
posant la  légion  ;  par  conséquent,  les  officiers  person- 
nellement intéressés  surveilleraient  les  travaux  avec 
zèle,  et  les  soldats  se  prêteraient  volontiers  à  des  oc- 
cupations (jui  tendraient  à  leur  assurer,  au  sortir  du 
service,  une  honnête  existence  (i).  » 

Comment  nos  soldats  ne  se  livreraient-ils  pas  à  un 
travail  qui  tournerait  à  leur  profit,  eux  que  l'on  a 
vus  ,  non-seulement  à  Boulogne,  mais  en  Egypte ,  en 
Italie  ,  en  Espagne,  en  Hollande,  où  presque  toujours 
ils  manquaient  de  pain  ,  se  plaire  à  élever  des  chau- 
mières, à  y  former  de  petits  jardins  ,  qu'ils  étaient  obli- 
gés d'abandonner  peu  de  jours  après!  (?.)  A  l'exemple 
des  phalanges  invincibles  des  Romains  ,  ils  iraient ,  des 

(i)  Nous  n'adoptons  pas  l'avis  «le  cet  autour,  relativement  au 
partagede8b4nefices.il  tant,  sans  doute,  que  la  soldat  ouvrier 
en  profite;  mais  c'est  mal  connaître  L'esprit  «1rs  soldats,  que  «le 
leur  taire  des  distributions  de  sommes  un  peu  fortes.  Cet  argent, 
«  'ils  le  dépensent  sur-le-champ,  est  toujours  mal  employé;  et  , 
s'ils  le  gardent,  ils  en  prennent  du  souci  et  deviennent  mauvais 
soldats:  donc,  point  de  sommes  distribuées  ;  mais  une  haute-pa  je 

pendant  la  durée  des  travaux. 

(a)    I  u  1809,  quand  une  partie  de  l'arnn V  Française,   apiès   la 


D'INSTITUT  NOMADE.  S$g 

travaux  de  la  campagne,  à  la  victoire,  et  de  la  vic- 
toire, préparer  aux  champs  de  nouveaux  triomphes. 
Ils  y  puiseraient  un  plus  grand  amour  de  la  patrie. 
Comme  l'a  fort  bien  dit  un  philosophe  ancien,  qui  fut 
peut-être  le  plus  grand  capitaine  de  son  siècle  (  Xéno- 
phon)  :  Les  gerbes  donnent  à  ceux  qui  Les  font  croître 
le  courage  de  les  défendre  y  elles  sont,  dans  les  champs, 
comme  un  prix  au  milieu  des  jeux  pour  le  vainqueur.  » 

Lorsque  Catherine  II  nomma  dix-huit  gentilshommes 
parmi  les  élèves  les  plus  distingués  de  son  école  mili- 
taire, pour  voyager  dans  les  différentes  cours  de  l'Eu- 
rope ,  dans  le  dessein  d'y  étudier  et  d'y  suivre  les  pro- 
grès de  la  civilisation,  ou  proposa  au  cabinet  de  Ver- 
sailles d'imiter  cet  exemple  utile;  mais  aucun  des 
projets  présentés  ne  renfermait  des  vues  aussi  étendues 
que  celles  qui  m'ont  dicté  le  plan  dont  je  vais  tracer 
une  esquisse  (ij. 

§  VI.  —  Composition  de  V Institut    nomade. 

Le  chef  de  cette  institution  serait  un  général  ,  pair 
de  France,  et,  s'il  se  pouvait,  membre  de  l'Institut 
national.  Il  aurait  un  conseil  permanent ,  composé  de 
dix  membres  ,  savoir  : 

bataille  d'Essling,  se  retrancha  dans  l îleLobau  ,  les  soldats  se  ba- 
raquèrentj  et  quoiqu'ils  s'attendissent  à  repasser  le  Danube  d'un 
moment  à  l'autre,  ils  bêchèrent  et  semèrent  quelques  planches 
de  terre ,  autour  de  leurs  baraques.  Quand  nous  traversâmes  cette 
île,  un  mois  après,  pour  aller  à  Wagram,  nous  vîmes  ces  petits 
potagers  où  poussaient  un  peu  de  salade  et  quelques  fleurs. 

(i)  Voyez  dans  la  Hev.  Eacycl. ,  T.  IV,  p.  289,  le  résume  d'un 
plan  présenté  au  premier  consul  Bonaparte,  pour  la  formation 
d'une  commission  enryclopi dique  et  d'une  légion* polytechnique , 
chargée  de  préparer  et  de  publier  des  tables  Otxnueliet  d    f  1 
lisation  comparée  sur  tous  les  point t  du  (flobt 


sGo  PROJET 

i°.  Un  secrétaire  gênerai  et  perpétuel  ,  garde  des 
archives,  chargé  de  la  rédaction  des  procès-verbaux, 
des    rapports  annuels  ,  et  de  la  correspondance. 

2°.  Ihi  physicien  géomètre  et  géographe,  connais- 
sant bien  la  mécanique,  l'hydraulique  et  la  technologie 
manufacturière. 

3°.   Un  chimiste  ,  bon  naturaliste. 

4®.   Un  minéralogiste,  ingénieur  et  métallurgiste. 

5°.   Un  agronome,  botaniste  et  vétérinaire. 

6°.   Un  médecin  ,  bon  physiologiste. 

7°.   Un  historien,  archéologue  et  antiquaire. 

8°.  Un  peintre,  sachant  dessiner  tous  les  genres. 

C)°.   Un  jurisconsulte  publiciste. 

io°.  Un  littérateur  sachant  les  langues  anciennes. 

Ces  dix  savans  auraient  le  titre  de  Conseillers-Pro- 
fesseurs. 

Il  y  aurait,  à  Paris,  une  commission  permanente 
composée  d'un  pareil  nombre  de  savans.  Cette  com- 
mission serait  présidée  par  un  conseiller  d'Etat.  Elle 
serait  chargée  de  rédiger,  sur  les  notes  et  observations 
envoyées  par  V Institut  nomade  ,  un  corps  d'ouvrage  , 
dans  le  genre  de  celui  de  la  Campagne  de  l'armée 
et 'Egypte ,  ou  un  grand  Tableau  statistique  et  pitto- 
resque de  la  France.  Elle  ferait  passer  au  conseil  de 
l'Institut  nomade  tous  les  Mémoires  imprimes  ou 
manuscrits  ,  toutes  les  instructions  utiles  qui  paraî- 
traient, les  instruinens  ,  modèles  ,  dessins  ou  plans  oui 
seraient  nécessaires  aux  voyageurs  ,  ainsi  que  les  graines 
et   autres  productions  bonnes  à  acclimater. 

Le  corps  d'élèves  ne  pourrait  excéder  deux  cents 
jeunes  gens  ,  Agés  au  moins  de  dix-huit  ans,  et  au  plus 
de    vingt-cinq.   Ils  seraient  à   la  nomination  du    Roi  , 


D'INSTITUT  NOMADE.  2G1 

sur  la  présentation  du  conseil  de  l'Institut  qui  forme- 
rait une  liste  triple  du  nombre  de  places  à  donner. 

Les  élèves,  nommés  par  le  Roi  ,  seraient  équipés  et 
nourris;  les  uns  aux  frais  du  gouvernement,  les  autres 
avec  demi-traitement  que  compléteraient  leurs  familles: 
quelques-uns  seraient  admis  à  leurs  frais,  comme  dans 
les  lycées  et  dans  les  écoles  militaires. 

Les  élèves  porteraient  un  costume  particulier ,  espèce 
d'uniforme,  conforme  à  leur  genre  de  vie.  Ils  voyage- 
raient à  pied  ,  sauf  les  cas  de  maladies. 

Pour  être  reçu  élève  ,  il  faudrait  avoir  fait  complè- 
tement ses  études  ,  avoir  suivi  des  cours  de  mathéma- 
tiques ,  de  physique,  d'histoire  naturelle;  savoir  le 
dessin  linéaire ,  et  avoir  une  santé  robuste. 

Les  élèves  pourraient  être  divisés  en  deux  ou  trois 
classes,  suivant  le  degré  de  mérite  dont  ils  auraient 
fait  preuve  au  concours  d'admission. 

Deux  corps  de  troupes,  attachés  à  l'Institut,  se- 
raient composés  d'un  bataillon  d'infanterie  ,  d'un  ou 
de  deux  escadrons  de  cavalerie,  avec  six  tambours  et 
douze  musiciens. 

Ces  deux  corps  seraient  sous  le  commandement  im- 
médiat du  général  président,  qui  s'entendrait  avec 
le  ministre  de  la  guerre  pour  les  augmenter  ou  les 
diminuer,  selon  les  besoins  de  l'Institut. 

11  y  aurait ,  à  la  suite  des  corps,  une  quantité  suf- 
fisante de  charrois  pour  porter  les  effets  de  campement 
des  troupes  ,  les  instrumens  nécessaires  à  l'Institut  et 
aux  travaux  des  soldats. 

L'état-major  du  général  se  composerait  de  trois  offi- 
ciers ,  dont  l'un  ferait  les  fonctions  de  secrétaire  parti- 
culier; le  second,  celles  de  trésorier-payeur  ;  ie  troi- 
sième serait  chargé   de   prévenir    les  autoritéf  locales 


a6a  PROJET 

de  l«i  marche  de  l'Institut ,  et  de  pourvoir  aux  appro- 

visioimemens  et  aux  logemcns. 

Le  général  président,  son  état-major,  et  les  conseil- 
lers professeurs,  voyageraient,  le  plus  qu'ils  pour- 
raient ,  à  pied  ou  à  cheval  ;  cependant ,  il  y  aurait  des 
voitures  pour  les  conduire  ,  ainsi  que  les  élèves  que  la 
fatigue  forcerait  au  repos. 

fl  serait  difficile  de  faire  marcher  simultanément 
l'Institut  et  les  corps  militaires  ,  parce  que  les  travaux 
d'observation  emploieraient  inoins  de  teins  que  ceux 
d'exécution.  L'Institut  proposerait  et  arrêterait  les  tra- 
vaux qui  seraient  confiés  aux  corps  militaires  ,  et  alors 
on  dirigerait  ,  sur  les  points  où  ils  devraient  s'exé- 
cuter, le  nombre  de  troupes  ou  les  ateliers  nécessaires. 
Les  soldats  stationnaires  opéreraient  sous  la  direction  de 
quelques  élèves  de  la  première  classe,  (jui  rejoindraient 
l'Institut  aussitôt  qu'ils  auraient  assuré  l'exécution  du 
plan. 

§   VIL  —  Itinéraire  de  V Institut  nomade. 

L'Institut  nomade  pourrait  parcourir  la  France  en 
six  ans.  Ce  tcms  suffirait  pour  l'instruction  des  élèves  ; 
mais  il  faudrait  environ  douze  années  d'observations  , 
d'expériences  et  de  perfectionnemens ,  c'est-à-dire  deux 
voyages  complets  de  l'Institut  ,  pour  que  le  gouverne- 
ment put  recueillir  les  avantages  immenses  qu'il  aurait 
droit  d'en  attendre. 

La  division  la  plus  naturelle  et  la  plus  commode  que 
nous  puissions  proposer!  est  celle  qui  partage  la  France 
en  neuf  régions  bien  distinctes 

lre  REGION  ,  du  Nord.  Klle  comprend  onze  départe-* 
iniMis  :  le  Pas-de-Calais ,  le  département  du  Nord,  ceux 
le  I'  \isue,  de  Seine,  de  Seine-et-Marne,  de  Seiu<-et-()i<e. 


D'INSTITUT  NOMADE.  ^63 

d'Eure-et-Loir,  d'Eure,  de  Seine-Inférieure ,  de  la 
Somme  et  de  l'Oise. 

jjme  R£GIONj  du  Nord- Est.  Elle  se  compose  de  dix 
départemens  :  les  Ardennes  ,  la  Meuse  ,  la  Moselle,  le 
Bas-Rhin,  le  Haut-Rhin,  les  Vosges,  la  Haute-Marne, 
l'Aube ,  la  Marne  et  la  Meurthe. 

\\\m*  Région  ,  de  l'Est.  Neuf  départemens  :  laCôte- 
d'Or  ,  la  Haute-Saône,  le  Doubs ,  l'Isère,  la  Loire, 
Saône-et-Loire ,  l'Ain,  le  Rhône  et  le  Jura. 

jyme  R£G10V  ^  du  Sud-Est.  Neuf  départemens  :  la 
Haute-Loire,  î'Ardéche  ,  la  Drôme,  les  Hautes-Alpes  , 
les  Basses-Alpes,  les  Bouches-du-Rhône  ,  le  Var,  le 
Gard  et  Vauciuse. 

Vme  Région,  du  Sud.  Dix  départemens  :  la  Corrèze , 
le  Cantal  ,  la  Lozère,  l'Hérault,  les  Pyrénées-Orien- 
tales, l'Aude,  le  Tarn  ,  le  Tarn-et-Garonne ,  le  Lot; 
et  l'Aveyron. 

yjme  Région,  du  Sud-Ouest.  Huit  départemens  :  la 
Gironde  ,  la  Dordogne  ,  le  Lot-et-Garonne ,  la  Haute- 
Garonne  ,  FArriège ,  les  Hautes-Pyrénées,  les  Landes 
et  le  Gers. 

VIIme  Région,  de  V Ouest.  jNeuf  départemens  :  la 
Loire-Inférieure,  Maine-et-Loire,  l'Indre-et-Loire  . 
la  Haute-Vienne,  la  Vienne,  la  Charente,  la  Cha- 
rente-Inférieure, les  Deux-Sèvres  et  la  Vendée. 

VIIIme  Région  ,  du  Nord-Ouest.  Neuf  départemens  : 
la  Manche,  leCalvados,  l'Orne,  la  Sarlhe,  la  Mayenne, 
le  Morbihan,  le  Finistère  ,  l«  s  Côtes-du-Nord  ,  l'Jlle- 
et-Vilaine. 

lXmc  Région  ,  du  Centre.  I  luit  déparlemens  :  leLoir- 
ct-Cher,  le  Loiret,  la  Nièvre,  l'Allier,  le  Puy-de- 
Dôme,   la  Creuze  ,   l'Indre  et  le   Cher. 

L'Institut  nomade    serait,  oblige    de   parcourir    une 


,r,\  PROJET 

région  et  demie  par  an.  La  première  année,  il  aurait 
quinze  départemens  à  visiter  ;  la  seconde  et  la  troisième 
année,  treize  et  demi  seulement;  mais  l'industrie  et 
l'agriculture  étant  plus  avancées  dans  les  départemens 
du  Nord  que  dans  les  autres  ,  vingt  à  vingt-cinq  jours 
doivent  su/lire  dans  ces  départemens  ,  quand  les  autres 
réclameront  un  mois. 

Maintenant  que  nous  avons  une  idée  précise  de  l'or- 
ganisation et  de  la  marche  de  V Institut  nomade  ,  sui- 
vons-le dans  ses  voyages. 

Il  se  rend  dans  un  département  et  se  dirige  vers  le 
chef-lieu  ,  après  avoir  prévenu  le  préfet  et  les  autori- 
tés. Là  ,  le  conseil  s'assemble;  il  expose  au  préfet  et 
aux  maires  le  but  et  les  moyens  de  l'Institut  ,  et  il 
prend  sur  le  département  tous  les  renseignemens  sta- 
tistiques qu'on  peut  lui  donner.  Alors,  le  travail  s'or- 
ganise et  se  distribue.  Le  conseil  se  sépare,  et  chacun 
des  conseillers  professeurs  part  avec  un  nombre 
d'élèves  ,  à  son  choix,  pour  examiner  les  différens  ob- 
jets qui  concernent  la  partie  qu'il  professe.  A  une  épo- 
que convenue,  tous  reviennent  au  chèf-lieu  ,  et  il  se  fait 
une  assemblée  générale  où  les  élèves  assistent.  Là,  cha- 
que conseiller  professeur  lit  un  rapport  sur  la  tour- 
née qu'il  a  failc.  Le  physicien  géomètre  rend  compte 
de  l'état  du  sol  ,  relativement  à  son  élévation  ,  au 
cours  des  rivières,  à  leur  force,  à  la  possibilité  d'y 
établir  des  usines;  Tl  présente  le  tableau  de  l'industrie 
manufacturière  et  indique  les  machines  que  l'on  pour- 
rait mettre  en  œuvre  ,  dans  ce  département,  pour  sou- 
lager les  bras  ;  les  communications  qu'on  pourrait 
établir,  soit  par  des  routes,  soit  par  fies  canaux,  pour 
faciliter  les  transports.  Il  offre  quelques  calculs  sur  la 
population  et.  les  produits:  il  fixe  l'attention  du  cou*- 


D'INSTITUT  NOMADE.  265 

seil  sur  les  constructions  rurales  et  urbaines.  L'archi- 
tecture  dans  les  campagnes  est  très-vicieuse.  Les  habi- 
tations ne  présentent  ni  salubrité  ,  ni  commodité.  La 
France  est  peut-être  le  pays  où  l'on  a  le  plus  négligé 
les  constructions  rurales.  C'est  un  objet  d'étonnement 
pour  la  plupart  des  étrangers  qui  voyagent  chez  nous, 
surtout  pour  les  Anglais  et  les  Allemands.  Le  chimiste 
ferait  connaître  les  productions  naturelles  ,  les  plantes 
usuelles,  et  celles  qui  sont  propres  aux  arts;  la  nature 
des  terres  et  des  pierres  ,  celle  des  eaux  et  des  sources 
minérales.  L'ingénieur  métallurgiste  rapporte  des  échan- 
tillons de  minerais.  Il  a  visité  les  carrières  ,  les  mines 
et  les  montagnes.  Il  trace  le  plan  géologique  du  dé- 
partement ;  il  indique  les  endroits  où  l'on  peut  faire 
des  fouilles  et  des  recherches  utiles  (i).  L'agronome 
expose  l'état  de  l'agriculture,  les  méthodes  adoptées 
dans  le  département,  et  les  réformes  dont  elles  sont 
susceptibles.  Il  a  vu  les  instrumens  aratoires  ,  les  va- 
riétés des  grains  cultivés,  les  races  des  animaux  de 
ferme  et  de  basse-cour.  Il  fait  sur  ces  objets  les  remar- 
ques qu'il  croit  utiles  ;  il  propose  des  expériences  pour 
acclimater  des  espèces  nouvelles,  pour  transplanter 
des  végétaux  exotiques.  Il  désigne  les  terrains  qu'il 
convient  de  défricher  ,  les  étangs  qu'il  est  avantageux 
de  dessécher  ,  ou  les  marais  qu'il  faut  convertir  en 
étangs.  Le  médecin  s'est  occupé  des  objets  de  salu- 
brité ,  soit  dans  les  villes,  soit  dans  les  campagnes  ;  il 

(i)  On  objectera  peut-être  que  tout  ce  qui  tient  aux  mines  et 
aux  carrières  a  sa  direction  particulière  qui  relève  du  ministre  de 
l'intérieur;  mais,  cette  direction  n'agit  pas  dans  le  même  but  que 
l'institut  nomade  ;  et  celui-ci,  qui  dépendrait  également  du  mi- 
nistère de  l'intérieur,  pourrait  adresser  au  directeur  des  mines  des 
notes  et  tics  observations  très  utiles  à  s;:  direction. 


a66  PROJET 

a  parcouru  les  hospices,  les  prisons,  les  hôpitaux  ;  il 
B  étudié  la  nature  du  climat  et  son  influence  sur  la 
santé  ;  il  Tait  part  de  ses  observations  hygiéniques;  il 
conseille  les  précautions  nécessaires  pour1  prévenir  les 
épidémies  et  les  épizooties.  L'historien  archéologue 
trace  l'histoire  des  monumens  que  renferme  le  dépar- 
tement, *'t  l'ait  la  description  de  ses  antiquités.  Le 
peintre  B  dessiné  les  plus  beaux  sites,  les  machines, 
les  modèles  et  les  productions  particulières  dont  le 
conseil  a  désiré  conserver  ou  transmettre  la  connais- 
sance. Le  publici.ste  met  au  jour  les  considérations  qu'il 
aura  puisées  dans  les  mœurs  des  habitans  ,  dans  leurs 
richesses  et  leurs  échanges,  dans  le  prix  de  la  main- 
d'œuvre  et  la  quantité  des  produits  comparés  à  la  con- 
sommation. Il  se  rend  compte  de  la  manière  dont  les 
lois  sont  exécutées  dans  le  département.  Enfin  ,  le  iil- 
témteur,  après  avoir  visité  les  écoles  ,  fait  connaître 
les  modifications  que  la  langue  française  éprouve  par 
les  idiomes  particuliers,  les  patois,  les  jargons  des 
provinces.  Il  en  cherche  l'origine  et  propose  les  moyens 
qu'il  croit  propres  à  les  détruire.  Il  fait  connaître  les 
ressources  que  présente  le  département  ,  soit  dans  les 
bibliothèques  qu'il  possède,  soit  dans  les  Sociétés  sa- 
vantes ou  littéraires  qui  peuvent  y  exister. 

Sur  ces  différons  rapports  ,  le  conseil  règle  les  tra- 
vaux que  L'en  doit  confier  aux  troupes,  ordonne  les 
léfricheoatns ,  les  fouilles,  l<-s  plantations,  les  d^ssi-- 
ttemens  ,  les  transports  de  terre  demandes  par  les 
conseillers  professeurs;  Pendant  ce  tems ,  lesétèveset 
quelques  professeurs  font  uue  excursion  dans  plusieurs 
communes  du  département  :  ils  visitenl  les  principales 
fermes  el   les  fabriques  les   moins  perfectionnées  ;  ils 

font  connaître  aux  agriculteurs  et  aux  artisans  les  non- 


D'JNSTITUT  NOMADE.  2C- 

,  elles  découvertes  ,  les  procédés  applicables  à  leur  état, 
[ls  font  des  expériences  pour  les  convaincre ,  et  tien- 
nent note  des  succès  qu'ils  ont  obtenus.  Ils  simplifient 
le  plus  qu'ils  peuvent  la  théorie.  Les  professeurs  distri- 
buent des  graines,  des  dessins,  des  instrumens  ,  ou 
des  modèles,  des  instructions  imprimées,  enfin  tout 
ce  qui  peut  tendre  à  une  amélioration  prochaine. 

Cette  seconde  tournée  terminée  à  jour  fixe  ,  le  conseil 
annonce  le  départ  de  l'Institut  pour  un  autre  départe- 
ment. La  veille,  une  assemblée  générale  et  publique, 
à  laquelle  assistent  toutes  les  autorités  ,  occupe  la  ma- 
tinée. Le  secrétaire-général  y  présente  le  tableau  som- 
maire des  observations  faites  par  l'Institut ,  et  le  soir 
une  fêle  simple  et  modeste  consacre  les  bienfaits  des 
sciences. 

§  VIII.  —  Instructions  préliminaires. 

Chaque  année,  avant  de  se  mettre  en  route ,  l'Ins- 
titut nomade  recevrait  de  la  commission  permanente, 
qui  résiderait  à  Paris  ,  des  instructions  sommaires  sur 
les  trois  régions  qu'il  doit  parcourir.  Ces  instructions 
porteraient  sur  les  points  les  plus  importans  à  observer. 
Pour  donner  une  idée  ,  et  non  un  modèle  de  ce  genre 
d'instruction,  examinons  rapidement  une  des  régions 
querinstitutnomadedoitparcourir,  la  première  année. 

Messieurs,  pourrait-on  dire  au  conseil  voyageur, 
vous  allez  visiter,  cette  année,  les  régions  du  nord, 
du  nord-est  et  de  l'est  de  la  France.  Les  onze  départe- 
mens  qui  composent  la  première  de  ces  régions,  vous 
offrent  des  observations  importantes  à  vérifier.  Vous 
devez  d'abord  vous  rendre  à  Arras.  On  estime  l'éten- 
due territoriale  du  département  du  Pas-de-Calais ^  à 
447  lieues  carrées  ,  et  sa  population  à  570,000  indi- 
vidus.  Il  s'est   formé  de  l'ancienne  province  d'Artois  . 


■tW  PROJET 

du  Calaisis  et  du  Boulonnais.  Vous  vous  demanderez 
la  raison  qui  engage  les  habitans  du  -Pas-de-Calais  à 
brûler  de  la  tourbe  et  du  charbon  de  terre  ,  quand  ce 
département  possède  109,3 1 1  arpens  de  bois.  Ce  pays  est 
fertile  en  grains  ,  et  l'on  y  cultive  assez  bien  les  arbres 
fruitiers*  On  y  voit  quelques  carrières  de  marbre  com- 
mun de  Sergues  ,  de  pierre  blanche  ,  dile  de  marquise, 
de  terre  de  pipe.  On  y  cultive  le  houblon  ,  les  plantes 
oléagineuses  et  les  plantes  textiles  ,  surtout  le  lin.  11  est 
utile  d'y  bien  observer  les  procédés  de  rouissage  et  de 
filature  ,  soit  à  la  main  ,  soit  à  la  mécanique.  La 
pèche  maritime  y  fournit  le  hareng,  le  merlan  ,  le 
maquereau,  le  turbot,  la  raie,  etc.  Ne  pourrait-on 
établir,  sur  les  cotes  ,  une  fabrique  de  colle  de  poisson? 
On  y  remarque  des  verreries,  des  manufactures  de 
porcelaine  et  de  fer- blanc.  Ces  différentes  fabriques 
y  sont-elles  à  la  hauteur  des  connaissances  actuelles? 
trouve-t-on,  dans  le  département,  le  kaolin  et  le  pétunsé 
nécessaires  à  la  fabrication  de  la  porcelaine,  ouïes 
tire-t-on  du  département  de  la  Haute- \  ienne? 

Le  département  du  Nord  a  un  des  meilleurs  sols  de 
la  France.  Il  a  :\oq  lieues  carrées,  et  sa  population  est 
de  880,000  individus.  Pendant  votre  séjour  à  Lille  , 
vous  aurez  occasion  de  visiter  les  fabriques  de  toiles 
fines,  de  batistes,  de  dentelles.  Il  y  a  dans  ce  dépar- 
tement des  savonneries  ,  des  tanneries  .  des  raffineries 
de  sucre;  des  manufactures  d'étoiles  de  laine,  de  tapis- 
series, de  nankin.  On  y  fait  un  assi  1  grand  commerce 
d'huile  de  Colza  ,  de  navette',  <le  lin.  On  compte,  dans 
ce  département-,  1 10, 1 1 3  arpens  <!<•  bois,  la  culture 
de  la  betterave  V  prospérerait.  On  pourrait  y  intro- 
duire quelques  graines  oléagineuses  qui  n'y  sont  pas 
connues.  Les  carrières  de  marbre,  les  eaux  minérales 


D'INSTITUT  NOMADE.  269 

et  les  boues  minérales  doivent  fixer  l'attention,  ainsi 
que  les  forges  de  Hayon  ,  de  Landrissart,  et  les  cendres 
fossiles  dont  on  se  sert  pour  engrais. 

Le  département  de  V Aisne  n'est  pas  moins  fertile: 
le  vin  que  l'on  y  fait ,  dans  la  partie  méridionale  ,  n'est 
pas  bon  ,  et  il  est  possible  d'y  améliorer  les  vignes.  La 
race  de  mouton  y  est  médiocre  ;  on  peut  la  rendre 
meilleure. 

Vous  chercherez  à  quelle  cause  est  due  la  supériorité 
des  haricots  et  des  artichauts,  dans  ce  pays.  Vous 
y  trouverez  à  peu  près  les  mêmes  fabriques  que  dans 
le  département  du  Nord;  des  brasseries,  des  huileries, 
de  belles  filatures.  Vous  examinerez  comment  les  cen- 
dres de  tourbe  pyriteuse ,  appelées  cendres  noires , 
agissent  dans  les  terres  où  on  les  met  comme  engrais. 
Les  fabriques  de  St. -Quentin  faisaient  environ  pour 
i5  millions  ,  par  an  ,  de  batistes  et  de  linon  ;  on  n'en 
fait  que  le  quart  aujourd'hui.  Quelle  peut  être  la  cause 
de  cette  diminution?  Vous  visiterez  la  belle  manufac- 
ture de  glaces  de  St.-Gobin  ,  qui  occupe  1200  ouvriers  ; 
la  fabrique  de  sulfate  de  fer,  établie  à  Urcel ,  et  des 
papeteries  près  de  Laon.  La  population  du  département 
de  V Aisne  est  de  443, 000  individus  ,  répartis  sur 
492  lieues  carrées.  On  y  compte  217,517  arpens  de 
bois. 

Le  département  de  Seine-et-Marne  donne  une 
grande  quantité  de  blé.  Il  renferme  d'rxcellens  pâtu- 
rages ;  mais  Ton  n'y  fait  qu'une  espèce  de  fromage, 
et  c'est  un  des  pays  où  l'art  du  fromager  pourrait  être 
le  mieux  exercé.  Ce  serait  le  cas  d'y  répandre  des  ins- 
tructions sur  les  différentes  manières  d'y  traiter  le  lait. 
On  trouve  dans  ce  département ,  des  manufactures  de 
verre  à  vitres,  de  toiles  peintes,  de  porcelaine  et  de  po- 

TOME    VI.  M) 


2^o  PROJET 

terie  anglaise;  de  belles  papeteries  ;  des  tanneries,  une 
belle  aciérie  à  Soupes,  canton  de  Nemours,  et  des  fabri- 
ques de  meules  à  moulin.  Son  étendue  territoriale  est  de 
3o5  lieues  carrées  ,  et  sa  population  de  3o4,ooo  indi- 
vidus. Cette  population  est  trop  disséminée  ;  il  est  vrai 
que  l'on  y  compte  i5o,393  arpens  de  forets  et  de  bois. 

Le  département  de  la  Seine  pourrait  être  négligé 
par  l'Institut  nomade,  parce  qu'il  est  censé  parfaite- 
ment connu  ,  qu'il  est  le  centre  des  lumières  et  de 
toutes  les  ressources  ;  cependant ,  si  l'autorité  désirait 
que  l'on  en  fît  une  topographie  exacte,  l'Institut  pour- 
rait s'en  occuper. 

Le  département  de  Seine-et-Oise  ,  fertile  en  grains  , 
en  fourrages  et  en  fruits,  fournit  aux  approvisionne- 
mens  de  Paris.  On  y  nourrit  beaucoup  de  bestiaux ,  et 
l'on  y  fait  d'excellent  beurre.  Le  vin  qu'on  y  récolte, 
est  très-médiocre  ;  celui  d'Argenteuil  s'est  amélioré 
depuis  quelques  années ,  et  celui  d'Andrezy ,  qui  a 
toujours  été  fort  agréable,  prouve  que  l'œnologie  peut 
faire  des  progrès  dans  cette  partie  de  la  France.  Sa 
statistique  ,  comparée  à  celle  des  autres  départemens, 
peut  éclairer  sur  les  causes  et  les  moyens  de  prospé- 
rité. Il  n'a  que  38i  lieues  carrées  ;  sa  population  est 
de  43i,ooo  habitans.  On  y  compte  i56,7i5  arpens  de 
bois.  Il  y  a  de  belles  et  nombreuses  carrières  de  pierres 
à  bâtir,  de  craie,  de  grès  et  de  plâtre.  La  lithologie 
de  ce  département  est  importante  à  connaître.  On  ne 
s'est  pas  encore  occupé  de  l'exploitation  des  tourbières 
qui  existent  dans  le  bassin  de  la  rivière  d'Essonne.  Les 
fabriques  et  manufactures  y  sont  nombreuses  ;  celles 
de  Jouy  ,  de  Versailles  ,  de  Sèvres  ,  de  Mcudon  ,  méri- 
tent un  examen  particulier. 

Le  département  à' Eure-et-Loir  est  très  remarqua- 


D  INSTITUT  NOMADE.  271 

ble  ,  par  la  quantité  et  la  qualité  du  froment  qu'on 
y  récolte.  Il  y  a  peu  de  manufactures  dans  le  pays 
chartrain  ;  elles  se  bornent  à  la  draperie  commune  ,  à 
la  bonneterie  et  à  la  tannerie.  La  navigation  intérieure 
augmenterait  les  richesses  de  ce  pays ,  si  l'on  exécutait 
le  projet  de  jonction  du  Loir  avec  l'Eure.  Ce  départe- 
ment a  402  lieues  carrées  ;  sa  population  est  de  266,000 
individus.  On  n'y  compte  que  90,349  arpens  de  bois. 

Le  département  de  Y  Eure  possède  de  bons  pâturages. 
On  y  récolte  une  grande  quantité  de  chanvre  et  de  lin. 
Ses  forges  de  fer  fournissent  beaucoup  de  boulets,  de 
bombes,  et  des  ustensiles  de  cuisine  en  fonte.  Les  draps 
de  laine,  et  les  toiles  que  l'un  y  fabrique  ,  ont  de  la 
réputation.  Les  tanneries  y  sont  belles.  On  peut  encore 
citer,  parmi  les  manufactures  de  Y  Eure ,  les  fabriques 
d'épingles  de  Rugles  ,  qui ,  avec  celles  de  Y  Aigle 
(  Orne  ) ,  sont  les  seules  en  France  de  ce  genre  ,  et 
dont  les  produits  ont  quelquefois  soutenu  la  compa- 
raison avec  ceux  des  fabriques  anglaises.  A  la  vérité, 
elles  sont ,  depuis  deux  ans  ,  tombées  dans  un  état  de 
décadence,  dont  il  serait  intéressant  de  rechercher 
les  causes.  La  culture  de  la  gaude  ,  pour  teinture,  et 
celle  du  chardon,  pour  le  lainage  des  draps,  ont  réussi 
près  du  Vaudreuil.  Ce  département  a  435  lieues  carrées; 
sa  population  est  de  422,000  individus  ;  on  y  compte 
192,531  arpens  de  bois. 

Le  département  de  la  Seine-Inférieure  est  très  im- 
portant à  étudier ,  sous  le  rapport  de  la  richesse  du  sol , 
et  de  son  industrie  qui  est  d'une  activité  supérieure, 
et  d'une  plus  grande  variété  que  partout  ailleurs.  Les 
herbages  d'une  excellente  qualité  permettent  d'élever 
des  bestiaux  de  la  plus  belle  race  ,  des  chevaux  ,  des 
moutons.  Les  beurres  et  les  fromages  y  sont  exceliens. 

■9* 


•7*3  PROJET 

On  n'y  récolte  point  de  vins  ;  niais  le  cidre  et  le  poiré 
doivent  y  fixerl'attention  des  chimistes.  La  bonneterie, 
les  draps,  les  toiles,  les  étoffes  de  coton,  la  tannerie, 
les  verreries,  la  chapellerie,  les  raffineries,  la  faïen- 
cerie, les  filatures  de  toutes  sortes  occupent  les  bras 
que  n'emploie  pas  l'agriculture.  La  pêche  maritime  y 
fournit  des  poissons  en  abondance.  Le  parcage  des  huî- 
tres doit  être  étudié  ,  sous  le  rapport  de  l'hygiène.  Le 
commerce  de  ce  département ,  soit  comme  exportation  , 
soit  comme  entrepôt ,  est  considérable.  Son  étendue  ter- 
ritoriale est  de  3()5  lieues  carrées  ;  sa  population  ,  de 
643,ooo  individus.  On  y  compte  l 'j^S^S  arpens  de  bois. 

Le  département  de  la  Somme  est  un  pays  de  grandes 
cultures  ,  fertile  en  grains ,  en  lin  ,  chanvre  ,  houblon  , 
colza  ,  navette  ,  gaudes  ,  rabettes  ,  etc.  Ses  fabriques 
nombreuses  d'étofies  de  laine,  de  tapisseries,  de  mé- 
rinos ,  de  toile  de  coton  ,  de  siamoises  ,  de  toiles  de 
chanvre  et  de  lin,  donnent  à  ce  département  un  grand 
mouvement  commercial.  Son  territoire  est  de  401 
lieues  carrées  ,  et  sa  population  ,  de  49^,000  individus. 
Il  y  a  1 12,732  arpens  de  bois. 

Le  département  de  Y  Oise  produit  beaucoup  de  ble  . 
de  chanvre  ,  de  lin  et  de  navette.  On  y  élève  plus  de 
volailles  que  dans  les  départemens  voisins.  On  y  fabri- 
que de  petites  étoffes  de  laine, et  coton  ,  ou  de  laine  et 
fil  ,  des  toiles  peintes,  de  la  dentelle  ,  de  la  poterie,  et 
surtout  des  éventails.  Il  est  intéressant  de  rechercher 
pourquoi ,  dans  ce  département  ,  l'industrie  s'est  portée 
sur  des  objets  de  peu  de  valeur  ,  et  qui  ne  demandent 
que  de  faibles  capitaux.  L'étendue  du  département  de 
Y  Oise  est  de  383  lieues  carrées  ;  sa  population  est  de 
384,ooo  individus,  et  l'on  y  compte  177,31 5  arpens  de 
bois. 


D'INSTITUT  NOMADE.  a73 

Ces  instructions  sommaires  ne  sont  ici  qu'indiquées  ; 
celles  du  conseil  permanent  renfermeraient  sans  doute 
tout  ce  qui  est  relatif  à  la  population  ,  à  la  nature  du 
sol  et  des  climats ,  aux  rapports  qu'ils  ont  entre  eux  , 
à  tous  les  genres  d'industrie  et  d'améliorations,  au 
progrès  des  bonnes  méthodes  ,  à  la  connaissance  des 
découvertes  ,  à  toutes  les  branches  de  l'économie 
rurale  et  domestique ,  et  à  tous  les  détails  statistiques. 

§  IX.  —  Défrichemens  militaires. 
Les  Sociétés  d'agriculture  ont  proposé  souvent  au 
gouvernement   l'établissement    de   fermes    nationales 
d' expériences  et  de  fermes  départementales  qui  pus- 
sent servir  de  modèles  aux  agriculteurs.  Les  essais  que 
l'on  a  tentés  ont  toujours  été  encourageans.  L'Institut 
nomade  pourrait  créer  ces  fermes  sur  les  terrains  dé- 
frichés par  les  troupes ,  et  une  partie  de  ces  domaines 
pourrait  être  donnée  aux  corps  militaires  agriculteurs. 
De  cette   manière,  la  France   verrait   disparaître  les 
landes,   les  friches,  les  déserts;  son  produit  agricole 
serait  augmenté  d'un  cinquième  ,  et  le  soldat  français 
trouverait  le  prix  de  son  courage  dans  la  propriété  du 
sol  qu'il  aurait  défendu.  Cet  apperçu  est  fondé  sur  la 
facilité,   la  promptitude  et  l'économie  avec  lesquelles 
des  troupes  bien  commandées  peuvent  défoncer,  dé- 
fricher, féconder  des  champs  et  faire  des  mélanges  de 
terre  ,  ce  que  les  particuliers  ne  peuvent  exécuter  qu'à 
grands  frais.  Ainsi  les  landes  de  Bordeaux,  les  friches 
de  Bretagne,  les  marais  de  Sologne,  les  plaines  craieu- 
ses  de  la  Champagne,  peuvent  être  rendus  à  l'agricul- 
ture ,  en  très  peu  de  tems  ,  à  peu  de  frais ,  si  des  troupes 
les  labourent,  les  sèment  ,  les  plantent,  et  si  des  corps 
de  cavalerie  y  campent,  en  y  laissant  tous  leurs  fu- 
miers. 


2;4  PROJET 

Pendant  qu'une  partie  des  troupes  défricherait  une 
étendue  assez  considérable  pour  former  une  ferme , 
une  autre  partie  des  mêmes  troupes  pourrait  cons- 
truire ,  sous  la  direction  d'un  ingénieur  civil ,  et  d'une 
manière  économique  (en  pisé,  par  exemple),  les  bâ- 
limens  d'exploitation.  Cette  ferme  ,  munie  des  instru- 
mens  aratoires,  serait  louée  par  le  Gouvernement,  au 
profit  du  corps  agricole,  ou  ce  corps  pourrait  choisir 
dans  son  sein  un  fermier  ,  auquel  on  ferait  les  avances 
nécessaires.  Enfin  ,  on  choisirait  le  parti  le  plus  avan- 
tageux pour  faire  de  ces  terres  défrichées  des  récom- 
0  penses  militaires. 

M.  de  Rigny,  dans  son  projet  des  régimens  agricul- 
teurs ,  fait  valoir  quelques  considérations  qui  s'appli- 
quent parfaitement  à  notre  système.  «  Quand  des  ca- 
pitalistes ,  dit-il  ,  dans  la  vue  de  doubler  leurs  fonds  , 
se  sont  réunis  pour  exécuter  quelque  vaste  projet,  il 
est  presque  toujours  arrivé  que  leurs  agens  subalternes 
(même  ceux  de  la  dernière  classe) ,  ne  trouvant  qu'un 
intérêt  faible  et  précaire  au  succès  de  l'entreprise , 
supposant  d'ailleurs  à  leurs  riches  commettans  une 
avidité  insatiable,  qui  ajoute  au  sentiment  de  leur 
propre  misère,  ont  procédé  à  l'exécution  avec  tant 
«l'indolence  que  le  projet  ne  pouvait  manquer  d'é- 
chouer. »  L'auteur  fait  sentir  ensuite  l'avantage  d'em- 
ployer des  soldats  pour  les  grands  défrichemens  ,  sur- 
tout si  l'on  choisit  dans  l'armée  ces  fils  de  cultivateurs 
qui  se  sont  exercés  dès  l'enfance  à  tous  les  travaux  de 
la  campagne.  Voyez  ces  mêmes  hommes  retourner 
ensuite  dans  les  camps  et  manœuvrer  devant  l'ennemi  ' 
«  Qu'on  juge  de  la  force  qu'ils  déploieraient  dans  les 
différentes  opérations  qui  leur  seraient  confiées.  Ha- 
bitués à  vivre  au  sein  de  la  terre  comme  dans  leur  élé- 


D'INSTITUT  NOMADE.  a:5 

nient,  qui  saurait  mieux  ouvrir  une  tranchée,  com- 
bler un  fossé  ,  diriger  une  mine  à  travers  les  rochers 
les  plus  durs  ?  Quelle  troupe  pourrait  se  vanter  de 
manier  le  sabre  ou  la  hache  avec  autant  de  vigueur 
que  le  soldat  agricole  ?  »  Quelle  est  la  vie  de  nos  mi- 
litaires dans  leurs  garnisons  ?  Cette  funeste  oisiveté , 
dont  on  connaît  les  suites  ,  n'ôte-t-elle  pas  aux  âmes 
toute  leur  énergie  ?  Est-il  possible  de  croire  qu'après 
avoir  passé  des  années  entières  dans  un  état  d'inertie  , 
exposés  à  tout  ce  qui  provoque  le  libertinage  et  l'in- 
tempérance ,  ils  porteront  au  camp  cette  ardeur  qui  a 
si  souvent  décidé  de  la  victoire?  Le  soldat  cultivateur, 
au  contraire  ,  ne  verra  dans  ses  exercices  militaires 
qu'une  sorte  de  délassemens. 

En  rendant  les  corps  militaires  propriétaires,  et  les 
individus  qui  les  composent  agriculteurs  ,  on  prendra 
le  vrai  moyen  d'améliorer  le  moral  du  soldat,  et  de  le 
détourner  pour  toujours  de  cet  esprit  de  gaspillage  et 
de  destruction  auquel  il  s'abandonne  si  facilement  en 
campagne  ,  malgré  les  ordres  du  jour,  les  proclama- 
tions et  les  exécutions  prévotales.  Le  soldat  français 
est  peut  -  être  plus  enclin  que  tout  autre  à  cette 
espèce  de  désordre  ;  avec  des  iclees  de  propriété ,  il 
aura  des  idées  d'ordre  et  de  conservation  ,  et  l'on  ne 
verra  plus  chez  l'ennemi ,  et  souvent  chez  nous-mêmes 
ou  chez  nos  alliés,  une  escouade  de  douze  hommes 
démolir  une  maison  ,  en  brûler  les  débris  pour  faire 
cuire  un  boisseau  de  pommes-de-terre  ,  et  disperser  ou 
détruire,  avant  de  décamper,  tout  ce  qu'elle  n'aura 
pas  pu  consommer. 

Aussitôt  qu'il  se  pourra  ,  on  formera  une  ferme  na- 
tionale de  cinq  cents  arpens  de  terre  défrichée. 

Arrivée  sur  le  terrain  ,  la  troupe  agricole  commen- 


rfi  PROJET 

cera  par  y  camper  ;  elle  fera  un  arpentage  exact  pour 
apprécier  et  répartir  le  travail  par  subdivision  ou  es- 
couade. Le  terrain  serait  subdivisé  ,  de  manière  à  pou- 
voir planter  cent  cinquante  arpens  de  bois,  dont  cent 
seraient  rais  en  taillis,  et  cinquante  destinés  à  croître  en 
futaie.  Dans  quelques  cantons,  cette  dernière  partie  de 
bois  serait  semée  d'herbages.  Partout  ,  il  ne  serait  mis 
en  vergers  qu'un  très-petit  nombre  d'arpens  ;  3oo  ar- 
pens seraient  exploités  comme  terres  labourables  ,  di- 
visées par  pièces  de  dix  arpens  ,  parfaitement  closes  et 
entourées  d'arbres  fruitiers.  A  l'égard  des  vignobles  ,  la 
nature  du  sol  porterait  le  Conseil  à  adopter  une  autre 
division  ;  mais  ,  autant  que  ce  même  sol  et.  le  climat 
le  permettraient  ,  on  laisserait  toujours  subsister  le 
tiers  de  la  ferme  en  terres  labourables  (i). 

Une  telle  ferme  pourrait  être  louée  ,  même  au  com- 
mencement ,  5,ooo  francs  de  rente. 

En  admettant  que  ,  dans  les  terrains  les  moins  in- 
grats,  le  corps  d'agriculture  établît,  par  an,  cent  de 
ces  nouvelles  fermes  (  à  soixante  ouvriers  défricheurs, 
par  chacune  d'elles),  les  travaux  d'une  année  créeraient 
un  capital  de  10  millions  et  un  revenu  de  5oo,ooo  fr. 
Vingt  années  de  ce  régime  mettraient  deux  mille  fer- 
mes en  valeur,  et  un  capital  de  deux  cents  millions 
dans  les  coffres  de  la  nation  ;  mais  ,  si  l'on  calcule  main- 
tenant le  produit  de  toutes  ces  fermes,  pendant  les 
vingt  années,  on  verra  qu'elles  auront,  réalisé  en  reve- 

(0  I*es  grands  tr;iv.ui\  serait  nt  cw-eu'es  par  le  plus  ^r.nul 
nombre  possible  de  soldats,  pour  employer  moins  de  teins, 
mais,  après  avoir  défriché!)  planté,  enclos  le  terrain  de  fossés 
ou  de  haies,  lait  les  b&timens  d'exploitation  et  les  canaux  «Técou- 

lement,  les   troupes  n«    laisseraient   qu'une  e-e0uade  à  résidence 
pour  les  premiers  travaux  do  culture 


D'INSTITUT  NOMADE. 


ai 


Ta 


nus  la  somme  de  quatre-vingt-quinze  millions.  Quelles 
richesses  et  quels  moyens  de  récompenses  ! 

Dans  les  seuJs  domaines  du  roi  ,  il  y  a  plus  de  sept 
millions  d'arpens  qui  ne  produisent  rien  ,  et  qui  pour- 
raient (à  5,ooo  fr.  la  ferme  de  5oo  arpens),  produire 
70,000  fr.  par  an.  Il  suffit,  pour  s'en  convaincre,  de 
parcourir  seulement  les  environs  de  Paris  ;  on  verra 
que  sur  l'Anti  près  Chanteloup  ,  dans  les  paroisses  de 
Vauxréal,  Pierrelay,  les  Champeaux  ,  les  Berceaux,  au- 
dessus  de  Montmorency,  le  grand  et  le  petit  Val,  le 
Plessis-Picqoet ,  les  environs  du  parc  de  Versailles,  de 
Marly,  de  Saint-Germain,  et  d'Orgeval ,  on  pourrait 
établir  au  moins  cinquante  nouvelles  fermes.  Quelle 
prodigieuse  quantité  de  denrées  de  tout  genre,  enle- 
vées jusqu'à  ce  moment  à  la  subsistance  des  habitans 

de  Paris  ! 

RÉSUMÉ. 

L'Institut  nomade  aurait  donc  trois  buts  bien  dis- 
tincts : 

i°.  Augmentation  de  richesses  territoriales,  et  moyen 
d'améliorer  le  sort  du  soldat  ,  en  l'occupant  pendant 
la  paix  ; 

2°.  Propagation  rapide  et  sûre  des  lumières;  appli- 
cation directe  des  inventions  et  découvertes  ,  moyen  de 
régulariser  et  d'accélérer  l'opération  du  cadastre  ,  et 
d'obtenir  Un  tableau  de  statistique  générale  ; 

3°.  Instruction  propre  à  former  des  administrateurs 
et  des  hommes  d'Etat.  En  effet ,  qu'on  réfléchisse  un 
moment  à  l'immensité  des  connaissances  acquises  par 
un  élève  intelligent  qui  aura  visité  toute  la  France,  au 
milieu  des  savans  ,  et  sans  rencontrer  aucun  obstacle  ; 
qui  aura  vu  le  peuple  industrieux  et  le  peuple  agricole  ; 
qui  aura  comparé  les  différens  sols,  les  différentes  pitH 


a58  PROJET 

vinces  ;  qui  aura  parcouru  et  étudié  toutes  les  sources 
des  richesses  naturelles  et  commerciales  ;  qui  aura 
suivi  dans  toutes  ses  branches  les  progrès  de  la  civilisa- 
tion, et  reconnu  ce  qui ,  dans  les  mœurs  ,  les  habitudes 
ou  les  préjugés,  s'oppose  à  la  propagation  des  lumières. 
Que  peut-on  désirer  de  plus  ;  et  où  trouvera-t-on  de 
bons  préfets  ,  de  bons  chefs  d'administration,  de  bons 
ministres  ,  si  ce  n'est  dans  l'Institut  nomade?  Heureux 
le  père  de  famille  qui  pourrait  y  placer  son  fils  ! 

Cette  esquisse  ne  peut  donner  qu'une  faible  idée  de 
cette  institution,  à  laquelle  se  rattacheraient  toutes 
celles  qui  ont  pour  but  l'instruction  publique.  Ce  n'est 
qu'en  réfléchissant  long-tems  sur  les  effets  qu'elle  doit 
avoir  ,  sur  son  influence  physique  et  morale  ,  que  l'on 
appréciera  les  avantages  immenses  qui  doivent  en  ré- 
sulter. Il  est  encore  beaucoup  de  questions  à  résoudre  , 
beaucoup  de  points  à  développer  ,  pour  compléter  l'or- 
ganisation de  l'Institut  nomade  ;  mais  nous  n'avons 
voulu  tracer  que  l'ensemble  ;  et  si  ce  premier  aperçu 
faisait  concevoir  la  possibilité  de  l'exécution  ,  il  serait 
facile  de  remplir  le  cadre.  Le  conseil  central  et  perma- 
nent tracerait  la  marche  de  l'Institut,  pour  qu'il  fît 
le  moins  de  chemin  possible,  inutilement;  il  réglerait 
le  mode  de  voyager  et  de  séjourner,  dans  l'hiver;  il 
déciderait  le  costume,  le  régime  et  la  discipline  des 
élèves;  il  pourvoie  rai  t  an  renouvellement  des  troupes 
agricoles,  lorsque  l'Institut  aurait  assigné  des  travaux 
au  corps  militaire  qui  doit  l'accompagner;  il  présen- 
terait au  Gouvernement  un  devis  de  la  dépense  né- 
cessaire pour  fonder  cette  institution,  des  honoraires 
•  les  conseillers-professeurs,  et  des  pensions  des  élèves 
boursiers. 

La  commission  permanente  de  Paris  publierait  une 


D'INSTITUT  NOMADE.  s:o 

relation  périodique  des  opérations  de  l'Institut  nomade, 
en  prenant  soit  la  forme  d'un  journal ,  soit  celle  d'un 
rapport. 

Supposons  la  France  en  possession  de  fait,  comme 
elle  l'est  de  droit ,  de  toutes  les  libertés  que  lui  assure 
la  Charte,  et  des  institutions  salutaires  qui  doivent  en 
découler  ;  alors,  nous  dirons  aux  hommes  d'État  char- 
gés de  veiller  à  ses  destinées  :  Considérez  les  services  im- 
portans  que  les  savans  qui  voyagent,  ont  rendus  depuis 
un  demi-siècle.  Si  Pallas  ,  Humboldt,  Bonpland  ont  fait. 
Faire  tant  de  progrès  aux  sciences  naturelles,  en  par- 
jurant les  pays  étrangers;  si  les  membres  de  l'Institut 
l'Egypte  près  du  Nil  ;  si  Andréossi ,  sur  les  rives  du  Bos- 
phore, Alexandre  La  Borde  en  Espagne  ,  Biot,  Gingem- 
bre ,  Huzard  fils  et  Darcet,  Charles  Dupin  et  Dutems 
en  Angleterre ,  ont  recueilli  tant  de  matériaux  utiles; 
combien  d'observations  précieuses  ne  doit-on  pas  atten- 
dre de  savans  Français  ,  voyageant  en  France  ,  avec  un 
but  déterminé  ,  ettout  l'appuiqueleur  donnerait  l'auto- 
rité? Bientôt,  nous  aurions  un  tableau  de  la  France, 
considérée  géologiquement;  bientôt,  nous  connaîtrions 
toutes  les  variétés  de  son  sol  ,  de  son  climat  et  de  ses 
productions  ;  les  méthodes  perfectionnées  seraient  par- 
tout adoptées,  les  inventions  connues  et  appliquées. 
3n  verrait  disparaître  les  landes  ,  les  friches  et  les 
gruyères;  on  verrait  s'éteindre  la  mendicité;  les  pro- 
priétaires seraient  encouragés  à  planter  et  à  défri- 
jher  ;  on  ne  se  plaindrait  plus  de  la  fainéantise  et  de 
l'oppression  des  militaires  pendant  la  paix;  une  ému- 
lation fréquemment  excitée  s'entretiendrait  entre  les 
agricul leurs  ,  les  manufacturiers  et  les  autorités 
ocales  ;  les  richesses  minéralogiqucs  seraient  véri- 
fiées et  augmentées  ;    la   navigation    intérieure  serait 


«8o  PROJET  D'INSTITUT  NOMADE, 

perfectionnée ,  et  les  collections  départementales  de- 
viendraient des  monumens  ou  s'accumuleraient  les 
preuves  de  notre  industrie  et  de  nos  connaissances; 
enfin,  des  communications  ,  des  leçons  et  des  corres- 
pondances multipliées,  donneraient  plus  d'uniformité 
à  la  langue  française,  et  détruiraient  peu  à  peu  les 
accens  et  les  différences  bizarres  de  patois  ou  d'idiomes. 
Si  Ton  considère  les  grands  défrichemens  comme  des 
colonisations;  si  l'on  confie,  par  exemple,  les  nou- 
velles fermes  de  la  Bretagne  à  des  cultivateurs  auver- 
gnats, celles  des  landes  de  Bordeaux  à  des  Normands, 
et  celles  de  la  Sologne  ou  du  Berry  à  des  Picards,  les 
langages  s'altéreront  en  se  confondant,  et  l'instruc- 
tion élémentaire  trouvera  plus  de  facilité  à  faire  adop- 
ter les  locutions  régulières,  la  bonne  prononciation  et 
les  principes  de  la  grammaire. 

Il  y  a  quinze  ans  que  j'ai  conçu  ce  projet.  Je  ne  l'ai 
point  publié  sous  l'empire  ,  quoiqu'il  me  parût  conve- 
nir au  génie  eutreprenant  de  l'homme  extraordinaire 
qui  gouvernait  ;  mais  ,  parce  que  je  ne  voulais  pas  aug- 
menter la  force  d'un  pouvoir  absolu.  Je  le  présente 
aujourd'hui,  parce  que  nous  pouvons  jouir,  si  nous 
le  voulons,  d'une  juste  mesure  de  liberté  ;  parce  que 
les  prétentions  féodales  et  sac -erdotales  ,  quelque  au- 
dacieuses et  entreprenantes  qu'elles  pu  isseal  rire,  n'ont 
pas  encore  rendu  mon  plan  impraticable  ,  el  qu'il  peut 
atténuer  la  funeste  influence  des  divers  obstacles  qui 
s'opposent  au  libre  développement  de  l'industrie  et  de 
la  prospérité  publique. 

C.  L.  Cadet  de  Gassicolrt. 


28 1 

VW«/WWVW»'WVWWWVVV»'WVVWWWWW 

NOTICE 

Sur  V exposition  annuelle  des  produits  des  manufactures 
rojales  de  porcelaim:s  de  Sèvres,  de  tapisseries  des 

Gobelins  et  de  Beauvais ,  et  de  tapis  de  la  Savonnerie. 

Cette  exposition  a  eu  lieu  au  Louvre ,  selon  l'usage , 
dans  la  galerie  d'Apollon  ,  depuis  le  27  de'ceinbre  1819 , 
jusqu'au  6  janvier  1820.  Les  produits  les  plus  dignes  de 
l'intérêt  des  connaisseurs,  sous  le  rapport  des  arts  du 
dessin  ,  et  que,  par  ce  motif,  j'examinerai  plus  parti- 
culièrement, sont  ceux  de  la  manufacture  de  Sèvres. 

Ces  produits,  de  plusieurs  natures,  peuvent  être 
classés  ainsi  qu'il  suit  :  d'abord ,  des  ustensiles  de  por- 
celaine (1),  destinés,  en  apparence,  à  des  usages  ordi- 
naires et  journaliers ,  mais  qui ,  par  l'élégance  de  leurs 
formes  et  la  manière  précieuse  et  riche  dont  ils  sont 
ornés  ,  deviennent  de  véritables  objets  de  luxe  et  de 
curiosité;  ensuite,  des  vases  et  d'autres  ornemens  se 
rapprochant  des  productions  de  la  sculpture  ,  tous  dé- 
corés ,  avec  une  grande  munificence,  de  ce  que  la  pein- 
ture et  la  dorure  peuvent  offrir  de  plus  somptueux  ; 
enfin,  des  tableaux  sur  porcelaine ,  qui  forment  une 
classe  toute  particulière  et,  sans  contredit,  la  plus 
importante  et  la  plus  curieuse. 

(1)  On  faisait  autrefois  à  Sèvres  deux  sortes  de  porcelaine:  la 
porcelaine  dure,  et  la  porcelaine  tendre  Cette  dernière,  plus  lé- 
gère et  plus  transparente,  a  été  abandonnée,  parce  qu'elle  alté- 
rait la  santé  et  abrégeait  la  vie  des  ouvriers  qui  la  fabriquaient. 
Si  Ton  s'en  rapportait  à  cette  foule  d'itinéraires  qui  se  disputent 
le  droit  de  conduire  les  étrangers  dans  les  environs  de  Paris,  on 
ferait  encore  à  Sèvres  de  cette  porcelaine  tendre,  dont  la  fabri- 
cation a  cessé  depuis  plus  de  dix  ans. 


rï82  IN0T1CE  SUR  L'EXPOSITION 

Je  crois  que ,  relativement  à  la  fabrication  ,  nous 
n'avons  plus  à  envier  aux  peuples  de  l'Asie ,  que  la  lé- 
gèreté et  la  ténuité  de  leurs  ustensiles  ;  à  cet  égard  , 
nous  ne  sommes  pas  encore  parvenus  à  les  égaler.  Mais  , 
sous  le  rapport  de  la  beauté  des  formes  et  de  la  richesse 
des  ornemens  ,  surtout ,  nous  les  avons  surpassés. 

Les  produits  de  la  manufacture  de  Sèvres  offrent 
un  exemple  frappant,  à  l'appui  de  ce  que  je  disais  dans 
l'introduction  du  compte  rendu  de  l'exposition  des  ta- 
bleaux (i)  :  «  que  les  arts  industriels  sont  un  miroir 
fidèle  de  l'état  des  arts  du  dessin.  »  On  peut  voir  en- 
core, à  Sèvres,  des  objets  manufacturés  du  tems  où  les 
Bouclier,  les  Vanloo  brillaient  au  premier  rang  ;  qu'on 
les  compare  à  ceux  que  l'on  fabrique  maintenant! 
Ceux-ci  ont  cette  simplicité  de  formes  dont  les  anciens  , 
nos  maîtres  en  tout,  ne  s'écartaient  jamais,  et  sans 
laquelle  il  ne  peut  y  avoir  ni  grâce,  ni  beauté  dans 
les  arts;  ceux-là  sont  tourmentés ,  contournés,  et  n'of- 
frent aucune  trace  d'élégance,  ni  dans  la  forme,  ni 
dans  les  ornemens. 

Une  chose  digne  de  remarque  ,  c'est  que  ,  dans  le 
même  tems  ou  le  mauvais  goût  le  plus  décidé  dirigeait 
la  fabrication  à  Sèvres  ,  les  artistes  et  les  ouvriers  de 
cette  manufacture  avaient  sous  les  yeux  une  superbe 
collection  de  vases  grecs  ,  nommés  étrusques  ;  mais  on 
ne  les  regardait  même  pas.  11  fallut  qu'il  survînt  une 
révolution  complète  dans  1rs  arts  du  dessin  ,  dont  le 
premier  effet  fut  le  retour  à  l'étude  de  V antique  et  des 
monumens  de  la  Grèce  et  de  Rouir  ,  échappés  au  ra- 
vage  des   tems,    pour   faire    enfin   reconnaître   qu'on 


(i)Voj.T.  lV,pag.353. 


DES  PRODUITS  DES  MA1NUFACT.  ROYALES.  283 
avait ,  sous  la  main,  des  modèles  parfaits  (i).  Le  direc- 
teur actuel  de  cette  manufacture  a  fait  reproduire  en 
porcelaine  plusieurs  de  ces  vases  grecs,  dont  on  a  fait 
des  théières,  des  vases  à  glaces,  des  pots  à  crème,  etc. , 
et  tout  le  monde  a  paru  satisfait  de  cette  idée. 

On  trouve  encore  ,  au  moins  c'est  mon  opinion  ,  une 
trace  de  ce  mauvais  goût  dans  le  décor  des  grands 
vases  dont  les  formes  sont  en  général  très  belles.  Quoi  ! 
des  cartels  ,  des  encadremens  sur  des  formes  tour- 
nantes! c'est  fatiguer  l'œil  à  plaisir.  Les  fonds  de  ciels, 
les  paysages  font  tache  sur  ces  vases  ;  les  encadremens 
en  altèrent  la  forme  ;  enfin  ,  il  est  impossible  de  voir 
les  figures  peintes  dont  i!s  sont  ornés.  Si  je  considère 
un  vase  de  dix-huit  pouces  de  diamètre,  ce  qui  est 
déjà  une  dimension  exL  ordinaire  ,  la  plus  grande 
partie  de  la  surface  que  je  puisse  envisager,  ne  va  pas 
au-delà  de  u. .  '  pouces.  Alors  l'ensemble  du  sujet  re- 
présenté, ou  rnên.  d'une  seule  figure  ,  m'échappe  ;  je 
n'en  puis  voir  toutes  les  parties,  que  successivement, 
en  tournant  la  tête  tantôt  à  droite  ,  tantôt  à  gauche  ; 
et  la  difficulté  de  voir  se  trouve  encore  augmentée  par 
la  manière  dont  le  jour  glisse  sur  une  surface  vernie  et 
polie,  comme  est  celle  de  la  porcelaine,  ce  qui  fait 
disparaître  entièrement  les  plans  fuyans. 

M.  Leguay,  qui  a  peint  un  vase,  forme  Médicis, 
d'une  proportion  inférieure  à  celle  que  je  viens  d'indi- 
quer, a  imaginé  de  représenter  les  hommages  que  les 
differens  états  de  la  société  rendent  à  la  vertu.  Ou  voit , 

(i)  C'est  un  fait  qui  devra  trouver  sa  place  dans  l'histoire  gé- 
nérale de  l'art.  C'est  ainsi,  qu'au  moyen  .1^e,  Les  écrivains  élég&ns 
de  l'antiquité  étaient  délaissés  et  remplacés  par  des  auteurs  dont 
le  nom  seul  est  maintenant  à  peine  connu. 


•284  NOTICE  SUR  L'EXPOSITION 

tout  de  suite,  que  le  peintre  a  cherché  un  sujet  où  cha-  • 
que  figure  pût  être  considérée  isolément  ;  mais  cette 
nécessité  même  laisse  fort  peu  de  champ  à  l'imagina- 
tion ;  et  si  cette  composition  s'adapte  bien  à  l'objet 
auquel  elle  était  destinée  ,  elle  ne  satisfait  pas  le  goût 
sous  les  rapports  les  plus  importans.  Je  crois  que  les 
objets  de  cette  nature  ne  comportent ,  comme  orne- 
mens  de  peinture  ,  qu'une  ou  deux  figures  ,  selon  la 
dimension  du  vase  ,  sveltes  et  appliquées  sur  le  fond 
même  ;  conséquemment ,  point  de  ciels  ,  ni  âe  paysages  ; 
et  ce  que  l'on  pourrait  faire  de  mieux,  peut-êlre,  serait 
de  se  borner  à  les  enrichir  d'ornemens.  ,1e  sais  que  les 
anciens  ont  peint  des  figures  isolées ,  et  même  des 
sujets  ,  sur  des  vases  ;  mais  ce  n'étaient  que  des  indi- 
cations appliquées  sur  une  surface  mate,  se  détachant 
presque  toujours  sur  un  fond  plus  vigoureux  ,  et  dans 
lesquelles  on  ne  cherchait  pas  à  imiter  la  nature  d'une 
manière  complète. 

Je  passe  maintenant  aux  tableaux  sur  porcelaine 
exécutés  par  Mmc  Jaquotot  et  MM.  Georget  et  Cons- 
tantin. 

Ici  le  manufacturier  disparaît,  pour  ainsi  dire,  et 
l'on  ne  voit  plus  que  le  peintre.  Cependant  ,  le  rôle  du 
manufacturier  est  encore  fort  important  C'est  de  lui 
que  l'artiste  reçoit  la  plaque  de  porcelaine  sur  laquelle 
il  a  peint  son  tableau  ,  et  les  couleurs  qu'il  a  em- 
ployées; et  c'est  lui  qui  est  eharg<;  de  soumettre  au 
l'eu  ses  productions.  Ces  trois  conditions  n'ont  pas  en- 
core atteint  toute  la  perfection  nécessaire.  La  cuisson 
•urtout,  la  plus  importante  de  toutes,  puisqu'elle  peut 
détruire  en  un  instant  le  fruit  d'un  long  travail  ,  n'est 
pas  encore  mesurée  avec  la  précision  désirable.  La  py- 
rotechnie  devra  beaucoup  augmenter  la  certitude  de 


DES  PRODUITS  DES  MANUFACT.  ROYALES.  285 
ses  procédés  ,  avant  que  les  peintres  sur  porcelaine  soient 
sans  inquiétude  ,  lorsqu'on  livre  leurs  ouvrages  à  Fac- 
tion dévorante  du  feu. 

Mme  Jaquotot ;  dont  la  supériorité  dans  ce  genre  est 
reconnue  par  tous  ceux  qui  font  autorité  ,  a  exposé 
une  copie  du  tableau ,  connue  sous  le  nom  de  Portrait 
du  Titien  et  de  sa  maîtresse ,  par  le  Titien.  Les  gens 
instruits  savent  maintenant  que  ce  tableau  ,  dont  il 
existe  deux  répétitions  ,  avec  des  variétés  plus  ou  moins 
notables,  indiquées  dans  une  notice  que  M.  Ticozzi  a 
publiée  à  Venise ,  en  1816  ,  représente  réellement 
Alphonse  Ier,  duc  de  Ferrare  ,  et  Laura  Bianti. 

Mme  Jaquotot  a  exécuté  cette  copie  avec  un  talent 
digne  des  plus  grands  éloges.  Il  me  paraît  impos- 
sible qu'elle  se  surpasse  elle-même,  à  l'avenir;  cepen- 
dant, comme  avec  elle,  il  est  dangereux  de  dire:  nec 
plus  ultra,  je  me  bornerai  à  rapporter  que  tous  les 
connaisseurs  ont  témoigné  une  grande  admiration  à 
la  vue  de  ce  nouvel  ouvrage.  La  poitrine  est  modelée 
avec  une  finesse  remarquable  ;  les  parties  de  la  tête  qui 
reçoivent  la  lumière  ,  et  celles  qui  sont  dans  la  demi- 
teinte,  sont  liées  avec  beaucoup  d'art  ;  lestons  de  chair 
sont  d'une  vérité  et  d'un  éclat  qu'il  semblait  impossible 
d'atteindre;  enfin,  les  accessoires  sont  peints  avec  une 
grande  habileté.  L'ensemble  de  cet  ouvrage  est  tel 
qu'on  peut  affirmer  qu'il  reproduit,  tout  à  la  fois,  la 
couleur  et  le  dessin  du  maître,  et  qu'il  peut,  à  beau- 
coup d'égards,  remplacer  l'original.  Voici  donc  encore 
un  des  plus  beaux  tableaux  de  l'école  d'Italie,  déjà 
bien  altéré  par  l'effet  du  tems  ,  et  couvert  de  repeints , 
que  Mmc  Jaquotot  a  soustrait  à  une  destruction  totale 
plus  ou   moins  éloignée. 

Les  amis  des  Arts  n'ont  point  oublié  la  vive  sensation 

TOME   \  T.  '10 


286  NOTICE  SUR  L  EXPOSITION 

qu'ils  éprouvèrent,  à  la  vue  du  tableau  de  M.  Gros, 

représentant  François  Ier    et    Charles  -  Quint    visitant 

l'église  de  Saint- Denis.  M.    Georget  s'est    chargé  de 

le  copier  sur  porcelaine  ,  et  il  s'en  est  acquitté  avec 

habileté. 

C'était  une  entreprise  qui  offrait  plusi°urs  sortes  de 
difficultés.  D'abord  ,  il  fallait,  s:>us  le  rapport  de  la 
couleur,  se  tenir  le  plus  près  po ;  ble  de  l'original. 
Ensuite,  c'était  la  première  fois  que  l'on  tentait  de 
reproduire  sur  porcelaine,  et  dans  une  certaine  di- 
mension, un  tableau  contenant  un  grand  nombre  de 
figures  sur  des  plans  très  différens.  Si  toutes  ces  diffi- 
cultés n'ont  pas  été  entièrement  vaincues  ,  au  moins 
M.  Georget  s'est  assez  approché  du  but  pour  donner 
une  heureuse  opinion  de  sou  talent;  toutefois  ,  je  vais 
lui  faire  quelques  observations  que  je  crois  fondées, 
et  qui  prouveront  le  soin  que  j'ai  mis  à  examiner  son 
travail. 

Je  trouve  que  la  télé  de  François  1er  n'a  pas  toute 
la  finesse  qu'a  su  lui  donner  M.  Gros  ;  celle  de  Charles- 
Quint  est  plus  près  de  l'original.  Les  figures  placées 
dans  les  tribunes  viennent  trop  en  avant  ;  plusieurs  au- 
tres offrent  de  la  crudité  de  tons.  Le  personnage  qui  a 
déjà  descendu  quelques  marches  de  l'escalier  qui  con- 
duit aux  caveaux  ,  est  d'une  couleur  lourde  et  fausse. 
A  ces  remarques  ,  qui  ne  sont  pas  sans  importance  ,  j'en 
ajouterai  quelques  autres  d'un  ordre  inférieur.  11  m'a 
paru  que  la  fumée  qui  sort  de  l'encensoir  manquait 
de  légèreté  et  de  vérité  ;  les  vétemens  de  soie  blanche 
laissent  aussi  quelque  chose  à  désirer  ;  et,  cependant  , 
cette  copie  ,  dans  son  ensemble  ,  rend  assez  bien  l'effet 
général  du  tableau  ;  elle  a  de  l'aspect,  et  c'est  avoir 
beaucoup  fait. 


DES  PRODUITS  DES  MANUFACT.  ROYALES.  287 
Lorsqu'en  rendant  compte  de  la  dernière  exposition 
de  tableaux  ,  je  conseillais  à  M.  Constantin  de  copier 
les  coloristes  (1)  ,  je  ne  m'attendais  pas  que  mon  vœu 
serait  aussi  prompternent  réalisé.  Ce  peintre  a  repro- 
duit un  tableau  du  Corrège ,  nommé  le  Mariage  de 
mainte  Catherine. 

Je  ne  puis  m'empêcher  de  dire  qu'il  n'a  pas  vu  son 
original  avec  enthousiasme  ,  et  que  même  il  a  exagéré 
dans  sa  copie  l'aspect  jaunâtre  qui ,  dans  cet  original , 
est  un  outrage  du  tems.  J'avais  déjà  remarqué,  par- 
ticulièrement à  la  dernière  exposition,  la  tendance  de 
ce  j>eintre  à  donner  à  ses  tableaux  la  couleur  que  je 
viens  de  lui  reprocher  ;  et  cette  copie  du  Corrège  m'a 
convaincu  que  c'est  un  système  qu'il  a  adopté ,  puis- 
que là,  où,  dans  le  tableau  du  Corrège,  il  y  avait 
des  tons  gris  ,  j'ai  trouvé  dans  sa  copie  des  tons  jau- 
nâtres. Je  dois  reconnaître  néanmoins  que  M.  Cons- 
tantin a  su  trouver  de  grandes  ressources  dans  les 
couleurs  de  la  porcelaine ,  et  qu'il  a  beaucoup  d'exé- 
cution. 

Parmi  les  autres  productions  de  la  manufacture  de 
Sèvres  ,  j'ai  remarqué  une  fort  belle  console  ,  soutenue 
par  des  balustres  peints  en  bleu  lapis  et  surmontés 
d'une  frise  ornée  de  peintures  et  d'attributs.  Ce  meuble, 
d'une  grande  magnificence,  n'offrait  de  prise  à  la  cri- 
tique que  dans  la  saillie  ,  trop  petite ,  du  marbre  ser- 
vant de  corniche  ,  qui  le  recouvrait.  Une  table ,  d'une 
très  grande  dimension  (2) ,  dont  le  tableau  recouvert 
d'une  glace  était  orné  de  peintures  représentant  des 

(1)  Voy.  T.  V,pag.  277. 

(2)  Le  plateau  de  cette  table,  d'un  seul  morceau,  a  1  mètre 
8  centimètres  de  diamètre. 

20* 


>bS  îNOTiCK  8UK  L  EXPOSITION 

vues  des  salles  des  Antiques,   où  l'on  a  introduit  des 

personnages  vivans,   a  paru   fixer  aussi  l'attention  du 

public. 

Si  j'osais  ,  je  dirais  encore  que  c'est  un  mauvais  em- 
ploi de  peinture.  Que  faire  d'une  table  couverte  de  pein- 
tures précieuses,  mais  que  l'on  ne  peut  voir  qu'à  travers 
une  glace?  Ce  ne  peut  être  qu'un  objet  de  curiosité; 
dans  ce  cas,  j'aimerais  mieux  que  le  talent  qui  a  été 
employé  à  peindre  cette  table,  l'eût  été  à  faire  des 
tableaux,  qu'on  pourrait  au  moins  voir  à  son  aise. 

Il  me  reste  à  parler  des  ouvrages  de  haute-lice ,  au 
premier  rang  desquels  il  faut  incontestablement  placer 
les  tapisseries  des  Gobelins. 

Ce  genre  de  décor,  qui  a  été  long-terns  fort  en  hon- 
neur dans  les  pays  septentrionaux,  et  qui  tenait  lieu 
des  peintures  à  fresque  de  l'Italie,  a  été  remplacé  par 
des  tentures,  moins  riclies  à  la  vérité,  mais  peut-être 
plus  agréables  ,  et  à  coup  sûr  moins  ci.ires.  Cepen- 
dant, il  faut  avouer  que.  dans  nos  climats  froids, 
c'était  un  fort  bon  usage  que  de  couvrir  les  murs  d'é- 
toffes de  laine  ,  dont  quelques-unes  étaient  richement, 
travaillées  ;  mais,  la  mode,  devant  laquelle  toutes  les 
considérations  disparaissent ,  les  a  rejetées  de  l'usage 
ordinaire.  Toutefois  les  tapisseries  des  Gobelins  font 
exception  ;  et ,  dans  l'état  de  perfection  où  elles  sont 
récemment  parvenues,  elles  forment  un  des  plus  beaux 
ameublemens  que  l'on  puisse  employer  pour  les  palais 
royaux. 

Considérées  sous  le  rapport  de  l'ail  ,  0t  <•  ans  le  but 
,«\owé  d'imiter  les  effets  de  la  peinture  à  l'huile,  elles 
donnent  lieu  à  une  controverse  assez  vive.  Les  uns  di- 
>t'tii  qu'indépendamment  de>  a\  Mfiftgi  •  '{u'elles  offrent 
Comme  tenture,  elles  peuvent,  dans    l'état  de  perfec- 


DES  PRODUITS  DES  MAMJFACT.  ROYALES.  agg 
tion  où  elles  sont  arrivées,  tenir  lieu  de  tableaux.  Ils 
ajoutent  même  que  les  objets  représentés  par  la  tapis- 
serie peuvent  être  vus  de  toutes  les  parties  de  la  salle 
où  ils  sont  exposés,  tandis  que  la  surface  lisse  et  vernie 
des  tableaux  à  l'huile  exige  que  l'on  se  mette  exacte- 
ment au  point  de  vue. 

D'autres  ,  sans  nier  ces  avantages  ,  objectent  que  l'on 
arriverait  plus  constamment  à  un  résultat  qui  ne  lais- 
serait rien  à  désirer ,  si ,  au  lieu  de  chercher  à  imiter 
la  nature  d'une  manière  complète,  on  se  bornait  à  in- 
diquer la  forme. 

Je  me  range  à  cette  dernière  opinion  que  j'essaierai 
de  justifier,  en  rappelant,  d'abord,  que  les  Italiens  ont 
fait  aussi,  du  tems  de  Raphaël  et  sur  les  dessins  de  ce 
maître  (i)  ,  des  tapisseries  très  précieuses  que  l'on  con- 
serve encore  au  Vatican  ,  et  que  l'on  ne  montre  au  pu- 
blic qu'une  fois  l'an  ;  mais  ils  n'ont  employé  que  le 
nombre  de  couleurs  nécessaire  pour  donner  du  relief 
aux  figures,  et  ils  n'ont  pas  essayé  de  faire  illusion 
sous  le  rapport  de  la  couleur. 

Les  deux  principaux  objets  exposés  cette  année  me 
fourniront  le  second  exemple.  C'étaient  la  copie  du 
P/erre/deM.5VeM£e/2,etcelleduportraitdeS.  A.  R.  Mon- 
sieur ,  par  Gérard.  Ce  dernier  ouvrage  était  peu  satis- 
faisant, tandis  que  la  copiedu  tableau  de  M.  Steuben  ren- 
dait avec  assez  de  vérité  l'effet  général  de  ce  tableau. 
Cette  différence  de  résultats  n'est  pas  difficile  à  expli- 
quer. Dans  le  premier  de  ces  deux  ouvrages,  la  tapis- 
serie avait  à  reproduire  des  couleurs  vives,  tranchées, 
et  c'est  là  où  elle  excelle.  Dans   le  second,    il   fallait 


\)  C'est  ce  que  l'on  nomme  les  Carions  Je  Raphaël. 


3go  NOTICE  SUR  L'EXPOSITION,  etc. 

qu'elle  imitât  des  tons  de  chair  fins  ,  délicats,  habile- 
ment fondus  ,  et  elle  a  échoué  ,  parce  qu'il  est  impos- 
sible de  fournir  à  un  ouvrier  en  tapisserie  toutes  les 
nuances  qu'un  peintre  ,  comme  M.  Gérard  ,  sait  trouver 
sur  sa  palette. 

J'ai  peu  de  chose  à  dire ,  sous  le  rapport  de  l'art ,  des 
tapis  de  la  Savonnerie  ;  je  me  bornerai  à  remarquer 
que  les  couleurs  employées  dans  les  ornemens  man- 
quaient de  vivacité  et  d'harmonie  ,  quoique  le  dessin 
en  fût  assez  élégant.  A  la  vérité,  on  disait  que  les 
principaux  ouvrages  de  cette  manufacture  avaient  été 
mis  en  place  avant  l'époque  de  l'exposition.  Quant 
aux  tapisseries  de  Beauvais ,  elles  offraient  un  éclat 
de  couleurs  très  surprenant.  J'ai  distingué,  entre  au- 
tres, une  portière  sur  laquelle  il  y  avait  des  ornemens 
dont  la  disposition  pourrait  peut-être  donner  lieu  à 
quelque  critique  ,  mais  dont  l'exécution  est  certaine- 
ment ce  que  j'ai  vu  de  plus  remarquable  dans  ce  genre. 
Les  fleurs  étaient  modelées  avec  autant  de  finesse,  de 
fermeté  et  de  précision,  que  si  elles  avaient  été  faites  à 
l'huile  par  un  pinceau  très  habile. 

P.  A. 


* WVWVW  i\n  VVVVVVVVVVVV\A.VV\A^\A,VVV\\VVVVVVVVV\/VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV 

II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Essai  philosophique  sur  les  Phénomènes  de  la. 
vie,  par  sir  Th.  Ch.  Morgan,  membre  de  la 
Société  royale  de  Médecine  de  Londres  ,•  traduit 
de  T anglais  sous  les  yeux  de  V auteur  9  avec  des 
corrections  et  des  additions  (ij. 

Les  corps  organisés  et  vivans  forment  la  plus  belle 
moitié  de  notre  univers;  et  par  suite,  la  physiologie, 
qui  traite  des  phénomènes  de  ces  corps ,  doit  occuper 
un  des  premiers  rangs  parmi  les  sciences  naturelles. 
Long-tems  cette  science  fut  dédaignée  des  gens  du 
inonde;  et  tandis  que  la  physique ,  par  exemple,  cette 
étude  des  phénomènes  les  plus  généraux  de  notre  globe , 
attire ,  depuis  plus  d'un  siècle  ,  leur  curiosité  ,  et  éveille 
leur  imagination,  il  n'y  a  qu'un  petit  nombre  d'an- 
nées qu'ils  connaissent  seulement  de  nom  la  physiolo- 
gie ou  la  science  des  corps  vivans. 

Quel  intérêt  puissant  est  néanmoins  attaché  à  l'étude 
de  cette  science!  Les  phénomènes  des  corps  vivans  ne 
sont  pas  moins  merveilleux  que  ceux  qui  se  mani- 
festent entre  les  élémens  généraux  de  notre  globe  ,  et 
qui  règlent  les  rapports  des  substances  minérales  entre 
elles.  Plusieurs  même  sont  encore  plus  étonnans;  tous 
les  phénomènes  de  la  sensibilité,  par  exemple,  qui, 
sans  contredit,  sont  les  plus  incompréhensibles  et  les 

(i)  Paris,  1819;  1  vol.  in-8°  de  4;5  Pag-  Chez  P.  Dufart ,  li- 
braire ,  quai  Voltaire,  n°  19. 


^  SCIENCES  PHYSIQUES. 

plus  admirables.  Tous  sont  d'ailleurs  très  rapprochés 
de  nous  ,  puisqu'ils  se  produisent  en  nous-mêmes  ;  et  à 
ce  dernier  titre,  la  physiologie  est  véritablement  la 
seule  science  capable  de  nous  faire  pénétrer  le  mystère 
de  notre  existence.  Elle  seule  ,  éclaircissant  notre  na- 
ture, peut  donner  des  bases  solides  à  ce  qu'on  appelle 
Vhygïene ,  ou  l'art  de  conserver  la  santé,  soit  appliqué 
à  l'individu  isolé  et  dans  sa  vie  privée,  soit  appliqué 
aux  hommes  réunis  en  société  ,  et  formant  des  corps 
de  nation.  Elle  seule  ,  étudiant  dans  toute  leur  profon- 
deur, et  avec  une  attention  soutenue,  les  facultés  de 
notre  esprit  et  de  notre  cœur,  peut  fonder  Yidrologie, 
ou  la  science  de  l'entendement  humain  ,  et  poser  les 
règles  de  la  morale,  ou  de  nos  rapports  sociaux  avec 
les  autres  hommes.  A  l'aide  de  son  flambeau  ,  l'homme 
s'affranchit  de  mille  superstitions  civiles ,  politiques  et 
religieuses,  qui  toutes  sont  plus   ou  moins  déshono- 
rantes, et  versent  sur  sa  vie  de  nombreuses  douleurs. 
Par  elle,  enfin ,  il  peut  parvenir ,  sinon  à  se  traiter  lui- 
nieuie  dans  ses  diverses  maladies  ,  au  moins  à  se  garan- 
tir des   dangereux  charlatans  que  ses  infirmités  ras- 
semblent  en   foule    autour   de    lui  ,    et    à    bien    juger 
l'influence  d'un  art  qui ,  pour  être  souvent  impuissant  . 
et  presque   toujours  d'une  application   di/ïicile,   n'en 
est  pas  moins  réel  et  d'une  utilité  incontestable. 

Combien  n'est-il  donc  pas  h  désirer  que  la  science 
de  la  physiologie,  qui  est,  à  proprement  pnrler,  la 
science  de  l'homme  lui-même,  devienne  de  plus  en 
plus  générale,  et  que  ie  goùl  s'en  répande  dans  toutes 
les  classes  de  la  société,  comme  s'est  déjà  répandu 
celui  de  toutes  les  antres  icicucci  naturelles.  C'est  ce 
but  ({ne  s'est  proposé  sir  Morgan,  par  la  composition 
de  l'ouvrage  dont,  nous  allons  occuper  nos  lecteurs;  et 


SCIENCES  PJfïSIQUES.  a93 

nous  pouvons  dire  ,  par  avance,  que,  si  cet  ouvrage  ne 
suffit  pas  pour  leur  donner  une  connaissance  entière 
de  la  9cience  qu'on  veut  leur  faire  étudier,  au  moins 
il  est  bien  propre  à  leur  en  faire  comprendre  toute  l'é- 
tendue, et  à  la  leur  faire  aimer. 

Ce  qu'il  fallait  d'abord,  c'était,  sans  contredit,  de 
bien  caractériser  l'être  vivant ,  et  d'indiquer  ses  diffé- 
rences d'avec  les  autres  corps.  C'était  là ,  en  effet ,  isoler 
de  tout  autre  le  corps  dont  on  se  propose  de  faire  l'his- 
toire,  et  bien  spécifier  son  sujet.  Aussi  est-ce  par-là 
qu'a  commencé  sir  Morgan,  dans  le  premier  chapitre 
de  son  ouvrage  ,  intitulé  du  Caractère  et  des  Causes  de 
la  Combinaison  organique.  Dans  tout  corps  naturel  , 
quel  qu'il  soit,  il  y  a  deux  choses  ,  et  deux  choses  seu- 
lement à  étudier  :  la  structure  du  corps  ,  et  les  actions 
par  lesquelles  il  se  conserve  et  tient  sa  place  dans 
l'univers.  Sous  l'un  et  l'autre  point  de  vue ,  l'être  vi- 
vant est  entièrement  différent  du  corps  inorganique. 
Ainsi,  sous  le  rapport  de  la  structure  d'abord  ,  le  corps 
inorganique  n'a  rien  de  constant  dans  sa  forme  ni 
dans  son  volume;  les  élémens  qui  le  constituent  sont 
unis  entre  eux  par  les  lois  chimiques  ordinaires:  il  esl 
toujours  tout  solide,  ou  tout  liquide,  ou  tout  gaz; 
mais,  il  n'offre  jamais  une  réunion  de  parties  solides  et 
de  parties  fluides  ;  il  peut  passer  impunément  d'un  de 
ces  états  à  l'autre,  sans  cesser  d'être;  il  est  enfin  homo- 
gène dans  sa  composition  ;  c'est-à-dire  ,  que  ,  dans  tous 
les  points  de  sa  masse,  il  est  composé  de  parties  qui 
sont  toujours  les  mêmes,  qui  ont  toujours  les  mêmes 
propriétés  phvsiques ,  la  même  nature  chimique,  et 
qui  remplissent  partout  les  mêmes  usages.  Les  corps 
vivans,  au  contraire,  ont  chacun  leur  forme  et  leur 
volume  déterminé*   et  cousions;    1rs  élément  qui    1rs 


ag  SCIENCES  PHYSIQUES. 

forment ,  sont  associés  entre  eux  dans  des  combinaisons» 
contraires  aux  lois  chimiques  ordinaires  ,  et  que  la  vie 
seule  peut  fonder  et  entretenir  ;  toujours ,  il  y  a  en  eux 
réunion  de  parties  solides  et  de  parties  fluides  ,  des 
humeurs  contenues  dans  des  vaisseaux  ou  un  tissu 
spongieux;  leur  masse  enfin,  loin  d'être  homogène , 
présente  un  concours  de  parties  différentes  entre  elles , 
de  forme ,  de  structure  et  surtout  d'usages  ;  c'est-à-dire, 
qui  remplissent  chacune,  dans  l'économie  de  l'être, 
un  o/nce  différent,  et  qu'on  appelle  des  organes.  La 
structure  des  corps  vivans  est,  en  un  mot,  ce  qu'on 
appelle  u:!e  organisation;  c'est-à-dire,  une  réunion  de 
parties  différentes  appelées  organes,  exécutant,  cha- 
cune dans  l'économie  de  l'être,  une  action  diverse, 
mais  concourant  toutes  néanmoins,  par  leur  ensemble, 
à  fonder  son  individualité. 

Sous  le  rapport  des  actions  ,  les  différences  sont  en- 
core plus  frappantes.  Par  exemple,  le  minéral  est  pro- 
duit par  une  cause  mécanique  qui  le  détache  de  la 
masse  d'un  autre  minéral  dont  il  faisait  partie  ,  ou  par 
une  cause  chimique  qui  détermine  l'union  des  molé- 
cules qui  le  constituent.  Une  fois  formé,  il  lui  suflit, 
pour  se  conserver,  de  la  persistance  des  conditions  ex- 
térieures qui  l'ont  fait  naître;  et,  capable  d'une  durc'e 
indéfinie  ,  il  ne  sera  détruit  que  par  l'application 
de  forces  extérieures  à  lui.  Pendant  tout  le  tems  que 
se  prolongera  son  existence ,  il  ne  sera  susceptible  d'é- 
prouver de  changemens  que  dans  sa  forme  ,  son  vo- 
lume et  sa  masse.  Sa  fin  sera  le  produit  des  mêmes 
forces  physiques  et  chimiques  auxquelles  il  a  dû  son 
origine.  Enfin,  il  ne  pourra  donner  l'être  à  un  autre 
minéral,  qu'en  cessant  lui-même  d'exister.  Le  corps 
vivant,  au  contraire,  a  pour  origine  une  génération  ; 


SCIENCES  PHYSIQUES.  a95 

c'est-à-dire,  qu'il  provient  toujours  d'une  molécule  qui 
a  été  portée  par  un  individu  semblable  à  lui ,  et  qui , 
après   une    suite   de    développemens    déterminés  ,    l'a 
formé.  Sa  conservation  est  le  fruit  de  son  activité  pro- 
pre; elle  fonde  ce  qu'on  appelle  une  nutrition,  et  consiste 
en  un  mécanisme  dans  lequel  l'être ,  d'un  côté  ,  prend 
sans  cesse  au  dehors  de  lui  de  nouveaux  matériaux 
pour  recomposer  ses  organes  ,  et  de  l'autre  ,  rejette  en 
égale  proportion  quelques-uns  des  matériaux  qui  les 
formaient  préalablement ,  et  devient  ainsi  un  foyer  où 
entre  et  d'où  sort  continuellement  de  la  matière.  Pen- 
dant la  durée  de  son  existence  ,  il  présente  des  muta- 
tions  constantes  et   déterminées  ,    qui  sont   ce  qu'on 
appelle  ses  âges.  Sa  durée  est  limitée,  et,  dans  chaque 
espèce,  proportionnée  à  la  solidité  du  mécanisme  in- 
térieur nutritif  qui  le  conserve.  Sa  fin  ,   qui  n'est  pas 
plus  que  son  origine  le  produit  des  forces  extérieures 
générales ,   constitue  ce  qu'on  appelle  une  mort.   Le 
corps  organisé  enfin  jouit  de  la  faculté  de  se  reproduire  ; 
c'est-à-dire  ,   du  pouvoir  de  donner  l'existence   à   un 
autre  individu ,    sans  cesser  d'être   lui-même.    En    un 
mot,  son  mode  d'activité  est  ce  qu'on  appelle  un&vie ; 
c'est-à-dire ,  une  existence  caractérisée  surtout  par  les 
deux   facultés    de    nutrition  et   de   reproduction  ,    au 
moyen   desquelles    se    conservent  ,    et    l'individu  ,    et 
l'espèce. 

Tels  sont,  en  effet,  les  caractères  constitutifs  de  l'être 
vivant  ;  et  il  était  d'autant  plus  important  de  les  expo- 
ser d'abord  ,  que  c'était  spécifier  de  suite  ce  qu'on 
appelle  les  phénomènes  de  la  vie  ,  par  conséquent  les 
phénomènes  dont  on  se  propose  de  faire  l'histoire  par- 
ticulière. C'était  réellement  fixer  d'avance  la  distribu- 
tion de  tout  son  travail.  On  voit,  en  effet,  qu'il  s'agit 


296  SC1EISCES  PHYSIQUES, 

maintenant  d'étudier  avec  détail,  d'abord,  Yorgani- 
sation  ou  la  structure  du  corps  vivant  ;  ensuite,  la  vie 
ou   le  mécanisme  intérieur  par  lequel  il  se  conserve  , 
comme  individu  par  la  nutrition,  et  comme  espèce  par* 
la  reproduction. 

C'est  aussi  la  marche  que  suit^SVr  Morgan.  Le  second 
chapitre  de  son  ouvrage  traite  de  Yorganisation  ,  mode 
de  structure  caractérisé  surtout  en  ce  (ju'il  y  ■  réunion 
de  parties  solides  et  de  parties  fluides,  et  concours 
à'organes  ;  c'est-à-dire  ,  de  parties  différentes  de  forme 
et  affectées  chacune  à  des  usages  spéciaux.  Toute  or- 
ganisation peut  être  réduite, par  la  pensée,  à  deux 
systèmes  vasculaires  :  l'un  ouvert  à  l'extérieur  de  l'être  . 
y  puisant  les  matériaux  réparateurs  et  les  condui- 
sant dans  l'intérieur  du  corps;  l'autre,  ouvert  au  de- 
dans du  corps  dans  toutes  les  parties  ,  y  reprenant  les 
matériaux  usés  et  les  rejetant  au  dehors.  Mais  les  êtres 
vivans  sont  très  divers  entre  eux  ;  et  le  mécanisme 
de  la  nutrition  et  de  la  reproduction  étant  plus  ou 
moins  compliqué  dans  les  uns  et  les  autres  ,  il  doit  en 
être  nécessairement  de  même  de  l'organisation  ,  du 
nombre  et  du  caractère  des  organes  qui  forment  le 
corps.  C'est  ce  qui  est  eu  effet  :  d'abord  ,  les  corps  vi- 
vans se  partagent  en  deux  grandes  classe^,  les  végétaux 
et  les  animaux ,  et  de-là  déjà  deux  grands  types  d'orga- 
nisation ,  la  végétale  et  V  animale  ;  ensuite,  chacune 
de  ces  deux  organisations  est  elle-même  plus  ou  moins 
complexe. 

Il  en  est  de  meme  de  la  vie.  Il  faut  déjà  distinguer 
la  vie  végétale  et  la  vie  animale  .  ei  voici  ce  qui  les 
différencie.  Dans  le  végétal  ,  tous  les  actes  par  le  con- 
cours desquels  s'effectuent  la  nutrition  et  la  reprodue- 
tion  ,    cjuelijue  nombreux    (jii'ils  .«-oient  ,     offrent    Ion- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  297 

cette  particularité,  qu'ils  se  produisent  irrésistiblement 
dans  l'individu,  sans  qu'il  en  ait  la  conscience  et  qu'il 
puisse  influer  sur  eux  par  sa  volonté.  Au  contraire , 
dans  l'animal ,  plusieurs  de  ces  actes  ,  tous  ceux  qui 
commencent  la  nutrition  et  la  reproduction,  qui  con- 
sistent ,  par  exemple ,  dans  la  préhension  des  maté- 
riaux réparateurs  ,  sont  laissés  à  la  volonté  et  à  la  j>er- 
ception  de  l'individu  ,  qui  ainsi  se  sent  vivre  et  qui  est 
constitué  jusqu'à  un  certain  point  l'arbitre  de  sa  vie. 
L'animal ,  en  un  mot ,  a  ,  de  plus  que  le  végétal  ,  la 
sensibilité  ;  c'est-à-dire,  la  faculté  de  percevoir  des 
impressions ,  phénomène  vital  sans  contredit  le  plus 
élevé  de  tous  ,  et  certainement  le  plus  surprenant  de 
tous  les  phénomènes  de  la  nature. 

La  faculté  de  nutrition ,  celle  de  reproduction  ,  et 
la  faculté  de  sensibilité  ,  tels  sont  donc  les  principaux 
phénomènes  de  la  vie  ;  ou  du  moins  tous  les  phéno- 
mènes ,  quels  qu'ils  soient,  qui  se  produisent  dans  un 
être  vivant,  peuvent  être  ramenés  à  l'un  ou  à  l'autre 
de  ces  trois  grands  résultats.  Mais  ,  chacun  d'eux,  dans 
les  divers  animaux  ,  comprend  un  nombre  d'actes  ou 
de  fonctions  plus  ou  moins  grand  ;  et,  pour  descendre 
par  degrés  des  généralités  aux  faits  particuliers  ,  il 
restait  à  l'auteur  à  indiquer  les  différences  que  présen- 
tent les  animaux  sous  ce  triple  rapport.  C'est  ce  qu'il 
fait  dans  le  troisième  chapitre  de  son  ouvrage  ,  intitulé  : 
De  la  combinaison    des  organes  et  des  fonctions. 

Ainsi,  sous  le  rapport  de  la  nutrition,  il  faut  sa- 
voir que  toute  nutrition  comporte,  nécessairement,  que 
quelques  matériaux  soient  pris  par  l'être  vivant  dans 
les  corps  extérieurs  à  lui  ;  que,  parmi  ces  matériaux, 
doit  être  nécessairement  de  l'air,  ou  au  moins  un  et 
ses  principe* ,  l'oxygène  ;  que  ce-    matériau*    ne  sont 


298  SCIENCES  PHYSIQUES. 

pas  appliqués  à  l'être  vivant  sous  leur  forme  propre  , 
mais  sont  d'abord  élaborés  par  lui  ;  et  que  ce  n'est 
qu'après  toutes  ces  opérations  qu'ils  sont  assimilés  aux 
organes  ,  en  même  tems  que  ceux-ci  sont  dépouillés 
de  quelques-uns  des  matériaux  qui  les  composaient 
préalablement.  Or  ,  il  y  a  quelques  êtres  organisés  dans 
lesquels  ces  actions  diverses,  toute  cette  série  de  phé- 
nomènes, semblent  s'effectuer  en  même  tems  et  au  même 
lieu,  et  être  confondues  ensemble;  tandis  qu'il  en  est 
d'autres  dans  lesquels  ces  actions  sont  produites  par 
des  organes  différens,  en  des  tems  différens  ,  s'enchaî- 
nent et  se  succèdent  entre  elles,  de  manière  à  ce  qu'on  en 
fasse  autant  de  fonctions  séparées  dont  la  nutrition  sera 
le  résultat. 

Par  exemple  ,  dans  les  derniers  animaux,  les  plus 
simples  de  tous  ,  la  nutrition  ne  résulte  que  du  con- 
cours de  deux  fonctions  ,  une  absorption  et  une  exha- 
lation ou  transpiration.  Par  la  surface  externe  du  corps 
sont,  en  effet,  absorbés  l'air  et  les  divers  élémens  nutri- 
tifs qui  peuvent  être  en  suspension  dans  son  sein  ;  en 
même  tems  que  ces  matériaux  sont  ainsi  absorbés  , 
ils  reçoivent  la  forme  nouvelle  sous  laquelle  ils 
sont  propres  à  être  assimilés  à  l'être;  et  comme  celui- 
ci  a  peu  de  volume,  la  matière  ,  ainsi  absorbée  et  éla- 
borée ,  est  de  suite  appliquée  aux  organes  et  assimilée 
à  leur  substance.  La  part  qu'a  l'air  à  la  nutrition,  et 
que  nous  verrons  cl i  e  ailleurs  isolée  sous  le  nom  de 
respiration;  l'action  par  laquelle  le  fluide  nutritif ,  qui 
résulte  de  l'absorption  ,  est  porte  aux  organes  où  il  doit 
être  mis  en  œuvre  ,  et  qui  est  aussi  ailleurs  isolée,  sous 
le  nom  de  circulation;  tout  cela  est  ici  confondu  en 
une  seule  action  ,  V absorption.  En  même  tems  ,  une 
exhalation  effectuée   aussi  par  la   surface  externe   de 


SCIENCES  PHYSIQUES.  299 

l'être,  le  débarrasse  d'une  quantité  de  matière  égale  à 
celle  qu'il  a  acquise. 

Mais  déjà,  en  beaucoup  d'animaux,  l'élément  am- 
biant dans  lequel  l'être  vit ,  ne  contient  plus ,  ainsi 
tout  disposés  à  être  absorbés  ,  les  matériaux  nutritifs  ; 
il  faut  que  ce  soit  l'animal  lui-même  qui  leur  imprime 
cette  disposition,  et  cela  en  les  introduisant  dans  une 
cavité  qu'il  a  au-dedans  de  lui,  où  ils  sont  élaborés, 
et  où  dès-lors  l'absorption  va  les  saisir.  Alors,  évidem- 
ment, la  nutrition  exige  pour  se  faire  une  fonction  de 
plus ,  qu'on  appelle  la  digestion.  Cette  digestion  n'est 
en  effet  qu'une  fonction  préparatoire  de  la  nutrition , 
une  action  qui  donne  à  la  matière  nutritive  la  forme 
sous  laquelle  l'absorption  peut  la  saisir. 

Or,  quand  il  existe  une  digestion ,  comme  c'est  alors 
dans  une  cavité  intérieure  que  se  fait  l'absorption  de 
la  matière  nutritive,  on  conçoit  qu'il  n'est  plus  aussi 
possible  que  soit  absorbé,  en  même  tems,  l'air  néces- 
saire à  toute  vie.  Cette  impossibilité  devient  surtout 
complète,  lorsque  l'animal  a  un  peu  de  volume.  Alors 
l'absorption  de  l'air  devient  une  fonction  séparée  de 
celle  des  autres  élémens  nutritifs ,  et  elle  fonde  ce 
qu'on  appelle  une  respiration. 

Enfin,  lorsque  dans  le  mécanisme  de  la  nutrition 
d'un  animal ,  il  y  a  concours  d'une  digestion  et  d'une 
respiration ,  comme  le  fluide  que  l'absorption  a  re- 
cueilli dans  la  cavité  digestive  n'est  apte  à  nourrir 
les  organes  qu'après  qu'il  a  été  modifié  par  le  contact 
de  l'air  ,  il  en  résulte  que  le  plus  souvent  il  faut  que 
ce  fluide  aille  se  soumettre  au  contact  de  cet  air  dans 
l'organe  de  la  respiration ,  pour  être  porté  ensuite  aux 
parties  qu'il  doit  nourrir.  Pour  cet  effet ,  ce  fluide  est 
reçu  dans  une  suite  de  vaisseaux  qui  le  portent  d'abord 


3oo  SCIENCES  PHYSIQUES, 

de  la  cavité  digestive  à  l'organe  de  la  respiration  ,  et 
ensuite  de  cet  organe  de  la  respiration  à  toutes  les 
parties  qu'il  doit  nourrir  :  or ,  c'est  là  ce  qu'on  appelle 
la  circulation. 

Ainsi ,  la  nutrition  comprend  dans  sa  généralité  deux 
ou  cinq  fonctions  ,  savoir  :  i°  digestion ,  qui  consiste 
dans  la  préhension  des  alimens,  et  leur  élabora- 
tion dans  une  cavité  intérieure  ;  i°  absorption  ,  qui 
agissant  sur  ces  alimens  élaborés  dans  la  cavité  diges- 
tive ,  digérés  ,  en  retire  un  suc ,  un  fluide  propre  à 
nourrir  les  organes;  3°  respiration,  qui  saisit  l'air  utile 
à  la  vie  ,  l'applique  au  fluide  dérivé  de  la  digestion  et 
de  l'absorption  ,  pour  rendre  ce  fluide  propre  à  entre- 
tenir la  vie  et  nourrir  les  organes  ;  4°  circulation  ,  qui 
n'est  qu'une  action  mécanique  de  transport  ,  par  la- 
quelle le  fluide  destiné  à  nourrir  les  organes  est  con- 
duit, d'abord  de  l'appareil  digestif  où  il  est  absorbé  à 
l'appareil  de  la  respiration  où  son  élaboration  s'achève 
par  le  contact  de  l'air  ;  et  ensuite,  de  cet  organe  de 
la  respiration  à  toutes  les  parties  du  corps  où  il  doit 
être  rais  en  œuvre  ;  5°  enfin,  transpiration  ,  ou  exha- 
lation cutanée  ,  par  laquelle  une  partie  de  la  matière 
qui  composait  préalablement  l'être,  est  rejetée.  Souvent 
aussi,  cette  action  de  décomposition  est  multiple;  et 
au  lieu  d'une  seule  transpiration,  il  y  a  plusieurs  ex- 
crétions ;  celle  de  l'urine  ,  par  exemple.  Comme  dans 
la  conservation  matérielle  du  corps  ,  est  aussi  com- 
prise l'idée  de  l'entretien  de  sa  température  ;  sou- 
vent aussi  on  fait  de  ce  résultat  une  fonction  à  part , 
sous  le  nom  de  calorification. 

Mais  ,  non-seulement  le  mécanisme  de  la  nutrition 
varie  par  le  nombre  de  fonctions  qu'il  exige  ,  il 
diffère  eneore  par   le  degré  de  complication   de    eha- 


SC1ENGES  PHYSIQUES.  3oi 

cune  d'elles.  L'appareil  digestif,  par  exemple ,  offre 
mille  différences  déstructure,  selon  le  genre  d'alimens 
dont  il  doit  effectuer  l'élaboration.  L'absorption  est 
réduite  à  la  préhension  des  produits  digestifs,  ou  de 
plus  s'exerce  sur  d'autres  sucs  provenant  de  l'économie 
elle-même.  La  respiration  saisit  l'air  eu  nature,  ou 
l'air  mêlé  à  l'eau,  et  elle  est  effectuée  avec  des  pou- 
mons ou  des  branchies.  La  circulation  s'accomplit  , 
ou  avec  des  vaisseaux  seuls  ,  ou  avec  le  concours  réuni 
de  vaisseaux  et  de  cœurs  :  elle  est  simple  ou  double, 
selon  que  les  fluides  des  absorptions  ne  vont  pas  ou 
vont,  au  contraire  ,  à  chaque  cercle  circulatoire  passer 
en  entier  par  l'organe  de  la  respiration.  Enfin  ,  les 
excrétions  sont  bornées  à  une  transpiration  effectuée 
par  la  surface  externe  du  corps  ,  ou  sont  multiples  , 
et  comprennent  la  fonction  de  la  dépuration  urinaire. 
L'espace  nous  manque  pour  donner  à  ce  tableau  tout 
le  développement  qui  serait  nécessaire. 

Voilà  pour  la  nutrition.  Le  mécanisme  de  la  repro- 
duction n'est  pas  moins  variable.  Dans  les  cas  les  plus 
simples,  la  reproduction  est,  comme  on  dit,  \fissipare 
ou  gemmipare ;  c'est-à-dire  qu'à  une  époque  déter- 
minée de  sa  vie,  l'être  vivant  se  partage  eu  plusieurs 
fragmens  qui  forment  autant  d'individus  nouveaux,  ou 
détache  des  bourgeons  qui  deviennent  de  nouveaux 
êtres.  Plus  haut,  cette  reproductionexige  le  concours  de 
sexes  y  mais  qui,  tantôt  sont  réunis  sur  un  même  indi- 
vidu ,  qui  est  ou  n'est  pas  hermaphrodite ,  cl  tantôl  sont 
portés  chacun  par  vn  individu  ,  ce  cjuî  partage  alors 
l'espèce  vivante  en  deux  individus  séparé»,  le  mâle  et 
la  femelle.  Dans  ce  dernier  cas,  tantôt  le  germe  fourni 
par  l'organe  sexuel  femelle  est  vivifié  par  le  principe 
fécondant  du  sexe  mâle  ,  lorsqu'il  est  déjà  sorti  du 
TOME   VI.  21 


3oa  SCIENCES  PHYSIQUES, 

sein  de  la  femelle;  tantôt  c'est  le  contraire  ,  et  il  y  a 
alors  ce  qu'on  appelle  une  copulation  ,  un  accoiij)lc- 
tnenl.  Enfin,  tantôt  le  germe  féconde  porte  en  lui- 
même  tousses  élémens  de  subsistance  jusqu'à  son  éclo- 
sion  ,  et  se  détache  de  sa  mère  sous  forme  d'ccuf, 
comme  dans  tous  les  ovipares  :  tantôt  ,  ce  germe  n'a 
pas  en  lui  tous  ses  élémens  de  subsistance  et  de  dé- 
veloppement; il  doit  les  puiserdans  le  sein  de  sa  mère, 
auquel  il  adhère  pour  cela  par  de  véritables  racines  ; 
et  même,  après  son  éclosion,  qui  se  fait  au-dednns  de 
sa  mère,  il  doit  encore  recevoir  d'elle  pendant  quel- 
que tems  sa  nourriture ,  comme  cela  est  dans  les 
\ivipares. 

Enfin  ,  les  animaux  ne  diffèrent  pas  moins  par  leur 
sensibilité  et  sous  le  rapport  de  leurs  fonctions  de 
relation  ,  que  par  leurs  fonctions  organiques  :  de- 
puis celui  chez  lequel  l'existence  de  la  sensibilité 
est  douteuse  ou  bornée  seulement  à  un  tact  faible 
et  à  un  goût  obtus,  jusqu'à  l'homme  qui,  par  ses 
cinq  sens,  apprécie  les  diverses  qualités  de  l'univers  , 
qui  ,  par  son  intelligence,  petit  ajouter  au  monde 
réel  un  monde  imaginaire,  dont  les  nombreuses  fa- 
cultés affectives  sont  la  source  de  mille  jouissances 
comme  de  mille  douleurs,  et  qui  a  enfin  des  phéno- 
mène! expressifs  en  rapport  par  leur  nombre  et  leur 
richesse  avec  le  nombre  des  sensations  qu'ils  ont  à  faire 
connaître  ;  il  y  a  mille  intermédiaires  tenant  au  de- 
gré de  développement  de  la  partie  du  corps  qui  est 
l'instrument  de  la  sensibilité*,  c'est-à-dire,  le  système 
nerveux.  Nous  n'avons  pas  besoin  de  dire,  en  effet , 

que  l'organisation  a  Varié  dans  le  même  rapport  que 
les  fonctions;  et  que,  selon  que  la  vie  A\w\  animal 
a     embrassé    une     digestion,      une    respiration,     une 


SCIENCES  PHYSIQUES.  3o3 

circulation,  des  sexes  séparés,  des  sens  nombreux,  un 
moral  et  un  intellect  étendu  ,  il  y  a  eu  dans  la  struc- 
ture de  cet  animal  des  organes  digestifs,  respiratoires  , 
circulatoires,  sexuels,  sensoriaux,  un  cerveau,  un 
système  nerveux  plus  ou  moins   composé,  etc. 

Toutefois,    par     cette   analyse    trop    rapide,    sans 
doute,  mais  que  nous  ne  pouvions  cependant  étendre 
davantage  ,  on  voit  comment  notre  auteur  a  pu  spé- 
cifier tous  les  phénomènes  de  la  vie  sans  exception  , 
et  en  indiquer  le  caractère.  C'était,  en  quelque  sorte  , 
avoir  de  suite  achevé  la  tâche  qu'il  avait  en  vue.  Ce- 
pendant, ce  que  nous    venons  de  présenter   ne  forme 
que  la  moitié  de  son  ouvrage;  et  il   reste  encore  trois 
chapitres    dont   nous    devons   entretenir   nos  lecteurs. 
L'un,  intitulé  des  Lois  de  U action  vitale  ,  est  destiné 
à  faire   apprécier  ,     autant    que    possible  ,     comment 
se   produit  chacun  des  divers  phénomènes  qu'on  vient 
de    faire  connaître  d'une  manière  générale.   Tous  ont 
exigé   le  jeu  d'un    organe,  l'action    d'une  i]es  parties 
constituantes  de  l'être  vivant  ;  chaque  organe  n'a   agi 
que  lorsqu'il  y  a  été  provoqué  par  le  contact,  la  pré- 
sence d'un  stimulus  quelconque;  chacun  de  ces  organes 
est   construit  de   manière  à  n'entrer   en   jeu  que  sous 
l'influence  de  ses  stimulus  propres;   et  enfin,  dans  son 
jeu,  rien  ne  peut  être  ramené  aux  forces   physiques  et 
chimiques  générales  ,    et   tout  au  contraire  fonde  une 
exception   aux    lois   universelles;  exception   qu'on    est 
convenu  d'appeler  vitalité,  jusqu'à  ce  qu'on  soit  par- 
venu à  en  pénétrer  le  lien   avec   le  reste  de    la   nature. 
-I    surtout  dans  ce,  chapitre  ,   et  dans    |es    Miiv.t.iï, 
que  l'auteur  justifie  le  titre  qu'il  a  donné  à  sou  livre, 
à'JEssai  philosophique  sur  les  phénomènes  de  La 
11   y   cherche    à    ramener  tous   les    faits    à  leur    plus 

21* 


3o4  SCIENCES  PHYSIQUES. 

haute  généralité;  et  cela  même  nous  interdit  d'eu 
entretenir  nos  lecteurs,  car  les  généralités  ne  sont  en- 
tendues, qu'autant  qu'elles  rappellent  de  suite  à  l'esprit 
tous  les  faits  particuliers  dont  elles  sont  l'expression  , 
et  la  physiologie  n'est  pas  encore  assez  universellement 
étudiée  pour  qu'on  en  soit  arrivé  à  ce  point .  C'est  dans 
ce  chapitre  que  l'auteur  traite  de  {'habitude,  qui  a  sur 
les  elres  vivaus  une  influence  si  marquée  ;  des  sym- 
pathies ,  c'est-à-dire  de  ces  connexions  si  intimes  qui 
existent  entre  les  diverses  parties  constituantes  d'un 
être  vivant,  et  dont  on  ignore  souvent  la  cause  maté- 
rielle ;  enfin,  de  ce  phénomène  curieux  du  sommeil, 
qui  ne  porte  que  sur  les  actions  sensoriales,  et  semble 
tuer  l'animal,   en  respectant  l'être  organisé. 

Le    cinquième  chapitre    e*>t    consacré  tout  entier  à 
l'étude    des    phénomènes    intellectuels  ,  dont  l'impor- 
tance et  le  caractère  élevé  justifient  assez  l'étude  plus 
spéciale  que   veut  en  faire    faire  l'auteur.  Ces  phéno- 
mènes ont   aussi  ,  dans   la   structure  des4  animaux,  un 
organe   affecté  à  leur  production  ;    ils  dépendent  des 
mêmes  causes  que  les  phénomènes  le  plus  évidemment 
matériels  et  organiques.  Consécutivement  aux  impres- 
sions sensitives  envoyées  au   cerveau  par  tous   les  or- 
es du   corps,  ce  cerveau  a  des  perceptions,  •■!  se 
fait   mille  idées   qui   n'ont  aucune  ressemblance  avec 
leurs  prototypes  extérieurs ,  mais  qui  entraînent  ave< 
elles  la  conviction  de  la  réalité  de  ces  prototypes.   Des 
actions  succèdent  à  ces  impressions,   tantôt  immédia- 
tement,   et  alors  elles  sont  dites  instinctives';  tantôt 
consécutivement    aux    associations    que    l'impression 
<  Kcite  ,  et  étant  dirigées  d'après    la   conscience  de  la 

lin   qui   doit    être    produite,     et    alors   elles    sont   dites 

volontaires.  Mais  de  même  que  dans  les  fonctions  nu- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  3o5 

tritives  ,  l'application  des  stimulans  ,  la  sensation  de 
leur  présence,  et  la  réaction  conséquente  des  tissus  con- 
tractiles, avaient  déterminé  irrésistiblement  l'ordre 
de  la  production  des  phénomènes;  de  même  aussi  dans 
les  phénomènes  de  la  sensibilité  relative:  et  quoiqu'on 
en  ait  dit  du  libre  arbitre,  il  n'y  a  pas  moins  de  nécessité 
dans  les  déterminations  de  la  raison  ,  que  dans  celles  de 
l'instinct;  ou  mieux  ,  il  ne  faut  plus  distinguer  ces  deux 
choses,  qui  ne  diffèrent  que  du  plus  au  moins.  Notre 
auteur  appuie  beaucoup  sur  ce  principe  de  la  nécessité 
morale,  et  dit  que,  sans  lui,  l'expérience  ne  fournirait 
aucune  conjecture  pour  l'avenir;  et  la  sagesse  ,  accu- 
mulée d'âge  en  âge  ,  serait  sans  liaison  et  sans  utilité. 
D'après  lui ,  les  passions  ne  peuvent  pas  être  contenues 
par  un  simple  acte  de  la  volonté,  mais  leurs  limites 
naturelles  sont  dans  leur  balance  mutuelle  qui  ,  dans 
les  animaux  bien  organisés,  est  toujours  proportionnée 
aux  besoins  du  moment.  En  même  tems  que  sir  Mor- 
gan agite  ainsi  dans  ce  chapitre  des  questions  de  haute 
morale,  il  en  traite  aussi  d'importantes  relativement 
à  l'idéologie.  Selon  lui  ,  on  a  tort  de  distinguer  les 
facultés  de  mémoire,  de  jugement,  d'imagination; 
les  phénomènes  qu'on  leur  rapporte  tiennent  seule- 
ment à  l'association  des  idées.  A  l'occasion  du  rai- 
sonnement ,  il  précise  l'influence  du  langage  sur  l'art 
dépenser.  Dans  toute  cette  exposition  ,  beaucoup  de 
propositions  mériteraient  d'être  relevées;  mais  cela 
demanderait  un  espace  qui   nous  manque. 

Enfin  ,  le  sixième  et  dernier  chapitre  de  l'oiurage 
contient  des  observations  générales  sur  la  nature  des 
maladies  et  des  remèdes.  Dans  un  tableau  des  phéno- 
mènes, de  la  vie,  il  ne  suffisait  pas  en  effet,  de  traiter 
de  ceux  qui  se  produisent  pendant    la   sauté;  il   fallait 


.Wî  SCIENCES  PHYSIQUES. 

encore  considérer  ceux  qui  éclatent  pendant  les  mala- 
dies. La  maladie  n'est  pas  moins  naturelle  à  l'être  vi- 
vant que  la  santé,  et  conséquemment  elle  entre  de  même 
dans  la  généralité  de  la  science  de  la  vie.  La  vie  dépend 
des   élémens    dont  l'être  vivant   est  momentanément 
entouré  ;  la  santé  exige  absolument  une  certaine  pro- 
portion entre  la  force  des  stimnlans  extérieurs,  et  celle 
du  principe  intérieur  de  réaction  ;  et  les  fonctions  sont 
dérangées  ,  quand   la  machine   reçoit  des  impressions 
dans  une  autre  série  ou  dans  un  autredegréd'intensité 
que  ceux  qui  sont  coordonnés  à  ses  besoins.  D'après  cela 
les  principales  sources  des  maladies  doivent  être  cher- 
chées dans  les  agens  qui  contribuent  immédiatement  à 
la  vie,  savoir  Y  ait4  et  la  diète.  ïci,  l'auteur  juge  successi- 
vement l'influence  de  ces  deux  agens  qui  peuvent  être 
si  divers  en  eux-mêmes.  Faisant  voir  en  outre  qro  les 
maladies  suivent  la  balance  de  l'organisation  ,  il    les 
montre  différentes  en   chaque    âge,    selon    les    divers 
tissus   du  corps,    etc.    Niant    l'existence  d'aucun  spé- 
cifique, il  cherche  à  caractériser  le  mode  d'action  de 
chacune  des  classes  principales  de  remèdes,   saignées  , 
purgatifs,    toniques,   diffusibles,  etc.    Nous    sommes 
d'autant  plus  autorisés  à  ne  pas  le  suivre  dans  ers  dé- 
tails,   ([ne,    destinés  à  des  médecins  de  profession  ,  ils 
lie  pourraient   que  fatiguer  nos  lecteurs. 

I<  m:  p.  t  noire  ingénient,  sur  l'ouvrage 
désir  aiorgaH.  Sans  contredit,  cet  ouvrage  prouve  dans 
son  auteur  dé  ?ast<  naissances  et  un  esprit  habi- 

tué à  généraliser ,  et  à  le  faire  le  p  ■  I  s  >uvenl  avec  jus- 
!!  esl  peu  de  pages  qui  ne  présentent  des  i< 
arquantes,  et  exprimées  âtec  bonheur.  L'amour 
de  l'humanité  et  de  la  philo  s'y   fait  ressentir 

partout;  etsouvenl  les  obstacles  que  les  institutions  et 


SCIENCES  PHYSIQUES.  3<>7 

les  gouvernemens  apportent  à  l'amélioration  des  so- 
ciétés, ont  inspiré  à  l'auteur  une  honorable  indigna- 
tion. Mais  deux  défauts  borneront  l'influence  heu- 
reuse que  pouvait  exercer  ce  livre  :  le  manque  de 
méthode  ,  d'une  part;  et  un  langage  métaphysique  et 
trop  abstrait ,  de  l'autre.  Par  ces  motifs,  ce  livre  sera 
toujours  plus  lu  par  ceux  qui  savent,  que  par  ceux 
qui  veulent  apprendre.  Bien  que  sir  Morgan  dise  ,  en 
plusieurs  endroits  de  sou  livre  ,  qu'il  l'a  surtout  destiné 
aux  personnes  étrangères  à  la  science  médicale  ;  ce 
livre  supposant  tous  les  phénomènes  de  la  vie  connus  , 
ne  les  considérant  que  dans  leur  plus  haute  généralité, 
n'en  parlant  que  dans  des  termes  métaphysiques  et 
abstraits  ,  ne  pourra  jamais  être  goûté  que  de  lecteurs 
déjà  instruits.  Souvent,  ceux-ci  même  ne  peuvent  suivre 
qu'avec  efforts  l'auteur,  qui  se  borne  à  indiquer  les 
plus  hautes  généralités,  sans  faire  connaître  la  succes- 
sion des  faits  individuels  qui  l'y  ont  conduit.  Toutes  les 
fois  qu'un  écrivain  oblige  ses  lecteurs  à  le  deviner  ,  il 
s'expose  à  n'être  pas  entendu,  et  à  voir  substituer  à  ses 
idées  celles  des  autres.  C'est  surtout  dans  les  sujets 
très  complexes  que  la  méthode  est  de  rigueur  ;  elle 
est,  à  proprement  parler ,  l'exposition  philosophique 
des  choses  ;  et  elle  est  d'indispensable  nécessité  dans  les 
questions  de  physiologie.  Son  défaut  absolu  dans  l'ou- 
vrage de  sir  Morgan ,  a  produit  la  gêne  que  nous  avons 
éprouvée  nous-mêmes  dans  l'analyse  que  nous  wnons 
d'en  faire  ;  et  nous  ne  pouvons  trop  engagor  l'auteur 
à  y  porter  remède  dans  les  éditions  nouvelles  qu'il  est 
appelé  à  donner  de  son  ouvrage. 

\nn«v,  D.   II.  P. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

Histoire   de   la   guerre  entre    les  Etats-Unis 

d'Amérique  et  l'Angleterre,  pétulant  les  an- 
nées i  8 1 2 ,  1 8 1 3  ,  1 8  i  4  et  1 8 1  5  ;  par  H.  M. 
Brackenridge,  citoyen  américain  $  traduite  sur 
la  seconde  édition  par  A.  de  Dalmas  (i). 

Pakmi  les  ouvrages  dont  l'histoire  politique  et  mili- 
taire s'esl  enrichie  depuis  quelques  années  en  France, 
ou  regrettait  d'autant  plus  de  ne  pas  trouver  une  re- 
lation de  la  guerre  entre  les  Etats— t  nis  d'Amérique  et 
l'Angleterre,  pendant  les  années  1812,  181 3  ,  181J  et 
iSi5,  que  les  Français  ne  peuvent  rester  indifférens  a 
la  gloire  d'un  peuple  dont  ils  ont  favorisé  l'émanci- 
pation. 

Plusieurs  écrivains  américains  se  sont  exercés  sur  ce 
sujet.  M.  Brackenridge  esl  celui  donl  l'ouvrage  a  eu  le 
plus  de  succès  ,  soit  par  l'exactitude  des  faits  ,  soit  par 
l'intérêt  que  l'auteur  a  su  répandre  dans  sa  narration  , 
soit  par  l'art  avec  lequel  il  a  retracé  sans  confusion 
1rs  événemens  d'une  guerre  qui  avait  pour  théâtre  une 
si  grande  étendue  de  coi  es  et  de  frontières ,  soit  enfin- , 
parla  sagesse,  le  patriotisme  et  la  philanthropie  éclairée 
qui  respirenl  dans  toutes  ses  pages.  Nous  devons  savoir 
gré  à  M.  de  Dalmas  d'avoir  fait  passer  dans  notre  lan- 
gue un  ouvrage  que  toutes  nos  bibliothèques  atten- 
daient ,  et  féliciter  M.  Brackenridge  d'avoir  rencontré 
un  interprète  dont  le  s  t  >  1  e  est  plein  d'énergie  e1  de 

(0  P. iris,   i8ao.  a  vol.  m-8".  avec  une  ente  rln  théâtre  de  la 
pierre.  libraire,  <jmi  dea  Grands-Augttstint,  d°  63. 

ix:  m  Ir. ,  et  10c  de  port. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES.  3og 

chaleur ,  sans  qu'il  cesse  jamais  d'être  élégant  et  na- 
turel. 

M.  Rrackenridge  ,  dans  une  introduction  tracée  a. 
grands  traits  ,  déroule  le  tableau  des  attentats  dont 
1rs  Anglais,  depuis  la  paix  de  1783,  ne  cessèrent  de 
se  rendre  coupables  envers  l'Amérique  ,  pour  étouffer 
cette  république  naissante  qu'ils  n'avaient  pu  vaincre 
les  armes  à  la  main.  Il  rappelle  comment,  au  mépris 
des  lois  de  la  neutralité  ,  les  navires  américains  ne  pu- 
rent plus  parcourir  l'Océan  que  sous  le  bon  plaisir  des 
Anglais  ;  comment  ceux-ci,  en  pleine  paix,  arrachè- 
lent  des  vaisseaux  de  l'Union  leurs  meilleurs  matelots  , 
sous  prétexte  d'exercer  la  presse ,  cette  indigne  prati- 
que nommée  à  si  juste  titre  la  traite  des  blancs  ;  com- 
ment ,  enfin  ,  foulant  aux  pieds  tous  les  droits  des  na- 
tions, ils  engagèrent,  par  des  menées  sourdes  et  per- 
fides ,  les  peuplades  indiennes  à  porter  le  carnage  et 
la  ruine  sur  les  terres  de  la  fédération.  A  une  con- 
duite si  odieuse,  le  gouvernement  des  Etats-Unis 
n'opposa  long-tems  que  des  remontrances  pacifiques  ; 
mais  sa  longanimité  eut  un  terme,  et,  le  if)  juin  1812, 
le  Congrès  déclara  la  guerre  à  la  Grande-Bretagne. 

A  cette  époque,  les  troupes  de  ligne  de  l'Union  ne 
montaient  qu'à  près  de  5, 000  hommes,  et  encore  ces 
troupes  étaient  dispersées  sur  un  territoire  immense. 
Les  officiers  qui  avaient  servi  dans  la  guerre  do  la  ré- 
volution,  élaient  âgés ,  et  avaient  perdu,  dans  un  long 
repos,  l'habitude  des  combats.  Le  présidenl  iïil  au- 
torisé à  accepter  les  services  de  5o,ooo  volontaires  ,  et 
à  appeler  sous  les  armes  100,000  hommes  de  milices. 
Mais  ces  volontaires,  ces  miliciens  pouvaient-ils  être 
opposés  avec  succès  à  des  troupes  aguerries  ,  et  le  gou- 
vernement devait-il  compter  sur  leur  empressement  à 


3i<S  SCI FiNŒS  MORALES 

répondre  à  ses  réquisitions  ,  et  sur  leur  soumission  aux 
ordres  de  leurs  chefs? 

Si,  dans  quelques  circonstances,  on  éprouva  de  la 
peine  à  réunir  les  milices,  dans  d'autres  on  ne  put 
accepter  les  services  de  tous  les  volontaires  qui  se  pré- 
sentaient. Souvent  la  bouillanle  ardeur  qui  animait 
ces  soldats-citoyens  contraria  les  opérations  militaires, 
et  leur  insubordination,  surtout  au  commencement 
de  la  guerre,  oii  ils  abandonnèrent  quelquefois  les 
chefs  qui  avaient  perdu  leur  confiance  ou  provoqué 
leur  mécontentement,  ne  fit  que  trop  sentir  l'inconvé- 
nient des  troupes  levées  à  la  hâte  ,  et  qui  n'ont  pas 
encore  eu  le  tems  d'apprécier  l'importance  d'une  dis- 
cipline exacte  et  sévère  pour  le  succès  et  le  salut  même 
des  armées.  Aussi ,  les  premières  opérations  militaires 
eurent-elles  les  plus  fâcheux  résultats. 

Le  généra]  llull  ,  homme  saut  talent  et  sans  énergie, 
qui  n'avait  d'autre  titre  à  la  confiance  de  ses  conci- 
toyens que  d'avoir  déjà  servi  pendant  la  guerre  de  la 
révolution,  était  entre'*  dans  le  Canada,  dès  le  com- 
mencement des  hostilités,  et  avant  que  lei  anglais 
eussent  pris  aucunes  dispositions  de  défense.  II  pouvait 
s'emparer  aisément  du  fort  Malden  ,  l'un  (\t'>  priiu  i- 
pauz  postes  de  la  frontière  canadienne;  mais,  sans 
profiter  de  son  avantage  ,  il  perdit  en  vains  préparatifs 
le  tems  le  plus  précieux;  et  bientôt,  à  l'approche  de 
quelques  bataillons  anglais,  il  se  retira  sur  le  terri- 
toire de  l'Union  ,  oii  ,  suivi  par  1  ennemi  ,  il  ne  tarda 
pas  à  signer  une  capitulation  honteuse,  qui  livrait  eux 
Anglais  l'armée  qu'il  commandait,  ainsi  que  tout  le 
pays  confié  à  >a  garde. 

Ce1  événement  excita  an  plus  haut  degré  I  indigna- 
lien  de  tous  les  citoyens  de  i     aion;  ils  sentirent  que 


ET  POLITIQUES.  3it 

l'honneur  national  était  compromis  ,  et  ils  mirent  tout 
en  œuvre  ,  pendant  l'hiver,  pour  préparer  les  moyens 
de  venger  Je  cruel  affront  qu'avaient  éprouvé  leurs  ar- 
mes. Des  troupes  de  ligne  furent  enrôlées;  1rs  milices 
et  les  volontaires  furent  formés  à  la  discipline  ;  et,  dès 
Je  commencement  de  i8i3,  le  courage  avec  lequel  la 
faible  garnison  du  fort  Meigs  soutint  les  attaques  d'une 
armée  anglaise,  et  la  força  même  de  se  retirer,  prouva 
suffisamment  que  les  Américains  n'étaient  point  dégé- 
nérés ,  et  qu'ils  étaient  les  dignes  desccndans  de  ces 
courageux  patriotes  qui  avaient  scellé  de  leur  sang 
l'indépendance  de  leur  pays.  D'autres  faits  d'armes  , 
tels  que  les  deux  prises  d'\ork,  capitale  du  haut  Ca- 
nada ,  les  victoires  du  général  Jackson  sur  les  Creeks  , 
et  la  belle  défense  de  la  ville  de  Sackettsharbour ,  dé- 
pôt naval  des  Américains  sur  le  lac  Ontario  ,  recom- 
mandent cette  même  campagne  de  i8i3.  Dans  celle  de 
1 8 1 4  j  les  Américains  se  couvrirent  de  gloire,  aux  ba- 
tailles de  Chrppewa  et  de  Niagara  ,  et  surtout  dans  la 
brillante  sortie  qu'ils  firent  pendant  qu'ils  étaient  as- 
siégés dans  ie  fort.  Erié  ;  sortie  qui  eut  pour  résultats 
de  détruire  en  deun.  heures  des  ouvrages  immenses  , 
qui  avaient  coulé  aux  Anglais  plus  de  six  semaines 
de  travail,  et  de  mettre  ceux-ci  dans  l'impossibilité  de 
continuer  le  siège  qu'ils  avaient  entrepris. 

Enfin,  dans  la  dernière  action  de  la  guerre,  le  8 
janvier  i8i5,  jour  à  jamais  célèbre  dans  les  fastes  de 
L'Union,  le  général  Jackson,  secondé  par  trois  ou 
quatre  mille  Américains,  fit  éprouver  aux  armes  an- 
glaises, dans  les  environs  de  la  Nouvelle-Orléans,  une 
humiliation  peut-rire  pins  complète  encore  que  celle 
qu'elles  avaient  subie  en    Fr  en    i8i.j,  sous   'cs 

murs  de  Toulo: 


3ia  SCIENCES  MORALES 

Si,  pondant  cette  guerre  mémorable,  les  armées  de 
terre  eurent  de  nombreux  et  brillans  avantages, 
la  faible  marine  des  États-Unis,  composée  seulement 
de  quelques  frégates  et  de  quelques  corvettes,  et  qui 
semblait  devoir  être  anéantie  par  les  puissantes  flottes 
de  l'Angleterre,  obtint,  dès  le  commencement  des 
hostilités  ,  des  succès  qui  tiennent  du  prodige.  Lorsque 
le  congrès  se  rassembla,  au  mois  de  novembre  i8«2, 
c'est-à-dire,  cinq  mois  seulement  après  la  déclaration 
de  guerre  ,  il  fut  prouvé,  par  des  rapports  authentiques, 
que  déjà  25o  navires,  dont  5o  d'armés,  3ooo  prison- 
niers et  5yS  canons  étaient  tombés  au  pouvoir  des 
vaisseaui  de  l'Union.  L'Angleterre,  blessée  dans  le 
principe  même  de  sa  force  ,  fut  cruellement  mortifiée. 
Vainement  chercha  -  t  -  elle  à  dissimuler  les  affronts 
qu'elle  avait  essuyés  .  elle  ne  put  les  cacher  :  et,  en  dé- 
pit de  ses  nombreuses  escadres  qui  parcouraient  toutes 
les  mers  à  la  poursuite  de  la  marine  américaine,  celle- 
ci  conserva  de  tels  avantages  ,  que  les  Anglais  en  vinrent 
au  point  de  refuser  tout  engagement  naval,  lorsqu'ils 
n'avaient  pas  une  grande  supériorité  de  forces.  L'au- 
teur retrace  avec  soin  les  exploits  des  commodores 
Rodgers  ,  Chauncey  ,  Decature,  Porter,  Bainbridge  , 
Perry  ctMacdonough;  des  capitaines  Stull,  Jones,  fteid  : 
et  cette  partie  de  l'ouvrage  n'en  esl  pas  la  moins  inté- 
ressante. M.  Brackcnndgc  accuse  quelques  généraux 
et  amiraux  anglais  d'atrocités  inouies  dans  les  guerres 
modernes,  et  réfute  avec  chaleur  les  prétextes  dont  le 
gouvernement  anglais  a  cherché  à  couvrir  ces  atrocités. 
L'incendie  de  Washington  que  ce  gouvernement  n'a 
pas  désavoué,  et  qui  a  excité  une  indignation  générale, 
même  en  Angleterre,  fut  sans  contredit  l'événement 
qui  contribua  le  plus  à  l'heureuse  issue  que  la  guerre 


ET  POLITIQUES.  3i3 

eut  pour  l'Amérique.  Eu  effet,  à  la  nouvelle  de  cet 
horrible  attentat,  digne  des  siècles  de  barbarie ,  tous 
les  Américains  se  réunirent  dans  un  besoin  commun  de 
vengeance;  l'esprit  de  parti,  qui  avait  jusque-là  paralysé 
en  quelque  sorte  les  opérations  du  gouvernement ,  dis- 
parut tout-à-coup  ;  la  même  opinion  ,  les  mêmes  senti- 
rnens  régnèrent  d'un  bout  à  l'autre  de  l'Union,  et  l'on 
vit,  dit  l'auteur,  une  nation  d'hommes  libres  prête  à  se 
lever  dans  sa  force  pour  repousser  des  hordes  barbares. 
Après  avoir  fait  connaître  succinctement  les  princi- 
pales circonstances  de  cette  guerre  importante,  nous 
aurions  désiré  pouvoir  entrer  dans  quelques-uns  des 
détails  pleins  d'intérêt  que  donne  l'auteur,  tant  sur  la 
manière  dont  les  Américains  s'y  étaient  pris  pour  in- 
troduire chez  les  Indiens  un  commencement  de  civi- 
lisation,  que  sur  les  machinations  perfides  employées 
pour  entraîner  ces  malheureux  à  s'armer  contre  leurs 
bienfaiteurs  ;  mais  nous  sommes  forcés  de  renvoyer  à 
l'ouvrage  même,  où  nous  pouvons  assurer  qu'on  pui- 
sera ,  d'après  des  preuves  multipliées  ,  la  conviction  que 
l'Amérique-Unie,  grâces  à  ses  institutions  généreuses, 
aux  nobles  sentimens  qui  animent  ses  citoyens  ,  est  déjà 
une  grande  et  puissante  nation  ,  digne  de  l'admiration 
de  tous  les  amis  d'une  sage  et  véritable  liberté. 

Pour  justifier  ce  que  nous  avons  dit  du  style  du  tra- 
ducteur, et  faire  connaître  les  résultats  généraux  de  la 
guerre,  nous  croyons  devoir  transcrire  ici  le  portrait 
d'un  chef  indien,  tué  à  la  bataille  de  la  rivière 
Thames  ,  et  les  réflexions  qui  terminent  l'ouvrage. 

«  Ainsi  périt  Tecumseh,  le  plus  grand  ,  le  plus  illustre 
de  tous  les  guerriers  qui  levèrent  jamais  contre  nous 
le  Thomahawk  (i)   ;  avec  lui  s'évanouit  le  dernier  es- 

(i)  Hache  de  guerre  des  Indiens. 


3,4  SCIENCES  MORALES 

poir  des  Indiens.  Depuis  nombre  d'années,  ce  vaillant 
chef  travaillait  sans  relâche  à  unir  toutes  les  tribus 
indiennes  pour  opposer  une  digue  insurmontable  aux 
progrès  de  la  civilisation  ;  et  il  est  à  croire  que  ,  si  les 
premiers  Européens  qui  vinrent  habiter  l'Amérique 
avaient  eu  affaire  à  un  pareil  homme  ,  ce  vaste  et  riche 
continent  serait  encore  inculte  et  sauvage.  ïecumseh 
avait  à  peine  quarante  ans  ;  depuis  son  enfance,  il  s'é- 
tait trouvé  à  tous  les  engagemens  contre  les  blancs  ; 
jamais  il  ne  montra  la  froide  férocité  de  ses  compa- 
triotes :  terrible  au  milieu  des  combats  ,  il  faisait  rare- 
ment des  prisonniers  ;  mais  quand  une  fois  il  avait 
donné  quartier  à  un  ennemi,  il  le  protégeait  contre 
toute  insulte.  Ou  le  vit,  après  l'action  où  le  colonel 
Dudley  perdit  la  vie,  tuer  de  sa  propre  main  un  chef 
indien,  pour  avoir  massacré  des  hommes  qui  avaient 
déposé  leurs  armes.  Tecumseb  avait  reçu  de  la  nature 
le  sceau  delà  grandeur;  etsi  le  hasard  l'avait  fait  naître 
au  siégedes  lumières,  nul  doute  que,  par  ses  émineutes 
qualités,  il  ne  se  fut  placé  au  nombre  des  hommes  les 
plus  distingués  :  doué  de  la  plus  vaste  intelligence,  de 
l'aine  d'un  héros,  il  y  joignait  l'aspect  le  plus  impo- 
sant, et  qui  seul  suffit  pour  le  faire  reconnaître  parmi 
les  morts,  quoiqu'il  ne  portât  aucune  marque  distiuc- 
tive.  Lorsque  le  général  Proctor  lui  annonça  que  le 
roi  d'Angleterre  le  faisait  brigadier  général  ,  en  ré- 
compensedesa conduite  à  Browstowo  et  à  V.  a, et 
qu'il  voulut  lui  ceindre  uneécharpe  de  soie,  il  refusa  ce 
présent  avec  une  noble  fierté.  Sans  autre  titre  que  son 
génie  supérieur,  il  exerÇa  un  empire  sans  bornes  sur 
se>  compatriotes,  et  jamais  aucun  chef  n'osa  lui  dis- 
puter la  prééminence 

«  On  rapporte  que  le  sage  Franklin  ,  entendant  nom- 


ET  POLITIQUES.  3i5 

mer  notre  première  lutte  contre  l'Angleterre  ,  la  guerre 
de  V Indépendance  y  s'écria  :  Dites  donc ,  la  guerre  de  la 
Révolution  ;  celle  de  V Indépendance  est  encore  à  venir  ! 
Elle  est  maintenant  terminée,  et  elle  a  mis  fin  pour 
jamais  à  l'espoir  que  l'Angleterre  conservait  encore 
de  nous  ramener  tôt  ou  tard  sous  sa  domination. 
Notre  superbe  rivale  vient  d'apprendre  ,  à  ses  dépens  , 
qu'il  est  moins  coûteux  de  nous  rendre  justice  que  de 
nous  forcer  à  nous  la  faire  nous-mêmes.  Deux  mille 
navires  capturés  au  détriment  de  son  commerce,  sa 
marine  militaire  humiliée  ,  les  débouchés  de  ses  ma- 
nufactures considérablement  diminués  ,  son  énorme 
dette  accrue  de  plusieurs  millions  sterling  :  tels  furent 
les  fruits  qu'elle  recueillit  d'une  guerre  à  laquelle  ses 
criantes  injustices  avaient  pu  seules  nous  porter.  Mais 
ce  n'est  pas  tout;  durant  cette  guerre  ,  elle  eut  encore 
l'amer  chagrin  de  voir  que  nos  braves  marins  avaient 
une  supériorité  marquée  sur  les  siens,  et  que  ses  projets 
de  conquêtes,  quand  elle  voulait  les  mettre  à  exécu- 
tion, n'avaient  d'autres  résultats  que  de  conduire  à  la 
mort  l'élite  de  ses  armées.  En  rapportant,  quand,  on 
le  lui  demandait,  ses  ordres  du  conseil,  en  renonçant 
volontairement  à  l'odieux  usage  de  presser  nos  matelots, 
l'Angleterre  pouvait  éviter  tous  ces  malheurs  ;  mais 
l'orgueil  de  sou  gouvernement  ne  voulut  rien  céder, 
et  il  nous  fallut  prendre  les  armes  pour  la  forcer  à  re- 
connaître nos  droits,  et  à  nous  traiter  avec  le  respect 
du  à  une  grande  et  indépendante  nation.  » 

«  Quant  à  nous,  ne  perdons  jamais  de  vue  les  im- 
portantes leçons  que  l'expérience  nous  a  données.  Ayons 
une  politique  franche,  loyale  et  basée  sur  la  justice. 
Restons  en  paix,  tant  que  nous  le  pourrons  avec  hon- 
neur; mais  ne  souffrons  aucun  affront  ,  et  soyons  tou- 


3i6  SCIENCES  MORALES 

jours  prêts  à  venger  ceux  qu'on  pourrait  nous  faire. 
Enfin  ,  soyons  bien  convaincus  <[iic  ,  si  nous  ne  devons 
pas  aspirer  à  la  gloire  funeste  des  conquêtes,  nous 
sommes  du  moins  assez  puissans  pour  repousser  toute 
agression  étrangère.  »  DuPÉRON. 


»W\W\VV1W«\\VUVWV«>\V\VV«WV 


Histoire  de  Russie,   par  AI.  Karamsin,  traduite 
par  MM,  Saikt- Thomas  et  Jauifuet  (i). 

M.  KaràMSIN  passe  pour  un  des  meilleurs  auteurs vi- 
v.'ins  de  la  Russie;  quelques  essais  littéraires  avaient 
commencé  sa  réputation  ;  son  ouvrage  historique  Ta 
fondée  solidement.  Ce  livre  a  valu  à  l'auteur  de  grandes 
distinctions  de  la  part  de  son  souverain;  cependant  , 
ces  récompenses  ne  prouveraient  que  la  satisfaction 
du  gouvernement  ,  si  les  suffrages  du  public  n'étaient 
pas  venus  s'y  joindre.  Indépendamment  du  mérite 
réel  de  cet  ouvrage,  on  doit  attribuer  eu  partie  le 
grand  succès  qu'il  a  obtenu  à  ce  que  la  Russie  man- 
quait d'une  véritable  histoire  nationale  et  complète: 
ce  n'est  pas  qu'elle  n'eut  auparavant  des  historiens 
,-issez  estimés;  mais  ils  avaient  écrit  dans  un  teins  OÙ 
beaucoup  de  documens  étaient  encore  ensevelis  dans 
l'oubli  ,  et  ou  l'art  d'écrire  n'était  point  parvenu 
en  Russie  au  degré  de  perfection  oh  il  est  actuelle- 
ment. Il  a  été  long-tems  «lu  bon  Ion  dans  les  hautes 
classes  de  la  Russie  ,  comme  dan-;  les  cours  d'Allema- 
gne ,  de  cultiver  le  français  aux  dépens  de  la  langue 
nationale  :  cette  préférence,  honorable  pour  la  lan- 

i    Paris,  îSirj. —  L'outrage  entier  doîl  avoir  Imit  volume! 
\  <»n»  /  l'annonce  détaillée  d<-  <  et  te  traduction  .  H<  i .  /■',•/</..  T.  II, 


ET  POLITIQUES.  3i7 

gue  française  ,  pouvait  être  blâmée  chez  les  hommes 
qui  lui  sacrifiaient  leur  idiome  maternel  ;  mais  on  a 
senti  enfin  en  Russie,  et  peut-être  aussi  dans  les  pe- 
tites cours  allemandes  ,  que  s'il  est  du  bon  ton  de 
parler  une  langue  étrangère,  il  est  de  la  bonne  édu- 
cation de  connaître  à  fond  celle  de  son  pays. 

L'histoire  écrite  par  M.  Karamsin  a  donc  fait  une 
grande  sensation  ,  comme  un  des  ouvrages  les  plus  im- 
portans  et  les  mieux  écrits  que  la  littérature  russe  ait 
produits  jusqu'à  ce  jour.  Elle  avait  de  plus  le  mérite 
d'être  le  fruit  de  longues  recherches  qui  ont  été  se- 
condées par  le  gouvernement  et  par  les  grands  de 
Russie  ;  circonstance  essentielle  pour  l'histoire  d'un 
pays  qui  ne  possède  pas  ,  à  beaucoup  près  ,  ce  grand 
nombre  de  livres  imprimés  ,  dont  les  bibliothèques  his- 
toriques des  autres  pays  de  l'Europe  sont  abondamment 
fournies.  Enfin  ,  ce  qui  achève  d'assigner  à  l'auteur  un 
rang  supérieur  à  celui  de  ses  devanciers,  c'est  qu'on  re- 
marque dans  son  ouvrage  une  diction  élégante  et  pure , 
une  imitation  quelquefois  heureuse  des  grands  modèles 
historiques  de  l'antiquité,  une  suite  de  récits  atta- 
chans ,  et  souvent  pleins  d'intérêt;  enfin,  des  faits 
éclaircis  à  l'aide  d'une  critique  judicieuse. 

Hors  de  la  Russie ,  cette  réunion  d'avantages  fera 
peut-être  regretter  que  l'auteur  n'ait  pu  en  ajouter  un 
autre  non  moins  important  pour  l'historien,  et  qu'il 
ne  dépend  pas  toujours  de  lui  de  se  donner  ;  je  veux 
dire  ,  une  position  tellement  indépendante  ,  que  l'his- 
torien puisse  dire  ,  sans  aucun  ménagement ,  la  vérité 
tout  entière.  On  s'aperçoit,  dès  le  début,  que  l'au- 
teur n'a  pas  été  entièrement  libre  d'exprimer  sa 
pensée  ;  il  fait  observer,  avec  raison  ,  que  l'histoire  est , 
en  quelque  sorte ,  le  livre  sacré  des  nations  ,  le  testament 

TOME    VI.  22 


3i8  SCIENCES  MORALES 

laissé  par  les  ancêtres  à  la  postérité  ;  le  complément  et 
V 'explication  du jjrése/it ,  le  guide  de  l'avenir.  Puis,  il 
continue  eu  ces  termes  :  «  Les  souverains  et  les  législa- 
teurs agissent  d'après  les  indications  de  l'histoire;  ils 
en  consultent  attentivement  les  pages,  ainsi  que  les  na- 
vigateurs consultent  leurs  cartes  marines.  La  sagesse 
humaine  a  besoin  de  tant  d'expérience,  et  la  vie  est  si 
courte  î  II  importe  de  connaître  comment  ,  de  toute 
antiquité  ,  les  passions  séditieuses  ont  troublé  la  so- 
ciété ,  et  par  quels  moyens  le  pouvoir  bienfaisant  de  la 
raison  a  su  réprimer  leur  choc  impétueux  ,  afin  d'éta- 
blir l'ordre,  de  concilier  les  divers  intérêts  des  hommes, 
et  de  leur  procurer  tout  le  bonheur  qu'on  peut  se  pro- 
curer sur  la  terre.  Un  simple  citoyen  même  doit  éga- 
lement; lire  l'histoire  :  elle  le  réconcilie  avec  l'appa- 
rente imperfection  des  choses,  en  la  lui  présentant 
connue  l'apanage  de  tous  les  siècles.  Pour  le  consoler 
au  milieu  des  calamités  publiques,  elle  lui  en  montre 
de  semblables  et  de  plus  terribles  encore  auxquelles 
l'État  n'a  pas  succombé.  Elle  nourrit  nos  facultés  mo- 
rales; et,  par  ses  arrêts  équitables,  elle  dispose  l 'aine  à 
la  justice,  cette  précieuse  base  de  notre  bien-être,  qui 
établit  la  concorde  parmi  les  hommes.  » 

Si  L'historien  avait  écrit  son  ouvrage  en  Angleterre 
ou  en  Amérique  ,  il  aurait  ,  ce  me  semble,  indiqué 
avec  plus  de  française  la  véritable  utilité  de  l'histoire. 
Cette  science,  aurait- il  dit,  donne  de  grandes  Leçons 
aux  princes  et  aux  peuples;  elle  enseigne  aux  uns  que, 
s'ils  méconnaissent  les  droits  de  l'humanité  ,  s'ils  usur- 
pent un  pouvoir  arbitraire,  s'ils  prodiguent  la  fa\eur 
et  les  privilèges  à  une  elasse  aux  dépens  des  autres, 
s'ils  oublient  enfin  qu'ils  ne  gottl  rruen  t  que  pour  re- 
présenter la  volonté  des  nations,  ils  préparent  des  ru- 


ET  POLITIQUES.  3 19 

ïamîtés  sans  nombre  à  leurs  Etats  ,  et  hâtent  là  chute 
de  leur  dynastie.  Elle  enseigne  aux  nations  que  la 
vraie  grandeur  des  États  est  fondée  sur  la  liberté,  le 
patriotisme,  la  justice  et  les  lumières  de  la  raison;  que 
plus  les  peuples  sont  éclairés ,  plus  ils  ont  de  source  de 
prospérité;  et,  qu'en  respectant  toujours  le  repos  et 
l'indépendance  des  autres  peuples  ,  ils  assurent  leur 
propre  tranquillité.  Enfin  l'histoire  offre  des  instruc- 
tions et  des  consolations  au  simple  citoyen  ;  elle  lui 
fait  voir  que  l'homme  possède  tous  les  moyens  de  se 
rendre  heureux;  que  ,  réuni  en  société  ,  il  est  toujours 
assez  fort  pour  résister  à  l'oppression,  et  pour  éloigner 
de  lui  les  calamités  accidentelles,  ou  du  inoins  pour 
en  diminuer  les  effets. 

L'histoire  de  Russie  offre,  comme  celle  de  tous  les 
autres  peuples  de  l'Europe,  une  suite  malheureuse- 
ment trop  longue  de  guerres  civiles ,  d'invasions  ,  de 
conquêtes  ,  d'actes  de  barbarie ,  et  de  règnes  despo- 
tiques. La  législation,  les  mœurs,  le  culte,  tout  con- 
serve ,  pendant  près  de  dix  siècles  ,  l'empreinte  de  la 
grossièreté  des  tems  d'ignorance  et  de  superstition.  Ce- 
pendant ,  l'histoire  des  autres  peuples  de  l'Europe 
offre  au  philosophe  un  sujet  de  consolations  dans  ces 
efforts  continuels  que  fait  la  société  civile  pour  conser- 
ver ou  pour  recouvrer  sa  liberté  primitive  ,  et  pour 
préserver  au  moins  une  partie  de  ses  droits  des  at- 
teintes du  pouvoir  et  de  la  force.  On  voit  renaître  de 
tems  en  tems  des  institutions  presque  aussi  anciennes 
que  la  société  ,  et  inventées  pour  en  garantir  les  droits . 
Quelques  peuples  ne  les  ont  même  jamais  perdues,  et 
en  jouissent  depuis  un  tems  immémorial.  Ge  sonl  là  les 
véritables  titres  de  la  gloire  des  n;i lions;  ils  prouvent 
qu'elles   ont    su    conserver    leur   dignité    morale  ,    et 

22* 


320  SCIENCES  MORALES 

qu'elles    ont   connu   la  valeur  du  dépôt  précieux  que 

leur  avaient  transmis  leurs  ancêtres. 

Les  premiers  parlemens  et  les  États-généraux,  en 
France,  rappelaient  les  assemblées  populaires  des 
Francs  ;  le  jury  existe  en  Angleterre,  depuis  le  tems  des 
Saxons;  les  Allemands  ont  conservé  long-tems  des  restes 
de  la  liberté  germanique.  L'histoire  de  Russie  ne  pré- 
sente pas  ,  malheureusement ,  un  spectacle  aussi  conso- 
lant. Depuis  les  tems  anciens  jusqu'à  notre  siècle,  le 
peuple  y  <•>  été  condamné  à  une  soumission  passive ,  et 
.  xclus  de  toute  participation  aux  affaires  publiques, 
l'ordre  de  succession  même,  qui  était  une  loi  fonda- 
mentale dans  tous  les  autres  pays  ,  dépendait  en  Russie 
de  la  volonté  arbitraire  des  autocrates  :  c'était  tantôt 
le  frère  aîné  du  prince  ,  tantôt  un  des  fils  ,  tantôt  le  fils 
aîné,  qui  succédait  au  père.  La  servitude  appesantit 
encore  son  joug,  en  Russie,  sur  des  milliers  de  malheu- 
reux. Quant  à  ces  institutions  conservatrices  de  la  li- 
berté publique,  que  notre  génération  ,  avertie  par  les 
malheurs  du  passé,  a  raison  de  réclamer  avec  tant  de 
constance,  partout  où  elles  n'existent  pas  encore,  et 
partout  où  elles  ont  été  détruites ,  on  n'en  trouve  que 
de  faibles  traces  dans  la  longue  barbarie  des  habitans 
de  la  Russie.  C'est  à  cause  de  leur  rareté  même  «pièces 
indices  deviennent  précieux;  et  il  serait  digne  du  ta- 
lent d'un  Russe  patriote  de  recueillir  avec  soin  toutes 
les  données  qui  se  rapportent ,  dans  l'histoire  de  sa  pa- 
trie, à  ces  lueurs  d'un  régime  libéral  :  j'en  indiquerai 
quelques-unes  que  M.  Karamsin  fait  connaître  ,  dans 
les  intéressans  aperçus  moraux  par  lesquels  il  inter- 
rompt fort  a  propos,  de  tems  en  tems,  à  la  manière  de 
Voltaire  et  des  bons  historiens  de  nos  jours,  le  récit 
long  et  embrouille  des  événemens  historiques. 


ET  politiques.  ;;2t 

«•  Dans  une  copie  du  Code  d'Yaroslof ,  trouvée  àNo- 
vogorod,  dit  l'auteur,  on  lit  que,  dans  tous  les  procès, 
le  demandeur  devait  paraître  avec  l'accusé  devant 
douze  citoyens  jurés  assermentés,  qui,  selon  leurame 
et  conscience,  devaient  en  discuter  toutes  les  circons- 
tances ,  laissant  d'ailleurs  aux  juges  le  droit  de  déter- 
miner la  peine  et  de  la  faire  appliquer.  »  Puisqu'il  n'est 
plus  fait  mention  de  l'institution  du  jury  dans  les  siè- 
cles suivans,  il  est  évident  que  les  successeurs  d'Yaros- 
lof ont  dépouillé  leurs  sujets  de  cette  garantie  pré- 
cieuse de  la  justice;  et,  sans  doute,  le  peuple,  trop 
ignorant  pour  en  sentir  le  prix,  n'a  rien  fait  pour 
conserver  la  jouissance  d'une  institution  qu'il  devait 
vraisemblablement  aux  Varègues  ou  pirates  et  aven- 
turiers du  nord  ,  qui  donnèrent  les  premiers  princes  à 
la  Russie. 

Le  système  représentatif  n'était  pas  non  plus  entiè- 
rement inconnu  aux  anciens  Russes;  mais  l'autocratie 
avait  tant  d'intérêt  a  détruire  toutes  les  bornes  de  son 
pouvoir  ,  qu'il  ne  faut  pas  s'étonner  si  l'histoire  en  fait 
à  peine  connaître  les  élémens.  «  Monomaque,  affligé 
du  spectacle  de  l'anarchie  et  du  désordre  qui  régnaient 
en  Russie,  dit  M.  Karamsin  ,  voulut  remédier  à  un  mal 
si  funeste,  en  instituant  des  conseils  généraux  ou  as- 
semblées de  princes,  qui  rallumassent  dans  les  cœurs 
l'amour  de  la  patrie.  »  Mais,  comme  pour  nous  dé- 
goûter de  ces  conseils  généraux  ,  l'historien  ajoute  aus- 
sitôt: «  Ce  fut  à  la  suite  d'un  de  ces  conseils  que  l'in- 
fortuné Vassilko  fut  privé  de  la  vue,  et  que  Gleb  de 
Resan  trempa  ses  mains  dans  le  sang  de  ses  frères.  » 
On  ne  voit  point,  par  ces  passages  ,  s'il  existait  aupara- 
vant en  Russie  un  système  représentatif  quelconque  ; 
©n  n'y  voit  pas  non  plus  si ,  dans  ces  conseils  généraux. 


332  SCIENCES  MORALES 

le  peuple  était  représenté  comme  la  grande  noblesse  ; 
mais,  deux  siècles  après,  c'est-à-dire,  vers  i3oo,  l'his- 
torien fait  mention  du  rétablissement  momentané  des 
diètes  instituées  par  Monomaque.  «  Sviatopolk  et  An- 
dré, dit  notre  auteur,  ne  pouvant,  ni  l'un  ni  l'autre, 
réprimer  par  la  force  les  princes  apanages,  crurent  à 
propos  d'essayer  les  voies  de  conciliation,  pour  par- 
venir à  ce  but  si  désirable.  On  voyait  également  siéger 
dans  ces  assemblées  solennelles  les  ecclésiastiques  de  la 
plus  haute  distinction,  interprètes,  des  lois  sacrées  de 
la  vérité  et  de  la  conscience.  La  première  de  ces  assem- 
blées se  tint  à  Dmitrof ,  à  la  mort  de  Féodor  D'\aros- 
lavle.  André  y  termina  à  l'amiable  tous  les  différens 
avec  son  fils  Daniel,  ses  neveux  Jean  et  Michel  ;  etc.  » 
Les  diètes  de  Monomaque  étaient  donc,  comme  il 
résulte  de  ce  passage  ,  plutôt  des  conseils  d'arbitrage 
que  des  assemblées  nationales,  et  on  ne  s'y  occupait 
que  des  affaires  des  princes.  Dans  la  suite  de  l'histoire 
de  Russie,  il  n'est  plus  question  de  ces  diètes  ;  et  l'au- 
tocratie des  czars  ,  appuyée  sur  l'aristocratie  des 
bovars  et  la  hiérarchie  du  clergé,  établit  un  empire 
absolu  dans  lequel  se  perdirent  aussi  les  droits  des  com- 
munes que  possédaient  d'abord  quelques  villes  puis- 
santes, telles  que  Novogorod  et.  Kief ,  résidences  des 
princes  souverafns.  Novogorod,  qui  avait  un  système 
municipal  semblable  à  celui  qui  régissait,  dans  le 
moyeu  âge,  presque  toutes  les  villes  de  l'Europe, 
essaya  même  d  limiter  les  bornes  du  pouvoir  des 
princes,  qui  tiraient  leur  autorité  de  la  possession  de 
te  ville-,  riche  de  son  commerce  avec  l'Allemagne. 
M.  K.arattisiri  représente  ces  efforts  des  Noivogorediens 
i  omme  une  sorte  d'usurpation  et  de  licence.  «  Les  con- 
seils publics    c'est  ainsi  qu'il  désigne  leur  assemblée 


ET  POLITIQUES.  3a3 

municipale  )  donnaient  leurs  avis  au  prince  ,  lui  pro- 
posaient leurs  prétentions  ,  et  décidaient  quelquefois  de 
son  propre  sort  en  législateurs  suprêmes.  »  L'historien 
avoue  que  le  droit  de  voter  dans  cette  assemblée  légis- 
lative ,  n'était  acccordé  qu'aux  plus  anciens  citoyens, 
aux  boyards,  aux  militaires  et  aux  marchands.  Mais  il 
paraît  que  ce  faible  rempart  de  l'indépendance  des  ci- 
toyens succomba  bientôt  aux  atteintes  du  pouvoir  ,  et 
que  le  peuple  se  soumit  dès-lors  sans  résistance  au  joug 
de  ses  maîtres. 

Il  m'a  semblé  qu'à  une  époque  où  les  nations  repro- 
duisent avec  orgueil  les  monumens  de  leur  liberté, 
pour  prouver  qu'elle  est  plus  ancienne  que  le  despo- 
tisme ,  et  où  celles  qui  n'en  ont  pas  ,  en  élèvent  de  nou- 
veaux plus  dignes  de  notre  siècle  éclairé  ,  que  les 
débris  informes  dès  institutions  du  moyen  âge  ,  il  serait 
intéressant  de  faire  voir  que ,  dans  la  Russie  même, 
ces  institutions  n'ont  pas  été  entièrement  inconnues  ; 
si  elles  y  ont  laissé  de  plus  faibles  traces  que  partout 
ailleurs,  il  faut  probablement  en  attribuer  la  faute  à 
la  position  particulière  de  cet  empire  ,  qui  ,  ayant  eu 
pendant  long-tems  plus  de  rapports  avec  l'Asie  qu'avec 
l'Europe  ,  a  dû  prendre  plutôt  les  mœurs  asiatiques , 
que  celles  des  Européens  civilisés.  Le  règne  des  Tartares 
n'a  pas  dû  contribuer  à  diminuer  cette  longue  bar- 
barie. Mais  ,  aujourd'hui  ,  des  relations  multipliées  à 
l'infini  unissent  la  Russie  aux  Etats  d'Europe  ;  les 
lumières  y  pénètrent  sans  obstacle  ,  et  il  est  impossible 
que  la  servitude  n'y  fasse  bientôt  place  aux  institutions 
libérales,  que  l'esprit  du  siècle  regarde  avec,  raison 
comme  les  plus  propres  à  régir  les  nations ,  et  à  ga- 
rantir la  stabilité  des  États. 

Une  remarque  qui  n'échappera ,  sans  doute,  à,  au- 


324  SCIENCES  MORALES 

cun  lecteur  attentif  de  l'Histoire  de  Russie,  c'est  que 
les  soulèvcmcns  du  peuple  y  ont  été'  aussi  fréquens  que 
les  actes  violens  et  arbitraires  des  princes  ,  et  que  les 
sujets,  accablés  par  la  force  despotique  ,  se  sont  vengés  , 
dans  beaucoup  de  circonstances  ,  par  des  révoltes  et  des 
trahisons  ;  la  servitude  avait  abruti  le  peuple  ,  et  le 
sentiment  de  sa  faiblesse  le  poussait  à  la  perfidie.  Ce- 
pendant,  dans  ces  trahisons  mêmes,  les  Russes  gar- 
daient encore  la  naïveté  de  leur  caractère  primitif. 
J'en  citerai  un  exemple,  qui  fera  connaître  en  même 
tems  la  manière  de  narrer  de  l'historien  ,  et  le  style  de 
ses  traducteurs. 

Le  grand  prince  Igor  ,  après  la  mort  de  Vsevolod  , 
fit  rassembler  devant  le  palais  les  habitans  de  la  ville 
de  Kief  ;  il  exigea  d'eux  un  double  serment  de  fidélité  , 
et  les  congédia  ensuite  ;  l'historien  continue  ainsi  i 

««  Les  citoyens,  dont  les  désirs  n'étaient  point  encore 
entièrement  satisfaits  ,  se  rassemblèrent  de  nouveau  en 
conseil  public  ,  oii  ils  appelèrent  leur  prince  ;  le  frère 
d'Igor  arriva  seul  et  demanda  ce  qu'ils  désiraient  :  «  La 
justice  !  s'écria  le  peuple  ;  les  juges  nommés  par  Vsevo- 
lod ont  opprimé  les  faibles;  Ralscha  a  dévasté  Kief, 
et  Youychegorod  l'a  été  par  Goudar.  Sviatoslaf, 
jurez  pour  vous  et  pour  votre  frère  ,  que  désormais 
vous  serez  vous-mêmes  nos  juges  ,  ou  que  vous  choi- 
sirez, pour  vous  remplacer,  les  seigneurs  les  plus  di^nc- 
de  ce  noble  emploi.  "  Le  prince  descendit  de  cheval  . 
baisa  la  croix,  et  promit  au  peuple  que  le  nouveau 
souverain  remplirait  envers  le  peuple  tous  les  devoirs 
«lu  père  le  plus  tendre  ;  qu'ils  n'auraient  plus  de  dila- 
pi dateurs  pour  juges  ,  mais  les  seigneur-,  les  plus  connus 
par  leur  probité,  qui  se  contenteraient  de  l'impôt  légal, 
au  lieu  <\r>  surcharger  les  accusés  d'autres  conlribu- 


ET  POLITIQUES.  3s5 

lions.  «  Agréez  le  tribut  de  notre  reconnaissance  , 
dirent  les  citoyens  ,  et  comptez  maintenant  sur  notre 
fidélité.  »  Le  grand  prince  Igor  renouvela  les  mêmes 
protestations  aux  députés  du  peuple ,  et  croyant  la 
chose  terminée  ,  il  se  mit  tranquillement  à  table.  Ce- 
pendant ,  la  populace  rebelle  se  précipita  en  foule ,  pour 
piller  la  maison  de  l'opulent  Ratscha  ,  qu'elle  avait  en 
horreur,  et  ce  ne  fut  qu'avec  les  plus  grandes  peines 
que  Sviatoslaf  parvint  à  rétablir  l'ordre.  » 

Igor,  oubliant  bientôt  ses  sermens ,  ferma  les  yeux 
sur  les  vexations  des  boyards  ;  alors ,  les  habitans 
de  Kief,  ne  reconnaissant  plus  un  prince  parjure, 
comme  souverain  légitime ,  appellent  secrètement  le 
prince  Ysiaslaf ,  pour  régner  sur  eux.  Ils  continuent 
d'assurer  Igor  de  tout  leur  zèle  ;  mais,  dès  que  Ysinslaf 
approche  de  la  ville  ,  ils  se  déclarent  pour  lui.  Igor 
marche  au-devant  de  son  compétiteur  au  trône  ,  sans 
qu'ils  y  mettent  obstacle  ;  il  perd  la  bataille  ,  et  il  est 
enfermé  dans  le  cachot  d'un  couvent ,  par  son  vain- 
queur qui  prend  sa  place  dans  la  ville  de  Kief. 

Il  n'a  encore  paru  de  la  traduction  de  l'ouvrage  de 
M.  Karamsin  ,  que  les  quatrepremiers  volumes.  Ainsi, 
nous  ne  pouvons  porter  un  jugementsur  l'ensemble  de 
cette  Histoire,  à  laquelle  l'auteurparaîtencore travail- 
ler, quoiqu'il  en  ait  déjà  publié  huitvoluraes.  Les  traduc- 
teurs ont  eu  une  grande  difficulté  à  vaincre,  en  repro- 
duisant dans  une  autre  langue  les  mots  et  les  phrases 
d'une  langue  qui  a  si  peu  d'analogie  avec  le  français  ; 
ils  ont  heureusement  surmonté  cet  obstacle  ,  et  à  peine 
vs'aperçoit-on ,  à  la  lecture  de  leur  traduction,  que 
l'ouvrage  a  été  composé  en  russe  ;  leur  version  se 
recommande  encore  par  la  fidélité  ,  puisqu'elle  a  été 
revue  et  approuvée  par  Tau  leur  lui-même.      Dbpfii 


JnÔ  SCIENCES  MORALES 

WWYYWVVWVWVWIWWV.VV  WVVWWVVXWW 

Annales  des  Lagidfs,  ou  Chronologie  des  Rois 
Grecs  et  d?  Egypte  ,  successeurs  d '  Alexandre- 
le-Grand  ;  ouvrage  couronné  par  ï Académie 
royale  des  Inscriptions  et  Belles- Lettres  de  T Ins- 
titut de  France ,  au  Concours  de  Cannée  1818  , 
et.  accompagné  de  tableaux  chronologiques  et 
de  deux  planches  de  médailles,  par  AI.  ChA.m- 

POLLION-FlGEAC   (l). 

Ceux  qui  suivent  avec  quelque  assiduité  les-travaux 
des  diverses  Académies  de  l'Institut,  ont  pu  voir,  dans 
le  rapport  imprimé  en  181 4  ,  sur  ceux  de  l'Académie 
des  belles-lettres,  que  l'auteur  de  l'ouvrage  cmio  nous 
annonçons  s'occupait  de  recherches  sur  les  calendriers 
de  l'antiquité.  C'était ,  à  quelques  égards  ,  un  sujet 
tout  neuf;  et  l'extrait  des  premières  Communications 
faites  à  l'Institut  par  le  mémo  auteur ,  laisse  déjà  entre- 
voir les  résultats  dont  ses  annales  des  Lagidcs  présen- 
tent une  importante  explication.  On  avait  ,  en  effet  . 
jusque-là  beaucoup  de  systèmes  de  chronologie  géné- 
rale; mais  ceux  qui  avaient  étudié  la  matière  à  fond 
savaient  aussi  apprécier  le  peu  de  valeur  de  ces  sys- 
tèmes et  toute  leur  inexactitude,  lorsqu'ils  se  rappe- 
l.i  1  eut  oue  les  auteurs ,  et.  même  les  monumens  de  l'an- 
h(|nité,  contenaient  une  foule  de  dates  de  laits  histo- 

(i)  Paris.  i<Sm>.  >.  vol.  in  -S0.  Charpenal  ,  rue  Christine ,  cl  JNi- 
colle,  rue  «le  Seine.  Prix,  i5  fr. ,  et  18  fr.  p;ir  la  poste. 

INous  devons  ajouter  que  cet  ouvrages  été*  plusieurs  fois  men- 
tionné très  honorablement  dans  1<-  rouis  d'histoire  professé  au 
Collège  royal  «te  Fiance,  par  M.  Daunon,  auquel  il  a  servi  de 
guide  pour  L'histoire  de  l'ancienne  Egypte.  W.  d.  R. 


ET  POU  TIQUES. 
riques,sur  lesquelles  on  n'avait  rien  obtenu  d'assuré , 
parce  qu'on  n'avait  pas  la  conviction  d'avoir  rapporté 
exactement  sur  l'année  julienne  ces  mêmes  dates  ex- 
primées selon  divers  calendriers  peu  oumal  connus.  On. 
a  donc  justement  applaudi  au  zèle  ardent  avec  lequel 
M.  Champollion-Figeac  a  entrepris  de  restaurer  ,  pour 
ainsi  dire  ,  tous  ces  calendriers  ,  de  faire  connaître  les 
concordances  qu'il  y  a  entre  eux  et  leurs  rapports  avec 
l'année  julienne,  afin  d'avoir  une  traduction  exacte 
des  dates  de  ces  faits  historiques  ,  et  quelques  points 
certains  pour  la  chronologie  ancienne  ,  au  milieu  de 
tant  d'autres  incertitudes  ,  dans  le  long  espace  de  tems 
qu'elle  embrasse. 

Il  serait  facile  de  faire  voir  que  l'ouvrage  qui  nous 
occupe  ,  justifie  déjà  toutes  les  espérances  qui  furent 
alors  conçues  ;  mais  le  suffrage  imposant  qui  le  recom- 
mande au  public  ,  est  une  assez  forte  garantie  en  faveur 
de  notre  assertion.  «  On  s'y  propose,  dit  l'auteur,  de 
»  présenter  la  chronologie  des  rois  grecs  macédoniens 
»  d'Egypte,  successeurs  d'Alexandre-le-Grand  ;  de 
»  réunir,  sur  la  for  des  monumens  et  des  auteurs  les 
»  plus  accrédités  ,  les  faits  qui  appartiennent  à  l'his- 
»  toire  de  ces  rois  ,  et  de  rapporter  à  des  dates  précises 
»  tous  ceux  de  ces  faits  dont  l'époque  peut  être  cxacte- 
»  ment  déterminée.  »  C'est,  en  effet,  ce  que  l'Aca- 
démie des  Inscriptions  et  Belles -Lettres  avait  demandé 
par  son  programme. 

L'auteur  s'est  exactement  conformé  à  ce  xœu  ,  et  il  a 
présenté  ,  selon  l'ordre  des  tems  ,  la  succession  des  roi 
de  la  famille  de  Lagus  ,  ou  des  Ptolémées ,  et  le  tableau 
des  faits  importans  de  chaque  fègfte.  iNous  ne  pou- 
vons le  suivre  pas  à  pas  dnns  son  'ravail,  le  mode  de 
rédaction  que  nous  imposent  l;i  fwttire    et  l'esprit   d< 


328  SCIENCES  MORALES 

ce  recueil,  ne  nous  le  permettant  point.  Ainsi,  nous 
dispensant  d'entrer  dans  les  détails  de  la  méthode 
usitée  par  Fauteur  pour  obtenir  les  résultats  nouveaux 
que  son  livre  présente  en  assez  grand  nombre,  nous 
nous  bornerons  à  mentionner  l'heureux  en^ploi  qu'il  a 
lait  des  travaux  des  anciens  astronomes  grecs  ,  et 
notamment  de  Y  Aima  geste  du  fameux  Ptolémée  , 
pour  bien  connaître  les  époques  générales  et  particu- 
lières de  l'histoire  des  Ptolémées  ,  rois  d'Egypte,  en 
rapprochant  quelques-unes  de  ces  époques  de  certaines 
observations  célestes  recueillies  par  les  astronomes 
grecs  ,  et  dont  M.  Champollion-Figcac  détermine  d'a- 
bord la  date  en  style  julien.  Nous  ne  donnerons  aussi 
qu'une  simple  indication  de  la  plupart  des  princi- 
paux faits  nouvellement  acquis  à  l'histoire  par  notre 
savant  auteur;  tels  sont  les  suivans  :  i°.  D'après  le 
canon  des  rois  qui  précède  Y Almagcstc  ,  on  ne 
comptait  ordinairement  pour  les  Ptolémées ,  que  dix 
règnes  dans  l'espace  de  294  années  ;  leurs  Annales  font 
reconnaître  seize  princes,  formant  quatre  branches, 
et  qui  donnèrent,  dans  cet  intervalle,  vingt  et  un  règnes 
successifs.  20.  L'auteur  des  Annales  propose  ,  ausujetdu 
classement  des  médailles  des  Ptolémées  ,  quelques  vues 
générales  d'une  grande  utilité  ,  en  même  tems  qu'il 
explique  les  diverses  ères  selou  lesquelles  ces  médailles 
sont  datées.  3°.  M  explique  aussi  une  médaille  de  Géo- 
pâtre,  deux  fois  publiée  par  Pellegorin,  dont  l'opinion 
était  adoptée  par  le  célèbre  Eckhel  et  autres  savans 
numismatiques;  et  il  fait  voir,  le  premier  ,  que  la 
double  date  de  cette  médaille  appartient  au  règne  de 
Cléopâtre  et  à  l'ère  qu'elle  institua,  lorsqu'elle  prit  le 
titre  de  Nouvelle  Déesse;  ce  qui  est  confirmé  par  un 
fragment  #rec  de  Porphyre,  que  M.  Champollion  cor- 


ET  POLITIQUES.  3^9 

nge  fort  heureusement,  et  qu'il  applique  à  cette  cu- 
rieuse médaille  qu'il  a  nouvellement  publiée.  4°«  Des 
inscriptions  grecques  ,  récemment  découvertes  en 
Egypte ,  apprenaient  des  faits  absolument  ignorés  ,  re- 
latifs à  quelques-uns  des  Ptolémées  :  ces  faits  sont  exac- 
tement recueillis  dans  leurs  Annales,  et  ces  inscrip- 
tions ,  pour  la  plupart  inédites  ,  sont  rapportées 
textuellement  dans  Y Appendix.  5°.  On  remarque  aussi 
dans  cet  Appendix  un  aperçu  géographique  de  l'expé- 
dition de  Perdiccas  contre  la  basse  Egypte,  d'après  le 
texte  de  Diodore  de  Sicile  ;  une  explication  sur 
quelques  citations  faites  dans  l'ouvrage,  d'après  le 
texte  égyptien  de  la  célèbre  inscription  de  Rosette  ,  dont 
l'auteur  détermine  aussi  la  date  julienne  exprimée 
dans  le  monument ,  selon  le  calendrier  égyptien  et  se- 
lon le  calendrier  macédonien  ;  un  tableau  des  surnoms 
royaux  et  populaires  des  Ptolémées  ,  dressé  dans  l'inten- 
tion d'éclaircir  les  doutes  formés  sur  ces  surnoms , 
par  suite  de  l'incertitude  des  anciens  eux-mêmes. 
Un  curieux  Mémoire  explicatif  de  la  date  égyptienne 
d'une  inscription  grecque  ,  gravée  sur  le  colosse  de 
Memnon,  à  Thèbes  d'Egypte  (avec  sept  médailles);  en- 
fin ,  la  concordance  des  années  de  Nabonassar  avec 
l'année  julienne  ,  pendant  la  durée  de  l'empire  des 
Lagides,  et  un  tableau  de,  tous  les  calendriers  employés- 
dans  cet  ouvrage.  Nous  devons  dire  aussi  que  les  faits 
qui  s'y  trouvent  consignés  ,  sont  résumés  dans  un  canon 
chronologique  dressé  selon  l'année  julienne,  les  olym- 
piades, l'ère  égyptienne  de  Nabonassar,  l'ère  des  La- 
gides et  les  années  de  leurs  règnes,  et  qu'une  ample 
table  alphabétique  des  matières  termine  le  second 
volume. 

Cette  indication  sommaire  des  diverses  parties  de  cet 


33o  SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

ouvrage  ,  si  rempli  de  notions  historiques  ,  recueillies 
par  une  critique  sage,  variée  et  fort  érudite  ,  doit  le 
recommander  particulièrement  aux  savans ,  surtout 
pour  le  soin  que  l'auteur  a  eu  ,  comme  il  l'annonce  lui- 
même,  d'y  répandre  beaucoup  de  détails  ,  susceptibles 
d'éclairer  également  d'autres  questions  de  teins  ,  et  qui 
ramènent  la  chronologie  à  ses  principes  élémentaires. 
C'est  un  soin  dont  on  ne  peut  que  lui  savoir  gré,  car  ces 
détails  ont  presque  toujours  pour  objet  d'expliquer  des 
dates  anciennes;  et,  jusqu'ici ,  cela  nous  a  paru  bien 
plus  difficile,  que  de  faire  des  systèmes  généraux  de  chro- 
nologie; car,  le  nombre  de  ces  systèmes  ,  tous  difïérens 
entre  eux  ,  ne  nous  paraît  guère  propre  à  en  recom- 
mander aucun.  Mais  on  peut  espérer  aujourd'hui  que 
cette  branche  essentielle  des  sciences  historiques  ne  res- 
tera plus  en  arrière  des  autres ,  qui  ont  déjà  faitd'im- 
portans  progrès;  et  certes,  l'ouvrage  dont  nous  venons 
de  rendre  compte  ,  devra  contribuer  efficacement  à  sa 
progression.  Nicolo-Poulo. 

N.  B.  Nous  sommes  informés  qu'on  vient  de  publier  de  Nou- 
velles recherches  sur  V époque  de  la  mort  iV Alexandre  et  sur  la 
chronologie  des  Ptolomces ,  ou  Examen  critique  de  Pouvrage  de 
Al.  Champollion-  Figeac ,  intitulé  Annales  des  Lagides,  par 
M.  J-  Saint' Martin  (  \ri  pag.  in-^8°)'j  et  que  IM  Champollion  - 
I  i  «  .ic  v.i  publier  aussi  une  Nouvelle  exposition  de  ta  Chronolo- 
gie des  Annale \s  îles  Lagides.  N.  D.  K. 


LITTERATURE. 

HISTOIRE    LITTÉRAIRE. 

Mémoires  historiques  sur  la  vie  de  M.  Suard ,  sur 
ses  écrits,  et  sur  le  dix-huitième  siècle,  par  Do- 
minique-Joseph Garât  (i). 

Lorsque,  pour  la  première  fois,  l'on  entend  parler 
du  livre  de  M.  Garât  ,  et  que  ,  pour  la  première  fois  , 
on  jette  les  yeux  sur  son  frontispice,  une  reflexion  vient 
naturellement  à  l'esprit  ;  c'est  l'étrange  rapprochement 
du  nom  qui  partage,  avec  le  xvmc  siècle  ,  l'honneur  de 
faire  le  sujet  de  ces  Mémoires.   Chacun  mesure  d'un 
coup-d'œil    la    disproportion   de    taille   du  bel-esprit 
académicien  ,  avec   l'imposante  stature  du  siècle   qui 
fut  celui  de  Voltaire  et  de  J.-J.  Rousseau  ,   et  encore 
celui  de  l'Assemblée  Constituante  et  de  la  Convention. 
Cette  impression  ne  s'efface  pas   après  la   lecture  de 
l'ouvrage  ;  mais  ,  si  l'on  ne  se  croit  pas  autorisé  à  pro- 
noncer la   justification  complète   de   l'auteur,  sur  le 
choix  de  son  cadre  ,  ou  trouve  du  moins  des  motifs  de 
l'excuser.  D'abord  ,  on  est  presque  séduit  par  les  ingé- 
nieux artifices  de  l'amitié  ,  sans  cesse  occupée  à  relever 
l'importance  ou   le  mérite  de  l'objet  de  son  panégy- 
rique ,  et  l'on  admire,  presque  involontairement ,  l'ha- 
bileté  avec   laquelle  tlM.   Garât  s'efforce  d'élever  son 
héros  ,  au  moins  jusqu'à  la  hauteur  du  piédestal  de  ce 
siècle  ,   qui    fut  grand ,    plus    encore    que    le    grand 
siècle.  Vaincu  par  la  force  des  choses,  plus  d'une  fois 
l'historien  a  négligé  l'académicien  ,  pour  le  géant;  et, 
n'ayant  garde  de  soumettre  celui-ci  au  lit  de  Procuste, 
il  l'a  dessiné  dans  sa  grandeur  et  dans  sa  majesté  ,  dout 

(i)  Paris,  1820.  ?.  vol.  io-8°.  A.  Ik'lin.  Prix,  14  h- 


33a  LITTÉRATURE. 

quelque  éclat  se  reflète  sur  le  secrétaire  perpétuel  île 
l'Académie.  Il  est  juste  encore  d'ajouter  que  ,  si  par  le 
XMiie  siècle,  on  consent  à  n'entendre  que  cette  bril- 
lante éjDoque  où  quelques  salons  de  Paris  ,  remplis 
d'hommes  de  génie  et  d'hommes  spirituels,  donnaient 
l'impulsion  à  l'esprit  humain,  M.  Suard  fut  un  des 
témoins  de  ce  siècle;  témoin  d'autant  plus  précieux, 
qu'il  en  apporta  ,  tout  près  de  nous ,  les  plus  lointaines 
traditions. 

En  ces  tems  «  que  je  viens  d'indiquer,  M.  Suard  parut 
dans  les  salons  de  madame  Geoflrin  ,  d'Helvétius  ,  du 
baron  d'Holbach  ;  il  y  apporta  un  esprit  fin  ,  un  goût 
pur,  une  instruction  variée,  quoiqu'un  peu  superfi- 
cielle ;  un  tact  parfait  des  convenances  sociales.  Là,  on 
lut  des  traductions,  des  brochures,  des  articles  de 
journaux,  écrits  par  M.  Suard  ,  et  qui  attestaient  déjà 
qu'il  était  doué  du  sentiment  des  arts  ,  et  qu'il  possé- 
dait bien  les  formes  et  les  règles  de  sa  langue  ;  là  ,  il 
était  assis  à  côté  de  d'Alembert ,  de  Diderot,  de  Jean- 
Jacques,  de  Raynal ,  de  Marmontel ,  de  La  Harpe ,  de 
Thomas  ;  il  conversait,  il  disputait  avec  eux  ;  il  sem- 
blait occupé  de  travaux  analogues  ;  il  est  même  pro- 
bable qu'il  en  berçait  son  avenir.  Dès-lors  ,  il  devient 
facile  d'expliquer  comment ,  après  l'avoir  vu  habituel- 
lement le  commensal  de  tant  d'hommes  célèbres  du 
siècle  dernier,  on  a  pu  se  persuader  qu'il  était  aussi  leur 
compagnon  de  gloire.  Cette  opinion  propagée,  surtout 
autour  de  M.  Suard  ,  a  dû,  par  suite,  trouver  un  accès 
facile  dans  l'esprit  de  M.  Garât  ;  et  c'est  ainsi  que  s'ex- 
plique le  rapprochement  de  M.  Suard  et  du  xviur 
siècle,  fait  pour  étonner  la  plupart  des  hommes  de 
celui-ci  ,  qui  déjà  sont  la  postérité. 

Toutefois ,  quand  un  homme   de   talent  aura  ma] 


LITTÉRATURE.  333 

choisi  son  sujet,  ou  qu'il  lui  aura  tracé  des  limites 
inexactes ,  il  ne  s'ensuivra  pas  nécessairement  qu'il 
aura  fait  an  mauvais  ouvrage.  Il  est  probable,  au 
contraire  ,  ou  plutôt  il  est  certain  que,  partout  où  il 
se  sera  retrouvé  sur  la  ligne  des  idées  justes  et  vraies  , 
le  talent  de  l'écrivain  aura  repris  tous  ses  avantages. 
C'est  ce  dont  on  s'aperçoit  fréquemment  dans  l'ouvrage 
de  M.  Garât;  il  ne  faut  pas  se  dissimuler,  d'ailleurs  , 
que  ,  soit  par  l'effet  de  circonstances  fortuites  ,  soit  par 
son  habileté  personnelle,  M.  Suard  a  joui  long-tems 
d'une  assez  grande  influence  dans  le  monde  littéraire  : 
à  tort  ou  à  raison  ,  il  avait  en  effet  sa  voix  dans  ces 
salons  philosophiques  si  célèbres  ,  où  l'opinion  dictait 
ses  arrêts  alors  qu'elle  était  véritablement  une  puis- 
sance, et  non,  comme  de  nos  jours,  une  reine  détrônée. 
Lui  aussi,  simple  traducteur  ou  journaliste,  il  a  eu 
l'honneur  d'attirer  les  regards  de  ces  princes  accourus 
du  nord  de  l'Europe,  pour  voir  la  cité  des  littéra- 
teurs et  des  philosophes  ,  comme  autrefois  la  reine 
de  Saba  était  venue,  du  midi  de  l'Afrique,  contem- 
pler la  magnificence  du  temple  de  Salomon.  Enfin, 
M.  Suard  fut ,  pendant  environ  quinze  ans  ,  secrétaire 
perpétuel  de  l'Académie  française ,  ou  de  la  classe  de 
l'Institut  qui  l'avait  remplacée  ;  et ,  quoiqu'il  ait  paru 
méconnaître  l'importance  réelle  d'une  classe  des  scien- 
ces morales  et  politiques  ,  dans  l'Institut  ;  quoiqu'il  ait 
paru  attacher  plus  de  prix  aux  souvenirs  ,  respectables 
sans  doute  ,  des  anciennes  constitutions  académiques, 
qu'à  leur  moderne  organisation  ,  plus  philosophique 
et  plus  régulière ,  on  ne  peut  nier  qu'il  n'ait  joui  d'une 
grande  influence  sur  les  concours ,  et  principalement 
sur  les  nominations  académiques. 

Aussi,  puisque  M.  Garât  avait  promis  une  biogra- 

TOME    VI.  23 


334  LITTÉRATURE 

phie  ,  et  celle  d'un  homme  qui  s'était  trouvé  en 
relation  intime  avec  des  hommes  de  génie  ,  je  dois 
dire  que  l'intérêt  de  son  récit  souffre  plus  d'une 
fois  des  nombreuses  digressions  du  narrateur.  Quel- 
ques-unes de  ces  digressions  sont  les  morceaux  les  plus 
brillans  de  l'ouvrage  ;  car  c'est  là  qu'on  rencontre  les 
portraits  de  Voltaire  ,  de  Fontenelle  et  de  Montesquieu  ; 
ou  l'on  reconnaît  le  pinceau  magique  et  suave  du 
peintre  de  St.  Bernard  ,  dans  Y  Eloge  de  Vabbé  Suger. 
A  la  différence  des  digressions  des  jeunes  écrivains , 
qui  sont  ordinairement  courtes  et  brusques  ,  celles  de 
M.  Garât  sont  amenées  et  abandonnées  tour  à  tour 
avec  beaucoup  d'art;  elles  sont  étendues,  mais  non 
pas  longues  ,  parce  qu'elles  sont  pleines  de  souvenirs  , 
de  pensées  et  d'idées  expérimentales  ;  mais  enfin  ,  ce 
sont  des  digressions;  elles  rompent  nécessairement  l'u- 
nité ,  le  fil  des  événemens  ,  que  des  interruptions  trop 
fréquentes  ou  trop  long-tems  prolongées  ,  doivent  faire 
perdre  de  vue  ;  et  je  n'oserais  pas  assurer  qu'elles  n'aient 
fatigué  quelques  lecteurs  plus  avides  de  faits  que  de 
réflexions,  et,  en  toute  lecture,  pressés  d'arriver  au  but. 

Pour  bien  jnger  l'ouvrage  de  M.  Garât ,  il  faut  l'en- 
visager sous  deux  points  de  vue  :  comme  Biographie 
de  M.  Suard  ,  et  comme  Mémoires  littéraires  sur  le 
xvme  siècle.  La  Biographie  est  incomplète,  mais  elle 
offre  beaucoup  d'anecdotes  piquantes  ;  les  Mémoires 
sont  aussi  incomplets  ,  mais  ils  offrent  un  grand  nombre 
de  choses  très  remarquables  sous  divers  rapports;  et 
quelques  pages  qui  doivent  compter  parmi  les  belle-» 
pages  de  la  langue  française. 

Je  connais  une  biographie  de  M.  Suard ,  beau- 
coup plus  complète  que  celle  qu'a  écrite  M.  Garât. 
<:<>lle-ci   obtient  un    succès  public  et  brillant  ;  l'autre 


LITTÉRATURE.  335 

n'obtient  qu'un  succès  mystérieux  ;  ceux  à  qui  il  a  été 
donné  de  la  connaître  apprécieront  la  justesse  de  l'ex- 
pression. Ceci  est  le  secret  d'une  femme,  qui  ne  l'a  dit 
qu'à  trois  cents  personnes ,  sous  la  condition    du  si- 
lence.  Chacun  de  ces  trois  cents  élus  n'a  fait  confi- 
dence du  secret  qu'à  deux  amis  intimes  ,  et  je  me  trouve 
compris  dans  le   total.    D'ailleurs  ,    comme   l'éditeur 
défend  expressément  de  parler  de  l'ouvrage  dans  les 
journaux,  je  m'abstiendrai  d'en  donner  le  titre  ni  le 
format,   et  surtout   d'en  nommer   l'auteur.   Je  serais 
même  tenté ,  pour  entrer   tout-à-fait  dans  ses  vues  , 
d'inviter  nos  lecteurs  à  garder  le  secret  sur  mes  demi- 
confidences.  Il  faut  bien  que  je  dise  encore  pourtant, 
que  c'est  là  que  j'ai  appris  les  prénoms  de  M. Suard;  il 
se  nommait   Jean-Baptiste-Antoine ,    circontance  que 
M.  Garât  avait  négligé  de  relater,  et  qui  m'a  prouvé 
tout  de  suite  ,  qu'il  n'était  pas  du  tout  propre  à  tenir 
les  registres  de  l'état  civil  de  la  littérature.  Je  n'en  ai 
plus  douté  surtout,   lorsque  je   me    suis  aperçu  qu'il 
n'avait  pas  su  trouver,  dans  2  vol.  in-86  ,  la  place  pour 
indiquer  le  jour  de  la  naissance  ni  l'année  de  la  mort 
de  M.  Suard. 

J'ai  encore  quelques  observations  du  même  genre  à 
faire  à  M.  Garât,  à  son  éditeur  et  même  à  son  prote. 
Je  me  plains  à  M.  Garât  de  ce  qu'il  n'a  pas  mis  une 
seule  date  en  chiffres ,  dans  le  cours  du  récit  de  la  vie  de 
M.  Suard ,  et  de  ce  qu'il  a  négligé  de  donner  la  liste 
de  ses  ouvrages  (1). 


(1)  Voici  lu  liste  de  ces  ouvrages  ,  qu'il  est  bon  d'indiquer  ici, 
pour  faire  comprendre  quel  peut  être  le  rang  littéraire  que  doit 
occuper  M.  Suard  :  la  traduction  de  V Histoire  île  Charles-Quint , 
pfl*  Roberfson  ;  des  Lettres,  sut  les  querelles  musicales  des  Gluc 

23* 


336  LITTÉRATURE. 

Je  reproche  à  l'éditeur  des  Mémoires  de  M.  Garât , 
de  n'avoir  point  placé  une  table  alphabétique  à  la  fin 
de  son  ouvrage,  etd'avoir  placé  entête  une  longue  tablç 
analytique  y  qui  ne  peutservir  à  rien  faute  d'indication 
des  pages,  et  qui  semble  postée  là  tout  exprès  ,  en  fa- 
veur de  ces  journalistes  peu  consciencieux  ,  comme  on 
dit  qu'il  en  est,  qui  rendent  compte  des  livres  san» 
prendre  la  peine  de'  les  lire  ;  précaution  tout-à-fait 
superflue  pour  un  ouvrage  aussi  piquant  que  ces  Mé- 
moires. Enfin,  je  reproche  au  prote  de  M.  Garât  d'avoir 
laissé  échapper  un  assez  grand  nombre  de  fautes  ty- 
pographiques,  qui  ,  par  un  hasard  assez  malheureux, 
tombent  souvent  sur  des  noms  propres  ou  sur  des  mots 
étrangers,  ce  qui  les  fait  trop  ressembler  à  des  négli- 
gences ou  à  des  erreurs  (i). 

kistesctdcsPiccinistes,  sous  le  voile  de  Vanonyiue  de  I  au^irard; 
des  éditions  de  Vauvenargues  ,  dé  La  Rocheioucault  et  de  La 
Bruyère,  avec  des  JVolices  sur  ces  auteurs;  plusieurs  Discours  en 
qualités  de  membre,  président,  ou  secrétaire  de  l'Académie  fran- 
çaise; la  traduction  d'une  brochure  de  Hume,  sur  ses  démêlés 
avec  J.  J.  Rousseau;  un  pamphlet  public,  en  1814,  à  l'occasion 
de  la  discussion  de  la  loi  sur  la  liberté  de  la  presse;  enfin  un  grand 
nombre  d'articles  dans  divers  journaux,  dont  les  meilleurs  ont 
été  recueillis ,  en  4  vol.  in-8°  et  in-ia,  sous  le  titre  tic  /■  "di 
littéraires,  et  en  5  vol.  in-8" ,  sous  le  titre  de  Mélanges  de  Lilté- 
raturt 

(1)  En  voici  plusieurs  exemples,  J'.  1.  p.  fa.  «  le  chàMeau  de 
Pierre-  Ancise  u  (  deux  fois  dans  la  même  page  ),  lisez  :  Picrrc-lin- 
cise.  — Ibid.,  p.  282  :  «Les  étiquettes  avaient  beau  vouloir  mettrr 
les  classes   à  plus  grandes  distances  des  goûts,  etc.   5»,  lise/.  \'<li 
quette.  — Ibid. ,  p.  3a8  :  «  Les  éditions  des  Géorgiques  française* 

se  multipliaient sous  les  presses  de  Belin  »,   Use/  :  de  Biquet 

—  T.  II,  p.  Ç)j.  :  II)  umour  (mot  anglais    ,  lisez  :  humour.  -r- Ibid.  . 
p.   ï'jîi ,  Drury-fanes  ("nom  d'un  théâtre  de  Londres  \  lise» Drur*  - 


LITTÉRATURE.  337 

Une  observation  que  je  ne  dois  pas  dissimuler ,  c'est 
que  M.  Garât  a  poussé  si  loin  ,  à  l'égard  de  M.  Suard  , 
les  préventions  de  l'amitié  ,  qu'elles  ne  lui  ont  pas  per- 
mis d'adresser  une  seule  fois  le  plus  léger  reproche, 
ni  à  ses  écrits  ,  ni  à  son  esprit,  ni  à  son  caractère.  Quel- 
que disposé  que  je  sois  à  recounaître  que  M.  Suard 
fut  un  homme  estimable  et  un  homme  d'esprit,  je 
me  persuaderai  difficilement  qu'il  n'ait  jamais  payé 
son  tribut,  soit  dans  ses  actions,  soit  dans  ses  ou- 
vrages ,  aux  imperfections  de  l'humaine  faiblesse.  Je  le 
croirai  d'autant  moins ,  qu'en  étudiant  le  caractère  de 
M.  Suard,  même  dans  le  panégyrique  de  M.  Garât, 
il  m'a  été  facile  de  voir  qu'il  fut  doué  d'un  de  ces  na- 
turels circonspects  qui  font  éviter  les  grands  écueils , 
qui  suffisent  peut-être  dans  les  tems  et  dans  les  circons- 
tances ordinaires,  et  permettent  d'obtenir  ce  qu'on 
appelle  de  la  considération ,  mais  qui  laissent  quelque- 
fois un  homme  au-dessous  du  degré  de  vertu  qu'on 
pouvait  exiger  de  lui.  Ainsi,  par  exemple,  M.  Garât 
justifie  M.  Suard  du  reproche  d'avoir  participé  à  la 
mesure  qui  priva  l'Institut  de  quelques-uns  de  ses 
membres  les  plus  distingués  ,  parmi  lesquejs  nous  avons 
la  douleur  de  compter  M.  Garât  lui-même.  Sans  doute 
on  admettra  volontiers  la  justification  ;  mais  de  cela 
seul  qu'elle  a  pu  être  nécessaire ,  il  demeurera  cons- 
tant ,  que  le  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  fran- 
çaise n'a  pas  déployé  l'énergie  et  la  noble  indépendance 
qu'on  devait  attendre  de  son  caractère  public,  contre 

lane.  —  Ib'ul.  p.  218:  le  ministre  (de  Portugal),  /Hnmbal,  lisez 
Ponbal.  —  Ibitl.  p.  287  :  M.  Morin,  lisez  Marin,  trois  fois  dans 
le  même  feuillet  (c'est  celui  dont  il  est  question  dans  les  Mémoi- 
res de  Beaumarchais).  Ibid. ,  p.  358:  /îrthm-  Pung,  lisez  /îrthw- 

.  Yonng 


338  LITTÉRATURE. 

une  opération  ministérielle  qui  blessait  à  la  fois   les 
lois  et  les  convenances. 

Mais,  laissons  M.  Suard  ,  et  occupons-nous  un  peu  du 
peintre  du  XVIIIe  siècle.  Son  talent  va  s'agrandir  avec 
son  tableau ,  et  nos  éloges ,  cette  fois ,  exigeront  bien 
moins  de  restriction.  Ce  n'est  pas  qu'on  ne  pût  discuter 
souvent,  tantôt  les  opinions,  tantôt  les  raisonnemens  , 
tantôt  même  les  expressions  de  l'auteur.  Mais ,  il  faut  le 
dire  aussi ,  les  peintures  brillantes  ,  les  vues  profondes  , 
les  pensées  philosophiques  ,  les  idées  originales,  les  mots 
piquans  ,  les  anecdotes  curieuses  se  présentent  en  foule 
sous  la  plume  de  M.  Garât ,  et  font  de  ses  Mémoires  une 
lecture  attachante  et  instructive.  Que  de  digressions  on 
pourrait  retrancher  de  ce  livre,  sans  qu'il  fût  moins 
complet,  et  que  cependant  on  serait  désespéré  de  n'y 
pas  rencontrer.  On  y  retrouve  parfois  ce  charme  qui 
s'attache  au  récit  des  témoins  oculaires,  lorsque  l'au- 
teur nous  parle  des  écrivains  célèbres  du  siècle  passé  ; 
tantôt ,  c'estM.  Garât  qui  les  a  connus  personnellement, 
quoiqu'il  évite ,   avec  une  modestie   remarquable  ,  de 
se   mettre,  en   scène;  tantôt,    et  plus    souvent,    c'est 
M.  Suard  qui  en  parle  lui-même  ,  d'après  les  souvenirs 
de  sa  jeunesse,  contemporaine  des  derniers  jours  du 
siècle  deFontenelle.  Rien  n'estplus  piquant  que  les  pages 
qui  concernent  ce  philosophe ,  et ,  en  les  lisant ,  j'ai  cru 
lui  être  présenté  dans"  le  salon  de  madame  Geoffrin. 

On  serait  tenté  de  penser  que  l'auteur  de  ces  Mé- 
moires,  scrupuleusement  fidèle  aux  impressions  de  sa 
jeunesse,  à  l'égard  des  philosophes  du  dix  -  huitième 
siècle,  a  conservé  pour  leurs  doctrines  une  admiration 
vague  et  générale,  que  j'accorderais  plus  volontiers  à 
la  droiture  de  leur  cœur,  et  à  la  générosité  de  leur 
ame.  Ils  ont  eu  le  mérite  incontestable  et  assez  grand 


LITTÉRATURE.  Î53ç> 

sans  doute,  d'entraîner  tous  les  esprits  à  la  recherche 
do  la  vérité,  et  même  de  déblayer  la  plupart  des  er- 
reurs qui  s'opposaient  à  sa  manifestation  ;  mais ,  on  ne 
saurait  disconvenir  qu'ils  ont  plus  d'une  fois  dépassé 
le  but  sans  l'atteindre ,  et  que  leurs  doctrines  ont  été 
souvent,  erronées  en  morale,  incomplètes  en  métaphy- 
sique, inexactes  ou  inachevées  en  économie  politique  , 
indécises  ou  paradoxales  dans  la  politique  théorique 
et  spéciale. 

Nous  recommanderons  les  opinions  littéraires  de 
M.  Garât  à  l'attention  des  personnes  qui  commencent 
à  s'apercevoir  qu'il  a  existé  jusqu'ici  des  préjugés  en 
littérature,  comme  en  religion  et  en  politique.  Elles 
verront  qu'il  n'est  pas  de  ces  exclusifs  qui  admirent 
et  dénigrent  sur  parole  ,  et  qui  consentiraient  volon- 
tiers à  ne  pas  laisser  passer  un  hémistiche,  sans  un 
certificat  d'origine  latine  ou  grecque.  «Ecrivez,  dit-il, 
comme  Racine ,  et  osez  tout  ce  que  peut  concevoir 
l'esprit  le  plus  hardi,  quand  il  n'est  pas  faux  :  vous 
serez  porté  aux  nues,  aujourd'hui,  demain,  ou  dans 
un  siècle.  >*  M.  Garât  analyse  avec  discernement  et  ap- 
précie avec  enthousiasme  ce  bel  ouvrage  de  madame 
de  Staël,  sur  V Allemagne.  Ecoulez-le  :  «  Qu'uii  jeune 
homme  en  doute  s'il  recèle  dans  son  imagination  et 
dans  son  ame  quelque  étincelle  de  génie  dramatique, 
lise  ces  deux    volumes  (les  premiers) ,  et  qu'il  étudie 

ensuite  le  théâtre  allemand Ces  essais  du  théâtre 

allemand  si  plein  d'un  génie  créateur...  allumeront, 
son  enthousiasme  par  l'impression  très  nouvelle  de 
leurs  beautés  ,  et  exalteront  son  talent.  »  Les  conseils 
de  tant  de  littérateurs  philosophes  qui  ont  prêché  les 
mêmes  doctrines  ,  ne  seront  pas  perdus.  Leur  influence 
se  fait  sentir  dans  plusieurs  productions  uouvelles.  Notre 


34«  L1TTÉRATIRJ 

littérature  dramatique  surtout  est  en  travail  de  change* 
nient;  et  l'un  des  plus  heureux  symptômes  de  cette  ré- 
volution est  l'adoption  presque  exclusive,  dans  la  tra- 
gédie moderne,  de  sujets  nationaux  ,  ou,  ce  qui  re- 
vient au  même  ,  de  sujets  qui  appartiennent  aux 
grandes  familles  des  peuples  Goths ,  Germains  et 
Scandinaves,  depuis  qu'ils  ont  embrassé  le  culte  chré- 
tien. Dans  la  comédie  ,  la  révolution  dramatique  com- 
mencée par  les  drames  de  Diderot ,  de  Mercier,  de  Sé- 
daine  (que  nous  sommes  loin  toutefois  d'approuver 
sans  restriction  ),  et  par  quelques  traductions  heureu- 
sement transportées  sur  notre  scène,  fait  sentir  son 
influence  d'une  manière  sensible  dans  les  théâtres  de 
M.  Picard  et  de  M.  Alexandre  Duval  ;  mais  il  nous  reste 
encore  beaucoup  à  faire  en  celte  partie,  avant  d'avoir 
égalé  nos  voisins  dans  le  naïf  et  dans  le  pathétique. 

M.  Suard  ayant  traversé  la  révolution  que  le  dix- 
huitième  siècle  a  vu  cclore  et.  parcourir  quelques-unes 
de  ses  phases,  M.  Garât  n'a  pu  éviter  de  consacrer  à 
cette  grande  période  ,  une  place  dans  ses  Mémoires.  On 
dirait  ce  pendant  qu'il  n'aborde  ce  sujet  qu'avec  répu- 
gnance ,  soit  à  cause  des  difficultés  de  tout  genre  qu'il 
présente  pour  certains  esprits  et  certains  caractères  ,soit 
plutôt  à  cause  de  l'embarras  où  devait  nécessairement 
cire  placé  un  homme  tel  que  M.  Garât ,  condamne,  par 
la  lâche  qu'il  s'est  imposée  ,  à  louer  sans  cesse  ,  et.  à  peu 
près  sans  restriction,  celui  dont  l'aine  lui  si  peu  faite 
pour  les  pensées  de  notre  époque,  qu'il  sut  ne  pas  se 
laisser  entraîner  au  mouvement  de  89  ,  cl  qui  depuis 
ne  cessa  pas  un  instant  de  lutter,  d.-ms  sa  BphÀre , 
contre  le  cours  indomptable  du  siècle;  il  esl  résulté  de- 
là ,  que  l'historien  ne  dit  pas  avec  assez  de  franchi 
à  mon  gré,  ce  qui  doit  être  dit  de  M.  Suard  ,  seule- 


LITTÉRATURE.  341 

ment  dans  l'intérêt  de  la  vérité  historique;  et  qu'il 
tourne  un  peu  court  sur  une  époque  qui  remplit  un 
grand  espace  dans  la  vie  de  M.  Suard  ,  et  dans  l'histoire 
du  dix-huitième  siècle.  Quelquefois  même  on  serait 
tenté  de  croire  que  M.  Garât  s'est  un  peu  trop  pénétré 
de  l'esprit  de  celui  dont  il  raconte  la  vie,  d'après  le 
soin  extrême  qu'on  lui  voit  apporter  à  ne  blesser  au- 
cune opinion,  ni  aucune  situation  politique  :  précau- 
tion superflue,  qui  n'apaisera  point  les  hommes  ré- 
solus d'avance  d'être  implacables,  et  qui  mécontentera 
peut-être  quelques-uns  de  ces  caractères  énergiques  , 
qui  ne  tolèrent  pas  qu'on  épargne  aucune  erreur ,  ni 
qu'on  voile  aucune  vérité.  C'est  ainsi  que  ,  dans  un  pas- 
sage de  son  livre,  M.  Garât  présente  une  théorie  du 
mécanisme  du  parti  ministériel  et  du  parti  de  l'op- 
position, dans  les  gouvernemens  représentatifs  ;  théorie 
certainement  très  ingénieuse  et  très  subtile  ,  mais  qui, 
je  pense,  ne  sera  pas  admise,  par  ceux  qui  ont  cru  qu'il 
valait  la  peine  de  sacrifier  leur  fortune  et  leur  repos 
à  leur  conscience  politique.  Cette  théorie  pourrait  con- 
soler sans  doute  beaucoup  de  ministres  et  de  minis- 
tériels des  outrages  de  la  presse  et  des  amertumes  de  la 
tribune  ;  mais  elle  désenchanterait  trop  ces  âmes  géné- 
reuses et  ardentes  qui  ne  veulent  pas  être  désenchantées, 
et  qui  ne  mettent  pas  de  bornes  ,  du  moins  dans  l'avenir, 
à  leurs  vœux  philanthropiques.  Au  reste,  lors  même  qu'il 
nous  arrive  de  ne  pas  accéder  entièrement  aux  opinions 
politiques  de  M.  Garât,  personne  71e  rend  plus  de  jus- 
tice que  nous  à  la  touchante  pureté  de  ses  vœux  ,  à  la 
droiture  irréprochable  de  sa  pensée.  Nous  signalerons 
même  tout  ce  qui  concerne  le  18  Fructidor,  journée 
dont  M.  Suard  fut  l'une  des  victimes,  et  que  M.  Garât 
a  jugée  digne  de  fixer  long-tems  et  profondément  sa 


?4a  LITTÉRATURE. 

méditation  ,  comme  un  des  morceaux  de  l'ouvrage,  qui 
doit  le  plus  attirer  l'attention  du  lecteur,  et  souvent 
même  piquer  sa  curiosité,  par  le  récit  d'une  foule  de 
circonstances  dignes  d'observation.  Cette  fois  encore , 
nous  n'adopterons  pas  sans  restriction  toutes  les  opi- 
nions de  l'écrivain;  et,  néanmoins,  il  nous  semble  qu'on 
n'avait  rien  écrit  jusqu'à  ce  moment  de  plus  précieux , 
sur  une  époque  fameuse,  où  l'on  rencontre,  en  l'exami- 
nant de  sang-froid,  plus  de  droiture  d'intention  que 
l'événement  n'a  permis  de  le  supposer ,  et  qui ,  avee 
un  peu  d'habileté,  devait  être  le  dernier  cahotement  de 
notre  révolution. 

Après  avoir  présenté  des  observations  sur  les  masses 
générales  qui  composent  ces  Mémoires ,  il  resterait  en- 
core à  parler  du  style  qui  les  décore.  On  sait,  et  les  vieux 
concours  de  l'Académie  française  l'alteslent,que  M.  Ga- 
rât est  un  de  nos  maîtres  en  cet  art.  Chez  lui,  Ton  ren- 
contre a.  chaque  instant  des  comparaisons  ingénieuses 
ou  brillantes,  des  expressions  pittoresques,  des  pages 
pleines  de  force,  et  plus  souvent  de  suavité;  d'un  bout 
à  l'autre  de  son  livre,  la  langue  française  déploie  tour 
a  tour  sa  précision  ,  sa  richesse  ou  sa  grâce.  Néanmoins, 
j'ai  cru  remarquer  dans  la  couleur  générale  de  ce  style, 
une  manière  qui  n'est  plus  celle  de  notre  époque,  et 
qui  pourtant  ne  lui  est  pas  supérieure.  Les  formes  de 
cette  diction  sont  toujours  savantes,  les  phrases  en  sont 
habilement  travaillées  ;  mais  peut-être  l'art  qui  préside 
à  ce  mécanisme  n'est  pas  suffisamment  voilé  ,  ou  du 
moins  il  nuit  quelquefois  à  la  franchise  de  l'allure  de 
IVrrivain.  Aujourd'hui ,  peut-être,  nous  accorderions 
moins  d'attention  au  nombre  de  la  période,  à  l'ha- 
bileté de  l'inversion  ;  et  nous  céderions  plus  volontiers, 
surtout    eu    écrivant   des  Mémoires  ,    à    un  abandon 


LITTÉRATURE,  343 

élégant  mais  facile,  qui  ne  dispense  jamais  de  la  pureté 
et  de  la  correction  ,  mais  qui ,  dans  son  naturel  et  dans 
sa  simplicité ,  a  bien  aussi  son  charme  et  ses  grâces,  et 
qui  fait  rencontrer  parfois  de  ces  beautés  de  style  inat- 
tendues, auxquelles  tous  les  efforts  de  l'art  ne  sauraient 
jamais  atteindre. 

Il  appartenait  à  la  Rrvue  Encyclopédique  de  donner 
sur  l'ouvrage  de  M.  Garât  une  opinion  motivée,  et 
tout-à-fait  indépendante  des  considérations  de  per- 
sonnes et  de  circonstances.  Trop  souvent,  et  peut-être 
cette  fois ,  les  journaux  quotidiens  auront  fait  parler 
leur  haine  ou  leur  faveur.  Pour  nous  ,  nous  avons 
cru  devoir  faire  violence  en  cette  occasion  à  la  plus 
juste  estime  ,  pour  signaler,  avec  une  impartialité  que 
nous  croyons  rigoureuse  ,  de  légères  taches  qui  se  ren- 
contrent dans  un  bel  ouvrage.  Mais  nous  espérons  avoir 
réussi  à  inspirer  à  nos  lecteurs  le  désir  de  connaître 
un  livre,  dont  les  défauts  même  ont  quelque  chose  de 
brillant.  Nous  ne  doutons  point,  d'ailleurs,  que  les 
Mémoires  de  M.  Garât ,  sur  le  dix-huitième  siècle,  ne 
trouvent  place  dans  toutes  les  bibliothèques  littéraires, 
à  côté  de  ceux  de  Marmontel ,  et  des  Confessions  de 
Rousseau,  et  auprès  des  Correspondances  de  Grimm,  de 
Galiani ,  de  madame  Du  Deffand  ,  de  madame  d'Épinay , 
de  mademoiselle  de  Lespinasse.  Peut-être  même  les  jeunes 
gens  feront  bien  de  commencer,  parle  livre  de  M.  Garât, 
leurs  lectures  en  cette  partie  piquante  de  l'histoire  litté- 
raire ;  il  en  formera  tout  naturellement  l'introduction  , 
il  doit  même  la  rendre  plus  intéressante,  et  surtout 
d'une  intelligence  plus  facile. 

A.  Mafiul. 


344  LITTERATURE. 


lMlV\*W\VVVXWWVWV\VVV\V\WVW 


LITTÉRATURE     ITALIENNE. 

Il  Conte  di  Carmagnola  ,  tragedia  di  Alessandro 

Manzoni  ,* 

Le    Comte    de    Carmagnole  ^    tragédie;    par 

M.  Alexandre  Manzoni  (i). 

L'auteur  de  cette  tragédie  est  le  petit-fils  du  célèbre 
Beccaria  ,  auteur  du  Traité  des  délits  et  des  peines.  Ses 
qualités  personnelles  l'autorisent  à  se  glorifier  d'une 
telle  descendance. 

Le  comte  Manzoni  est  connu  chez  1rs  Italiens  par 
des  poésies  remarquables  pour  l'intérêt  des  idées,  la 
beauté  des  images,  la  correction  du  style  ,  et  le  carac- 
tère de  la  versification.  Nous  avons  précédemment  an- 
noncé son  apologie  de  la  morale  catholique.  (  Voy. 
Revue  Encyclopédique,  an.  1819,  T.  IV,  p.  225.  ) 
La  tragédie  qu'il  vient  de  publier  à  Milan  ,  est  un 
nouvel  essai  de  son  talent ,  et  comme  une  esquisse  de  sa 
manière  d'envisager  le  genre  dramatique. 

Dans  une  préface  bien  conçue  ,  il  expose  avec  rapi- 
dité et  précision  la  théorie  qu'il  s'est  proposé  de  sui- 
vre ,  et  reproduit  tout  ce  que  les  romantiques  ont  dit 
de  mieux  contre  les  deux  unités,  de  tems  et  do  lien.  On 
serait  presque  tenté  de  partager  son  opinion  ,  lors- 
qu'il raisonne  avec  toute  la  rigueur  de  l'analyse,  si  l'on 
n'avait  pas  ,  au  moins,  jusqu'à  présent,  assez  de  raison 
de  craindre  que  le  fait  ne  répondît  point  suflisa minent 
à  la  théorie.  Nous  avons  indiqué  ailleurs  de  quelle 
manière  il  faudrait  comparer  ces  deux  prétendus  gen- 

(1)  Milan,  1820.  1  vol.  in-8°,  \\i  p.  A  Paris,  chez  1/.  Fayolle, 
libraire,  rue  Saint-Honore,  n°  atty- 


LITTÉRATURE.  345 

res  ,  classique  et  romantique  ,  pour  décider  lequel 
me'rite  la  préférence  (i).  11  peut  cependant  être  utile 
de  multiplier  ces  essais  de  la  nouvelle  manière,  ne 
fût-ce  que  pour  nous  mettre  encore  plus  à  même  de 
profiter  des  résultats,  moyennant  quelques  conces- 
sions plus  ou  moins  avantageuses  aux  progrès  de  l'art 
et  à  l'intérêt  des  productions  dramatiques.  Voyons 
maintenant  de  plus  près  quel  est  le  plan  que  M.  Man- 
zoni  a  suivi  dans  sa  tragédie. 

Ami  de  la  gloire  nationale  ,  il  a  senti  de  quelle  impor- 
tance il  était  de  transporter  sur  la  scène  les  fastes  de  l'I- 
talie. En  conséquence  ,  il  a  choisi  pour  sujet desa  pièce 
la  mort  du  comte  de  Carmagnole  ,  qu'il  nous  fait  con- 
naître par  une  biographie  critique.  François  ,  fils  de 
BarthélemiBussone  ,  paysan,  naquit  à  Carmagnole  ,  en 
Piémont  ,  lieu  dont  il  prit  le  nom  .  vers  l'année  1390. 
D'abord  pâtre ,  puis  soldat  sous  les  ordres  de  Facino 
Cane  ,   eusuite  chef  de  partisans  dans  les  troupes  de 
Philippe-Maria  Visconti ,  duc  de  Milan  ,  enfin  ,  général 
de   ces  mêmes   troupes ,  il  conquit ,  en   peu   de  tems , 
vingt  villes  à  ce  nouveau  prince  ;  et ,  nommé  comte  de 
Castelnuovo,  il  devint  l'époux  d'une  Visconti.  Bientôt 
il  perdit  la   faveur  de  son  prince,    à  qui  pesait  trop 
sans  doute   le  souvenir  de  ses   éclatans  services;    et, 
contraint  d'abandonner  l'Etat  qu'il  avait  ,   pour  ainsi 
dire  ,  conquis,  il  espéra  se  venger  ,  en  excitant  contre 
ce  prince  la  haine  des  Italiens.  Il   réussit  à    lui  faire 
déclarer  la  guerre  par  les  Vénitiens  ,  qui  le   créèrent 
général  de  leur  armée  de  terre;  et  c'est  ici  que  com- 
mence la  tragédie  de  M.  Manzoni. 

Elle  nous  représente  successivement  l'incertitude  et 

(i)  lies».  End.  Tora.  IV,  p.  f)?* 


346  LITTÉRATURE, 

la  détermination  du  sénat,  avant  de  confier  au  comte 
de  Carmagnole  le  commandement  de  ses  troupes  (act. 
Ier)  ;  le  dissentiment  bien  marque  des  généraux  ennemis 
dans  leur  camp,  sur  l'opportunité  de  l'attaque  ,  et  les 
ordres  que  Carmagnole  donne ,  sous  sa  tente  ,  pour  rece- 
voir l'ennemi  (act.  II);  la  générosité  du  comte,  qui, 
après  la  victoire  ,  donne,  suivant  l'usage  de  guerre  de 
son  tems  ,  la  liberté  à  ses  prisonniers,  et  les  soupçons 
qu'en  conçoivent  les    commissaires  du  gouvernement 
(act.  III)  ;  la  délibération  du  sénat  qui  le  rappelle  du 
camp,  et  la  confiance  avec  laquelle  le  comte  se  rend 
à  Venise  (act.  IV);   enfin,  la  surprise  du  comte  qui, 
du  sénat,  se  voit  traduit  à  un  tribunal  secret,  et  de- 
là amené  pour  être  décapité ,  le  5  de  mai  i432  (act.  A  )  : 
tous   ces  événemens  principaux,  et  d'autres   plus   ou 
moins  accessoires   qui  s'y    rattachent,   se  succédèrent 
dans  un  espace  de  huit  années  ;  et  quoique  la    pièce 
n'ait  pas  besoin  de  tout  ce  tems  pour  se  développer, 
elle  ne  saurait  atteindre    le  but,   sans   en    employer 
une  grande  partie.   Ainsi  ,  l'on  voit  la  scène  tantôt  à 
Venise,  dans  le  sénat  ,  chez  le  comte,  au  conseil    des 
dix,  et  dans  la  prison  ;  tantôt  dans   les  divers  cainpe- 
racns,  près  de  Maclodio,  de  Crémone  et  ailleurs. 

On  croit  voir  exactement  représentée  l'histoire  de 
cette  époque  ;  mais  l'auteur  ne  manque  pas  de  l'animer 
par  des  épisodes  de  son  invention.  Tel  est ,  sans  doute  , 
celui  de  Marco,  un  des  sénateurs,  qui,  lié  d'amitié 
avec  le  C.  Carmagnole,  prend  d'abord  sa  défense  avec 
chaleur,  dans  toutes  les  occasions,  mais  qui,  bientôt 
entraîné  par  la  fatalité  de  sa  passion  ,  et  cédant  au 
despotisme  ombrageux  du  Sénat  de  Venise,  semble 
finir  par  prendre  part  à  la  mort  de  son  ami,  et,  sui- 
vant les  ordres  du  gou\ernemeut  .  se  rend  à  Thessalo- 


LITTÉRATURE.  3f: 

nique,  accablé  du  poids  de  sa  honte  et  de  ses  remords. 

Le  premier  personnage  de  la  pièce  est  doué  de  qua- 
lités qui  rattachent  un  vif  intérêt  à  sa  personne  et  à  sa 
destinée.  Il  est  magnanime  ,  fier  ,  loyal ,  innocent ,  à 
la  fois  bon  mari  et  bon  père  ;  et ,  condamné  à  la  mort , 
il  s'y  résigne  en  guerrier,  en  chrétien.  Quoiqu'il  eût 
pu  se  souvenir  de  la  maison  de  Visconti ,  et  éprouver 
quelques  troubles  intérieurs,  voisins  du  repentir, 
pendant  la  guerre  qu'il  faisait  contre  son  ami ,  contre 
son  parent,  circonstance  qui ,  peut-être ,  l'aurait  rendu 
plus  tragique;  l'auteur,  néanmoins,  paraît  s'être  fait 
un  scrupule  d'altérer  le  caractère  historique,  en  attri- 
buant de  pareilles  hésitations  à  son  héros.  Sa  femme  et 
sa  fille  même,  qui  eussent  pu  ajouter  à  l'intérêt  dra- 
matique de  sa  position,  ne  paraissent  qu'à  la  fin  de 
la  pièce,  pour  déplorer  sa  mort. 

Ceux  qui  cherchent  des  rapports  nécessaires  entre  les 
épisodes  et  les  événemens  dramatiques ,  reconnaîtront 
bientôt  que  quelques-uns  de  ceux  qu'a  employés  M.  M**, 
ne  dépendent  pas  nécessairement  les  uns  des  autres. 
On  peut,  en  effet  ,  regarder  comme  tel  l'épisode  de 
Marco  ci-dessus  cité,  et  la  discussion  des  généraux 
du  duc  de  Milan  ;  mais,  pourquoi  relever  et  exagérer 
ces  prétendus  défauts,  s'ils  trouvent  leur  raison  daiia 
le  système  adopté  par  l'auteur  ?  Il  vaudrait  donc  mieux 
analyser  ses  principes,  et  discuter  plutôt  les  défauts  de 
sa  théorie,  que  ceux  de  sa  pièce.  Je  donne  la  préférence 
à  la  première  discussion  ,  en  ce  que  ,  malgré  les  avan- 
tages que  nous  promet  le  genre  romanesque,  et  les 
dangers  auxquels  il  nous  expose  ,  le  succès  qu'il  a  ol>l<  - 
nu  jusqu'à  présent  n'est  pas  aussi  imposant  qu'on  I  a- 
vait  espéré.  Si  l'on  excepte  quelques  pièces  de  Schiller. 
qui  a  pu,  joignant  la  théorie  à  la  pratique,  se  former 


348  littérature:. 

un  système  d'après  le  mode  de  Shakespeare ,  auquel 
le  génie  tenait  lieu  de  règles,  dans  un  tems  où  l'on  n'en 
connaissait  aucune,  presque  toué  lesautres  partisans  de 
cette  école  ont  prouvé,  par  leur  exemple,  que  l'on 
dédommage  trop  faiblement  le  public  des  inconvé- 
niens  auxquels  l'art  dramatique  se  trouve  exposé  par 
de  semblables  innovations.  Peut-être  les  adeptes  nous 
donneront-ils,  à  l'avenir,  de  meilleurs  essais  de  leur 
école;  mais,  jusqu'à  présent,  on  ne  paraît  pas  bien 
content  de  la  plupart  de  ceux  qui  ont  paru. 

Malgré  ces  imperfections,  qui  peuvent  appartenir 
aux  auteurs  comme  au  genre,  M.  Manzoni  a  montré 
assez  de  talent  pour  se  faire  distinguer  parmi  les  pro- 
moteurs de  la  nouvelle  école.  Bien  que  le  style,  dans 
quelques  détails  ,  ne  semble  pas  toujours  égal ,  ce  qui 
pourrait  être  aussi  une  des  qualités  constitutives  de  la 
manière  qu'il  a  adoptée  (i)  ;  on  y  rencontre  souvent 
des  traits  remarquables  par  la  force  et  le  pathé- 
tique. Le  principal  mérite  de  l'auteur  consiste  dans  la 
noblesse,  la  clarté  et  la  correction.  Quant  aux  pensées 
et  aux  sentimens ,  ils  attestent  toujours  cette  morale 
patriotique  et  pure  qui,  encore  si  rare,  distingue  par- 
ticulièrement l'auteur.  À  la  vérité,  il  s'est  conformé  à 
la  manière  de  penser  de  l'époque  à  laquelle  se  rapporte 
le  sujet  de  sa  pièce;  il  s'est  étudié  à  nous  peindre  les 
caractères  et  les  mœurs  de  ce  teius-là  ;  mais  ,  on  entre- 
voit toujours  le  bon  esprit  du  poète  national,  et  c'est 
ce  (jui  doit  lui  mériter  les  suffrages  des  véritables 
Italiens. 

(i)Lessing,  Engel  et  d'autres  littérateurs  allemands',  préten- 
dent en  efl'et  (pie  l'inégalité  du  Style  est  une  consrquenee  ni 
taire  de   la  variété  des  caractères  et  des  paSliOAS  qu'admet  le 
genre  romantique. 


LITTÉRATURE.  349 

La  preuve  la  plus  décisive  qu'il  donne  de  sa  manière 
de  sentir,  est  le  chœur  qu'il  a  mis  à  la  fin  du  second 
acte  ,  et  le  seul  qu'il  emploie  dans  sa  tragédie.  Ce  sont 
des  citoyens  qui  déplorent  l'acharnement  de  deux 
partis  formés  en  Italie,  affaiblissant  la  patrie  par  leurs 
dissensions  ,  et  préparant  les  voies  à  l'étranger  qui  épie 
le  moment  de  profiter  de  leur  épuisement  :  il  y  a  du 
lyrique  et  du  pathétique  tout  ensemble  dans  ce  chœur; 
mais,  ce  qui  est  plus  important,  il  est  aussi  vrai  que 
poétique. 

Hélas  !  dit-on  quelque  part,  qui  a  le  premier  tiré 
son  épée  sacrilège  pour  blesser  son  frère?  O  moment  ca- 
lamiteux!  Quelle  est  l'horrible  cause  de  ces  exécrables 
cojffbats?  On  l'ignore  :  chacun  de  ces  guerriers  s'est 
présenté  ici  pour  donner  la  mort  et  la  recevoir,  sans 
colère ,  comme  sans  motif)  chacun  est  vendu  à  un  ca- 
pitaine ,  vendu  lui-même  ;  chacun  combat  sous  lui  , 
sans  en  demander  la  raison. 

La  vérité  plaît  toujours,  alors  même  qu'elle  est  dé- 
pouillée des  grâces  du  style  poétique.  Le  poëte  nous 
retrace  encore  avec  beaucoup  de  naturel  l'image  du 
paysan  qui,  assis  à  l'entrée  de  sa  paisible  habitation, 
indique  l'orage  fondant  au  loin  sur  les  champs  qu'il  n'a 
pas  labourés  :  il  lui  compare  l'Italien  qui  observe  , 
avec  la  même  indifférence,  les  troupes  années  faisant, 
autour  de  lui,  le  recensement  de  leurs  morts  et  des 
villes  incendiées. 

Tout  le  chœur  marche  sur  le  même  ton  :  il  comprend 
128  vers  octonaires  ,  et  est,  sans  contredit  ,  un  peu  trop 
long,  si  on  le  compare  avec  la  plupart  des  chœurs 
que  nous  connaissons  ;  mais  c'est  aussi  dans  la  manière 
de  M.  Manzoni.  S'il  était  vrai,  comme  on  l'a  dit  ,  que 
tome  vi.  24 


35o  LITTÉRATURE. 

Je  célèbre  dithyrambe  du  Redi  (i)  eût  été  fait  pour  ses 
notes  ;  ne  pourrait-on  pas  dire  de  même  de  la  tragédie 
de  M.  Mansoni ,  qu'elle  semble  avoir  été  faite  pour  sou 
chœur?  Nous  hasardons  ce  rapprochement,  persuadé 
d'ailleurs  de  l'excellence  du  morceau  qui  en  est  l'objet. 
Il  est  à  désirer  que  ce  premier  essai  du  talent  tra- 
gique de  M.  Manzoni,soit  suivi  d'autres  encore  plus 
distingués.  Que  cet  estimable  écrivain  continue  à  il- 
lustrer l'histoire  de  son  pays  ,  si  riche  en  événement 
d'une  haute  importance;  que,  loin  de  s'effrayer  des 
difficultés  de  sa  noble  entreprise,  il  mette  tout  à  profit, 
même  les  censures  injustes  ou  exagérées  auxquelles  ses 
productions  pourraient  donner  lieu  ;  enfin  ,  qu'il  serve 
d'exemple  à  ceux  de  ses  concitoyens  qui  sont  capables 
d'apprécier,  de  partager  ses  louables  et  généreuses  in- 
tentions. Nous  ne  désirerions  pas  moins  qu'il  voulût 
s'essayer  en  même  teins  dans  le  genre  classique;  peut- 
être  que  l'avantage  qu'il  en  retirerait  ,  le  dédomma- 
gerait amplement  du  sacrifice  qu'il  lui  ferait  de  sa  li- 
berté :  alors,  de  nouveaux  succès  le  réconcilieraient 
infailliblement  avec  le  genre  classique  ,  dans  lequel  il 
a  si  bien  figuré  sous  plusieurs  rapports.  F.  Salfi. 

(0  François  Redi  fut  un  des  plus  Bavant;  médecins  e!  dei  pre- 
miers naturalistes  «In  dis  septième  siècle.  Ses  expériences  phy- 
siques ,  et  principalement  celles  <|n  il  (it  sur  le  venin  des  vipères, 
lui  acquirent  beaucoup  de  crédit.  IV:,  études  aussi  sérieuses  ne 
l'empêchèrent  point  de  devenir  un  des  poètes  les  plus  corrects  et 
les  plus  originaux,  dans  nn  siècle  trop  déprécié,  comparative- 
ment au  siècle  précédent  ,  qui  avait  |eté  un  si  grand  éclat  sur 
ritalie.  Le  dithyrambe  de  Kedi,  la  meilleure  pièce  en  ce  genre 
qui  ait  paru  depuis  les  Grecs,  et  dont  la  littérature  italienne  t>e 
glorifie  avec  raison,  esl  intitulé  Bucco  m  Toicana.  L'auteur  Y 
I oignit  des  Y<>/  •>  d'une  érudition  remarquable  ,  «1rs  recherches 
d'un  grand  intérêt ,  d'une  haute  importance  :  c'-est  ce  qui  donna 
lieu  à  cette  observation  plaisante  «  que  le  dithyrambe  ;ivait  été 
i.iii  pour  les  notes.  »  Le  même  perte  avaîl  commence  un  autre 
dithyrambe  surl'/uu* ,  qui  no  lut  pas  achei 


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III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 
LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 


AMERIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

87.  —  A  Hislory  of  the  introduction  and  use  of  scutellaria  la- 
terifolia  (  scull-cap  )  as  a  remedyfbr  preventing  and  curing  hydro- 
phobia  occasioned  by  the  bite  oj'rabid  anima/s,  witk  cases  accom- 
paniedwilhaplateofthe  plant;  £v*Lyman  Spaldiiyc  ,  D.  M.  —  Mé- 
moire sur  l'introduction  en  médecine  de  la  scutellaria  laterifblia 
(  scull-cap  ) ,  comme  remède  préservatif  et  curatil"  contre  l'hy- 
drophobie  causée  parla  morsure  d'animaux  enragés-  à  l'appui 
duquel  plusieurs  exemples  de  cures  opérées  par  le  moyen  de 
cette  plante  :  lu  devant  la  Société  historique  de  New-York  ,  le  14 
septembre  1819,  par  Lyman  Spalding,  D.  M. 

Cet  ouvrage  a  été  envoyé  au  Muséum  d'histoire  naturelle 
de  Paris,  par  M.  Hyde  de  Neuville,  ambassadeur  de  France 
aux  États-Unis.  New-York,  1819.  1  vol.  in-8°  de  3i  pages. 
Collins  et  Jonsen,  libraires. 

88.  —  An  Essay  on  the  necessity  of  improving  the  American 
national  forces ,  etc.  — Essai  sur  la  nécessité  de  perfectionner 
les  forces  nationales  de  l'Amérique,  par  M.  William  Theobald 
Wolfe-Tone  ,  ex-officier  de  cavalerie  légère,  aide-de-camp  au 
service  de  France ,  et  membre  de  la  Légion  d'honneur.  New- 
York,  1819. 

Le  but  de  cet  ouvrage  est  de  prouver  au  peuple  des  Etals- 
Unis,  qu'il  s'endort  maintenant  dans  une  fausse  sécurité,  et  que 
des  préparatifs  de  guerre  sont  indispensables  pour  réprime] 
l'ambition   de  la  Grande-Hretague ,  ou  pour  s'opposer  aux  nan- 


ti,) Nous  indiquerons  ,  par  un  astérisque  ('  plac<  h  ité du  titre 
de  chaque  ouvrage  ,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui 
paraîtront,  dignes  d'une  attention  particulière,  et  dont  nous, 
rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  des  analyses. 

2/f* 


35a  LIVRES  ÉTRANGERS. 

velles  invasions  qu'elle  pourrait  tenter  sur  le  territoire  des  États- 
Unis.  L'auteur  commence  par  l'examen  des  changemens  impor- 
tons qui  se  sont  opères  depuis  quelques  années  dans  la  force  mi- 
litaire et  dans  la  politique  nationale  du  gouvernement  anglais. 
Cet  intéressant  sujet  est  traité  avec  talent.  M.  Tone  recommande 
fortement  aux  Américains  de  grands  préparatifs  et  beaucoup 
d'activité  ,  l'augmentation  de  l'armée ,  la  formation  de  nouveaux 
arsenaux  et  de  nouvelles  écoles  militaires. 

a  La  jalousie  de  l'Angleterre,  dit  le  colonel  Tone,  est  principa- 
lement dirigée  contre  les  États-Unis.  Les  Anglais  n'ignorent  pas 
que  leur  puissance  maritime  ,  fondement  de  toute  leur  grandeur, 
a  plus  à  redouter  de  l'Amérique  que  du  reste  du  inonde.  Ils  ne 
peuvent  attaquer  les  sources  de  la  prospérité  de  ce  pays  •  les 
causes  de  cette  prospérité  sont  hors  du  pouvoir  de  l'Angleterre, 
el  même  de  l'homme.  C'est  la  situation  géographique  de  l'Amé- 
rique ,  son  immense  territoire,  la  nature  d'un  gouvernement 
libre,  et  le  caractère  éclairé  de  ses  peuples,  qui  lui  assurent  un 
bonheur  indépendant.  Mais  la  Grande-Bretagne  peut  arrêter  ses 
progrès;  elle  peut  lui  causer  de  terribles  secousses,  et  l'Améri- 
que doit,  se  tenir  en  garde  contre  cette  redoutable  rivale.  Le 
second  chapitre  contient  une  analyse  de  la  dernière  guerre  des 
Anglais  contre  les  États-Unis,  considérée  spécialement  sous  les 
rapports  militaires. 

Cet  ouvrage  remarquable  renferme  des  aperçus  justes  et  inté- 
ressans  sur  la  puissance  et  la  politique,  de  l'Angleterre;  il  a  fait 
sensation  aux  États-Unis,  et  plusieurs  journaux  américains  l'ont 
cité  avec  éloge,  en  invitant  la  nation  à  suivre  les  avis  de  l'auteur. 

Hq.  —  ViniMciœ  Uibernicee  ,  or  Ir&land  i  <inàicatod ,  etc.  — 
L'Irlande  justifiée;  essai  pourdéyeloppex  el  réfuter  quelques-vues 
des  nombreuses  erreurs  et  des  «alunîmes  mensongères  qui  se 
trouvent  dans  les  histoires  d'Irlande  de  Ma)  ,  de  Tcinpl. 
Whitelock  ,  de  Rorlase,  de  Rushwot  th  ,  de  Clarendon  ,  de  Cox  , 
tic  Carte,  de  Leland ,  de  Warner,  de  [Nlacaule\,  de  Hume,  et 
de  plusieurs  autres  écrivains,  particulièrement  dam  :s  légendes 
Bur  la  conspiration  et  le  prétendu  massacre  de  if>p,  pai  M.  Ca- 

iœy.  Philadelphie,    1819.  (  Voy.  T.  V  ,  pag.  >j.  ) 

Cet  ouvrage  n'est  point  une  servile  compilation  des  auteurs 


LIVRES  ETRANGERS.  353 

anglais  ,  ni  une  misérable  copie  des  préjugés  de  cette  nation  , 
comme  la  plupart  des  livres  américains.  11  est  dédié  à  «  ces  es- 
prits supérieurs  qui  méprisent  le  joug  de  la  fraude,  de  l'impos- 
ture  et  du  fanatisme  ;  qui  ont  sacrifié  leurs  préjugés  sur  l'autel 
de  la  vérité 5  qui  possèdent  enfin  les  bienfaits  d'une  liberté  ré- 
vérée, acquise  par  leurs  efforts  contre  le  despotisme:  ces  âmes 
élevées   sympathiseront  avec  ceux  qui  ont  lutté  ,  quoique  sans 
succès,  contre  la  plus  cruelle  oppression  qui  ait  jamais  pesé  sur 
une  nation  noble  et  généreuse,  ceux  qui  ont  embrassé  la  noble 
cause  défendue  par  Léonidas,  Épaminondas  ,  Brutus  ,  le  prince 
d'Orange  ,  Guillaume  Tell ,  Lafayette  ,  Hancock  ,  Adams,  Frank- 
lin et  Washington.  »  Il  est  aussi  dédié  à  la  mémoire  immortelle 
des   Desmonds,  desO'JNiels,  des  OVlonnels  ,  des  O'Moores  ,  des 
Prestons,  des  Mountgarrets  ,  des  Castlehavens,  des  Fitzgeralds, 
des  Sheareses  ,  des  Tones,  des  Emmetts,  et  de  ces  myriades  d'il- 
lustres Irlandais  ,  qui   sacrifièrent  leur  vie  et  leur  fortune  pour 
émanciper  une  contrée  favorisée  de  tous  les  dons  de  la  nature. 

EUROPE. 

ANGLETERRE. 

90.  —  A  Sketch  oj  the  economy  of  man.  —  Essai  sur  l'éco- 
nomie de  l'homme.  Londres,  1819.  Longman.  Prix,  7  shellings. 

Cet  ouvrage,  publié  par  un  auteur  anonyme  ,  renferme  une 
analyse  incomplète,  mais  fort  remarquable  ,  des  facultés  du  corps 
humain.  Il  est  divisé  par  chapitres:  le  plan  parait  bien  ordonné. 
Après  une  explication  des  facultés  générales  du  corps  ,  l'auteur 
passe  aux  sensations,  puis  aux  mouvemens  intellectuels  et  mus- 
culaires, enfin  à  l'expression  de  ces  mouvemens  par  les  organes 
des  sons  et  de  la  vue,  et  par  le  moyen  des  signes  extérieurs. 
Vient  ensuite  une  description  du  phénomène  du  sommeil,  et 
des  causes  qui  en  produisent  les  différens  degrés  ,  depuis  l'as- 
soupissement jusqu'au  plus  profond  sommeil;  il  explique  ce  der- 
nier état  par  le  système  nerveux,  qui,  parvenu  à  un  certain 
point  d'irritabilité  ,  la  perd  tout-à-fait.  Quoique  cetouvrage 
n'offre  rien  d'absolument  neuf,  il  est  curieux,  et  mérite  d'être 
remarqué  pour  l'ordre  ,  la  clarté,  et  la  justesse  des  idées  qu'on 
y  trouve. 


354  LIVRES  ÉTRANGERS. 

91.  —  A  History  of  the  wcst  Indies  ,  etc.  —  Histoire  des 
Indes  occidentales,  renfermant  l'histoire  naturelle,  civile  et  ec- 
clésiastique de  chaque  île;  avec  un  récit  des  missions  instituées 
dans  ces  îles,  dès  le  commencement  de  leur  civilisation.  Ouvrage 
posthume  du  révérend  TlwmasQoKT.;  S  vol.  in-8°,  orne's  de  cartes 
et  de  gravures.  Londres,  1820.  Colburn.  Prix,  1  1.  4  shellings, 
cartonne. 

92.  —  Information  relative  to  the  United  States  of  America , 
etc.  —  Informations  relatives  aux.  Etals-Unis  d'Amérique  et  aux 
colonies  anglaises;  par  William  Ktngoom.  Prix,  10  shellings 
6  pences. 

g3.  —  Travcls  in  Italy ,  Greece  ,  and  the  Ionian  islands  ,  ele 
—  Voyages  en  Italie  ,  en  Grèce,  et  dans  les  îles  Ioniennes  ,  divi- 
ses par  lettres,  et  publies  par  H.  W.  Williams.  Londres,  1820. 
2  vol.  in-8°.  Prix,  2  liv.  2  shellings. 

<)/j.  — -A  new  and  impartial  history  of 1 rcland ,  etc.  —  Histoire 
nouvelle  et.  impartiale  de  L'Irlande,  depuis  les  premières  traditions 
jusqu'à  nos  jours;  par  INI.  Permot  ;  publiée  par  livraisons  in-8°. 
Cowic  ,  lib.  ,  à  Londres  ,  et  Coync ,  à  Dublin.  On  peut  se  pro- 
curer chez  ces  deux  libraires  ,  depuis  le  numéro  premier  jusqu'au 
numéro  11.  Prix,  1  shelling,  chaque  numéro  ;  ou  le  premier  vo- 
lume complet,  prix,  12  shellings,  cartonné.  L'on  vi  âge  mtiei 
formera  5o  numéros  ou  \  vol.  in-8°. 

Le  premier  volume  de  celle  histoire,  qui  vient  délie  offert 
au  public,  contient  une  réfutation  des  doutes  et  des  conjectures 
exprimées"  p;ir  Ledwich  et  Macpherson  ,  sur  l'authenticité  d< 
anciennes  annales   irlandaises  ;  quelques  détails   Lntéressans  sur 
les  premières  peuplades  de  lue;  un  examen  de  cette  question 
«  Quelle  fut  l'origine  des  habttansde  l'Irlande?  etc....  »  U  sein 
mine  à  l'extinction  du  druidisrae  et  à  l'introduction  de  la  religion 
chrétienne  dans  cette  Ile.  Le  second  volume  finira  à  l'invasion  de 
l'Irlande  par  Henri  11  ,  qui   complète  l'histoire  ancienne  de  ce 
pays  :  les  deux  autres  contiendront  son  histoire  moderne  jusqu'à 
nos  jours.  On  trouvera  dans  cet  ouvrage  une  description  des  an- 
tiquités de  l'Irlande;  des  détails  exactt  sur  sa  constitution  poli- 
tique,  ses  !<>is,  elc...;  la  littérature  du  moyen  âge;  les  carac 
tères  Ogham  et  les  élémens  alphabétiques  du  langage  y  seront 


LIVRES  ETRANGERS.  355 

aussi  dépeints.  Le  but  de  l'auteur  est  de  pre'senter  un  tableau 
complet  du  génie  ,  des  coutumes,  des  lois  et  des  mœurs  de  la 
nation  irlandaise. 

g5.  —  The  literary  Gazette,  and  Journal  of  belles- Lettres, 
arts ,  sciences,  etc.  —  Gazette  litte'raire,  ou  Journal  des  belles- 
lettres,  des  arts,  des  sciences,  etc.  —  Ce  nouveau  journal,  con- 
tenant quarante-huit  colonnes  d'impression  ,  se  publie  une  fois 
par  semaine  tous  les  samedis  régulièrement. 

Le  Ier  cahier  du  trimestre  de  1820  vient  d'être  complète'  par  la 
publication  du  n°  166,  le  25  mars  ;  il  contient  des  revues  critiques 
de  plus  de  cinquante-deux  ouvrages ,  dont  cinq  français;  l'Histoire 
de  Venise,  par  M.  Daru;  le  Voyage  de  M.  Mollien  en  Afrique,  etc.; 
vingt-trois  articles  originaux  sur  des  sujets  neufs  ,  et.  propres  à 
intéresser  les  savans,  les  littérateurs  et  les  hommes  du  monde. 

Les  nouvelles  scientifiques  ,  contenues  dans  le  premier  cahier 
de  ce  recueil,  sont  au  nombre  de  i5,  savoir  :  une  notice  sur  la  dé- 
couverte des  monnaies  anglo-saxonnes  en  Suède  ;  —  un  traité  sur 
les  antiquités  de  Wiesbaden  ;  —  des  détails  sur  les  antiquités 
arabes  en  Pologne  ;  —  sur  l'astronomie  des  Orientaux  ;  —  sur 
la  mesure  d'un  arc  du  méridien  ,  par  le  docteur  Olbers;  —  sur 
l'expédition  arctique  ;  —  sur  les  expériences  de  Bracconot  pour 
extraire  du  vieux  linge  une  matière  sucrée  ;  —  exemple  d'une 
combustion  spontanée  sur  le  corps  humain; — •  effets  remarqua- 
bles de  la  foudre  ;  —  nouvelle  méthode  pour  imprimer  les  cartes 
de  géographie  ;  —  montagne  mouvante  à  INamur  ;  —  la  sidéro- 
graphie,  ou  nouvelle  manière  de  graver  sur  l'acier  pour  empêcher 
les  contrefaçons;  — •  des  turquoises;  —  Journal  météorologique 
de  chaque  semaine;  —  progrès  de  la  vaccine  dans  l'Inde. 

Ce  journal  rend  compte  aussi  des  expositions  publiques  ,  des 
découvertes  qui  intéressent  les  arts,  des  productions  remarqua- 
bles en  sculpture  ,  peinture  ,  etc.  .  des  séances  des  Académies 
anglaises  et  étrangères  ,  et  en  général  des  principales  corpora- 
tions savantes.  On  y  trouve  plusieurs  critiques  sur  le  théâtre  an- 
glaisées analyses  des  meilleures  pièces  anglaises  et  françaises; 
des  détails  biographiques  sur  des  hommes  célèbres;  enfin,  sous 
le  titre  de  mélanges,  des  anecdotes,  des  essais  sur  la  société 
et  les  mœurs.  On  s'abonne  au  bureau  de  la  Gazette  littéraire  , 
n°  362.  Strand,  à  Londres.  Le  prix  de  chaque  livraison,  publiée 
une  fois  la  semaine,  est  de  8  pences  (  iG  sous  de  notre  monnaie). 


356  LIVRES  ETRANGERS. 

96.  —  Popular  Voyages  and  travch ,  comprising  the  tour  of 
Europe,  etc.  —  \ojages  populaires,  comprenant  le  tour  de 
l'Europe  ;  abrégé  à  l'usage  des  écoles  et  des  jeunes  gens  5  suivi  de 
remarques  sur  le  caractère  et  les  mœurs  des  différentes  nations 
européennes  ;  par  le  révérend  T.  Clarke.  Londres,  1820.  1  vol. 
in-8°  de  455  p.  Colburn. 

Cet  abrégé  manquait  depuis  long-tems  à  l'instruction  de  la 
jeunesse.  Les  différens  changemens  qui  se  sont  opérés  parmi  les 
nations  de  l'Europe  et  dans  leurs  gouvernemens  ,  avaient  jeté 
beaucoup  de  contusion  dans  la  partie  historique  de  la  géogra- 
phie. L'auteur  de  cet  ouvrage  a  entrepris  de  faire  connaître  la 
situation  actuelle  des  peuples  et  des  pays.  11  compte  publier  in- 
cessamment un  aperçu  sur  le  même  plan ,  de  l'Asie  ,  de  l'Afrique 
et  de  l'Amérique. 

97.  —  The  scholar's  remembrancer.  —  Le  moniteur  de  l'éco- 
lier,  contenant  des  tables  d'arithmétique,  d'histoire  ,  île  géogra- 
phie ,  d'écriture  ,  de  chronologie  et  de  biographie.  Londres  , 
1820.  1  vol.  in-12,  même  adresse. 

98.  —  The  art  of  instructing  the  infant  deaf  and  dunib.  — 
L'art  d'instruire  les  sourds-muets,  par  J.  P.  Arrowsmith  ;  orné 
de  gravures,  dessinées  et  exécutées  par  le  frère  de  l'auteur  ,  ar- 
tiste sourd-muet  de  naissance.  Londres,  1820.  Colburn.  1  vot. 
in-8°.   Prix,  10  shellings  6  pences. 

99.  —  The  glory  of  regality ,  etc.  —  La  Gloire  de  la  royauté, 
nu  traité  historique  de  l'onction  et  du  couronnement  des  rois  et 
des  reines  d'Angleterre  ;  par  Arthur  Taylor.  Londres,  1820. 
Payne.    1  vol.  in-8°.  Prix,  i5  shellings. 

Cet  ouvrage  contient  des  remarques  curieuses  sur  l'ancienne 
manière  de  créer  les  rois,  et  sur  l'origine  des  cérémonies  exis- 
tantes; l'histoire  des  prérogatives  royales;  la  description 
ornemens  royaux  \  quelques  détails  intéressans  sur  la  cour  des 
privilèges  ,  SUT  les  fonctions  des  grands  ollîciers  de  l'Étal  ,  et  sur 
les  services  féodaux  et  les  processions  ,  avec  tout  w  rituel  en 
usage  à  l'inauguration  ilesi<,i,  d'Angleterre  ,  el  une  chronique 
des  couronnemens  anglais  depuis  l'origine  de  cette  cérémonie. 

100.  —  The  Monaatery,  hy  the  attthonf  IVaverly.  —  Le  Mo- 

naatert,  par  l'auteur  de  Waverly,  de  L'Antiquaire,  de  la  Prisou 


LIVRES  ETRANGERS.  357 

d'Edimbourg,  etc.  Londres,  1820.  Colburn.  3  vol.  in-12.  Prix, 
1  liv.  4  shellings. 

La  fe'conditc'  du  mystérieux  auteur  de  tant  de  charmans  ou* 
vrages  tient  du  prodige  ;  il  a  publié  ,  cette  année,  10  à  12  vo- 
lumes, et  Tannée  précédente  n'a  pas  été  moins  productive. 

101.  —  The  Biography  and  obituary  ,  etc.  —  Biographie 
annuelle  et  nécrologue  pour  1820  ,  ouvrage  orné  de  portraits  à  la 
silhouette.   Londres  ,   1820.  1  vol.  in-8°.  Prix,  i5  shellings. 

Cet  ouvrage,  à  la  fois  curieux  et  utile,  renferme  des  détails  iu- 
téressans  sur  deux  ou  trois  mille  hommes  publics  de  tous  les 
pays,  vivans  en  1820. 

POLOGNE. 

102.  —  Dissertation  sur  le  Gaz-acide-muriatiq ne ,  parle  comte 
Alexandre  Chodkiewicz.  Varsovie,  1819,  in-8°. 

io3.  —  Parnioutka  po  dobréy  matre.  —  Souvenir  d'une  bonne 
mère  et  ses  derniers  conseils  adressés  à  sa  fille,  par  une  dame  po- 
lonaise (Clémentine  Tanska).  Varsovie,  1819,  in-8°. 

104.  —  Dzieie  Panowania.  —  Histoire  du  règne  de  Sigis- 
mondlll,  roi  de  Pologne  ,  par  Jul.  Urs.  INiemcewicz.  Varsovie  , 
1818-1819.  T.  l-IIl,  in-8°,  figures. 

Le  premier  volume  de  cet  ouvrage  a  été  annoncé  avec  éloge 
dans  la  Revue.  (T.  IV,  p.  219.)  L'abbé  Lavoisier  se  propose  de 
le  traduire  en  français. 

io5.  —  Wiadomosci  historyczno  krystyczne ,  etc.  —  Mémoires 
historiques  et  critiques  pour  servir  à  l'histoire  littléraire  de  la 
Pologne,  par  le  comte  Ossolinskt.  Cracovie,  1819,  t..  I  et  II. 

Cetouvrage,  rempli  d'érudition  ctde bonne  critique,  contient, 
outre  la  biographie  des  hommes  illustres  de  Pologne,  diverses 
dissertations- 

106.  —  Janociana  ,  sive  clarorum  alque  illustrium  Poloniœ  auc- 
torum,  Mecenatumquc  Memoriœ  miscellœ  ;  volumen  III,  Varso- 
via,  1819,  in-8°.  —  Mémoires  sur  les  auteurs  céièbres  de  la  Po- 
logne et  sur  leurs  Mécènefe,  par  Janocki. 

Les  deux  premiers  volumes  de  l'ouvrage  de  Janocki,  de  son 
vivant  bibliothécaire  de  la  Bibliothèque  Zalusskiana,  trans- 
portée, en  1793,  de  Varsovie  à  Pétersbourg,  furent  publiés  eu 
1776  et   1779-  Le  troisième  volume,  qui  yienl  d  être  retrouve  et 


358  LIVRES  ÉTRANGERS. 

publie  par  le  savant  M.  Linde,  est  une  acquisition  précieuse 

pour  la  littérature  polonaise. 

107.  —  Les  Templiers ,  tragédie  de  M.  Raynouard,  traduite  en 
polonais  par  M.  Brodzinski.  Varsovie,  1819. 

ALLEMAGNE. 

108.  —  lYeue  Annalen  der  Mecklenburgïsc lien  Landwirth- 
schafts  Gesellschaft.  —  Nouvelles  Annales  de  la  Société  d'écono- 
mie rurale  de  Mecklerabourg ,  publiées  par  F.  C.  L.  Kàrsten, 
professeur  à  Rostock.  Chez  Stiller,  à  Rostock. 

Ce  recueil  qui  paraît  depuis  i8i3,  occupe  un  rang  distingué 
parmi  les  ouvrages  périodiques  allemands  qui  traitent  des  mêmes 
objets.  L'économie  rurale  est  portée  dans  le  Mecklembourg  à 
un  haut  degré  de  perfection  ,  et  l'Université  de  Rostock  est  cé- 
lèbre pour  renseignement  de  cette  science.  Le  recueil  que  nous 
annonçons  forme  déjà  une  collection  de  14  volumes,  d'environ 
/Joo  pages  in-8°. 

109.  — F  ollstdndiges  Lehrbuch  der  Géographie  der  Staaten  des 
deutschen  Blindes.  —  Manuel  de  géographie  des  Etats  de  la  Con- 
fédération germanique  :  par  Kràmer.  Brème  ,  chez  Heise.  2  vol. 
in-8°.  786  pages. 

La  géographie  politique  de  l'Europe  ,  particulièrement  celle 
d< !9  Etats  de  l'Allemagne ,  avait  perdu  dans  les  dernières  guerres 
toute  espèce  de  base  et  de  fixité.  Chai)  ne  année,  un  nouveau  traite 
changeait  la  face  du  continent  et  bouleversait  par  conséquent  les 
systèmes  géographiques  de  l'année  précédente.  L'étal  actuel  de» 
choses  offre  plus  de  stabilité  à  la  géographie  et  à  la  statistique. 
M.  de  K ramer  a  puisé  SCS  maté]  i;m\  dans  les  meilleure  |  sources  , 

et  son  trayait  est  rédigé  a\ec  beaucoup  de  soin. 

110.  —  Umblik  aufeiner Reise  von  Constantinopoi  nnch  Jirussa 
und  den  Olympns  ,  etc.  - —  Relation  d'un  voyage  de  Constanti- 
nople  à  Brussa  et  à  l'Olympe,  et  du  retour  par  Nicéfl  el  'Nicomé- 
die  ;  par  J.  nE  Hammkr.  Avec  gravure !S  .1  cul.  i1  lh,  1819. 
200  pages  in-8y. 

Le  célèbre  auteur  de  cette  relation  a  ,  mu  la  plupart  des  voya- 
geurs qui  visitent  les  contrées  orientales,  l'inappréciable  avan- 

de  connaître  à  fond  les  langues  «t  les  mœurs  de  ces  paj  1 
connaissance  précieuse,  qui  facilite  singulièrement  les  observa- 


LIVRES  ÉTRANGERS.  359 

tions,  et.  qui  seule  peut  les  préserver  d'une  foule  d'erreurs  et 
d'inexactitudes.  Ce  voyage  n'embrasse  qu'un  espace  assez  res- 
serre' ;  mais  cette  circonstance  même  a  permis  à  l'auteur  de  s'é- 
tendre sur  chaque  objet  avec  d'autant  plus  de  détail.  M.  de  Ham- 
mer ,  à  l' époque  de  son  voyage  ,  secrétaire  d'ambassade  à  Cons- 
tantinople,,  quitta  cette  ville  au  mois  d'août  i8o:j.  pour  visiter, 
avec  deux  amis  ,  les  côtes  de  l'Anatolie  et  le  Mont  Olympe.  Il 
décrit  avec  un  charme  poétique  le  pays  délicieux  ,  les  plaines 
fertiles  ,  les  villes  célèbres  qu'il  traversa.  Les  observations  his- 
toriques ,  le  tableau  fidèle  qu'il  trace  de  l'état  actuel  de  ces 
contrées  ,  les  particularités  intéressantes  qu'il  donné  sur  les 
mœurs  ,  la  religion  ,  les  usages  des  habitans  ;  la  discussion  de 
plusieurs  points  intéressans  de  philologie  et  de  géographie  ,  tout 
enfin  concourt  à  rendre  la  lecture  de  cet  ouvrage  aussi  agréable 
qu'instructive. 

ii t.  —  Donau  Farthcn.  —  Voyage  sur  le  Danube.  Manuel 
pour  les  voyageurs,  par  J.  A.  Schdltes.  i  vol.  in- 12,  avec  cartes 
et  gravures.  Vienne,    1819. 

L'auteur  donne  une  description  topographique  très  détaillée 
des  villages  ,  bourgs  ,  châteaux  et  villes  qui  bordent  le  Danube. 
Il  y  a  joint  des  notices  statistiques  et  des  détails  intéressans  sur 
l'histoire  naturelle  de  ces  contrées.  La  carte  qui  accompagne  ce 
premier  volume,  représente  la  source  du  Danube-  elle  est  faite 
avec  beaucoup  de  soin  et  d'exactitude. 

H2.  —  Polilik  nach  Platonischen  Grundsaetzen.  —  Principes 
de  politique,  d'après  Platon,  appliqués  au  tetns  actuel  5  par 
Fr.  Kopr-Eiv.  Leipsick,  Fleischer,  1818.  35i  pages  in-8°. 

Cet  ouvrage  se  compose  de  six  chapitres  sou>  les  titres  sui- 
vans  :  Introduction  j  Souveraineté;  Ktat  ;  Gouvernement;  Lé- 
gislation; Droit. 

Dans  son  introduction  ,  l'auteur  cherche  à  définir  la  diversité 
des  vues  et  des  systèmes  politiques  des  anciens  et  des  modernes. 
Il  signale  dans  le  système  de  Platon,  le  principe  qui  fait  considé- 
rer l'Etat  comme  un  individu  ,  soumis  aux  règles  éternelles  de 
la  morale,  et  assujetti  aux  mêmes  devoirs  et  aux  mêmes  besoins. 
Il  observe  qu'au  contraire,  dans  le  système  de  la  politique  mo- 
derne ,  le  bien  public  est  entièrement  dégagé  de  tout  rapport 
avec  la  morale  ;  que  le  but  de  l'association  civile  peut  être  at- 


36o  LIVRES  ETRANGERS. 

teint  sans  aucune  intention  -vertueuse  de  la  part  des  citoyens  • 
que  même,  dans  la  rigueur  des  principes  de  ce  système  ,  il  fau- 
drait faire  abstraction  de  toute  intention  de  cette  nature.  L'édu- 
cation publique  ,  partie  si  essentielle  de  la  législation  ancienne  , 
est  donc  entièrement  étrangère  à  la  politique  moderne  ,  dont 
1  influence,  en  quelque  sorte  négative,  se  borne  ,  suivant  notre 
auteur,  à  empêcher  le  ma]  et  à  maintenir  l'ordre.  Partant  de 
cette  distinction  ,  il  examine  les  principales  questions  de  la 
haute  politique,  qifil  traite  d'après  les  principes  de  Platon.  Il 
s'occupe  d'abord  de  la  souveraineté ,  qu  il  considère  comme  le 
centre  de  toute  constitution  politique  et  de  tout  droit  ,  comme 
le  principe  sans  lequel  aucun  système  politique  ne  saurait  exis- 
ter. La  souveraineté,  selon  lui,  est  l'usage  libre  et  spontané  du 
pouvoir,  usage  qui  prend  sa  source  dans  la  liberté.  La  liberté 
est  l'idée  de  l'absolu  dans  la  philosophie.  Nous  ne  suivrons  pas 
l'auteur  dans  les  déductions  ultérieures  qu'il  fait  de  ces  prin- 
cipes ,  et  qui  l'engagent  dans  les  abstractions  les  plus  ardues  de 
la  métaphysique. 

Dans  Le  chapitre  où  il  traite  de  VEtat,  M.  koppen  parle  d'a- 
bord de  1  essence  et  du  but  de  l'État ,  et  ensuite  de  ses  rapports 
avec  V Eglise.  Sans  donner  une  nouvelle  définition  de  l'Etat, 
iM.  Koppen  revient,  à  ce  qu'il  a  dit  dans  son  introduction  sur 
la  nature  de  celle  association  ,  et  donne  à  ses  idées  de  nouveaux 
développemens.  Le  but  de  l'Etat,  selon  lui ,  est  d'élever,  de 
former  les  citoyens  à  la  liberté  morale  ;  pour  appuyer  cette  pro- 
position ,  il  établit  un  parallèle  entre  i  l.t.n  et  la  famille,  entre 
la  souveraineté  et  la  puissance  paternelle.  L'auteur  considère 
ensuite  les  rapports  de  l'Eglise  avec  l'Etat  ,  principalement 
sous  le  point  de  vue  historique.  Après  des  observations  géné- 
rales Bur  l'influence  que  Le  christianisme  a  exercée  sur  la  politique, 
il  examine  l'Eglise  devenant  peu  à  peu  un  Etat  dans  L'État;  si- 
tuation qui  fut  changée  par  la  i  <  Formation  .  à  L'ai  antage  de  I  l  i.it 

et  de  L'Eglise  elle-même.  Dans  ce  chapitre  ,  l'un  des  plus  i n I  < 
sans  de  l'ouvrage,   l'auteur  traite  avec   UU  rare  talent  toutes  les 
grandes  questions  relatives  à  la  nature  de  1  Eglise  ,  sou  principe, 

son  but,  ses  relations  avec  le  souverain,   etc. 

Le  chapitre  qui  traite  du  Gouvernement  se  subdivise  en  trois 
->.tions,  dont  la  première  traite  de  l'essence  de  tout  gouverne 


LIVRES  ETRANGERS.  3Gc 

nent ;  la  seconde,  des  constitutions  en  général  ;  la  troisième  , 
in  gouvernement  représentatif.  Nous  nous  bornerons  à  incliquer 
juelqucs  idées  de  Fauteur  à  l'égard  de  celte  dernière  matière 
[ni  est  maintenant  ,  surtout  en  Allemagne  ,  l'objet  de  tant  de 
liseussions.  L'auteur  distingue  entre  la  représentation  par  les 
itats  et  les  constitutions  représentatives  proprement  dites  •  il 
examine  l'institution  de  la  noblesse  et  du  clergé  dans  L'ancienne 
institution  de  l'Allemagne  ;  il  soutient  que  non-seulement  la 
propriété  ,  mais  encore  l'industrie  et  le  savoir  ont  droit  à  la 
epréscntation  ;  il  conteste  au  cierge'  le  droit  d'être  représente' 
:omme  corps  •  il  démontre  les  suites  funestes  qui  résulteraient 
l'un  système  où  l'on  admettrait  la  représentation  du  clergé  , 
urtout  lorsqu'il  conserve  ses  relations  avec  la  hiérarchie  ro- 
naine.  Après  avoir  traité  plusieurs  autres  questions  relatives 
i  cette  matière,  l'auteur  se  demande  s'il  est  avantageux  d'admettre 
leux  chambres  dans  le  gouvernement  représentatif;  question 
[ui ,  selon  lui  ,  ne  peut  être  résolue  d'une  manière  absolue  ,  et. 
[ui  devra  être  décidée  par  les  circonstances  locales. 

Le  chapitre  sur  la  Législation  traite  d'abord  de  la  législation  en 
;énéral  ,  et  ensuite  de  son  principal  objet ,  qui  est  l'éducation, 
je  but  de  la  législation  est  le  bien  public,  le  perfectionnement 
noral  des  citoyens.  C'est  d'après  ce  principe  que  l'auteur  exa- 
nine  les  principales  questions  qui  se  rattachent  à  cette  matière, 
t  surtout  celle  de  l'inûuence  de  la  législation  sur  l'éducation  et 
es  mœurs  publiques. 

Le  chapitre  sur  le  Droit,  qui  termine  cet  écrit ,  n'est  ,  pour 
linsi  dire,  qu'une  récapitulation  de  ce  que  l'auteur  a  déjà  dit  à 
:e  sujet  dans  le  courant  de  son  ouvrage  ,  qui  ,  au  reste  ,  par  son 
mportance  et  par  le  talent  distingué  avec  lequel  IV1.  Koppcn  a 
raité  son  sujet,  mérite  d'être  recommandé  à  la  méditation  de 
ous  ceux  qui  s'occupent  de  politique. 

ti3.  —  Karl  IVilte.  —  Histoire  de  l'éducation  de  Charles 
Witte,  publiée  par  son  père  le  doyen  ,  Cn.  VlTTB.  'i  vol.  ,  Leip- 
ick ,  1819. 

M.  Witte  acquit,  dès  sa  première  jeunesse,  une  grande  célé- 
brité par  ses  connaissances  étendues  et  ses  talent  extraordinaires 
■t  précoces.  L'histoire  de  son  éducation,  écrite  par  son  père  lui- 
ae  .  ne  peut  qu'être da  plus  grand  intérêt;  elle  sera  lue  et  nié- 


362  LIVRES  ETRANGERS. 

dilue  avec  beaucoup  de  fruit,  par  tous  les  pareils  et  instituteurs 
qui  ont  à  cœur  de  cultiver  les  facultés  intellectuelles  et  morales 
de  leurs  enfans. 

1 14-  —  Erzahlungen  von  Fanny  Tarnow.  —  Contes  de  Fannv 
Tarnow,  i  vol.  in-8°.  33^  pag.  Leipsick,Eugehnann.  Prix,  7  fr. 

L'auteur  de  ce  petit  volume  raconte  agréablement ,  et  ses  contes 
ornent  pour  la  plupart  quelques-uns  de  ces  jolis  almanachs 
que  les  libraires  allemands  font  paraître  en  si  grand  nombre,  à 
Tapproche  de  la  nouvelle  année  ,  pour  offrir  aux  dames  eus 
etrennes  élégantes.  C'est  surtout  pour  son  sexe  que  Fanny  Tarnow 
écrit,  et  les  quatre  contes  que  renferme  ce  volume  contiennent 
d'excellentes  leçons  pour  les  jeunes  femmes. 

11 5.  —  Kru^s  encyclopedisches  Handbuch  der  wisscnschajt- 
lichen  Literatur.  —  Manuel  encyclopédique  de  la  Littérature 
scientifique,  par  N.  F.  Krug.  Troisième  et  dernier  vol.  in-8°- 
Ziillichau,  Drumman,  1819. 

Cet  ouvrage  est  un  Manuel  indispensable  à  tout  homme  de 
lettres  allemand  qui,  sans  faire  de  grandes  recherches,  désire 
embrasser  d'un  seul  coup  -  d'oeil  le  vaste  domaine  de  la  Littéra- 
ture, tant  ancienne  que  moderne.  Le  premier  volume  contient  la 
philologie,  l'histoire ,  les  mathématiques  et  la  philosophie.  Le 
second  renferme  la  politique,  la  physique,  la  médecine,  la  juris- 
prudence et  la  théologie.  Le  dernier  volume ,  que  nous  avons 
sous  les  yeux  ,  n'est  qu'un  supplément  aux  deux  premiers. 

116.  —  Athenauiu ,  Humanistische  ZeiUchritf.  — ■  Athénée, 
journal  des  lettres  humaines  ,  publié  par  les  professeur!  Guntulr 
et  Wasciimuth.  Halle,  chez  Hemmerde. 

Ge  journal,  consacré  aux  éludes  philologiques,  paraît  depuis 
181G,  par  trimestre,  et  offre  des  observations  neu\es,  et  des  re- 
cherches profondes.  On  y  rencontre  entre  autres  des  remarques 
fort  intéressante!  sur  les  grammaires  grecque  et  latine,  sur  la 
lexicographie  de  ces  deux  langues,  sur  le  caractère  <!<  -  auteurs 
classiques,  d'apre!  les  particularité!  de  leur  style,  leur  système 
philosophique,  etc.  On  y  trouve  aussi  une  comparaison  générale  - 
des  différentes  langues,  plusieurs  dissertations  sur  des  passages 
difficiles  d'anciens  auteurs,  dei  traduction!  de  morceaux  inU 

ins    des   meilleurs   poêles  et  psosateUM    grées    et    UttAi,   des 
analyses  d'ouvrages  nouveaux,  etc.  Les  rédacteurs  cherchent  en 


LIVRES  ÉTRANGERS.  363 

même  tems  à  tenir  leurs  lecteurs  au  courant  des  nouvelles  décou- 
vertes qui  sont  faites  dans  le  domaine  de  la  philologie ,  des  nou- 
veaux établissemens  d'instruction  publique,  et  des  nouvelles 
publications  philologiques,  etc.  Les  articles  de  MM.  Gunther  et 
Wachsmuth  décèlent  particulièrement  des  connaissances  pro- 
fondes en  philologie. 

ITALIE. 

117.  —  Del  Proteo  Anguino  di  Laurenti,  monografia  publicata 
dal  professore  Pietro  Configltacchi  e  dal  dottor  Mauro  Aujconi. 
Pavie,  1819,  in-fol.  ,  pag.  119,  avec  des  planches  coloriées. 

Proteus-anguinus  (Laurent)  Siren  anguina  (Sch.  ),  noms 
différens  du  protée,  animal  qui,  outre  des  poumons  intérieurs, 
porte,  comme  les  larves  des  salamandres,  trois  branchies  de 
chaque  côté,  en  forme  de  houppes  ,  qu"il  paraît  conserver  toute 
sa  vie.  C'est  le  seul  animal ,  encore  connu,  qui  conserve  à  la  fois 
des  branchies  et  des  poumons,  pendant  toute  la  durée  de  son 
existence. 

Les  deux  auteurs  du  traité  ont  suivi  d'abord  M.  Guvier  dans 
leurs  observations,  et  en  ont  fait  de  nouvelles  sur  le  protée. 
L'ouvrage  est  divisé  en  neuf  chapitres.  On  y  traite  :  i°  des 
zoologues  qui  ont  écrit  sur  le  protée ,  et  du  lieu  où  il  naît; 
20  de  ses  formes  et  de  ses  habitudes  ;  3°  de  son  squelette;  4°»  5°, 
6°  et  70  de  ses  organes  de  digestion  ,  de  circulation,  de  respira- 
tion, de  génération  ;  8°  de  ses  sécrétions  ;  90  de  ses  organes  des- 
tinés aux  sensations.  Les  auteurs  se  croient  fondés  à  regarder  le 
proteo  angulno  comme  un  reptile  parfait,  et  non  comme  un  am- 
phibie à  double  circulation  ,  ainsi  que  l'a  jugé  M.  Cuvier. 

118. — ■  JYuova  drscrizione  di  lîoma  antica  e  mode  ma  ede  suoi 
Monlorni,  etc.  —  Nouvelle  description  de  Rome  ancienne  et  mo- 
derne, de  ses  environs  et  de  ses  raretés,  surtout  après  les  nou- 
velles découvertes  obtenues  par  les  fouilles;  enrichie  «les  vues  les 
plus  intéressantes,  rédigée  pour  l'usage  des  voyageurs  instruits, 
par  l'avocat  Charles  Fea.  ,  etc.  Rome,  1820,  tom.  3,  in-8Q. 

L'auteur  est  déjà  très  connu  par  ses  éclaicissemens  joints  à  l'ou- 
vrage deWinkelmann,  et  par  d'autres  tiaités  d'archéologie. 

119.  —  Rapporto  delviaggio  aile  AI  ado  nie. ,  etc.  —  Rapport  du 


36\  LIVRES  ÉTRANGERS. 

voyage  aux  Mmlonie ,  imprime  aux  frais  du  gouvernement,  et 
publie  par  Dominico  Sein  A  ,  à  l'occasion  des  tremblemens  de  terre 
arrives  en  1818  et  1819.   Païenne,  i8iQ,in-8°. 

On  appelle  Madotùt  ces  montagnes  de  la  Sicile  que  les  anciens 
nommaient  Lebrodesr.  L'auteur  en  détermine  les  hauteurs,  la 
constitution  géognostique  ,  les  substances  bitumineuses  dont  elles 
abondent,  et  la  cause  des  derniers  tremblemens  de  terre,  qu'il 
attribue  au  développement  des  gaz  souterrains.  Il  donne  aussi  on 
catalogue  des  plantes  qui  croissent  à  diverses  hauteurs  des  31a- 
flonie. 

120.  —  NotiziP.  astmnomiche ,  etc.  —  Connaissances  astrono- 
miques mises  à  la  portée  de  tout  le  monde  ,  par  M.  Cagînoli.  Mi- 
lan, 181 8,  in-i  2  ,  avec  3  planches. 

L'auteur  est  connu  par  des  ouvrages  profonds  de  ma the'ma ti- 
ques et  d'astronomie.  11  a  voulu,  dans  celui-ci,  faire  saisir  les 
premières  notions  de  l'astronomie  aux  jeunes  1  K  ves-qui  n'ont  pas 
la  connaissance  préalable  des  mathématiques  ,  nécessaire  pour 
approfondir  les  théories  de  cette  science.  L'ouvrage  contient 
27  chapitres,  que  l'auteur  av. lit  déjà  publiés  séparément  en  divers 
almanachs. 

121.  —  Letterefamiliari  astronomiche,  etc. — .Lettres  familières 
astronomiques  du  C.  Jacques  Filmai.  Venise,   1818  ,  in-8°. 

Les  savans  ne  se  sont  jamais  occupés  autant,  qu'aujourd'hui  de 
mettre  les  connaissances  à  la  portée  de  la  plus  grande  partie  de  la 
nation,  pour  accélérer  sa  civilisation. 

122.  —  Dizionario portatile  ili  geologia  ,  litologiae  mineralogia, 

del  cavalière  Luigi  Bossi,  enn  otto  lavole  in  m  me.  I\lit<mo,  1819, 
fr.  j  —  Dictionnaire  portatif  de  géologie,  lithologie  et  minéra- 
logie ,  par  L.  Bossi. 

12.Î. —  Cenni  di  rifbrma,  etc.  —  Projets  de  réformes  pour  l'inté- 
rieur des  orphanotropheê  (  hospices  des  enfans  trouvés  )  ,  par  le 

C.  FOLCHIWO  SCHIZZT.  Crémone  ,    l8l8,  in-N". 

Ce  jeune  auteur  esl  déjà  connu  par  son  Essai  sur  les  établisse' 
mens  publics  de  bienfaisance  ,  el  par  V  Eloge  historique  du  oh  lue. 
abbé  Tiraboschi.  11  s'est  fait  remarquer  par  la  correction  de  son 
style,  ei  plus  encore  par  --on  patriotisme. 

Ji|.  — DelP antichissima  sapienz*  degt  Italiaiù,  etc.  —   D 


LIVRES  ÉTRANGERS.  365 

l'ancienne  philosophie  des  Italiens,  tirée  des  locutions  latines, 
par  J.  B.  Vico.  2e  édit.  Waples ,   1817,  in-8°. 

Ce  traite  avait  été  écrit  en  latin,  sous  le  titre  De  antiquissimd 
Italorum  sapientiâ ,  et  publié  en  17 10  ;  il  formait  la  première  par- 
tie d'une  Philosophie  des  anciens,  dont  l'auteur  avait  conçu  le 
plan.  On  le  traduisit  à  Milan,  en  1801 ,  et  il  fut  publié  en  1816. 
C'est  la  même  traduction  qu'on  a  reproduite  dernièrement  à  Na- 
ples.  L'ouvrage  contient  des  recherches  très  curieuses,  mais 
quelquefois  un  peu  sophistiques. 

12D.  —  Compendio  délia  storia  dl  Polonia,  de  Tambroni.  2  vol. 
in-8°.  Milano  ,  1808,  8  fr.  —  Abrégé  de  l'Histoire  de  Pologne  de 
Tambroni. 

126.  —  yttti  délia  Societa  patriolica  di  Milano.  3  vol.  in -4°, 
con  rami,  fr.  3o.  —  Actes  de  la  Société  patriotique  de  Milan. 

127.  —  Awenture  letterarie  di  un  giorno,  oconsiglidi  un  gala n- 
tuomo  avavj  scrittori,  in-8°.  Milano,  1816,  fr.  a.  — Aventures 
littéraires  d'un  jour,  ou  conseils  d'un  galant  homme  à  divers 
écrivains,  par  Borsieri. 

128.  —  Intorno  alV  ingiustizia  di  alcuni  giudizj  letterari  Ita- 
liani.  In-8°,  Milano,  1816,  !  fr.  — Sur  l'injustice  de  quelques 
jugemens  littéraires  des  Italiens,  par  de  Brème. 

ESPAGNE. 

129.  —  Compendio  de  materna ticas ,  etc.  —  Abrégé  des  mathé- 
matiques pures  et  mixtes;  par  M.  Vallejo  (  Joseph-lMariano  ) 
2  vol.  in- 12.  Madrid,  Oréa;  1819. 

Cet  abrégé  pourra  être  utile  à  ceux  qui,  après  avoir  étudié  les 
mathématiques,  ont  employé  leur  tems  depuis  à  des  occupations 
étrangères  à  cette  science,  et  qui  désirent  renouveler  des  idées 
peut-être  obscurcies  ou  confuses.  L'auteur  a  cherché  à  réunirdans 
deux  volumes  la  quintessence  de  toutes  les  connaissances  humaines 
concernant  les  sciences  mathématiques.  Il  a  été  moin*  concis  sur 
quelques  objets  d'une  importance  extrême,  et  sur  ceux  qui  ne 
sont  pas  encore  très  ordinairement  connus.  H  traite  avec  a 
d'exactitude  de  l'arithmétique ,  de  l'algèbre,  de  la  g<  <>mrti:<-,  de 
la  trigonométrie ,  et  de  la  géométrie  pratique.  DaH9  le  toote  a, 
l'auteur  explique  succinctement  .l'application  del'algl  In»  à  la 
métrie,  les  sections  coniques,  le  calcul  diliérenti  '  et  intégral  , 
TOMF.  VI.  25 


366  LIVRES  ÉTRANGERS. 

la  mécanique  et  ses  parties,  la  statique,  la  dynamique,  l'hydros- 
tatique. Il  discourt  successivement  sur  la  cristalographie,  la  py- 
rologie,  l'électrologie,  la  magnétologie,  la  pueumatologie,  la  gazo- 
logie,  rhigrométrie,  l'anemologie,  l'acoustique,  l'optique,  la 
météorologie ,  l'astronomie  ,  et  enfin  sur  la  théorie  des  probabili 
tés.  L'ouvrage  est  à  peu  près  au  niveau  des  découvertes  et  des 
opinions  modernes  ;  ainsi  le  globe  terrestre  y  est  divisé  en  cinq 
parties  dont  la  cinquième  est  YOcéanie.  J.  A  Llorente. 

PORTUGAL. 

l3o.  —  f^idade  J '  esus-Christo ,  conforme  os  quatro  ev ange lista s  , 
posta  em  portuguez  por  Francisco  Manoel  do  IXascimento  ,  et 
dada  a  luzpelos  devotos  congregados  du  Santa-  f^ia- Sacra  ;  e  Ca- 
ridade  do  Arcanjo  S.  Rafaël,  etc.,  a  benejicio  da  inm>a  e Jilhos 
de  Manoel  M onteiro  de  Caivalho  ,  hum  dos  licos  suppliciados  a  18 
octubrode  1817  :  par  600  reis. — Vie  de  Jésus-Christ,  conforme  au 
texte  des  quatre  Évangiles  ,  par  François-Emmanuel  du  INasci- 
mento ,  publiée  par  les  membres  de  la  pieuse  congrégation ,  dite: 
de  ia  Santa-  J^ia- Sacra ,  et  de  la  Charité  de  l'Archange  Saint 
Raphaël,  etc.;  au  bénéfice  de  la  veuve  et  des  enfans  d'Emmanuel 
Monteiro  de  Carvalho,  l'un  des  condamnés  exécutés  le  18  oc- 
tobre 1817.  Prix,  pour  les  souscripteurs,  480  reis. 

Le  nombre  des  souscripteurs  a  été  si  considérable,  que  leurs 
noms  remplissent  plusieurs  pages  d'impression.  Les  plus  petites 
villes  et  bourgs  ont  pris  5o  à  80  exemplaires  de  cet  ouvrage. 

i3i. —  O  sîmigo  d<is  mulheres.  — L'Ami  desjcmmes.  Seconde 
édition.  a  vol.  in-8° ,  Lisbonne  ,  1819. 

L'auteur  de  Cet  ouvrage  jette  d'abord  un  coup-d'ceil  rapide  sur 
le  rang  que  les  femmes  occupent  dans  la  société  ,  et  sur  leur  état 
politique,  en  général  ;  il  établit  ensuite  les  bases  da  genre  d'ins- 
truction qui  leur  convienl  le  plus;  il  passe  en  revue  leurs  occu- 
pations, leurs  amusciuens ,  leur  luxe  j  il  examine  leur  caractère 
et  leurs  facultés  intellectuelles;  il  lait  l'éloge  le  plus  complet  de 
leurs  vertus  ;  enfin  ,  il  trace  un  tableau  charmant  de  leurs  amours  , 
du  mariage  et  de  l'éducation  des  enfans. 

l3o.  —  fiesposfa  h  analyse  <  iitun  dus  irdactores  do  Investiga- 
dor  contra  as  lieflexôes  sobre  a  conspiracao  de  1817.  —  Réponse 
à  l'Analyse  critique  faite  par  les  rédacteurs  de  Y  Investigateur  y 


LIVRES  ÉTRANGERS,  36? 

de  l'ouvrage  intitule  Réflexions  sur  la  conspiration  de    1817. — 
Volumes  I,  II,  III,  in-4°-  Lisbonne,  1819  (48o  reis). 

Cet  ouvrage ,  qui  traite  fie  divers  sujets  historiques  et  poli- 
tiques, offre  une  lecture  fort  intéressante.  On  y  trouve,  entre 
autres  ,  des  recherches  sur  les  causes  de  plusieurs  révolutions 
arrivées  en  Europe  ;  sur  l'influence  de  la  franc-maçonnerie  dans 
le  système  politique  des  gouvernemens  ;  sur  l'origine  de  la  souve- 
raineté du  Portugal  et  de  son  indépendance  de  la  couronne  d'Es- 
pagne ;  des  considérations  sur  le  droit  de  conquête  5  sur  la  liberté 
de  conscience  j  sur  l'Inquisition-  sur  la  liberté  de  la  presse;  sur 
les  gouvern  emens  constitutionnels,  etc. 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

i33.  —  Uren  aan  den  godsdienst  gewyd,  etc.  — Heures  consa- 
crées à  la  piété  ;  traduit  de  l'allemand ,  d'après  la  troisième  édi- 
tion, par  J.  M.  L.  Roll,  pasteur  de  l'église  de  la  Confession 
d'Augsbourg.  Amsterd.  Ten  Bnnk  et  de  Vries,  tome  I,  1819, 
in-8°de4i3pag. 

Trente-cinq  méditations  composent  le  premier  volume  de  cet 
excellent  ouvrage. 

i34- —  Watis  waarheid ?  etc.  —  Quelle  estla  vérité?  Quedoit- 
on  craindre?  Que  peut-on  encore  espérer  ?  Ou  la  révolution 
hollandaise  de  18 13,  considérée  avec  impartialité  dans  les  ré- 
sultats qu'on  en  attendait ,  et  dans  ceux  quon  en  a  obtenus. 
Amst. ,  P.  den  Hengst  et  fils,  18 19,  in-8°  de  139  pag. 

C'est  l'ouvrage  d'un  optimiste  politique  bien  intentionné,  mais 
bien  superficiel,  et  qui  écrit  assez  mal  sa  langue. 

i35.  —  Oordcelkundige  beschryving ,  etc.  —  Description  cri- 
tique de  quelques-unes  des  principales  opérations  chirurgicales, 
qui  ont  eu  lieu  dans  l'hôpital  (nosocomium)  académique  de  Gro- 
ningue,  de  novembre  1810  à  novembre  181 5,  par  P.  Heivdrik^z, 
docteur  en  médecine  et  en  chirurgie  à  Groningue.  Groningue, 
Schierbeek,  1816,  in-8°  de  i3i  pag. ,  avec  fig. 

Des  cas  de  litholomie  ou d  opération  de  la  pierre,  d'opération 
de  la  cataracte,  d'amputation  et  de  castration,  composent  cet  esti- 
mable recueil. 

,36.  —  Lessen  der  Wyssheid ,  etc.,  —  Leçons  de  la  Sagesse, 
présentées  dans  des  tableaux  de  l'Histoire  Romaine,  à  l'usage  da 
jeunes  gens  comme  il  faut.  La  Haye  ,  van  Cleef,  1819 ,  iu-8°. 

25* 


368  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Ce  petit  ouvrage  ,  destine  à  l'éducation,  mais  avec  une  restric- 
tion un  peu  aristocratique,  est  bien  fait  dans  son  genre-  compost 
de  douze  traits  de  l'Histoire  Romaine,  représentés  en  autant  de 
gravures,  il  se  recommande  également  par  la  forme  et  par  le  style. 

i3^.  —  Magazyn  voor  Kindcren ,  etc.  —  Magasin  des  Enfans 
de  madame  le  Prince  deBeaumont,  a  vol.  La  Haye,  Thierry,  ÎVlen- 
fiing  et  fils,   1819. 

Madame  A.  B.  Van  Meerten  ,  née  Scuii.peroort,  a  eu 
1  heureuse  idée  de  refondre  l'ouvrage  de  madame  le  Prince-  d'y 
approprier  le  progrès  des  connaissances  physiques ,  géographi- 
ques, historiques,  depuis  sa  première  publication  5  de  le  natio- 
naliser- le  tout  en  conservant  son  ton  de  simplicité  et  de  bonho- 
mie, et  elle  a  bien  réussi  dans  son  entreprise. 

1 38.  —  lluUlc  aande  nagedachtenis ,  elc.  —  Hommage  à  la 
mémoire  de  Jean-Baptiste  Hellebaut,  professeur  en  droit  à  l'A- 
cadémie de  Gand,  par  J.  M.  Schrant.  Gand,  lloudin,  1819,  in-8°. 
de  G3  pag. 

Cet  éloge  recommande  également  à  l'estime  et  son  auteur  et 
celui  qui  en  est  l'objet.  INé  à  Gand, en  1774  ,  Ih-llvlxiut  fut ,  a  l'Age 
de  19  ans,  honoré  d'une  pompe  triomphale,  à  Louvain ,  comme 
prunus  en  philologie;  il  était  le  quatrième  Gantois  à  qui,  depuis 
environ  trois  siècles,  arrivât  cette  distinction,  préluda  d'une 
carrière  non  moins  signalée  par  la  science  et  le  talenl  que  parla 
probité,  soit  au  barreau,  soit  dans  la  chaire  académique,  llelle- 
baut  est  mort  dans  sa  ville  natale,  le  a^  octobre  1819. 

139.  —  De  tlnotl  Tti/i  harel.  —  La  Mort  de  Don  Carlos,  prince 
royal  d'Espagne,  Iragedieen  r>  actes.  Amsterdam,  Héritiers  Garl- 
man  et  Vandcr-Hey.  1819,  in -8°. 

L'auteur  anonyme  regrettait  que  ce  sujet,  déjà  traite  par  les 
poètes  dramatiques  «le  diverses  nations,  dans  le  nombre  desquels 
il  donne   la   palme  à    ,l!fitii  ,    ne   l'eût    p;is   encore    été    pour   le 

théâtre  hollandais;    et,   il   s'est  déterminé    à  iyar   lui- 

même.  Il  était  déjà  fort  avancé  dans  son  travail,  quand  il  eut 
connaissance  du  Thédtn  de  Ckjnior,  11  trouva  dans  son  Phi- 
lippe  Second  les  caractères  <!n  roi,  d'Elisabeth  de  Valois,  <lr 
don  Carlos  ,  du  cardinal  Spinola  el  du  prince  d'Eboli  ,  tracés 
comme  il  les  avait  conçus  :  «  Toutefois  (  «lit  -il  avec  mo- 
)>  dgStie),  la  mavebe,  et  surtout  le  dénomment  «le  la  pièce,  me 
»  Semblèrent  préférables  à  mon  propre  plan,  et  j'en  ai  fait  mon 


LIVRES  ÉTRANGERS.  369 

}>  profil  ;  j'ai  adopté  presque  en  entier  le  cinquième  acte.  »  Hol- 
landais, Fauteur  a  voulu  nationaliser  son  sujet  :  les  apologistes 
de  Philippe  ,  dans  sa  conduite  envers  son  fils  ,  ne  l'ont  point  per- 
suadé ;  il  devait  se  conformer  à  la  commune  renommée  (Jhmam 
sequi  )  ;  autrement ,    ses  concitoyens  eussent  été  en  droit  de  lut 

dire  : 

Quodcunque  ostendis  mlhi  sic  ,  incredulus  odi. 

Don  Carlos  qui,  bien  que  fidèle  à  la  foi  de  ses  pères,  n'aime 
pas  l'inquisition;  qui  entretient  des  relations  avec  les  Belge9  ré- 
voltés; qui,  depuis  que  Philippe  a  épousé  Elisaheth  de  Valois  , 
auparavant  destinée  à  son  fils,  est  dévoré  d'un  noir  chagrin,  in- 
dice de  ses  secrètes  affections;  Don  Carlos  est  mal  vu  à  la  cour  de 
son  père.  Le  cardinal  Spinola  ,  grand  inquisiteur,  nourrit  les 
préventions  et  les  défiances  du  roi,  et  il  épie  l'occasion  de  perdre 
l'héritier  du  trône.  Celui-ci  est  engagé  dans  une  périlleuse  expé- 
dition contre  les  Maures.  Spinola  aimerait  à  l'y  voir  échouer  ;  il 
ne  manquerait  pas  de  tirer  parti  de  sa  défaite ,  pour  acheminer 
ses  projets  hostiles.  Mais  Don  Carlos  vient  de  remporter  sur  les 
Maures  une  victoire  décisive,  et  il  accourt  pour  déposer  aux 
pieds  de  Philippe  l'épée  de  leur  chef  qu'il  a  désarmé.  Philippe 
laisse  ce  trophée  au  vainqueur  5  mais  il  n'en  devient  que  plus 
inquiet  des  suites  de  la  profonde  mélancolie  où  Don  Carlos 
demeure  absorbé,  au  milieu  des  fêtes  qui  se  pi'éparent  en  son  hon- 
neur. Spinola  se  prévaut  de  ces  dispositions;  mais  Elisabeth  est 
le  grand  obstacle  à  ses  vues.  Eboli  le  rassure,  en  lui  apprenant 
que  Philippe  n'est  plus  le  même  pour  Elisabeth,  et  que  déjà  il 
songe  à  une  nouvelle  alliance.  Sur  ces  entrefaites,  le  comte  de 
Rergues  et,  le  seigneur  de  Montigny  arrivent  des  Pays-Bas  :  ils 
sont  porteurs  d'énergiques  remontrances  contre  le  duc  d'Albe  qui 
en  est  le  fléau  ,  et  ils  cherchent  à  intéresser  Elisabeth  et  Don 
Carlos  à  la  cause  de  leurs  compatriotes.  De-là  des  entrevues  trop 
peu  ménagées  ,  ainsi  que  des  rapprochemens  suspects  entre  la 
reine  et  le  prince  héréditaire.  Les  apparences  accusatrices  se 
multiplient  et  s'aggravent  d'un  instant  à  l'autre  dans  l'esprit  de 
Philippe  ,  tyran  ombrageux  et  mari  jaloux.  Spinola  et  Eboli  en 
■profitent  avec  une  infernale  astuce.  Philippe  finit  par  livrer  son 
fils  entre  les  mains  de  l'inquisition,  qui  le  condamne  à  périr  par 
le  poison.  Elisabeth  partage  volontairement  le  sort  de  Don  Carlos. 


37o  LIVRES  FRANÇAIS. 

Le  poète  tragique  n'est  pas,  à  la  -vérité,  rigoureusement  as- 
treint à  la  vérité  historique,  mais  nous  craignons  que  l'auteur 
n'ait  abusé  de  la  permission  de  s'en  écarter.  Son  ouvrage  est  es- 
timable ;  il  offre  de  fort  belles  scènes  ;  mais  il  nous  a  semblé 
manquer  d'intérêt  ,  parce  que  l'intrigue  en  est  trop  faiblement 
nouée.  D'un  côté  ,  Philippe  révolte  par  l'odieuse  franchise  de 
son  système  tyrannique.  De  l'autre,  les  apparences  de  tort  s'ac- 
cumulent trop  contre  le  héros  delà  pièce,  dont,  à  cela  près,  le 
caractère  est  tracé  d'une  manière  attachante.  Le  tableau  de  sa 
mort  est  de  main  de  maître,  ainsi  que  celui  de  la  mort  d'Elisa- 
beth, qui  expire  en  accablant  Philippe  d'imprécations  prophéti- 
ques. A  quelques  passages  près,  le  style  nous  a  paru  bon  et  la 
diction  pure.  M. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

m 

i4o.  — Mémoire  sur  l'inflorescence  des  graminées  et  des  cy/u 
racées,  comparée  avec  celle  des  autres  végétaux  sexifères,  suivi  de 
quelques  observations  sur  le  disque  •  par  M,  Tukpin.  In-4°,  G7  p-, 
avec  1  planches  contenant  45  figures.  Paris,  1820. 

Si  Panai omie  comparée  a  fait  faire  à  la  zoologie  des  progrès  m 
rapides,  il  était  bien  naturel  de  penser  que  cette-  méthode  d'étu 
dier  les  êtres  organisés,  deviendrait  aussi  en  botanique  la  smur. 
d'une  foule  de  connaissances  nouvelles.  Déjà  ,  depuis  les  beaux 
travaux  de  Gcertner  sur  la  carpologie,  des  savansillustresavaicnt 
porté  dans  l'étude  de  quelques  familles  naturelles  le  flambeau 
de  l'analyse  comparative  ;  mais  l'imperfection  de  nos  connaissan- 
ces fondamentales,  a  attaché  jusqu'ici  aux  monographies,  d'ail- 
leurs si  utiles,  le  grave  inconvénient  de  multiplier  les  mol--  d'une 
manière  effrayante  ■  et  les  faits  nouveaux  dont  la  botanique  s  en- 
richissait chaque  jour ,  ne  tendaient  qu'à  compliquer  sa  nomen- 
clature déjà  si  étendue:  il  était  donc  important  de  reprendre  l'é- 
tude de  l'organographie ,  première  base  de  toutes  les  classifica- 
tions, et  de  l'éclairer  par  la  méthode  comparative,  afin  de  relev<  1 
les  funestes  erreurs  qui  avaient  déjà  fait  créei  un  langage  parti- 
culier  pour   quelques  familles  naturelles.  C'est  dans  ce  but  j > i ■  ■ 

losophique  que  M.  Turpin  a  entrepris  l'essai  que  nous  annonçons, 
et  pour  lequel  il  a  trouvé  duiiles  secours  dans  des  travaux  mç 
de  mes. 


LIVRES  FRANÇAIS.  37i 

Il  n'est  peut-être  point  de  familles  naturelles  qui  aient  été  le 
sujet  d'un  aussi  grand  nombre  de  recherches  que  les  graminées 
et  les  cypéracées  ;  et  cependant  l'époque  n'est  pas  encore  bien 
éloignée,  où  un  savant  illustre  a ,  le  premier,  dévoilé  la  nature  de 
leurs  enveloppes  florales,  et  a  démontré  leur  analogie  avec  les 
bractées,  que  l'on  rencontre  à  la  base  des  fleurs  d'une  foule  d'au- 
tres végétaux.  M.  Turpin  a  repris,  en  quelque  sorte,  les  travaux 
de  M.  Richard ,  qu'il  a  étendus  et  accompagnés  de  considérations 
neuves  et  philosophiques  sur  les  divers  modes  d'inflorescence, 
qui ,  suivant  lui,  dérivent  tous  d'une  seule  et  même  loi,  savoir  : 
que  la  fleur  est  solitaire,  axillaire  et  terminale.  Partant  de  ce 
principe,  il  prouve  que  l'épi  simple  n'existe  point  dans  les  gra- 
minées, et  que  les  tiges  des  plantes  de  cette  famille  présentent 
toujours  plusieurs  degrés  de  végétation,  ou  nœuds  vitaux.  Cette 
disposition  existe  au  contraire  généralement  dans  les  cypéracées, 
dont  les  fleurs  naissent  réellement  sessiles  sur  Taxe  qui  les  porte, 
dans  l'aisselle  d'une  écaille  destinée  à  les  protéger.  Cependant 
quelques  genres  présentent  une  seconde  écaille  adossée  à  l'axe t 
constituant  un  second  degré  de  végétation,  qui  forme  le  passage 
de  l'épi  simple  des  scirpus  et  des  schœnus  aux  panicules  les  plus 
composées  des  saccharum  et  des  arundo. 

De-là  ,  l'auteur  passe  à  l'examen  des  enveloppes  florales,  dans 
les  deux  familles  dont  il  s'est  proposé  Tétude  ;  et,  après  avoir  fait 
voir  la  similitude  des  fonctions  de  l'une  de  ces  enveloppes  avec 
la  spathe  des  palmiers ,  il  lui  donne  le  nom  nouveau  de  spathelle-, 
dérogeant  ainsi  au  principe  énoncé  par  lui-même ,  que  le  même 
organe  ne  doit  avoir  qu'un  seul  et  même  nom.  Il  présente  des  ob- 
servations sur  les  rapports  de  structure  et  d'insertion  de  la  glume 
et  de  la  balle ,  qui  complètent  les  travaux  de  M.  Richard  sur  le 
même  sujet  ;  et,  pour  mieux  faire  ressortir  les  avantages  de  sa 
méthode  descriptive,  il  offre  un  exemple  de  plusieurs  descrip- 
tions faites  d'après  cette  méthode,  comparativement  avec  celles 
des  mêmes  espèces  faites  par  les  auteurs  les  plus  estimés. 

M.  Turpin  a  terminé  son  ouvrage  par  un  Essai  de  monographie 
du  disque.  Rien  n'est  plus  utile,  sans  doute,  que  les  monographies 
d'organes ,  mais  rien  n'exige  de  plus  longues  recherches  et  un 
esprit  plus  réservé  dans  ses  jugemens:  nous  pensons  que  Tauli'in 
n'y  a  pas  toujours  apporté  assez  de  sévérité,  et  que,  se  bornant 


fyi  LIVRES  FRANÇAIS. 

quelquefois  à  des  considérations  trop  superficielles  de  forme  et  de 
ressemblance  ,  il  a  confondu  ,  sous  le  même  nom  ,  des  organes 
tout-à-fait  distincts,  comme  les  vraisdisques  des  crucifères,  avec 
1  s  glumelles  des  graminées  et  les  nectaires  des  renonculaeécs;  or- 
ganes différens  les  uns  des  autres  par  le  caractère  le  plus  impor- 
tant. ,  l'inser! ion  relative. 

Cependant,  maigre  les  imperfections  que  nous  venons  de  signa- 
ler, l'ouvrage  de  M.  Turpin  se  recommande  à  bien  des  titres,  et 
les  inexactitudes  que  l'on  rencontre  dans  la  seconde  partie,  dis- 
paraîtront sans  doute  dans  le  travail  plus  étendu  qu'il  se  propose 
de  publier  incessamment  sur  le  même  sujet. 

Victor  Jacquf.vont. 

i  {  i  .  — annuaire  viedico-chimrgical  des  hôpitaux  et  hospices 
civils  de  Pans,  ou  Recueil,  de  Mémoires  et  observations ,  par  les 
médecins  et  chirurgiens  de  ces  ctablisserncns ,  publié  au  bénéfice 
desdits  bopitaux.  Paris,  1819.  Un  volume  in-.j°  de  texte,  et  atlas 
grand  in-fol.  de  planches,  représentant  les  sujets  de  grandeur  na- 
turelle, exécutées  par  dos  premiers  artistes.  Pi  i\  ,  .'!(>  fratu  s.  Ou 
en  a  tiré  aS  exemplaires  sur  papier  vélin ,  dont  le  prix  est  du  dou- 
ble.   Crocbard,  hbraire,    cloître  Saint-Benoît  ,   n°  i(>. 

Les  personnes  qui  suivent  avec  quelque  intérêt  les  progrés  d<  s 
sciences  dobseï  \  alion ,  concevront  facilement  ton-  lis  avantages 
que  promet,  la  publication  d'un  recueil  contenant,  les  obscr\.. 
tions  des  médecins  et  chirurgiens  des  bopitaux  de  Paris,  sur  les 
maladies  les  plus  remarquables  qui  ont  été,  chaque  année  ,  l'objet 
de  leurs  soins ,  et  sur  les  nouveaux  moyens  de  guérison  <|u  ils  au- 
raient pu  employer.  Le  choix  des  hommes  placés  à  la  tète  des  di- 
vers hôpitaux  île  la  capitale,  1  immense  quantité'  de  faits rares  et 

de  médecine  et  île  chirurgie,  soumis  à  leui  '  Ofbseï  \  ai  LOB  et  à   leur 

l'i.injue;  lée  cas  importons  que  la  différence  dTâge .  de  sexe,  dé 
profession,  de  passions,  de  circonstances  imprévues,  font  naître 
et  di\eisilient  de  mille  manu'i  es ,  la  facilité  de  classer  les  maladies 
par  familles,  dYn  constater  la  nature  parleur  rapprochement, 
de  combattre  plus  victorieusement  lenrs  s\  niplmn<  s  par  des  mo- 
des de  iiaitenu-ns  inusités.  d^sseoir'ptus  solidement1  le  proriostic 
«le  le  rectifier  même,  selonla  présence  ou  l'absence  constanl 
certains  phénomènes,  d'après  les  données  ei  \<  -  signes  les  plus 
positifs  ;  certes ,  une  telle  richesse  de  faits  et  di  toit  oflrii 


LIVRES  FRANÇAIS.  3:'i 

aux  savans  toute  espace  de  garantie,  et  aux  étudiansun  véritable 
code  sur  la  meilleure  manière  de  voir  et  d'observer  en  médecine. 
Honneur  à  l'administration  des  hôpitaux  et  hospices  civils  de  Pa- 
ris, qui  a  conçu  l'exécution  d'un  travail  si  important  au  progrès 
de  la  science  et  au  bien-être  de  l'espèce  humaine! 

i^2. — Nouveau  formulaire  médical  et  pharmaceutique  ;  par 
Etienne  Sainte  -  Marie  ,  docteur  en  médecine  de  la  Faculté  de 
Montpellier,  membre  de  l'Académie  de  Lyon,  de  la  Société  de 
médecine  de  cette  ville  ,  etc.  Paris,  1820 ;  Rey  et  Gravier,  quai 
des  Augustins ,  n°  55.  1  vol.  in-8°.  5  fr.  pour  Paris,  et  6  fr.  5o  c. 
par  la  poste. 

Cet  ouvrage  nous  a  paru  digne  de  l'attention  des  jeunes  méde- 
cins et  des  pharmaciens  en  général. 

i43.  —  Des  hémorroïdes ,  ou  Traité  analytique  de  toutes  les 
affections  hémorroïdales 5  par  A.  J.  de  Montegre,  médecin  de  la 
Faculté  de  Paris.  1  vol.  in-8w.  Nouvelle  édition,  publiée  par  sa 
veuve.  Prix,  5  fr.,  et  6  fr.  %5  c.  franc  de  port.  Paris,  L.  Colas, 
imprimeur-libraire ,    rue  Dauphine,   n03i. 

Cet  ouvrage,  indépendamment  de  l'intérêt  du  sujet,  fixera 
d'autant  plus  l'attention  générale,  que  l'auteur,  distingué  comme 
médecin  et  comme  philanthrope,  est  mort  victime  de  son  zèle 
pour  l'humanité.  (  Voy.  la  Rev.    /ùicyc,  T.   I,  pag.   186.  ) 

i44-  —  Considérations  sur  la  confection  de  corsets  et  de  cein- 
tures propres  h  s'opposer  a  ta  pernicieuse  habitude  de  V onanisme  ; 
par  G.  Jalade-Lafond  ,  docteur  en  chirurgie  de  la  Faculté  de 
Médecine  de  Paris,  ex-chirurgien  aux  Gardes-Françaises  et  aux 
hôpitaux  militaires  ,  chirurgien-herniaire  de  la  cour  du  prince  de 
IValdeck  et  de  l'institution  académique  des  nations  étrangères  , 
auteur  du  Bandage  réuixigrade,  ou  nouvelle  espèce  de  brayeTj 
breveté  du  gouvernement  ,  etc.  Brochure  in-8°  de  17  pages, avec 
deux  planches  explicatives.  Paris,  1819.  Chez  l'auteur  ,  rue  de 
Richelieu,  n°/f(>;  au  Palais-Royal  ,  n"  (>8  ;  et  chez  Méquignon- 
Vlartil  ,  libraire,  rue  de  l'Ecole-de-Médecme ,  n"  9. 

1  j5.  —  Dianucl  rural  <  ( Jorcslicr ,  ou  Recueil  des  lois,  .mêlés  , 
décret*,  K-lcni.iis  d'administration  et  ordonnances  du  Roi,   pu- 
bliés depuis    1789  jusqu'au   mois  de  mais    1818,    etc.   Nouvelli 
-■dit ion  ;  prix  ,  (>  fr.  et  7  fr.  5o  c. ,   liane  de  port.    Paris,    \ntoine 
Bavoux  ,  rue  Gît  le-Cœur  ,  n°  4- 


3h4  livres  français. 

Ce  Manuel  doit  tenir  lieu  d'un  code  rural ,  eh  attendant  l'é- 
poque probablement  éloignée  où  cette  partie  de  la  législation  sera 
complétée.  Car  il  ne  p;iraît  pas  encore  qu'on  veuille  y  rien  inno- 
ver ,  si  ce  n'est  pour  rendre  une  loi  précise  sur  les  cbemins  vici- 
naux, et  une  autre  sur  la  police  des  eaux  considérées  dans  l'usage 
au  uel  les  usines  et  manufactures  peuvent  les  employer  de  ma- 
nière à  combiner  les  intérêts  de  l'industrie  avec  ceux  de  l'agricul- 
ture. Ainsi,  à  l'exception  de  ces  deux  objets,  les  propriétaires 
ruraux  et  forestiers  peuvent  considérer  ce  Recueil  non-seulement 
comme  le  dépôt  de  la  législation  existante ,  mais  d'une  législation 
permanente:  c'est  assez  faire  connaître  son  utilité. 

1 4<3-  —  Manuel  il  Economie  rurale  et  domestique  ,  ou  Recueil 
de  plus  de  700  recettes  ou  instructions  excellentes  pour  l'éco- 
nomie rurale  et  domestique,  pour  la  santé  et  les  agrémens  de  la 
vie  :  tirées  des  ouvrages  les  plus  estimes  sur  cette  matière,  et 
garanties  par  des  savans  d'un  mérite  reconnu.  —  Traduit  de  l'an- 
glais par  M***.  Un  gros  volume  in-12.  Prix  ,  3  fr.  5o  c,  et  l\  fr. 
5o  c.  par  la  poste.  Paris,  Alexis  Eymery,  libraire,  me  JVIa- 
zarine ,  n°  3o. 

i\rj.  —  (*)  Essai  sur les  entraves  que  le  commerce  éprouve  en  Eu- 
rope ;  par  L.  F.  de  Tollenare  (de  Nantes).  Paris,  1820,  1  vol. 
in-8c  de  5oo  pages.  Prix  ,  G  fr.  ,  et  7  fr.  5o  c,  franc  de  port  par  la 
poste.  Janet  et  Cotelle,  rue  Neuve -des-Pctits-Chanips,   n°  17. 

i£8. — (*)  Système  analytique  des  connaissances  positives  de 
l'homme,  restreintes  à  celles  qui  proviennent  directement  ou  in- 
directement de  L'observation.  Par  M.  le  chevalier  de  Lamarck, 
membre  de  L'Académie  royale  des  Sciences  de  Paris,  de  la  Légion 
d'honneur,  et  de  plusieurs  Société» savantes  de  l'Europe,  pro- 
fesseur de  zoologie.au  Muséum  d'Histoire  naturelle.  Paris,  1820. 
Chez  l'auteur ,  au  Jardin-du-Roi ,  et  chez  A.  Beltn,  impr.-libr., 
rue  des  Mathurins-Saint-Jaoques ,  n°  14. 

1  |q.  —  Histoire  abrégée  des  Sciences  métaphysiques ,  morales 
et  politiques ,  depuis  la  renaissance  des  Lettres,  traduite  de  l'an- 
glais, de  DtJGALD  Stew  art,  et  précédée  d'un  Discours  prélimi- 
naire, par  J.-Â.  Ruc.no>-.  irr  partie,  (>  fr.  Pans  et  Strasbourg  . 
cbez  Levrault. 

i5o. —  Si  l'institution  du  jury  convient  à  la  &uisse;oMfngit  dans 
lequel  on  trouvera  le  tableau  complet  de  la  jurisprudence  crimi- 


LIVRES  FRANÇAIS.  375 

nelle  des  cantons  de  la  Suisse,  et  celui  du  jury  tel  qu'il  est  pratiqué 
en  Angleterre,  en  France  et  dans  les  autres  pays  où  il  est  en 
usage.  Par  M***,  jurisconsulte  à  Lausanne.  Brochure  in-8°  de 
120  pages,  imprimée  à  Besancon. 

Avant  d'entrer  dans  l'examen  de  la  question  qu'il  se  propose  , 
l'auteur  présente,  comme  il  l'annonce  dans  le  titre  de  l'ouvrage, 
le  tableau  complet  de  l'e'tat  actuel  des  lois  et  de  l'instruction  cri- 
minelle dans  les  divers  cantons  de  la  Suisse ,  ainsi  que  les  elé- 
mens  qui  composent  le  jury  en  France  et  en  Angleterre.  11  ob- 
serve que  c'est  du  Nord  que  vinrent  les  premiers  changemens  que 
la  raison  et  l'humanité  réclamaient  dans  la  jurisprudence  crimi- 
nelle. Il  rappelle  le  Code  Frédéric.  elï  Instruction  de  Catherine II, 
comme  ayant  précédé  les  premières  lois  de  réformation  de  la 
France  ,  en  1780,  et  les  réglemens  de  Joseph  II,  en  l 786  et  1787. 
Il  remarque  que  l'Italie  vit  aussi  s'élever  au  milieu  d'elle  un  mo- 
nument admirable  de  législation  ,  par  l'ordonnance  du  grand-duc 
de  Toscane-  mais  que  la  Suisse,  attachée  à  ses  vieilles  coutumes, 
ne  se  laissa  point  entraîner  au  mouvement  de  réforme  opéré  dans 
les  autres  Etats  ;  que  si  la  révolution  française  vint  bientôt  lui 
commander  ce  mouvement ,  les  cantons  rétablirent,  dès  qu'ils  le 
purent,  ce  qui  avait  été  détruit.  Ce  n'est  aussi  qu'après  avoir 
expliqué  en  quoi  consiste  le  jury  ,  comment  il  est  organisé  et  mis 
en  pratique  dans  les  pays  qui  l'ont  reçu  ;  après  avoir  marqué 
les  vices  et  les  inconvéniens  qui  semblent  s'y  attacher;  montré 
l'influence  que  les  événemens  politiques  peuvent  avoir  sur  cette 
institution  ,  et  donné  quelques  aperçus  sur  les  effets  qu'elle  pro- 
duit, selon  les  teins  et  les  circonstances,  que  l'écrivain  croit 
pouvoir  examiner  avec  fruit  si  l'on  peut  la  transporter  en  Suisse 

IVIais  ici,  nous  devons  l'avouer,  l'auteur  non-;  a  mis  en  défaut 
par  ses  solutions,  et  peut-être  s'est-il  trompé  lui-même.  11  .1 
donné  à  la  question,  nous  n'en  doutons  pas,  toute  l'attention 
dont  il  est  capable  ;  mais,  il  est  du  moins  remarquable  que  m 
travail,  dont,  son  écrit  est  le  principal  objet,  ait  été  resserré  en 
six  pages.  Quoi  qu'il  en  soit,  après  avoir  proposé  les  avantage! 
que  l'on  veut  s'assurer  par  le  jury,  Fauteur  décide  Bur  chacun 
que  la  Suisse  peut  se  passer  de  cette  institution.  11  delinit  d'ail- 
leurs, avec  tous  les  publicistes,  le  jury,  le  jugement  des  pairs  .  li 
jugement  du  pays.    Pourquoi    craint-il   donc   que    cet    établisse- 


376  LIVRES  FRANÇAIS 

ment  ne  puisse  se  réaliser  en  Suisse,  sans  obstacle  et  même  sans 
danger?  Ce  ne  saurait  être  parce  qu'il  faudrait  faire  un  Code 
pénal  et  un  Code  d'instruction  criminelle,  car  l'objection  n'est  pas 
sérieuse  ;  mais  c'est  principalement  parce  que  la  Suisse  est  déjà 
libre  ;  que  ses  gouvernemens  ,  ses  conseils  souverains,  ses  tribu- 
naux étant  composés  de  simples  citoyens,  en  général  tout  accusé 
y  est  déjà  jugé  parles  siens 

Ce  que  l'auteur  conclut  de  l'institution  du  jury,  par  rapport  à 
la  Suisse,  nous  paraît  erroné-  mais,  il  a  posé  tontes  les  ques- 
tions, ri  il  .1  bien  fait,  connaître  celle  qui  est  la  principale  et  qui 
conduit  à  faire  regarder  le  jury  comme  un  mode  d'instruction  , 
inséparable  de  la  liberté.  Cet  ouvrage  ne  sera  donc  pas  seulement 
utile  à  la  Suisse;  mais,  il  peut  éclairer  aussi  la  jurisprudence 
française  et  celle  des  autres  États.  11  est  attribué  à  un  Français 
naturalisé  Suisse  (M.  MangOtâ)  j  a \  oral,  distingué  du  canton  de 
Vaud,  ancien  membre  du  Grand-Conseil ,  établi  à  Yverdun  ,  et 
jouissant  d'une  Considération  gener.de  dans  le  canton. 

Parent- Rr.  ai.. 

in.  —  Dictionnaire  d' l-'.mulat  ton  ,  à  l'usage  de  la  jeunesse, 
contenant  une  définition  claire  et  précise  des  qualités,  des  pas- 
sions et  des  vertus  dont  l'homme  est  susceptible;  appuyée 
d'exemptes  frappans  ,  tirés  de  l'histoire  ancienne  et  moderne  ,  des 
actions  et  des  faits  historiques  qui  en  ont  été  la  conséquence j 
par  M.  le  chevalier  de  Pkopiac  .  membre  correspondant  de  l'Aca- 
démie de  Dijon.  Ln  fort  vol.  in-i  ».  ,  avec  gravures.  Prix,  3  f r  . 
et  4  fr-  franc  de  j>oif.  —  Paris,  à  la  Librairie  d'éducation,  chez 
A.  Fymei  v,  rue    Ma/.arine  ,  n.  30. 

Présenter  un  tableau  fidèle  de  tout  ce  qui  peut  ennoblir,  élcvei 
et  illustrer  notre  existence  par  des  exemples1  dont  les  ci  inséquences 
puissent  être  aroaées  par  la  religion  ,  le  respect  pour  les  lois  et 

l'amour  de  la  patrie  et  le  l'humainlé  ;  tel  est  le  but  que  s'est  pro- 
posé railleur  de  eet  ouvrage. 

i5^.  —  Elémens  de  Morale  ,  par  Ch.  RenouAro;  *.»/"  édition. 
Paris,  1820.  Un  vol.  in-ra.  Prix,  a  fr.  ?.5  c,  et  3  fr.  franc  de  port. 

On  n'a  pas  Oublié  <jne  cet  excellent  livre  a  obtenu  un  prix  de- 
01  m'  par  la  Société  d'eilucal  i<>n.  Les  suffrages  du  public  Ont  par- 
faitetnent  confirmé  ceux  de  la  Société.  En  effet  ,  une  morale  pure 
et  douce  \   es»    offerte  sous   des  formes  claires  et  précises.   Les 


LIVRES  FRANÇAIS.  3:: 

"►rejuges,  les  passions,  n'y  sont  jamais  flattes,  et  cependant  on 
r  chercherait  vainement  un  prétexte  pour  les  irriter.  Aussi,  les 
h'ie'mcns  de  Morale  se  sont  introduits  sans  difficulté  dans  toutes 
es  écoles,  où  ils  servent  à  former  d'honnêtes  gens  et  de  bons  ci- 
oyens.  Une  élégante  simplicité  et  une  clarté  parfaite  distinguent 
e  style  de  M.  Renouard  ,  et  rendent  la  lecture  de  son  ouvrage 
igréable  aux  hommes  de  tous  les  âges. 

i53.  —  Le  Visiteur  du  Pauvre  ;  Mémoire  qui  a  remporté  leprix 
)roposé  par  l'Académie  de  Lyon  sur  la  proposition  suivante  : 
:  Indiquer  les  moyens  de  reconnaître  la  véritable  indigence ,  et 
le  rendre  l'aumône  utile  à  ceux  qui  la  donnent  comme  à  ceux  qui 
a  reçoivent •  par  M.  le  baron  Degerando.  Paris,  1820,  1  vol. 
n-8°.  Colas,  libraire,  rue  Dauphine,  n°  32. 

Le  nom  de  l'auteur  se  rattache  à  tout  ce  qu'il  y  a  de  bon 
:t  d'utile  dans  l'administration  publique  et  dans  les  établis- 
emens  de  bienfaisance.  Cette  production  lui  assure  de  nou- 
veaux droits  à  l'estime,  à  la  reconnaissance  de  ses  concitoyens. 
^es  hommes  instruits  y  retrouveront  l'administrateur  habile, 
'homme  d'Etat  éclairé  autant  que  le  vrai  philanthrope  ;  toutes 
es  classes  de  lecteurs  le  béniront  :  les  uns,  pour  s'être  occupé 
le  leurs  souffrances  ;  les  autres,  parce  qu'il  leur  enseigne  ie> 
noyens  d'exercer  leur  charité  d'une  manière  plus  profitable 
iu  malheur,  plus  satisfaisante  pour  eux,  plus  digne  entin  des 
lesseins  de  la  Providence  ,  fini  ,  selon  les  nobles  expres- 
lions  de  l'auteur  ,  n'accorde  la  puissance  à  l'homme  ,  que 
jour  lui  servir  de  ministre.  M.  Degerando  observe ,  dans  une 
ettre  adressée  à  l'Académie  de  Lyon,  placée  à  la  tête  de  l'ou- 
vrage, qu'il  n'a  que  le  mérite  de  la  rédaction,  faisant  honneur 
les  vues  précieuses  qu'il  renferme,  à  quelques-  uns  de  ses 
lignes  amis  :  c'est  la  charité  sous  le  voile  de  la  modestie. 
Après  s'être  élevé,  dans  ce  Mémoire,  à  des  considérations  philo- 
sophiques du  plus  haut  intérêt,  et  avoir  indiqué  le  vrai  but  et  le 
:aractère  essentiel  de  la  charité ,  Fauteur  approfondit  les  causes 
physiques  et  morales  des  misères  humaines,  en  homme  qui  c>n- 
sacre  tous  les  jours  de  sa  vie  à  les  soulager.  Quand  on  a  lu  le 
Visiteur  du  Pauvre  ,  on  croit  à  la  vérité  de  l'axiome  de  lîullon  : 
le  style ,  cest  l'homme  ;  on  aime,  ou  vénère  Fauteur,  on  se  .sent 
disposé    à   pratiquer    les   vertus  qui  lui     sont    familières       et   , 


3:8  LIVRES  FRANÇAIS. 

sous  ce  rapport  encore  ,  son  livre  est  non-seulement  une  bonne 
action,  mais  il  en  inspirera  une  foule  d'autres  auxquelles,  sans  lui, 
on  n'aurait  peut-être  pas  songe  :  nul  cloute  qu'il  ne  devienne  le- 
catechisme  des  âmes  sensibles,  et  le  manuel  de  l'administrateur 
éclaire.  Faure-Beaulieu- 

i5^.  —  fessai  d' arithmétique  élémentaire,  par  L.  L***,  pro- 
fesseur de  mathématiques.  Brochure  in-8°  de  122  pages.  Paris, 
iS'20.  Bargeas  fils,  libraire  ,  rue  des  Grands-Augustins ,  n°  ai. 

Dans  l'introduction  de  cet  ouvrage,  l'auteur,  par  une  méthode 
claire  et  facile ,  cherche  à  intéresser  l'esprit  de  l'élève  ,  dans  ses 
études  sur  les  premiers  démens  du  calcul,  en  n'offrant  à  sa  mé- 
moire (pue  des  choses  déjà  connues  et  rendues  piquantes  pur  l'at- 
trait de  la  curiosité.  Il  a  eu  l'idée  heureuse  de  placer  en  tête  de 
l'Arithmétique,  comme  base  de  ses  calculs,  l'explication  du  sys- 
tème métrique  dont  il  tire  toutes  ses  applications  ,  et  qu'il  achève 
de  développer  dans  la  théorie  des  fractions  décimales  ,  par  l'iden- 
tité des  unitésdes  différens  ordres  avec  les  noms  des  mesures  nou- 
velles correspondantes.  Cette  marche  est  peut-être  la  seule  qui 
puisse  rendre  populaire ,  en  France,  ce  système  admirable.  La 
théorie  des  fractions  ordinaires  est  rejetée  après  celle  des  propor- 
portions  et  des  problèmes  qui  s'y  rapportent. 

1 55.  —  Les  petits  marchands  ambulans,  eu  F  Education  de  la 

Nécessita ,  par  madame  L.  P.  Langloisj  orné  de  jolies  gravures- 
Paris,  18:20,  Librairie  d'Education  d'Alexis  Eymery,  rue  Maza- 
rine  ,  n°  3o ,  3  vol.  in-18,  5  fr. 

Ce  petit  ouvrage  répond  parfaitement  au  but  que  i  auteur  s'est 
proposé,  d'instruire,  d'éclairer  et  d'amuser  la  classe  industrieuse. 
Lne  morale  pure,  douce,  s'j  l'ait  partout  sentir.  Le  charme  des 
détails  et  l'intérêt  du  récit  font  trouver  plu^  aimables  les  vertus 
qu'on  y  met  en  action ,  le  style  en  est  facile,  ei  toujours  naturel, 

sans  être  trivial.  C'est  l'histoire  de  trois  orphelins,  abandonnés  à 
eux-mêmes.  L'afné,  comme  le  plus  raisonnable,  propose  à  ses 
frères  d'employer  la  modique  somme  de  trois  cent  vingt  lianes, 

lègue.'  par  leur  père,  à  fat  liât  de  quelques  mai  vliainlises  qu "ils 
iront  vendre  de  ville  en  Aille.  Ce  plan  est  adopté:  ailles  d'un 
honnête  marchand  qui  avait  connu  cl  estimé  leur  mère,  ils  com- 
plètent une  petite  pacotille.  Leurs  voyages  aux  environs  île  Paris, 


LIVRES  FRANÇAIS-  379 

leurs  aventures  heureuses  et  malheureuses,  sont  racontées  d'une 
manière  attachante,  et  renferment  des  leçons  utiles  :  ces  aimables 
enfans  prospèrent  de  plus  en  plus,  grâce  à  leur  probité,  à  leur 
bonne  conduite,  et  à  rattachement  qu'ils  se  portent  tous  trois 
réciproquement.  On  pourrait  bien  reprocher  à  l'auteur  quelque 
peu  d'invraisemblance  dans  les  événemens  qui  terminent,  son  his- 
toire ;  mais,  elle  a  fait  ses  héros  si  vertueux  et  si  intéressans,  qu'ils 
méritent  bien  tous  les  avantages  qu'ils  finissent  par  obtenir. 

i56.  —  Grammaire  allemande ,  où  fauteur  s'efforce  de  déve- 
lopper le  mécanisme  de  cette  langue  dans  son  ensemble;  à  l'usage 
de  S.  A.  S.  Monseigneur  le  Duc  de  Chartres.  Cet  ouvrage  est 
précédé  d'un  précis  de  grammaire  générale,  servant  d'introduction  h 
cette  grammaire  allemande  ;  par  M.  Simon,  professeur  d'allemand 
de  S.  A.  S.  Monseigneur  le  Duc  de  Chartres,  à  l'école  d'application 
du  corps  royal  d'état-major  ;  au  collège  royal  de  Louis-le-Graud, 
et  au  collège  royale  de  Henri  IV.  —  Paris;  1819,  chez  l'auteur» 
Passage  du  Commerce,  cour  de  Rohan,  n°  3,  quartier  de  l'Ecole- 
de-Médecine;  Théophile  Barrois  fils,  quai  Voltaire,  n°  11,  et 
Treuttel  et  Wùrtz,  rue  de  Bourbon,  n°  17. 

157.  —  De  V Eloquence  politique  et  de  son  influence  dans  les 
gouvernemens  populaires  ou  représentatifs;  par  M.  P.  S.  Lau- 
rentie  ,  répétiteur  à  l'Ecole  polytechnique.  Paris,  1819;  1  vol. 
in-8°  de  458  pages.  Pillet  aîné,  rue  Christine,  n°  5. 

L'auteur  s'est  proposé  de  développer  cette  pensée  de  Cicéron 
(  de  inventione  ) ,  que  la  sagesse  ,  sans  l'éloquence  ,  est  peu  utile 
aux  empires  ;  mais  que  l'éloquence  ,  sans  la  sagesse  ,  leur  est 
souvent  funeste  ,  et  jamais  avantageuse.  Envisagée  simplement 
sous  le  rapport  littéraire  ,  cette  nouvelle  production  n'est  cer- 
tainement point  sans  mérite;  on  y  remarque  de  savantes  recher- 
ches sur  les  divers  genres  d'éloquence  des  anciens  et  des  mo- 
dernes ,  de  même  que  sur  les  principaux  résulats  obtenus  par  la 
puissance  de  la  parole  ,  dans  les  grandes  conjonctures  et  les 
crises  des  Etats.  Le  style  de  l'ouvrage  est  ,  d'ailleuts  ,  élégant  et 
pur.  Mais  l'auteur,  naturellement  conduit  par  son  sujet  à  s'occu- 
per de  politique ,  a  traité  cette  partie  avec  des  préventions  que 
nous  ne  partageons  point,  et  sur  un  ton  où  il  n'est  pas  possible 
de  méconnaître  le  langage  de  l'exagération. 

i58.    —   Réflexions   sur  U art  de  la  comédie  ;  pai  M-  Alt-xandra 


38o  LIVRES  FRANÇAIS. 

Dur  Ai. ,  membre  de  l'Institut  (Académie  française).  Paris,  1820. 
Brochure  in-8°,  de  o.\  pages.  Ladvocat ,  libraire,  éditeur  des 
fastes  de  la  Gloire,   Paiais-Royal,  galerie  de  bois,  nos  197-198. 

Ces  Réflexions  ,  dont  la  lecture  a  précédé  celle  dune  comédie 
intitulée  VOrateur  anglais  ou  V Ecole  des  députes  ,  faite  à  l'Aca- 
démie française,  dans  sa  séance  extraordinaire  du  4  avril  1820, 
offrent,  rassemblés  dans  un  petit  cadre,  des  aperçus  également 
neufs  et  ingénieux  sur  l'origine  de  l'art,  ses  progrès,  les  varia- 
tions qu'il  a  éprouvées,  et  les  causes  qui  ont  plus  ou  moins  fa- 
vorisé ou  entravé  sa  marche.  L'auteur  s'attache  à  rendre  sensible 
cette  vérité  ,  que  de  nouvelles  habitudes,  de  nouveaux  besoins  . 
résultats  de  nouvelles  idées  ,  s'étant  introduits  parmi  nous  ,  il 
importe  moins  aujourd'hui  d'étudier  les  manières  extérieures  des 
hommes  ,  que  leurs  passions  et  les  formes  de  leur  esprit.  11  in- 
dique les  principaux  sujets  que  peuvent  traiter  les  auteurs  co- 
miques. 11  veut  que  désormais  le  théâtre  ne  soit  ,  pour  l'auto- 
rité ,  que  l'écho  de  l'opinion,  le  châtiment  du  ridicule  ,  l'école 
de  la  inorale  publique  ;  et  il  fait  voir  comment  ce  résultat  dé- 
sirable pourrait  être  facilement  obtenu. 

159.  —  Léenfùffi  on  le  Départ  et  le  Retour;  par  Alad.  J.  O.  L% 
auteur  des  folies  a  la  Mode,  à  vol.  in- 13.  5  fr.  .  et  (>  fr.  par  la 
poste.  Paris,  Lymery,  libraire,  éditeur  du  Choix  de  rapports ,  opi- 
nions et  discours  ,  rue  iMazarine,  n°  jo- 

Ce  roman  offre  autant  d'agrément  par  1  intérêt  des  situations 
que  par  la  variété  et  l  élégance  du  style. 

169,  —  J'ah/cs    noui-el/i w  ,    suivies  de  pièces  fugitives  en  v<  1  fl  . 

par  IM.  l'abbé  G ,  de  plusieurs  Sociétés.  I  n  volume  m  ru  de 

•260  pages.  Paris  ,  Arlhus  Bertrand,  libraire,  rue  Haut» 'feuille  , 
n°  23. 

Ces  fables,  précédées  d'un  excellent  discours  préliminaire  où. 
l'on  fait  voir  comment  l'apologue  a  été  envisagé  <t  traité  par  les 
anciens  et  les  modernes  ,  méritent  d'occttpef  une  pla<  e  distin- 
guée parmi  les  meilleures  productions  de  1  e  genre.  Indépendam- 
ment di  b'ur  mérite  intrinsèque,  elles  <n  ont  ne  particulier, 
propre  :i  les  faire  rechercher,  cfesl  que  la  plupart  des  sujets  ont 
été  fournis  à  l'auteur  par  les  grandi  événenseus  de  notre  révolu- 
tion ,  et  qu'il  paraît  s'être  proposé  de  rectifier  nos  idées  sur  «les 
points  essentiels  au  bonheur   de  l'homme.    Les    fables  nouvelle* 


LIVRES  FRANÇAIS.  38 1 

sont  donc  à  la  fois  l'ouvrage  d'un  bon  citoyen  et  d'un  litte'rateur 
distingue. 

l6i.  —  Epig ranimes  choisies  cZ'Owen  ,  traduites  en  vers  fran- 
çais ;  par  feu  M.  de  Kerivalant;  publiées  par  M.  de  Labouisse. 
Lyon.  Madame  J.  Buynaud  née  Bruiset,  libraire  ,  rue  du  Plat, 
n°  8.  1819.  1  vol.  in-18. 

Jean  Owen  ,  e'pigrammatiste  anglais  ,  vivait  dans  la  dernière 
moitié  du  xvie  siècle.  Il  eut  d'abord  une  si  grande  réputation  qu'on 
le  compara  à  Martial  :  mais  la  postérité  qui  assigne  aux  ouvrages 
d'esprit  le  rang  qu'ils  méritent,  a  beaucoup  restreint  l'exagéra- 
tion de  cet  éloge  j  néanmoins,  Owen  occupera  toujours  parmi 
les    épigrammatistes  un  rang  distingué.  M.   de   Labouisse  vient 
de  publier  un  choix  des  épigrammcs  de  ce  poète  ,  traduites  en 
vers,  par  feu  M.  de  Kerivalant.  11  y  a  joint  la  traduction,  aussi 
en  vers  ,    de  quelques    monostiques  de   Michel  Vérin.    Chaque 
épigramme  latine  est  suivie  d'un  certain  nombre  d'imitations  en 
vers  français ,  dont  le  choix  est  fait  avec  goût ,   mais  peut-être 
avec  trop  de  profusion.  Ce  défaut   se  fait  d'autant  plus  remar- 
quer ,  que  l'éditeur  n'a  pas  donné  le  texte  en  regard  ,  ce  qui  sem- 
blait pourtant  indispensable  dans  un  travail  du  genre  de  celui-ci, 
et  surtout  dans  un  recueil  d'épigrammes  dont  quelquefois  tout 
le  sel  consiste  dans  les  mots.  Une  légère  négligence  que  nous  re- 
procherons à  l'éditeur,  c'estde  n'avoir  pas  soigneusement  placé  les 
imitations  par  ordre  chronologique.  Quant  au  mérite  des  traduc- 
tions et  imitations,  nous  ne  croyons  pouvoir  mieux  faire   que 
d'en  rendre  juge  M.  de  Kerivalant  lui-même,  et  pour  cela  nous 
nous  contenterons  de  rapporter  la  traduction  qu'il  a  donnée  du 
distique  si  connu  de  Martial ,  en  contestant  néanmoins  la  vérité 
de  la  pensée  que  contient  le  dernier  hémistiche  du  deuxième  vers: 

Du  bon,  du  médiocre,  encor  plus  du  mauvais, 
Voilà  mon  livre  •    ainsi  tous  les  livres  sont  faits. 

Au  reste,  la  part  de  M.  de  Labouisse  dans  ce  travail,  est  beau- 
coup plus  grande  que  sa  qualité  d'éditeur  ne  pourrait  le  faire 
croire;  il  est  le  véritable  auteur  de  ce  volume,  qui  lui  fait  honneur 
comme  poète  ,  et  qui  prouve  surtout  ses  connaissances  en  his- 
toire littéraire. 

i(')2.  —  /''pitre  h  un  honnête  homme  qui  veut  devenir  intrigant 
TOME    VI.  9.f> 


38a  L1VKES  FRANC  A  J  S. 

par  madame  la  princesse  de  Salm.  Paris  ,  chez  Arthus-fiërtrand 
1820  ;  in-8°  de  16  pages.  Prix,  1  fr. 

Au  milieu  des  révolutions  dont  nous  avons  été  tour  à  tuur  les 
témoins  et  les  victimes  ,  lesintrigaus  ont  joué  tous  les  rôles,  pris 
tous  les  masques ,  commis  tous  les  crimes  •  ils  ont  scandalisé,  ef- 
frayé les  âmes  vertueuses  :  la  poésie  seule  pouvait  peindre  con- 
venablement ces  fléaux  de  la  société  5  mais,  il  fallait  pour  cela  un 
esprit  juste,  joint  à  un  grand  caractère.  Madame  la  princesse  de 
Salm  possède  dans  un  degré  éminent  ces  deux  rares  qualités.  Elle 
a  pénétré  dans  tous  les  replis  de  l'âme  des  intrigans  ;  les  portraits 
divers  qu'elle  a  tracés  se  font  remarquer  par  la  vérité  et  la  justesse 
des  traits  ;  mais,  le  plus  ressemblant  est  celui  de  l'hypocrite  qui 
se  couvre  du  masque  de  la  religion,  pour  satisfaire  son  ambition 
démesurée  et  ses  passions  haineuses  : 

Mais,  qu'entends-je?  quels  cris!  quelle  ardeur  inquiète! 
D'où  part  ce  chant  sacré  que  partout  on  répète? 
Quel  est  l'audacieux  qui  du  saint  nom  de  Dieu  , 
Pour  couvrir  ses  desseins  ose  se  faire  un  jeu? 
Faut-il  le  demander,  Armand,  c'est  l'hypocrite! 
Sous  la  bure,  cachant  le  trouble  qui  l'agite, 
A  la  fois,  de  respects,  de  pouvoir  altéré  , 
11  s'avance  à  pas  lents,  de  la  foidc  entouré 
Dans  ses  yeux  l'onction  se  mêle  à  la  colère  ; 
D'un  ciel  toujours  vengeur  il  menace  la  terre: 
Pour  faire  racheter,  en  troublant  tous  les  oœurs, 
Par  de  terrestres  biens  de  célestes  faveurs , 
Amour,  hymen  ,  devoir,  pour  lui  tout  est  un  crim 

L'entends-tu?  de  L'enfer  il  semble  ouvrir  l'abîme  . 

\  ses  cris,  à  sa  voix  qui  condamne  .1  jamais, 
Chacun  se  réfugie  au  sein  d'un  dieu  «le  paix , 
Sans  doute,  confondu  de  voir  tant  «le  coupables 
Dans  des  (ils,  des  époux  ,  des  hommes  respectables. 
Mais,  qui  vient  aux  autc!-  porter  encer  ses  maux?... 
Quel  lugubre  appareil  !..  c'est  celui  des  tombeaux. 
I  11  père  de  famille  a  fini  sa  carrière: 

\\dut  de  confier  ses  restes  à  la  terre, 


LIVRES  FRANÇAIS. 

On  vient  les  déposer  sous  ce  parvis  sacre; 

Triste  et  dernier  devoir  du  respect  éploré. 

Ali!  du  moins  le  voilà  ,  dans  son  dernier  asile, 

A  l'abri...  Qu'ai-je  dit?  espérance  inutile  ! 

On  l'arrache  des  lieux  voues  à  l'Éternel  • 

La  haine,  la  vengeance  ont  profane  l'autel. 

O  prodige  inoui  dans  le  siècle  où  nous  sommes! 

Au  nom  d'un  Dieu  mourant  pour  le  salut  des  hommes, 

A  l'homme  qui  n'est  plus,  on  a  vu  refuser 

La  terre   »ù  ,  pour  toujours,  son  corps  va  reposer. 

Arrêtons...  laissons-la  ce  véritable  impie, 

Et  qu'il  aille  grossir  cette  iiorde  ennemie 

D'effrontés  intrigans,  de  lîlches  ,  de  jaloux, 

Tous  effroi  de  l'honneur,  et  qu'il  surpasse  tous. 

C'est  en  lisant  de  pareils  vers  que  l'on  reconnaît,  avec  un  grand 
publiciste  de  nos  jours,  que  la  littérature  est  l'expression  de  la 
société  :  madame  la  princesse  de  Salm  est  plus  faite  que  toute 
autre  pour  la  peindre,  cette  société.  Quoique  très  bien  née  ,  elle 
a  éprouvé  toutes  les  vicissitudes  de  la  vie  ;  le  rang  où  ses  talens 
l'ont  élevée,  ne  l'a  point  éblouie  :  il  ne  sert  qu'à  {lui  faire  déve- 
lopper de  plus  en  plus  les  excellentes  qualités  dont  la  nature  l'a 
douée,,  ou  qu'elle  doit  à  ses  réflexions. 

Que  madame  la  princesse  de  Salm  continue  à  nous  envoyer  des 
épîtres  marquées  au  coin  d'une  morale  aussi  vraie-  toutes  les  âmes 
élevées  lui  répondront  parles  suffrages  les  plus  flatteurs.    Barbier. 

i63.  —  La  Maçonnerie.  —  Poème  en  trois  chants ,  avec  des  notes 
historiques,  étymologiques  et  critiques;  un  volume  in-8° ,  avec 
gravures,  vignettes,  etc.,  papier  fin.  Prix  pour  Paris,  7  francs; 
par  la  poste,  8  fr.  7.5  cent.  Pap.  vél.,  orné  des  premières  épreuves 
sur  papier  de  Chine,  et  des  eaux  fortes,  i:\  fr.  et  i5  fr.  a5  c.  par 
!a  poste.  —  Paris,  Arthus  Bertrand,  rue  Hautefeuille,  n°  -iS. 

Dans  un  moment  où  les  recherches  des  Cailliaud ,  des  Bel- 
zoni,  en  fournissant  de  nouveaux  renseignemens  mu  l'Egypte 
que  Ton  croyait  complètement  connue,  semblent  assigner  aux 
pyramides  une  destination  plus  auguste  que  celle  à  laquelle,  jus- 
qu'à ce  jour,  l'on  avait  borné  leur  emploi;  à  l'instant  même  où 
M.  Ouwaroll  complète  l'éclaircissement  des  mystères  anciens, 

26* 


384  LIVRES  FRANÇAIS 

et  M.  de  Hannner,  celui  des  ordres  secrets,  du  moyen  âge  ,  uu 
jeune  auteur,  rempli  de  verve  et  d'imagination,  n'a  pas  craint 
d'aborder  le  sujet,  encore  neuf, des  initiations  modernes  :  il  vient 
de  l'exploiter  au  double  profit  de  la  poésie  et  de  la  science. 

Rien  n'est  plus  hardi  que  son  système  :  s'il  faut  l'en  croire ,  la 
franche-maçonnerie  ne  se  rattache  point  aux  misérables  aggré- 
gations  des  Gorets  et  des  Freymaurer,  ni  aux  ligues  ismaéliennes- 
elle  ne  descend  pas  même  de  l'ordre  du  Temple ,  malgré  la  con- 
nexité  qu'elle  eut  avec  lui,  car  elle  lui  est  antérieure.  Elle  n'est 
autre  chose,  en  un  mot,  qu'un  dernier  anneau  de  cette  chaîne 
non  interrompue  des  mystères  d'Eleusis,  d'Egypte  et  de  Perse, 
qui  remonte  aux  premiers  âges  de  la   civilisation.  Loin  qu'elle 
doive  être  considérée  comme  une  copie  d'institutions  connues  . 
elle  est  l'archétype  de  ces  institutions,  qui  n'en  sont  que  des  dé- 
membremens.  Tout  est  sorti  de  son  sein  ;  et,  comme  le  Rhin  à 
la  fin  de  sa  course,  si  elle  paraît  méconnaissable,  si  elle  a  perdu 
sa  grandeur,  elle  a  conservé  son  identité.  Cette  opinion  avait  déjà 
trouvé  des  partisans  j  le  Manuel  de  M.  Razot  en  contient  le  germe, 
et  M.  Alexandre  Le  Noir,  dont  l'autour  du  poème  que  nous  an- 
nonçons, paraît  n'avoir  pas  connu  les  recherches,  s'est  vu  con- 
duit à  adopter  un  système  analogue  •  mais  jamais  ,  il  faut  l'avouer 
cette  opinion  ,  plus  que  probable,  n'avait  été  présentée  avec  au- 
tant d'ensemble  ,  et  fortifiée  de  plus  de  preuves. 

Nous  ne  suivrons  point  M.  ***  dans  la  comparaison  du  Vlr  Livre 
de  Virgile,  avec  la  maîtrise  maçonnique ,  du  calice  du  Rose- 
Croix,  avec  le  vase  appelé  le  Saint-Graaf,  qui  n'est  autre  que 
le  Djcmschid  persan;  du  tablier  des  maçons,  avec  celui  des 
Esséniens  et  avec  la  nebride;  nous  ne  rapporterons  pas  mille 
autres  concordances  curieuses,  ni  l'explication  aussi  ingénieuse 
que  satisfaisante  ,  qu'il  donne  du  grade  ,  en  apparence  eUrayant, 
de  maître  Elu.  Laissant  aux  investigateurs  de  la  vèrii  .  le  soin 
d'apprécier  en  détail  ce  qu'il  peut  y  avoir  de  hasarde  dans  l<  » 
conjectures  du  savant  nous  passerons  aux  éloges  que  rédaupe 
le  poète. 

Les  Muses  n'admettent   point    le  doute  ,   la   certitude    s  attache 
aux  inspirations  de  ces  li  lies  divines.   <  oniine  aux  ONU  les  de  la 
\  érité.  On  pense  bien  que  l'auteur  regarde  connue  évident  al  rc 
cunnu.  dans  §«s  vers,  ce  qu'il  cherche  à  prouver  dans  Ma  notes j 


LIVRES  FRANÇAIS.  385 

une  autre  méthode ,  une  timidité'  mal  placée ,  eussent  arrêté  son 
vol ,  et  rétréci  la  sphère  de  son  sujet,  en  le  privant  de  nombreux 
et  de  magnifiques  souvenirs.  Aurait-il  pu  placer,  par  exemple  , 
ia  description  de  ce  temple  de  Salomon ,  où  se  déploient  si  bien 
les  pompes  de  la  poésie  : 

A  sa  voix  s'éleva  ce  temple  si  vanté , 
De  qui  la  renommée  atteste  la  beauté. 
Dans  l'aride  Sion  tous  les  arts  se  rendirent  ; 
Des  neiges  du  Liban,  les  cèdres  descendirent  • 
Le  marbre  façonné  s'élança  dans  les  airs. 
Surpris  par  le  chasseur ,  l'éléphant  des  déserts 
Livra  pour  ces  travaux  sa  dent  éblouissante, 
Cependant  que  dn  Roi  la  flotte  obéissante 
Rapportait  dans  Joppé,  sous  l'aile  du  zéphir, 
Les  largesses  d'Hiram  et  l'or  lointain  d'Ophir- 

Ce  n'est  pas  que  des  faits  plus  modernes  ne  lui  aient  aussi 
fourni  d'heureux  morceaux.  Nous  nous  contenterons  d'indiquer 
dans  ce  genre,  le  passage  qui  concerne  Belle  et  Bonne,  et  les 
Loges  des  dames  ;  et  de  citer  le  court  tableau  des  Loges  d'ar- 
mée. 

J'ai  vu,  (la  foudre  encore  grondait  à  l'entour  d'eux) 
J'ai  vu  plus  d'une  fois  l'élite  de  nos  preux  , 
Se  dérobant  soudain  à  la  foule  trompé^- 
Contre  un  faible  maillet  échanger  leur  épée  , 
Allier  du  maçon  les  cordons  passagers 
Aux  cordons,  noble  prix  du  sang  et  des  dangers  , 
Et  citoyens  du  monde,  au  sein  du  bruit  des  armes  . 
Accorder  au  malheur  une  obole  et  des  larmes. 

Cet  ouvrage  promet  au  Parnasse  français  un  poète  de  plus.  Dr. 
légères  incorrections,  quelques  négligences  de  style,  trop  de  re- 
dondance peut-être  dans  la  versification,  en  décelant  la  jeunesse 
de  l'auteur,  ne  fortifient  que  mieux  les  espérances  qu'il  donne. 

Le  plus  grand  défait  t  du  poème  de  la  Maçonnerie ,  est  de  n'a- 
voir qu'un  épisode  important  et  neuf,  la  vision  du  second  «liant. 
Les  autres  épisodes  n'ont  pas  assez  d'étendue.  Au  risque  de. 
.s'écarter  un  peu  de  la  vérité,  nous  croyons  que  l'auteur  aurait 
pu  tirer  plus  de  parti  des  traditions  du  Nord  et  de  l'Orient,  en 


386  LIVRES  FRANÇAIS. 

fouillant  dans  les  Edda  ,  clans  Séthos  ,  dans  les  voyages  de 
Fythagore.  Ainsi  que  M.  Ouwarofl'  et  le  savant  distingué  qui  a 
publié  ses  mystères,  et  nous  aussi,  nous  croyons  qu'il  tut  uni 
époque  où  le  genre  humain  n'était  point  dégradé;  et  que  cette 
chute  de  l'homme,  dont  le  ié(  it  se  retrouve  chez  tous  les  peuples, 
cache  un  sens  mystique  qui  sYxpliquera  plus  tard.     D.  Baillot. 

i6j.  —  L'Intrigant)  comédie  en  cinq  actes  et  en  vers,  par 
M.  Aug.  Lambert,  membre  et  correspondant  de  plusieurs  Aca- 
démies. In  8°. 

«  il  est  si  difficile  de  se  résigner  à  l'entier  sacrifice  d'un  ouvrage 
■»  qui  nous  a  coûté  plusieurs  années  de  travail!  »  dit  l'auteur  de 
cette  comédie,  dans  sa  lettre,  en  forme  de  dédicace,  à  IY1.  le 
comte  de  3/oriolles ;  et  cet  aveu  d'une  faiblesse,  bien  naturelle 
dans  un  auteur,  explique  suffisamment  les  tentatives  réitérées 
de  M.  Lambert  pour  faire  recevoir  son  ouvrage  par  les  comédiens  , 
et,  en  dernier  lieu,  la  résolution  qu'il  a  prise  de  le  livrer  au  public 
par  la  voie  de  l'impression.  Les  membres  des  deux  comités» de 
lecture  de  VOdéon  et  du  Théâtre-Français  se  sont  accordés  dans 
le  jugement  qu'ils  ont  porte'  de  cette  comédie,  dont  ils  ont  trouvé 
le  principal  personnage  odieux,  et  même  ut  nue;  raison  sur  la- 
quelle ils  ont  motivé  leur  refus.  Sans  entrer  dans  les  détails  d'une 
analyse  «rue  le  défaut  d'espace  ne  nous  permet  pas ,  nous  citerons 
les  deux  passages  suivans,  qui  prouveront  au  moins  que  M.  Lam 
bert  peut  écrire  fotjbtbicn  les  vers  comiques: 

Maintenant  tout  se  fait  par  la  bureaucratie. 

On  ne  peut  concevoir  la  puissance  infinie 
Qu'exercent  certains  chefs  de  ces  petits  Etats 
Ils  sont  dans  leur  palais  comme  des  potentats. 
AveZ-VOUS  besoin  d'eux  ,  ils  ne  sont  pas  x  i-^ihb 
INlais  ils  ont  des  anus  fort  doux,  très  acoeesibli 
J'en  ai  vu  quelques-uns,  je  veux  les  \oii   eneor; 
J'ai  tranché  dans  le  vif,  je  leur  fais  un  pont  d'or 

El  aillcni 

LE  COMTE. 

J'ai  pour  moi  la  justice. 

PRANTAX,. 

Eh!  mon  cher  .  aujourd'hui 
Malheur  à  qui  n'aurait  qu'elle  pour  tout  appui' 


LIVRES  FRANÇAIS.  38; 

Que  me  sert  mon  bon  droit,  si  l'on  me  dit  d'attendre? 

Si  toujours  à  demain  l'on  remet  à  m'entendre? 

C'est  peu  d'avoir  raison  et  de  se  présenter  ; 

Il  faut  se  faire  lire,  ou» se  faire  e'couter. 

En  vain-Ton  donnerait  mémoire  sur  mc'moire  5 

Des  cartons  d'un  bureau,  vous  pouvez  bien  m'en  croire, 

Si  quelque  grand  du  jour  ne  daigne  en  prendre  soin, 

Ils  ne  feront  qu'un  saut  cbez  l'épicier  du  coin. 

LE  COMTE. 

Quel  siècle!  mon  ami  ;  la  peinture  est  outrée. 

Tout  en  n'osant  désapprouver  le  refus  de  MM.  les  comédiens, 
nous  croyons  pouvoir  féliciter  M.  Lambert  sur  le  parti  qu'if  a 
pris  de  faire  imprimer  son  ouvrage.  11  pourra  offrir  quelque  in- 
térêt au  lecteur,  et  servira  du  moins  à  prouver  que  son  auteur, 
s'il  n'a  pas  réussi  cette  fois ,  a  tout  le  talent  qu'il  faut  pour  obte- 
nir des  succès. 

i65.  —  Annibal,  tragédie  en  3  actes  ,  par  M.  F.  Dîdot.  Paris, 
1820,  in-8°  de  94  pages  •  prix,  3  fr.  chez  F.  Didot ,  rue  Jacob 

Une  tragédie  sans  femmes!  Voilà  ,  pour  des  spectateurs  fran- 
çais, une  épreuve  au  moins  hasardeuse.  Nous  ne  ferons  cepen- 
dant pas  un  reproche  à  l'auteur  d'avoir  suivi  une  route  presque 
nouvelle j  nous  le  blâmerions  davantage,  si,  à  l'exemple  de  Mari- 
vaux, il  avait  rendu  Annibal  amoureux.  Mais,  en  se  privant  vo- 
lontairement du  ressort  d'une  passion  toute -puissante  ur  les 
âmes,  il  fallait  le  remplacer  par  des  situations  fortes  et  atta- 
chantes; et  peut-être  trouvera-t-on  dans  cet  ouvrage  ,  du  genre 
admiratif ,  plus  de  discussions  politiques  que  de  véritable  action. 
—  Annibal  est  à  la  cour  de  Prusias,  roi  de  Bithynie,  dans  lequel 
il  espère  trouver  un  allié  contre  Home  ;  déjà  il  a  bu  attirerdans  srs 
intérêts  le  fils  de  ce  prince,  le  jeune  Nicoinéde  ,  qui  partage  ses 
vues  avec  tout  l'enthousiasme  de  son  ;lgc  Prusias,  lui-même, 
penche  en  faveur  d' Annibal'  mais  Arbate,  son  capitaine  des 
gardes,  croit  servir  son  maître  en  le  détournai. t  d'épouser  la 
querelle  de  ce  dernier.  Flaminius,  ambassadeur  romain,  vient 
exiger  de  Prusias  le  bannissement  d' Annibal.  Cependant  ses 
hauteurs  n'ont  fait  que  l'irriter ,  et  l'engager  à  serrir  la  cause  de 
cet  ennemi  mortel  de  Rome  .  lorsqu'une  révolte .  opérée  en  feveui 


:;ss  livres  français. 

de  ce  dernier,  et  que  Nicomède  a  excitée,  vient  changer  les  dis- 
positions de  Prusias.  rlaminius  lui  persuade  que  son  fils ,  de  con- 
cert avec  Annibal,  ne  cherche  qu'à  le  renverser  lui-même  du 
trône-  c'est  alors  que  Prusias  fait  arrêter  Nicomède,  et  déclare 
à  Annibal  qu'il  doit  opter,  ou  de  quitter  sa  cour,  ou  d'abandon- 
ner ses  projets  contre  Rome.  Les  choses  en  sont  là,  lorsque  Fla- 
minius,  qui  craint  toujours  que  l'influence  d'Annibal  ne  détruise 
ce  qu'il  a  fait,  se  décide  à  s'emparer  par  trahison  de  la  personne 
de  ce  général. 

A  qui  sert  son  pays  tout  devient  légitime, 

s'est  dit  rlaminius j  et,  secondé  des  Romains  qu'il  a  amenés  avec 
lui  et  auxquels  se  sont  joints  d'autres  Romains  réfugiés  depuis 
long-teins  à  Prusa  ,  il  vient  pour  surprendre  Annibal.  IMais  ce- 
lui-ci, averti  par  son  confident  Hiarbas,  le  charge  de  lui  prépa- 
rer le  poison  qu'il  portait  toujours  sur  lui;  et  llaminius,  ainsi 
que  Nicomède,  qui ,  délivré  par  l'armée  ,  accourait  sauver  Anni- 
bal ,  n'arrivent  l'un  et  l'antre  que  pour  voir  expirer  ce  guerrier, 
qui  lègue,  en  mourant,  à  Nicomède ,  sa  haine  contre  Rome  et 
l'épée  qu'il  a  reçue  d'Amilcar. 

La  trop  grande  simplicité  de  cette  action,  qui  pourrait  jeter 
de  la  froideur  sur  la  représentation ,  n'offre  pas  le  même  incon- 
vénient à  la  lecture;  et,  dans  le  silence  du  cabinet,  on  verra  pas- 
ser avec  plaisir  devant  ses  yeux  plusieurs  persounages  dont  leu 
caractères  sont  habilement  tracés. 

Nous  citerons  quelques  vers  â  l'appui  de  celte  assertion;  d'a- 
bord ceux  qui  terminent  le  monologue  d'Annibal  au   icl  acte  : 

Oui,  sous  ton  Capitole,  objet  de  tant  de  haine  , 
Cette  main  portera  la  hache  et  le  flambeau  ; 
Dùt-il,  croulant  sur  moi ,  me  servir  de  tombeau. 

Ce  vers  du  '.'»''  acte,  très  beau  dans  la  bouche  d'Annibal  : 

Rome,  Annibal  mourant  te  livre  enlin  la  tene 

Cette  apostrophe  de  l'ambassadeur  romain  à  Prusias  : 

.   .   .  à  quel  titre  épousez-vous  les  droits 
D'un  banni,  qui  partout  va,  s'alli;int  aux  roi 
Porter  comme  une  dot  sa  haine  contre  Rome  ? 


LIVRES  FRANÇAIS.  3&, 

Et  ces  quatre  vers,  places  dans  la  bouche  de  Prusias  : 

Si  jadis  les  Romains  ,  étalant  un  saint  zèle , 
Des  champs  de  la  Phrygie  appelèrent  Cybèle, 
C'est  que  Rome,  à  l'aspect  d'Annibal  furieux  , 
Ne  crut  pas  dans  ses  murs  avoir  assez  de  dieux. 

Ce  sont-là  autant  de  traits  qui  peignent  parfaitement  Annibal , 
et  la  crainte  qu'il  avait  su  inspirer  aux  Romains. 

Nous  citerons  encore  cette  belle  repartie  de  Nicomède  à  Pru- 
sias, qui  lui  assure  que  ce  n'est  nullement  par  un  motif  de  ja- 
lousie qu'Arbate  s'élève  contre  Annibal  : 

.    .   .  Non,  Seigneur,  je  le  crois  ,  comme  vous  : 
Il  est  des  noms  si  beaux  qu'on  n'en  est  point  jaloux. 

Et  la  réponse  que  ce  même  prince  fait  à  Flaminius ,  lorsque  ce- 
lui-ci lui  dit ,  au  ie  acte  : 

Je  reviendrai  peut-être ,  et  le  fer  à  la  main. 

NICOMÈDE. 

Nous  vous  épargnerons  la  moitié  du  chemin. 
Voilà  de  beaux  vers  et  de  beaux  caractères  ;  deux  choses  qui  doi- 
vent placer  l'ouvrage  de  M.  F.  Didot  au  rang  des  productions 
dramatiques  les  plus  estimables. 

166.  —  (*)  Les  Nuits  Altiques  d Aulu-Gelle ,  traduites  en  fran- 
çais ,  avec  le  texte  en  regard,  et  accompagnées  de  remarques  ; 
par  Victor  Verger.  Paris,  F.  I.  Fournier.  1820.  3  vol.  in-8°. 
Prix  ,  18  fr. 

167.  —  Nouvelles  recherches  sur  V époque  de  la  mort  d'A- 
lexandre et  sur  la  chronologie  des  Ptolémées ,  ou  FAamen  critique 
de  l'ouvrage  de  M.  C  hampollion  -  ïigeac ,  intitulé  :  Annales  des 
Lagides  ,  par  M.  J.  Saint-Martin,  avec  l'épigraphe  M  agis  arnica 
veritas.  Paris,  1820,  1  vol.  in-8°  de  9  feuilles,  imprimerie  royale. 
L'auteur,  rue  Hautefeuille  ,  n°  10. 

168.  —  Jehovah ,  (lettre  à  M.  le  comte  Volney ,  pair  de  France  j 
par  M.  J.  Lingay.  )  Paris.  Chanson.  1820.  Brochure  in- 8°  de  i5 
pages. 

M.  Lingay  s'est  proposé,  dans  cet  écrit,  d'attribuer  une  éty- 
mologie  désormais  fixe  et  invariable  au  nom  de  Jehovah  ,  quelle 
que  soit  son  ortographe,  et  dans  quelque  langue  qu'on  essaie  de 


3go  LIVRES  FRANÇAIS. 

le  transporter.  C'est  ,  selon  lui,  le  nom  qui  appartient  à  Dieu 
chez  tous  les  peuples  ,  avant  toutes  les  langues  écrites  ou  con- 
venues ;  un  nom  natif,  inné,  antérieur  à  toute  société,  et  com- 
posé de  toutes  les  sensations  réunies  de  l'homme  en  l'état  de  na- 
ture ou  d'enfance.  Il  est  formé  de  la  réunion  de  tous  les  sons  na- 
turels que  fait  entendre  la  bouche  de  l'homme  :  i.  e.  o.  u.  a.  Il 
n'est  guère  possible  de  présenter  isolément  les  conjectures  à  la 
fois  plausibles  el  hardies ,  par  lesquelles  l'auteur  s'efforce  d'étaycr 
son  système;  conjectures  qu'il  appuie  d'ailleurs  sur  les  traditions 
des  langues,  et  plus  encore  sur  des  considérations  morales  et 
historiques. 

1C9.  —  Discours  sur  les  médailles  d'Auguste  et  de  Tibère  ,  ou 
rei'ers  de  l'autel  de  Lyon;  suivi  d'un  Mémoire  sur  les  recherches 
d'une  statue  éauestre,  faites  vert  l'emplacement  de  l'ancien  temple 
d? Auguste  ;  par  F.  Attaud  ,  chevalier  de  la  Légion  d'honneur, 
directeur  du  Conservatoire  des  arts  et  du  Musée  de  Lyon ,  etc.  , 
etc.  Un  vol.  in-.j0,  accompagné  de  12  planches  et  de  3  vignettes. 
Lyon,  imprimerie  de  Lambert-Gentot.  1820. 

M.  Artaud,  (jiii  s'occupe  d'un  ouvrage  important ;  sur  les  anti- 
quités de  la  ville  de  Lyon  ,  rend  le  public  confident  de  ses  tra- 
vaux ,  rt  lui  en  livre  successivement  quelques  parties  qui  «.loi- 
vent  faire  juger  favorablement  de  l'ensemble.  Il  a  publie  ,  il  y  a 
plusieurs  années,  de  belles  mosaïques  trouvées  dans  cette  ville; 
il  donne  aujourd'hui  ses  conjectures  sur  l'emplacement  et  les 
dimensions  du  temple  et  de  l'autel  d'Auguste,  et  il  décrit  des 
fragmens  d'architecture  et  d'inscriptions  qui  ont  été  trouvés 
dans  la  Saône.  Ces  recherches  l'ont  porté  à  développer  quelques 
idées  ingénieuses  sur  les  médailles  d'Auguste  et  de  Tibère,  qui  ont 
pour  revers  l'autel  de  Lyon,  et  de  rectifier  des  conjectures  ha- 
sardées ,  et  même  des  erreurs  ,  de  plusieurs  écrivains  qui  en  ont 
parlé  avant  lui. 

Le  discours  de  IM.   Artaud  a  été  lu  en  séance  publique   à  l'A- 

cadémie  des  Sciences ,  Belles-Lettres  et  Arts  de  la  ville  de  Lyon. 
Les  notes  historiques  el  critiques  qui  accompagnent  cet  ou- 
vrage, ajoutent  beaucoupà  son  intérêt  par  des  recherches  pleines 
d'érudition»  Le  goût  de  l'étude  des  antiquités  te  répand  de  plus 
en  plus  dans  nos  département  ,  et  on  doit  à  ceux  qui  l'encou- 
ent  ,    comme  INT.   Artaud  ,   par  leurs  travaux  et  leurs  écrits. 


LIVRES  FRANÇAIS.  39i 

la   conservation  de    beaucoup  de  monumens   inte'ressans  pour 
l'histoire  et  pour  les  arts.  Dumersan. 

170.  —  Bibliolheca  americo-septentriona/is.  —  Collection  d'ou- 
vrages écrits  en  diverses  langues,  qui  traitent  de  l'histoire,  du 
climat,  de  la  géographie  ,  etc.,  etc.  ,  de  l'Amérique  septentrio- 
nale. Paris,  Kouzou  ,    i8r20,in-8°  de  1^7  pages. 

Ce  catalogue  ,  à  cause  de  son  but  spécial  ,  s'élève  au-dessus  de 
l'intérêt  ordinaire  des^  ouvrages  de  ce  genre.  Il  aurait  pu  être 
rédigé  avec  plus  de  méthode  ;  mais,  tel  qu'il  est,  c'est  un  ou- 
vrage souvent  utile  à  consulter. 

171.  —  Annales  de  la  musique,  ou  Almanach  musical  île  Pa- 
ris, des  départemens  et  de  l'étranger,  pour  l'an  1820  (  seconde 
année  ) ,  contenant:  Listes  des  Artistes  ,  etc.,  classés  par  genre 
de  profession  et  par  ordre  alphabétique  ;  —  École  royale  (  Pro- 
fesseurs, Répétiteurs,  Elèves,  employés  )  5  —  Nécrologie  ;  — 
Journaux  ;  —  Livres  ;  —  Gravures  •  —  Répertoire  de  la  musique 
(1819)  classée  par  genre-  — Sur  Paésiello,  par  M.  Lesueur;  — 
Sur  INicolo  ,  par  M.  Evarisle  Dumoulin;  —  Sur  Sophie  Gail,  par 
M.  Lemontey  ;  —  Sur  Duport  jeune  ,  par  M.  Pallier;  —  Sur  Au- 
guste Richer;  — Sur  la  veuve  Dalavrac; —  Bibliothèque  musi- 
cale, que  publie  à  Munich  M.  Fr.  Cramer;  —  Sur  le  Chiroplaste 
de  M.  Logicr;  — Rapport  fait  à  l'Académie  des  Beaux- Arts,  le 
?>  avril  1819 ,  sur  les  Inst.rumens  de  M.  Chanol  ;  —  Eloge  de  Gré 
try;  —  Ecole  de  M.  Sudre  ,  établie  à  Toulouse:  — Sur  le  Chrono 
mètre  musical  de  M.  Despréaux  ;  —  Etat  présent  de  la  musique 
à  Londres;  —  Analyse  des  .Mémoires  de  Grétry  ;  —  Sur  le  talent 
de  madame  Calalani;  — Sur  Don  Manuel  Jagarte,  compositeur 
espagnol;  —  Sur  le  Parnasse  musical ,  ouvrage  de  gravure  de 
M.  Reinaldi,  qui  paraît  à  Heidclberg;  —  Sur  le  Journal  de  Mu- 
sique de  Vienne;  —  Sur  un  ouvrage  de  madame  Anna-Mai  ia  IY1 
legrini  Ccloni,  intitulé  :  Granimaticà ,  6  siano  rëgolè  per  ben 
cantate  ;  —  De  \JAenese  de  M.  Paè'r;  — Sur  le  Pianissimo  inventé 
par  M.  Schortmann  ;  —  Sur  le  Journal  général  de  musique  de 
Leipsi-  k  ,  par  M.  Lambry  ■  de  Metz;  —  Sur  la  Société  des  ama- 
teurs de  musique  des  Etats  autrichiens;  —  Cours  île  Musique  de 
M.  />.  Galin\  etc.,  etc.  1  vol.  in-18.  Prix,  3  fr.  f»o  c. ,  et  £5  C 
de  plus,  liane  de  port,  par  la  poste.  A  Paris,  au  bureau,  rue 
Montorgucil ,  no  (J'y. 


392  LIVRES  FRANÇAIS. 

OUVRAGES     PÉRIODIQUES. 

172.  —  Recueil  agronomique ,  publie  par  les  soins  de  la  Société 
des  sciences,  agriculture,  et  belles-lettres  du  département  de 
Tarn-et-Garonne.  Montauban,  tom.  I,  nos  1  et  2.  Ce  journal  pa- 
raît une  fois  par  mois,  par  cahiers  de  deux  feuilles  d'impression. 
Prix  pour  un  an,  5  fr.  On  souscrit  chez  P.  A.  Fontanel,  impri- 
meur de  la  Société,  grande  rue  St. -Louis,  et  chez  Laforgue,  libr., 
place  de  la  Grande-Horloge  ,  n°  6. 

Ce  journal  d'agriculture  sera  fort  utile  au  département  de  Tarn- 
et-Garonne,  l'un  des  plus  fertiles  de  la  France,  et  dont  quelques 
procédés  mieux  entendus  amélioreront  encore  le   territoire. 

17J  —  Journal  général  de  Législation  et  de  Jurisprudence ,  par 
MM.  Barthe  ,  avocat  à  la  cour  royale  ;  Bérenger,  ancien  avocat- 
général;  Berville,  avocat  à  la  cour  royale;  Cerclet,  1 J.  ;  Cou- 
sin, professeur  de  philosophie;  Debeaufort  ,  avocat;  Dupim 
jeune ,  id.  ;  Girod  (de  l'Ain) ,  conseiller  à  la  cour  royale  ;  Hei  herg, 
publiciste  danois;  Lan  juin  aïs,  pair  de  France;  Llorente,  pu- 
bliciste  espagnol;  Mérilhou,  avocat  à  la  cour  royale;  Odillon- 
Barrot,  avocat  à  la  cour  de  cassation  ;  Joseph  Ret  (de  Grenoble), 
avocat  à  la  cour  royale  de  Paris;  de  Schonen  ,  conseiller  à  la  cour 
royale  ;  A.  Tuiery,  publicistc  ;  et  autres  jurisconsultes  et  publi- 
cistes  français  et  étrangers.  irc  livraison;  tome  I.  On  souscrit  : 
au  bureau  du  Journal,  rue  des  Grands-Augustins,  n°  26,  et  chez 
les  principaux  libraires  de  Paris  ,  des  départemens  et  de  l'é- 
tranger. 

Ce  recueil  est  divisé  en  cinq  parties  :  i°  Théorie  du  droit,  lé- 
gislation, et  législation  comparée;  20  analyse  des  ouvrages  de  lé- 
gislation et  de  jurisprudence  ;  3° législation  positive j  j°  jurispru- 
dence judiciaire,  proprement  dite,  et  administrative:  5°  mé- 
langes. —  INous  recommandons  cette  entreprise  à  l'attention  de 
tous  les hommesde loi,  magistrats,  avocats  ou  officiers  judiciaires. 

t 74-  —  T-c  Télégraphe  de  la  littérature  ,  des  spectacles  ,  des 
sciences  et.  des  arts.  Toulouse  ,  1820,  Beniehet  aîm- ;  1  \ol.  in-8°. 

Cet  ouvrage  paraît  par  livraisons  à  tics  époques  indétermin 
formant  pour  trois   mois  dix  feuilles  in-8°.  Prix  :  5  fr.  pour  »li\ 
feuilles  ;  8  fr.  pour  vingt  feuilles;  i5  fr.  pour  quarante  feuille- 


VVVt\^VVVVVVVVVVVtVX^VVVkA(VVVVVV\.VVVVVVVVV»*VvVVVVV».VVVVV\,V\VVVv\V.XV\\VVV\V\\\.%> 

IV.  NOUVELLES  LITTÉRAIRES 

ET   SCIENTIFIQUES. 


AMÉRIQUE. 

Etats-Unis. — New-York. — Bâtiment  a  vapeur. — On  a  construit 
dans  le  port  de  New-York  un  très  beau  bâtiment  à  vapeur,  de  ^So 
tonneaux,  appelé  le  Robert- tulton  ,  qui  doit  servir  de  paquebot 
entre  New-York  et  la  Nouvelle -Orléans.  Il  est  fait  en  chêne, 
cèdre  et  pin  de  la  Caroline,  doublé  en  cuivre,  et  peut  contenir 
200  passagers.  La  machine  à  vapeur,  entièrement  séparée  du 
reste  du  bâtiment,  ne  pourra,  en  cas  d'accident,  exercer  aucun 
efl'et  fâcheux  sur  les  logeniens  des  passagers  •  elle  a  même  donné 
les  moyens  d'établir  des  bains  très  agréables  pour  les  voyageurs. 

Découverte  de  mines  de  cuivre.  —  Il  existe  de  grosses  masses 
de  cuivre  natif  sur  les  bords  des  rivières  qui  débouchent  dans  la 
partie  sud  du  lac  supérieur  :  M.  le  gouverneur  Gass  ,  qui  doit  se 
rendre  par  le  nord-ouest  du  lac  supérieur,  et  par  la  prairie  du 
Chien  et  Greenbay  au  lac  Michigan,  est  chargé  par  le  gouverne- 
ment américain  d'examiner  le  gisement  de  ce  métal. 

Society  for  the  prévention  of  pauperism  in  the  city  of  New- 
York.  — -  Société  pour  prévenir  la  pauvreté  dans  la  ville  de  iWw- 
York.  —  L'objet  de  cette  institution  ,  éminemment  recomman- 
dable,  est  d'obtenir  des  renseignemens  positifs  sur  le  nombre, 
l'état  et  les  habitudes  des  pauvres  fie  New-  York  ;  d'aviser  ensuite 
aux  moyens  d'améliorer  à  la  fois  leur  position  physique  et  mo- 
rale- de  rechercher  les  expédiens  les  plus  propres  à  retirer  ces 
êtres  infortunés  de  l'état  d'engourdissement  et  de  dégradation 
où  ils  sont  plongés;  de  réveiller  et  de  stimuler  toutes  leurs  fa- 
cultés, par  l'encourageante  perspective  d'un  bien-être  prochain, 
facile  à  acquérir;  de  leur  procurer  l'occasion  et  les  moyens  de  se 
livrer  à  des  occupations  utiles;  de  les  amener  insensiblement  à 
comprendre  la  nécessité  de  faire  quelques  épargnes  sur  le  produit 
de  leur  industrie,  pour  se  ménager  nu  avenir  moins  précaire  j 
enfin,  d'anéantir  le  fléau  de  la  mendicité  ,  et  d'en  prévenir  le  re- 
tour, autant  qu'il  est  possible. 

Cette  Société,  fondée  eu  1818,  a  déjà  publie  deux  Mémoires  <lt 
ses  opérations,  sous  le  titre  «h-  /{apport*  annuels     nuus  uou-  pro- 


j9j  AMÉRIQUE.  ASIE. 

posons,  vu  leur  importance,  tien  rendre  compte  dans  un  de  no.» 
prochains  cahiers. 

Brésil.  —  Voyages  scientifiques. — Plusieurs  savaus  voyageurs 
ont,  depuis  quelque  tems ,  visite  les  diverses  provinces  du  Bré- 
sil ,  avec  l'autorisation  du  gouvernement  portugais,  et  aux  frais 
des  gouveruemeus  Autrichien  ,  Bavarois  et  toscan.  L'Autriche  a 
envoyé  le  professeur  Mikau  pour  l'histoire  naturelle  en  général . 
et  la  botanique  en  particulier^  le  docteur  Folil  ,  pour  les  recher- 
ches en  minéralogie  j  M.  JNatterer,  pour  la  partie  zoologique  ; 
M.  Kuder,  comme  peintre  de  paysages  ;  M.  liackherger ,  comme 
peintre  de  sujets  botaniques  ;  et  M,  l'rick ,  comme  peintre  d'his- 
toire. La  Bavière  a  fourni  le  docteur  Spitz  ,  zoologiste,  et  le 
professeur  Martens  ,  botaniste.  Le  docteur  Badi  a  été  envoyé 
comme  naturaliste  pour  le  grand-duc  île  Toscane. 

Amérique  méridionale.  —  Géographie*  —  Découverte  d'une  île. 
—  Le  navire  anglais  le  M '  ULam,  se  rendant  de  Monte-\  ideo  à 
Valparaiso,  a  découvert,  à  la  hauteur  du  cap  Jlorn,  une  nou- 
velle île  située  sous  je  61e  degré  de  latitude  et  le  Ô.V  de  longi- 
tude. Dans  un  second  voyage,  le  capitaine  du  H "iUiam  ,  étant 
descendu  à  terre,  a  trouvé  cette  île  couverte  de  neifle  et  inha- 
bitée: les  mers  des  environs  abondent  en  baleines  et  en  veaux 
marins. 

ASIE. 

Indes  orientales.  —  Découverte  de  la  vaccine.  —  Un  Anglais 
revendique  cette  belle  découverte  en  laveur  des  lmlous  On 
trouve  ,  dit-il,  daus  un  ouvrage  sanscrit  ,  attribué  à  d'Hauvan- 
t.111,  le  précepte  Bùivant  :  «  Prenez,  avec  la  pointe  d'une  lan- 
cette  ,  le  fluide  du  bouton  qui  se  tonne  sur  te  pis  des  vaches: 
piquez  le  bras  entre  l'épaule  et  le  coude,  jusqu'à  cëqsc  leasing 
paraisse;  le  fluide  se  mêlant  avec  le  sang,  il  en  résultera  la 
lièvre  de  l.i   petite  vende  ,    et    cette    maladie    icinli.i    nulle   toiitt 

autre  tentative  d'inoculation  naturelle,  »  Ce  passage  (|mi  sans 
la  découverte  de  Jenner,  serait  probablement  reste'  bien  des 
siècles  enseveli  dans  l'ouvrage  sanscrit ,  ne  peut  dioainmarien  rien 

la  gloire  de   ce  grand  homme,  avant    lequel  la  petite  \en>le  moi  •- 

tonnait  des  générations  entières. 

—  Posta  anglaise*  pur  eau.  — Les  anglais  onl  établi,  entre 
Bagdad  et  Basson,  des  bâtimensda  poste  qui  descendent  l'Eu* 


ASIE.  3g5 

phrate  en  très  peu  de  tems  et  remontent  ce  fleuve  en  douze 
jours.  La  distance  totale  est  partagée  en  cinq  stations,  dont  la 
dernière  est  Hilla  ,  où  les  courriers  quittent  le  fleuve  ,  et  font 
le  reste  de  la  route  par  terre  jusqu'à  Bagdad. 

Calcutta.  —  Requête  tendante  a  empêcher  les  veuves  de  se 
briller.  — On  croit  généralement  que  les  veuves  de  Tlndoustan, 
qui  se  brûlent  sur  le  bûcher  de  leurs  maris,  remplissent  un  de- 
voir prescrit  par  la  religion  des  Jndous.  Le  fait  que  nous  allons 
citer  prouve  la  fausseté  de  cette  opinion. 

Le  gouvernement  anglais  de  l'Inde  avait,  il  y  a  quelques  an- 
nées, pris  des  mesures  pour  détruire  cette  coutume  barbare.  D'a- 
bord, quelques  habitans  Indous  de   Calcutta  réclamèrent  près 
du  gouverneur  général-  mais,  dans  ces  derniers  tems,  ce  même 
gouverneur  a  reçu  de  plusieurs  Indous,  les  plus  recommandables 
de  la  même  ville,  une  requête,  dont  voici  quelques  passages: 
«    C'est    avec   autant    de    surprise    que    de  douleur  que    nous 
avons  été  instruits  des  démarches  faites  auprès  de  votre  seigneu- 
rie, pour  lui  demander  la  révocation  de  ses  ordres.  Il  est  évident, 
par  le  contenu  de  cette  requête  ,  que  ceux  qui  l'ont  signée  ,  ou  ne 
connaissent  pas  leur  loi,  ou  sont  des  hommes  féroces  ,  n'importe 
à  quelle  caste  ils  appartiennent.  »  Après  avoir  rapporté  quelques 
faits,  les  pétitionnaires  continuent  ainsi  :   «  Grâce  à  la   sagesse 
politique  du  gouvernement  anglais,  nos   lois  sont  imprimées  et 
traduites-  il  est  impossible  d'y  rien  intercaler  ou  de  les  inter- 
prêter à  contre-sens.  Eh  bien  !  conformément  à  ces  lois,  tous  les 
faits  que  nous  venons  de  rapporter  sont  des  suicides  ,  condamnés 
sous  les  peines  les  plus  sévères  par  notre  religion.  »  Et  plus  loin  : 
<(  Suivant  l'opinion  de  plusieurs  de  nos  brainines  les  plus  instruits  . 
opinion  fondée  sur  les  Schastras }  toute  espèce  de  suicide  est  dé- 
fendue. Les  f^êd.ms  qui  renferment  l'essence  de  tous  les  fédas 
de  même  que  le  G  héla,  interdisent  toute  action  faite  dans  l'espoil 
d'une  récompense  temporaire  à  venir.  Parmi  lis  livres  d'autorité 
inférieure,   les  uns,   tels  que  les  Schnstras  AJirilli,  détendent  d«. 
se  donner  la  mort  par  violence-  et  d'autres,  tels  que  le  A/<  /</ 
cksehoura,  déclarent  que  mener  une  vie  vertueuse  vaul  mieux  que 
mourir  sur  le  bûcher  d'un  époux  défunt.  Il  n'y  en  a  qu'un  bien 
petit  nombre  qui  soutiennent  qu'il  y  a  plus  «le  mérite  ;'i  se  brûler  ■ 
et  ce  sont  ceux  qui  ont  le  moins  de  droit    BU  respect  des  [ndous. 


39G  ASIE. 

Nous  avons  donc  vu  avec  plaisir  et  reconnaissance  les  mesures 
adoptées  pour  empêcher  les  mères  de  sacrifier  leurs  infinis  à 
GongaSagor,  les  réglemens  en  vigueur  contre  les  barbares  Hadj- 
pouts,  qui  regardent  comme  un  devoir  de  leur  caste,  de  faire 
mourir  leurs  enfans  du  sexe  féminin,  et  contre  la  pratique,  si 
fréquente  autrefois  ,  de  tuer  un  paient  malade.  Le  meurtre  doit, 
dans  tous  les  cas ,  retomber  sur  la  tête  de  celui  qui  le  commet. 
Nous  espérons  donc  de  la  sagesse  ,  de  la  fermeté  et  de  l'humanité 
de  votre  seigneurie,  qu'elle  prendra  les  mesures  nécessaires  pour 
empêcher  les  veuves  de  se  brûler. 

AFRIQUE. 

Egypte.  —  Sur  le  second  f^oyage  de  M '.  Cailliaud ,  dans  les  dé- 
serts de  V Egypte.  —  M.  Cailliaud  continue  de  faire  des  découvertes 
de  plus  en  plus  intéressantes  dans  les  déserts  qui  environnent  l'E- 
gypte. Par  sa  persévérance  et  son  dévouement,  ce  jeune  voyageur 
justifie  la  protection  que  lui  accorde  le  gouvernement  Français- 
ses  dernières  excursions  l'ont  mené  assez  loin  dans  la  direction 
de  l'ouest \  maintenant  il  se  rapproche  de  l'Egypte.  Tout  annonce 
qu'avant  de  revenir  en  Europe,  il  aura  découvert  des  contrées 
propres  à  faire  connaître  les  chemins  qui  conduisent  dans  Tinté- 
rieur  de  l'Afrique  orientale. 

Par  des  lettres  précédentes,  j'avais  appris  que  M.  Cailliaud, 
après  avoir  visité  les  ruines  de  Mcmphis  ,  en  novembre  1819, 
s'était  dirigé  sur  l'Oasis  de  Siwah,  par  la  route  du  layoum.  Les 
nouvelles  lettres  que  j'ai  reçues  de  lui,  à  la  date  du  1  \  janvier 
dernier,  et  celles  de  M.  Drovetti,  du  14  février,  m'informent 
qu'il  est  heureusement  parvenu  à  lever  tous  les  obstacles  «  t  1  sur- 
monter  les  dangers  d'une  route  qui  n'a\uil  jamais  été  suivie  |>ar 
aucun  Européen  ;  qu'il  a  visité  et  observé  en  détail,  non-seule- 
ment la  contrée  de  Siwah  et  ses  inonumens,  mais  aussi  la  petite 
Oasis,  où  nul  voyageur  modei  ne  n'avait  encore  pénétre.  Voici  de- 
détails  curieux  sur  les  Lieux  et  les  déserts  qu'il  a  parcourus* 

Dans  la  province  du    l'avouai ,   il  trouva    heureusement   un 
Cheykh  qui,  à  force  d'argent,  consentit  à  le  conduire  à  Niw.ib 
ni  dans  Alexandrie,  ni  à  Terraneli,   il  D  avait   pu  découvrir  un 
ieul  Cheykh  qui  voulût  risquer  L'entreprise.    Ions  ont  encore 

présens  à  la  mémoire  Les  dangers  <jn';i  COUTUS  le  colonel  Uoutin, 


ASIE.  397 

dans  le  voyage  de  Siwah.  Tout  ce  que  M.  Cailliaud  avait  éprouvé 
de  fatigue  et  de  difficulte's  pendant  ses  premiers  voyages,  ne  peut 
se  comparer  à  ce  qu'il  a  souffert  pendant  celui-ci.  Une  route  pé- 
nible et  dangereuse,  et  surtoutle  fanatisme  des  habitans  de  Siwah, 
lui  ont  opposé  des  obstacles  imprévus,  et  qu'il  crut  d'abord  in- 
surmontables; deux  fois  sa  troupe  fut  obligée  de  prendre  les 
armes,  et  de  se  battre  contre  les  Arabes  Moghrebins :  après  avoir 
parcouru  ces  déserts  pendant  dix -neuf  jours ,  et  avoir  fait  quinze 
journées  de  marche,  de  dix  à  douze  heures  par  jour,  il  arriva 
enfin  à  Siwah.  Ceux  qui  ont  parcouru  les  déserts  de  Libye  auront 
eux-mêmes  quelque  peine  à  se  faire  une  idée  juste  des  fatigues 
d'un  pareil  voyage. 

Parvenu  à  sa  destination,  M.  Cailliaud,  sans  perdre  un  instant, 
a  visité  les  temples  que  renferme  l'Oasis;  il  les  a  mesurés  et  des*- 
sinés.  Ces  temples  sont  au  nombre  de  trois  :  le  1er  est  égyptien , 
les  deux  autres  sont  de  construction  grecque  ;  il  y  a  ,  en  outre  , 
un  très  grand  nombre  d'hypogées.  Les  ruines  égyptiennes  situées 
à  Oumbede,  paraissent  être  les  véritables  restes  du  temple 
fameux  de  Jupiter  Ammon  ;  il  était  entouré  de  deux  enceintes; 
sa  longueur  devait  être  de  quarante-cinq  à  cinquante  mètres 
(cent  quarante  à  cent  cinquante  pieds)  (  1  ).  Au-dessous  du 
temple  est  un  grand  conduit  souterrain  et  un  réduit  qui  a  pu 
servir  aux  Oracles.  M.  Cailliaud  ne  s'est  pas  borné  à  observer  les 
monumens,  et  à  prendre  des  plans  exacts  de  ces  ruines;  il  a 
examiné  avec  soin  les  productions  et  l'état  physique  du  pays, 
l'étendue  de  son  territoire»,  le  commerce  des  habitans,  ainsi  que 
leurs  mœurs  et'  leurs  coutumes.  Voici  une  des  circonstances 
de  la  description  qu'il  en  a  faite  :  une  grande  partie  de  la  ville  de 
Siwah  est  formée  par  une  construction  bizarre;  c'est  un  grand 
corps  de  bâtiment  en  un  seul  massif,  dont  les  murs  ont  quarante 
cinq  et  jusqu'à  soixante-cinq  pieds  d'élévation;  les  appartement 
Sont  à  dix  étages.  Là,  est  une  population  de  deux  mille  âmes, 
que  l'auteur  compare  à  une  fourmillière.  Les  hommes  et  le* 
femmes  mariés  peuvent  seuls  habiter  dans  cet  immense  quartier. 


(1)  Ce  qui  en  reste,  a  11  mètres;  cette  mesure  s'accorde  avec 
celle  de  Browne,  qui  donne  ïx  pieds  •  Horneuiann  donne  toà  n 
pas  de  longueur. 

TOME    VI.  27 


'. 


398  Abit. 

Il  existe  d'autres  constructions  à  part,  où  demeurent  les  jeune* 
gens  et  les  hommes  non  maries. 

Le  séjour  du  voyageur  à  Siwah  a  dure  quinze  jouis.  Il  a  eu  le 
tems  d'exécuter  tout  le  plan  de  travail  qu'il  s'était  tracé  d'avance 
d'après  nos  entretiens.  Les  observations  de  latitude  qu'il  a  faites  . 
donnent  une  position  qui  diffère  peu  de  celle  qu'avait  assignée 
Browne. 

A  vingt  lieues  dans  l'ouest  de  Siwah  est  un  lieu  appelé  Vil* 
d'Araschie ;  on  assure  qu'il  s'y  trouve  des  monuracm;  M.  Cail- 
liaud  a  fait  plusieurs  tentatives  pour  y  entrer,  mais  les  habitons 
ont  mis  la  plus  grande  obstination  à  L'empêcher  d'y  parvenir.  En 
vain  il  a  essayé  de  la  ruse  et  de  mille  moyens  :  tout  a  été  inutile 
et  il  a  échoué,  comme  Browne  ,  dans  le  dessein  qu'il  avait  formé. 
Après  avoir  tenu  un  grand  conseil ,  les  habitans  ont  déclaré  qu'ils 
périraient  tous  plutôt  que  de  le  laisser  parvenir  à  lfle  mystérieuse 
Ils  prétendent  qu'elle  renferme  le  sabre  et  le  cachet  d'un  pro- 
phète, et  une  superstition  enracinée  leur  persuade  que  ,  ces  talis- 
mans une  fois  enlevés  ,  leur  indépendance  est  perdue.  Ainsi  la 
route  de  cette  île  par  Siwah,  restera  long-tems  impénétrable  pour 
les  Européens.  Mais,  plus  opiniâtre  encore  que  les  habitans, 
notre  voyageur  a  conçu  le  projet  de  s  y  rendre  par  Alexandrie-  il 
se  flatte  d'aller  de  cette  ville  à  l'Oasis  d'Audjelah  et  à  Boganzy  , 
où  se  trouvent  deux  temples.  Delà  ,  il  peut,  m'écrit-il ,  se  rendre 
en  sept  jours  à  l'île  d'Araschic.  On  voit  quelle  constance  inébran- 
lable anime  notre  jeune  voyageur. 

M.  Cailliaud  rapportera  sans  doute  une  description  fidèle  de  la 
source  appelée,  par  Diodore  el  par  Quinte-Cui  ce.  JonUunc.  du  so- 
leil, et  qui  passai!  pour  être  tantôt  froide,  tantôt  chaude.  Browne 
assure  le  fait  :  M.  lîelzoni.  que  l'on  dit  avoir  -visite  cette  source 
nous    fera  sans   doute    bientôt  connaître    le   résultat    île    ses  oh 
nervations 

E.u  suivant  une  route  plus  méridional)  que  celle  qui  l'ai  ait  me 
ue  ù  Siwah,  M.  Cailliaud  est  arrivé  dans  la  petite  0;im>  ;  <  est  de 
là  qu'est  d. itre  sa  dernière    lettre.  Il  ;i  trouvé,   iuf  I»'  chemin,  un 
lac  d'eau  salée,  loiiç;  de  deux,  lieues  de    l'est   I    l'ouest.  11  est  pro- 
bable que   c'est  un  lac  de  nation  :   ce  point  ne   tardera  jus  .1  .!i< 

vérifié  par  l'analyse  même  de  L'eau,  dont  le  voyagent  m'envoù 
une   bouteille     II   résulte  des    observations  de    latitude,  qu< 


ASIE.  399 

..M.  Cailliaud  a  faites  dans  la  petite  Oasis  ,  avec  M.  le  Torzec  ,  as- 
pirant delà  marine  de  première  classe,  que  cette  contrée  est 
plus  septentrionale  qu'on  n'était  porté  à  le  croire,  d'après  les  va- 
gues indications  des  cartes.  J'étais  parvenu  au  même  résultat, 
quoique  d'une  manière  moins  précise,  pendant  l'expédition  d'E- 
gypte. En  parcourant  la  chaîne  libyque,  entre  Monfalout  et  le 
Fayoum  ,  j'avais  reconnu  plusieurs  routes  conduisant  à  la  petite 
Oasis,  et  se  dirigeant  vers  le  nord  nord -ouest,  à  partir  deDalgeh 
et  du  parallèle  de  Meylaouy,  lequel  répond  à  27  degr.  [\i  min. 
M.  Cailliauda  trouvé  que  la  latitude  du  chef-lieu  de  la  petite 
Oasis  était  de  28  deg.  21  min.  53  second.  J'ai  vu  à  Dalgeh,  du 
riz,  des  dattes  et  divers  fruits,  que  les  Arabes  de  l'Oasis  y  appor- 
taient au  marché.  Les  dattes  des  palmiers  de  l'Oasis  ont  une 
grande  réputation. 

M.  Cailliaud,  arrivé  dans  la  petite  Oasis,  vers  le  10  janvier, 
avait  le  projet  dy  séjourner  deux  mois  •  il  s'occupait  à  relever  un 
plan  topographique  de  tout  le  pays,  non  sans  entendre  autour 
de  lui  les  fréquens  murmures  des  habitans.  Jusqu'au  14,  il  n'avait 
encore  trouvé  aucun  grand  monument  ;  mais  il  avait  vu  beaucoup 
de  ruines  d'habitations  en  terre,  et  les  restes  d'un  arc-de-triomphe 
romain. 

L'intention  de  M.  Cailliaud  est  de  continuer  sa  route  vers  le 
sud,  et  de  visiter  les  autres  Oasis  qu'il  lui  reste  à  parcourir:  celle 
île  l'arnj'ré,  à  i\  journées  de  marche  de  la  petite  Oasis,  où  aucun 
Europe  n  n'a  encore  pénétré;  celle  de  Daktl,  que  M.  Drovetti  a 
récemment  visitée  et  que  M.  Belzonia  vue  également;  enfin  celle 
de  Khargeh,  où  notre  voyageur  a  déjà  découvert  des  monumens 
si  curieux,  dans  ses  premiers  voyages.  Il  compte  ensuite  passer 
l'été  à  Thèbes  ,  et  retourner  encore  l'hiver  à  Dakel;  alors  il  aura 
achevé  d'observer  les  Oasis,  et  tout  le  pays  compris  entre  Siwah 
et  la  route  de  DArfour.  Ainsi,  l'on  possédera  un  itinéraire  exact, 
soit  de  l'Egypte  aux  différentes  Oasis,  soit  de  Tune  à  l'autre. 

J'ai  reçu  déjà  de  M.  Drovetti  une  ample  description  de  l'Oasis 
appelée  Dakel,  où  sont  des  ruines  de  temples  et  un  assez  grand 
nombre  de  villages.  Celui  de  Hal.1t ,  jusqu'où  il  est  allé,  i  t  I 
l'ouest  nord-ouest  de  Khargeh  ,  à  prés  de  cent  heures  de  marche 
'I  K-mé.M.  Drovetti  est  le  premier  Européen  (je  crois)  quiait  visité 

in* 


400  ASIE. 

ce  pays  recule.  Mou  dessein  est  de  joindre  sou  itinéraire  à  celui  de 

la  grande  Oasis  de  Thèbes,  dans  l'ouvrage  que  je  pre'pare  (i). 

On  voit,  par  les  détails  qui  précèdent,  que,  malgré  les  des- 
criptions des  anciens  et  des  auteurs  arabes  ,  on  n'avait  point  une 
juste  idée  du  nombre  et  de  la  position  de  ces  déserts  de  l'Egypte, 
auxquels  les  anciens  donnaient  le  nom  iV Oasis.  On  en  comptait 
trois  seulement:  en  voici  maintenant  cinq,  savoir:  Siwah,  la  pe- 
tite Oasis,  Farafré,  Dakel,  et  la  grande  Oasis  de  Thèbes.  Nous 
devrons  à  nos  voyageurs  la  découverte  et  la  connaissance  exacte 
des  trois  intermédiaires,  et  une  description  parfaite  des  monu- 
mens  situés  dans  les  deux  extrêmes. 

M .  Cailliaud  et  son  compagnon  de  voyage  prennent  les  hauteurs 
méridiennes  de  tous  les  lieux  qu'ils  visitent;  à  l'aide  d'un  excel- 
lent chronomètre  de  Bréguet,  ils  déterminent  les  longitudes.  11 
est  à  craindre  que  les  variations  de  la  température ,  et  les  secous- 
ses inévitables  résultant  du  transport  sur  des  chameaux,  ne  dé- 
rangent la  marche  du  chronomètre  ;  mais  nos  voyageurs  y  sup- 
pléeront par  les  distances  de  la  lune.  M.  Cailliaud  a  encore  em- 
porté avec  lui  une  boussole  azimuthale ,  un  très  bon  sextant  avec 
horizon  artificiel,  une  lunette  astronomique,  plusieurs  baro- 
mètres et  thermomètres ,  des  sondes ,  des  réactifs  ,  des  niveaux  , 
et  divers  instrumens  de  physique.  Enfin  ,  il  est  muni  de  notes 
et  d'instructions  qui  le  guideront  utilement  dans  ses  recherches. 
Ainsi  les  sciences,  aussi  bien  que  la  géographie  et  les  antiquités, 
peuvent  espérer  de  ses  voyages  des  résultats  exacts,  ut  qui  ne 
seront  pas  sans  importance. 

Jomaro,  de  l'Institut. 


(i)  Suivant  M.  Venture  (qu'a  cité  M.  Langlès,  dans  ses  recher- 
ches sur  les  Oasis,  placées  à  la  lin  du  voyage  de  Hornemann  ),  le 
nom  Aeddkliclch  ou  inuriemv,  est  donné  à  la  grande  Oasis,  la 
plus  voisine  du  Sayd.  Ce  même  non»  est  attribué,  par  les  auteurs 
arabes,  à  la  petite  Oasis  ou  du  milieu,  selon  M.  Langlès.  La 
contradiction  semble  expliquée  par  la  découverte  de  M.  Dro- 
vetti,  qui  a  parcouru  et  décrit  le  vallon  de  Dakel,  placé  à  35 
heures  de  marche  de  Kliargeli,  vers  l'ouest  nord-ouest,  par-dcU 
une  grande  chaîne  de  inoutagnes. 


4<m 
EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

Ecosse.  —  Marine.  — Navire  enfer.  —  On  doit  se  servir,  pour 
la  navigation  du  canal  de  la  Clyde,  en  Ecosse,  d'un  bâtiment  de 
passage  entièrement  construit  en  fer  forgé.  Il  est  à  la  fois  plus 
grand  et  plus  léger  qu'aucun  de  ceux  qu'on  emploie  :  il  pourra 
contenir  deux  cents  passagers. 

Angleterre.  —  Sociétés  savantes.  —  Une  nouvelle  Société  s'est 
formée  à  Londres  pour  r encouragement  et  les  progrès  de  Gastro- 
nomie. Parmi  les  officiers  chargés  de  diriger  les  travaux,  on 
compte  plusieurs  des  premiers  astronomes  et  des  premiers  ma- 
thématiciens de  l'Angleterre. 

Londres.  —  Société  biblique.  —  La  Société  biblique  anglaise  et 
étrangère  a  tenu,  le  3  mai  dernier,  sa  seizième  séance  publique 
annuelle.  Le  rapport  fait,  par  le  secrétaire,  prouve  que  partout 
la  Société  est  secondée  dans  ses  travaux.  En  France,  non-seule- 
ment les  protestans,  mais  encore  les  catholiques,  les  favorisent 
ou  les  protègent  :  S.  A.  R.  le  duc  d'Angoulême  a  répondu,  dans 
les  termes  les  plus  obligeans ,  à  la  lettre  de  la  Société  ;  le  ministre 
duc  Decazes  a  souscrit  pour  la  somme  de  mille  francs. 

L'évangile  de  saint  Luc  a  été  imprimé  à  trois  mille  exemplaires 
en  langues  d'Otahiti.  La  plupart  des  insulaires  savent  maintenant 
lire  et  écrire  ;  on  les  voit  s'assembler  à  l'ombre  des  arbres  à  pain  , 
pour  écouter  la  lecture  de  la  Bible  :  ces  assemblées  se  prolongent 
quelquefois  jusqu'à  minuit.  Dans  l'Inde,  dans  le  royaume  d'Haïti, 
en  Amérique  et  en  Afrique,  dans  la  Nouvelle -Galles  méridionale , 
partout  enfin  la  Société  voit  ses  efforts  couronnés  de  succès. 

—  La  Société  biblique  de  Londres  a  reçu  plusieurs  lettres  d'Es- 
quimaux convertis  à  la  foi ,  qui  tous  la  remercient  avec  ferveur 
des  Bibles  qu'elle  leur  a  envoyées.  Aucune  traduction  n'a ,  dit- 
on  ,  présenté  autant  de  difficultés  que  celle  qui  a  été  faite  dans  la 
langue  de  ces  peuples. 

Société  des  Chaumières  pour  la  réduction  dupoor-rate  (Taxe  au 
profit  des  pauvres).  — M.  Thomas  Wi  ight  a  communiqué  aux  édi- 
teurs du  Monlhly  magazine  le  plan  qu'il  a  conçu  d'une  Société 
des  Chaumières,  pour  le  soulagement  des  pauvres,  et  la  réduction 


4oa  EUROPL. 

des  taxes  qu'on  prélève  en  leur  faveur.  Il  propose  d'adresser  une 
pétition  au  gouvernement,  signée  de  plusieurs  souscripteurs, 
pour  lui  représenter  la  possibilité  d'utiliser  les  terrains  vagues  et 
incultes  qui  bordent  la  plupart  des  grandes  routes  ,  en  y  cons- 
truisant tles  chaumières  entourées  d'un  jardin  ou  d'un  verger, 
avec  un  petit  pré  pour  nourrir  une  vache.  On  demanderait  à  la 
couronne  et  aux  grands  propriétaires  de  seconder  cette  entreprise, 
en  accordant  à  la  Société  quelques  portions  de  teirain,  soit  en 
don,  soit  au  prix  d'une  petite  rente  perpétuelle.  Dans  le  cas  où 
ces  démarches  ne  réussiraient  pas,  les  souscripteurs  pourraient 
acheter  des  terres  en  friche  ,  qu'une  industrie  persévérante  et  ac- 
tive parviendrai!  bientôt  à  fertiliser. 

Loitdres.  —  Instruction  religieuse.  —  La  quatorzième  séance 
de  L'Àfcsemblée  qui  a  pour  objet  d'établir  des  écoles  et  de  ré- 
pandre la  connaissance  de  la  Bible  en  Irlande,  a  eu  lieu  dernière- 
ment à  la  Taverne  de  la  cité  de  Londres  :  IM.  Williams  Wilber- 
force  a  occupé  le  fauteuil  comme  président.  Le  secrétaire  a  lu 
un  rapport  d'un  grand  intérêt  .  d'où  il  résulta  crue,  dans  5.29 
écoles  formées  en  Irlande,  plus  de  58,OOa  enfuis  ont  reçu  une 
instruction  religieuse  soignée  ,  et  «pie  le  nombre  des  écoles  s'est. 
augmente,  depuis  la  dernière  assemblée ,  de  foi  ,  et  celui  des 

é'évcs  ,  de  phi  S  de  1  )  ,000. 

Par  suite  de  ce!  accroissement ,  la  Société  s'est  trouvée  rede- 
vable d'une  somme  de  f.ooo  fr.  îf)  s.  5  d.j  elle  a  été  invitée  à 
combler  ce  déficit.  Après  ce  rapport*,  on  a  présenté  un  tableau 
détaillé  des  écoles  établies  dans  les  eniférens  comtés  d'Irlande. 

—  Enseignement  mutuel.  —  La  Société  des  écoles  de  Lancastre 
vient  de  publier  son  !  j'  rapport-  Ellei  donne  de  gr  mds  éloges  au 
eèle  actif  des  membres  de  la  Société  établie  a  Pari-  .  pour  l'ensei 
gnement  mutuel.  On  peut  apprécier  le  fruit  de  leurs  eflorts  et  de 
leurs  travaux,  en  lisant  l'intéressant  Rapport  fait  à  l'assemblée 
générale  de  la  Société,  le  .;  février  i8ao  ,  par  M.  Jomard.  [Vovei 
ci-dessus,  t.  V,  page  :•.:"><>.  ) 

Lettres  et  Journaux  distribués  u   Paris  et   a   Londres.   —  la 

nombre   de    Lettres   distribuées    j"in  nellemenl    par    la    poste,    à 

Paris,  est  estimé  à  peu  près  à  3a,opo,  et  celui  des  Journal)] 
1,800;  tandis  qu'à  Londres,  on  rei  >oo  lettres  et 


EUROPE.  4o3 

26,000  journaux  reçus;  ce  qui  suppose,  dans  la  première  ville  , 
une  lettre  pour  soixante-douze  personnes,  et  un  journal  pour  trois 
cent  quatre-vingts  lecteurs;  et  dans  la  seconde,  uue  lettre  pour 
neuf  personnes,  et  un  journal  pour  quarante-trois  lecteurs. 

PunLicATioNS  prochaines.  —  On  doit  publier  incessamment  les 
ouvrages  suivans  :  i0.  Traduction  de  l'ouvrage  de  M.  Cottu,  sur 
l'administration  de  la  justice  criminelle  en  Angleterre ,  et  sur 
l'esprit  de  la  constitution  anglaise. 

20.  Les  Mémoires  de  M.  Oberlin  ,  pasteur  luthérien  de  Walsh 
hack,  par  le  révérend  Mark  Wilki. 

3°.  La  partie  élémentaire  du  Manuel  des  mères,  de  Pestalozzi . 
en  trois  parties;  ornée  de  gravui'es  :  traduite  par  P.  H.  Pullen  , 
principal  de  l'école  philologique. 

4°.  Une  Notice  adressée  aux  parens  et  aux  tuteurs,  dans  la- 
quelle on  passe  en  revue  le  mérite  des  différentes  institutions 
établie*  pour  l'éducation  des  jeunes  gens  des  deux  sexes,  dan? 
un  rayon  de  cent  milles  de  Londres,  par  Williams  Playfair  et 
James  Webb.  Cette  notice  sera  précédée  d'un  court  traité  sur 
l'éducation  ,  et  d'un  catalogue  des  ouvrages  les  plus  propres  à 
former  le  cœur  à  la  morale,  et  à  faciliter  l'enseignement  des 
sciences  uliles. 

5°.  Les  Mémoires  du  défunt  fi.  L.  Edegworth  ,  commener 
par  lui,  et  finis  par  sa  fille  miss  Edegworth  ,  en  deux  volnm- 
in-8°.  —  Pendant  que  les  journaux  anglais  annoncent  cette  pro- 
chaine publication,  qui  intéresse  fous  les  amis  de  l'éducation  et 
de  l'enfance,  une  traduction  française  du  même  ouvrage  se  pré- 
pare à  Paris,  sousles  yeux  de  miss  Marie  Edegworth,  qui  doit  y  faire 
quelque  séjour,  et  qui  est  accueillie  avec  empressement  par  toutes 
les  personnes  qui  ont  lu  et  apprécié  ses  excellens  écrits. 

60.  Une  Histoire  delà  Grande-Bretagne,  depuis  l'avènement 
de  Georges  III  au  trône,  jusqu'à  sa  mort;  par  le  révérend  AU  • 
Setwart,  auteur  des  y  tes  de  Bldiret  de  RoberUon. 

70.  Un  volume  très  interdisant,  intitulé  ['Histoire  de  la  rébei- 
lion  en  174^  ct  xrj\^'t  contenant  les  causés  «le  b  défaite  du  préten- 
dant i\  Culloden  ,  et  plusieurs  anecdotes  curieuses  ;  par  le  ehftl 
lier  Johnsto/ie,  aide -de-camp  du  prince  Edouard;  suivi  d'ui 
récit  drs  aventures  de  ce  prince  en  BOOSM  I  Angleterre j  en 
Hollande,  en  France,  en  Russie  et  en  Amérique*  Le  manuscrit 
avait  été  originairement  déposé  au  collège  des  Ecossaise  Pajil 


404  El  ■UOPL. 

8°.  Voyages  dans  la  Hollande,  V Allemagne  et  une  partie  de  la 
France,  en  1819  ,  par  M.  Jacob ,  renfermant  quelques  détails  sur 
la  statistique,  l'agriculture  et  les  manufactures  de  ces  différens 
pays. 

9°.  3M.  James  Hey  Jackson  ,  professeur  d'arabe,  ancien  consul 
anglais  à  Santa -Cruz,  dans  la  Barbarie  me'ridionale ,  quia  sé- 
journe' pendant  plus  de  seize  ans ,  comme  négociant ,  dans  diffé- 
rentes parties  de  l'empire  de  Maroc,,  et  qui  est  auteur  d'une  re- 
lation sur  l'empire  de  Maroc  et  sur  les  districts  de  Sus ,  Tafilet, 
Tombuctou,  etc. ,  va  publier  une  Description  de  Tombuctou  et 
de  Houssa,  territoires  de  l'intérieur  del'Afrique,  parEi,HàGF.  Abd 
Salam  Shareenie,  natif  de  Maroc,  qui  a  visité  et  habité  long- 
tems  ces  intéressantes  contrées.  Cette  description  est  suivie  d'ex- 
plications et  de  notes  critiques,  auxquelles  on  ajoutera  les  détails 
de  plusieurs  voyages  dans  les  parties  méridionale  et  occidentale 
de  la  Barbarie  et  sur  le  mont  Allas. 

io°.  John  Adamson  fait  imprimer  des  Mémoires  sur  la  vie  et 
les  écrits  de  Louis  Camoens ,  en  deux  volumes,  ornés  de  neuf 
gravures. 

1 1  o.  Jacob  va  publier  une  Histoire  des  différentes  écoles  de 
peinture  italienne  ,  avec  des  observations  sur  l'état  présent  de  l'art. 
Journaux.  —  Le  Monthly  magazine  du  mois  d'avril  annonce 
un  nouveau  Journal  ou  Revue,  intitulé  V Investigateur,  qui  pa- 
raîtra tous  les  trois  mois.  «  Notre  but,  disent  les  éditeurs  de  ce 
nouveau  recueil ,  est  de  lier  les  sciences  utiles  aux  différentes 
branches  de  la  littérature,  en  consultant  toujours  les  principes 
d'une  religion  éclairée  et  pure,  etrintérctde  la  société  en  général, 
sans  distinction  de  secte  ou  de  parti.  »  Un  autre  ouvrage  pério- 
dique doit  être  bientôt  offert  au  public,  sous  le  titre  du  Cham- 
pion chrétien. 

Proposition  d'élever  un  monument  à  Shakespomn.  —  Ou  pro- 
pose, dans  un  des  cahiers  du  ââonthly  magazine,  d'ériger  un 
monument  à  la  mémoire  de  Shakespeare,  ot  d'assurer  une  pen- 
sion annuelle  à  plusieurs  tic  ses  descendant  qui  languissent  dans 
la  pauvreté.  On  construirait  un  édifice  où  les  restes  du  célèbre 
tragique  anglais  seraient  déposés,  ainsi  qu'une  édition  complète 
île  ses  "'livres,  des  connut  ntaircs  sur  sa  vie  et  sa  généalogie,  les 
noms  ci  L'histoire  abrégée  vies  acteurs  qui  ont  excellé  à  repr< 
ciila  m'^  pièces;  enfin,  les  archives  des  comités  qui  auraient 


EUROPE.  4o5 

fourni  des  fonds ,  et  les  noms  des  souscripteurs.  Une  personne ,  à 
laquelle  on  assurerait  un  petit  revenu ,  serait  chargée  de  garder 
l'édifice  et  d'y  accompagner  les  curieux.  Elle  ne  pourrait  être 
choisie  que  parmi  les  membres  de  la  famille  de  Shakespeare.  — - 
La  Société  de  la  Revue  Encyclopédique  s'empressera  de  prendre 
part  à  la  souscription  proposée,  aussitôt  qu'on  en  aura  déter- 
miné les  bases. 

Brighton.  —  Architecture.  —  Le  prince  régent ,  aujourd'hui 
George  IV,  a  fait  construire  à  Brighton,  par  l'habile  architecte 
M.  Porden  ,  dont  la  fille  ,  âgée  de  22  ans  ,  est  déjà  connue  par  de 
belles  poésies  sur  les  sciences  naturelles ,  dans  le  genre  de  Dar- 
win ,  un  fort  beau  palais  dans  le  style  oriental.  Cet  édifice ,  au 
milieu  des  petites  maisons  de  briques  qui  l'entourent ,  est  remar- 
quable par  son  étendue  et  par  l'originalité  de  son  architecture. 
Quelques  journaux  s'élèvent  contre  l'emploi  d'un  million ,  inuti- 
lement consacré  ,  disent-ils  ,  à  ce  monument  asiatique. 

Beaux-Arts.  —  Sculpture.  —  Le  professeur  de  sculpture  de 
l'Académie  royale  a  terminé  une  belle  statue  de  feu  le  révérend 
évêque  Skinner,  primat  de  l'Église  épiscopale  d'Ecosse.  L'évêque 
est  représenté  vêtu  de  sa  robe  sacerdotale  ;  il  prêche  ,  et  a  dans 
ses  mains  une  Bible  ouverte  ,  où  on  lit  le  proverbe  de  Salomon  : 
<c  Achète  la  sagesse  et  ne  la  vends  pas.  »  Cette  statue  est  destinée 
à  orner  la  vaste  chapelle  nouvellement  construite  dans  le  style 
gothique,  à  Aberdeen. 

Londres.  —  Nécrologie.  —  Le  célèbre  Arthur  Young ,  un  des 
agronomes  les  plus  distingués  de  notre  siècle  ,  est  mort  à  Lon- 
dres ,  âgé  de  soixante-dix-neuf  ans.  Il  avait  beaucoup  souffert 
de  la  pierre  ,  et  était  aveugle  depuis  dix  ans. 

—  M.  West  (  Benjamin  ) ,  président  de  l'Académie  royale  des 
Beaux-Arts, et  peintre  célèbre,  vient  de  mourir  à  Londres,  à  l'âge 
de  82  ans.  Il  était  né  dans  la  Pensylvanie  ,  d'une  famille  d'émi- 
grés anglais ,  de  la  secte  des  quakers.  Le  goût  de  la  peinture  se 
manifesta  de  bonne  heure  en  lui  :  sans  avoir  jamais  vu  ni  tableau 
ni  gravure  ,  il  essayait  de  dessiner  des  fleurs  ,  des  paysages  , 
tous  les  objets  qui  le  frappaient  ;  ayant  à  peine  sept  ans  ,  il  fit 
avec  de  l'encre  rouge  et  de  l'encre  noire  le  portrait  d'un  enfant  au 
berceau  ,  que  sa  mère  reconnut  sur-le-champ.  Il  inventa  lui- 
même  son  pinceau  j  ses  couleurs  lui  furent  données  par  uu  sau- 
vage indien: 


t«6  EUROPE. 

A  l'âge  de  11  ans,  il  quitta  la  Pensylvanie,  et  se  rendit  à  Rome 
où  son  talent  se  développa  rapidement.  Sa  santé  le  forçant  à 
quitter  cette  capitale  des  beaux-arts  ,  il  visita  Florence  ,  Gênes, 
Turin  ,  la  France,  et  passa  en  Angleterre,  où  il  fut  ensuite  nommé 
peintre  d'histoire  du  roi ,    et  membre  de  plusieurs  Académies. 

Il  a  lait  un  grand  nombre  de  tableaux,  dont  le  plus  estimé 
en  Angleterre  est  le  Christ  rejeté. 

RUSSIE. 

Riga.  —  Affranchissement  d;  s  paysans.  > — On  a  dû  proclamer, 
le  12  mars  dernier,  dans  toutes  les  églises  du  territoire  ,  L'aifran- 
chissement  des  paysans  ,  comme  on  Tarait  fait  dans  cette  ville  , 
le  6  du  même  mois,  après  avoir  fait  distribuer  aux  paysans  des 
extraits  relatifs  à  cet  objet ,  conçus  dans  les  idiomes  esthonien 
et  lette. 

Bibliographie.  —  (Nous  espérons  que  notre  correspondance 
nous  mettra  bientôt  à  portée  d'offrir  des  détails  à  peu  près  com- 
plets ,  sur  la  situation  où  se  trouvent ,  en  Russie,  les  différentes 
branches  tles  connaissances  humaines;  en  attendant,  les  observa- 
tions suivantes  nous  paraissent  propres  à  donner  quelques  idées 
générales  sur  ce  sujet  important.  )  Les  Russes  ont  un  très  grand 
nombre  de  traductions  ,et  la  plupart  des  bons  ouvragés  étrangers 
ont  passé  dans  leur  langue-  ils  ont  aussi  beaucoup  de  livres  natio- 
naux, et  plusieurs  de  leurs  auteurs  se  sont  déjà  distingués  par  des 
compositions  remarquables.  Le  goût  de  la  lecture  devient  de  plus 
en  plus  général.  «  Il  va  95  ans, écrivait,  en  iKo.'i,  Restituable  littéra- 
teur russe  Karamsin  ,  on  ne  trouvait  .1  Moscou  que ileu\  librairies  , 
qui  ne  vendaient  pus  pour  10,000  roubles  par  an;  aujourd'hui  , 
on  en  compte  vingt,  dont  la  recette  ju-nt  être  évaluée  à  200,000 
roubles.  »  Depuis  Cette  époque  ,  le  nombre  des  librairies  a  encore 
considérablement  augmente'.  A'ous  avons  sous  les  veux  le  cata- 
logue d'une  bibliothèque  de  lecture  russe,  établie  à  Si  in  t  IV  l 
bourg.    Le    tableau    suivant,    formé   d'après   ce   catalogue-,     par 

M.  Héreau,  qui  a  séjourné  pendant  dix  ans  en  Kussie;  où  il  a  été 

professeur  d'un  gymnase,  indiquera,  d'une  manière  générale,  \éi 
Mix  littéraires  des  Russes,  et  les  ressources  qu'ils  ont  puisées 
bel  les  étrangers 


EUROPE. 


4oy 


NATUKE 

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Sciences    physiques ,    natu- 
relles et  médicales. 

Mathématiques  pures  et  ma- 
thématiques appliquées. 

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Théologie   naturelle  et  reli- 
gion. 

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34 

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121 

93 

Idéologie  et  philosophie  mo- 
rale. 

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8b 
160 
i33 

Education  et  livres  élémen- 
taires. 

Législation  ,    droit    et    poli- 
tique. 

Economie  publique  et  com- 
merce. 

(géographie  et  statistique. 

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7° 

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202 

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K 

52 

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34<Ki 

Histoire  et  biographie. 

Voyages. 

Grammaire       et      lexicogra- 
phie. 

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59 

9° 

Poésie. 

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296 

32 

OEuvres  dramatiques. 

236 

364 

20 

289 

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Romans. 

Antiquités    et   beaux-arts. 

Mélangea  littéraires. 

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TOTAL    GKNÉRAI.. 

68 

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On  voit  .  dailfl  ce  tableau,  ({ne  le  nombre  des  traductions  est 
presque  aussi  grand  que  celui  des  ouvrages  originaux;  et  la  ba- 


4o5  EUROPE. 

lance  serait  égale ,  si  l'on  faisait  rentrer  dans  la  classe  des  tra- 
ductions, à  laquelle  ils  appartiennent  réellement,  beaucoup  d'ou- 
vrages qui  ont  été  publiés  comme  originaux.  Il  ne  faut  pas  s'é- 
tonner, ajoute  M.  Héreau,  du  petit  nombre  de  traductions  faites 
de  l'anglais  ;  beaucoup  de  productions  anglaises  (des  romans  sur- 
tout) ont  été  tradnites  en  russe  sur  des  traductions  françaises. 
Du  reste,  il  est  peu  de  bons  ouvrages  étrangers  dont  les  Russes 
n'aient  enrichi  la  littérature  nationale.  Il  est  fâcheux  seulement 
que  cet  amour  pour  la  littérature  étrangère  leur  ait  fait  adopter, 
sans  choix,  beaucoup  de  productions  modernes,  dont  la  plu- 
part sont  plus  propres  à  corrompre  le  goût  qu'à  l'épurer. 

Journaux  et  ouvrages  périodiques.  —  Leur  nombre  actuel,  en 
Russie  ,  est.  de  près  de  cinquante.  On  distingue  Y  Enfant  de  la 
Patrie,  par  de  Gretsch,  et  l'Invalide  russe,  par  le  conseiller 
d'Etat  Pessarovids. 

S.  M.  l'empereur  Alexandre  vient  d'ordonner  la  suppression 
d'un  journal,  rédigé  parle  conseiller  Jazersko,  dans  lequel  on 
déclamait  contre  l'affranchissement  des  serfs,  et  en  faveur  du 
système  féodal. 

Encouragement.  —  S.  M.  a  fait  présent  d'une  bague  à 
M.  Rauch,  ancien  ingénieur,  après  avoir  agréé  l'hommage 
d'un  exemplaire  de  sa  Régénération  de  la  nature  végétale,  dont 
la  seconde  édition,  tirée  à  trois  mille  exemplaires,  est  déjà 
presque  entièrement  épuisée. 

POLOGNE. 

Correspondance  particulière.  —  Varsovie,  février  i8oo.  ■ — 
«  Le  professeur  Capclli  a  publié  à  Wilna  un  ouvrage  intitulé 
Manuale  juris  canonici.  Cet  ouvrage  ,  formé  de  quarante-neuf 
tableaux  synoptiques  ,  est  destiné  à  l'usage  dos  écoliers  de 
l'auteur.  Dans  une  courte  préface,  il  s'est  attaché  à  distinguer 
soigneusement  l'antique  discipline  de  l'Eglise  des  abus  qui 
se  sont  introduits  ultérieurement  ,  et  à  signaler  les  perfec- 
tionnement qu'a  dû  produire  l'influence  des  lois  civiles  sur  les 
lois  canoniques.  M.  Cclevel ,  bibliothécaire  de  la  bibliothèque 
publique  de  Varsovie  ,  auteur  de  plusieurs  ouvrages,  entre  au- 
tre-* d'un  /l perçu  des  diras  s^.stèrni  i  géographique»  </-  I  anciens  . 
publiera  incessamment  un  petit  livre    sur   le»  Indiens  ,    que    je 


EUROPE.  409 

vous  ferai  connaître  s'il  renferme  quelque  chose  d'important.... 
J'ai  découvert  un  manuscrit  du  treizième  siècle ,  renfermant  un 
fragment  considérable  de  l'histoire  de  Pseudo-Turpin.  J'en  ai 
prépare'  une  édition  dans  laquelle  je  me  suis  principalement  oc- 
cupé de  fixer  l'époque  où  le  roman  de  Turpin  a  dû  être  écrit , 
de  retracer  l'origine  des  compositions  romanesques  ,  et  leur  in- 
fluence sur  le  genre  nouveau  du  poème  héroï-comique.  J'ai  aussi 
composé  une  dissertation  pour  démontrer  qu'un  grand  nombre 
de  Lettres  familières  de  Cicéron  sont  apocryphes  ;  et  enfin ,  j'ai 
sur  le  métier  une  autre  dissertation ,  qui  aura  pour  titre  :  De  in- 
certâ  grammaticorum  auctoritate  acde  varietale  ortographiœ  apud 
Latinos ,prœsertim in scribendo  prœpositionem  ab ,quando  incipitur 
ab  litterâ  consonanti.  n 

Réclamations  de  M.  Kochanowski.  — Nous  avons  publié  (  t.  IV, 
p.  55^)  l'extrait  d'unelettre  de  M.  Ciampi,  où  il  est  parlé  avec 
éloge  d'un  tableau  de  M.  de  Monti ,    et  avec  un  peu  d'aigreur 
d'une  critique  qu'en  a  publiée  M.  Ignace  Kochanowski.  Nous 
ignorions  alors  que  nous  préjugions,  sans  le  vouloir,  une  que- 
relle littéraire   sur  laquelle  nous   n'avions  entendu  qu'une  des 
parties.  Aujourd'hui ,  la  partie  adverse  de  MM.  Ciampi  et  Monti 
nous  a  mis  sous  les  yeux  les  diverses  pièces  du  procès.  Elles  sont 
au  nombre  de  trois  ;  en  voici  le  résumé  :   i°  La  critique  de  l'expo- 
sition publique  des  tableaux  à  l'Académie  royale  des  Beaux- Arts 
de  Varsovie,  par  M.    Kochanowski.   Cette  critique ,  en  ce  qui 
concerne  M.   Monti,  est  sévère,   sans  doute.  N'ayant  point  le 
tableau  sous  les  yeux,  nous  ne  pouvons  dire  si  elle  est  fondée; 
mais  ce  qui  est  certain  ,   c'est  qu'elle  n'est  nullement  injurieuse , 
et  qu'elle  ne  dépasse  en  rien  les  bornes  de  la  polémique  litté- 
raire. 20.  Nous  n'en  pouvons  pas  dire  autantde  la  réponse  à  cette 
critique,  intitulée:  Lettre  a  M.  Joseph  Rezzuoli,  l'un  des  maî- 
tres de  dessin  de  l'Académie  I.  et  R.  des  Reaux-Arts  a  Florence, 
et  signée  Nicolas  Monti.  Sans  nous  expliquer  sur  le  ton  de  cette 
brochure,  nous  croyons  devoir  dire  qu'elle  ne  laisse  pas  le  droit 
À  ceux  qui  l'ont  publiée,  de  reprocher  quelque  chose  à  leur  ad- 
versaire. 3°.  Enfin,  la  dernière  pièce  est  une  lettre  adressée  à 

MM.  Kochanowski  et  Monti.  Celle-ci  est  signée  J .  R Comme 

1rs  deux  précédentes,  elle  est  écrite  en  français,  mais  avec  plus 
♦le  correction  ,   tant  sous  le  rapport  du  style  ,  que  sous  celui  de 


4io  KUKOPE. 

l'exécution  typographique.  On  y  reconnaît  un  homme  instruit, 
un  homme  Je  goût,  un  homme  de  bon  ton.  Nous  y  apprenons, 
que  M.  Kochanowski  appartient  à  une  famille  honorable  ,  dans 
laquelle  on  trouve  un  poète  distingué  ,  contemporain  du  Tav.e  , 
et  qui,  par  esprit  de  philosophie,  refusa  de  siéger  au  sénat  de 
Pologne.  M.  Ignace  Kochanowski  a  fait  le  voyage  d'Italie  ,  en- 
traîné par  l'amour  des  beaux-arts  ,  qu'il  cultive  avec  assez  <\c 
succès  pour  qu'un  paysage,  qu'il  a  exposé,  lui  ait  valu  une  men- 
tion honorable,  décernée  par  le  jugement  libre  et  indépendant 
d'un  jury. 

Dans  cette  discussion  ,  nous  avons  tâche  de  remplir  avec  im- 
partialité les  fonctions  de  rapporteur.  Qu'il  nous  soit  permis  de 
nous  affliger  de  voirdes  intérêts  d'amour- propre  diviser  des  hom- 
mes de  mérite,  faits  pour  s'estimer  mutuellement.  La  générosité, 
la  délicatesse,  les  convenances  imposent  aux  étrangers  et  aux 
nationaux  des  égards  réciproques.  Lest  en  les  observant  avec 
scrupule  ,  qu'ils  peuvent  concourir  ensemble  à  L'avancement  des 
lettres  et  des  arts  en  Pologne  ,  et  par  suite  au  progrès  général 
•le  la  civilisation  dans  cette  intéressante  contrée. 

SUÈDE. 

Documcns  relatifs  h  l'histoire  du  règne  de  Gustave  lit.  — On 
conserve  à  Upsal  les  papiers  de  Gustave  111  ,  qui  contiennent 
une  histoire  secrète  du  règne  de  ce  prince.  On  les  a  examines  ,  il 
y  a  peu  de  tems,  probablement  pour  savoir  s'ils  sont  susceptibles 
d'être  rendus  publics  ;  mais  ils  ont  été  de  nouveau  mis  sous  le 
scellé. 

DÀNEMARCK. 

Pria  décerné  À  la  meilleure  chanson  nationale,  —  Noua  avons 
déjà  annoncé  que  le  prince  de  Hesse  l  tontl<  un  prix  pour  l'au- 
teur de  la  meilleure  chanson  nationale,  et  que  la  Société  royak 
1rs  Belles-Lettres^  et  non  des  /><  \a  ux-.  irts,  comme  on  la  imprimé 
par  erreur  ,  a  décerné  ce  prix  à  une  dame.  \  OJ  I  11,  p.  53lh  ) 
L'un  de  nOS   estimables   collaborateurs.    M    Ileiberg.  liltérateui 

danois  très  distingué,  nous  .1  communiqué  ,  sur  la  fondation  <i< 

ce  prix  ,   des   réflexions  qui  nous  ont  paru  d'un  intéièt  Bltei  gè- 
lerai pour  être  offerte*  à  nos  lecteurs. — Certes,  dit  M   Heiberg 


EUROPE.  411 

«'est  une  idée  noble  et  digne  d'un  prince  devenu  danois  par  son 
alliance  avec  la  famille  royale  ,  que  celle  de  fonder  un  tel  pri\ . 
La  seule  chose  qui  m'étonne  ,  c'est  de  voir  une  Société ,  composée 
d  hommes  d'un  grand  mérite  ,  accepter  une  mission  pour  laquelle 
elle  aurait  dû  se  déclarer  incompétente.  Quoique  je  n'aie  pas  lu 
la  chanson  couronnée  ,  je  suis  néanmoins  convaincu  qu'elle  mé- 
rite l'honorable  distinction  qu'elle  a  obtenue  5  le  talent  de  son 
auteur  et  le  goût  des  membres  de  la  Société  royale,  m'en  sont 
les  plus  sûrs  garans.  Mais,  quelque  sublimes  que  puissent  être  les 
pensées,  quelque  admirable  que  soit  la  versification,  ces  qualités 
ne  suffisent  pas  ;'i  un  poème,  pour  qu'il  devienne  aussitôt  un  chaut 
national  :  aucune  Société  n'a  une  réputation  assez  colossale  , 
aucun  homme  n  est  assez  puissant  pour  opérer  un  pareil  prodige; 
le  tems  et  l'opinion  publique,  son  organe  le  plus  infaillible  ,  peu- 
vent seuls  y  parvenir.  Les  intérêts  de  circonstance  ne  suffisent 
pas  non  plus,  à  mon  avis,  pour  composer  un  poème  ,  qui  puisse 
aspirer  à  l'honneur  de  devenir,  avec  le  tems,  un  chant  national; 
pour  trouver  le  sujet  qui  s'y  prête  le  mieux  ,  le  poète  n'a  que  le 
ch  >ix  entre  les  souvenirs  de  l'époque  la  plus  glorieuse  de  Hus- 
toire  de  sa  patrie,  et  les  intérêts  les  plus  puissans  et  permanent 
de  sou  pays.  Il  n'y  a  aucun  peuple,  en  Europe,  qui  ne  possède  plu- 
sieurs sujets  historiques  appartenant  à  la  première  classe  ,  et  di- 
gnes d'être  chantés  par  la  nation  ,  mais  ,  l'Angleterre  a  peut-être 
seule  vu  naître  un  chant  national  fondé  sur  un  sujet  tiré  de  la 
seconde  classe,  qui  est  beaucoup  moins  riche.  Le  sujet  heureux 
une  fois  trouvé  ,  il  ne  s'agit  ni  de  brillante  poésie,  ni  d'idées  su- 
blimes; il  faut  seulement  savoir  le  revêtir  d'une  diction  noble , 
élégante,  énergique  et  claire,  qui  Soitâ  la  portée  du  peuple,  en 
même  tems  qu'elle  plaise  ù  l'esprit  le  plus  cultivé.  Le  teins  fera 
le  reste.  C'est  ainsi ,  et  nullement  par  un  acte  du  parlement  d'An- 
gleterre ,  que  la  fameuse  chanson,  Utile  Britannia  ,  est  devenue 
le  «liant  vraiment  national  du  peuple  anglais.  Elle  exprime  si 
énergtqaetnent  l'intérêt  le  plus  essentiel  et  permanent  de  I  Angl< 
terre,  celui  de  dominer  seule  sur  la  nier,  (pie  tons  le-  Anglais 
l'ont  adoptée  sans  opposition.  La  beauté  de  la  poésie  n'j  est  pour 
rienj  du  moins  n'est-elle  qu'un  objet  secondaire.  Il  sérail  .■  àt 
tirer  que  la  fermentation  qui  règne  aujourd'hui  dans  tous  les 
esprits,  en  Europe,  parvînt  1  produire  des  intérêts  permm 


4i3  EUROPE. 

plus  nobles ,  pour  inspirer  aux  poètes  futurs  de  tous  les  pays  des 
chants,  nationaux  seulement  par  la  langue,  mais  cosmopolites 
par  les  scntimens.  D'après  ces  réflexions,  on  doit  reconnaître  que 
si,  grâce  à  la  munificence  du  prince  de  Hesse,  la  littérature  da- 
noise compte  un  morceau  de  belle  poésie  de  plus  ,  il  est  possible 
que  ce  ne  soit  pas  encore  un  chant  vraiment  national. 

Heiberg. 

ALLEMAGNE. 

Gottiivgen.  —  Musée  Ethnographique.  —  Ce  musée  renferme 
une  collection  très  complète  des  habilleraens,  costumes,  parures, 
ustensiles,  armes  et  idoles  de  tous  les  peuples  qui  habitent  les 
îles  et  les  cotes  du  grand  Océan.  Ces  peuples  sont,  en  commençant 
par  le  nord ,  les  Samoïèdes  ,  les  Tchoukehis  ,  les  Kamtchadales, 
les  Kourilles ,  les  Eleuths,  les  indigènes  d'Ounalaska,  de  Ra- 
diait ,  puis  les  habitans  de  la  Chine ,  du  Japon  et  du  Thibet  ;  enfin 
ceux  des  archipels  du  grand  Océan ,  tels  que  les  îles  Sandwich , 
des  Amis,  etc.  Il  n'est  pas  jusqu'aux  misérables  Pécherais  de  la 
Terre  de  feu,  le  point  du  globe  le  plus  avancé  vers  le  sud,  qui 
n'aient  fourni  un  collier  de  coquilles  à  ce  musée.  Parmi  les  objets 
curieux  qu'il  renferme,  on  remarque  des  vêtemens  complets  en 
lin  de  la  INouvelle-Zélande;  les  tuniques  contre  la  pluie,  faites  en 
peau  de  poisson,  et  les  vêtemens  en  pelleterie  de  Kadiak  et  de  la 
côte  nord-ouestde  l'Amérique;  l'appareil  à  tatouer,  et  le  costume 
de  deuil  complet  de  Taïti;  les  arêtes  qui  tiennent  lieu  d'aiguilles; 
le  fil  tiré  des  tendons  d'animaux ,  et  les  ouvrages  admirables  que 
les  indigènes  du  nord-ouest  de  l'Amérique  font  avec  ces  iustru- 
meus  grossiers,  etc. 

La  collection  particulière  du  docteur  Blumenbach  ,  professeur 
à  Gottingen,  contient  aussi  des  objets  dignes  d'attention,  tels 
«(ne  cent  crânes  de  tous  les  peuples  de  la  terre,  les  portraits  de 
<  ei  peuples  peints  d'après  les  originaux  vivans  ,  et  une  habitation 
de  Caraïbe,  garnie  de  tous  ses  meubles,  exécutée  par  un  officiel 
qui  l'a  rapportée  des  Antilles. 

Hambourg.  —  Société  biblique.  La  Société  biblique  réunie  de 
Hambourg  et  d'Altona,  a  tenu,  le  a8  octobre  dernier,  sa  qua- 
trième  assemblée  générale.  D'après  lerappoi  t  annuel  qui  a  été  lu. 
la  .Société  n'a  distribué  gratuitement,  depuis  la  même  époque  de 


EUROPE.  4.3 

l'année  dernière,  que  1 2^5  Bibles,  et  99  exemplaires  du  Nouveau- 
Testament;  mais  elle  prépare,  pour  l'année  prochaine,  un  tra- 
vail important,  en  faisant  revoir  par  quelques-uns  de  ses  mem- 
bres le  texte  delà  Bible  vulgaire,  afin  de  rétablir  la  véritable 
traduction  de  Luther,  partout  où  Ton  s'en  est  écarté.  La  pre- 
mière édition  de  cette  Bible,  revue  et  corrigée  ,  sera  tirée  à  dix 
mille  exemplaires. 

Dans  la  même  séance,  le  professeur  Mol  1er  de  l'Académie  de 
Copenhague,  a  rendu  compte  des  travaux  de  la  Société  biblique 
de  Danemarck.  Entre  autres  faits  intéressans,  il  a  cité  une  nou- 
velle impression  du  Nouveau-Testament  en  langue  créole,  pour 
les  nègres  des  Indes  occidentales. 

Il  a  été  fait  aussi  mention  ,  dans  cette  séance  ,  des  progrés  éton- 
nans  des  Sociétés  bibliques  de  Russie  et  d'Angleterre. 

Scuwerin.  —  .Abolition  de  la  servitude  personnelle.  —  On  a  pu- 
blié, en  lévrier,  une  ordonnance  du  grand-duc,  qui  a  causé  une 
satisfaction  générale-  en  voici  le  texte:  ({Nous  faisons  savoir 
qu'après  une  mure  délibération  avec  nos  fidèles  chevaliers  et 
Etats  provinciaux,  nous  avons  ,  de  concert  avec  le  grand-duc  de 
Mecklenbourg-Strélitz ,  aboli  dans  nos  Etats  la  servitude  per- 
sonnelle. » 

Autriche.  —  Nouveau  Code  industriel.  —  La  commission  au- 
lique  de  commerce  établie  à  Vienne,  a  reçu  l'ordre  de  s'occupe: 
de  la  confection  d'un  nouveau  Code  industriel  pour  toute  la  mo- 
narchie. Les  règlement  qui  existent  sur  cet  objet  dans  les  di . 
ses  provinces ,  doivent  être  adressés,  dans  un  mois  au  plus  lard, 
à  cette  commission. 

—  Instruction  publique.  —  Israélites.  —  L'empereur  d'Autri- 
che a  rendu  l'ordonnance  suivante,  concernant  les  Isi  aéhtes  qui 
habitent  ses  Etals.  «  Avant  dentier  en  fonction  ,  les  rabbins  su- 
biront un  examen  sur  les  principes  de  la  religion  judaïque  et  sur 
les  sciences  philosophiques  ;  les  appointemens  qu'ils  recevront  , 
seront  en  raison  de  leurs  connaissances  cl  de  leurs  laleu,.  !..  s  li- 
vres de  prières  seront  traduits  dans  la  langue  du  pays,  qui  m  1a 
exclusivement  employée  jinur  les  offices  et  \»<w\  les  discours  reli- 
gieux. La  jeunesse  israélite   participera  en  Outre  -ux  bienlaii 

l'instruction  publique.  » 

Gramj-Di.ciii.  i>k  li.\i»f;  —  Instruction  publiqu  :  me.  — - 

TOME    VI.  28 


414  EUROPE. 

Au  moyen  de  dons  volontaires,  on  vient  d'ouvrir  à  Beuggen, 
dans  le  Brisgaw,  une  croie  gratuite  pour  tous  les  enfans  pauvres 
de  la  Suisse  et  du  grand  -  duché  de  Bade,  et  une  Ecole  normale 
destinée  à  former  les  instituteurs  qui  consentent  à  se  rendre  sur 
le  point  où  on  les  réclamera,  pour  se  vouer  à  renseignement  pri- 
maire, en  se  contentant  dune  très  modique  rétribution,  et  en 
consacrant  la  portion  de  lems  dont  ils  pourront  disposer,  à  gagner 
leur  vie  par  le  travail  de  leurs  mains. 

Saxe.  —  Universités.  —  Ffomination  des  professeurs  Wielanà 
cl  Poélitz.  —  Le  roi  de  Saxe  a  nomme  professeur  de  philosophie 
à  l'Université  de  Leipsick  ,  M.  Wieland  ,  qui  avait  donne  sa  dé- 
mission de  professeur  d'histoire  à  la  même  Université. 

M,  Poelitl,  connu  par  un  grand  nombre  de  bons  ouvrages  his- 
toriques,  a  été  nommé  professeur  d'économie  politique.  On  as- 
sure que  le  gouvernement  saxon  se  propose  de  créer  encore  plu- 
sieurs chaires  nouvelles:  une  de  pédagogique,  une  de  statis- 
tique, etc. 

Berlin.  — Fête  en  l'honneur  de  Raphaël.  —  L'Académie  dès 
Arts  de  Berlin  a  célébré,  le  18  avril  dernier,  une  fête  en  l'hon- 
neur de  Raphaël,  né  à  pareil  jour,  en  i52o.  Le  roi  avait  fait 
mettre  à  la  disposition  de  l'Académie  tous  les  tableaux  de  ce 
grand  peintre,  qui  se  trouvent  à  Poètdam  et  à  Berlin. 

Transylvanie.  —  Société  musicale.  —  Plusieurs  magnats  ont 
formé  à  Klausenbourg  ,  en  Transylvanie  ,  une  Société  dont  le  but 
est  de  propager  le  gofit  de  la  musique  et  Au  chant  dans  le  pays  ,  et 
surtout  de  former  des  chanteurs  de  théâtre  en  langue  nationale. 

ITALIE. 

Vers-h-soic.  — .  L'art  de  cultiver  les  vers-à-soie  et  d'en  obtenir 
constamment  un  kilogramme  de  beaux  cocons  pour  quatorze 
kilogrammes  de  feuilles  de  mûrier,  fait,  malgré  l'opposition  de 
la  routine,  des  progrès  B<  lisibles  dans  toute  l'Italie,  particulière- 
ment dans  le  Piémont  el  dans  les  États  romain.  Mi  !<•  comte 
Dandolo,  qui  a  créé  cet  ait  en  1816,  a  déjà  publié  trois  éditions 
d<*  l'ouvrage  auquel  on  doit  le  perfectionnement  de  cette  pré- 
cieuse industrie.  (  \  oy.  ci-des*US  ,  T.  \  ,  pàg.    \  /(>.  ) 

Nam.es.  — Lithographie.  —  Découvertes.  —  Les  journtui  ita- 
liens annoncent  que  M.  le  D1  Aunibal  Patrelli,  Napolitain  ,  qui, 


EUROPE.  4iS 

depuis  plusieurs  anne'es,  s'occupe  de  la  lithographie  avec  beaucoup 
de   succès  ,    non-seulement  a   trouvé  le  secret  d'employer  à  ce 
genre  de  gravure  toute  espèce  de  pierres  bien  compactes  et  pro- 
pres à  être  polies-  mais  encore,  qu'il  a  de'couvert  de  nouveaux 
procédés  pour  multiplier  avec  rapidité  les  impressions  lithogra- 
phiques, notamment  celles  de  livres.  Voici  quelques  indications 
sur  les  moyens  par  lesquels  M.  Patrelli  donnera  fies  copies  des 
plus  rares  et  des  plus  anciens  livres-   copies  qui  auront  une  res- 
semblance parfaite  avec  les  originaux.  Après   avoir    humecté, 
avec  une  composition  chimique  ,  les  feuilles  des  livres  à  réimpri- 
mer, on  les  étend,  encore  humides,  sur  les  pierres  lithographiques» 
Par  cette  opération  très  simple,  les  lettres  de  ces  livres,  quand 
même  ils  auraient  été  imprimés  dans  les  plus  anciens  tems  de  la 
typographie,  s'attachent  fortement    aux  pierres,   qui   peuvent 
alors  servir  à  l'impression  d'un  certain  nombre  d'exemplaires.  On 
ra fraie hît  les  caractères  avec  un  rouleau  enduit  d'une  encre  par- 
ticulière qui  passe  sur  les   lettres  et  leur  communique  la  cou- 
leur noire  ,    tandis  qu'elle  laisse  intari  le  reste  de  la  pierre.  Le 
premier  ouvrage  lithographique  que  M.  Patrelli  se  propose  de 
publier  à  Naples,  d'après  ces  procèdes,  sera  :   Epiéteti  Enchiri- 
dion  cum  leb.tis  tabula.  Accédant  Demopluli  timilitudines  et  Dc- 
mocratis  philosophi  aureœ  seatenliœ ,  grœce  et  latine.    Amstelod. 
apud  J.  Wetstenium,  i^5o. 

Piémont.  —  Instruction  précoce  d'une  jeune  fille.  —  La  ville 
d'Oneille  a  été  témoin  d'un  phénomène  remarquable.  Une  jeune 
fille,  à  peine  âgée  de  treize  ans,  née  à  Seiola ,  dans  la  vallée  d'O- 
neille, a  soutenu  en  public,  assistée  par  M.  l'abbé  Natta,  son 
instituteur,  prêtre  octogénaire  ,  une  suite  de  thèses  philoso- 
phiques en  langue  latine.  Cette  intéressante  élève  se  nomme 
Marie-Catherine  Gherardi. 

Naples.  —  Poésie.  —  Le  Journal  encyclopédique  de  Naples  , 
année  1819,  annonce  un  morceau  de  poésie  dont  voici  le  titre  : 
Costanza  SMonti-Perticari  alla  tomba  delTasso.  Madame  Costanza 
est  la  digne  tille  du  célèhre  poète  V.  Monti,  et  l'épouse  du  comte 
Perticari,  très  connu  par. ses  écrits  et  par  son  godt  eu  littérature. 
Elle  s'est  occupée  sérieusement  et  avec  beaucoup  de  succès  de 
l'étude  du  Haute:  il  serait  à  désirer  qu'elle  publiât  ses  remarques 
sur  ce  grand  poète. 

28* 


4iG  EUROPE. 

iMila*. —  Bibliographie.  — La  Bibliothèque  Italienne  qu  on  pu- 
Llie  a  .Milan,  toujours  lidèle  à  ses  eugagemens,  vient  du  donner  , 
au  commencement  du  cettu  aunée  (  W°  XLLX. ,  janvier  1820),  une 
aual\sc  encore  plus  étendue  que  les  précédentes  ,  de  tout  ce  que 
l'Italie  a  produit  .  en  îSiç)  ,  en  fait  de  littérature  ,  de  sciences  et 
de  beaux-arts  :  celle  analyse  est  à  la  t'ois  exacte  et  judicieuse. 
Comme  nous  avous  déjà  expose  de  ce  qui  paraissait  convenu 
lemieux  à  l'esprit  de  notre  A'tvur,  nous  nous  bornerons  ici  à 
retracer  quelques  circonstances  ou  remarque!  plus  ou  moins 
dignes  d'attention,  en  ce  qu'elles  annoncent  les  progrès  que 
continue  de  l'aire  l'Italie  dans  la  carrière  de  la  civilisation. 

i°.  Bien  qu'une  partie  des  Italiens  ue  s'occupe  encore  que  de 
discussious  sur  la  nature  et  la  régularité  de  leur  langue,  ce  qui 
donne  lieu  à  plusieurs  observations  sur  -a  grammaire  et  son  dic- 
tionnaire (Biblioth.  ital. ,  pag  7  ),  la  plupart,  y  portent  cet  esprit 
pbilosopbique  qui  n'était  pas  le  partage  des  premiers  académi 
ciens  de  la  Crusca,  ni  des  rédacteurs  de  sou  vocabulaire.  Les  tra- 
vaux de  M.  de  Tracy  ont  principalement  contribue  à  cet  heureux 
développement,  comme  le  prouve  le  Traité  dç  INl.lNicolini,  1"  loi  ro- 
tin ,  sur  la  part  que  le  peuple  peut  prendre  dans  la  jor  nation  d 'une 
langue.  Tout  ce  qu'on  a  publié  de  mieux  dans  ce  geiuc  e>l  àù  , 
en  quelque  sorte,  à  M.  IYlonti,  qui  a,  le  premier,  ressuscité  celte 
dispute  littéraire. 

i°.  Il  semblerait  que  la  Toscane  demeure  slalionnaire  ,  à  quel- 
ques égards  ,  au  milieu  des  progrès  que  tout  les  autres  province;. 
(i a  l'Italie  ,   et  surtout  celles  du  Kord   (  ib.  ,  pog.  7  )•   Wons   ai 
mous  cependant  à  croire,  que  ce  jugement,  s'il  n'est  pas  dicté  par 
UQ  esprit.de  partialité  ,  Test  ,  du  moins,  par  cet  excès  «le  patrio- 
tisme qui   fait    toujours  douer   le   mieux,    l'eut -être  aussi  le    ré- 
dacteur n'avait-il  en  VU6,  que  ce  qui  a  liait  seulement  a  l'étude  «  1  < 
la  langue.  INous  savons  d'ailleurs  que  l'insti  uct  ion  publique  pros- 
père dans  la  Toscane,  ainsi  qu'en  plusieurs  autres  provinces  de 
l'Italie  ,  que  les  Ciéorgophiles  ue  cessent  vie  s'occuper  de  l'amélio- 
ration   de   l'agriculture  ;  QJUÇ  le  marquis  (iinori,  le  marquis  Ri- 
dolli,  etd'auhi rfl   pn  >oiiues  iccoininaudablo,  appliquent  la  mé- 
canique et  lu  chimie  aux  progré>  de*  artej  que  plusieurs  partici- 
pent à  la  gloire  île   répandre   la   metbode  de  l'enseignement  mu 
tuelj  et  qu'on  remarque,  surtout  parmi  les  Toscans,  de  louables 


EUROPE.  4t; 

dispositions  à  voyager  dans  les  pays  les  plus  civilisés,  pour  mettre 
à  profit  l'exemple  et  les  lumières  des  autres  peuples.  Enfin,  il 
n'est  pas  trop  exact  de  comparer  le  nombre  des  productions  lit- 
téraires qu'ont  données,  en  peu  d'années ,  deux  ou  trois  provinces 
d'Italie,  pour  juger  de  leur  supériorité  relative;  car,  il  se  peut, 
que  l'uue  révèle  ses  moyens  ,  pendant  que  les  autres  s'apprêtent  à 
développer  les  leurs ,  avec  plus  de  maturité  peut-être. 

3°.  On  nous  fait  connaître  que  la  manie  d'augmenter  la 
masse  des  poésies  lyriques,  semble  faire  place  à  l'ambition  de 
tenter  des  poèmes  plus  impôt  tans  ,  surtout  dans  le  genre  drama- 
tique (  pag.  40  ).  Le  nombre  des  poètes  qui  se  lancent  dans  cette 
carrière  périlleuse,  fait  espérer  que  l'on  parviendra  à  remplir  le 
vide  qu'on  reproche  encore  à  la  littérature  italienne.  Le  gouver- 
nement de  Milan  commence  à  sentir  l'importance  et  le  besoin 
d'une  troupe  permanente  ,  capable  de  rétablir  l'art ,  si  néglige  en 
Italie,  de  jouer  la  comédie  et  la  tragédie;  art  sans  lequel  les  au- 
teurs les  plus  ingénieux  ne  pourront  jamaisatteindre  au  butqu'iU 
se  proposent. 

4°.  La  Bibliothèque  Italienne  nous  apprend  que  l'Italie  n'a  pro- 
duit, en  matière  de  législation,  que  peu  d'ouvrages  dignes  de 
l'attention  du  public  (pag. ']']).  ^ous  ignorons  pourquoi  ,  jusqu'à, 
présent,  on  n'a  pas  revendique  ,  comme  une  propriété  nationale, 
un  ouvrage  publié  à  Philadelphie,  ou  du  moins  sous  cette  rubrique, 
intitulé  délia  Costituzione  d'una  monarchia  nazionale  rappresenta- 
lii'a;  ouvrage  qui  réunit  tous  les  caractères  d'une  origine  ita- 
lienne, et  vraiment  digne  ,  surtout  par  la  nature  du  sujet,  de  la 
considération  des  publicistes  italiens.  On  a  répandu  ici  que  sa 
publication  remontait  à  i8i5,  et  que,  malgré  cela,  l'ouvrage 
était  très  peu  connu  en  Italie.  (Voy.  Journal  général  de  tégisLi- 
tion,  etc.  ,  T.  I,  pag.  5i  ).  Le  silence  gardé  sur  cette  production 
en  Italie,  n'expliquerait-il  pas  la  rareté  de  pareils  ouvrages.' 

TNous  savons  cependant  que  les  Italien!  ne  ressent  de  s'occuper 
de  ce  genre  d'étude  qui  ,  seul,  peut  assurer  la  prospérité  de  leur 
pays.  On  imprime  chez  eux,  dwpuis  quelques  années,  une  ctftffiffc 
quantité  d'ouvrages  nationaux  et  étrang"r>  ,    parmi   lesquels   On 
distingue  les  OEuvrcs  de  Machiavel,  VJEspHl  des  lois,  par  Mon 
tesquieu  ,  avec  les  noies  de  Genovesi,   la  iSrinncr.  de  lu   iég\ 
lion,  par  Eilangieri ,  l' Histoire  d '.4 !ngiet«ttii' ,  pjtliuiru. ,  et  1 


418  EUROPE. 

surtout  des  fiépubUques  d'Italie ,  par  Sismondi,  où  Ton  apprend 
les  grands  principes  du  droit  puhl  c,  mieux  que  dans  la  plupart 
des  traites  didactiques  qui  traitent  du  même  sujet.  Ils  ont  aussi 
les  ouvrages  de  'Melchiore  Gioja  ;  et  celui  qui  a  été  publié  der- 
nièrement en  Italie  ,  attribue  au  marquis  Lnchesini ,  suite  cause 
e  gli  ejfètti  dellaConjederazione  Rencn-i.  Enfin,  l'ouvrage  même  de 
IV].  Angeloni ,  sous  le  titre  attrayant  deW  Italia  ,  patriotique  et  ré- 
pandu, comme  il  l'est,  malgré  les  formes  du  style  ,  peut-être  un  peu 
ïlpres,  et  quelques  détails  étrangers  au  sujet,  ne  laisse  pas  que 
de  servir  d'aliment  à  la  pensée  et  aux  voeux  des  Italiens.  Enfin  ,  le 
rédacteur  lui-même  nous  assure  qu'aujourd'hui  le  peuple  italien 
s'intéresse  plus  qu  auparavant  b  la  chose  publique  (p.  76  ).  On  fe- 
rait donc  le  plus  grand  tort  à  l'Italie,  de  la  croire  ,  sous  ce  rap- 
port ,  au-dessous  des  autres  nations  civilisées. 

5°.  On  remarque  comme  un  des  avantages  des  provinces  de  la 
Lombardie  ,  qu'on  y  réimprime  constamment ,  chaque  année  , 
les  mêmes  livres  ascétiques  jusqu'à  concurrence  d'un  dcmi-mil- 
ïion  d'exemplaires  ;  ce  qui  fait  «in  article  de  commerce  de  beau- 
coup supérieur  à  celui  que  Rome  elle-même  fait  eu  ce  genre 
(  pag.  81  ).  On  pourrait  douter  que  cette  branche  de  commerce  , 
si  utile  à  l'économie  publique,  le  fût  de  même  au  rentable  esprit 
delà  religion,  si,  d'ailleurs,  on  n'avait  de  fortes  raisons  pour 
croire  que  la  plupart  de  ces  livres  ne  sont  pas  aussi  futiles  que 
les  autres.  Mais,  combien  plus  utile  deviendrait  ce  commerce  , 
si  l'on  publiait,  en  remplacement,  les  livres  bibliques  traduits 
dans  la  propre  langue  du  pays,  comme  OU  le  fait  ailleurs  avec  tant 
de  succès  pour  l'instruction  des  chrétiens  et  pour  la  gloire  de 
leur  religion  ! 

6°.  INous  pourrions  féliciter  les  Italiens  de  ce  que  le  système  de 
Ye/ifeignemeni  mutuel,  attribué  aujourd'hui  à  Bell  et  à  Lancaster, 
était  déjà  connu  et  pratiqué,  à  Milan  ,  déaTépoquede  St. -Charles 
Borromée,  vers  la  moitié  du  seizième  siècle.  Un  certain  piètre, 
nommé  Castellino  da  Castello  ,  fui ,  dit -ou  ,  le  premier  fondateur 
des  écoles  de  la  doctrine  chrétienne ,  qui  n'ont  jamais  discontinué, 
et  conservent  encore  connue  propriétés  caractéristiques  de  cette 
méthode  ,  la  réciprotité,  la  clflssification  et  la  iimulianéité  de  l'en- 
seignement (  pag.  82  ).  Mais  quels  qu'aient  été  les  premiers  au- 
teurs de  cette  invention  ,  il  s'agit  à  présent  de  la  répandre  et  de 


EUROPE.  4t9 

la  développer  suivant  les  principes  et.  les  vues  de  Tîell  et  de  Lan- 
ctister,  que  cherchent  à  rendre  encore  plus  efficaces  tous  ceux  qui 
en  comprennent  le  véritable  esprit  et  l'importance.  Les  promo- 
teurs de  la  paisible  civilisation  de  TRurope  apprendront  donc, 
avec  une  véritable  satisfaction ,  que  cenouveau  système  se  trouve 
établi  à  Naples ,  à  Florence,  en  Piémont,  à  Parme,  à  Gênes, 
dans  le  royaume  Lombard- Vénitien,  etc. ,  et  que  les  fondateurs 
de  cette  sainte  institution  ,  comme  les  auteurs  qui  tâchent  d'en 
démontrer  et  d'en  réaliser  l'utilité  ,  se  multiplient  de  jour  en 
jour.  Enfin,  selon  notre  judicieux  et  actif  rédacteur ,  l'état  ac- 
tuel de  l'instruction  publique,  en  Italie  ,  est  réellement  progres- 
sif j  l'amour  des  lettres,  des  arts  et  des  voyages,  s'empare  de 
plus  en  plus  des  hommes  riches  ,  et  la  génération  naissante  té- 
moigne une  ardeur  de  se  distinguer,  que  ne  connaissait  guère  la 
génération  précédente  (  pag.  91  ). 

2°.  En  parlant  des  sciences  exactes  et  physiques,  le  rédacteur 
se  glorifie,  avec  raison,  de  compter  un  granJ  nombre  d'auteurs 
et  d'ouvrages  plus  ou  moins  dignes  de  notre  estime,  surtout 
dans  l'histoire  naturelle,  l'astronomie,  l'hydraulique  ,  la  chimie, 
la  médecine  ,  etc.  Il  indique  l'invention  ou  l'introduction  de 
quelques  machines  profitables  aux  arts  ,  comme  l'illumination 
à  gaz,  les  bateaux  à  vapeur  ,  etc.  ;  il  fait,  aussi  mention  de  la 
distribution  de  plusieurs  prix  et  médailles  d'honneur  à  divers 
inventeurs  d'objets  plus  ou  moins  utiles  ou  agréables  (  p.  109  ). 

8°.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  remarquable,  c'est  le  commerce  de  la 
librairie  ,  qui  a  fait  de  Milan  1  entrepôt  de  toutes  les  autres  villes 
de  l'Italie  pour  cette  branche  d'industrie  (p.  iG'i  ).  Les  seuls  livres 
qu'on  y  importe  annuellement  de  la  France,  de  la  Suisse  et  de  l'An- 
gleterre, s'élèvent  au  nombre  d'environ  ^00  caisses  ,  de  i5o  kilo- 
grammes chaque,  non  compris  les  livres  qui  proviennent  de  l'Al- 
lemagne ,  et  surtout  des  Etats  de  l'Autriche  •  et  tout  ce  com- 
merce ,  depuis  quelques  années,  se  fait  au  moyen  d'échanges 
On  remarque  aussi  que  la  typographie  a  publié,  en  1819,  d;ms 
la  Lombardie  seulement ,  un  nombre  de  livres  dont  la  valeur  est 
de  plus  de  5,'20o,3f»3  fr.  On  compte  encore,  d;ins  la  seule  Lom- 
bardie ,  jusqu'à  71  imprimeries,  dont  quel  ues-unes  rivalisent 
avec  les  meilleures  imprimeries  de  l'étranger-  ce  qui  prouve  une 
amélioration  positive  dans  tous  les  arts  qui  s'y  rattachent,  et 


/po  EUROPE. 

une  augmentation  considérable  dans  le  nombre  de  lecteurs.  Il  faut' 
espérer  crue  de  semblables  ctablissemens  se  multiplient  dans  la 
flléme  proportion  ,    sur  tous  les  autres  points  de  l'Italie. 

rj°.  Le  nombre  de  journaux  littéraires  dont  nous  avons  fait 
mention  ailleurs,  existe  encore  presque  en  entier;  nous  féli- 
citons les  savans  rédacteurs  de  la  Bibliothèque  Italienne  ({ni  se 
distingue,  entre  les  autres  productions  de  ce  genre,  par  la  richesse 
des  connaissances,  par  l'exactitude  des  jugemens,  et  parla  conve- 
nance du  style.  Peut-être  pourrait-on  leur  reprocher  un  peu  trop 
de  prédilection  pour  les  provinces  de  la  Lombardic;  nous  pen- 
sons qu'il  serait  plus  généreux  et  plus  utile  de  reculer  les  bornes 
de  cette  passion  patriotique  ,  susceptible  encore  d'un  plus  grand 
développement.  Pourquoi  s'exposer  à  diviser  les  esprits  au  lieu 
de  les  faire  tous  concourir  au  même  but  et  à  la  même  gloire, 
par  l'aiguillon  d'une  émulation  plus  noble  et  plus  nationale?  JNous 
nous  sommes  permis  d'adresser  ces  observations  aux  savans  ré- 
dacteurs de  l'estimable  Bibliothèque,  comme  un  témoignage  de 
l'intérêt  particulier  que  nous  prenons  à  leurs  succès  et  à  la  pros- 
périté de  la  belle  Italie,  objet  constant  de  nos  vreux  les  plu* 
chers.  F.  Salfi. 

Raguse.  —  Nécrologie»  —  L'abbé  Bernardo  Zamagna  ,  ex-jé- 
suite ,  vient  de  mourir  à  Raguse,  dans  un  Age  très  avance.  Il 

avait  donné  une  version  latine  d'Homère  ,  d'Hésiode  ,  de  Théo- 
cri  te  ,  de  Moschus  et  de  Bion  ;  il  avait  aussi  publié  plusieurs  ou- 
vrages en  latin. 

GRÈCE. 

Extrait  (F une  lettre  de  Chiot.  —  Pingres  des  sciences  dans  la 

Grèce.  —  Le  philanthrope  ne  peut  espérer  que  les  Grecs  &ss<  ut 
de  grands  progrés  dans  la  civilisation,,  aussi  long-tems  qu'ils  m 
vront  sous  le  despotisme  des  Turcs.  Les  oomnnraicationi  avec 
leur  pays  sont  d'ailleurs  si  difficiles  e(  si  dispendieuses,  qu'il  est 
pie  impossible  de  connaître,  en  détail  et  avec  certitude,  le 
efforts  des  Grecs  instruits  pour  régénérer  leur  intéressante  nation 
Les  habitat) s  de  l'île  de  Chios  sont  ceux  qui  cultivent  les  seten 
ees  avi  c  le  plus  de  Irait.  Il  faul  espérer  de  leur  sèia  pour  l'étude  . 
que  ee  pays  deviendra  un  jour,  pour  la  Grèce,  le  berceau  «le 
toute»,  les  sciences.  On  a  établi,  depiii,  quelques  ;lrM 


EUROPE.  421 

Académie  dans  cette  île,  et  depuis  peu  une  imprimerie.  Le  pre- 
mier ouvrage  qui  en  est  sorti,  est  le  discours  du  doyen  des  pro- 
fesseurs, relatif  aux  cours  à  suivre  dans  l'enseignement  public. 
Il  fera  connaître  aux  savans  de  l'Kurope  de  quels  sentimens  sont 
animes  les  professeurs  attachés  aux  différentes  écoles  de  la  Grèce. 
Je  renvoie  à  un  autre  moment  la  traduction  de  ce  discours. 
•  Le  nombre  des  professeurs  de  l'Académie  s'élève  à  quatorze.  Us 
enseignent,  i°  la  langue  et  la  littérature  grecques,  qui  forment  la 
base  de  renseignement  dans  toutes  les  écoles  particulières  ;  20  les 
langues  française,  latine  et  turque;  3o  la  théologie  ,  la  logique  , 
la  métaphysique,  la  rhétorique,  la  morale  et  l'histoire  ancienne; 
4°  les  mathématiques,  la  mécanique  ,  l'optique  ,  la  géographie  ,  la 
physique  expérimentale,  la  chimie  et  la  peinture. 

Plusieurs  de  ces  professeurs  sont  venus  en  Europe,  pour  se 
perfectionner  dans  les  villes  où  les  sciences  sont  le  mieux  culti- 
vées. M.  Bamba,  qui  enseigne  la  chimie,  homme  savant  et  d'un 
grand  mérite,  a  demeuré  long-tems  à  Paris,  où  il  a  suivi  très 
exactement  les  leçons  de  M.  Thénard.  II  publiera  bientôt  la  tra- 
duction qu'il  a  faite,  en  grec  moderne,  du  Cours  de  chimie  de  son 
habile  professeur. 

Nous  avons  eu  connaissance  de  la  Minerve  grecque,  rédigée  par 
quelques  hommes  de  lettres ,  qui  ont  fixé  leur  demeure  à  Paris 
Nous  ignorons  les  motifs  qui  ont  déterminé  le  gouvernement  au- 
trichien à  défendre  de  laisser  passer  cet  ouvrage  par  l'Allemagne; 
il  a  ,  depuis  cet  te  défense,  cessé  de  paraître.  Mais  nous  apprenons, 
par  des  nouvelles  reçues  de  Bucharest, ,  capitale  de  la  Valacbie. 
qu'une  imprimerie  y  est  établie  ,  et  qu'il  y  paraît  un  recueil,  sous 
le  nom  de  Minerve  Daki  (  Asauxti  'Aùyci  ).  Sans  s'occuper  de 
politique  ,  cette  nouvelle  Minerve  traitera  de  tous  les  objets  qui 
ont  rapport  aux  connaissances  humaines.  iNous  n'avons  lu  jusqu'à 
présent  que  le  plan  de  l'ouvrage  ;  et  nous  ne  pouvons  porter  au- 
cun jugement. 

On  demande  à  Constantinople  le  meilleur  livre  sur  l'enseigne- 
ment mutuel.  On  désire  y  introduire  cette  importante  méthode  , 
dont  les  Grecs  ont  le  plus  grand  besoin,  dans  la  position  malheu- 
reuse où  ils  se  trouvent  depuis  tant  de  siècles. 

Il  y  a  heu  d'espérer  que,  si,  d'aprè--.  l'opinion  d ••  M  de  Volney, 
les  ouvrages  périodiques  et  l'imprimerie  s->nt  d.-s   témoignages 


422  >:urope. 

certains  de  la  civilisation  des  peuples  ,  ils  feront  un  jour  revivre 
chez  les  Crées  les  sciences  et  les  arta. 

Hospices  du  Mont-Olympe.  —  Il  existe  dans  les  défiles  du 
Mont-Olympe  cinq  villages  dont  les  habitans  ne  paient  aucun 
impôt  ;  mais  ils  sont  obliges  de  donner  des  secours  et  de  servir 
de  guides  à  tons  les  voyageurs  qui  traversent  la  montagne.  Ils 
s'acquittent  de  ce  devoir  avec  autant  de  zèle  que  d'adresse  :  ils 
ont,  comme  les  respectables  religieux  des  Alpes,  des  chiens 
dont  ils  se  servent  pour  découvrir  dans  la  neige  les  voyageurs 
qu'elle  peut  avoir  engloutis. 

ROYAUME     DES     PAYS-BAS. 

Pub'ications  nouvelles. —  Le  libraire  J^an  <Icr  llcy  ,  d'Amster- 
dam ,  annonce  une  nouvelle  édition  de  l'Histoire  de  Hollande , 
par  Pierre  fils,  de  Corneille  llooffi. Cette  édition  sera  très  soignée, 
et  enrichie  de  notes  et  de  commentaires,  par  MM.  les  professeurs 
Sicgenbeek,  de  Leyde,  Situons,  d'Ltvecht,  et  Van  Carpelle, 
d'Amsterdam.  IIooJJÏ  est  avec  Vondel  le  coryphée  de  la  littéra- 
ture hollandaise.  11  a  écrit  l'histoire  de  Hollande  depuis  1  abdica- 
tion de  Charles  V  jusqu'à  la  (in  de  l'administration  de  l.eieestcr. 
La  première  édition  est  de  \G\i.  On  l'a  surnommé  le  Taci.e  hol- 
landais. Il  avait  fait  une  étude  particulière  de  cet  histoirien  ro- 
main, qu'il  a  aussi  traduit.  Son  style  en  a  la  concision,  et  quel- 
quefois l'obscurité.  Pour  apprécier  le  mërite  littéraire  de  Hooll't, 
on  peut  consulter  1  article  que  nous  lui  avons  consacré  daus  la 
Biographie  universelle. 

FRANCE. 

Département  de  la  Meorthe.  —  Mine  de  sel  gemme  près  de 
fie.  —  Quelques  erreurs  qui  se  sont  glissées  dans  les  notes  (pie 
nous  avons  déjà  données  sur  cette  mine  (  \  oyez  ci -dessus  ,  t.  il, 
p.  545  ,  et  t.  III,  p.  375  et  588  ),  nous  engagent  à  publier  la  no- 
tice suivante  ,  qui  est  le  résultat  des  renseignemens  fournis  par 
M  M.  les  ingénieurs  des  mines  à  M.  Louis  Cordier,  inspecteur  di- 
visionnaire dans  ce  corps. 

«  Leaoavril  1818,  M.  le  directeur  général deaPonts-et-Chausséei 

et  des  Mines  a  donné  son  approbation  à  un  projet  de  sondage  qui 
lui  a  été  soumis  par  une  Compagnie  ,  et  dont  le  but  annoncé  était 


EUROPE.  4^3 

de  rechercher  s'il  n'existait  point  de  mines  de  houille  aux  envi- 
rons de  Vie. 

»Un  premier  coup  de  sonde,  donne'  le  7  juillet  suivant,  ayant 
été  infructueux  ,  quoique  poussé  à  3}  mètres  (112  pieds),  on  en 
a  essayé  un  second  dans  une  position  que  l'on  croyait  plus  favo- 
rable ;  c'est-à-dire,  dans  le  fond  de  la  vallée  de  la  Seille,  à 
environ  un  kilomètre  de  la  ville  de  \  ic  Ce  travail,  conduit  avec 
persévérance  ,  n'a  fait  trouver  aucun  indice  de  houille  5  mais,  le 
i5  mai  1819,  on  est  tombé  sur  du  sel  gomme,  à  la  profondeur  de 
65  mètres.  Le  sondage  a  été  continué  avec  activité.  Au  3o  sep- 
tembre dernier,  on  était  descendu  à  97  mètres  ,  et  on  avait  tra- 
versé cinq  bancs  de  sel  gemme  ,  ayant  ensemble  une  épaisseur  de 
26  mètres  66  millimètres,  et  qui  u'étaient  séparés  que  par  des 
couches  d'argile  et  de  gypse  de  12  à  i5  décimètres  •  depuis  la  fin 
de  septembre,  on  a  encore  approfondi  le  percement  de  quelques 
mètres;  et,  après  avoir  constaté  l'existence  d'une  sixième  couche, 
on  a  cessé  les  travaux  sur  ce  point.  La  profondeur  totale  du  coup 
de  sonde  a  été  de  10 \  mètres  (320  pieds),  dont  un  tiers  environ 
dans  le  sel  gemme. 

»Les  couches  terreuses  et  pierreuses  qui  avaient  été  traversée» 
avant  d'arriver  au  terrain  salifére,  s'étendant  horizontalement  à 
une  grande  distance  en  tout  sens,  la  continuité  des  bancs  de  sel 
gemme  pouvait  se  présumer;  mais  la  compagnie,  sur  les  obser- 
vations de  l'ingénieur  des  mines,  a  jugé  convenable  de  s'assurer 
de  cette  continuité  au  moyen  de  deux  autres  coups  de  sonde, 
formant  avec  le  premier  les  angles  d'un  triangle  dot.t  la  surface 
est  d'environ  un  demi-kilomètre  carré.  L'un  de  ces  coups  de 
sonde  avait,  le  i3  septembre  dernier,  atteint  le  sel  gemme  à 
^3  mètres  5o  centimètres  de  profondeur.  Le  premier  banc  de  sel 
ayant  été  percé  et  parfaitement  reconnu,  on  a  pensé  qu'il  étiùt 
inutile  d'aller  au-delà. 

m  Le  troisième  sondage,  termine1  en  janvier  i8.>.o,  a  été'  plus  diffi- 
cile ,  à  raison  du  marais  et  de  l'épaisseur  du  sile<  que  nous  avons 
rencontré-  On  est  resté  sur  une  couche  de  très  beau  sel,  après 
en  avoir  percé  huit  pieds;  c'est  tout  ce  qu  il  faut  pour  constater 
la  présence  et  l'étendue  de  la  mine,  qui  sont  déjà  reconnues  sur 
deux  points. 

»Le  directeur  du  sondage,  M.  Drauly,  est  parvenu,  aumoyen 


4&4  EUROPE 

d'un  outil  fort  ingénieux  de  son  invention  (c'est  un  cylindre  creux 
dont  l'extrémité  est  terminée  par  des  dents  de  scie  ) ,  à  retirer  à 
volonté  des  morceaux  de  sel  gemme  de  plusieurs  centimètres 
cubes,  et  par  conséquent  d'un  volume  bien  suffisant  pour  que 
l'on  puisse  juger  de  la  qualité'  de  la  substance.  Il  résulte,  soit  de 
l'examen  des  échantillons  qui  ont  été  envoyés  par  la  compagnie  à 
la  direction  générale,  soit  des  procès-verbaux  dressés  par  l'ingé- 
nieur des  mines  ,  que  le  sel  des  bancs  qui  ont  été  traversés  est 
communément  en  très  gros  grains  cristallins,  demi-transparens, 
sans  couleur,  et  qui,  par  la  trituration ,  fournissent  un  sel  très 
pur,  et  analogue  aux  sels  marchanda  qui  proviennent  des  mines 
d'Kspagne  et  de  Pologne.  On  voit  aussi,  parmi  les  échantillons  , 
des  fragment  qui  contiennent  des  nuages  grisâtres  ou  des  mou- 
ches rouge.ltres,  occasionnés  par  la  présence  d'une  très  petite 
quantité  de  gypse  ou  d'argile;  mais  ces  aecidens  sont  ordinaires 
dans  les  mines  qui  fournissent  les  plus  beaux  sels,  et  on  y  a 
égard  lorsqu'il  s'agit  de  diriger  l'abattage,  et  d'opérer  le  tirage 
des  masses  susceptibles  d'être  égrugées  et  livrées  au  commerce. 

D'après  les  analyses  faites  à  l'Ecole  royale  des  Mines  ,  sur 
10,000  parties  (ou  poids),  le  sel  des  salines  de  la  Meurthc  con- 
tient, savoir  : 

Muriate  de  soude  9,7  'p 

Sulfate  de  magnésie  a3o 

Sulfate  de  chaux  sS 

10,000 
C'est-à-dire ,    qu'il   renferme   près   d'un    trente- huitième    de 
parties  étrangères. 

Le  sel  gemme,  au  contraire,  a  été  trouvé  parfaitement  pur;  il 
n'a  présenté  qu'une  trace  de  sulfate  «le  chaux  qui  provient  évi- 
demment d'un  mélange  accidentel.  Ainsi,  la  quantité  des  échan- 
tillons analysés  est  supérieure  à  celle  du  sel  des  salines. 

11  est  à  remarquer  que  les  sondages  ont  été  exécutés  au  milieu 
d'une  contrée  qui,  sur  une  longueur  de  plus  de  7  myriamètres 
(i5  lieues),   prise   depuis    Ro/ières   À   San.d'oe.    offre   un   grand 

nombre  <î>-  - ourcea  salées  ,  en  général  fort  ■  i<  hes ,  èl  dont  les  plus 
importantes  ont  détermina  .  îdéi  ér/oques  diven  -  la  fondation 
des  salines  de  Dieuxe,  de  Marsal,  de  Ni'  .  deMoyen-Vic  1 
I  hateau-Satii 


EUROPE.  4*5 

D'après  des  analogies  qui  sont  uniquement  fondées  sur  l'expé- 
rience, on  peut  supposer  que  le  sel  gtumie  de  Vie  reviendrait, 
tout  extrait  et  tout  égrugé  ,  à  moins  de  i  ir.  le  quintal  métrique. 
Si  on  adinet,  d'après  M.  l'ingénieur  Gargau,  que  la  fabrication 
en  sel  des  salines  revient  à  6  ir. ,  et  si  Ton  considère  que  le  débit 
moyen  des  salines  de  la  Meurthe  est  de  ji5,ooo  quintaux  métri- 
ques ,  on  trouve  qu'eu  substituant  l'exploitation  de  la  mine  à 
celle  des  sources,  on  obtiendrait  un  bénéfice  annuel  de  plus  de- 
deux  millions  de  francs. 

INancï.  — Chimie.  — Conversion  des  corps  ligneux  en  gomitit 
et  en  sucre.  —  JM.  Henri  Braconnot  est  parvenu  ,  au  moyen  de 
l'acide  sulfurique,  à  convertir  les  corps  ligneux,  tels  que  la 
sciure  de  bois ,  les  chiffons  de  linge  ,  la  toile  de  chanvre  usée ,  etc.  , 
en  gomme  et  en  sucre.  La  gomme  ressemble  parfaitement  à  celle 
qui  découle  du  miniosa  niloiica;  le  sucre  a  beaucoup  de  rapport 
avec  celui  qu'où  extrait  des  raisins  :  cristallisé,  il  se  blanchit  très 
bien,  et  a  une  saveur  franche  et  agréable. 

Département  d'1lle-et-Vilaine.  —  Duvet  des  chèvres  indi- 
gènes. —  M.  de  Lorgeril,  propriétaire  à  Plesder ,  a  trouvé  sur  des 
chèvres  du  pays  un  très  beau  duvet,  avec  lequel  on  peut,  selon 
lui,  obtenir  des  tissus  comparables  à  ceux  de  Kachemire.  Une 
seule  chèvre  a  donné  trois  hectogrammes  (plus  d'une  demi-livre) 
de  duvet;  le  moment  le  plus  favorable  pour  le  recueillir  est  la 
fin  de  janvier. 

Département  des  Pyrénées.  —  Chèvres  du  Thibet.  —  Le  trou- 
peau de  chèvres  du  Thibet ,  confié  aux  soins  de  M.  Olivier,  con- 
tinue de  prospérer.  Cent  vingt  chevreaux  sont  nés,  et  portent 
déjà  le  précieux  duvet  qui  caractérise  cette  espèce,  à  laquelle  le 
climat  du  Koussillon  paraît  particulièrement  convenir. 

—  Dessin  linéaire.  — M.  le  préfet  de  ce  département  a  établi 
un  cours  de  dessin  linéaire  dans  l'école  d'enseignement  mutuel  de 
Perpignan. 

SOCIÉTÉS    SAVANTES    KT    D'UTILITÉ    PUBLIQUE. 

Caen.  —  Académie  des  Sciences,   Arts   et  Belle*-  lettres.  — 
Cette  Société,  présidée  parM.de  Prelelny   a   proposé,  da. 
séance  du  -ià  avril,  une  médaille  eu  or  de  3oo  francs  ,  pour  l'au- 
teur du  meilleur  pouuic    sur  lu  mort  du   duc  dti  McTfY,  Dau>  lu 


426  EUROPE. 

même  séance,  M.  de  lîaudrealu  le  premier  chant  d'un  poème  surlc 
Calvados ;M.  Langea  donne'  lecture  d'un  Mémoire  sur  la  Cassette 
qui  renferme  Pétole  fie  St.  Regimbât ,  à  Baveux;  enfin,  M.  l'abbé 
Jamet  a  lu  un  Mémoire  sur  f 'Education  des  sourds-muets. 

Corse.  — Socn te  centrale  d' Agriculture  du  département  de  la 
Corse.  —  La  Corse  a  droit  de  nous  intéresser  sous  plusieurs  rap- 
ports :  les  liens  d'affection  et  d'avantages  mutuels  qui  l'unissent  à 
la  France;  son  heureuse  position  entre  l'Afrique  et  l'Europe,  à 
proximité  des  plus  belles  provinces  d'Espagne  ,  de  France  et  d'I- 
talie ;  la  douce  température  de  son  climat ,  un  sol  vierge  t  ne  oie 
et.  susceptible  d'une  grande  variété  de  cultures  ;  le  souvenir  des 
personnages  qui  l'ont  illustrée  ,  et  parmi  lesquels  ou  distingue  le 
frère  d'armes  d'Henri  IV  ,  dont  ce  monarque  disait  que  ,  de/mis 
son  avènement  à  la  couronne,  il  n'avait  trouvé  dans  son  royau  e , 
ni  prince,  ni  personne  ^uOrnaîvo  qui  lui  eût  parlé franchement , 
qui  lui  eut  dit  la  vérité....  Tout  enfin  semble  attester  que  la  Corse 
n'a  besoin  ,  pour  atteindre  au  degré  de  ci\ilisation  qui  lui  est  ré- 
servé ,  que  du  bienfait  (Tune  administration  appropriée  BU  trms 
et  au\  circonstances  où  elle  se  trouve.  Devenus  plus  spéciale- 
ment ,  depuis  environ  trois  années  ,  l'objet  de  la  sollicitude 
éclairée  du  gouvernement  français,  les  Corses  ont  cl*j;'i  fait  del 
progrès  sensiblesdans  plusieurs  branches  des  sciences  physiques, 
morales  et  politiques.  Ce  sera  pour  eux  une  nouvelle  ère,  que 
l'administration  de  M.  de  Vignolle,  à  laquelle  se  rattachent  la 
plupart  des  institutions  qui  ont  développé  clans  leur  patrie  une 
émulation  générale.  Nous  nous  proposons  de  faire  connaître 
quelques-uns  des  résultats  de  cet  te  administration ,  et  nous  com- 
mencerons par  110  aperçu  des  travaux  de  la  Soch  t<  centrale  d\J- 
gricultuie    du    tlt  parlement    de.    la  C> > rse  ,  dont  nous  a\ions   déjà 

annoncé  la  fondation   N  oyei  Tome  11 ,  page  58<)). 

Les  recherches  de  cette  Société  onl  donné  lieu  à  deux  bons 
Mémoires  adressés  par  M.  de  Vignolle  an  ministère  de  l'in- 
térieur, en  1 8 1 y ,  dont  l'un  ,  sur  L'état  actuel  de  l'agriculture  en 
Corse  et  les  moyens  propres  à  L'améliorer;  et  l'autre,  sur  l'objet 
important  des  chemins  vicinaux. 

•'•On  remarque  dans  le  premier  Mémoire,  outre  une  esquisse 
géologique  de  I  île  ,  des  observations  sur  les  causes  pi  ini  iji.des  qui 
ont  retardé  ou  entravé  la  marche  de  l'agriculture  ;  il  y  est  dé- 


EUROPE.  427 

montre  qu'absolument  indépendantes  du  caractère  des  habitans, 
trop  légèrem  nt  accusés  d'indolence  par  des  observateurs  super- 
ficiels, ces  causes  ne  sont  autres  qu'une  série  non  interrompue  de 
troubles  et  de  vicissitudes  extraordinair  s.  Cette  conviction  s'ac- 
quiert par  la  comparaison  qu'établit  le  Mémoire  entre  l'ordre  des 
choses  antérieur  et  leur  état  jirésent.  Depuis  près  de  trois  années, 
que  le  calme  et  la  paix  ont  succédé  à  l'agitation,  à  l'inquiétude 
des  esprits ,  les  occupations  champêtres  ,  le  goût  «lu  travail,  se 
sont  ranimés  ■  les  propriétaires  le  plus  à  leur  aise  ont  cherché  à 
mettre  en  valeur  des  terrains  jadis  incultes  et  abandonnés  au 
libre  parcours  •  des  clôtures  et  des  défrichemens  considérables 
ont  été  exécutés  dans  divers  cantons;  la  culture  des  céréales,  des 
légumes  farineux  et  principalement  de  la  pomme  de-terre;  celle 
de  la  vigne  ,  du  chanvre  et  du  lin  ;  les  plantalions  de  mûriers  ,  de 
châtaigniers  et  d'autres  arbres  fruitiers; la  greffe  des  oliviers  sau- 
vages, l'introduction  des  prairies  artificielles  ,  l'éducation  des 
mouches-à-miel;  enfin,  quantité  d'opérations  plus  ou  moins  im- 
portantes ont  été  commencées  et  suivies,  avec  l'intention  la 
moins  équivoque  de  mettre  à  profit  tous  les  avantages  du  sol. 

Quant  au  choix  des  moyens  recommandés  par  la  Société  , 
comme  les  plus  propres  à  améliorer  l'agriculture  en  Corse  ,  il  pa- 
raît être  le  résultat  d'une  sage  combinaison  des  ressources  de  l'art 
avec  celles  de  la  nature  ;  il  atteindra  par  conséquent  le  but  pro- 
posé. L'approbation  du  gouvernement  a  déjà  sanctionné,  dit-on  , 
la  plupart  des  mesures  indiquées  dans  ce  Mémoire. 

Le  Mémoire  sur  les  chemins  vicinaux  renferme  les  élémens 
d'un  bon  système  de  restauration  des  communications  publiques, 
et  fait  voir  comment  l'exécution  en  pourrait  être  obtenue  avec  les 
moyens  les  plus  faciles  et  les  plus  économiques.  Ce  Mémoire  est 
le  complément  du  premier;  car,  inutilement  solliciterait-on  l'ac- 
tivité agricole,  si  l'on  ne  lui  offrait  en  même  tems  le  débouché  de 
ses  produits. 

PAR  IS. 

Institut  poyal  de  Fkance.  —  Séance  publique  annueJle  des 
quatre  Académies,  le  lundi  >.\  avril  1820;  elle  a  été  présidée  par 
31.  Laya,  directeur  de  t 'Académie  française.  — »  Voici  l'ordre  d^p 
lectn  res  : 

M.  le  président,  Discours  d'ouverture  ; 


£a8  ELUOPE. 

l\I.  Jiiot,  de  l'Académie  royale  des  Sciences,  Considérât  joui 
sur  la  nature  et  sur  les  causes  de  Y  aurore  boréale  ; 

A/.  Je  Chezy ,  de  l'Académie  royale  des  Inscriptions  et  Belles- 
Lettres,  Y  lier  mita ge  de  Candou ,  épisode  traduit  du  Bit  rama 
Pourana ,  poème  sanskrit  ; 

M.  Quatremère  de  Quincy,  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie 
royale  des  Beaux-Arts,  Dissertation  sur  l'illusion  et  sur  les  con- 
ditions dont  dépendent  les  effets  dans  les  ouvrages  des  beaux- 
arts-  morceau  extrait  d'une  Théorie  générale  de  V Imitation  dans 
les  beaux-arts  ; 

M.  Picard,  pour  M.  le  Comte  François  de  JYeiiJi -hateaii  ,  de 
l'Académie  française,  la  traduction  en  vers  de  divers  fragmens 
des  poètes  comiques  grecs,  extraits  de  son  ouvrage  intitulé: 
Philosophie  des  poètes. 

Cette  séance  a  été  remarquable  par  la  réunion  presque  com- 
plète de  tous  les  académiciens,  ce  qui  arrive  trop  rarement  dans 
les  autres  séances  semblables  ,  et  sans  que  Ton  puisse  s'en  prendre 
au  public,  qui  témoigne  assez,  par  son  empressement  à  s'y  ren- 
dre, tout  l'intérêt  qu'il  accorde  à  ces  solennités  littéraires.  Celle 
d|l  u.'i  avril  a  paru  le  satisfaire  complètement,  quoique  le  discours 
de  M.  Laya,  très  bon  morceau  île  littérature  sans  doute,  ait  snn 
blé  trop  long,  trop  didactique,  comme  discours  d'ouverture. 
M.  Biot  a  dit  de  très  bonnes  choses  sur  l'histoire  des  opinions  re- 
latives aux  aurores  boréales,  et  les  a  très  bien  dites:  on  n'avait 
jamais  parlé  d'un  pareil  sujet  avec  plus  de  griïce.  L'épisode  Baqa 
krit.  a  été  à  peine  entendu-  c'est  dommage  ,  le  morceau  étant 
très  joli,  quoique  tiré  d'une  littérature  qui  llorissait  il  y  a  quel- 
que trois  mille  ans  •  mais  ce  qui  n'était  pas  moins  important  que 
l'épisode  ,  c'est  d'avoir  proclame  publiquement  cet  !<•  I  élite  ,  jus- 
qu "ici  renfermée  dans  L'enceinte  des  études  orientales  :  que  le 
latin,  le  grec,  el  lesansknt,  gui  est  l'antique  idiome  de  l'indu, 
ne  sont  qu'une  seule  et  même  langue \  ce  qui  ,  soit  dit  en  i  assanj, 
doit  être  vrai  pour  le  latin,  puisque  c'est  vrai  pour  Le  grec  Apres 
■le  Che'/y  ,  M.  Quatrenw're  de  Quincy  a  parle  de  l'illusion 
dans  les  ouvrages  des  beaux  -art-,,  connue  i!  parle  de  tontes  leur-, 
autres  parties,  avec  une  grande  érudition,  une  rare  sagacité,  et 
Beaucoup  d'esprit.  Son  morceau  a  été  vivement  applaudi ,  ainsi 
que  les    fragmens  traduits  des  comiques  grecs  en  vers  lr-n. 


EUROPE.  429 

par  M.  François  de  Ncufchateau,   fragmens  qui  sont  d'heureux 
prémices  de  sa  Philosophie  des  poètes. 

Société  royale  et  centrale  d'agriculture.  —  Séance  publique 
du  dimanche  9  avril  1820.  Présidence  de  S.  Fxc.  Monseigneur  le 
comte  Siméon  ,  ministre  secrétaire  d'Etat  de  l'intérieur.  —  Ordre 
des  lectures  qui  ont  eu  lieu: 

I.  Rapport  par  M.  Silvestref  secrétaire  perpétuel,  sur  l'état  de 
l'agriculture  et  sur  les  travaux  de  la  Société  ,  depuis  sa  dernière 
séance  publique. 

II.  Rapport  par  M.  Labié ,  sur  le  concours  pour  la  culture  des 
arbres  à  cidre  :  i°.  Prix  de  i5oo  francs,  décerné  à  1V1.  Pierard, 
correspondant  de  la  Société  ,  capitaine  au  corps  royal  du  génie  , 
à  Verdun.  '2°.  Le  titre  de  correspondant  de  la  Société,  à  M.  Car- 
bonnet,  propriétaire  du  domaine  des  Marais,  dans  les  communes 
de  Merfy  et  Saint-Thierry,  arrondissement  de  Reims,  départe- 
ment de  la  Marne.  3°.  Médaille  d'or,  à  l'effigie  d'Olivier  de  Serres, 
à  M.  Boullanger ,  conseiller  à  la  cour  royale  d'Orléans. 

III.  Rapport  par  M.  Tessier,  sur  le  concours  relatif  au  cra- 
paud et  aux  autres  maladies  des  pieds  des  bêtes  à  cornes  et  des 
moulons.  — ■  Deux  mentions  honorables. 

IV.  Rapport  par  M.  Posuel  de  Cerneaux  ,  sur  le  concours  pour 
l'introduction,  dans  un  canton  de  la  France,  d'engrais  ou  d'a- 
mendemens  qui  n'y  étaient  pas  usités  auparavant. — Médaille  û'ot, 
à  l'effigie  d'Olivier  de  Serres,  à  M.  de  Lorgeril,  correspondant 
du  Conseil  d'agriculture  pour  le  département  dlllc  et  Vilaine, 
ù  la  Motte-Bcaumanoir. 

V.  Notice  biographique ,  par  M.  Silvestre,  sur  M.  Petit  de  îlenu- 
verger t  membre  de  la  Société,  mort  le  8  septembre  181c). 

VI.  Rapport  par  M.  du  Petit- Th ouars  ,  sur  le  concours  pour 
des  notices  biographiques  ,  sur  des  hommes  dignes  «l'être  connus  . 
pour  les  services  qu'ils  ont  rendu 9  à  l'économie  rurale  de 
France.  — Médaille  d'or,  à  l'effigie  d'Olivier  de  Serres,  à  M.  l'bnr- 
nier-Pescay ,  docteur  en  médecine;,  secrétaire  du  Conseil  de 
.sanlé  «les  années,  auteur  d'une  notice  biographique  sur  feu  l'ran- 
cois  Pescaj ,  cultivateur  distingué  à  St. -Domin^ne. 

VII.  Rapport  par  M.  Hat  belle ,  sur  le  COUCOUTS  pour  les  ma- 
chines hv«lrauli«pi«'s ,  appropriées  aux  usages  de  l'agriculture  «; 

aux  besoins  îles  arts  économiques.  —  1".  Grande  médaille  d'or  ,  à 
M.    Arnoll  t,    ingénieur  au  corps  royal   des  Pou!  :-et-(Jiau~ 
TOME    VI.  2C) 


EUROPE. 

à  Dijon,  auteur  de  la  pompe  couronnée  par  la  Société  en  1817,  et 
qu'il  a  perfectionnée  depuis.  a°.  Mention  honorable  des  machines 
présentées  par  MM.  Capron,  économe  de  la  ville  de  Paris,  et 
Ménestrel ,  mécanicien,  à  Arles  ( Hourhes-du-Rhone  ). 

VIII.  Rapport  par  M.  lluzard ,  sur  le  concours  pour  des  obser- 
vations pratiques  de  médecine  vétérinaire.  — .i°.  Mention  honorable 
de  MM.  Glniulus ,    vétérinaire,  à  Maillais  (Corrèze);    Bilange  , 
capitaine  du   train   d'artillerie,   à  Metz  5  Raina  rd ,   professeur  à 
l'École  royale  vétériuaire  de  Lyon.  20.   Lu  exemplaire  du  Théâ- 
tre d'agriculture  tV Olivier  de  Serves,   édition  publiée  par  la  So- 
ciété, a  vol.  in~4°,  à  MM.   Sajous,  médecin-vétérinaire  ,  à  Tar- 
bes  (  Hautes-Pyrénées  );  Sdntin  ,  vétérinaire,  à  Dourgne  (Tarn), 
dont  la  Société  a  déjà   encourage  les  travaux,  dans  ses   séances 
précédentes;  Guillavie ,   vétérinaire,  à  Issoudun  (  Indre  );   Mo- 
rand ,  médecin-vétérinaire,  à  \ cisailles.  La  Société  a  déjà  fait 
mention  honorable  des  travaux  de  ces  deux  derniers  vétérinaires 
dans  sa  séance  de  1819..30.   Médailles  d'argent,  à  MM.   Lionnet, 
vétérinaire,  à  Saulieu  (Côte  d'Or);  Courbebaisse  ,  vétérinaire  ,  à 
AnriUac  (Cantal),  dont  la  Société  a  déjà  mentionné  les  travaux. 
4°.  Médaille  d'or,  à  M.  Rhodes,  vétérinaire,  à  Plaisance  (Gers)  , 
<|iii  a  obtenu  une  Médaille  d'argent  l'année  dernière.  50.  Le  titre 
de  Correspondant,  à  M.  Dcmoussy,  vétérinaire  au  haras  royal  de 
Pompadour(Corrèze),  auquel  la  Société  a  déjà  accordé  successive- 
ment deux  Médailles  d'or. 

IX.  Notice  biographique  sur  M.  Palisot  de  Béarnais,  membre 
de  la  Société,  mort  le  ai  janvier  18  10. 

X.  Notices  par  MM.  Tessier,  Héricart  de  'J'hury,  ï'ilmorin  et 
Labbr,  des  médaille? d'encouragement  dl  >  l  1  u,  1  s  ,  savoir: 

A.  Médaille  d'argent. 
10.  A  Louis-Etienne  Grain,  berger  de  M.  le  duc  de  Levis,  à 
Champ  (  Seine-et-Marne),  pour  avoir  communiqué  à  la  Société 
d'utiles  observations  de  pratique  sur  la  conduite  des  bétes  à  laine, 
et  pour  L'intelligence  avec  laquelle  il  dil  ige  le  troupeau  qui  lui  est 
Conlié,  depuis  plusieurs  années. 

R.  Médailles  et  or,  à  l'effigie  d'Olivier  de  Serres. 
■}.•>.  A  M.  Pavant,  officier  en  non-activité,  à  Belle-Isle-en-Mer, 
il  L'invention  de  deux  charrues  adaptées  à  la  culture  destem  1 
de  cette  fie.  3°.  A  M.  Sieulle,  jardinier  à  Vaux-Prasiin ,  eu  con- 
sidération de  sou  zèle  et  de  -<  1  Ion  [8  travaux  pour  le  perfection- 


KUaOPE.  43r 

iir-incnt  de  la  culture  des  arbres  fruitiers,  particulièrement  du 
pêcher,  f\0.  A  madame  Vibcrt  Duboul ,  de  Toulouse,  pour  sa  fa- 
brication de  Poudrettes  inodores,  alcalmo-végétatives ,  qu'elle 
obtient,  au  moyen  d'un  agent  de  dessiccation,  des  matières  et 
issues  de  vidanges.  50.  A.  M.  Do/iat,  pour  le  procédé  par  lequel 
il  convertit  les  matières  liquides  des  vidanges,  jusqu'à  ce  jour 
perdues  ,  en  un  entrais  terreux,  inodore,  très  actif. 
C.   Grandes  Médailles  d'or. 

60.  A  M.  Bolivie ,  propriétaire  à  la  Voivre,  canton  de  Vaucou- 
leurs  (Meuse) ,  pour  diverses  améliorations  agricoles  opérées  dans 
son  domaine,  et  particulièrement  pour  y  avoir  établi  une  fabrique 
de  fromage,  faconde  Gruyère.  rjÇl.  A  M.  Mathieu  de  Dombasle 
aîné,  correspondant  de  la  Société,  à  Nancy,  pour  la  construction 
d'un  navire  perfectionné  de  son  invention,  et  pour  un  Mémoire 
sur  la  charrue  considérée  principalement  sous  le  rapport  de  la  pré- 
sence ou  de  V absence  de  l  avant-train ,  qui  sera  imprimé  dans  le 
recueil  des  travaux  de  la  Société.  —  Il  lui  a  été  de  plus  accordé 
un  exemplaire  du  Théâtre  et  Agriculture  d'Olivier  de  Serres. 

Nous  donnerons  dans  le  prochain  cahier  la  notice  indicative 
des  sujets  de  prix  proposés  par  la  Société. 

Société  de  Médecine  de  Paris.  — Elie  remet  au  concours  ,  pour 
Tannée  1820,  la  question  suivante  :  «  Déterminer  si,  d'après  l'état 
de  nos  connaissances  actuelles,  on  peut  établir  une  classification 
de  médicamens  ,  fondée  sur  leur  propriété  médicinale.  » 

Le  prix  sera  de"  3oo  fr.  Les  Mémoires,  écrits  en  français  ou  en 
latin,  devront  parvenir  à  M.  le  secrétaire-général  de  la  Société,  rue 
Saint- Avoye,  n°  3(),  avant  le  3o  octobre  18'io. 

Société  pliilotechn'ufue. — Celte  Société  a  tenu,  le  a3  avril, 
une  séance  publique,  sous  la  présidence  de  M.  Etneric-David , 
membre  de  l'Institut.  Les  lectures  ont  eu  lieu  dans  l'ordre  sui- 
vant :  M.  Lachabossière ,  secrétaire  perpétuel,  Rapport  sur  les 
travaux,  pertes  et  acquisitions  de  la  Socie'l  -,  d  (puis  la  dernière 
séance;  puis,  un  apologue  en  vers,  intitulé  .•  les  Préventions , 
imité  librement  de  Phèdre ,  le  fabuliste.  M.  Alexandre  Lenoir, 
Fragment,  en  prose,  sur  le  génie*  I  1 

représentant  le  jugement  dernier.  M.  Boueltarlat,    la    Vforl   <:t 
Cal  on  ,  Récit  épique,  en  vers.  M.  irceau,  en 

prose,  sur  le  mérite  des  femmes.  M.  Itaboteau,  Epître  en  .  • 
à   son    papier   blanc.    M.    tio. 


43*  KUROPI 

nouvelle  aneedoliquc,  en  prose,  tirée  du  second  volume,  inédit , 
des  Indemnité*  des  gens  de  lettres.  IM.  f^iennet,  Epître  en  vers , 
aux  louangeurs  du  tems  passe.  Lin  concert  a  termine  Ja  séance. 

Cours  d  Education  physique  et  gymnastique  de  M.  Amoros. 
(Voy.  tom.  V.,  pag.  3g6.  )  —  La  séance  générale  du  Cours  de 
Gymnastique,  tenue  le  4  mai  1820,  dans  l'institution  de  M.  Vil- 
lotion,  a  fait  connaître  aux  nombreux  spectateurs  qu'elle  avait 
attirés,  que  la  méthode  de  M.  Amoros  tend  à  développer  à  la  fois 
les  facultés  morales  et  physiques  des  enfans  ,  et  à  leur  présenter, 
avec  clarté,  et  de  manière  à  être  retenus  facilement,  les  élémens 
des  sciences  et  des  arts  que  la  gymnastique  embrasse.  La  poésie 
et  la  musique  s'y  trouvent  d'accord  avec  l'âge  des  élèves  et  avec 
les  sentimens  qu'on  doit  leur  inspirer  ;  les  exercices  physiques 
sont  calculés  de  manière  à  développer  leur  force  ,  leur  adresse, 
et  à  les  mettre  à  même  de  s'aider  utilement  dans  toutes  les  cir- 
constances périlleuses  de  la  vie.  Les  précautions  imaginées  par 
M.  Amoros,  mettent  à  l'abri  de  toute  espèce  de  dangers  ;  elles 
peuvent  rassurer  les  parens  les  plus  timides.  Les  différentes  ma- 
chines qu'il  à  inventées,  ont  une  supériorité  incontestable  sur 
celles  qui  sont  parvenues  à  notre  connaissance  ,  et  l'habileté  dont 
ses  anciens  élèves  ont  fait  preuve  ,  atteste  l'eflicacité  des  instruc- 
tions qu  ils  ont  reçues. 

Ecole  spéciale  de  Commerce.  —  Nous  avons  déjà  fait  von 
naître  quelques  Instituts  de  commerce  ,  notamment  celui  de 
Vienne,  en  Autriche.  (Voy.  torn.  V,  p.  5§5.)  ÎNous  aimons  à  faire 
mention  d'un  établissement  forint1  à  Péris  dans  les  mêmes  vues. 
Le  irr  février  1819  ,  il  a  été  ouvert ,  sous  les  auspices  de  M.  .Tacq. 
LaHitte,  et  compagnie,  mu:  Ecole  spéciale  de  Commet  ce ,  dirigée 
pàt  MM.  Legret  et  Brodait.  Cet  établissement ,  qui  compte  plus 
d'une  année  d'existence,  a  obtenu  le  suffrage  des  principaux 
banquiers  et  négoeians  de  la  Capitale,  et  oll're  d'importans  ré 
sultats.  Neuf  professeurs  sont  chargés  de  renseignement  pour 
tout  ce  qui  concerne  le  commerce,  il  y  a  des  cours  de  législation  , 
de  géographie  et  c\i>  statistique ,  de  comptabilité ,  de  Wsttiée  cnm- 
al  (1),  et  de  tangues  française  et  étrangères,  etc.  L'en- 
seignement  est  divisé  en  trois  parties  4  ou  comptoirs,  que  l'on 

< .    nu:  ■<  <   présente  la  réunion  ,  par  échantillons  assez  volu- 
mineux, de  toutes  les  matières  premières  tant  indigène;  qu'yxo- 


EUROPE.  433 

doit  suivre  en  deux  annc'es.  Les  élèves  ne  sont  point  admis  au- 
dessous  de  i5  ans,  ni  reçus  pour  moins  d'une  année.  Ils  peu- 
vent être  pensionnaires  ou  externes  ,  ou  demi-pensionnaires.  Le 
prix  de  la  pension  est  de  1-200  francs.  Le  prospectus  se  trouve  à 
l'e'tablisscment,  rue  Saint-Antoine  , no  i^3,  hôtel  Boisgelin. 

Langues  orientales.  —  Prix  fondé  par  M.  le  comte  de  T^olney. 
— .  M.  de  Volney,  dont  la  Chambre  des  pairs  et  l'Institut  déplorent 
la  perte,  a  lègue',  par  son  testament  ,  une  rente  perpétuelle  de 
1200  fr.,  destinée  à  fonder  un  prix  qui  sera  décerné  par  l'Institut 
à  l'auteur  du  meilleur  Mémoire  sur  l'étude  des  langues  orientales , 
et  spécialement  sur  la  simplification  de  leurs  caractères.  Le  co- 
mité qui  doit  juger  les  Mémoires,  sera  composé  de  trois  membres 
de  l'Académie  française  ,  trois  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres ,  et  un  de  l'Académie  des  Sciences  5  il  sera  présidé 
par  M.  le  comte  Daru. 

Réclamation  de  M.  Olarkson,  adressée  a  M.  J ullien,  fondateur- 
directeur  de  la  Revue  Encyclopédique. — «Dans  la  dernière  livraison 
de  la  Revue  Encyclopédique,  tom.  VI,  p.  3^,  j'ai  été  surpris  au- 
tant qu'affligé  de  lire  l'assertion  suivante  ,  que  l'auteur  n'appuie 
d'ailleurs  d'aucun  fait  :  «  L'Angleterre  n'a  interdit  la  traite  des 
nègres  aux  autres  nations,  que  pour  se  l'approprier  exclusivement 
par  un  commerce  interlope.  »  Je  me  réserve  de  démontrer,  de  la 
manière  la  plus  incontestable,  la  fausseté  de  cette  assertion  in- 
considérée. Le  but  et  l'esprit  de  la  Revue  Encyclopédique,  de  ce 
recueil  éminemment  européen,  doit  tendre  à  resserrer  les  liens 
que  de  communs  intérêts  et  une  commun''  civilisation  établissent 
entre  les  peuples;  à  détruire  les  préjugés  qui  s'y  opposent;  et, 
dans  une  grande  œuvre  de  bienfaisance  et  de  philanthropie,  à  faire 
à  chacun  la  part  que  la  raison  et  l'équité  lui  accordent.  Votre  im- 
partialité, Monsieur,  me  garantit  que  vous  voudrez  bien  accueil- 
lir mes  observations.  J'exposerai  b:entôt  létat  de  la  législation 
anglaise  sur  la  traite  ,  ses  moyens  d'exécution  ,  et  enfin  ses  consé- 
quences. Mes  argument  seront  des  faits ,  et  vos  lecteurs  pourront 
prononcer  en  connaissance  de  cause. 

Je  suis,  etc.  Thomas  Claiikson.  » 

tiques,  qui  entrent  dans  le  commerce  dis  deux  mondes.  Onv  trouve 
;mssi  une  collection  de  toutes  les  enveloppes  d'origine ,  dans  les- 
quelles se  transportent  les  marchandises,  etc. 


,;,  EUROPE. 

Réponse.  —  En  reconnaissant  avec  l'estimable  M.  Clarkson,  et 
d'après  son  opinion  qui  est  d'un  si  grand  poids  en  cette  matière  , 
qu'une  assertion  échappée  à  l'un  de  nos  collaborateurs ,  au  sujet 
du  monopole  de  la  traite  des  noirs  que  se  sérail  appropriée  le  gou- 
vernement anglais,  est  dénuée  de  fondement;  nous  aimons  à  lui 
déclarer  qu'il  a  parfaitement  bien  saisi  le  but  philosophique  de 
notre  entreprise  :  établir- des  communication*  plus  intimes  entre  les 
membres  épars  de  la  grande  famille  humaine,  et  les  rapprocher  par 
le  sentiment  d"une  bienveillance  mutuelle.  Nous  accueillerons  avec 
empressement,  par  ce  motif,  les  développemens  que  M.  Clarkson 
nous  annonce  sur  les  circonstances  qui  ont  prépare,  accompagné 
et  suivi  l'abolition  de  la  traite  des  noirs  5  réparation  tardive  de 
tant  d'outrages  cruels  faits  à  L'humanité,  et  duc  en  grande  partie 
aux  efforts  réunis  de  trois  hommes  honorables  :  W  ilbcrjorcc  , 
Th.  Clarhson  et  Grégoire. 

llncr.AMATioiv  de  M.  SeybEHT.  slméricain,  au  sujet  de  la  traduc- 
tion Jrancaise  qiCon  vient  de  publier,  de  son  ouvrage  sur  les  J.'tats- 
UniSf  adressée  au  Directeur  de  la  Revue  Encyclopédique.  Paris  , 
'j.\  mai  1820.  — «  Monsieur,  je  suis  auteur  d'un  ouvrage  intitulé: 
Statistical  Annals  ofthe  United  States  of  America.  Cet  ouvrage  , 
dont  vous  avez  bien  voulu  donner  deux  extraits  détaillés  dansi  <>  in- 
intéressant recueil  (  voy.  ci-dessus,  T.  111,  p.  453  ) ,  après  avoir 
tournis  en  manuscrit  à  un  comité  du  Sénat  des  Etats-Unis , 
qui  L examina  el  en  fit  le  sujet  d'un  rapport  circonstancié,  fut 
publié,  en  1818,  avec  la  sanction  (Tune  loi  spéciale  du  Congrès., 
ordonnant  la  souscription  de  cinq  cents  exemplaires  pour  l'usage 
du  gouvernement.  Le  débit  rapide  qu'il  a  eu  en  Amérique,  est 
la  preuve  de  l'opinion  favorable  de  mes  concitoyens  à  son  égard. 
Ce  même  ouvrage  a  donné  naissance,  dans  plusieurs  journaux 
français,  ;'i  des  articles  d'autant  plus  flatteurs  pour  moi  ,  que  |e 
n'ai  pas  l'honneur  tien  connaître  personnellement  les  auteurs. 
Cependant ,  il  \  Lenl  de  paraître,  à  Taris,  un  b\  r  ■  ai  an1  pour  titre  . 

tnnales  statistiques  des   l.tats  -Unis,  par    ./dam  .v 
membre  delà  Chambre  des  représent  Unis  pour  la 

ville  de  Philadelphie;  traduit  de  L'anglais  par  '.  beffeb.  » 

< .  livre  est  annoncé  comme  étant  la  traducliou  dumien;  mais, 
c'esl  un  ouvrage  tout  différent.  M.  Scheffcr  ne  s'est  pas  borné  à 
retran<  lier,  dans  chaque  chapitre,  un  grand  nombre  de  données  et 
«les  (K  tails  officiels;  il  s'est  encore  permis  de  <. liante; 


EUROPE.  435 

plusieurs  paragraphes ,  de  substituer  d'autres  pensées  auxmiennes, 
de  dénaturer  le  sens  de  mes  paroles  ,  enfin  ,  d'altérer  l'expression, 
de  mes  senlitnens.  Je  désavoue  donc  hautement  cette  prétendue 
traduction  ,  et  je  prends  pour  juges  de  la  nécessité  de  ce  désaveu 
les  personnes  qui  voudront  bien  comparer  les  deux  ouvrages. 
J'ajouterai  que  mon  livre  ,  très  grand  in-40  ,  contient  824  pages, 
et  que  celui  de  M.  SchefFer,  in-80  ordinaire,  n'en  a  que  455,  quoi- 
que les  caractères  qui  ont  servi  à  imprimer  les  deux  ouvrages  soient 
à  peu  près  de  la  même  proportion. 

Je  vous  prie,  Monsieur,  de  vouloir  bien  insérer  cette  lettre  dans 
iin  prochain  cahier  de  votre  estimable  journal,  et  de  croire  aux 
sentimens  de  votre  très  humble  serviteur.         Adam  Setbert.  » 


Publications  nouvelles.  —  Musée  des  Protestons  célèbres  qui 
ont  paru  depuis  la  naissance  de  la  Réformation  jusqu'à  nos  jours. 
—  Ce  Musée  sera  compose  des  portraits  lithographies  des  pre- 
miers réformateurs,  et  des  personnes  de  la  même  croyance,  re- 
marquables par  leur  rang ,  leurs  talens  ou  leurs  infortunes. 
Chaque  portrait  seia  accompagné  d'une  notice  rédigée  par  un 
homme  de  lettres  connu. 

M.  Gautherot ,  peintre  ,  est  chargé  de  surveiller  l'exécution 
des  dessins,  qui  seront  faits  par  les  artistes  les  plus  distingués  de 
la  capitale,  d'après  les  types  les  plus  authentiques.  Cette  collec- 
tion renfermera  cent  cinquante  portraits  environ.  Cbaquc  cahier, 
composé  de  \<o  feuilles,  contiendra  quatre  portraits  :  il  en  paraî- 
tra deux  par  mois.  Le  prix  de  chaque  numéro  ,  en  papier  ordi- 
naire ,  est  de  4  fr.  pour  Paris  ,  et  de  4  fr-  5o  cent,  pour  les 
départemens  5  et  en  papier  vélin ,  de  8  fr.  et  8  fr.  5o.  On  souscrit , 
sans  rien  payer  d'avance  ,  chez  MM.  Weyer  frères  et  compagnie  , 
rue  du  Faubourg-Saint-Denis,  n°3();  et  à  la  librairie  protestante 
de  F.  Scherff,  place  du  Louvre,  no  12.  On  doit  affranchir  1» 
lettres  et  l'argent. 

Traduction  française  du  forage  au  Brésil  ,  par  le  prince 
Maximilieh  Wied-Neuwied ,  en  i8i5,  16  el  17  ,  qui  va  être  pu- 
bliée, par  M.  Artlms  Bertrand,  libraire,  à  Paris.  Ce!  intéressanl 

ouvrage  aura    j  volumes  in-8°,  avec  lis  tartes  et  les  figorea  de 
l'édition  originale. 

Le  même  libraire  se  propose  de  mettre  en  vente,  au  mois  de 


4^.6  EUROPE. 

juin,  les  tomes  un  et  deux,  avec  des  cartes  géographiques  , 
de  l'Histoire  couplait  des  f^ojages  et  des  Découvertes  faits  en 
Jlj'riquc  ,  depuis  les  siècles  les  plus  reculés  jusqu'à  nos  jours,  etc.; 
par  le  docteur  Leydcn.  Les  tomes  trois  et  quatre  paraîtront  dans 
le  mois  d'août. 

OEuvres  de  madame  la  baronne  Isabelle  de  JMontolieu.  — 
On  va  publier  la  Collection  des  Romans  et  des  Nouvelles  de 
cette  dame,  auxquels  elle  a  fait  plusieurs  changemens  importans. 
Cette  collection  formera  35  à  4°  volumes  in-12,  grande  justifica- 
tion, de  3oo  à  35o  pages  environ,  ornes  du  portrait  de  l'auteur, 
et  d'une  figure  au  moins  placée  en  tète  de  chaque  volume.  La 
collection  sera  distribuée  par  livraisons  de  deux,  trois  ou  quatre 
volumes.  Le  prix  de  chaque  volume  sera  de  3  francs  pour  Paris, 
et  de  3  fr.  ^5  c  franc  de  port,  pour  les  departemons.  La  seule 
condition  exigée  des  souscripteurs,  est  de  payer  d'avance  deux 
volumes,  dont  le  montant  sera  impute'  sur  la  dernière  livraison; 
et  ils  seront  tenus  de  retirer  les  précédentes,  à  furet  à  mesure 
qu'elles  paraîtront.  On  souscrit  à  Paris,  chez  sfrthus-Bertrand, 
libraire,  rue  llautcfcuille,  n°  f|3  ,  près  l'Ecole  île  Médecine.  On 
peut  aussi  souscrire  chez  les  principaux  libi  aires  de  France  et 
de  l'étranger.  —  La  souscription  sera  fermée,  au  1er  août,  et  le 
prix  de  chaque  volume  publié  sera  alors  de  3  fr.  5oc.  pour  Paris. 

Langues  étrangères. — On  annonce  un  dictionnaire  français-}  o- 
loff  et  yololl-français,  et  une  grammaire  yoloif,  composés  p.ir 
M.  Dard ,  instituteur  à  Saint  Louis  du  Sénégal.  Ces  ouvrages  ma- 
nuscrits ont  été  envoyés  à  Paris  pour  être  imprimés  1 1  publie*  par 
les  soins  d'un  des  membres  les  plus  distingués  de  l'Académie 
royale  des  iuscriptions  et  Belles-Lettres. 


/'.VoA-  ro-\ale  des  Beaux-s/rts. —  Une  ordonnance  de  S.  M.,  du 
18  décembre  181G,  avait  ailecté  l'cmplai  H  ■nu  nt  dei  Pctits-Augus- 
tins  ,  alors  consacré  au  Musée  des  monumeus  fiançai-*,  à  la  Oooi 
truction  de  l'Ecole  royale  des  Beaux-Arts.  La  première  pu  ne  de 
ce  monument  vient  d'être  posée,  le  3  mai  1820,  par  S.  Exe  le 
minière  de  l'inléiieur,  assisté  de  M.  le  préfet  du  département  Ct 
de  M.  le  préfet  de  police.  L'Académie  <ie->  lleaus  Arts  était  re 
présentée  par  son  président,  M.  Gérard,  premier  peintre  du  roi; 
son  vice-président ,  M.  Lesucur,  sur-intendant  de  la  musique  de 
S.  M;  et  par  M.  Quatremère  de  Quincy ,   secrétaire  perpétuel 


EUROPE.  437 

de  cette  Académie.  Les  professeurs  et  les  élèves  de  l'école  assis- 
taient à  cette  ce'réraonie  avec  un  grand  nombre  de  personnes  dis- 
tinguées par  leur  rang  et  leur  amour  pour  les  arts. 

—  A  l'occasion  de  l'anniversaire  du  3  mai  1814,  le  tableau  de 
M.  Gérard,  représentant  l'Entrée  d'Henri  IV  a  Paris ,  a  été  ex- 
posé de  nouveau  au  Louvre.  L'affluence  a  été  considérable,  et 
les  senlimens  d'admiration  que  ce  tableau  a  fait  naître  ,  à  sa  pre- 
mière apparition,  se  sont  renouvelés  avec  la  même  vivacité.  Cet 
ouvrage,  seul,  assurerait  à  son  auteur  une  place  honorable  parmi 
nos  premiers  peintres ,  s'il  ne  lavait  déjà  obtenue  par  un  grand 
nombre  de  beaux  tableaux.  Dans  l'Entrée  d'Henri  IV ,  on  trouve 
réunis:  une  belle  exécution,  des  caractères  de  têtes  d'une  ex- 
pression admirable  ;  un  éclat  de  couleur  que  ce  peintre  n'avait 
peut-être  pas  encore  atteint  au  même  degré ,  dans  aucune  de  ses 
précédentes  compositions.  La  scène,  qui  offre  des  contrastes  heu- 
reux, est  bien  disposée  et  sans  confusion  ,  quoique  le  peintre  ait 
mis  sous  les  yeux  du  spectateur  un  grand  nombre  de  personnages. 
Enfin,  l'attention  est  immédiatement  attirée  sur  le  héros  qui  fait 
l'objet  du  tableau  ,  sans  que  le  reste  de  la  scène  perde  de  sa  valeur 
relative. 

—  Quelques  personnes  ont  été  admises  à  voir,  dans  l'atelier  du 
même  peintre,  un  portrait  de  Monseigneur  le  Duc  de  Berry,  en 
grand  costume ,  exécuté  depuis  la  mort  de  ce  prince.  Aussitôt 
qu'il  aura  été  mis  sous  les  yeux  du  public,  nous  nous  empresse- 
rons d'en  rendre  compte. 

—  M.  Picot,  l'auteur  du  charmant  tableau  ,  Psyché  et  l'Amour, 
qui  a  obtenu  tant  de  succès  à  la  dernière  exposition,  vient  de 
terminer  un  tableau  de  chevalet,  représentant  Raphaël  et  la 
Foruarine.  Raphaël  est  occupé  à  dessiner  ;  la  Fornarine  est  venue 
se  placer  derrière  lui  pour  regarder  ce  qu'il  fait  ;  et ,  pour  voir 
de  plus  près,  elle  a  passé  ses  bras  autour  du  cou  de  son  amant. 
Celui-ci  s'arrête,  presse  de  l'une  de  ses  mains  le  bras  de  sa  belle 
m  aîlresse,  tourne  la  tête  vers  elle,  et  la  considèic  avec  des  yeux 
pleins  d'amour. 

Ce  tableau,  dont  le  fond  est  la  vue  de  la  maison  même  de  Ra- 
phaël,  prise  par  le  peintre,  pendant  qu'il  était  à  Rome,  ne  peut 
manquer  de  plaire  aux  personnes  d'un  goût  délicat. 

P.  A. 

TOME   VI.  30 


438  EUROPE. 

ThÉàttes.  — '  Théâtre- Français.  —  Démctrius.  —  On  vient  de 
reprendre  la  tragédie  de  Démétrius  ,  par  M.  Delrieu  ,  représentée 
pour  la  première  fois,  en  1 81 5.  Ko  us  en  parlons  ici,  à  cause  des 
changemens  considérables  que  Fauteur  y  a  faits,  et  qui  la  rendent 
presque  une  nouvelle  pièce.  Le  sujet  est  pris  dans  Métastase.  C'est 
un  ouvrage  du  genre  admirât  if;  genre,  comme  on  sait,  un  peu 
froid  ,  surtout  adapté  à  une  action  qui  se  passe  dans  l'ancienne 
Syrie ,  dont  les  mœurs ,  peu  inconnues ,  sont  si  étrangères  à 
l'imagination  du  spectateur  français.  Certains  critiques  ont  cru 
trouver,  dans  la  complication  de  Faction  de  Démet  tins ,  de  l'ana- 
logie avec  celle  de  Y  Héraclius  de  Corneille.  Il  est  certain  que  la 
nouvelle  tragédie  est  l'œuvre  habilement  travaillée,  d'un  homme 
de  talent  ;  mais  c'est  une  pièce  extrêmement  froide,  qui  n'a  jamais 
dû  obtenir  qu'un  médiocre  succès. 

Odcon.  —  La  Dame  noire.  —  Les  auteurs  de  Y  Homme  gris , 
fidèles  à  exploiter  une  carrière  où  ils  avaient  trouvé  un  grand 
succès,  ont  de  nouveau  mis  en  scène  un  roman  germanique  bû 
bizarre.  Malheureusement,  ils  n'ont  pas  rencontré  cette  fois  ud 
caractère  original  qui  put  séduire  le  public.  La  Dame  noire  n'est 
qu'un  imbroglio  mal  conduit;  mais  ce  qui  a  dû  surtout  provo- 
quer la  sévérité  du  parterre  ,  c'est  le  ton  du  dialogue  rempli 
d'afféterie  et  d'inconvenances.  Il  y  avait  peut-être  le  sujet  d'une 
pièce  dans  le  roman  de  la  Dame  noire  ;  mais  il  est  certain  qu'on 
n'a  pas  su  l'y  trouver ,  ou  qu'on  Ta  du  moins  étrangement 
défiguré. 

NÉCROLOGIE. — Balzac. — AT.  Balzac,  architecte,  membre  de  Tins-' 
ti  tut  d'Egypte,  es!  moi  I  à  Paris,  le  .5 1  mars,  frappé  dune  apoplexie 
foudroyante.  C'était  un  artiste  habile  1 1  animé  d'un  vrai  enthou- 
siasme pour  les  arts.  On  lui  doil  de  beaux  dessina  des  monument 
;ypte ,  gravés  dans  le  magnifique  ouvrage  qui  se  publie  ans 
f>ais  du  gouvernement.  Il  laisse  une  collection  de  dessins  tt 
d'autres  objets  précieux,  qu'il  avatl  rapportés  de  son  voyage  d'K- 
gvpie.  M.  Balzac  cultivai!  la  poésie,  il  avail  publié  en  i8ig  un 
recueil  de  vers  in  8°.  11  laisse  une  comédie  en  vers  el  d'autres 
ouvrages  manuscrits.  A  l'époq  mort,  il  étail  inspeMfur, 

en  chef  de  la  première  division  des  publics  de  la  piflec- 

la Seine,  comprenant  les  églises,  les  séminaire b  et   j.< 
cimetièreSi 


LA  REVUE  ENCYCLOPÉDIQUE 


SE  TROUVE  AUX  ADRESSES  CI-APRfcS  : 


Agen,  li.  Noubcl. 
Aix ,  Pontiiier. 
Amiens,  Çaron-Vitet. 
Angers,  Fourrier-Marne. 

Angouléme ,  J.  Laroche 
Avignon,  Aubanel.  —  Chaillot. 

—  Laty.  —  Joly-  —  Oflray. 
Séguin. 

Baveux,  Groult.  —  TNicolle. 
Bayonne ,  Bonzom.  — Cluzeau. 

—  Gosse. 

Besancon,  Billot  te.  —  Chalan- 

dre.  —  Deis.  —  Girard. 
Bezicrs  ,    Bousquet.    —   Cam- 

bon. 
Blois ,  veuve  Darnaux. 
Bordeaux  ,    Baume.    —    Veuve 

Bergeret.  —  Gassiot  aîné.  — 

Melon.  —  Lawale. 
Bourg,  Bottier. 
Bourges,  Gille. 
Brest,  Egasse.  —  Le  Eournier. 

—  Michel. 

Caen ,  Lecrêne.  —  Leroux.   — 

Mancel. 
Cahors,  Plessis.  —  Richard. 
Calais,  Leleux. 
Carcassonne ,  Cadrat-Capelle. 
Châlons  ,  S.  S.  Dejussieu. 
Coliuar,  Petit. 
Dijon.    Lagier.   —  Coquet.  — 

Vallée. 
Dunkerque ,     Létendart  -  Delc- 

voye. 
Grenoble ,  Baratier.  —  Durand. 

—  CûUringg. 

La  Rochelle,  Pavie. 

Lav al ,  Roulevilain-Grampré. — 

Delhaye. 
Le  liane  ,  Chapelle.  —  Pàtry. 
Lille,  Lefort.  —  JMalo.  —  S  a- 

nackere. 


Lisieux,  Dubois.  —  Renault.  — 

Tissot. 
Lyon,    Bohaire.  —  Faverio- — . 

Chamblet.  —  Lusy.  —  Targe. 
Maçon  7  Gosse  t. 

Mans,  veuve  Dureau.  —  Pcscbe. 
Marseille,     Camoin    frères.    — . 

Chaix.  —  Mâsvcrt.  — Durand. 
Metz,  Collignou.  —  Devilh .  — 

Thiel. 
Montpellier ,  Seguin. — Sevalle. 
Nancy ,  veuve  Bontoux. 
Nantes ,  Boissel.  —  Forest. 
Nîmes,  Gaude.  —  Melquiond. 

—  Pouchond. 
Orléans,  Monceau. 
Perpignan,  Alziue.  — Tastu. 
Poitiers,  Barbier.  —  Catineau. 

— i  Daussin-Delys. 
Bennes  ,  mademoiselle  Blouet. — 

Duchesne.  —  Veuve  Brute.  — m 

Mademoiselle  Vatar. 
Rhodez,  Carrère.  —  Jourdain. 
Rouen,  Frerc.  — Fleury.  — Le- 

moine.  — Megard.  — Renault. 

—  Dumaine.  —  Vallée. 

Saintes,  Charrier. 

Saumur,  Degouy  aîné'. 

Strasbourg  ,     Levrault.  —  Fé- 
vrier. 

7'arbcs ,  Lagleise. 
Toulouse ,  Douladoure  afné.  — 
Devers.  —  Gallon.  —  Manavit. 

—  Vieusseuz  aîné. 
Tours,  Maine. 
Valence,  Marc-Aurel. 

V alenci  nues ,      Lemaîtrc.       — 

Giard. 
I '  erdwi ,  Benil  jeune. 
Kcsoul ,  Zapfel. 

f'illctieure-ir .  fgen,    Crosilhcs. 
/  "dry-lc-L'idncois,  JNicaise. 


('*) 


DANS    LES    PAYS    ETRANGERS. 


Aix-la-Chapelle ,  Lamelle. 
Amsterdam ,  Delachaux.  —  Du- 

four. 
Anvers,  Grange'. —Vanderhcy. 
Berlin,  Korn.  —  Schle'singer.  — 

Forster. 
B restait,  Rorn. 
Bruges,  Bogaert-Dumortier. 
Bruxelles ,    Berthot.  — <  Dcmat. 

—  Lecharlier.  —  Veuve  Le- 
maire. 

DubLn ,  Coyne. 
Florence.  Molini.  —  Piatti. 
L'rancj'orl-sur-le-Mein ,  Schœfler. 
Gandj    Bernard- PoëlmanH.   — 

Houdin. 
Gencwd,  Manget  et  Cherbulicr. 

—  Paschoud. 
Lausanne ,  Fitscher. 
Lcipsick,  Grieshammer. 
LeopolJ,  Pfafï'. 

liège,  veuve  Collardia.  —  Dc- 


soer.  —  Veuve  Duvivier.  — 
Lemarié. 

Lisbonne ,  Rey.  —  Borcl.  —  Mar- 
tin. 

Londres  f  Dulau et  compagnie. — 
Bohte. 

Maidieim,  Artaria  et  Fontaine. 

Mayence ,  Leroux. 

Milan,  Giegler.  — Sonzogno. 

Mons,  Leroux. 

Moscou,  Riss. 

JVamur,  Dujardin.  —  Leroux. 

lY aptes,  JVlarotta  et  Vanspan- 
doch. 

Home  ,  Agazzi.  —  Aureli. 

Saint-Pctcrsbourg  ,    (Jh. 

her.  —  Castermann. 

Toumay ,  Maillir. 


Wey. 


I\ 


V 


Bocca. 


I^arsoi  ie ,  Gliickaberg. 
f^ienne,  Schaumbourg. 
IVUna,  Moritz. — J.  Zuwadski. 


BAUDOUIN  FRERES,  ÎUIMUMLURS-LIBRAIRES, 

RUE    DE    VALUlRAHl),    .^ u    36, 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

OU 

ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 

Des  productions     les   plus    remarquable0,    dans    la. 
Littérature ,  les  Sciences  et  les  Arts. 

VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVWVW'VXtyVWVVVvVVVVVVVVVVVVX'VVVV  VWWVVWVYVtW 

I.  MEMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MELANGES. 


LETTRE 

A  M.  JvLUEN'de  Paris,  fondateur-directeur  de  la  Revue 
Encyclopédique. 

Monsieur, 

Il  est  de  mon  devoir  de  vous  remercier,  vous  et 
M.  Adelon ,  de  la  savante  analyse  de  mon  Essai 
philosophique  sur  les  phénomènes  de  la  "vie  (  i  ) , 
insérée  dans  le  dernier  cahier  de  votre  Recueil  vé- 
ritablement européen.  L'honorable  mention  que 
vous  lui  avez  accordée,  m'encourage  à  vous  sou- 
mettre quelques  observations  sur  un  fait  phvsio- 
logique,  contesté  dans  l' estimable  Journal  des  Sa- 
vans ,  du  mois  de  septembre  dernier. 

(t)  Voy.  ci-dessus,  Tora.  VJ,  pag.  yyi.  Cet  ouvrage  se  trouve 
chez  P.  Dulart,  libraire,  quai  Voltaire.  u°  mj.  Prix,  7  fr.  pour 
Paris,  et  8  fr.  fio  c.  franc  <!e  port. 

tome  vi.    18e  Cahier.  3r 


440  LETTRE 

L'auteur  de  l'article  critique  sur  mon  Essai,  in- 
sérédans  ce  journal,  révoque  eu  doute  l'expérience 
de  la  transfusion  du  sang  opérée  entre  des  animaux 
carnivores  et  herbivores.  «  On  ne  doit  jamais,  dit-il, 
disputer  des  faits;  mais  on  peut  les  nier,  et  c'est  le 
parti  que  la  saine  critique  indiquait  à  sir  Mor- 
gan (i).  )) 

Je  suis  trop  partisan  du  pyrrhonismc  philoso- 
phique ,  pour  m'oiTenser  de  cette  critique;  mais, 
je  crois  devoir,  dans  l'intérêt  de  la  science,  lever 
un  scrupule  qui  nie  semhle  peu  fondé. 

La  transfusion  du  sang  ,  telle  que  je  l'ai  exposée 
dans  mon  Essai,  était  pratiquée,  tous  les  ans,  par 
feu  sir  B.  Harwood,  professeur  d'anatomie  à  Cam- 
bridge ,  en  présence  de  ses  élèves  et  des  autres  per- 
sonnes qui  assistaient  à  ses  leçons.  J'ai  moi-même 
été  témoin  de  l'une  de  ces  expériences  ,  et  voici  les 
résultats  qu'elle  m'a  présentés.  Un  chien  étant  sou- 
mis à  l'opération,  on  lui  ouvrait  une  veine,  pour 
en  extraire  autant  de  sang  qu'il  était  possible  :  aus- 
sitôt que  l'animal  avait  éprouvé  une  défaillance  com- 
plète, un  robinet  adapté  à  un  morceau  de  tuyau 
flexible,  et  déjà  en  communication  avec  le  système 

(1)  La  saine  critique  Ludique  bien  plutôt  de  répéter  une  expé- 
rience dont  on  doute  ,  que  de  la  nier.  Les  détails  donnes  par  sir 
Morgan  nous  ont  paru  inte'ressans,  quoique  déjà  connus,  pour  la 
plupart.  Comme  fait,  la  transfusion  esl  incontestable;  mais  les 
conséquences  qu'on  a  voulu  quelquefois  tirer  de  la  transfusion,  ne 
le  sont,  pas  également  Du  reste,  des  expériences  nouvelles ,  et 
plus  méthodiques,  peuveut  seules  déterminer  ce  qu'il  y  a  de  reeï 
clans  ces  conséquences.  (N-  d.  H.) 


DE  M.  MORGAN.  441 

circulatoire  d'un  mouton  également  assujetti  à  l'ex- 
périence, était  inséré  dans  l'orifice  de  la  veine  du 
chien.  La  quantité  de  sang  employée  pour  remplacer 
la  quantité  extraite ,  se  mesurait  sur  la  manifesta- 
tion du  retour  de  la  vie  dans  le  sujet.  Quand  on 
introduisait  trop  de  sang,  l'animal  en  éprouvait  une 
légère  incommodité  (1).  Il  serait  peut-être  superflu 
d'ajouter  que ,  dans  cette  transfusion,  la  totalité  du 
sang  n'était  point  changée.  Le  système  capillaire  du 
chien  devait  toujours  en  retenir  une  portion  assez 
considérable ,  et  même  les  grands  vaisseaux  ne  pou- 
vaient pas  être  tout-à-fait  vidés.  On  ne  doit  donc 
pas  regarder  l'effet  de  cette  opération  comme  sur- 
passant de  beaucoup  la  défaillance  occasionnée  par 
de  grandes  hémorragies  ,  sauf  la  circonstance  de  l'in- 
troduction du  nouveau  sang  provenant  d'une  source 
étrangère^  et  l'on  en  peut  mieux  juger  sans  doute 
d'après  des  expériences  positives ,  que  sur  de  sim- 
ples données  conjecturales,  quelque  savantes  et  spé- 
cieuses qu'elles  puissent  être. 

Au  surplus  ,  cette  histoire  n'est  pas  nouvelle  dans 
la  physiologie ,  et  le  fait  que  l'on  me  conteste  ne 
repose  point  sur  le  témoignage  isolé  d'un  seul  in- 
dividu. 

J'ai  l'honneur  d'être  avec  estime,  etc. 

T.  C.  Morgan. 

Paris,  29  mai  1820. 


(1)  Après  l'expérience  dont  j'ai  e'të  témoin,  le  chien  a  uriné  un 
peu  de  sanç. 

3i* 


4$q  D1SSEKTATIOS 

vwvwvwvwvw  vvwwvwvvwwvwwvvx*. 

DISSERTATION 

SUR    LE     PROMÉTHÉTÏ     ENCHAÎNÉ      d'eSCHYLE, 

Luc  à  V  si  endémie  française  ,  dans  une  de  ses  séances  du 
i"  mardi  de  chaque  mois. 

Post  hune  (  7  hespidetn  )  personte  pnlLequc  repertor  honestœ, 
/EsrJiylus  et  modicii  instravit pulpita  tig/iis, 
TA  chenil  mognumque  loqui  nitlqw  colhumo. 

Hohat.  de  Arte  poet. ,  v.  2 1 8. 

Il  v  a  Lien  de  la  témérité  à  moi  de  hasarder  un 
commentaire  nouveau  sur  une  vieille  tragédie  grecque  ; 
je  ne  suis  ni  un  savant,  ni  un  poète  tragique.  Une  par- 
tie de  ma  dissertation  ,  celle  qui  touche  à  l'érudition  , 
aurait  demandé  les  profondes  connaissances  et  la  docte 
critique  d'un  membre  de  l'Académie  des  belles-lettres  ; 
une  autre  partie  ,  celle  qui  tient  à  l'art  de  la  tragédie  , 
vaudrait  beaucoup  mieux  ,  si  elle  était  l'ouvrage  d'un 
de  ceux  de  nos  confrères  qui  ont  cultivé  ce  bel  art 
avec  succès,  et  qui  s'y  sont  rendus  illustres  par  des 
chefs-d'œuvre.  11  faut  que  j'avoue  encore  que  j'ai  pris 
là  un  sujet  vingt  fois  rebattu  ,  et  que  vous  connaissez 
tous  depuis  long-tems  ;  cependant,  je  ne  désespère  pas 
de  pouvoir  offrir  à  votre  attention  quelques  observa- 
tions littéraires  et  morales  qui  peut-être  ne  vous  pa- 
raîtront pas  <Mii  ièrement  dénuées  d'intérêt. 

J'entre  en  matière.  Vous  savez  que  le  poète  Eschyle 
avait  composé  trois  tragédies  dont  Prométhée  était  le 
héros. 

La  ire,  UpounBtvç  itvùfopoç...  Prométhée  apportant  le 

leu  du  ciel. 

La  2* âsauuTr.ç.    .    .    .   enchaîne. 

La  3e 1-joy.svoç  .    .    .    .  délivré  de  ses  lieu 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  Eà'CHAIÏNÉ  D'ESCHYLE.   443 

De  ces  trois  pièces,  la  première  est  entièrement  per- 
due ;  il  ne  reste  de  la  troisième  que  quelques  vers 
épars,  et  un  fragment  de  vingt-huit  vers  de  la  traduc- 
tion latine  qu'en  avait  faite,  à  Rome,  le  poêle  Accius. 
La  seconde,  le  Prométhée  enchaîné ,  est  la  seule  que 
nous  possédions. 

C'est  une  composition  bien  extraordinaire  ,  bien 
étrange,  pour  nous  autres  modernes.  Dacier  en  a  fait 
une  critique  sévère  ;  il  dit (1),  «qu'Eschyle  avait  l'imagi- 
nation grande  et  vaste,  mais  déréglée  et  furieuse;  qu'il 
hasardait  souvent  des  choses  qui  n'étaient  pas  moins 
contre  la  nature  que  coutre  l'art;  que  son  Prométhéeest 
plein  de  ces  monstres  qu'Aristote  a  condamnés  ;  car  , 
qu'y  a-t-il  de  plus  monstrueux  ,  que,  etc.  »  (  Là  ,  il  cite 
plusieurs  des  inventions  dont  le  poète  a  formé  sa  pièce  ; 
nous  verrons  bientôt  qu'il  exagère  la  monstruosité 
d'une  de  ces  inventions,  et  que  probablement  même 
il  se  trompe  en  l'exagérant.  ) 

Le  père  Brumoy ,  Le  Franc  de  Pompignan  ont 
adouci,  sans  trop  le  combattre  ,  le  jugement  rigou- 
reux du  savant  traducteur  de  la  poétique  d'Aristote. 

La  lïarpe  ,  dans  son  Cours  de  littérature  ,  ne  daigne 
pas  s'arrêter  sur  cette  pièce  ;  il  n'en  parle  qu'en  pas- 
sant ;  il  se  borne  à  en  donner  une  analyse  fort  courte , 
fort  superficielle  ,  qu'il  commence  par  ces  mt>ts  :  Le 
sujet  de  Prométhée  est  monstrueux ,  et  qu'il  termine 
par  ceux-ci  :  Cela  ne  peut  pas  même  s'appeler  une 
tragédie. 

Soit:  cela  ne  peut  pas  s'appeler  une  tragédie  fran- 
çaise ;  mais  cela  ne  mérite   pas  non  plus  d'être  con- 


(1)   Traduction  française  de  la   Poétique  d'Aristote ,  remarq. 
sur  le  ch.  xiv. 


.}4 1  DISSERTATION 

damné  si  absolument  et  si  légèrement.  Il  faut  songer 
que  le  sujet  qui  nous  paraît  bizarre,  n'avait  rien  que 
de  conforme  aux  dogmes  religieux  des  Athénien  ;  il 
était  puisé  dans  la  mythologie  grecque  ;  à  peu  près 
comme,  chez  nos  dévots  aïeux ,  1rs  dogmes  de  la  foi 
chrétienne,  ou  les  récits  de  vieilles  et  absurdes  lé- 
gendes, fournirent  d'abord  les  sujets  des  représenta- 
tions théâtrales  auxquelles  on  donna  le  nom  de  mys- 
tèresi  mais  les  auteurs  de  ces  extravagances  pieuses 
n'étaient  pas  des  Eschyle;  les  tems,  les  lieux,  les 
peuples  ,  les  langues  ne  se  ressemblaient  pas  :  aussi 
y  a-t-il  une  différence  prodigieuse  entre  le  mystère  du 
Martyre  de  Ste.  Barbe  et  le  poëine  de  Promélhée  en- 
chaîné. 

En  lisant  cette  tragédie  avec  attention  ,  j'ai  cru 
faire,  si  j'ose  le  dire,  des  découvertes  curieuses,  et 
qui  ont  échappé  jusqu'à  présent  aux  commentateurs 
et  aux  critiques  ,  du  moins  à  ceux  que  je  connais. 

J'examinerai  de  nouveau  cet  ouvrage  ,  sous  le  double 
point  de  vue  et  du  mérite  de  la  composition  ,  et  des 
grandes  Irçons  morales. qu'il  me  semble  offrir  sous  le 
voile  de  l'allégorie. 

Et  d'abord,  cette  pièce,  l'un  des  premiers  essais  de 
l'art  naissant j  n'est  pas  conduite  sans  artifice;  il  y  a 
une  exposition,  un  nœud  ,  un  dénoûment  ;  \é  pitié  et  la 
terreur  s'y  trouvent;  les  caractères  sont  bien  tracés, 
et  bien  soutenus  :  l'intérêt  y  est  excité  ,  ménagé  ;  il  va 
en  croissant  jusqu'à  la  fin  :  on  en  pourra  juger  par 
l'analyse  exacte  et  détaillée  de  ce  poëme  extraor- 
dinaire. 

La  scène  se  passe  dans  un  désert  affreux  de  la  Scythie, 
à  V extrémité  de  la  terre  ,  suivant  le  poète  ;  les  person- 
nages qui  paraissent  d'abord  sont  Prométhéc,  Vuîeain 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAÎNÉ  D'ESCHYLE.  445 

/jôâroç ,  le  pouvoir  ou  la  puissance  ,  ($lx  ,  la  force  ou  la 
violence. 

Il  est  "vraisemblable  que  Prométhée  était  entraîné 
violemment  et  amené  malgré  lui  par  les  trois  autres 
personnages  ou  par  leur  suite  ;  il  ne  venait  pas  saris 
doute  volontairement  au  triste  lieu  qui  devait  être  le 
théâtre  de  son  supplice. 

Je  traduis  Sejabiroç  par  le  mot  puissance  ou  pouvoir,  et 
non  point  par  le  mot  force ,  comme  l'ont  fait  jusqu'ici 
tous  les  traducteurs  :  j'en  dois  dire  les  raisons  et  me 
justifier. 

i°.  Si  l'on  traduit  les  mots  Kpâroç  par  force,  et  |3ta 
par  violence  y  il  n'y  a  presque  pas  de  différence  entre 
les  deux  dénominations  ;  ces  deux  personnages  allégo- 
riques seraient  à  peine  distincts  ;  autant  valait  n'en 
mettre  qu'un.  —  20.  Au  contraire  ,  en  traduisant  Y.pdxoç 
par  pouvoir  ou  puissance  ,  et  |3ta  y>&r force  ou  violence , 
on  conçoit  clairement  deux  personnages  différens, 
dont  le  second  est  aux  ordres  du  premier  ;  le  pouvoir 
commande  ,  et  la  force  est  là  pour  soutenir  le  pouvoir , 
pour  faire  exécuter  ses  volontés,  et  vaincre  au  besoin  la 
résistance.  Aussi,  n'y  a-t-il  dans  la  pièce  que  la  puis- 
sance qui  parle  ;  elle  commande,  elle  prescrit  :  peut- 
être  ce  personnage  allégorique  avait-il  un  sceptre  à  la 
main.  La  force  ou  la  violence  ne  dit  pas  un  seul  mot  : 
elle  est  là  présente  ,  et  sa  présence  seule  est  une  menace. 
On  peut  supposer  que  ce  personnage  s'appuyait  sur 
une  massue ,  et  que  son  extérieur  avait  quelque  chose 
de  terrible  et  de  farouche.  — 3°.  Kpû-oç ,  en  grec,  veut 
dire  aussi  souvent  pouvoir,  puissance  ,  que  force  :  dans 
les  mots  qui  en  sont  composés  ,  démocratie ,  aristocrà~ 
tic,  etc.,  il  signifie:  pouvoir  exercé  par  le  peuple , 
par  les  grands ,  etc.  Il  est  vrai  que  la  force  est  aussi 


446  DISSERTATION 

une  puissance;  c'est  sans  doute  par  cette  raison  que 
le  mot  KoatTOç  a  pris  les  deux  significations  à  la  fois. 
—  4°-  Enfin  ,  /3ta  signifie  plus  particulièrenientybrce  ou 
violence  ;  c'est  le  mot  vis  en  latin  ,  et  ce  dernier  est 
formé  du  grec,  jSia  par  le  changement  très  ordinaire 
du  /3  en  v. 

Les  quatre  personnages  que  j'ai  nommés  étant  entrés 
sur  la  scène,  la  puissance ,  xoâro; ,  parle  la  première  : 
«  Nous  voici  parvenus,  dit-elle,  à  l'extrémité  de  la 
terre,  dans  la  Sevthic  ,  au  fond  d'un  désert  inacces- 
sible. Vulcain,  c'est  à  toi  de  prendre  à  cœur  les  ordres 
que  ton  père  (  Jupiler  )  t'a  donnés  ,  et  d'attacher  celui- 
ci  (Proinéthée)  sur  ces  rocs  escarpés,  avec  les  chaînes 
les  plus  dures,  que  tu  dois  rendre  indissolubles.  Il  a  dé- 
robé le  feu,  ton  plus  bel  attribut  et  l'instrument  de  tous 
les  arts  ;  il  en  a  fait  part  aux  mortels  ;  c'est  un  crime 
dont  il  doit  payer  la  peine  à  tous  les  dieux.  Il  faut  qu'il 
apprenne  à  fléchir  sous  la  volonté  de  Jupiler,  et  qu'il 
abjure  ses  idées  et  ses  habitudes  de  philanthropie.  >» 

Siépyetv,  yùavOor.'jTrou  ofKœji3a.i.  tâirttw. 
Voilà  le  sujet  exposé  ,  dès  les  premiers  mots  ;  voilà  le 
crime  de  Proinéthée  bien  établi  ;  et  ce  crime  ,  c'est  d'a- 
voir éclairé  les  hommes,  c'est  de  les  avoir  instruits, 
d'avoir  voulu  leur  faire  du  bien,  en  un  mot,  d'être  un 
philanthrope;  le  mot  est  expressément  dans  le  grec. 

Vulcain  se  met  en  devoir  d'obéir  ;  mais  il  déclare 
que  c'est  à  regret  qu'il  traite  si  durement  on  dieu  au- 
quel il  est  allié  par  le  sang.  «  Fils  trop  entreprenant  de 
la  juste  Thémis  ,  c'est  malgré  toi  et  malgré  mai  (  fcovrec 
c'azwv ,  irwitum  invitas  )  que  je  vais  t'attaekér  sur  ce  roc 
avec  des  chaînes  que  rien  ne  pourra  briser. 
TotajT1  à.-iyj'jto  tgj  yc^avdpwrrou  tcxj-oj. 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAÎNÉ  D'ESCHYLE.    \\: 

«  Voilà  ce  que  tu  gagnes  avec  ta  philanthropie  :  »  le 
même  mot  est  encore  ici  répété. 

Il  finit  par  dire  à  Prornéthée  qu'il  aura  beau  se 
plaindre  et  gémir  ;  que  le  cœur  de  Jupiter  est  inflexible; 
car  ,  ajoute-t-il  ,   «    un  nouveau  maître   est   toujours 

dur.  » 

krcaq  âz  rpctyjj;  ,  oçiç  àv  vzov  xdxxyi. 

Ce  trait  a  rapport  à  l'usurpation  récente  de  Jupiter, 
qui  a  détrôné  depuis  peu  son  père  Saturne. 

La  puissance  reproche  à  Yulcain  sa  pitié,  comme 
une  faiblesse;  et  le  dieu  forgeron,  tout  en  donnant 
des  signes  de  compassion  à  sa  victime,  ne  laisse  pas  de 
lui  attacher  les  bras  l'un  après  l'autre,  de  lui  passer 
une  chaîne  autour  des  reins,  de  lui  percer  les  pieds  et 
de  lui  enfoncer  un  clou  du  fer  le  plus  dur  au  travers 
de  la  poitrine.  Quand  tout  cela  est  fait,  il  dit  à  la 
puissance  :  «  Le  voilà  lié  de  toutes  parts  :  relirons- 
nous.  » 

La  puissance  insulte  alors  lâchement  le  malheureux 
au  milieu  de  ses  souffrances.  «  A  présent,  lui  dit-elle, 
ose  te  vanter  avec  orgueil,  et  dérobe  les  trésors  des 
dieux,  pour  les  transporter  aux  mortels,  qui  ne  vivent 
qu'un  jour  (à  tes  éphémères),  dit  le  grec.  » 

Evraù^a  vûv  vSpi^z,  v.c/.i  6zùv  yêpot 

Iv^rh-j ,  èfYi'j.éooi'jt  KOOçiOzi. 

«  Lequel  d'entre  les  mortels  pourra  soulager  tes 
maux?  On  t'appelle  Prométhée  (i);  on  a  grand  tort  : 
ce  nom  ne  te  convient  pas  ;  il  t'aurait  fallu  un  Promé- 
thée pour  t'empecher  de  tomber  dans  l'état  déplorable 
où  te  voilà  réduit.  »> 

La  Puissance,  la   Force  et  Vulcain  se    retirent;   et 

(i)  Prométhée,  en  grec,  signifie  prudent,  prévoyant. 


448  DISSERTATION 

Prométhée ,  qui  n'a  pas  encore  dit  un  mot,  qui  a  souf- 
fert sans  laisser  échapper  une  plainte,  s'adresse  alors 
à  toute  la  nature  :  «  0  OEther  !  s'écrie-t-il  ;  ô  vents 
ailés  et  rapides,  sources  des  fleuves,  innombrables  flots 
de  la  mer  ;  terre ,  qui  as  produit  tous  les  êtres  :  et  toi, 
Soleil,  dont  les  regards  embrassent  la  nature  entière, 
voyez  ce  que  les  dieux  me  font  éprouver,  à  moi,  qm 
suis  un  dieu  comme  eux!  »  —  Après  quelques  plaintes, 
il  ajoute  :  «  Mais  que  dis— je?  je  sais  d'avance  tout  ce 
qui  doit  arriver;  je  n'ai  point  à  redouter  de  malheurs 
imprévus.  Je  connais  la  force  invincible  delà  nécessité: 
subissons  l'arrêt  du  destin.  >» 

Arrêtons-nous  un  moment  sur  cette  première  partie 
de  la  tragédie.  On  ne  peut  nier  q  ne  l'exposition  nesoit  ra- 
pide, claire,  attachante;  elle  est  presque  toute  renfermée 
dans  les  onze  premiers  vers  que  j'ai  traduits.  Déjà  l'in- 
térêt commence;  car  les  spectateurs,  qui  sont  des 
hommes  ,  ne  peuvent  s'empêcher  de  s'intéresser  à  une 
grande  victime  qu'ils  voient  souffrir,  en  expiation  de 
ses  bienfaits  envers  l'espèce  humaine. 

Cette  exposition,  qui  commence  l'action  ,  qui  en  fait 
partie,  est  bien  préférable  à  celles  de  beaucoup  de 
pièces  anciennes,  expositions  qui  se  font  dans  un  pro- 
logue (jue  récite  un  personnage  étranger  à  la  pièce,  et 
qui  ne  reparaîtra  plus.  Ce  faiseur  de  prologue  vient, 
après  avoir  décliné  son  nom,  raconter  aux  spectateurs 
les  événemens  antérieurs  et  relatifs  à  l'action  ;  quel- 
quefois les  instruire  d'avance  de  ce  qui  va  se  passer 
sous  leurs  yeux.  Il  y  a  plus  d'art,  il  faut  l'avouer, 
dans  la  manière  dont  s'ouvre  et  commence  le  Promé- 
thée enchaîne. 

Les  regrets  de  Vulcain, qui ,  lui-même  a  quelque  honte 
de  son  triste  ministère  ,  et  qui  demande  pardon  à  Pro- 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAÎNÉ  D'ESCHYLE.  «449 
méthée  du  mal  qu'il  lui  fait  en  exécutant  sur  lui  les 
ordres  injustes  du  maître  ;  les  railleries  amères  que  la 
Puissance  adresse  à  l'innocent  qu'elle  opprime;  la  pré- 
sence de  la  Force,  toute  prête  à  servir  la  Puissance; 
enfin,  le  silence  courageux  de  Prométhée,  qui  ne 
daigne  s'apercevoir  ni  de  la  compassion  de  Vulcain  ,  ni 
des  injures  de  la  Puissance  :  tout  cela  forme  assuré- 
ment un  beau  tableau ,  une  scène  touchante  et  qu'on 
peut  appeler  sublime. 

A  ce  spectacle  douloureux,  le  poëte  va  faire  succé- 
der des  objets  gracieux,  des  idée*  consolantes. 

Les  plaintes  de  Prométhée  sont  interrompues  par 
l'approche  d'un  chœur  de  jeunes  nymphes,  filles  de 
l'Océan;  peut-être  une  douce  musique  annonçait- elle 
ce  chœur.  Quelques  mots  du  texte  pourraient  fonder 
cette  conjecture  : 

4>£u,  yzv Tî  fror'  au  xtvadtç^a  %Auu 

îlskctç  otcovwv  ;  AiQyip  <T  eXtzfpxiç 

ïlrspvywj  piTtod;  xjTzocvpi^u. 

«  Hélas!  hélas!  Mais,  qu'en  tends-je?  n'est-ce  pas  le 
mouvement  léger  d'oiseaux  qui  volent  près  de  ces 
lieux?  l'air  murmure  doucement  du  bruit  de  leurs  ailes 
agitées.  » 

Il  est  vraisemblable  que  cet  aimable  chœur  de  nym- 
phes vêtues  avec  grâce  et  élégance  ,  était  porté  sur  une 
machine  suspendue  ,  et  paraissait  voyagerdans  l'air  (1). 

Ce  chœur  annonce   que  les    coups  du  marteau  de 

(1)  On  sait  qu'Eschyle  apportait  un  soin  particulier  aux  habil- 
lemens  de  ses  acteurs,  aux  décorations  ,  aux  machines,  au  chant 
du  chœur,  aux  mouvemens  et  à  la  pantomime  des  personnages 
muets,  enfin  à  tout  ce  qui  pouvait  augmenter  la  pompe  du  spec- 
tacle et  Pillusion  théâtrale. 


DISSERTATION 

Vulcain  ont  retenti  jusque  c'a  us  les  antres  .le  la  mer; 
que  les  nymphes  émues  se  sont  élancées  précipitam- 
ment et  demi-vétues  (i)  sur  le  char  qui  les  amène. 
Elles  prennent  part  aux  douleurs  de  Prométhée  ;  elles 
le  plaignent;  elles  accusent  Jupiter  d'injustice  et  de 
cruauté. 

Prométhée  leur  annonce  que  ce  Chef  des  Immortels 
sera  obligé  de  recourir  à  lui ,  pour  connaître  le  nouvel 
ennemi  qui  doit  lui  enlever  son  sceptre  et  ses  hon- 
neurs ;  mais  qu'en  vain  il  emploiera  les  caresses  et  les 
menaces;  que  lui,  Pijométhée  ,  est  résolu  à  garder  le 
silence  ,  et  à  ne  point  découvrir  à  Jupiter  ce  que  celui- 
ci  a  tant  d'intérêt  de  savoir. 

Les  nymphes  le  prient  de  leur  raconter  son  histoire. 
Jl  la  reprend  d'un  peu  haut;  il  expose  que,  dans  les 
dissensions  qui  ont  armé  Jupiter  contre  Saturne,  il  a 
pris  parti  pour  le  premier,  et  lui  a  donné  des  conseils, 
à  l'aide  desquels  il  s'est  emparé  de  la  suprême  puis- 
sance. Et  voilà  comme  il  récompense  Prométhée  I  «  Mais 
c'est  une  maladie  ordinaire  aux  tyrans  de  ne  pas  sa 
fier  même  à  leurs  amis.   » 

Evsrt  yâo  7rwç  toùto  t/j  rv^iavvt'j't, 

Je  connais  trop  les  grands  ,  clans  )c  malheur  amis  , 
Ingrats  clans  la  fortune,  et  bientôt  ennemis. 

Voltaire.  lirutits. 

Il  ajoute  que  Jupiter,  à  peine  assis  sur  le  trône,  d'où 
il  avait  chassé  son  père,  a  distribué  des  honneurs  et. 
des  pi  (-(mis  aux  dieux  (otX^otow  iXÀa),  aux  uns  une  chose, 
aux  autres  une  autre;  afin  dé  se  les  attacher,  et  d'af- 
fermir ainsi  son  empire  ;  mais  que,  quant  aux  malheu- 
reux mortels,  il  voulait  les  détruire;  que  lui,  Proi 

•  r)  Le  texte  poi  te  :  onridiAffc ,  tans  <  haussun. 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  EINCHAINÉ  D'ESCHYLE.  $5i 
thée,  s'y  est  opposé  seul  ;  et  que  la  pitié  qu'il  a  eue 
clés  hommes  est  cause  qu'on  le  traite  aujourd'hui  sans 
pitié. 

Non-seulement  il  a  donné  aux  hommes  le  feu,  qui 
leur  fera  trouver  beaucoup  d'arts,  mais  il  a  éclairé 
et  fortifié  leurs  âmes;  il  les  a  guéris  de  la  crainte  de 
la  mort ,  et  il  a  placé  en  eux  les  aveugles  espérances 
qui  les  consolent. 

Cette  seconde  scène  continue  l'exposition  ;  elle  achève 
de  faire  connaître  l'injustice  de  Jupiter.  On  s'intéresse 
de  plus  en  plus  à  Prométhée:  et  la  curiosité  commence 
à  s'éveiller  par  l'idée  du  grand  secret  dont  il  se  dit 
possesseur.  La  tendre  compassion  dos  jeunes  nymphes 
forme  un  heureux  contraste  avec  la  fierté  inflexible  du 
demi-dieu.  Cet  aimable  chœur  semble  choisi  exprès 
pour  adoucir  ce  que  le  lieu  de  la  scène  a  de  sauvage  , 
ce  que  le  supplice  de  Prométhée  a  d'effrayant;  il  faut 
reconnaître  un  art  ingénieux  dans  cette  opposition  et 
dans  l'effet  qu'elle  produit. 

Enfin  Prométhée  engage  les  nymphes  à  descendre 
de  leur  char  ailé  ,  et  à  s'approcher  de  lui ,  pour  mieux 
entendre  la  suite  du  récit  de  ses  malheurs.  Les  nym- 
phes descendent  eu  effet  ;  elles  quittent  Yéther  sans 
images  f  qui  est  la  roula  des  oiseaux  ,  pour  venir  sur  le 
sommet  aride  du  rocher.  Elles  veulent  ainsi  satisfaire 
à  la  fois  leur  compassion  et  leur  curiosité. 

Il  arrive  alors  un  personnage  bien  extraordinaire  , 
l'Océan;  et,  pour  que  la  chose  soit  encore  plus  bi- 
zarre, l'Océan  est  monté  sur  un  animal  ailé  (le  grec 
dit  :  Sur  un  oiseau  aux  ailes  rapides)  ;  et  ailleurs,  c'est 
un  oiseau  à  quatre  jambes. 

11  conduit  cette  monture  à  sa  volonté,  sans  le  se- 
cours d'aucun  frein;   il  vient  témoigner  à   Prométhée 


453  DISSERTATION 

la  part  qu'il  prend  à  ses  douleurs,  comme  étant  son 
parent  (1).  Il  l'assure  que  l'Océan  sera  toujours  son 
ami  le  plus  constant.  Il  lui  conseille  de  ne  plus  tenir 
de  propos  outrageans  contre  Jupiter,  de  modérer 
l'expression  de  son  ressentiment,  de  peur  d'irriter 
encore  davantage  le  Maître  des  Dieux;  il  offre  de  faire 
une  démarche  en  faveur  de  Prométhée  auprès  du  fils 
de  Saturne;  il  espère  l'apaiser  et  obtenir  de  lui  la 
délivrance  du  malheureux  enchaîné.  Prométhée  lui 
répond  qu'il  se  compromettra  lui-même  par  cette  dé- 
marche, et  qu'elle  sera  inutile.  Il  le  remercie  de  son 
amitié,  et  ne  veut  pas  profiter  de  son  offre.  On  pour- 
rait croire  que  c'est  lui-même  qui  a  engagé  l'Océan, 
son  parent  et  son  ami,  à  faire  cette  soumission,  et 
il  en  aurait  honte.  11  congédie  donc  l'officieux  conseil- 
ler. Celui-ci  part,  toujours  voyageant  sur  son  quadru- 
pède volant,  qui  sera  bien  aise,  dit  son  maître,  de. 
regagner  Vétablc  accoutumée  ,  et  d'aller  s'j-  reposer: 

ous-joç  ot  t  av 
ZtxOuqïç  èv  ôcxscottTiv  y.dupzi.vj  yovu. 

mot  à  mot  :  se  réjouissant  déplier  le  genou  dans  Vé- 
table ,  qui  est  sa  demeure  ordinaire. 

Cette  bonté,  ou,  si  l'on  veut,  cette  faiblesse  de  l'Océan, 
ancien  ami  et  parent  de  Prométhée  ,  sert  à  faire  ressor- 
tir encore  mieux  la  force  d'âme  de  celui-ci,  qui  se  re- 
fuse à  toute  espèce  de  soumission,  et  qui  conseille  à 
l'Océan  de  ne  pas  se  mêler  de  cette  affaire ,  de  peur  de 
se  compromettre  lui-même  et  de  déplaire  au  tyran. 
Le  courtisan  timide,  qui  était  venu  donner  un  con- 
seil, profite  promptement  de  celui  qu'il  reçoit.  Il  y  a 

(i)LTO(v.iii  <  i  Japet ,  le  peredeProméth  t*,«;taient  frères,  teloa 
1  !•  siode ,  tous  deux  (ils  «lu  Ciel  et  tle  la  Terre 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAINE  D'ESCHYLE.    453 

encore  de  l'artifice  dans  l'opposition  de  ces  deux  ca- 
ractères :  l'Océan  est  un  honnête  homme  de  cour  ; 
Prométhée  une  ame  libre  et  fière. 

Prométhée  reste  avec  le  chœur  des  nymphes  qui 
pleurent  sur  lui,  et  qui  l'assurent  que  ses  soulfrances 
sont  ressenties  et  partagées  par  tous  les  habitans  de 
l'Asie  ,  ou  plutôt  par  toute  la  terre. 

Après  avoir  gardé  le  silence  pendant  quelque  tems, 
il  prend  la  parole  d'un  ton  solennel  :  «  Si  je  me  tais , 
leur  dit-il ,  ne  pensez  pas  que  ce  soit  par  orgueil  ou 
par  dédain  ;  mais  je  me  dévore  le  cœur  en  pensée  quand 
je  me  vois  ainsi  injustement  opprimé,  accablé  d'ou- 
trages ;  »  et  là,  il  revient  aux  bienfaits  dont  il  a  com- 
blé les  hommes  ;  il  en  fait  rénumération  ,  et  les  déve- 
loppe d'une  manière  étendue  ,  mais  éloquente  :  les 
mortels  lui  doivent  tout;  ils  étaient  aveugles  et  igno- 
rans  ;  il  a  dessillé  leurs  yeux  et  les  a  instruits.  C'est 
lui  qui  leur  a  appris  à  se  construire  des  habitations 
commodes ,  à  observer  le  cours  des  astres,  à  distinguer 
les  saisons-  Il  a  trouvé  la  plus  belle  des  sciences,  celle 
des  nombres, et  l'assemblage  des  lettres;  il  leur  adonné 
la  mémoire  ,  la  mère  des  Muses.  Il  a,  le  premier,  ac- 
couplé les  animaux  sous  le  joug,  attelé  les  coursiers 
au  char  magnifique  qui  fait  le  plaisir  et  l'orgueil  de 
l'opulence.  Nul  autre  que  lui  n'a  inventé  les  voitures 
aux  ailes  de  lin,  livonrepou  ,  qui  portent  les  naviga- 
teurs sur  les  mers.  Il  a  enseigné  les  remèdes  salu- 
taires par  lesquels  toutes  les  maladies  humaines 
peuvent  se  guérir.  Il  a  établi  les  diverses  sortes  de 
divination  ;  il  a  distingué  ,  le  premier  ,  les  rêves 
trompeurs  des  visions  véritables,  expliqué  le  vol  des 
oiseaux,  lu  l'avenir  dans  les  entrailles  des  victime* 
sacrifiées.  Enfin,  ces  métaux,  si  utiles  aux  hommes» 


454  DISSERTATION 

et  c;ui  étalent  enfouis  dans  le  sein  de  la  terre  ,  l'ai- 
rain, le  1er,  l'argent  et  l'or,  c'est  lui  qui  les  a  décou- 
verts; et,  pour  tout  dire  en  un  mot,  tous  les  arts 
des  hommes  leur  viennent  de  Promethée. 

Dans  la  suite  de  cette  scène,  Promélhée  fait  entendre 
que  la  tyrannie  de  Jupiter  doit  avoir  un  terme;  qu'il 
connaît  l'époque  ou  elle  doit  finir,  et  qu'il  sait  com- 
ment et  par  qui  elle  sera  détruite. 

Les  nymphes  alors  témoignent  une  curiosité  plus 
vive,  et  conjurent  Promethée  de  leur  dévoiler  ce  mys- 
tère. «  Non,  non,  répond  le  demi-dieu,  vous  insiste- 
riez en  vain  ;  je  dois  et  je  veux  garder  ce  secret  redou- 
table. >» 

Il  n'est  pas  difficile  d'apercevoir  que  le  personnage 
de  Promethée  grandit  et  s'élève,  pour  ainsi  dire, 
de  scène  en  scène;  le  voilà  maintenant  montré  non- 
seulement  comme  le  père  et  le  bienfaiteur  de  tous  les 
hommes,  mais  aussi  comme  le  maître  d'un  secret  d'où 
dépend  le  sort  de  Jupiter,  d'un  secret  auquel  l'empire 
du  ciel  est  attaché.  Ainsi ,  la  victime  acquiert  une  sorte 
de  supériorité  sur  le  tyran  qui  l'accable;  ainsi,  l'op- 
presseur aura  besoin  de  l'opprimé  :  la  curiosité  e1  l'in- 
térêt redoublent;  le  nœud  de  la  pièce  est  tonné;  il 
consiste  à  savoir  quel  est  ce  grand  secret,  et  surtout  si 
Promethée  le  gardera  malgré  Jupiter.  Assurément ,  ce 
sont  là  des  ressorts  qui  doivent  attacher  le  spectateur. 

Survient  un  nouveau  personnage]  c'est  lo,  fille* du 
fleuve  Inachus ,  l'une  des  nombreuses  maîtresses  de 
Jupiter,  celle  qu'il  métamorphosa  en  génisse  pour 
tromper  la  jalousie  de  Junon  ;  et  ici  se  présente  une 
difficulté  que  les  commentateurs  n'ont  pas  résolm 
complètement. 

On  demande  sous  quelle  forme  paraissait  la  fille  d'Ina- 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAÎNÉ  D'ESCHYLE.    455 

chas?  Était-elle  entièrement  métamorphosée?  Était-ce 
une  génisse  que  voyait  le  spectateur?  et  cette  génisse  par- 
lait-elle comme  une  femme?  Dacier  n'hésite  pas  à  pro- 
noncer l'affirmative;  et  c'est  une  des  inventions  de  la 
pièce  qu'il  appelle  monstrueuses  ;  le  P.  Brumoy  rejette 
l'opinion  de  Dacier,  sans  la  réfuter  ;  «  elle  est  trop  ridi- 
cule, dit-il ,  pour  être  fondée.  » 

Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'après  que  la  nymphe 
est  entrée  sur  la  scène  ,  et  qu'elle  y  a  parlé  quelque 
tems  ,  le  chœur,  s'adressant  à  Prométhée,  lui  demande 
s* il  entend  les  discours  de  cette  jcwifrjllle  qui  porte  des 
cornes  de  vache? 

Kaôsïç  irooGfBsyiJux.  ràç  /3oû/.epw  na.pQévcv  ; 

Un  peu  plus  loin,  elle  dit  positivement  elle-même 
que  sa  Jigure  et  sa  raison  ont  été  altérées  ; 

Euôùç  dé  [iopfh  y.où  fpsveç  dtckçoofoi 
•/îcav. 

Cornue ,  comme  vous  le  voyez ,  ajoute-t-elle. 

~Kioa.cn;  â'  wç  opotre. 

Enfin ,  elle  dit  encore  qu'elle  a  été  gardée  par  un  bou- 
vier, enfant  de  la  terre,  par  Argus.  \ 

Bouxû).oç  dé  7*jyev/jç 
Apyoç  <*}[/.<xpTU* 

Que  faut- il  conclure  de  tous  ces  passages?  Pour 
aider  aux  conjectures  ,  il  est  bon  de  rappeler  que 
les  acteurs  des  pièces  grecques  jouaient  masqués  ; 
que  leurs  masques  leur  enveloppaient  toute  la  tête, 
et  la  faisaient  paraître  plus  forte  et  plus  grosse  que 
nature  ;  qu'ils  employaient  des  moyens  de  hausser 
et  de  grossir  leur  taille  au-delà  des  proportions  ordi- 
naires de  la  stature  humaine  ,  et  cela  à  cause  de  la 
TOME  vi.  3?. 


456  DISSERTATION 

vaste  étendue  des  théâtres.  Il  y  avait  donc  quelque 
chose  de  fantastique  et  d'idéal  dans  les  costumes  ;  quel- 
quefois ,  le  déguisement  allait  jusqu'à  la  bizarrerie. 
Aristophane  ne  fait-il  pas  paraître  des  oiseaux  dans  la 
comédie  de  ce  nom?  Ces  étranges  personnages  tantôt 
parlent  comme  des  hommes,  et  tantôt  ramagent ,  sif- 
flent ou  piaulent  comme  des  oiseaux.  Quel  était  leur 
co»tume?  Vraisemblablement,  ils  portaient  sur  un 
corps  d'homme  un  masque  qui  représentait  une  tête 
d'oiseau,  qui  avait  un  bec,  une  huppe,  une  crête; 
peut-être  avaient^-ils  aussi  des  ailes  ou  des  plumes  sur 
le  corps. 

Ne  peut-on  pas  penser  que  le  personnage  d'Io  parais- 
sait sous  la  forme  d'une  femme  avec  une  tête  de  gé- 
nisse? Le  Franc  de  Pompignan  est  d'avis  que  ce  devait 
être  en  effet  une  femme,  mais  que  ses  traits  étaient 
défigurés  ,  et  qu'elle  avait  des  cornes  sur  la  tête  :  cette 
opinion  peut  paraître  plausible.  Et  voilà  une  des  mons- 
truosités que  Dacier  a  cru  voir  dans  la  pièce ,  mais  qui 
ne  s'y  trouve  pas,  ou  du  moins  qui  n'y  est  pas  aussi 
grande  qu'il  l'a  supposé. 

Quoiqu'il  en  soit,  Io,  lorsqu'elle  entre  sur  la  scène, 
est  dans  un  état  de  douleur,  d'agitation  ,  de  souffrance, 
qui  va  presque  jusqu'au  délire.  Elle  demande  :  «  Quelle 
est  cette  terre?  quelle  race  d'hommes  l'habite?  quoi  est 
ce  malheureux  que  je  vois  attaché  surcerochrr  aride?» 
Bientôtelle  fait  entendre  lesplaintes  les  plus  touchantes; 
elle  accuse  Jupiter  qui  l'a  réduite  à  cet  excès  d'infor- 
tune ;  elle  l'implore  et  le  conjure  de  terminer  ses  maux , 
en  lui  ôtaut  la  vie. 

Prométhée  reconnaît  en  elle  la  fille  d'ïnachus  ;  il  sa  il 
ton  le  l'histoire  de  ses  malheurs;  mais  il  l'engage  à  la 
raconter  au  chœur  des  jeunes  nymphes ,  ce  qu'elle  fait  : 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAÎNÉ  DESCHYLE.    457 

elle  expose  qu'elle  est  aussi  une  victime  déplorable  de 
Jupiter,  qui,  malheureusement  pour  elle,  l'a  aimée; 
que,  pour  lui  arracher  ses  faveurs,  il  a  menacé  son 
père  Inachus,  et  l'a  contraint  à  chasser  sa  fille  de  sa 
maison.  [Elle  a  été  errante,  abandonnée;  c'est  alors 
que  Jupiter  lui  a  fait  violence  :  depuis  ce  tems ,  sa  figure 
et  sa  raison  ont  été  altérées  ;  des  cornes  se  sont  élevées 
sur  son  front;  elle  a  été  livrée  à  la  garde  de  l'impi- 
toyable Argus  ;  et,  depuis  la  mort  de  celui-ci ,  elle  est 
continuellement  poursuivie  et  piquée  par  un  taon  qui 
la  perce  sans  cesse  de  son  aiguillon  ,  qui  s'attache  à  elle 
et  la  force  de  courir  de  contrée  en  contrée.  Elle  de- 
mande à  Prométhée,  qui  connaît  l'avenir,  de  lui  dire 
quel  sera  enfrn  le  terme  de  ses  courses  et  de  ses  misères. 
Le  demi-dieu  ne  manque  pas  cette  nouvelle  occasion 
d'accuser  l'injustice  de  Jupiter.  «  Que  vous  en  semble? 
dit-il,  en  s'adressant  au  chœur,  est-il  assez  barbare, 
ce  tyran  des  cieux?  Parce  qu'il  a  eu  la  fantaisie  de 
ravir  les  faveurs  de  cette  jeune  nymphe,  la  voilà  con- 
damnée à  de  longues  et  pénibles  courses  et  à  d'horribles 
souffrances  !  Quel  funeste  amant!...  et  que  je  te  plains, 
ô  ma  fille  !  » 

Cette  réflexion  est  attendrissante  et  morale,  et  faite 
en  même  tems  pourexciter  contre  Jupiter  une  juste  in- 
dignation ;  ce  n'est  pas  assurément  sans  dessein  que  le 
poëte  a  ainsi  rassemblé, et  mis  en  opposition  sous  les  yeux 
du  spectateur,  deux  victimes  du  tyran;  l'une  n'a  pas 
moins  à  gémir  de  son  amour,  que  l'autre  de  sa  haine. 

Prométhée  satisfait  ensuite  aux  demandes  d'Io  ,  lui 
trace  le  long  chemin  qui  lui  reste  encore  à  parcourir,  et 
lui  annonce  qu'elle  se  reposera  dans  l'île  triangulaire 
de  l'Egypte  (  le  Delta  A  );  et  que  là  ,  par  ordre  du  destin, 
une  colonie  nombreuse  sortira  d'elle  et  de  sesenfanf. 

3a* 


458  DISSERTATION 

Ce  n'est  pas  tout:  Prométhée,  toujours  occupé  de 
l'avenir  dans  lequel  il  voit  la  chute  de  Jupiter  et  sa 
propre  vengeance,  prédit  encore  ici  cet  événement ,  et 
il  annonce  qu'il  sera  délivré  par  un  des  futurs  descen- 
dais d'Io  (i).  Celle-ci  jouit  de  cette  prédiction  ,  qui  lui 
promet  aussi  qu'elle  sera  vengée.  Elle  voudrait  obtenir 
de  Prométhée  plus  de  détails  sur  les  évéuemens  qui 
amèneront  la  punition  de  Jupiter;  mais  le  demi-dieu 
se,  borne  à  la  prédiction  qu'il  a  faite  ,  et  refuse  de 
s'expliquer  davantage. 

Après  le  départ  d'Io,  Mercure  se  présente  :  il  des- 
cend du  ciel,  et  vient,  par  Tordre  de  Jupiter,  inter- 
roger Prométhée  ;  il  veut  que  celui-ci  révèle  ce  qu'il 
sait  et  ce  qu'il  a  commencé  à  prédire.  Est-il  vrai  que 
Jupiter  doive  un  jour  être  détrôné?  Par  qui  doit-il 
l'être?  contre  qui  doit  —  il  se  mettre  en  garde?  Promé- 
thée répond  qu'il  sait  ce  qu'on  lui  demande  ,  qu'il 
pourrait  le  dire,  mais  qu'il  ne  le  dira  pas.  Il  se  réjouit 
de  la  chute  future  de  son  tyran  ;  il  traite  Mercure  avec 
i  j  i  «pris  et  indignation,  connue  un  vil  esclave.  En  vain 
celui-ci  emploie  tour  à  tour  les  prières  et  les  menaces  ; 
en  vain  le  chœur  même,  s'intéressant  toujours  à  Pro- 
uM'tliée  et  désirant  voir  la  fin  de  ses  maux,  lui  con- 
seille de  se  rendre  et  de  terminer  par  sa  soumission 
cette  lutte  trop  inégale:  Prométhée  demeure  inébran- 
lable ;  il  brave  Jupiter  et  toute  sa  puissance;...  enfin, 

(i)  Il  Ittidit  que  rc  Bera  le  trpfeWme  Après  te  dixième  de  ses  ar- 
rière  petits-fili  : 

rptroç  yé  yévvov  "Xfh%  èex    u\?.u.'i>   >f»c.'_-. 

Il  parât!  que  c'est  Hercule  qifil  entend,  et  que  ,  dans  la  IragekKede 
Promu  il  1 1  délivré  1  c'était  en  effet  le  fil*  ûVAlcme\ne  qui  devenait 
le  Ubéi  i te ur  du  (ils  de  Janct. 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAIKÉ  D'ESCHYLE.   459 

le  messager  céleste  lui  annonce  qu'il  va  être  foudroyé, 
s'il  s'obstine  dans  ses  refus.  Il  n'est  pas  plus  touché  de 
cette  menace  que  des  autres  :  il  défie  la  foudre  même  ; 
il  sait  bien  que  Jupiter  est  le  maître  de  la  lancer ,  mais 
il  ne  cédera  point  ;  il  y  est  résolu.  La  foudre  éclate  en 
effet,  atteint  et  brise  les  rochers  auxquels  Prométhée  est 
attaché  ,  et  le  fait  tomber  et  disparaître. 

Tel  est  le  dénoûment  de  cette  singulière  tragédie. 
Dans  la  dernière  scène  surtout,  qui  est  la  plus  belle  de 
la  pièce,  le  rôle  de  Prométhée  est  d'une  énergie  éton- 
nante; il  semble  que  ce  soit  d'après  ce  modèle  qu'TTo- 
race  ait  tracé  le  portrait  de  son  homme  juste  et  iné- 
branlable dans  ses  résolutions  : 

Justum  et  tenacem  propositi  virum 
IVonfulminantis  magna  Jouis  manus 
Mente  qualit  solidd. 
Sifractus  illabatur  orbis , 
ïmpavidum  ferlent  ruinœ. 

C'est  précisément  l'histoire  du  Prométhcc  enchaîne 
d'Eschyle. 

Toute  l'action ,  comme  on  vient  de  le  voir  dans 
l'analyse  de  la  pièce,  se  passe  de  suite,  sans  interrup- 
tion, sous  les  yeux  du  spectateur.  Les  unités  de  lieu  , 
de  tems ,  d'action,  y  sont  sévèrement  observées. 

A  la  vérité,  il  y  a  des  personnages  épisodiques  , 
celui  de  Y  Océan  et  celui  d'To,  et  l'on  peut  dire  que 
ces  deux  scènes  où  l'un  et  l'autre  paraissent,  ne  tien- 
nent pas  nécessairement  à  l'action  ;  mais  ces  deux  per- 
sonnages sont  parfaitement  bien  choisis  pour  concourir 
à  l'effet  total  de  la  pièce,  au  but  que  le  poète  s'est 
évidemment  proposé,  et  qui  est  d'intéresser  à  Promé- 
thée, de  soulever  d'indignation  contre  la  tyrannie  «if- 
Jupiter. 


46o  DISSERTATION 

Il  me  semble  que  j'ai  fait  voir  que  cette  pièce  singu- 
lière ,  bizarre  ,  si  Ton  veut ,  est  fort  au-dessus  de  l'inju- 
rieux dédain  dont  La  Harpe  l'a  gratifiée;  il  ne  faut 
jamais  dédaigner  un  poêle,  un  vrai  poète,  un  inven- 
teur comme  Eschyle;  cela  porte  malheur.  Des  sept 
pièces  qui  nous  restent  de  ce  tragique  ,  il  y  en  a  cinq 
que  La  Tlarpe  condamne  avec  cette  même  légèreté:  il 
trouve  des  beautés  de  détail  et  de  la  poésie  dans  les 
Sept  devant  Thebes  ,  et  quelques  scènes  vraiment  tra- 
giques et  un  peu  d'action  théâtrale  dans  les  Choéphores- 
il  a  même  traduit  en  vers  quelques  morceaux  de  ces 
deux  tragédies.  Il  me  semble  aussi  que  j'ai  prouvé  que 
le  jugement  de  Dacier  sur  le  Prométhée  enchaîné  est 
encore  trop  sévère,  et  qu'enfin  on  ne  pourrait  pas  se 
flatter  de  connaître  la  pièce  et  de  s'en  être  fait  une 
juste  opinion,  si  l'on  n'avait  lu  que  ce  qu'en  ont  dit 
ces  deux  grands  critiques. 

Je  n'ai  point  parlé  du  style  qui  est  à  la  fois  énergi- 
que et  simple  dans  le  dialogue  ,  plein  de  poésie  et  d'har- 
monie dans  les  chœurs  et  dans  les  morceaux  lyriques  ; 
ce  mérite  a  été  relevé  par  de  meilleurs  connaisseurs 
que  moi.  Ces  mêmes  connaisseurs  avouent  qu'Eschyle 
est  quelquefois  obscur  ,  emphatique  dans  ses  figures , 
et  boursoufflé  dans  ses  expressions  ;  mais  ils  s'accordent 
à  reconnaître  en  lui  un  génie  sublime,  qui  a  donné  à  la 
tragédie  une  hauteur  divine,  dans  des  essais  encore  in- 
cultes et  informes. 

C'est  à  peu  près  ainsi  qu'en  ont  parlé  le  P.  Brumoy 
et  Lefranc  de  Pompignan.  Le  génie  d'Eschyle  a  été  bien 
apprécié  par  l'illustre  auteur  du  Voyage.  d1  Anacharsis, 
qui  le  nomme  sans  dilliculté  le  pire  et  l'inventeur  de  la 
tragédie.  Feu  notre  confrère  Legouvé  avait  été  vive- 
ment frappé  du  Prométhée  d'Eschyle  ;  il  le  comparait , 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  EÎSCHAIINÉ  D'ESCHYLE.     46s 

pour  l'énergie ,  au  Satan  de  Milton.  Il  s'était  exercé 
sur  cette  pièce  grecque  dont  il  a  fait  une  analyse  ,  et 
dont  il  a  traduit  en  beaux  vers  plusieurs  morceaux  , 
particulièrement  la  dernière  scène  toute  entière  qu'il 
regardait  comme  sublime.  Cette  analyse  et  cette  tra- 
duction,  très  dignes  de  l'auteur  de  la  Mort  cV Abel , 
a"  Epicharis  et  Néron,  etc.,  se  trouvent  dans  le  Mer- 
cure du  samedi  3  octobre  1807  ,  et  dans  le  Moniteur  du 
lundi  12  du  même  mois,  n°  285. 

Mais  parmi  nos  critiques  et  nos  écrivains  français, 
aucun  peut-être  n'a  mieux  senti  ni  mieux  caractérisé 
le  génie  du  vieux  Eschyle,  que  l'auteur  du  Cours  ana- 
lytique de  littérature  générale  ;  et  cela  devait  être  :  si 
notre  confrère  M.  Lemercier  n'avait  pas  été  profon- 
dément pénétré  des  beautés  mâles  du  poète  grec,  il  ne 
l'aurait  pas  si  heureusement  imité,  ou,  pour  parler 
plus  juste,  surpassé  dans  son  admirable  tragédie  à'A- 
gamernnon. 

Il  me  reste  à  traiter  la  partie  allégorique  ,  et  à  dé- 
voiler le  sens  mystérieux  et  moral  qui  me  semble  ca- 
ché sous  la  fable  qu'Eschyle  a  montrée  à  ses  spec- 
tateurs. 

Ce  n'est  pas  d'aujourd'hui,  comme  on  peut  aisé- 
ment le  penser ,  qu'on  a  cherché  à  quels  événemens 
cette  fable  extraordinaire  pouvait  faire  allusion. 

Je  vois  ,  dans  le  commentaire  de  Stanley  sur  Es- 
chyle ,  que  quelques-uns  des  saints-pères  ont  trouvé 
des  rapports  entre  l'enchaînement  fabuleux  de  Pro- 
méthée  sur  le  Caucase  et  la  passion  de  Notre-Seigneur, 
fondés,  dit  le  commentateur,  sur  les  raisons  que  voici, 
ou  sur  d'autres  semblables  :  «  Le  Christ  est  le  verbe ,  la 
sagesse  du  père  ;  et  Pythagore,  si  l'on  en  croit  quel- 
ques-uns ,  l'a  appelé  la  sagesse ,  nom  qui  ressemble  à 


fôi  DISSERTATION 

celui  de  Prométhée  (prudent,  prévoyant  ).  Le  Christ  et 
Prométhée  veulent  tous  deux  du  bien  aux  hommes; 
tous  deux  sont  philanthropes.  Eschyle  donne  à  l'en- 
chaînement de  Prométhée  une  cause  toute  nouvelle  et 
fort  différente  de  celles  qui  ont  été  indiquées  ailleurs; 
mais  cette  cause  entre  tout-à-fait  dans  l'analogie  que 
ces  pères  établissent  entre  Prométhée  et  le  Christ.  En 
effet,  lorsque  Jupiter  avait  résolu  de  perdre  les  hom- 
mes, Prométhée  s'y  est  opposé  et  les  a  délivrés  de  l'enfer: 

E'/f>j  §ï  zol^ir,;  sç-:\-J(jy.UY)v  8007 ovç, 
Toù  ur,  <?iaûpai£evTotç  sic  <ic?ov  p.olsïv. 

ft  Moi  seul,  dit-il  dans  la  pièce  grecque,  j'ai  été  le 
libérateur  des  mortels  ;  sans  moi,  ils  étaient  per- 
dus et  précipités  dans  l'enfer.  »  C'est  pour  cela  que 
Suidas  interprète  cette  épithète  de  Prométhée, /rwpyov 
(fabricatorem  ïiominwn) ,  fahncateur  d'hommes  ,  par 
ces  mots  :  tov  vnzp  tou  Ïxoj  atTfofoqtneovtz  ,  morienlcm 
pro populo  ,  mourant  pour  son  peuple. 

La  pieuse  supposition  des  saints-pères,  trouvant  dans 
le  martyre  de  Prométhée  un  emblème  de  la  passion  de 
Notre-Seigneur ,  ne  me  paraît  que  l'effet  d'une  ten- 
dance habituelle  à  tout  rapporter  à  la  religion  chré- 
tienne ,  même  ce  qui  lui  est  tout-à-fait  étranger.  Je  ne 
m'arrête  donc  pas  à  cette  première  explication  de  l'al- 
légorie d'Eschyle. 

Le  P.  Prumoy  a  formé  des  conjectures  toutes  diffé- 
rentes ;  il  s'est  abstenu  des  idées  religieuses,  pour  s'at- 
tacher de  préférence  aux  idées  politiques.  «  Il  serait, 
dit-il  ,  tenté  de  croire  que  le  sujet  qui  nous  parait 
tnonst  rueux  ,  est  une  allégorie  sur  les  rois ,  et  peut-être 
sur  Xercèfl  OU  Darius,  chose  extrêmement  ragoûtante 
pour  une  république  (  c'est  son  expression  )  ;  peut-être 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAIKÉ  D'ESCHYLE.    403 

aussi  sur  les  conquêtes  des  Héraclides...  Il  est  vrai  , 
dit-il  encore  un  peu  plus  loin  ,  que  le  déchaînement  de 
Prométhée  contre  la  royauté  devait  seul  intéresser  les 
Athéniens  ,  et  qu'Eschyle  avait  en  vue  de  leur  plaire 
par  cet  endroit.  »> 

D'abord  ,  les  conquêtes  des  Héraclides  ne  sont  pas 
même  indiquées  dans  le  Prométhée  enchaîné.  Un  seul 
vers  paraît  contenir  une  allusion  à  la  future  naissance 
d'Hercule;  et  ce  vers  ne  suffît  pas  assurément  pour 
fonder  une  pareille  conjecture.  En  second  lieu,  il  me 
semble  aussi  que  le  P.  Brumoy  se  trompe,  lorsqu'il 
suppose  que  Prométhée  se  déchaîne  contre  les  rois  et: 
la  royauté,  contre  Xercès  ou  Dariws,  et  qu'Eschyle 
avait  en  vue  de  plaire  aux  Athéniens  par  cet  endroit , 
et  de  faire  une  chose  extrêmement  ragoûtante  pour  une 
république. 

Ce  qui  prouve  l'erreur  du  critique,  c'est  que  les 
mots  roi  et  reine  ,  Bxvàevç,  Hxaiksict,  ne  se  trouvent  pas 
même  une  seule  fois  dans  la  pièce  du  Prométhée  en- 
chaîné.  Eschyle  ,  dans  une  autre  de  ses  tragédies  ,  dans 
celle  qui  est  intitulée  Les  Perses  ,  a  montré  à  ses 
compatriotes  le  spectacle  flatteur  de  la  désolation 
du  grand  roi  Xerxès,  de  son  palais,  de  sa  famille, 
après  la  déroute  de  son  innombrable  armée  ,  après  la 
mémorable  défaite  de  Salamine;  le  poète  a  fait  pa- 
raître, dans  cette  pièce  ,  l'ombre  de  Darius,  et  sa 
veuve,  et  un  chœur  de  vieillards  persans  gémissant  sur 
la  victoire  des  Grecs;  enfin  ,  Xercès  revenu  seul  de 
<  ptte  expédition  où  il  avait  conduit ,  dit-on  ,  un  million 
de  soldats.  C'est  dans  cette  pièce  que  les  rois  de  Perse 
sont  sacrifiés  au  ressentiment  et  à  l'orgueil  du  vain- 
queur. Aussi  le  mot  de  roi,  IîaTt).£&ç,  y  est-il  souvent  em- 
ployé. Cette  tragédie  des  Perses  était,  comme  on  l'a 


464  DISSERTATION 

déjà  souvent  remarqué  ,  une  pièce  patriotique  et  de 
circonstance  ;  elle  devait  faire  le  plus  grand  plaisir  à 
des  spectateurs  athéniens,  en  rehaussant  à  leurs  yeux 
leurs  propres  triomphes. 

Je  proposerai  aussi  mes  conjectures  sur  le  sens  allégo- 
rique du  Prométhée  enchaîné ,  et  j'espère  qu'elles  ne 
paraîtront  pas  moins  plausibles  que  celles  qui  ont  été 
imaginées  jusqu'à  présent;  ou  plutôt,  pour  dire  sin- 
cèrement ce  que  j'en  pense ,  j'espère  qu'on  reconnaîtra 
que  j'ai  trouvé,  le  premier,  la  véritable  intention  du 
poëte,  qui,  en  composant  cette  pièce,  a  caché,  sous 
le  voile  transparent  d'une  fable  intéressante  ,  de 
grandes  leçons  de  morale  et  de  politique. 

Tout  mon  système  repose  sur  la  nouvelle  interpréta- 
tion que  j'ai  donnée  d'un  seul  mot ,  du  mot  de  y.pazoc 
que  je  traduis  par  pouvoir  ou  puissance,  et  non  par  le 
mot  force ,  comme  on  l'a  toujours  fait  jusqu'ici.  Ce  sens 
adopté,  je  vois  qu'Eschyle  a  voulu  rendre  odieux  le 
pouvoir  absolu,  montrer  la  tyrannie  toute  puissante 
aux  prises  avec  le  courage  malheureux  ,  mais  inflexible. 
Tout  l'intérêt  de  la  pièce  repose  sur  Prométhée  qui  est 
la  victime  ;  toute  l'indignation  du  spectateur  est  sou- 
levée contre  son  oppresseur  ,  Jupiter. 

Et  quels  sont  les  caractères  que  le  poëte  a  donnés  à  la 
tyrannie?  C'est  d'abord  la  crainte  et  la  haine  des  lu- 
mières et  de  celui  qui  a  instruit  les  hommes,  qui  a 
étendu  leurs  connaissances  ,  agrandi  et  fortifié  leur 
raison.  Prométhée  est  un  philanthrope  :  de  quoi  se 
mêle-t-il?  Jupiter  veut  gouverner  sans  contradiction , 
sans  qu'on  ose  ni  qu'on  puisse  examiner  les  motifs  de 
ses  ordres  souverains. 

Ensuite,  le  tyran  se  joue  du  bonheur  et  de  l'exis- 
tence de  ses  sujets  ;  il  rapporte  tout  à  lui-même;  il  est 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAÎNÉ  D'ESCHYLE.    /f65 

sans  pitié  ,  sans  humanité ,  pourvu  qu'il  commande  et 
qu'il  jouisse.  La  beauté  est  trop  heureuse  qu'il  daigne 
abaisser  ses  regards  sur  elle  et  l'honorer  de  ses  désirs 
licencieux  :  qu'importe  qu'elle  en  perde  le  repos ,  la 
raison  et  la  vie?  tout  doit  s'immoler  aux  caprices  du 
maître. 

Ce  maître  terrible  éprouve  encore  plus  de  craintes 
qu'il  n'en  inspire  :  il  vit  dans  une  anxiété  continuelle  ; 
il  est  sévère  et  cruel ,  parce  qu'il  est  timide  et  lâche  ; 
il  sent  malgré  lui  que  la  tyrannie  violente  se  détruit 
elle-même  ;  et  en  effet ,  au  moment  où  elle  semble  tout 
soumettre ,  tout  écraser ,  lorsqu'elle  paraît  le  mieux 
affermie,  la  raison  prévoit  sa  chute  et  peut  d'avance 
en  marquer  l'instant  :  c'est  ce  que  le  poëte  a  voulu 
montrer ,  lorsqu'il  a  donné  à  Prométhée  la  prescience 
de  la  chute  inévitable  du  tyran  Jupiter. 

Dans  le  personnage  de  la  force  ou  violence,  Eschyle 
a  fait  voir  les  satellites  de  l'autorité  absolue,  ceux  qui 
se  dévouent  à  exécuter  tous  ses  ordres,  quels  qu'ils 
soient,  à  commettre  aveuglément  les  crimes  qu'on  leur 
commande  ;  hommes  féroces  et  sanguinaires,  faits  pour 
être  aux  gages  des  Triumvirs ,  des  Caligula ,  des  Néron. 
Les  anciens  tyrans  de  la  Grèce  ne  manquaient  pas  saus 
doute  de  soudoyer  aussi  de  pareils  sicaires,  pour  s'en 
servir  au  besoin. 

Vulcain  est  un  de  ces  êtres  serviles  qui  non-seule- 
ment ne  résistent  pas  à  l'oppression  ,  mais  même  qui 
se  mettent,  par  faiblesse,  au  service  de  l'oppresseur, 
de  ces  demi-gens  de  bien  qui  sont  tout  fâchés  du  mal 
qu'ils  font;  qui  persécutent  et  tourmentent  avec  des 
manières  bénignes.'  «  C'est  bien  malgré  moi ,  dit-il  à 
Prométhée  ;  mais  il  faut  que  je  vous  enchaîne  les  bras  , 
les  jambes,  que  je  vous  cloue  à  ce  rocher;  voilà  ce 


466  DISSERTATION 

qu'on  gagne  à  être  un  philanthrope!  Vous  voulez  éclairer 
les  hommes,  les  servir  et  les  rendre  plus  heureux  ;  mau- 
vais métier  I  Jupiter  veut  régner  à  sa  fantaisie  ;  il  a  peur 
Je  vous  ,  et  moi  j'ai  peur  de  lui.  Il  faut  bien  ,  mon  bon 
ami ,  que  je  fasse  mon  métier.  » 

J'ai  déjà  remarqué  que  le  personnage  de  l'Océan,  un 
peu  moins  vil  que  celui  de  Vulcain,  sert  merveilleuse- 
ment à  faire  ressortir,  par  le  contraste,  le  courage  et 
la  force  d'ame  de  Prométhée.  L'Océan  est  un  courti- 
san,  qui  sera  toujours  du  parti  du  plus  fort;  qui  pense 
qu'il  ne  faut  jamais  se  brouiller  avec  ceux  qui  dispo- 
sent des  biens  et  des  dignités  ;  qu'il  ne  faut  point  leur 
résister,  ni  se  faire  contre  eux  le  champion  des  faibles, 
ni  le  redresseur  des  torts,  ni  l'ennemi  des  abus.  On 
doit  avant  tout  songer  à  soi ,  et  se  maintenir  bien  à  la 
cour  :  une  disgrâce  est  le  plus  grand  des  malheurs. 

Mercure  aussi  remplit  habilement  le  rôle  dont  il 
est  chargé  ;  adroit  exécuteur  de  la  volonté  de  Jupiter, 
il  essaie,  par  toutes  sortes  de  moyens,  d'arracher  à 
la  courageuse  victime  son  important,  secret;  mais  la 
prière  et  les  menaces  viennent  se  briser  contre  Fin- 
flexibilité  (\i\  héros. 

Au  milieu  de  tous  les  autres  personnages  ,  s'élève 
celui  de  Prométhée,  rehaussé  par  tout  ce  que  les 
hommes  sont  disposés  à  admirer,  à  chérir  et  à  plain- 
dre, par  les  vastes  connaissances  ,  par  les  hautes  vertus, 
par  l'injuste  persécution. 

11  est  évident  pour  moi  qu'Kschyle,  dans  cet  apo- 
logue mis  en  action,  a  voulu  montrer  l'utilité  des  lu- 
mières, combien  elles  contribuent  à  l'amélioration  et 
au  bien-être  de  l'espèce  humaine  ;  ce  que  nous  devons 
de  respect  et  de  reconnaissance  à  ces  génies  supérieurs, 
à  ces  espèces  de  demi-dieux,  qui ,  inspirés  par  l'amour 


SUR  LE  PROMÉTHÉE  ENCHAÎNÉ  D'ESCHYLE.  467 
de  l'humanité ,  s'oublient  eux-mêmes,  s'exposent  aux 
périls ,  se  sacrifient  pour  ouvrir  aux  hommes  de  nou- 
velles sources  de  science,  de  sagesse  et  de  bonheur.  J'y 
vois  encore  que  les  tyrans,  toujours  occupés  de  se  main- 
tenir dans  leur  poste  usurpé,  redoutant  à  chaque  instant 
qu'on  ne  s'aperçoive  de  leur  sottise,  de  leur  nullité,  de 
leur  méchanceté,  ont  grand  soin  de  s'entourer  de  ténè- 
bres.Quiconque  apporte  un  flambeau  dans  la  nuit  épaisse 
qu'ils  s'appliquent  à  entretenir,  leur  devient  suspect, 
lis  essaient  d'abord  de  corrompre  les  hommes  éclairés 
et  vertueux  qu'ils  redoutent  ;  ils  leur  offrent  ce  qu'ils 
peuvent  donner,  des  richesses  et  des  honneurs  préten- 
dus. Si  leurs  offres  sont  rejetées  ou  dédaignées  ,  il  n'est 
rien  dont  leur  ressentiment  ne  soit  capable  ;  et  c'est 
alors  que  le  métier  de  sage  et  de  philanthrope  devient 
d'autant  plus  honorable  ,  qu'il  est  plus  dangereux. 

Je  ne  pousserai  pas  plus  loin  ce  commentaire,  déjà 
trop  long  peut-être  ;  mais ,  pour  appuyer  encore  ma 
conjecture ,  je  rappellerai  à  quelle  époque  le  poëte 
écrivait.  Il  faut  se  souvenir  que  la  naissance  d'Eschyle 
eut  lieu  vingt-quatre  ou  vingt-cinq  ans  après  le  ren- 
versement dç  la  lyrannie  des  Pisistratides  ;  que  le 
père  d'Eschyle  ,  Euphorion ,  avait  pu  voir  les  lois  de 
Solon  abolies  par  Pisistrate  ,  qui  s'empara  du  pouvoir 
absolu  ;  qu'il  avait  pu  ensuite  avoir  à  gémii  de  la  longue 
oppression  de  sa  patrie,  et  peut-être  prendre  part  à  la 
conjuration  d'Harmodius  et  d'Aristogiton  ,  qui  avaient 
voulu  affranchir  leur  patrie  du  joug  des  Pisistratides.  11 
faut  se  rappeler  quel  courage,  quelle  constance  firent 
voir,  au  milieu  des  supplices,  Aristogiton  et  plusieurs 
des  conjurés;  entre  autres  cette  femme,  qui  ,  pour  ne. 
point  dénoncer  ceux  qu'elle  connaissait,  se  coupa  elle- 
même  la   langue  ave<    ses   dents.    La   statue  de   cède 


463  DISSERTATION 

femme,  et  celles  qui  furent  élevées  à  Harmodius  et  à 
Aristogilon  ,  étaient  debout  sur  la  place  publique,  à 
Athènes,  où  Eschyle  les  voyait  tous  les  jours.  Il  vivait 
dans  le  tems  où  sa  patrie  libre  florissait  sous  le  gou- 
vernement populaire  des  Archontes;  il  la  voyait  fé- 
conde en  grands  hommes  et  triomphant  de  toutes  les 
forces  du  vaste  empire  des  Perses;  il  était  le  contem- 
porain des  Miltiade,  des  Thémistocle,  des  Aristide; 
il  était  le  frère  de  ce  fameux  Cynegire  qui  mourut  si 
glorieusement  à  Marathon  ;  son  autre  frère,  Aminias, 
commandait  un  vaisseau,  et  contribua  à  la  victoire 
navale  de  Salamine;  Eschyle  lui-même  était  homme 
de  guerre,  et  avait  défendu,  les  armes  à  la  main,  la 
liberté  de  son  pays. 

Ainsi  donc,  d'après  les  événemens  qui  avaient  pré- 
cédé de  peu  d'années  la  naissance  d'Eschyle,  d'après 
la  révolution  qui  s'était  opérée  à  Athènes,  par  la  chute 
des  Pisistratides ,  d'après  les  conjonctures  où  se   trou- 
vait la  république,  d'après  l'esprit  qui  y  régnait  lors- 
qu'Eschyle  publiait  sa  tragédie,  je  n'hésite  point  à  pen- 
ser  que  celte   composition  allégorique  de  Prométhéc 
n'ait  eu  pour  but  de  retracer  aux  Athéniens  le  cou- 
rage   héroïque   de    ces   généreux   conjurés,    dont    ils 
aimaient     et    révéraient     la    mémoire  ,     d'entretenir 
dans  l'ame  des  spectateurs  la  haine  des  tyrans  et  delà 
tyrannie  ,  et  la  ferme  volonté  de  résister  à  tout  am- 
bitieux qui  voudrait  de  nouveau  tenter  de  s'emparer  du 
pouvoir  et  d'asservir  la  patrie. 

A  cette  analyse  de  la  tragédie  d'Eschyle  ,  je  pourrais 
ajouter  celle  de  la  parodie  que  Lucien  en  a  faite;  ce 
sont,  en  partie,  les  mêmes  personnages  qui  y  jouent 
des  rôles,  Prométhée,  Vulcain  et  Mercure  ;  et  le  fond 
du  sujet  est  le  même;  le  philosophe  a  rendu  seulement 


SUR  LE  PROMÉTHÈE  ENCHAÎNÉ  D1ESCHYLE.    469 

ridicule  le  grand  Jupiter  que  le  poëte  a  montré  sous 
un  jour  odieux. 

Je  pourrais  aussi  parler  du  dialogue  entre  Proniéthée 
et  Jupiter,  composé  par  le  même  Lucien.  Proniéthée 
arrête  Jupiter  qui  va  en  bonne  fortune  auprès  de 
Thétis;  il  l'avertit  du  danger  auquel  il  s'expose  ,  et  lui 
prédit  qu'il  sera  détrôné  par  le  fils  qui  naîtra  de 
Thétis  et  de  lui.  Jupiter  le  remercie  du  conseil  ,  en 
profite,  et  pour  récompense  ordonne  à  Vulcain  de  le 
délivrer  de  ses  chaînes. 

Mais  ma  dissertation  n'a  déjà  peut-être  paru  que 
trop  longue,  sans  la  surcharger  d'objets  étrangers.  Je 
ne  me  suis  proposé  que  de  donner  une  nouvelle  inter- 
prétation de  l'allégorie  du  Promélhée  enchaîné  d'Es- 
chyle ,  et  d'offrir,  sur  cette  pièce  singulière,  quelques 
observations  que  j'ai  crues  neuves  et  intéressantes.  C'est 
à  vous,  mes  chers  confrères ,  de  juger  si  j'ai  atteint  ce 
double  but  par  le  travail  que  je  viens  de  soumettre  à 
vos  lumières  ,  et  pour  lequel  je  réclame  votre  indul- 
gence. Andrieux  ,  de  V Institut ,  Acad.  franc. 


IW  \  IVM  \*A  W\  W»  <W\  W»  <W\  <W\  <W\  <w\  w>  <vv% 


SUR  L'ART  MUSICAL  DES  ANCIENS  (i). 

Ce  que  nous  nous  proposons  de  dire  sur  cet  intéres- 
sant sujet,  sera  extrait  des  divers  ouvrages  qu'a  pu- 
bliés M.  de  la  Salette,  ancien  maréchal-de-camp,  ins- 

(1)  Nos  lecteurs  nous  sauront  gre  peut-êlre  de  les  avoir  mis 
à  portc'e  de  se  convaincre,  que  notre  musique  est  encore  la 
même  que  celle  des  Grecs  ,  et  qu'il  n'y  a  véritablement  que  les 
signes  de  changés ,  sans  que  la  langue  le  soit.  C'est  ainsi  que 
M.  Jomard  nous  a  fait  voir  le  système  métrique  moderne  calque 
sur  celui  des  anciens  ,  et  que  M.Gosselin  a  signale'  aussi  l'identité 
de  nos  mesures  itinéraires  actuelles  avec  celles  de  la  plu6  haute 


4;c  SUR  L'ART  MUSICAL 

pecleur  d'artillerie,  connu  du  monde  savant  par  ses 
importantes  découvertes  dans  la  physique  des  sons.  Il 
n'a  pas  borné  là  ses  longues  recherches  concernant  l'art 
musical  ;  i!  a  débrouillé  ,  avec  succès  ,  le  chaos  dans  le- 
quel,  avant  lui,  se  trouvait  confondu  le  système  de 
l'ancienne  musique  grecque. 

C'est  dans  le  premier  tome  de  ses  Considérations  sur 
les  divers  systèmes  de  la  musique  ancienne  et  mo- 
derne ,  etc.  (i),  et  dans  un  Mémoire  sur  la  notation 
musicale ,  inséré  dans  les  Annales  Encyclopédiques 
du  mois  d'août  1817  ,  qu'il  a  donné  un  développement 
complet  de  ce  système  qui  pouvait  bien  être  délaissé 
par  les  artistes  musiciens  ,  à  cause  de  son  extrême  com- 
plication ;  mais,  que  sa  grande  importa njçe 9  comme 
origine  du  système  musical  moderne  ,  et  comme  ancien 
m  mument  d'un  art  célèbre  dans  l'antiquité,  aurait  dû 
préserver  de  l'oubli  des  savans. 

Jusqu'à  .l'époque  des  ouvrages  que  nous  venons  de 
citer,  on  trouve  nombre  d'auteurs  qui  ont  écrit  sur 
cet  ancien  système;  mais,  la  plupart  n'ont  fait  que 
répéter  ce  que  d'autres  avaient  dit  avant  eux.  Ou  si 
quelques-uns  y  ont  fait  des  additions,  c'a  presque  tou- 
jours été  sans  consulter  les  ouvrages  originaux,  ou  en 
les  interprétant  d'après  des  idées  systématiques  qui 
tendaient  à  embrouiller  de  plus  en  plus  une  matière 
déjà  trop  obscurcie. 

On  ne  saurait  faire  un  pareil  reproche  à  M.  de  la  Sa- 


antiquité,  également  fondées  sur  une  mesure  de  la  terre.  Cette 
manière  de  lier  ainsi  l'ancien  et  le  nouveau  moin'c  esl  ,  Ce  nous 
sembe ,  bien  philosophique.  Faisons-nous  vieux  autant  que  noua 
le  pourrons:  c'est  agrandir  l'histoire  de  l'homme  Intellectuel ,  et 

multiplier  les  momies  utiles  à  consulter.  (  IN.  D.  R.  ) 

(1)  a  vol.  in-80.  A  Paris,  chez  Goujon ,  lib.  ,  rue  du  Bac,  n°  M'>. 


DES  ANCIENS.  47i 

lelle.  Les  éclaircissemens  qu'il  a  donnés  sur  la  musique 
grecque  ne  laissent  rien  à  désirer.  Ils  sont  pris  dans  des 
écrivains  classiques  grecs,  et  fondés  sur  les  documens 
de  l'art  musical ,  et  par-dessus  tout,  sur  le  bon  sens  et 
la  raison  ,  en  sorte  qu'il  ne  serait  guère  possible  de 
prouver  que  ces  éclaircissemens  ne  suffisent  pas  pour 
lire  et  comprendre  les  notes  musicales  et  les  modes  de 
cet  ancien  système. 

A  la  vérité ,  si  nous  jetons  les  yeux  sur  les  consé- 
quences qui  doivent  résulter  de  cette  nouvelle  manière 
d'envisager  l'art  musical  des  anciens  Grecs ,  nous 
sommes  forcés  de  convenir  qu'elle  renverse  absolument 
toutes  ces  théories  hasardées  que  l'imagination,  dé- 
pourvue de  documens  ,  avait  substituées  jusqu'ici  aux 
vrais  principes  de  ce  système  ;  mais ,  nous  ne  croyons 
pas  que  ce  soit  un  tort  dont  on  puisse  accuser  l'auteur 
de  cette  espèce  de  restauration  de  la  musique  ancienne. 
Quoi  qu'il  en  soit,  et  au  risque  d'entacher  le  tableau 
lumineux  que  fait  M.  de  la  Salette  de  cet  ancien  sys- 
tème ,  dans  les  deux  ouvrages  que  nous  venons  de  citer, 
nous  allons  essayer  d'en  donner  un  extrait;  mais,  cela 
nous  oblige  de  parler  préliminairement  d'un  troisième 
ouvrage  antérieur  aux  deux  autres,  publié  sous  le  titre 
de  Sténographie  musicale  ,  et  dans  lequel  le  même  au- 
teur a  rendu  un  service  éminent  à  l'art  musical ,  en 
lui  créant  une  écriture  élémentaire ,  abrégée ,  com- 
plète et  facile,  dont  l'urgence  était  sentie  depuis  long- 
terns.  Cette  écriture,  cursive  comme  celle  du  discours  , 
composée  de  peu  de  signes  déjà  connus,  d'un  usage 
commode  dans  l'imprimerie,  et  surtout  exempte  d'é- 
quivoques ,  lui  avait  paru  d'une  indispensable  néces- 
sité,  pour  écrire  avec  clarté  sur  la  musique  et  princi- 
palement sur  celle  des  anciens.  Les  fausses  préventions 
TOME  vi.  33 


4;a  SUR  L'ART  MUSICAL 

entassées  dans  les  livres  publiés  avant  lui  sur  cet  objet, 
et  le  peu  de  succès  obtenu  des  tentatives  faites  anté- 
rieurement pour  trouver  cette  écriture  ,  l'avaient  obligé 
à  l'imaginer  lui-même  ,  pour  se  faire  comprendre  dans 
les  ouvrages  qu'il  méditait.  Nous  n'entrerons  pas  dans 
plus  de  détails  sur  la  sténographie  musicale  qu'il  pu- 
blia en  i8o5  ;  c'est-à-dire  ,  cinq  ans  avant  les  Considé- 
rations :  il  nous  suffit  de  dire,  pour  en  justifier  la  sim- 
plicité ,  que  tout  musicien  peut  la  lire  ,  sans  l'avoir  ap- 
prise. 

Armé,  pour  ainsi  dire,  de  cette  nouvelle  écriture , 
M,  de  la  S.  a  entrepris  de  sonder  les  profondeurs  de  la 
théorie  musicale,  et  après  de  longues  et  pénibles  re- 
cherches ,  il  est  parvenu,  par  des  comparaisons  ana- 
lytiques et  judicieuses,  à  la  ramener  à  des  principes 
naturels  ,  dont  des  notions  désordonnées  l'avaient  en- 
tièrement écartée.  Sans  parler  ici  des  divers  points  sur 
lesquels  il  a  porté  le  flambeau  de  l'expérience  et  de  la 
raison  ,  nous  nous  bornerons  à  un  résumé  des  éclaircis- 
semens  qu'il  a  donnés  sur  la  composition  de  l'ancien 
système  de  la  musique  grecque,  comparativement  à 
celui  des  modernes,  et  (ce  qui  en  est  une  suite  )  sur 
les  riôtes  qu'employaient  les  Grecs,  pour  écrire  leur 
musique. 

Nous  devons  faire  observer  aussi  que  ,  dans  ce  que 
nous  allons  dire,  d'après  notre  auteur  ,  il  ne  s'agit  nul- 
lement de  conjectures  supposées  ,  avec  lesquelles  ou 
voudraitexpliquer  quelque  doctrine  qu'on  n 'entend  pas. 
Tout  ce  qu'avance  M.  de  la  S.  nous  paraît  fondé  sur  les 
faits  et  les  documens  qui  nous  sont  rapportés  par  des 
auteurs  classiques  de  l'art  musical  ,  'parvenus  des  Grecs 
jusqu'à  nous. 

Parmi  ces  divers  auteurs  ,    il  en  a  particulièrement 


df;s  anciens.  473 

distingué  trois  ,  avec  lesquels  il  a  cru  pouvoir  ar- 
river plus  sûrement  au  but  qu'il  se  proposait.  Ces 
trois  auteurs  sont  Gaiulentius  •,  Alypius  et  Bacchius 
V ancien.  Tous  les  trois  sont  compris  dans  la  précieuse 
collection  faite  par  Meibomius  de  sept  auteurs  grecs 
sur  la  musique  ancienne  d). 

M.  de  la  S.  s'était  aperçu  que  Gaudentius  décrivait 
parfaitement  le  système  de  la  musique  grecque,  et 
qu'Alypius  donnait  les  tableaux  de  tous  ses  modes  et 
de  leur  étendue  ;  il  a  profité  de  cette  observation  pour 
expliquer  et  traduire  ces  modes  à  la  manière  des  mo- 
dernes ,  an  moyen  des  signes  ou  notes  sténograpmques. 
Pour  se  figurer  les  travaux  que  ces  recherches  ont  dû. 
lui  coûter,  il  faudrait  pouvoir  se  transporter  avec  lui 
au  tems  où  il  commençait  à  vouloir  débrouiller  cette 
musique  ancienne  ,  entourée  des  préjugés  de  l'ignorance 
et  des  fausses  préventions. 

C'est  au  milieu  de  ces  difficultés  qu'il  a  eu  l'heureuse 
idée  de  choisir  ses  notes  sténographiques  parmi  les 
notes-lettres  des  Latins  ;  ce  qui  l'a  rais  tout  d'un  coup 
en  contact  avec  celles  des  Grecs  ,  et  lui  a  fait  voir  que 
la  première proslambanomène  du  système  grec,  dont 
•parle  Gaudentius  ,  et  d'où,  il  part  pour  décrire  ce  sys- 
tème ,  était  précisément  la  note  stéoographique  a 
(  cl./",  4e  1-  )  -  ou  la  note  nominale  la ,  double  octa\e  in- 
férieure de  celle  qui  sert  encore  aujourd'hui  à  donner 
le  ton  dans  les  orchestres. 

Cette  note  qui,  dans  le  système  grec  ,  est  parfaite- 
ment désignée  par  deux  demi-phi  couchés  amsi  -r:a-, 
ne  le  serait  pas  complètement  par  la  note  syllabi<|iu« 
la  ,  parce  que  ce  signe  n'indique  pas  l'octave  où  il  la  ut 

(i)  Ant.  mus.  auct.  sept.  — Amstel.  ,  i6'5j  ;  I  vol.  in-40 

33* 


474  SUR  L'ART  MUSICAL 

prendre  le  son  ;  mais  elle  l'est  exactement  par  la  note 

sténographiquea,  précédée  de  l'indication  (cl. y",  4e  M* 

Une  autre  observation  qu'il  est  important  de  faire  , 
et  qui  lève  tous  les  doutes  sur  l'identité  de  la  note  grec- 
que avec  la  note  sténographique  ,  ou  avec  celle  qui  est 
posée  entre  les  deux  premières  lignes  de  la  portée  ,  clef 
déjà ,  4°  ligne  >  c'est  que  ,  lorsqu'on  substitua  les  lettres 
des  Latins  aux  notes-lettres  du  système  grec  ,  l'histoire 
et  la  tradition  nous  apprennent  Tue  cette  translation 
littérale  se  fit  en  commençant  par  la  lettre  a,  corres- 
pondant aux  deux  demi-phi  grecs  ;  et ,  ce  qui  le  prouve 
sans  réplique,  c'est  qu'en  appliquant  aux  cinq  pre- 
mières notes  du  mode  hypodorien  ,  les  cinq  premières 
lettres  de  l'alphabet  latin  ,  la  cinquième  lettre  e ,  qui 
est  notre  note  772/,  tombe  précisément  sur  la  note  grec- 
que E  {epsilon)  y  qui  est  aussi  la  même  note  dans  le 
système  grec. 

En  rapprochant  de  ces  deux  notes  repères ,  a  et  b , 
la  formule  des  tétracordes  du  mode  que  Gaudentius 
donne  avec  la  suite  des  trente-huit  demi-tons  dans 
lesquels  sont  compris  tous  les  sons  du  système  de  la 
musique  grecque  ,  M.  de  la  S.  a  donc  pu  recomposer 
ce  système,  calculer  la  valeur  et  le  nombre  de  ses  si- 
gnes ,  et  le  développer  enfin  dans  toutes  ses  parties. 
Il  nous  paraît  même  que  tout  musicien  instruit,  qui 
aurait  eu  le  bonheur  de  trouver  les  mêmes  données  , 
aurait  pu  avoir  également  des  notions  exactes  de  ce 
système  ;  mais  ,  nous  nous  persuaderions  difficilement 
qu'il  eût  pu  les  communiquer  sans  le  secours  des  notes 
Sténographiques. 

Rien  n'est  équivoque  ,  rien  n'est  incertain  dans  la 
manière  dont  l'auteur  rhabille  à  la  moderne  cet  an- 
cien tableau  d'une   musique    aussi  ancienne.  On  est 


DES  ANCIENS.  475 

«tonné  de  voir  la  conformité  qu'elle  présente  clans  ses 
docurnens  avec  ceux  du  système  actuel ,  en  dépit  des 
nombreux  écrits  qui,  depuis  si  long-tems  ,  assuraient 
le  contraire. 

Userait  difficile  de  renfermer  dans  un  extrait  toute 
la  doctrine  musicale  des  anciens  Grecs  et  la  réfutation 
des  fausses  idées  qu'on  s'en  était  formées ,  comme  l'a 
fait  notre  auteur,  dans  des  ouvrages  plus  étendus.  Nous 
ne  pouvons  donc  offrir  ici  que  quelques  élémens  de  ces 
ouvrages  mêmes  ,  qui  serviront,  en  quelque  sorte,  de 
guide  au  lecteur  désireux  d'approfondir  cette  matière  , 
si  obscurcie  par  tant  d'errenrs. 

L'auteur  ayant  donc  appris  dans  Gaudentius ,  comme 
on  l'a  vu  précédemment ,  que  le  système  musical  des 
Grecs  avait  pour  son  le  plus  bas  ,  celui  de  la  note  sté- 
nographique  a  {cl.  f,  /j."  !•)  ;  que  ce  son  était  lapros- 
lambanomene  du  mode  le  plus  grave  de  ce  système  ; 
que  ses  modes  étaient  au  nombre  de  quinze;  qu'ils  se 
plaçaient  sur  une  série  de  quatorze  demi-tons ,  en 
montant  de  cette  première  proslambanomhne  ;  qu'ils 
étaient  tous  semblables  à  un  premier  mode  contenu 
dans  deux  octaves  ;  et  enfin ,  qu'ils  étaient  formés  du 
son  proslambanomhne  ;  ensuite,  de  trois  tétracordes 
conjoints  pris  un  ton  plus  haut ,  et  de  deux  tétracordes 
disjoints  pris  encore  un  ton  plus  haut  :  il  a  pensé  qu'en 
traduisant  ce  mode  en  notes  sténographiques,  et  en 
supposant  que  sa  première  note  est  a  ;  sachant  d'ail- 
leurs que  le  tétracorde  est  une  quarte  dont  le  demi- 
ton  est  toujours  placé  au  grave  :  il  en  a  conclu  que  ce 
mode,  transporté  sur  les  quatorze  demi-tons  d'une 
neuvième,  était  ainsi  disposé  : 


a,   h  c  d  e  f  g  a  b/j  c  d,   h  c  d  e  f  g  a. 


476  SUR  L'ART  MUSICAL 

Quand  M.  de  la  S.  a  voulu  appliquer  cette  formule 
de  mode  sur  un  de  ceux  des  tableaux  d'Alypius,  il  a 
du.  cependant  rencontrer  une  sorte  de  difficulté  ;  car  le 
premier  mode  de  ces  tableaux  n'a  pas  le  signe  note 
joa.  pour  sa  proslanibanomi-nc.  Il  a  pu  éprouver 
encore  quelque  embarras  ,  en  cherchant  ce  signe  au 
bas  de  ces  modes  qui  sont  présentés  écrits  en  colonnes  : 
mais  en  jetant  les  yeux  sur  le  signe  supérieur  de  ces 
colonnes,  il  l'a  trouvé  pour  première  note  de  l'avant- 
dernier  des  modes  diatoniques  d'Alypius  ;  et  il  a  bien- 
tôt compris,  par  la  traduction  des  notes  grecque?  en 
notes  sténographiques ,  que  res  prétendues  difficultés 
n'étaient  qu'une  inversion  dans  l'ordre  de  distribution 
des  notes  et  des  modes. 

Une  question  ,  qui  se  présente  naturellement  ici ,  est 
de  savoir  si  les  Grecs  avaient  réellement  établi  l'ordre 
de  leurs  modes  tel  qu'on  le  voit  maintenant  dans 
Alvpius,  ou  si  cet  ordre  est  du  à  quelque  commenta- 
teur qui  aurait  imaginé  cette  disposition  après  la  perte 
des  livres  originaux.  Ce  qu'il  y  a  de  certain  ,  c'est  que 
la  séparation  des  genres  qu'on  trouve  dans  Alvpius, 
peut  facilement  induire  à  supposer  Crue  les  Grecs 
avaient  autant  de  modes  que  de  genres,  c'est-à-dire, 
quarante-cinq  ;  opinion  dont  M.  de  la  S.  a  (ait  voit 
l'erreur,  d'après  le  texte  formel  de  Gaii(!eiitius,  qui  n'en 
admet,  que  quinze,  et  par  la  sorte  d'absurdité  musicale 
que  présetlte,  comme  mode,  la  suite  des  notes  <iu? 
tonnent  les  deux  genres  chromatique  et  enharmonique. 
S.i  manière  de  démontrer  cette  méprise  parait  ii*re'cù- 
>able  ,  puisqu'il  rapporte  en  notes  sténographiques  fès 
notes  grecques  qui  forment  cèS  deux  genres,  et  <|u*ii 
les  rapproche  de  leur  genre  diatonique  ,  comme  on  le 
Voit  dans   le   Mémoire  t-ur  lo     '  On  7>wsnnf>' .  déjà 


DES  ANCIENS.  4:7 

cite,  où  il  donne  le  tableau  complet  des  notes  grecques 
des  trois  genres  du  mode  hypodorien  ,  avec  les  notes 
sténographiques  qui  leur  correspondent. 

Les  notes  de  ce  tableau  font  voir  sensiblement  que 
celles  du  chromatique  et  de  l'enharmonique  ne  dif- 
férent des  notes  du  diatonique  ,  que  par  la  troisième 
note  de  chaque  tétracorde  ,  et  qu'ils  ont  tous  deux  le 
même  signe  pour  cette  troisième  note.  Ainsi,  dans  le 
tétracorde  hypaton,  h  c  d  e,  du  mode  hypodorien,  la 
troisième  note  d  a  pour  note  chromatique  et  enhar- 
monique le  signe  |J3,  dont  les  lettres  sont  un  pi  ren- 
versé et  un  double  sigma  retourné. 

Cette  particularité,  dont  aucun  écrivain,  jusqu'à 
présent ,  n'avait  fait  la  remarque  ,  renverse  entièrement 
l'opinion  si  accréditée  des  quarts  de  ton  enharmoni- 
ques ;  car,  ainsi  que  le  dit  M.  de  la  S.,  puisque  les 
notes  représentent  les  sons  ,  un  même  signe-note  ne 
peut  pas  présenter  deux  sons  différens. 

Ce  n'est  donc  pas  dans  le  son  plus  au  grave  ou  plus 
à  l'aigu  qu'on  doit  chercher  la  différence  qui  existe 
entre  le  chromatique  et  l'enharmonique  placés  sur  la 
même  note;  et,  comme  il  ne  peut  exister  d'autre  diffé- 
rence entre  le  même  son  que  celle  de  la  modulation 
qui  le  transporte  dans  un  autre  mode,  et  que  d'ail- 
leurs le  genre  chromatique  a  toujours  été  assimilé  à 
notre  dieze  actuel  ,  qui  conduit  à  une  modulation  ,  en 
montant  par  demi-ton;  il  est  nécessaire,  pour  com- 
pléter le  système  de  la  notation  grecque  ,  que  l'enhar- 
monique soit  la  manière  de  moduler  que  produit  notre 
bémol  en  descendant  de  demi-ton. 

Outre  les  exemples  qu'on  trouve  dans  les  ouvrages 
de  M.  de  la  Salette,  à  l'appui  de  ces  assertions,  nous 
en  proposerons  un  autre  qui ,  par  sa  simplicité,  nous 


h 

c   d 

e 

h 

c  od 

e 

1  h 

c  be 

d 

f 

i* 

c 

g 

v  / 

g 

\f 

g   ç 

h 

d 

e  g 

c 

è 

a     h 

,   e 

I  d 

be     c 

rr 

b 

478  SUR  L'ART  MUSICAL 

paraît  mériter  quelque  attention  de  ceux  qui  peuvent 

l'exécuter  sur  un  piano. 

Nous  supposerons  donc  le  tétracorde  précédent  h  c 
d  e,  sur  la  troisième  note  duquel  se  trouvent  les  deux 
genres  chromatique  et  enharmonique  ,  et  nous  propo- 
serons sur  les  notes  de  ce  tétracorde  ,  pour  chacun  de 
ses  trois  genres,  les  harmonies  suivantes  : 

diatonique.  chromatique.  enharmonique 


m.  3. 

(ci.  f,  4*1.) 


Ce  qui  a  pu  induire  en  erreur  les  musiciens  mo- 
dernes, à  l'égard  de  ce  dernier  genre,  c'est  qu'il  sem- 
ble ,  d'après  la  notation  grecque  ,  que  le  bémol  devrait 
être  sur  la  note  </,  et  non  pas  sur  e;  mais  cela  ne  nous 
paraît  pas  devoir  former  une  objection  bien  grave 
contre  l'interprétation  de  M.  de  la  S.  ;  car  le  même 
signe-note  ni  ,  placé  sur  chacune  des  notes  chromati- 
que et  enharmonique  ,  indiquant  que  leurs  deux  sons 
doivent  être  identiques  ,  et  la  note  d  chromatisée  ne 
laissant  aucun  doute  sur  son  élévation  à  §  d ,  il  faut  né- 
cessairement que  le  son  enharmonique  qui  lui  est  cor- 
respondant soit  celui  de  be. 

Quelque  naturelles  que  soient  res  explications,  nous 
sentons  qu'elles  trouveront  difficilement  grâce  (levant 
des  opinions  fondées  sur  une  sorte  de  merveilleux  que 
rien  ne  saurait  nous  retracer,  et  dans  lequel  on  se  plaît 
à  s'égarer.  M.  de  la  S.  ,  qui  l'avait  senti  avant  nous, 
n'avait  pas  cru  devoir  hésiter  à  prédire  la  chute  de  ces 
opinions.  Nous  répéterons  ici  ses  propres  expressions, 
en  parlant  des  personnes  qui  peuvent  en  être  préoccu- 
pées :  «  Briser  le  prisme  de  l'illusion  ,  qui  fait  aperce- 


DES  ANCIENS.  /J79 

voir  ,  dans  la  mélodie  ,  des  moyens  de  perfection  aux- 
quels les  hommes  d'aujourd'hui  ne  sauraient  atteindre, 
est ,  je  le  sens  bien  ,  presque  détruire  leur  bonheur  ; 
mais,  en  musique,  comme  dans  tous  les  arts  qui  dé- 
pendent de  nos  sensations ,  ce  sont  les  sens  qui  appré- 
cient et  l'intelligence  qui  juge  :  les  prestiges  s'éva- 
nouissent devant  les  effets  de  la  nature  (1).  » 

On  n'avait  pas  encore  osé,  jusqu'à  cet  auteur,  ten- 
ter une  traduction  des  signes-notes  de  la  musique  grec- 
que. Une  sorte  de  respect  religieux  semblait  défendre 
d'appliquer  des  signes  à  des  intervalles  consacrés  à  re- 
présenter des  quarts  de  ton  dont  on  sentait,  d'ail- 
leurs, qu'il  était  impossible  de  rétablir  l'usage.  M.  de 
la  S.  a  bravé  cette  fausse  appréhension  ,  en  se  créant 
d'abord  une  écriture  comparative  avec  des  signes  musi- 
caux qui  tirent  leur  origine  de  la  musique  grecque. 
Etudiant  ensuite  les  sons  et  les  intervalles  qui  compo- 
sent leurs  modes  ,  il  en  a  introduit  les  signes  dans  sa 
nouvelle  écriture  ,  et  il  a  vu  se  former  complètement  et 
uniformément  sous  elle  les  quinze  modes  grecs  ,  dont 
l'ensemble  avait  toujours  paru  indéchirable.  C'est 
ainsi  qu'il  a  pu  expliquer  ce  qu'étaient  les  genres  chro- 
matique et  enharmonique  de  ces  modes,  et  les  pré- 
tendus quarts  de  ton  de  ce  dernier. 

Ces  premières  difficultés  vaincues,  il  a  compris  sans 
peine  que  les  quinze  modes  grecs  transposés  sur  qua- 
torze demi-tons  formant  l'intervalle  d'une  neuvième, 
surpassent  de  deux  modes  nos  treize  modes  transposés 
sur  les  onze  demi-tons  d'une  octave. 

Une  remarque  jdIus  essentielle  encore  ,  et  qui  n'a  pas 
échappé  à  notre  auteur,  c'est  que  les  grecs  obtenaient 


(i)  Considcr. ,  pag.  61  ,  Tom   1 


4S«  SUR  L'ART  MUSICAL  DES  ANCIENS. 

les  quatorze  demi-tons,  qui  forment  la  note  initiale 
de  chacun  de  leurs  quatorze  modes,  par  une  suile  de 
quartes ,  comme  le  prouve  l'ordre  établi  dans  les  ta- 
bleaux d'Alv  pi  us. 

Nous  terminerons  ce  Mémoire  par  une  réflexion  sur 
les  difficultés  que  rencontrent,  pour  pénétrer  dans  le 
monde  savant,  les  vérités  publiées  depuis  long-tems 
dans  les  ouvrages  .que  nous  venons  d'analyser  en  partie. 

Si  ces  difficultés  viennent  de  ce  que  les  vérités  pro- 
posées par  l'auteur  ne  portent  pas  avec. elles  un  degré 
suffisant  de  certitude  pour  leur  mériter  de  la  confiance, 
il  serait  à  désirer  qu'on  mît  franchement  au  jour  les 
objections  qu'elles  ont.  pu  faire  naître,  afin  d'éclairer 
l'opinion  publique  qui  n'attend  qu'une  discussion  con- 
tradictoire pour  établir  un  jugement  définitif,  et  savoir 
enfin  si  l'on  doit  se  confier  à  la  flatteuse  espérance  de 
pénétrer  dans  les  profondeurs  de  l'antiquité  musicale, 
ou  s'il  faut  se  résigner  à  rester  encore  dans  les  dédales 
de  son  antérieure  obscurité  (i). 

\.  Mjétbal. 

*  (1)  jNous  pouvons  rappeler  ici  qtK  les  divers  ouvrages  publiée 
par  M.  de.  la  Salette.,  qui  sont  indiques  dans  cei  article,  ont  été' 
mentionnes  1 1 vs-honor;il>lenient  dans  des  IV ol ires  sur  les  travaux 
<le  la  Classe  d<  s  Beaux-Arts  de  l'institut,  lues  dans  ses  séances 
publiques  par  feu  INI.  Lrbreton.  (  ÎN.  d.  R.  ) 


vvvv\^lV\^A.^^v^^'VVVvvvvvvvvvvvvv^vv^v^^^>v\^'^\vvvvv•vv^.\'\'VVV^'vvvvv«•vvv\'Vvvv\vvv'Vvvvv 

II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

DeVis  général  du  canal  de  Saint-Mautin  ,  par 
M.  Girard,  de  V Académie  des  Sciences ,  ancien 
directeur  du  canal  de  ï Ourcq  (i). 

Depuis  trente  ans ,  il  s'est  formé  autour  de  la  capi- 
tale, et  même  dans  son  enceinte,  une  multitude  d'éta- 
blissemens  industriels.  On  a  senti  que  l'immense  con- 
sommation de  Paris  exigeait  des  points  de  fabrication 
qui  fussent  à  sa  portée  ;  c'était  gagner,  au  bénéfice  de 
la  production  et  du  consommateur,  tout  le  prix  du 
transport,  et  cette  économie  était  bien  au-dessus  d'un 
excédant  dans  le  prix  des  loyers  et  de  la  main-d'œuvre. 
Ensuite  ,  les  machines  qui  suppléent  aux  bras  avec  tant 
de  profit,  sont  venues  compléter  l'avantage  de  cette 
nouvelle  position.  Ainsi,  peu  à  peu  ,  la  situation  ma- 
nufacturière de  Paris  et  de  ses  environs  a  pris  un  aspect 
tout  différent  ;  il  en  est  résulté  que  le  consommateur  se 
procure  les  mêmes  produits  à  un  prix  inférieur,  ou, 
au  même  prix ,  des  ouvrages  plus  parfaits.  Cependant, 
l'état  des  choses  est  encore  bien  loin  de  ce  qu'il  pourrait 
être  ,  si  l'industrie  avait  à  sa  disposition  un  plus  grand 
nombre  de  moteurs.  Les  machines  à  vapeur  établies 
par  les  frères  Périer ,  n'ont  fait  depuis  l'origine  qu'un 
service  borné,  en  comparaison  de  celui  qu'elles  font  à 
Londres.  A  la  vérité,  l'exportation  de  nos  mines  de 
houille  est  trop  peu  active,  et  les  droits  ->ur  ce  com- 
bustible beaucoup  trop  élevés,  pour  qu'on  emploie  avec 

(ï)  Paris,  1820;  1  v.  in- :\°,  avec  an  pian.  Madame  Ve  Courcier. 


48a  SCIENCES  PHYSIQUES, 

autant  d'avantage  qu'à  Londres  un  moteur  aussi  puis- 
sant,  et  de  nos  jours  si  perfectionné.  Mais  ,  si  l'on  trou- 
vait le  moyen  de  fournir  aux  usines,  sur  une  partie  de 
la  surface  de  la  capitale  ,  une  chute  d'eau  considérable, 
il  est  évident  que  ce  nouveau  moteur  alimenterait  avec 
un  bénéfice  immense  le  service  des  manufactures  ur- 
baines. Tel  est  le  résultat  que  pourrait  fournir,  en  très 
peu  d'années,  l'exécution  du  canal  Saint-Martin,  or- 
donnée par  une  loi  du  29  floréal  an  10,  et  ajournée 
malheureusement ,  depuis  cette  époque ,  par  une  suite 
de  vicissitudes,  et  par  la  fatalité  malheureuse  qui  sem- 
ble s'attacher  aux  conceptions  les  plus    utiles.    Il   ne 
s'agit  pas  inoins,  cependant,  que  de  donner  une  nou- 
velle face  à  plusieurs  des  quartiers  les  plus  industrieux 
de  cette  ville,  et  d'imprimer  à  notre  commerce  central 
une  impulsion  et  une  activité  qu'il  n'a  point  connues 
encore  :  l'effet  de  cette  opération  serait  incalculable  , 
et  peut-être  amènerait-elle  sur  cette  place  populeuse 
un  mouvement  d'affaires  ,  utile  à  la  prospérité  géné- 
rale de  l'Etat.  Sous  ce  rapport,  Londres  l'emporte  de 
beaucoup  sur  Paris.  Mais  ,  de  l'établissement  du  nou- 
veau canal  dériverait  celui  d'une  multitude  de  maga- 
sins, de  chantiers  et  d'usines  de  tout  genre  ;  spectacle 
dont  on  est  frappé,  quand  on  parcourt,  à  Londres,  les 
deux  rives  de  la  Tamise  et  les  canaux  qui  traversent 
ses  faubourgs.  Il  est  aisé  de  juger  quelle  masse  de  tra- 
vail serait  ofTerte  aux  journaliers  et  aux  ouvriers  de 
toute  profession  ,  et  par  conséquent  ce  que  le  peuple 
gagnerait  en  aisance,  le  riche  en  jouissances,  le  gou- 
vernement en   sécurité.    Une   pareille  création    serait 
complétée  par  l'entrepôt  de  denrées  coloniales  que  sol- 
licite le  commerce,  et  qui  est  devenu  nécessaire, d'après 
la  multiplication  des  manufactures  dans  cette  ville  et 


SCIENCES  PHYSIQUES.  485 

aux  environs.  Mais,  cette  question  nous  mènerait  trop 
loin.  Rappelons  ici  en  peu  de  mots  l'origine  du  projet 
du  canal  Saint-Martin. 

La  loi  du  29  floréal  an  10  a  ordonné  la  dérivation 
de  la  rivière  d'Ourcq  ,  qui  doit  mettre  à  la  disposition 
de  la  ville  de  Paris  un  volume  d'eau  de  plus  de  i3  mille 
pouces.  Une  partie  de  ce  volume  d'eau  est  destinée  à 
alimenter  un  grand  nombre  de  fontaines  publiques; 
l'autre  partie,  à  entretenir  une  communication  navi- 
gable entre  la  haute  et  la  basse  Seine,  depuis"  le  pont 
du  Jardin  des  Plantes  jusqu'au  port  de  la  Briche,  au- 
dessous  de  Saint-Denis. 

Les  travaux  de  la  dérivation  de  l'Ourcq  et  de  la 
branche  du  canal  navigable  qui  traverse  la  plaine  de 
Saint-Denis,  en  partant  de  la  Villette,  sont  en  grande 
activité  ;  ils  sont  exécutés  par  une  compagnie  de  con- 
cessionnaires qui  en  a  garanti  l'achèvement  pour  le 
Ier  janvier  1823.  Ainsi,  l'on  est  au  moment  de  jouir 
d'une  partie  des  avantages  assurés  à  la  capitale  par  la 
loi  que  l'on  vient  de  rappeler. 

Mais  ,  on  ne  jouira  qu'imparfaitement  de  ces  avan- 
tages, tant  qu'on  n'aura  pas  réalisé  l'exécution  de  l'autre 
branche  du  canal  qui,  partant  du  même  bassin  de  la 
Villette,  et  arrivant  à  l'Arsenal ,  établira  la  communi- 
cation depuis  si  long  -  tems  promise  entre  la  haute  et 
la  basse  Seine  ,  et  fera  éviter  au  commerce  de  Paris  la 
navigation  longue  et  périlleuse,  aux  chances  de  laquelle 
il  est  exposé  en  traversant  la  capitale. 

A  cette  précieuse  amélioration  que  produira  immé- 
diatement l'ouverture  du  canal  Saint -Martin ,  dans 
les  intérêts  du  commerce,  s'ajoutera  encore,  dans  les 
intérêts  de  l'industrie,  une  autre  amélioration  non 
moins  importante  ;  c'est  la  mi»e  en  activité  d'un  nom- 


rj  SCIENCES  PHYSIQLF.S. 

bre  considérable  de  nouvelles  usines ,  sur  la  rive  droite 
de  la  Seine,  et  l'établissement  d'une  multitude  de  ma- 
gasins et  d'ateliers.  Sur  i5oo  pouces  d'eau  qui  doivent 
être  Tournis  à  cette  dérivation  par  le  canal  de  l'Ourcq, 
5oo  sont  destinés  à  l'alimenter,  et  1000  au  service  des 
usines.  Ainsi,  l'industrie  manufacturière  disposerait 
d'une  chute  égale  à  i3  mètres  cubes  par  minute,  et 
d'une  puissance  égale  à  la  force  de  45o  chevaux. 

Quels  que  soient  les  avantages  de  ce  projet ,  ce  serait 
sans  doute  les  payer  trop  cher  que  de  les  acheter  au 
prix  de  la  salubrité  publique;  or,  tel  serait  l'effet  cer- 
tain du  tracé  proposé  l'année  dernière  par  la  compa- 
gnie concessionnaire  du  canal  de  l'Ourcq.  D'après  ce 
projet  ,  on  creuserait  dans  les  marais  des  faubourgs 
Saint-Martin  et  du  Temple  ,  uu  grand  bassin  de  18  ar- 
pens  d'étendue.  Comment  un  aussi  vaste  amas  d'eau 
stagnante  pourrait -il  exister  sans  danger,  dans  un 
quartier  populeux?  dette  réflexion  a  frappé  l'adminis- 
tration des  Ponts-et-Chaussées.  Le  ministre  de  l'inté- 
rieur a  chargé  une  commission  composée  de  MM.  Chap- 
tal,Tarbé,  Berigny ,  Dubois,  Duméril  ,  Alibert,  Ri- 
cherand  ,  Huzard  et  Kerard  ,  de  lui  donner  son  avis  sut- 
la  question  même  envisagée  sous  le  rapport  de  la  salu- 
brité. On  ne  pouvait  espérer  plus  de  lumières  d'aucune 
autre  réunion  d'hommes  instruits;  il  est  donc  permis 
de  souscrire  à  l'opinion  qu'elle  a  émise.  Le  sujet  était 
d'autant  plus  grave,  qu'en  1817  et.  1818  0€S  iiu'ino-, 
marais  avaient  été  submergés  ,  et  que  cette  submersion 
avait  causé  de  vives  inquiétudes.  La  commission  <  onsi- 
déra  que  le  projet  de  la  compagnie,  au  lieu  de  suivre 
le  relief  du  terrain,  ami-cote,  au  nord  de  l'hôpital 
Saint-Louis,  passait  au  contraire  àtf-lofefjevl  cl  au  muI 
de  cet  hôpital  ;  elle  jugea  qu'il  s'exhalerait  infaillible- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  485 

ment  du  bassin  projeté,  dos  vapeurs  malfaisantes , 
dont  les  vents  du  midi  accroîtraient  les  inconvé. siens 
et  les  dangers,  et  que  l'humidité  permanente  dans 
J'atmosphère  engendrerait  des  fièvres  intermittentes; 
que,  si  la  garre  des  marais  du  Temple  faisait  une  partie 
essentielle  du  projet,  elle  suffisait,  pour  le  faire  rejeter; 
enfin  ,  que  le  projet  ne  pouvait  cire  exécuté  sans  danger 
pour  la  salubrité  publique  des  quartiers  septentrionaux 
de  Paris. 

Les  observations  préliminaires ,  placées  à  la  tête  du 
devis  générai  du  canal  Saint-Martin  ,  présentent  ces 
divers  résultats  avec  tous  les  détails  qui  peuvent  en 
faire  juger  sainement.  Au  reste,  le  sujet  intéresse  tous 
les  habitans  de  cette  grande  cité  ,  et  il  est  même  utile 
que  le  public  en  ait  une  connaissance  entière  ,  qui  puisse 
fixer  l'opinion  sur  un  point  de  cette  importance. 

On  avait  proposé  de  remédier  à  la  stagnation  du 
bassin,  en  y  introduisant  un  certain  volume  d'eau, 
qu'on  jetterait  ensuite  dans  le  grand  égout.  Ici  se  pré- 
sentent des  objections  assez  pressantes.  Le  canal  Saint- 
Martin  n'est  pas  seulement  un  canal  de  navigation  ;  il 
peut  encore  servir  de  moteur  à  une  foule  d'établisse- 
anens  industriels;  du  moins,  cet  avantage  lui  est  assuré 
par  le  projet  primitif,  qui  fut  approuvé  le  il  juillet 
1808.  Or,  suivant  le  nouveau  plan,  on  jetterait  en 
pure  perte  dans  un  égout  un  volume  d'eau  de  1000 
pouces.  Mais  ce  n'est  pas  tout  ,  l'auteur  cite  une  note 
qui  paraît  avoir  été  prise  en  considération  par  la  com- 
mission spéciale;  celte  note  curieuse  prouve,  jusqu'à 
l'évidence,  que  le  moyen  proposé  pour  donner  un  cou- 
rant aux  eaux  du  bassin  est  illusoire,  puisque  la  vitesse 
qui  leur  serait  communiquée  ,  serait  d'un  domi-niilli- 
naètre  par  seconde  ;  c'est-à-dire,  deux  nulle  fois  plus 


+86  SCIENCES  PHYSIQUES. 

petite  que  celle  de  la  Seine;  et  cela,  seulement,  ilcrn- 
une  bande  large  au  plus  de  i5  mètres.  C'est  dans  l'ou- 
vrage qu'il  faut  lire  le  détail  du  calcul,  d'ailleurs  très 
simple,  sur  lequel  repose  cette  conclusion.  Ainsi, 
toutes  les  raisons  se  réunissent  pour  faire  écarter  le 
tracé  de  la  compagnie. 

Les  observations  préliminaires  qui  précèdent  cet 
écrit ,  font  mieux  ressortir  l'avantage  de  l'ancien  tracé. 
i°.  Il  va  plus  directement  à  l'embouchure,  dont  la 
position  est  invariable,  c'est-à-dire,  à  l'Arsenal.  2°.  Il 
traverse  en  grande  partie  des  propriétés  qui  ne  sont 
point  bâties  ,  et  dont  l'acquisition  sera  moins  dispen- 
dieuse. 3°.  Il  suit  le  relief  du  terrain  à  mi-cote,  et  il 
n'est  pas  exposé  à  recevoir  les  filtrations  des  égouts. 
4°.  Il  est  au  nord  de  l'hôpital  Saint-Louis  ,  et  les  vents 
du  sud  ne  peuvent  s'y  charger  de  vapeurs  malfaisantes 
pour  cet  hôpital.  5°.  Il  est  disposé  de  manière  à  fournir 
aux  mines  existantes,  ou  bien  à  celles  qui  sont  à  créer 
sur  la  ligne,  un  volume  de  iooo  pouces  d'eau,  ou 
i3  mètres  cubes  d'eau  par  minute.  Enfin,  il  ne  lais- 
sera, dans  aucun  point  de  son  cours,  des  eaux  stag- 
nantes, capables  d'altérer  la  pureté  de  l'air  et  de  lui 
donner  des  qualités  malfaisantes.  La  seule  objection, 
plausible  à  quelques  égards,  qu'on  ait  faite,  est  la 
crainte  que  les  eaux  du  canal  ne  filtrent  dans  les  caves 
de  l'hôpital  Saint-Louis.  On  pourrait  d'abord  répon- 
dre que  ce  danger  est  moindre,  que  celui  de  jeter  les 
eaux  corrompues  de  l'hôpital  dans  un  canal  où  s'abreu- 
veront les  chevaux  et  les  bestiaux;  surtout,  si  l'on 
observe  que  ,  dans  cet  hôpital ,  on  fait  un  grand  usage 
de  préparations  sulfureuses  ;  d'ailleurs  ,  l'art  saura  pré- 
venir aisément  les  filtrations. 

Le  devis  du  canal  Saint -Martin  renferme  tous  les 


SCIENCES  PHYSIQUES.  487 

détails  qui  peuvent  intéresser  les  personnes  de  l'art. 
Dans  la  première  partie  ,  se  trouve  la  description  gé- 
nérale du  canal  ;  les  quatre  chapitres  dont  elle  se  com- 
pose ,  traitent  les  objets  suivans  :  le  premier  roule  sur  le 
tracé  ;  le  second ,  sur  la  distribution  de  la  pente  et  des 
écluses;  le  troisième,  sur  les  ponts;  le  quatrième,  sur  les 
quais  et  chemins  de  hallage.  La  seconde  partie,  formée 
de  huit  chapitres,  est  consacrée  à  la  description  parti- 
culière des  ouvrages  d'art  dont  le  canal  sera  composé. 

M.  A.  Jullien,   de  Paris. 


VW»IWWVVV»'VWV\VVWVWV'VVWWWVVVVW 


Reçue  il  des  Éloges  historiques  ,  lus  dans  les 
séances  publiques  de  V Institut  royal  de  France  , 
par  M.  le  baron  Cuvieh,  Tun  des  quarante  de 
t Académie  française  ,  secrétaire  perpétuel  de 
celle  des  Sciences ,  etc. ,  etc.  (1). 

La  philosophie  est  V expression  de  ce  qui  est.  Toute 
philosophie  est  donc  tenue  à  exprimer  tout  ce  qui  est , 
sous  peine  d'omission  ,  et  à  n'exprimer  que  ce  qui  est , 
sous  peine  d'hypothèse.  Toute  philosophie  qui  omet  est 
donc  une  philosophie  incomplète  ;  et  toute  philosophie 
qui  suppose  ,  une  philosophie  chimérique. 

Ne  rien  omettre,  et  ne  rien  supposer,  voilà  donc  les 
deux  règles  fondamentales  de  toute  philosophie.  Celle 
des  anciens  pécha  contre  ces  deux,  règles.  Elle  omit  sou- 
vent, et  elle  supposa  plus  souvent  encore  ,  parce  que  , 
d'une  part ,  sa  méthode  ne  lui  donnait  pas  tous  les  faits 

(1)  Paris,  1819.  F.  G.  Levrault,  éditeur,  à  Strasbourg,  et  rue 
des  Fossés-Monsieur-le-Prince  ,  n°  33  ,  à  Paris;  2  volumes  in-b°. 
Prix,  10  fr. 

TOME   VI.  34 


488  SCIENCES  PHYSIQUES. 

réels  ,  et  que  ,  de  l'autre  ,  elle  substitua  ,  presque  tou- 
jours, l'imagination  à  la  méthode. 

J'appelle  méthode,  en  philosophie ,  l'art  de  décou- 
vrir les  vérités  inconnues  ,  et  l'art  de  démontrer  les  vé- 
rités trouvées.  L'art  de  découvrir  et  V art  de.  démontrer 
constituent  donc  proprement  la  méthode.  La  méthode 
est  donc  ,  à  la  fois  ,  un  instrument  de  découverte  et  un 
instrument  de  démonstration. 

L'art  de  découvrir  ne  fut  guère,  chez  les  anciens, 
que  l'art  d'observer,  et  V  observation  seule  n'atteint  pas 
toutes  les  circonstances  des  phénomènes.  L'art  de  dé- 
montrer n'y  fut  guère  que  celui  de  suppléer  à  l'obser- 
vation par  le  raisonnement ,  et  le  raisonnement  ne  sup- 
plée à  l'observation  que  par  des  conjectures.  La  mé- 
thode des  anciens  les  porta  donc  nécessairement  à 
omettre  et  à  supposer ,  tour  à  tour  ;  leur  philosophie  fut 
donc  ,  tour  à  tour,  incomplète  et  hypothétique. 

On  a  souvent  accusé  les  anciens  de  n'avoirpasassez  ob- 
servé. Ce  reproche  est  aussi  injuste  qu'usé.  Les  livres 
d'Hippocrate  et  d'Aristote  sont,  encore  aujourd'hui, 
des  modèles  inimitables  d'observation.  Si  les  anciens 
n'allèrent  pas,  tUns  les  sciences,  jusqu'où  leur  génie 
semblait  devoir  aller,  ce  ne  fut  donc  pas  faute  d'être 
observateurs  ,  mais  faute  de  n'être  qu'obsenateurs. 

Les  circonstances  productrices  d'un  phénomène  sont , 
presque  toujours  ,  tellement  enlacée*  entre  elles,  qu'il 
est  impossible  à  Inobservation  seule  de  démêler  toutes 
ces  circonstances  et,  surtout,  de  les  subordonner  con- 
venablement les  unes  aux  autres.  Les  vides  que  laisse 
1 '.oh$eryation  conduisent  à  l'expérience,  et  la  rendent 
indispensable.  De  son  coté,  l'expérience  étend  l'obser- 
vation et  la  continue.   En  un  mot,    une  circonstance 


SCIENCES  PHYSIQUES.  489 

était  évidente,  l'observation  la  trouve;  elle  était  ca- 
chée, l'expérience  la  découvre. 

Ce  qui  manquait  aux  anciens ,  c'était  donc  l'art  de 
faire  des  expériences,  ou  ,  si  l'on  veut,  la  méthode  ex- 
périmentale. Un  phénomène  compliqué  n'est,  aux  yeux 
du  simple  observateur,  qu'un  amas  confus  d'événe- 
mens.  La  méthode  démêle ,  à  travers  cette  confusion 
apparente,  un  ordre  et  des  liaisons  indissolubles.  Elle 
décompose  ce  phénomène,  le  simplifie,  le  refait  sous 
des  conditions  données  ,  exclut  certaines  circonstances, 
en  ajoute  d'autres  et  les  détermine  toutes. 

L'énumération  exacte  et  l'appréciation  rigoureuse  de 
toutes  les  circonstances  d'un  phénomène,  voilà  donc  le 
but  final  de  la  méthode  expérimentale.  Le  propre  des 
faits,  ainsi  composés  et  décomposés  tour  à  tour, est  de 
révéler  ,  effectivement ,  leurs  rapports  et  leur  mutuelle 
dépendance,  c'est-à-dire,  leurs  lois  et  leur  théorie. 

Les  lois  d'un  phénomène  ne  sont  donc  que  les  raj>- 
ports  nécessaires  qui  lient  entre  elles  les  conditions  de 
son  existence,  et  sa  théorie,  que  la  dépendance  réci- 
proque de  ces  conditions.  Mais,  ces  rapports  et  cette 
dépendance  supposent  tous  les  faits  déjà  connus  et  ap- 
préciés. L'observation  seulene  sufïit  ni  pour  connaître, 
ni  pour  apprécier  tous  les  faits  ;  V observation  seule  ne 
peut  donc  donner  ni  leurs  lois,  ni  leur  théorie. 

Qui  dit  méthode  ,  dit  art.  Des  expériences  ,  accumu- 
lées sans  but  et  sans  ordre,  ne  constituent  pas  plus  la 
méthode,  que  des  faits  ,  jetés  au  hasard  ,  ne  constituent 
la  théorie.  Le  caractère  de  la  méthode  est  d'agir  ration- 
nellement. La  méthode  expérimentale  est  donc  essen- 
tiellement une  méthode  raisonnée  ;  la  méthode  expé- 
rimentale n'est  donc  que  la  méthode  analytique. 

Condillaca  défini  l'analyse  une  méthode  de  décom- 

3i* 


49o  SCIENCES  PHYSIQUES. 

position  et  de  recomposition.  Cette  définition  n'est  point 
exacte.  La  décomposition  et  la  recomposition  ne  sont 
pas  la  méthode,  mais  des  procédés  de  la  méthode. 
L'essence  de  la  méthode  est  V unicité ^  c'est-à-dire  ,  Vi- 
solcment  des  faits  élémentaires  :  artifice  admirable  ,  par 
lequel  l'esprit  débrouille  les  phénomènes  les  plus  com- 
plexes ,  en  attaque  séparément  chaque  circonstance  ,  et 
détermine  ainsi  toutes  les  conditions  de  leur  existence, 
soit  qu'il  les  décompose  ou  qu'il  les  recompose. 

L'origine  de  celte  nouvelle  philosophie  remonte  à 
peu  près,  comme  chacun  sait,  au  commencement  du 
xvne  siècle.  Trois  hommes  concoururent  surtout  à  la 
développer  :  Bacon,  Galilée  et  Descartes.  A  la  vérité, 
Bacon  ne  fit  qu'indiquer  assez  vaguement  la  route  qu'il 
fallait  suivre,  et  Descartes  ne  substitua  guère  aux  er- 
reurs des  anciens  que  ses  propres  erreurs.  Galilée  seul 
fonda  réellement  la  philosophie  expérimentale. 

Newton  continua  Galilée.  Mais  leur  philosophie  ne 
pénétra  pas  d'abord  aisément  en  France.  Descartes  y 
avait  séduit  les  esprits  par  la  hardiesse  de  ses  systèmes, 
et  Mallebranche  prolongeait  la  séduction  par  les  grâces 
de  sou  style.  Enfin  ,  Condillac  ,  sous  le  nom  de  méthode 
analytiqw ,  transplanta  parmi  nous  la  méthode  de 
Newton  et  de  Galilée.  Lavoisier  la  reçut  de  Condillac  , 
et  de-là  ,  elle  passa  bientôt  dans  toutes  les  sciences. 

On  ne  se  propose  nullement  ici  de  reproduire  les  ré- 
sultats de  cette  méthode.  Ces  résultats  ont  trouvé  un 
historien  digne  d'eux  (i).  On  a  moins  eu  pour  but  de 
rappeler  des  découvertes  particulières  ,  que  de  faire 
connaître  l'esprit  qui  les  a  inspirées  toutes,  et  l'on  a 
— ■  ■  — — . — . _ 

(i)  M.  Ccvter  :  Rapport  historique  sur  les  progrès  des  sciences 
nature  Ut  s  ,  depuis  17&J. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  491 

voulu  essayer  de  peindre  cet  esprit,  parce  qu'il  est  le 
principe  agissant  de  toute  philosophie  positive,  c'est-à- 
dire  ,  de  toute  philosophie  qui  sait  ne  rienomeltrett  ne 
rien  supposer. 

L'un  des  résultats  les  plus  immédiats  et  les  plus  re- 
marquables de  la  philosophie  de  Galilée  ,  avait  été  la 
création  même  des  Académies.  En  effet,  dès  que  l'on 
eut  compris  toute  l'influence  possible  de  l'art  expéri- 
mental ,  il  se  forma  des  sociétés  de  savans  pour  se  li- 
vrer à  cet  art.  La  principale  occupation  de  ces  sociétés 
fut  de  multiplier  les  expériences,  de  les  répéter,  de  les 
varier  de  mille  manières.  Ces  expériences  n'étaient  d'a- 
bord ,  sans  doute  ,  que  des  matériaux  isolés;  mais  ,  c'est 
avec  ces  matériaux,  rapprochés  plus  tard  ,  qu'on  a  fait 
successivement  toutes  nos  théories  ,  ou  plutôt,  que  nos 
théories  se  sont  faites  elles-mêmes. 

Cependant,  plusieursde  cesmatériaux  eussent  échap- 
pé ,  peut-être,  à  la  postérité,  si  des  mains  habiles  et 
amies  ne  se  fussent  empressées  de  les  consigner  par  écrit. 
Les  sociétés  savantes  invitèrent  donc  quelques-uns  de 
leurs  membres  à  se  charger  spécialement  de  ce  soin.  A 
des  époques  déterminées  ,  l'historien  de  l'Académie 
devait  en  retracer  les  travaux:  la  louange,  ou  plutôt 
la  reconnaissance  ,  se  mêla  naturellement  à  ces  récits  ; 
et  de-là,  les  Éloges  académiques. 

L'histoire  des  procédés  du  génie  était  proprement 
l'histoire  de  l'esprithumain.  Fontenelle  se  montradigne 
d'écrire  cette  histoire.  Il  créa  ,  dans  la  littérature  fran- 
çaise ,  un  genre  d'éloquence  également  inconnu  par- 
tout jusqu'à  lui,  et  ses  Eloges  resteront  à  jamais  l'un 
des  plus  beaux  raonumens  qu'on  ait  élevés  aux  sciences. 

Il  a  été  donné  à  Fontenelle  de  prendre  tous  les  tons 
et  d/excellcr  dans  tous  :  vif,  ingénieux  ,  profond  ,  ton- 


,<p  SCIENCES  PHYSIQUES 

jours  occupe  d'une  matière  abstraite  et  élevée  ,  et  lou- 
eurs au-dessus  de  sa  matière.  Après  lui ,  d'Alembert  (i) 
et  Condorcet  parurent  encore,  avec  éclat,  dans  une 
carrière  désormais  si  difficile  à  parcourir.  Mais  ces  dif- 
ficultés ,  irritant  sans  cesse  le  génie  ,  lui  donnent  autant 
d'élancemens  que  d'entraves  ;  et  c'est  à  tes  difficultés 
i[iie  nous  devons,  peut-être,  de  nouveaux  chefs-d'œuvre 
et  un  classique  de  plus. 

Quoique  les  Éloges  de  M.  Cuvier  soient  réunis  ici 
pour  la  première  fois ,  on  peut  les  regarder  pourtant 
comme  ayant  déjà  reçu  une  véritable  publicité.  Lus 
dans  les  séances  publiques  de  l'Institut  ,  ils  ont  acquis , 
dès  long-tems,  une  grande  célébrité  ,  et  il  n'est  personne 
à  qui  le  nom  de  M.  Cuvier  ne  rappelle,  avec  tant  d'au- 
tres gloires,  la  gloire  de  l'historien  des  sciences. 

Les  sciences  <\\ies  physiques,  ou  naturelles, devra ient, 
sans  doute  ,  embrasser  les  existences  dans  toute  leur 
généralité  ,  etdanstoutesleursmodifrcations.  Une  vieille 
habitude  isole,  néanmoins  encore,  plusieurs  de  ces 
modifications  ,  sous  le  nom  de  sciences  Métaphysiques. 
Mais,  a.  force  de  s'étendre,  les  sciences  physiques  et 
métaphysiques  sont  enfin  parvenues  à  se  toucher,  et 
désormais  leur  jonction  est  inévitable. 

Tout  se  tient  dans  la  nature  par  des  rapports  néces- 
saires, et  .cet  te  liaison  immuable  constitue  précisément 
--es  lois  et  sou  harmonie.  Tout  devrait  donc  se  tenir  aussi 

(i)  A  I.i  venic.  d'Alembert  était  secrétaire  «le  l'Académie  l'ian- 

.use,  et  non  <|r  l'Académie  des  Sciences  •  niais,  il  n'est  ici  ques- 
l  ion  que  des  ouvrages,  et  nullement  des  place*»  Plusieurs  lïfnges 
tfe  savons  ont  été  publiés  depuis.  A  leur  tète  se  placent  lEloge  de 
Descartes,   par  Thomas';    celui  de  Fontëhelle,   par  M,  Garât- 

[UelqueS  Eloges  de  Vicq-d'Azyr,  de  Mai  i  an;  et  surtout  l'immortel 
tîisài  >ui  les  /i/oçes,  etc. ,  etc. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  493 

dans  les  sciences;  car  elles  ne  sont,  au  fond  ,  que  la 
copie  de  la  nature.  Expliquer  un  fait,  c'est  le  rappro- 
cher d'autres  faits  ;  c'est-à-dire  ,  trouver  ses  rapports. 
La  science  est  V expression  de  ces  rapports  :  là  où  il  n'y 
a  pas  de  rapports  exprimés ,  il  n'y  a  donc  pas  de 
science. 

Le  but  définitif  de  toute  science  est  donc  la  décou- 
verte des  rapports  réels  des  faits  ;  et  c'est,  effective- 
ment ,  à  la  découverte  de  ces  rapports  que  tendent  au- 
jourd'hui toutes  les  sciences.  Nul  n'a  contribué  ,  plus 
que  M.  Cuvier ,  à  rendre  cette  tendance  générale,  et  par 
l'autorité  de  son  nom  ,  et  par  les  conséquences,  presque 
merveilleuses ,  qu'il  en  a  tirées.  Suppléant ,  par  le  génie 
et  par  d'heureuses  conjectures  ,  à  des  restes  informes 
et  tronqués,  il  est  parvenu,  comme  on  sait,  à  recréer 
plusieurs  grandes  espèces  d'animaux  totalement  per- 
dues de  nos  jours. 

Dans  cette  sorte  de  création  nouvelle ,  un  seul  os  ,  une 
seule  facette  d'os  ,  ont  suffi  souvent  à  M.  Cuvier  pour 
déterminer  tout  un  animal.  En  effet ,  les  diverses  par- 
ties d'un  animal  ne  formant  ensemble  qu'un  système 
unique,  les  modifications  de  l'une  d'elles  en  amènent 
nécessairement  d'analogues  dans  toutes  ;  et  l'on  peut 
conséquemment  conclure ,  avec  rigueur,  les  unes  des 
autres. 

Ainsi,  la  connaissance  des  parties  constitutives  des 
animaux,  ou  leur  anatomic  comparée ,  est  le  fonde- 
ment absolu  de  toute  physiologie  et  de  toute  zoologie 
rationnelles.  Les  fonctions  ne  sont  que  le  résultat  des 
organes,  et  les  animaux,  que  des  aggrégats  d'organes. 
Pour  connaître  les  fonctions  et  les  animaux,  il  faut  donc 
connaître  les  organes. 

L'art  de  rapprocher  les  organes  ,  et  par  eux  lesfonc- 


.{94  SCIENCES  PHYSIQUES, 

tions  ,  et  par  elles  les  animaux,  constitue  doue ,  à  la 
fois  ,  l'anatomie  ,  la  physiologie  et  la  zoologie.  M.  Cu— 
vier  a  ,  le  premier  ,  eu  la  gloire  de  réunir  ces  trois 
.sciences  dans  ses  ouvrages,  comme  elles  sont  réunies 
dans  la  nature.  Mais  il  ne  s'est  point  borné  à  ce  rap- 
prochement déjà  si  fécond  et  si  philosophique.  Appelé  , 
comme  historien  de  l'Académie,  à  retracer  les  pro- 
grès de  toutes  les  sciences  naturelles,  il  a  démontré  , 
successivement  ,  les  grands  rapports  qui  les  lient 
toutes. 

Les  sciences  naturelles  ne  forment  donc  qu'une  seule 
science,  dont  les  différentes  branches  ont  des  connexions 
plus  ou  moins  intimes  ,  et  se  prêtent  des  secours  plus 
ou  moins  directs.  Cette  grande  pensée  domine  dans  les 
Eloges  de  M.  Cuvier  :  élevée  au-dessus  de  tout,  il  n'est 
pas  une  conséquence  dont  elle  n'assigne  les  élémens,et 
pas  un  élément  dont  elle  ne  découvre  les  conséquences. 
Je  n'essaierai  point,  en  vain,  d'analyser  ces  Eloges. 
Que  l'on  se  représente  l'époque  la  plus  glorieuse  de  l'es- 
prit humain  reproduite  avec  tout  ce  que  la  raison  a 
de  force  et  l'éloquence,  de  charmes.  Une  société  nouvelle 
naît  avec  de  nouvelles  sciences  ,  ou  plutôt,  de  ces 
nouvelles  sciences.  M.  Cuvier  peint  le  génie  de  cette 
époque  naissante  ;  il  en  montre  les  causes  et  les  résul- 
tats ,  et  ses  Eloges  eux-mêmes  sont  l'un  de  ces  résul- 
tats les  plus  brillans. 

Le  Recueil  dés  Eloges  est  précédé  d'un  Discours  sur 
les  Rapports  des  sciences  avec  la  société.  Ce  Discours  est 
un  monument  de  style  et.  de  génie.  Nulle  part ,  la  ma- 
nière originale  de  l'auteur  ne  ressort  avec  plus  d'éclat. 
Vous  diriez  la  manière  délicate  et  profonde  de  Fofl- 
tenelle,  mais  da  Fontcnclle  avec  te  don  de  l'invention. 
Quant  aux  rapports  oui  unissent  les  sciences  à  la 


SCIENCES  PHYSIQUES.  4g5 

société  ,  ces  rapports  frappent  tous  les  yeux.  Les  sciences 
et  la  société,  en  s'entrelaçant  de  mille  façons ,  devien- 
nent, tour  à  tour,  causes  et  effets  de  leurs  progrès  ré- 
ciproques. Mais,  en  définitif,  la  société  dérive  des 
sciences,  et  non,  comme  on  le  dit  généralement,  les 
sciences  ,  de  la  société. 

La  société  est  partout  établie  sur  la  science;  c'est-à- 
dire  ,  sur  ce  quon  sait.  Voulez-vous  changer,  de  fond 
en  comble,  une  société  ?  vous  n'avez  qu'à  changer  sa 
science.  Le  développement  de  la  société  est  donc  la 
conséquence  invincible  de  celui  des  sciences  ;  la  société 
se  perfectionne  donc  nécessairement  avec  les  sciences. 

A  une  époque  donnée  de  la  société  ,  il  ne  serait  pas 
moins  affreux  de  prétendre  l'assujettir  à  certains  gouver- 
nemens,  qu'il  ne  serait  absurde,  à  une  époque  donnée 
de  la  science,  de  prétendre  l'asservir  à  certaines  philo— 
sophies.  Ces  gouvernemens  et  ces  philosophies  ont  eu 
leur  tems  ;  d'autres  s'élèvent  qui  ont  aussi  leur  heure 
marquée  :  les  formes  de  l'esprit  humain  varient  et  se 
modifient  à  l'infini  ;  l'esprit  humain  seul  est  immuable 
et  éternel. 

Flourens  ,   D.-M. 

JY.  B.  Le  recueil  important  dont  on  vient  d'offrir  l'analyse, 
fait  suite  aux  Eloges  de  Fontenelle,  de  Mairan,  de  Fouchv,  de 
Condorcet,  et  complète  l'histoire  des  membres  de  l'Académie  des 
Sciences,  depuis  son  établissement  jusqu'à  ce  jour. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

Programme  du  Cours  de  Droit  public,  positif  et 
administratif ,  à  la  Faculté  de  Droit  de  Paris  , 
pour  Tannée  1819 — 1820*,  par  M.  le  baron  de 
Gé  11  an  do  (1). 

Un  cours  nécessaire  et  entièrement  nouveau  a  été 
créé  au  sein  de  l'École  de  Droit  de  Paris.  M.  de  Gé- 
rando  ,  qui  occupe  cette  chaire  importante,  a  publié, 
sous  le  titre  de  Programme ,  son  discours  préliminaire 
et  le  plan  du  cours.  On  y  a  joint  un  tableau  synoptique 
où  ce  plan  est  résumé  par  un  étudiant,  M.  Epailly, 
avec  une  exactitude  et  une  précision  qui  ne  laissent 
rien  à  désirer.  Lorsqu'un  plan  est  bien  rédigé,  il  est 
impossible  d'en  faire  l'analyse;  car,  il  ne  contient 
que  ce  qui  est  nécessaire  ,  et  l'analyser  ne  serait  que  le 
rendre  incomplet.  Nous  renvoyons  donc  nos  lecteurs  à 
l'ouvrage  lui-même  ,  et  nous  nous  bornerons  à  pré- 
senter des  réflexions  sur  l'utilité  de  cet  enseignement , 
avec  quelques  extraits  que  nous  avons  été  à  portée  de 
recueillir,  et  qui  pourront  faire  apprécier  la  manière 
dont  il  est  traité. 

Appelé  depuis  loug-tenis  par  les  vœux  des  adminis- 
trateurs éclairés  ,  et  généralement  de  tous  ceux  qui  ont 
médité  sur  l'état  actuel  du  droit  public  et  de  l'admi- 
nistration en  France,  le  nouveau  cours  ne  peut  man- 
quer de  produire  les  plus  heureux  fruits,  cl  ses  résul- 
tats seront  même  par  la  suite  beaucoup  plus  importans 
qu'ils  ne  le  paraissent  au  premier  abord. 

Cependant,   cette  partie  du  droit,  professée  seule- 

(1)  Paris,  1819.  Brocli.  in-8°.  Prix,  a  fr.  Soc.  Baudouin  frti 
rue  (1<  \  tugirard,  n°  36. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES.  497 

ment  une  année,  et  sous  d'autres  institutions,  par 
M.  Portiez  (  de  l'Oise  ),  à  la  renaissance  des  écoles  ,  avait 
été  depuis  tellement  négligée,  qu'on  pourrait  peut- 
être  se  taire  un  titre  de  cet  abandon,  pour  contester 
son  utilité  ;  mais  ,  il  s'explique  par  la  nature  même  de 
la  science  du  droit  public  et  de  l'administration.  Elle 
présente  quelque  chose  de  vague  et  d'indéfini  qui  ras- 
sure l'ignorance  ;  et,  comme  on  ne  voit  pas  rigoureu- 
sement ce  qu'il  faut  pour  former  un  habile  publiciste, 
ou  un  bon  administrateur,  l'amour-propre  persuade  à 
chacun  que  l'instruction  qu'il  a  acquise  et  les  qualités 
qu'il  tient  de  la  nature,  sont  les  seules  que  réclame 
l'exercice  de  ses  fonctions. 

«  Il  est  surprenant  ,  dit  Blackstone  ,  qu'il  n'y  ait  au- 
cun état  dans  la  vie,  aucune  occupation  ,  aucun  art, 
aucune  science  qui  n'exige  quelque  méthode  d'instruc- 
tion, et  que  la  législation  ,  la  plus  noble  et  la  plus  diffi- 
cile de  toutes  les  sciences ,  soit  la  seule  exceptée  de  cette 
condition  générale.  »» 

Depuis  surtout  que  le  rétablissement  en  France  d'une 
constitution  libre  a  fait  connaître  à  chaque  citoyen 
qu'il  a  des  droits  à  défendre,  une  part  du  pouvoir  à 
exercer,  la  politique  est  devenue  un  objet  d'intérêt  gé- 
néral pour  les  hommes  de  toutes  les  classes.  Quel  Fran- 
çais pourrait  regarder  aujourd'hui  l'étude  des  lois  fon- 
damentales du  droit  public,  comme  inutile,  lorsque 
chacun  peut  être  appelé  un  jour  à  participer  à  la  puis- 
sance législative,  soit  médiatement  comme  éleclen r,  soit 
immédiatement  comme  député?  L'état  actuel  de  nos 
institutions  exigerait  donc  que  cette  étude  fui  plus  que 
jamais  répandue.  Mais,  comment  aurail-elle  pu  l'être, 
lorsque,  privé  du  secours  de  renseignement ,  chacun 
devait  s'instruire  par  ses  propres   efforts,   dans  cette 


498  SCIENCES  MORALES 

branche  importante  ,  mais  difficile,  des  connaissance» 
humaines,  où  l'incertitude  et  la  diversité  des  opinions 
et  des  systèmes  suffiraient  pour  rebuter,  dès  les  pre- 
miers pas,  tous  ceux  que  ne  soutient  point  un  véri- 
table amour  de  la  science? 

Si  de  tels  obstacles  fermaient  la  carrière  du  droit  pu- 
blic ,  dont  les  principes  généraux,  discutés  par  tant 
d'illustres  écrivains,  sont  déposés  dans  notre  Charte  , 
que  dirons-nous  de  la  science  administrative,  où  les 
difficultés  allaient  jusqu'à  en  rendre  l'étude  à  peu  près 
impossible? 

Les  anciens  disaienlque  l'onnaissaitpoete;  enFrance, 
jusqu'à  présent,  il  fallait  naître  administrateur.  Tan- 
dis que  des  écoles  spéciales,  destinées  à  l'enseignement 
des  sciences  exactes,  voyaient  naître  dans  leur  sein  une 
nombreuse  pépinière  de  savans  et  de  guerriers  ;  tandis 
que  les  Ecoles  de  Droit  et  de  Médecine  préparaient  des 
interprètes  aux  lois,  et  des  sauveurs  aux  maux  de 
l'humanité,  la  seule  école  de  l'administrateur  était 
l'administration  même,  et  la  pratique  de  ses  fonctions 
en  était  en  même  terùs  l'étude  préparatoire. 

L'enseignement  pratique  peut  présenter  dans  tout 
autre  cas  de  grands  avantages;  mais,  il  coûte  trop 
cher,  lorsque  c'est  aux  dépens  des  gouvernés  que  doi- 
vent se  former  les  gouvernails.  Cependant,  c'était  jus- 
qu'ici la  meilleure  et  presque  la  seule  méthode  d'ins- 
truction dont  on  pût  faire  usage,  pour  connaître  l'esprit 
et  le  texte  de  nos  lois  administrative.  Ce  n'est  guère 
que  depuis  trente  ans  qu'on  a  vu  paraître  quelques  bons 
ouvrages  sur  la  théorie  et  les  principes  généraux  do 
l'administration;  et ,  si  les  écrivains  antérieurs  s'en  sont 
occupés  quelquefois,  il  faut  chercher  ces  précieux  frag- 
Kiens  dans  ici  traités  du  droit  public,  avec  lequel  le 


ET  POLITIQUES.  499 

droit   administratif    avait    été  jusqu'alors   confondu. 
D'un  autre  côté  ,  nous  n'avons  pas  d'autre  Code  admi- 
nistratif que  le  Bulletin  des  Lois  :  effrayant  amas  de 
dispositions  innombrables  ,  qui  tantôt  s'abrogent  et  se 
contredisent  mutuellement,  tantôt  s'expliquent  et  se 
développent  les  unes  par  les  autres.  Dans  cet  immense 
recueil  se  trouvent  confusément  entassées  ,  sans  autre 
ordre  que  celui  des  dates,  les  lois  des  divers  gouver- 
nemens  qui   se  sont  succédés,  en  France ,    depuis  la 
révolution,  et  même  implicitement  une  grande  partie 
des  anciennes  lois  du  royaume,  auxquelles  se  rattachent 
les  législations  nouvelles;  liant  ainsi  le  régime  passé  k 
celui  qui  est  sorti  de  ses  ruines,  et  la  jurisprudence 
que  la  révolution  a  renversée  à  celle  qu'elle  a  produite. 
On  sent  combien  il  était  difficile  pour  l'administra- 
teur de  chercher,  dans  un  pareil  chaos,  la  lumière  qui 
devait  éclairer  ses  décisions  et  ses  actes.  Il  est  vrai  que 
d'estimables  auteurs  ont  entrepris ,  à  plusieurs  époques, 
de  classer  les  lois  administratives  par   ordre  de  ma- 
tières ;  et  leurs  utiles  travaux  ont  du  moins  préparé  les 
fondemens  de  l'édifice ,  s'ils  n'ont  pu  l'élever.  Mais , 
malheureusement ,    leurs  écrits  sont    antérieurs  à   la 
Charte,  et,  par  conséquent,  étrangers  à  la  jurispru- 
dence née  de  cette  institution  fondamentale ,  qui  doit 
être  le  principal  but  des  études  de  nos   jurisconsultes 
et   de   nos   publicistes.    Deux   ouvrages   de  M.  Dupiu 
ont  paru  ,  depuis  cette  époque  ;  mais,  ils  ne  débrouil- 
lent encore  qu'une  faible  partie  de  notre  législation. 
Quant  aux  nombreux  manuels  composés  pour  l'usage 
des  diverses  administrations ,  si  leur  forme  est  com- 
mode dans  la    pratique,    on  ne   peut  nier  qu'elle  ne 
soit  très  défectueuse  pour  la  science  ,  puisqu'elle  se  re- 
fuse à  l'exposé  des  principes  généraux  ,  aux  rapproche- 
mens  souvent  si  utiles,  et  à   la  liaison  des  choses  par 


5oo  SCIENCES  MORALES 

l'analogie.  On  peut  donc  dire  qu'aucm  ouvrage  n'a 
encore  présenté  l'ensemble  de  notre  législation  ,  en  sé- 
parant les  lois  maintenant  en  vigueur  de  celles  que  des 
lois  postérieures  ont  abrogées  ;  celles  qui  ont  été  main- 
tenues par  l'article  68  de  la  Charte,  de  celles  qui  ont 
été  abolies  par  le  même  article  ,  comme  contraires  à 
l'esprit  de  nos  institutions. 

La  science  de  l'administration  ,  si  Ion  pouvait  jus- 
qu'à présent  l'appeler  science,  puisque  personne  ne 
l'avait  traitée  sous  ce  point  de  vue  ,•  présentait  donc 
encore  dans  toutes  ses  parties  beaucoup  de  confusion 
et  d'obscurité  ;  et  l'administrateur  mal  éclairé  sur  ses 
droits  et  sur  ses  devoirs,  pouvait  à  peine  suppléer,  à 
force  de  talens  et  de  zèle,  au  défaut  d'un  enseignement 
public  du  droit  administratif. 

Un  tel  état  de  choses  aurait  pu  subsister  indéfiniment 
sous  un  gouvernement  despotique  où  tout  est  aban- 
donné à  l'arbitraire  du  chef  suprême  et  de  ses  agens  , 
oii  la  loi  n'est,  pour  ainsi  dire,  qu'un  arbitraire  perma- 
nent, puisque  toute  son  autorité  peut  lui  être  donnée 
ou  enlevée  par  la  volonté  d'un  seul.  Alors,  les  écarts  de 
l'administrateur  sont  peu  importans  ;  les  règles  qui  pré- 
sident à  ses  actes  étant  inconnues  du  peuple ,  qui  ne  voit 
que  les  effets  sans  pouvoir  remonter  aux  causes  ,  les 
transgressions  se  dérobent  aisément  à  travers  l'obscu- 
rité dont  s'entoure  le  pouvoir;  et,  comme  elles  ne  font 
que  substituer  un  arbitraire  à  un  autre,  on  s'habitue  à 
les  voir  avec  une  sorte  d'indifférence. 

Mais,  dans  un  Etat  libre,  sous  une  constitution  re- 
présentative, oii  la  franchise  et  l;i  publicité  sont  de 
l'e>senee  du  gouvernement  ;  oii  la  loi,  \  ('niable  expres- 
sion de  la  volonté  générale ,  est ,  en  quelque  sorte,  saris 
f^psse  présente  entre  les  gouvernails  et  les  gouvernés, 


ET  POLITIQUES.  5oi 

et  leur  fait  entendre  sa  voix  du  haut  d'une  tribune  in- 
dépendante ;   l'administrateur  est  sous  le  joug  d'une 
responsabilité  continuelle  :  il  n'agit  plus  dans  l'ombre 
et  par  des  ressorts  secrets  ;  il  est  placé  sur  un  théâtre 
où  tous  ses  mouvemens  sont  suivis  par  mille  regards 
inquiets,  prêts  à  observer  ses  moindres  erreurs.  Il  est 
vrai  que  chaque  agent  du  gouvernement  n'est  pas  forcé 
d'interpréter  les  lois  par  lui-même  ,  et  peut  toujours 
s'adresser  à  l'autorité  supérieure  pour  en  obtenir  des 
instructions.  Mais,  ce  recours,  rarement  obligatoire, 
est  souvent  impossible;  car,   il  se  présente  à  chaque 
instant  des  cas  urgens  ou  l'employé  subalterne  doit  se 
conduire  d'après  ses  propres  lumières  ;  sans  quoi  il  n'y 
aurait  d'administration  quedans  la  capitale  ,  et  la  force 
du  gouvernement ,  concentrée  sur  un  seul  point,  dé- 
croîtrait en   raison  des  distances,  et  deviendrait  nulle 
aux  extrémités  du  royaume.  Aussi,  combien  le  Conseil- 
d'Etat  n'a-t-il  pas  cassé  d'actes  illégaux,  par  lesquels 
clés  fonctionnaires  publics  ,  non  contens  de  dépasser  les 
bornes  de  leurs  attributions,    se  mettaient  même  en 
contradiction  avec  les  lois  existantes  ,  faute  sans  doute 
de  les  connaître? 

Il  est  donc  indispensable,  sous  un  gouvernement 
constitutionnel ,  que  la  connaissance  du  droit  public  et 
administratif  soit  aussi  répandue,  que  le  permettent  la 
nature  des  choses  et  la  différence  des  conditions.  Cette 
connaissance  est  nécessaire  à  l'administrateur,  qui  ne 
doit  plus  mettre  sa  volonté  ou  même  sa  conviction  à  la 
place  des  lois  ,  mais  s'attacher  tellement  à  la  lettre  et  à 
l'esprit  de  leurs  dispositions  ,  que  la  loi  désormais  soit 
inséparable  de  ses  organes  ;  elle  est  nécessaire  aux  man- 
dataires de  la  nation,  qui  ne  peuvent  abroger  ou  réfor- 
mer les  anciennes  lois  sans  les  bien  connaître,  ni  eu  créer 


5oî  SCIENCES  MORALES 

de  nouvelles  sans  s'être  pénétrés  des  grands  principes 
du  droit  public  ,  sur  lesquels  toutes  les  législations  sont 
fondées,  et  qui  se  trouvant,  en  quelque  sorte,  établis 
juges  entre  l'administration  et  les  citoyens  par  le  droit 
de  pétition ,  ont  besoin  d'étudier  les  droits  et  les  devoirs 
de  ceux  dont  ils  sont  les  arbitres  ;  elle  est ,  enfin  ,  né- 
cessaire aux  simples  citoyens  eux-mêmes  ,  qui  ne  doi- 
vent plus  désormais  une  obéissance  passive  à  des  or- 
dres arbitraires  et  secrets  ,  mais  auxquels  la  loi  seule  a 
droit  de  commander,  et  qui  n'obéissent  qu'à  elle  en 
se  soumettant  aux  autorités  ,  organes  et  instrumens  de 
sa  puissance. 

Un  cours  de  droit  public  et  administratif  était  donc 
la  conséquence  naturelle  et ,  pour  ainsi  dire,  le  com- 
plément de  nos  institutions.  En  effet ,  partout  oii  le 
gouvernement  représentatif  s'est  établi ,  la  nécessité  a 
bientôt  donné  naissance  a  des  cours  de  ce  genre.  L'An- 
gleterre,qui  a  joui  long-tems  avant  nous  des  bienfails 
de  ce  système  ,  a  vu  s'élever  ,  dès  1761  ,  dans  l'univer- 
sité d'Oxford  ,  une  chaire  de  droit  public  et  civil ,  illus- 
trée ,  dès  son  origine,  par  les  travaux  du  Montesquieu 
anglais,  du  savant  et  judicieux  Blackstone. 

Celle  qui  vient  d'être  créée  au  sein  de  la  Faculté  de 
Tiroit  de  Paris,  n'a  pas  moins  à  espérer  du  zèle  ardent 
et  du  mérite  reconnu  du  professeur  qui  l'occupe  au- 
jourd'hui pour  la  première  fois.  L'influence  de  cette 
utile  institution  dépendait,  en  grande  partie,  du  choix 
de  celui  qui  devait  être  appelé  à  la  développer;  il  fal- 
lait ,  dans  un  enseignement  de  ce  genre  ,  un  homme  qui 
joignit  la  pratique  à  l'étude,  l'expérience  à  la  théorie, 
et  qui  ,  pour  tirer  en  quelq  ne  sorte  du  néant  une  science 
toute  nouvelle  ,  fût  animé  de  ce  courage  infatigable  que 
peut  seul  donner   l'amour  sincère    du  bien  et  de  la 


ET  POLITIQUES.  5o* 

vérité.  Il  était  impossible  de  trouver  ces  conditions 
mieux  réunies  que  dans  M.  de  Gérando  ;  personne  sur- 
tout n'eût  pu  porter  à  ses  jeunes  auditeurs  un  intérêt 
plus  vif,  plus  affectueux,  ni  prodiguer  des  soins  plus 
paternels  à  ceux  dans  lesquels  il  distingue  quelque 
amour  pour  le  travail. 

Aussi,  malgré  la  fermentation  qui,  depuis  quelque 
tems  ,  s'est  parfois  manifestée  dans  les  écoles,  un  cours 
consacré  aux  matières  les  plus  délicates  de  renseigne- 
ment n'a  pas  donné  lieu  à  la  moindre  agitation.  Le  ca- 
ractère personnel  du  professeur  a  rendu  ses  opinions 
respectables,  et  le  souvenir  de  sa  conduite  a  donné  plus 
de  force  à  ses  paroles.  Ainsi  s'est  trouvée  justifiée  cette 
noble  confiance  avec  laquelle  il  disait  dans  son  discours 
préliminaire  : 

«  Quand  nous  parlons  de  difficultés  ,  nous  ne  faisons 
pas  allusion  à  celles  que  pourraient  faire  craindre,  au 
premier  coup-d'œil ,  la  nature  délicate  de  certaines 
questions,  et  leurs  rapports  plus  ou  moins  éloignés  avec 
les  intérêts  de  passions  diverses;  nous  le  déclarons  d'a- 
vance, ces  difficultés  n'existeront  pas  pour  nous.  Ce 
n'est  ni  à  l'art ,  ni  à  l'habileté  ,  ni  au  talent  que  nous 
nous  confions  pour  les  éviter  ;  nous  nous  confions ,  pour 
en  être  libres  et  affranchis  ,  à  la  seule  droiture  conscien- 
cieuse ,  à  une  sincérité  scrupuleuse  ,  à  une  constante 
franchise,  à  la  simplicité  même  qu'inspire  l'amour  du 
juste  et  du  vrai;  nous  osons  le  dire,  nous  nous  con- 
fions à  notre  propre  caractère  ,  et ,  dans  le  développe- 
ment des  lois  existantes  ,  unique  sujet  qui  nous  appar- 
tienne ,  vous  trouverez  toujours  en  nous  ,  et  le  magis- 
trat intègre  ,  et  le  bon  citoyen,  fidèle  à  tous  les  ordres 
de  devoirs.    » 

Dans  une  matière  encore  neuve  et  très  étendue ,  on 
tome  yi.  35 


5o4  SCIENCES  MORALES 

ne  pouvait  espérer  d'élever  ,  du  premier  coup  ,  l'édifice 
de  la  science  dont  les  matériaux  n'étaient  pas  même 
rassemblés.  Aussi  M.  de  Gérando  s'est-il  proposé  ,  selon 
ses  propres  expressions,  de  donner,  non  des  études 
toutes  laites  ,  mais  de  bons  instrumens  pour  les  faire. 
Nous  aurions  voulu  le  suivre  dans  la  carrière  qu'il  s'est 
ouverte  lui-même  ,  expliquer  les  motifs  qui  l'ont  déter- 
miné à  commencer  son  cours  par  l'histoire  de  l'ancien 
droit  public  de  la  France,  montrer  le  point  de  vue  sous 
lequel  il  a  considéré  la  Charte  ,  et  la  définition  entière- 
ment neuve  qu'il  a  donnée  de  la  loi  ;  mais  nous  nous 
contenterons  d'offrir  à  nos  lecteurs  un  extrait  som- 
maire des  trois  premières  séances  du  cours.  Elles 
en  contiennent,  pour  ainsi  dire  ,  toute  la  philosophie, 
et  l'on  y  verra  ,  sans  doute,  avec  plaisir ,  une  définition 
du  j)om>oir  discrétionnaire  et  du  pouvoir  arbitraire , 
dans  un  moment  où  les  limites  de  ces  deux  pouvoirs 
sont  devenues  ,  dans  les  deux  Chambres  ,  le  sujet  de  lon- 
gues discussions. 

Extrait  de  l 'introduction  phi  lo  a  o phi  que  du  Cour*. 

La  première  question  qui  se  présente  dans  la  matière 
tout-à-fait  neuve  que  nous  avons  à  traiter  ,  est  celle-ci: 

Le  droit  public  et  administratif  peut-il  être  une 
science?  Cette  question  n'a  jamais  été  mise  en  doute 
pour  le  droit  public ,  dont  les  plus  savans  juriscon- 
sultes ont  toujours  fait  le  principal  objet  de  leurs  mé- 
ditations et  de  leurs  travaux.  Quant  au  droit  adminis- 
tratif ,  elle  se  réduit  à  une  simple  question  de  mots  ; 
car  la  dénomination  seule  est  nouvel  le.  La  science  a 
été  h  ailée  par  tous  ceux  qui  ont  écrit  sur  le  droit  pu- 
blie ;  mais  ils  l'ont  confondue  dans  <e  droit,  et  nen 
ont  pas  fait  l'objet  d'une  étude  séparée. 


ET  POLITIQUES.  5o5 

Cependant,  On  s'obstine  encore  à  ne  voir  dans  l'ad- 
ministration qu'un  art,  parce  que  ,  dit-on,  cette  pré- 
tendue science  ne  consiste  que  dans  l'action. 

Oui  ,  sans  doute  :  s'il  ne  fallait  qu'exécuter  promp- 
tement  et  avec  exactitude  les  ordres  de  l'autorité  supé- 
rieure, sans  en  connaître  les  motifs  ;  s'il  ne  s'agissait 
que  de  maintenir  et  d'accroître  le  pouvoir,  et  non  de 
procurer  à  la  société  la  plus  grande  somme  de  bonheur 
possible;  si  l'on  faisait  un  mystère  des  ressorts  du  gou- 
vernement comme  des  procédés  d'une  fabrique  ;  alors 
l'administration  ne  serait  qu'un  art,  et  c'est  ainsi  que 
Machiavel  l'a  considérée.  Mais  ,  dans  ce  cas  même  ,  elle 
serait  encore  susceptible  de  devenir  une  science  :,car 
tout  art  est  subordonné  à  une  théorie  scientifique  qui 
éclaire  la  pratique  et  la  perfectionne  ;  sinon,  il  ne  serait 
qu'un  métier. 

La  science  de  l'administration  est  le  système  des  de- 
voirs de  la  société  envers  tous  et  chacun  de  ses  mem- 
bres, et  de  ces  membres  eux-mêmes  envers  la  société. 
Son  but  est  d'allier  l'honnête  à  l'utile  ,  etd'établirl'or- 
dre  et  la  paix  ,  en  prenant  la  loi  pour  règle  ,  et  l'équité 
pour  moyen.  Elle  ne  doit  pas  être  un  mystère;  car, 
si  le  secret  est  souvent  nécessaire  à  l'action  du  gouver- 
nement, les  principes  de  cette  action  doivent  toujours 
être  connus  :  eux  seuls  assurent  la  sécurité  du  citoyen, 
en  lui  montrant  ses  droits,  et  celle  du  magistrat,  en 
éclairant  l'opinion  publique  qui  le  juge. 

C'est  ainsi  que  la  science  administrative  a  été  consi- 
dérée par  Kacon,  Fleurv,  d'Aguesseau ,  Domat  ,  qui 
l'ont  tous  comprise  dans  le  droit  public.  Mais  ,  si  elle 
est  véritablement  une  science,  comment  cette  science 
peut-elle  être  constituée? 

Un  recueil  de  faits  n'est  point  une  science  ;  c'est  tout 

35* 


5o6  SCIENCES  MORALES 

au  plus  une  nomenclature.  Une  théorie  entièrement 
abstraite  n'est  pas  non  plus  une  science.  La  science 
n'existe,  que  lorsque  les  faits  ont  été  généralisés  et  qu'on 
en  a  déduit  des  principes  applicables  à  la  pratique; 
lorsqu'enfin  la  pratique  et  la  théorie  ,  unies  par  un  lien 
indissoluble  ,  s'éclairent  et  se  perfectionnent  mutuelle- 
ment. 

La  science  du  droit  public  et  administratif  ne  doit 
donc  point  chercher  l'idéal  de  la  meilleure  législation 
possible  ,  et  s'élever  aux  théories  qui  établissent  le  prin- 
cipe des  gouvernemens;  elle  prend  les  lois  existantes 
comme  un  point  de  départ,  sans  en  dissimuler  les  im- 
perfections ou  les  lacunes.  C'est  ainsi  qu'elle  évite  de 
nombreux  ,  écueils  et  qu'elle  voit  dans  ses  limites  même 
unecause  de  sécurité,  sans  renoncer  aux  améliorations 
qu'elle  prépare  ,  en  éclairant  les  rapports  et  l'état  pré- 
sent des  choses. 

Ce  qui  constitue  partout  une  science  ,  ce  sont  les  rap- 
ports qni  la  lient  aux  autres  sciences  déjà  formées.  Or, 
(ruels  liens  plus  étroits  que  ceux  qui  rattachent  la  science 
du  droit  public  et  administratif  à  la  jurisprudence  gé- 
nérale? Elle  emprunte  à  l'histoire  des  matériaux,  des 
exemplec ,  des  leçons,  <les  vues  aussi  nombreuses  que 
fécondes  ,  et  elle-même  ,  à  son  tour,  explique  l'histoire  , 
comme  la  pensée  explique  l'homme.  Elle  met  à  con- 
tribution l'économie  politique  et  la  statistique  qui  en 
est  un.»  annexe,  non-seulement  afin  de  pénétrer  dans 
l'élude  des  finances  qui  sont  devenues  aujourd'hui  un 
ressort  puissant  et  nécessaire  de  l'art  du  gouvernement, 
et  un  objet  essentiel  dans  l'exercice  des  prérogatives 
nationales ,  mais  encore  pour  guider  l'action  de  l'au- 
torité» dans  tout  ce  qui  touche  aux  sources  de  la  pros- 
périté des  États.  Enfin  ,  elle  trouve  un  utile  auxiliaire 


ET  BOUTIQUES.  5o7 

dans  la  saine  philosophie  ,  qui  n'est  autre  chose  que  la 
recherche  du  vrai  et  du  bien,  et  à  laquelle  on  ne  niera 
pas  qu'elle  ne  soit  au  moins  redevable  du  perfection- 
nement de  ses  méthodes  et  des  secours  qu'elle  lire  des 
lumières  de  la  morale  publique. 

Mais  ,  dira-t-on  ,  comment  peut-on  jamais  appeler 
science  un  assemblage  de  règles  qui  varient  à  chaque 
instant  suivant  les  hommes  et  les  circonstances?  C'est 
précisément  la  multiplicité  de  ces  variations  qui  exige 
des  principes  plus  positifs  et  mieux  établis.  La  diversité 
des  effets  ne  détruit  point  l'unité  dans  les  causes.  Quoi 
de  plus  ^variable  que  les  phénomènes  de  la  nature? 
quoi  de  plus  constant  que  les  lois  qui  les  gouvernent? 
De  même,  si  les  règles  des  détails  de  l'administration 
peuvent  changer ,  les  règles  de  l'équité  ,  source  et  fon^ 
dément  de  toutes  les  autres  ,  sont  immuables. 

«  En  vain,  dit  M.  de  Gérando,  voudrait -on  ne 
voir  dans  la  conduite  des  affaires  publiques  qu'une 
chose  matérielle  ;  •  c'est  ne  voir  que  les  dehors.  La 
connaissance  des  hommes  est  le  premier  secret  de 
ce  grand  art.  On  n'administre  pas  en  expédiant  des 
signatures  ;  on  administre  surtout  à  l'aide  de  cette 
saine  logique  qui  fait  vivre  les  principes  dans  la  pra- 
tique journalière  ,  à  l'aide  de  ces  inspirations  de  la 
vertu  qui  consacrent  l'équité  et  révèlent  le  bien  pu- 
blic; on  administre,  enfin  ,  avec  deux  grands  moyens, 
la  raison  et  la  conscience.  » 

Le  droit  administratif  est  l'ensemble  des  devoirs  de 
l'administration  et  des  droits  qui  lui  sont  confiés  pour 
l'accomplissement  de  ses  devoirs. 

Les  principes  de  ce  droit  sont  de  deux  sortes  :  les  uns 
relatifs,  qui  sont  adaptés  aux  teins,  aux  lieux,  aux 
circonstances  ;  ce  sont  les  dispositions  législatives  :  les 


5ô8  SCIENCES  MORALES 

autres  absolus  et  immuables  ;  ce  sont  les  règles  de  l'é- 
quité. 

On  peut,  en  analysant  ces  principes  ,  établir  trois 
sources  du  droit  administratif.  La  première  est  dans 
les  lois,  qui  imposent  un  devoir  positif  à  l'administra- 
tion et  règlent  d'avance  tous  ses  actes,  en  lui  traçant 
nue  marche  dont  elle  ne  peut  s'écarter.  La  seconde  est 
dans  la  latitude  accordée  à  l'administration,  dans  l'es- 
prit de  la  loi  ,  pour  les  cas  que  la  loi  n'a  pu  prévoir. 

Mais,  alors  même  que  l'administration  semble  agir 
de  sa  propre  autorité,  n'obéir  qu'à  sa  propre  impul- 
sion ,  on  ne  peut  dire  qu'elle  crée  les  obligations  im- 
posées aux  citoyens.  La  source  de  tous  leurs  devoirs  est 
dans  la  loi,  dont  l'administration  n'est  que  l'organe, 
soit  qu'elle  doive  l'exécuter  littéralement,  soit  qu'elle 
use  pour  agir  par  elle-même  des  pouvoirs  que  la  loi  lui 
confie. 

Cette  latitude  ,  laissée  à  l'administration  ,  est  ce  qu'on 
appelle  le  pouvoir  discrétionnaire  ,  long-tems  con- 
fondu avec  l'arbitraire  dont  il  n'a  été  distingue  que 
dans  ces  derniers  tems  par  une  nouvelle  dénomination. 
Cependant ,  il  y  a  entre  eux  une  différence  essentielle. 

L'acte  arbitraire  est  celui  qui  a  lieu  sans  avoir  égard 
aux  règles  établies.  L'acte  discrétionnaire  est  celui  qui 
a  lieu  sans  règles,  dans  les  matières  (|ui  n'en  comportent 
pas,  el  en  vertu  d'une  autorisation  expresse,  quoique 
générale,  donnée  à  cet  effet. 

Ainsi  ,  Ton  ne  peut  qualifier  un  acte  d'arbitraire  que 
lorsqu'il  a  eu  lieu  ,  puisqu'avant  l'on  ne  peut  savoir  s'il 
sera  conforme  ou  non  aux  règles  établies  ;  tandis  qu'on 
peut  prévoir  d'avance  que  les  acles  des  magistrats  se- 
ront discrétionnaires  dans  tous  les  cas  que  la  loi  livre  à 
leur  arbitre. 


ET  POLITIQUES.  5o9 

Mais  le  pouvoir  discrétionnaire  sans  limites  devien- 
drait arbitraire  ;  car,  si  la  loi  ne  peut  pas  toujours 
prévoir  ce  que  l'administration  doit  faire  ,  il  doit  au 
moins  exister  des  règles  qui  fixent  avec  plus  ou  moins 
d'étendue  ce  qu'elle  ne  doit  pas  faire.  Les  limites  sont  : 
le  droit  naturel  ,  la  foi  des  contrats  ,  l'autorité  de  la 
chose  jugée  ,  les  attributions  des  tribunaux.  De-là,  une 
troisième  source  du  droit  administratif  qui  constitue  les 
droits  et  les  garanties  des  citoyens,  comme  les  deu\ 
premières  déterminaient  leurs  devoirs. 

On  pourrait  aussi  en  trouver  une  quatrième  dans  les 
obligations  et  la  responsabilité  des  agens  du  gouverne- 
ment. Mais,  comme  elles  ne  sont  qu'une  conséquence  et 
une  sanction  des  trois  autres,  nous  n'en  parlerons  pas 
ici. 

Des  rapports  bien  plus  irnportans  existent  entre  l'ad- 
ministration et  les  tribunaux  :  c'est  elle  qui  les  sou- 
tient,  les  protège,  donne,  pour  ainsi  dire,  une  réalité 
effective  à  leur  autorité  ;  et  cependant,  elle  les  recon- 
naît souvent  comme  une  puissance  supérieure  ,  à  la  re- 
vision de  laquelle  ses  actes  sont  assujettis.  Au  reste  ,  il 
faut  bien  observer  que  l'administration  n'est  soumise 
à  la  juridiction  des  tribunaux  civils  ,  que  dans  les  cas 
où  la  loi  fixe  d'avance^ses  droits  et  ses  devoirs  ,  et  oii  il 
ne  lui  reste  qu'à  l'appliquer  ;  mais  ,  toutes  les  fois 
qu'elle  exerce  un  pouvoir  discrétionnaire,  elle  ne  doit 
compte  de  ses  actes  qu'à  elle-même. 

D'après  tout  ce  que  nous  venons  de  dire,  il  esl  ais< 
de  voir  que  le  droit  administratif  ne  peut  exister ,  dans 
sa  vraie  et  entière  acception  ,  que  sous  un  gouvernement 
constitutionnel;  c'est-à-dire,  appuyé  sur  un  système 
de  garanties.  L'arbitraire  ne  comporte  point  de  droit 


5iô  SCIENCES  MORALES 

il  n'admet  que  le  fait  :  l'administration  arbitraire  n'est 
point  une  science  ;  c'est  tout  au  plus  un  art. 

D'ailleurs  ,  il  n'est  pas  étonnant  qu'on  ait  long-tems 
confondu  le  droit  administratif  et  le  droit  public  ,  dans 
une  seule  et  même  science  ;  car  leurs  rapports  sont  si 
intimes  ,  qu'il  est  presque  impossible  de  les  séparer  en- 
tièrement dans  la  théorie.   On  ne  peut  mieux  prouver 
cette  proposition  ,  que  par  des  exemples  :  c'est  le  droit 
public  qui  déclare  que  nul  ne  peut  être  dépouillé  de 
sa  propriété,  que  pour  caused'utilité  générale  et  moyen- 
nant une  juste  indemnité  ;  c'est  le  droit  administratif 
qui  détermine  les  cas  et  les  formes  de  l'expropriation. 
Un   navire   est-il  capturé  par   un  armateur?  le  droit 
public ,    en    vertu    des  droits    de    la    guerre  ,    en   ad- 
juge la  propriété  à  celui  qui  l'a  pris  ;  le  droit   admi- 
nistratif fixe  les  caractères  qui  distinguent  le  corsaire 
du  pirate,  et  établit  une  juridiction  particulière  pour 
ce  genre  d'intérêts  privés.  Ces  deux  droits  se  prêtent 
donc  sans  cesse  un  secours  mutuel  ,  et  presque  toutes 
les  grandes  questions  du  droit  administratif  se  résol- 
vent dans  le  droit  public,  comme,  d'un  autre  côté, 
presque  tous  les  principes  du  droit  public  reçoivent  leur 
application  du  droit  administratif.  Aussi  l'histoire  nous 
otfre-t-elle  de  nombreux  exemples  de  l'influence  réci- 
proque des  institutions  politiqi^?s  et  administratives  , 
et  aucune  branche  de  ces  institutions  ne  peut  naître, 
disparaître  ou  s'élever,  sans  influer  sur  toutes  les  au- 
tres. 

Dans  un  régime  constitutionnel,  l'administration  et 
le  droit  public  ont.  chacun  un  but  déterminé ,  et  se  ba- 
lancent sans  se  nuire.   L'administration  exerce    envers 
les  particuliers  les  dr  )its  de  la  Société.  Les  intérêts  pri- 
es trouvent  leur  garantie  dans  le  droit  public,  soit 


ET  POLITIQUES.  5n 

par  des  institutions  locales  ,  soit  par  des  institutions 
générales  établies  près  du  trône.  L'autorité  royale  . 
élevée  au-dessus  de  ces  deux  pouvoirs ,  protège  à  la  fois 
tous  les  droits  et  tous  les  intérêts. 

Nous  avons  considéré  la  science  administrative,  dans 
ses  rapports  avec  le  droit  public  ;  il  nous  reste  à  étudier 
ceux  qui  la  lient  à  la  jurisprudence  administrative,  ou. 
en  d'autres  termes  ,  les  rapports  de  l'administration 
proprement  dite  ,  avec  ce  que  l'on  a  nommé  le  conten- 
tieux. 

En  effet,  quoique  l'administration  soit  une  dans  son 
essence  ,  elle  se  partage,  dans  la  pratique,  en  deux 
corps,  dont  l'un  exerce  son  contrôle  sur  l'autre,,  et 
lui  demande  à  son  tour  les  renseignemens  dont  il  a 
besoin.  De-là  ,  une  distinction  entre  la  jurisprudence 
administrative ,  qui  est  l'ensemble  des  règles  de  la  jus- 
tice envers  chacun  et  envers  tous  ,  et  la  science  admi- 
nistrative ,  qui  est  la  science  des  faits. 

Ces  deux  branches  d'une  même  science  ont  été  regar- 
dées ,  par  quelques  auteurs,  comme  devant  être  en- 
tièrement séparées  ;  parce  que,  disent-ils,  la  jurispru- 
dence juge  les  actes  de  l'administration.  Mais  ils  n'ont 
pas  fait  attention  que  l'administration  n'est  point  un 
être  à  part ,  qu'elle  n'a  pas  d'existence  par  elle-même  , 
qu'elle  n'est  enfin  que  l'organe  et  le  mandataire  de  la 
société.  Or,  si  la  société  a  des  droits  à  exercer  envers 
ses  membres,  elle  a  aussi  des  devoirs  à  remplir,  qui 
sont  la  source  de  ses  droits.  L'administration  exerce 
les  droits  de  la  société  ,  et  remplit  ses  devoirs;  la  juris- 
prudence détermine  l'étendue  des  uns  et  des  autres; 
mais  elle  ne  peut  y  parvenir,  sans  connaître  les  besoins 
de  la  Société  et  les  moyens  d'y  pourvoir  ;  et  ces  con- 
naissances indispensables,  il  faut  les  chercher  dans  la 


5ift  SCIENCES  MORALES 

science  administrative,  qui  seule  en  recueille  et  en  cons- 
tate les  élémens.  Ainsi,  ces  deux  sciences  ne  peuvent 
pas  plus  être  séparées  ,  que  la  physiologie  et  la  méde- 
cine, dont  l'une  indique  à  l'autre  les  faits  qui  doivent 
la  diriger  dans  l'application  de  ses  principes. 

L'administration  est  contentieuse  ,  toutes  les  fois 
qu'elle  se  rencontre  avec  des  droits  privés,  ou  même 
avec  de  simples  espérances  qui  sont  des  commencemeus 
de  droits.  Dans  ce  cas  où  l'intérêt  de  la  société  est  en 
concurrence  avec  celui  d'un  de  ses  membres  ,  il  faut 
examiner  si  ce  que  la  société  demande,  est  ou  néces- 
saire à  sa  conservation  ,  ou  plus  ou  moins  utile  ,  ou 
seulement  convenable.  Ce  sont  ces  questions  que  la  ju- 
risprudence décide,  d'après  les  principes  de  l'équité  et 
les  documens  que  lui  fournit  la  science  administrative. 

Elle  a  donc  sans  cesse  besoin  d'être  éclairée  par  cette 
science,  et  toutes  deux,  unies  d'un  lien  indissoluble, 
concourent  au  même  but,  le  bien  de  la  société.  En 
effet,  lors  même  que  l'administration  parai!  dans  une 
contestation  ,  comme  partie  intéressée ,  elle  ne  fait  que 
défendre  des  intérêts  généraux,  et  collectifs,  contre 
des  intérêts  privés;  car,  nous  le  répétons,  elle  n'a 
point  de  droits  par  elle-même,  et  ceux  qu'elle  peut 
exercer  contre  les  membres  du  corps  social  ,  naissent 
uniquement  de  ses  devoirs  envers  la  société  toute  en- 
tière. 

On  peut  juger,  par  ces  fragmens,  de  ce  qu'on  ■  droit 
d'attendre  d'un  cours  rédigé  dans  nu  Ici  espril  ,  et  ou 
•  les  seutimens  aussi  nobles  s'allient  à  des  aper<  ni  aussi 
justes  et  aussi  profonds. 

.Il    I  !  s    D1      P    .     . 


ET  POLITIQUES.  5i3 

VWVWW^WVWVVWWVWVvAA  www  wvvwvw 

Les  Cours  du  Noud,  ou  Mémoires  originaux  sur  les 
souverains  de  la  Suède  et  du  Danetnarcïc ,  de- 
puis ij66:  traduits  de  V anglais  de  John  Brown  , 
pari.  Cohen,  avec  deux  vues  et  six  portraits  (i). 

Les  deux  titres  que  nous  venons  de  copier,  nous  sem- 
blent mal  choisis  :  l'ouvrage  est  bien  loin  de  tenir  tout 
ce  qu'ils  promettent.  D'abord  ,  par  les  coursYlu  nord, 
on  n'entend  pas  exclusivement  celles  de  Copenhague  et 
de  Stockholm;  on  y  comprend  aussi  la  cour  de  Saint- 
Pétersbourg,  et  néanmoins,  dans  tout  le  cours  de  l'ou- 
vrage, il  n'eu  est  question  qu'autant  que  cela  est  în- 
dispensablemenl  nécessaire  pour  faire  connaître  les 
intrigues  diplomatiques  des  gouvernemens  de  Dane- 
marck  et  de  Suède.  Ensuite,  les  faits  qui  concernent 
le  Danemarck  n'embrassent  qu'une  époque  de  six^n- 
nées  ;  c'est-à-dire,  l'histoire  de  l'élévation  du  comte 
de  Struensée ,  qui  commença  en  17G6,  et  de  sa  chute 
qui  eut  lieu  êr\  1772;  de  sorte  qu'il  y  a  entre  nous  et 
cette  époque  presque  un  demi-siècle,  sur  lequel  on  ne 
nous  apprend  absolument  rien. 

Ce  n'est  pas  tout  :  nous  devons  plaindre  l'auteur, 
qui  a  eu  la  faiblesse  d'adopter,  comme  Mémoires  pour 
servir  à  l'histoire  ,  un  roman  dont  le  fond  et  plusieurs 
détails  sont  vrais,  mais  sur  lequel  on  a  brodé  une  foule 
d'absurdités,  de  mensonges  et  de  calomnies,  fl  faut 
que  M.  Brown  ait  été  indignement  trompé  par  celui 
qui  lui   a  fourni  les  matériaux   du   premier  volume; 

(1)  Taris,  1820.  3  vol.  in-8°.  Premier  volume,  36a  |>a^.  Second 
volume,  3^9  pag.  Troisième  volume  ,  [?5  pag.  Arlluis-lîei  Irand, 
Mb.  y  rue  llautefeuille,  no  23.  Prix,  21  IV. 


5t4  SCIENCES  MORALES 

car,  après  avoir  lu  les  deux  autres,  il  nous  est  impos- 
sible de  croire  qu'il  ait  voulu  en  imposer  à  ses  lecteurs. 
L'ouvrage  se  compose  donc  de  deux  parties  très  dis- 
tinctes :  l'une  formant  le  premier  volume,  ou  les  Mé- 
moires sur  la  cour  de  Dancmarck ,  que  nous  ne  sau- 
rions assez  blâmer;   l'autre,  à  laquelle  nous  ne  pou- 
vons donner  assez  d'éloges  ,  remplie  de  matériaux  pour 
V Histoire  de  Suède.  Ces  derniers  sont,  à  notre  avis,  et 
si  nous  exceptons  un  petit  nombre  d'erreurs,  très  inté- 
ressans,  et  d'une  grande  exactitude  ;  on  voit  bien  que 
l'auteur  a  recueilli  ses  renseignemens  sur  les  lieux,  et 
dans  le  pays  dont  il  retrace  une  célèbre  époque  histo- 
rique. Nous  allons  motiver  nos  critiques  et  nos  louanges. 
L'auteur  anglais  prétend  (i)  que  les  Mémoires  qui 
composent  son  premier  volume  «  ont  été  extraits  et  tra- 
duits d'un  manuscrit  danois  trouvé  à  bord  du  vaisseau 
marchand  des  Etats-Unis  ,  la  Clyde ,  capitaine  Alcorn  , 
chargé  de  denrées  coloniales  françaises  et  hollandaises, 
qui ,  étant  parti  de  New- York  pour  se  rendre  à  Ams- 
terdam ,  fut  arrêté  près  du  Start  par  le  brick  de  guerre 
le  Dapjyer,   lieutenant  Gardner  ,    et  envoyé    dans  le 
port  de  Plymouth  en  février  1807.  » 

Quoique  l'auteur  (2)  ajoute  une  pleine  foi  îx  tous  les 
détails  contenus  dans  ce  prétendu  manuscrit  danois, 
en  exceptant  seulement  deux  faits,  sur  lesquels  nous 
partageons  jusqu'à  un  certain  point  son  incrédulité, 
nous  sommes  convaincus  que  ces  mémoires  n'ont  pas 
été  écrits  par  un  auteur  danois,  mais  qu'ils  sont  pro- 
bablement l'ouvrage  d'un  compilateur  élraugnr,  qui  se 
sera  approprié  indistinctement  tout  ce  qui  se  trouvait 

(1)  Tom.  I ,  pag.  281. 

(2)  Tom.  I ,  pag.  i\o. 


ET  POLITIQUES.  5i5 

de  vrai  et  de  faux  dans  une  multitude  de  brochures  et 
de  libelles  diffamatoires  ,  publiés  immédiatement  après 
la  catastrophe  de  la  malheureuse  reine  Mathilde. 

Nous  ne  fondons  pas  notre  conviction  sur  les  men- 
songes et  les  atroces  calomnies  dont  ces  Mémoires  four- 
millent, et  dont  un  auteur  danois  aurait  pu  se  rendre 
coupable  aussi  bien  qu'un  Anglais  ou  un  Allemand  ; 
mais  nous  regardons  comme  une  preuve  incontestable 
de  notre  assertion,  l'ignorance  grossière  qu'on  remar- 
que à  chaque  page.  On  y  rencontre  plusieurs  anachro- 
nisme» ;  presque  tous  les  noms  propres  sont  défigurés  ; 
de  deux  familles  des  plus  distinguées  et  de  la  plus  haute 
noblesse,  l'auteur  n'en  fait  qu'une  seule;  il  arrange, 
au  gré  de  son  imagination ,  la  géographie  du  pays  ;  on 
voit  même  qu'il  en  ignore  la  langue.  Il  est  permis  à 
un  étranger  de  se  tromper  sur  tous  ces  points;  mais 
l'gnorance  est  inexcusable  de  la  part  d'un  auteur  danois, 
qui  se  propose  d'écrire  l'histoire  contemporaine  de  son 
pays.  Nous  allons  choisir  entre  nos  preuves  un  petit  nom- 
bre d'erreurs  grossières,  qui  feront  voir  que  M.  Brown 
s'est  montré  un  peu  trop  crédule. 

L'auteur  danois  place  la  grande  influence  politique 
du  ministre  Guldberg  à  une  époque  où  cet  homme 
n'était  que  professeur  à  l'Université  de  Soroe  (i).  En 
parlant  du  comte  de  Rantzau ,  il  dit  (2)  «  que  ce  sei- 
gneur mettait  si  peu  de  prix  à  l'argent,  qu'étant  colo- 
nel d'un  régiment,  quand  il  voulait  allumer  sa  pipe, 
s'il  n'avait  pas  d'autre  papier  sous  la  main,  il  se  ser- 
vait de  billets  de  la  banque  de  Daneinarck  ,  de  dix  ,  de 
vingt  ou  de  trente  écus.  »  Sans  nous  arrêter  à  l'absur- 


(1)  Tom.  I,  pag.  i3. 
(■j)Tom.  1,  pag.  73. 


5i6  SCIENCES  MORALES 

dite  de  cette  anecdote,  nous  observerons  seulement 
qu'un  auteur  danois  n'aurait  pu  parler  ni  de  billets  de 
trente  éeus  qui  n'ont  jamais  existé  ,  ni  de  ceux  de  vingt, 
qui  n'ont  été  introduits  que;  momentanément  et  long- 
tems  après  la  mort  du  comte  de  Hautzau.  11  y  a  là  non- 
seulement  anachronisme,  mais  ignorance  impardon- 
donnable  ,  puisqu'il  s'agit  d'un  pavs  ou  ,  depuis  environ 
un  demi-siècle  ,  le  plus  petit  commerce  ne  se  Tait  qu'avec 
des  billets  de  banque. 

Nous  .'non.  dit  que  presque  tous  les  noms  propres 
sont  défigurés.  Ainsi ,  le  prétendu  Danois  parle  souvent 
des  comtes  de  Molckle  et  de  Holcke  ,  au  lieu  de  Mollkc 
et  de  IJolck;  mais  ,  ce  qui  est  encore  plus  remarquable, 
il  nomme  plus  de  trente  fois  un  comte ScJuick-Raritzan  , 
famille  qui  n'a  jamais  existé  en  Danemarck.  Le  fait  est 
que  ,  de  deux  familles  bien  connues,  il  en  fait  une  ab- 
solument inconnue.  Ces  deux  familles  sdBrf  celles  du 
comte  Rantzau  dy Ascheberg  et  du  comte  Schack~R(dh- 
lau.  Le  premier  a  bien  joué  à  peu  près  le  rôle  que  l'au- 
teur lui  attribue,  en  exceptant  toutefois  le  bout  de 
roman,  à  la  manière  d'Auguste  Lafontaine,  cousu  à 
la  fin  de  son  histoire.  Le  second  était  président  de 
la  commission  nommée  pour  juger  les  comtes  de 
Sfruensée  et  de  Lraudt.  On  prétend  que  ce  seigneur, 
•prévoyant  qu'il  deviendrait  impossible  de  prononcer 
la  condamnation  du  comte  da  Straen^se,  h  moins 
(j>  «mi  ne  put  déterminer  la  reine  Matbilde  à  faire  cer- 
tains aveux  ,  a\ai!  rédigé  MM  déclaration  qu  il  soumit 
à  la  reine,  en  lui  assurant  que  sa  signature  apposée  à 
celte  pièce  serait  le  seul  moven  <i<'  «...i.xrr  le  comte.  La 
r   ine  ,  trop  crédule,  u'hé.sita  point  ;  elle  prit  la  plume 

pour  signer;  mail  à  peine  avait-elle  écrit  les  cinq  pre- 
mières lettres  de  son  nom,  que  ,  jetant  par  hasard  ses 


ET  POLITIQUES.  5i3 

yeux  sur  la  figure  du  président,  où  elle  crut  voir  bril- 
ler une  joie  féroce  ,  elle  tomba  évanouie.  Alors,  M.  de 
Schack-Rathlau  acheva  la  signature  de  sa  propre  main. 
Nous  n'osons  pas  garantir  l'authenticité  de  cette  anec- 
dote ;  mais,  il  est  certain  qu'elle  a  été  et  qu'elle  est 
encore  généralement  accréditée.  Huit  ou  dix  ans  après 
la  catastrophe  de  Struensée,  lorsque  le  comte  Schack 
Rathlau  fut  enfin  disgracié  et  obligé  de  se  retirer  dan> 
ses  terres,  l'auteur  de  cet  article  l'a  vu  traverser  une 
petite  ville  de  Sélande  ,  aux  acclamations  peu  flatteuses 
<Yun  peuple  qui  partageait  la  prévention  publique 
contre  lui. 

Le  soi-disant  Danois  ne  connaît  pas  la  géographie 
de  son  pays.  En  parlant  du  départ  du  comte  de  Rant- 
zau  de  la  capitale,  il  dit  (i)  :  «  Le  capitaine,  ayant 
couru  une  bordée  qui  le  rapprochait  de  Copenhague, 
se  trouve  précisément  en  face  du  lieu  où  étaient  expo- 
sés les  restes  de  Struensée  et  de  Brandt.  A  cette  vue  ,  le 
comte  tressaillit,  ses  traits  marquèrent  la  surprise  et 
l'horreur,  etc.  >»  Quiconque  connaît  un  peu  les  localités, 
et  sait  que  les  restes  des  deux  comtes  suppliciés  furent 
exposés  à  un  endroit  très  éloigné  de  celui  où  le  sup- 
plice eut  lieu  ,  reconnaîtra  facilement  l'impossibilité 
physique  du  fait  que  nous  venons  de  citer.  Cependant, 
cette  faute  n'est  que  très  légère,  si  on  la  compare  avec 
l'itinéraire  du  comte  pour  retourner  dans  ses  terres  (2). 
On  n'a  qu'à  jeter  un  coup-d'œil  sur  une  carte  géogra- 
phique ,  pour  s'assurer  que  cet  itinéraire  ressemble  par- 
faitement à  celui  d'un  habitant  du  Havre,  qui  devanl 
aller  dans  la  ïouraine,  irait  d'abord  par  mer  à  Calais, 

(i)  Toqi.  I,  pag.  181. 

(a)  Tom.  I ,  pag.  i8i  et  suivantes 


5i8  SCIENCES  MORALES 

où  il  s'embarquerait  pour  Nantes  ,   afin  d'y  prendre 

la  poste  et  d'aller  à  Tours. 

Enfin  ,  nous  avons  dit  que  l'auteur  ne  sait  pas  la  lan- 
gue de  son  pays,  et  nous  le  prouverons,  en  appelant 
l'attention  du  lecteur  sur  trois  mots  prétendus  danois  , 
et  qui  sont  hollandais  (i). 

Le  manuscrit  danois  renferme ,  ainsi  que  nous  l'avons 
déjà  remarqué,  beaucoup  de  mensonges  et  de  calom- 
nies. Il  y  en  a  qu'il  serait  impossible  de  réfuter,  sans 
entrer  dans  des  discussions  dégoûtantes  ,  et  sans  blesser 
la  décence  ,  comme  l'auteur  l'a  fait  quelquefois.  Nous 
aimons  mieux  nous  arrêter  à  quelques  assertions,  dont 
le  fond  est  vrai  ,  et  qui  ne  sont  devenues  calomnieuses 
que  par  l'exagération  du  Pseudo-Danois. 

Cet  anonyme  nous  fait  un  portrait  hideux  du  prince 
Frédéric ,  oncle  du  roi  actuellement  régnant  et  fils  de 
la  reine  Julie-Marie.  Ce  prince  était ,  a  peu  près  ,  ce 
qu'on  appelle  un  imbécille  ,  et  sa  difformité  physique 
était  un  peu  remarquable,  mais  nullement  désagréa- 
ble à  la  vue.  Notre  auteur  est  le  premier  qui  lui  ait 
attribué  cette  perversité  et  cette  méchanceté  de  cœur, 
qui  en  auraient  fait  un  monstre  en  morale  ,  comme  il 
veut  qu'il  l'ait  été  physiquement. 

Quant  à  la  reine  Julie-Marie,,  nous  éviterons  d'en- 
treprendre  sa  défense,  quoique  bien  convaincus  que 
r.iuteur  a  chargé  son  acte  d'accusation  de  plusieurs 
faits  atroces  ,  dont  elle  est  complètement  innocente. 
Certes  ,  cette  reine  n'était  pal  d'un  caractère  aimable  ; 
mais  ,  eùt-elle  été  un  modèle  de  vertus  ,  elle  aurait  en- 
core eu  de  la  peine  à  se  faire  aimer  ,  puisqu'elle  succéda 


,  i  )  Tom.  I,  pag.  i  j  et  1 1 1 


ET  POLITIQUES.  5 19 

k  la  reine  Louise  ,  princesse  d'Angleterre  ,  dont  le  nom 
est  encore  aujourd'hui  en  vénération  dans  le  pays. 

Nous  croyons  bien  que  la  reine  Julie-Marie  avait 
formé  le  vœu,  peut-être  même  le  projet ,  de  faire  passer 
la  couronne  sur  la  tête  de  son  propre  fils  ,  le  prince 
Frédéric.  Nous  croyons  aussi  que  le  comte  de  Holck  a 
été  entre  ses  mains  un  instrument  docile  ,  pour  cor- 
rompre les  mœurs  du  jeune  roi  Christian  VII  (1)  ;  mais 
il  nous  répugne  d'ajouter  foi  aux  autres  horreurs  dont 
on  l'accuse.  Nous  n'avons  jamais  entendu  parler  des 
projets  d'assassinat  que  lui  attribue  notre  auteur ,  et 
par  le  moyen  desquels  elle  aurait  voulu  parvenir  à  son 
but  ;  mais  nous  savons  que  le  bruit  public  l'a  souvent 
accusée  d'avoir  administré  au  roi  des  drogues,  qui  , 
en  détruisant  ses  facultés  physiques  et  in'.ellectuelles  , 
devaient  le  conduire  lentement  à  une  mort  certaine. 
Ce  bruit,  assez  généralement  accrédité,  aurait  acquis 
un  surcroît  de  force  ,  s'il  était  vrai  qu'après  sa  mort 
on  eût  trouvé,  parmi  les  meubles  de  la  reine,  plusieurs 
fioles  remplies  d'aqua  tophana. 

Sans  allonger  le  catalogue  des  erreurs  commises  par 
notre  auteur ,  nous  nous  bornerons  à  observer  qu'il  a 
tort  ,  lorsqu'il  nous  représente  Christian  VII  comme 
tombé  en  démence.  L'état  moral  de  ce  prince  était  une 
espèce  d'aliénation  mentale,  qui  ne  Je  rendait  nulle- 
ment dangereux,  et  dont  les  effets  n'étaient  que  des 
espiègleries  innocentes  ;  elle  lui  laissait ,  d'ailleurs  ,  un 
grand  nombre  d'intervalles  lucides.  Son  fils  ,  le  roi ac- 


(1)  L'autour  l'appelle  toujours  Christian  fil.  Puisqu'il  pré- 
tend être  i)an<>is,  il  doit  savoir  que  c'est  le  malheureux  souverain 
détrôné  qui  seul  portait  ce  nom  ,  et  que  tous  les  autres  ont  cons- 
tamment signé  Christian. 

TOME   VI.  36 


5ao  SCIENCES  MORALES 

tuellement  régnant,  n'était  pas,  comme  le  prétend 
notre  auteur  ,  régent  du  royaume  :  ce  titre  n'a 
jamais  été  connu  en  Danemarck  ;  il  était  plutôt,  si 
l'on  veut ,  le  premier  ministre  de  son  père ,  dont  la 
signature  était  abolument  nécessaire  pour  rendre  obli- 
gatoires toutes  les  lois  et  les  autres  actes  de  souverai- 
neté, et  qui  a  souvent  refusé  d'approuver  les  rapports 
de  son  Conseil  d'État  ;  quelquefois  il  motivait  ses  refus 
d'une  manière  fort  plaisante.  C'est  ainsi  qu'un  jour, 
lorsqu'au  conseil  on  soumit  à  sa  signature  un  règle- 
ment qu'il  n'approuvait  pas,  mais  qui  plaisait  beau- 
coup au  prince  royal  son  fils  ,  il  écrivit  au  bas  ces  mots  : 
Ajourné  au  règne  de  Frédéric  VI. 

Christian  VII  avait  naturellement  beaucoup  d'es- 
prit ;  on  connaît  de  lui  un  grand  nombre  de  réparties 
extrêmement  fines  ,  mais  presque  toujours  empreinte- 
d'une  teinte  légère  de  satire.  M.  Cohen,  traducteur 
de  cet  ouvrage,  en  a  recueilli  quelques-unes  extraites 
des  Mémoires  de  Bachaumont  (i).  Nous  croyons  devoir 
en  citer  deux  qui  sont  peu  connues. 

Pendant  son  voyage  ,  étant  à  La  Haye  ,  un  matin  son 
vaiet-de-chambre  lui  annonça  un  Allemand  qui  de- 
mandait une  audience.  Admis  dans  le  cabinet  du  roi , 
l'étranger  déroula  une  énorme  feuille  de  papier,  en 
demandant  à  Sa  Majesté  la  permission  de  lui  soumettre 
une  table  généalogique,  qui  prouverait  jusqu'à  l'évi- 
dence qu'il  descendait  en  ligne  directe  de  la  maison 
d'Oldenbourg,  et  que,  par  conséquent,  il  avait  l'hon- 
neur d'être  parent  des  rois  de  Danemarck.  Le  roi  fil 
approcher  une  table;  et,  ayant  examiné  la  généalogie 
dans  le  plus  grand  détail ,  il  lui  dit  ,  en  le  frappant  Jé- 

(i)  Tom.  I,  nag.  agget  suivantes. 


ET  POLITIQUES.  5a  i 

gèrement  sur  l'épaule  :  C e>t fort  bien,  mon  cher  cou- 
sin; je  vois  que  vous  avez  raison  ;  mais ,  je  vous  prie , 
faites  comme  moi  :  je  voyage  incognito.  L'Allemand , 
qui  s'attendait  à  un  cadeau,  prit  tristement  congé  du 
roi,  qui,  le  lendemain,  lui  envoya  un  rouleau  de 
ducats  pour  le  consoler. 

En  1 780  ou  environ  ,  le  roi  de  Suède ,  Gusta  ve  III ,  se 
trouvant  en  Scanie ,  fit  un  voyage  à  Copenhague  pour 
voir  le  roi  de  Danemarck.  Ces  deux  monarques  ne 
s'étaient  jamais  rencontrés  depuis  leur  première  en- 
fance. Assis  à  table  à  côté  du  roi  Christian  ,  Gustave  lui 
dit  :  Mon  frère  ,  vous  êtes  devenu  bien  grand  depuis  la 
dernière  fois  que  je  vous  ai  vu. —  Oui,  répondit  Chris- 
tian ;  et  vous ,  mon  frère,  vous  vous  êtes  bien  agrandi.  Il 
faisait  allusion  à  la  révolution  de  1772,  par  laquelle 
Gustave  avait  usurpé  la  souveraineté  absolue. 

Abandonnons  maintenant  l'informe  compilation  qui 
compose  le  premier  volume,  pour  nous  occuper  des 
deux  autres.  Ils  méritent  beaucoup  plus  de  fixer  l'at- 
tention des  lecteurs  qui  cherchent  la  vérité  dans  l'his- 
toire. 

Nous  avions  voulu  passer  sous  silence  les  détails 
scandaleux  et  l'histoire  secrète  de  la  naissance  de 
Gustave  IV;  mais,  puisque  l'auteur  y  revient  souvent 
et  avec  une  sorte  de  complaisance  ;  puisque  ces  détails 
ont  même  trouvé  place,  on  ne  sait  trop  pourquoi, 
dans  le  premier  volume,  qui  devait  uniquement  con- 
cerner la  cour  de  Danemarck,  nous  observerons  qu'il 
importe  plus  encore  de  connaître  la  manière  dont  ce 
roi  a  exercé  l'autorité,  que  de  savoir  s'il  est  le  fils  de 
Gustave  III  ou  d'un  grand-écuyer  du  roi  de  Suède. 
Attendons,  pour  porter  notre  jugement,  que  le  teins 
nous  ait  fourni  des  preuves  autres  qu'un  bruit  public. 

36* 


5a3  SCLEJNCES  MORALES 

généralement  accrédité  ,  qui  donne  pour  père  à  Gus- 
tave IV,  M.  Munck  (c'est  ainsi  qu'il  s'appelle,  et  non 
pas  Manche,  comme  écrit  toujours  notre  auteur). 
D'ailleurs,  s'il  était  permis  d'examiner  avec  un  soin 
minutieux  toutes  les  généalogies,  nous  ne  disons  pas 
souveraines  ,  mais  féodales  et  simplement  nobles  , 
même  bourgeoises  ,  il  y  aurait  beaucoup  de  légitimités 
compromises. 

Le  second  chapitre  du  second  volume  contient  l'his- 
toire de  la  révolution  de  1772;  c'est  l'ouvrage  original 
du  traducteur,  M.  Cohen.  Il  nous  a  paru  très  intéres- 
sant ,  et  composé  sur  des  Mémoires  authentiques. 
Après  avoir  envahi ,  par  celte  révolution,  la  souverai- 
neté presque  absolue  ,  Gustave  octroya  à  son  peuple 
i\mq  espèce  de  constitution  ,  qu'il  chercha  ensuite  à  dé- 
truire de  fond  en  comble  ;  à  ce  point,  qu'à  la  diète  de 
1786,  il  osa  proposer  aux  Etats  assemblés  le  fameux 
Acte,  de  sûreté  et  (l'union,  si  bien  défini  par  notre 
auteur,  lorsqu'il  dit  :  Que  la  suketé  consistait  à  élever 
le  roi  au-dessus  de  la  constitution  ;  et  /'union,  à  concen- 
trer tout  le  pouvoir  politique  dans  les  mains  du  monar- 
que (1).  C'est  cette  soif  immodérée  d'un  pouvoir  sans 
bornes  qui  rendit  Gustave  odieux  à  la  nation  ,  et ,  plus 
tard,  arma  contre  lui  le  bras  (Wmi  assassin 

(1)  Tom.  III ,  pag.  58.  l'eu  de  teins  après  la  présentation  de  cet 
acte  à  la  Diète,  un  grand  nombre  de  députes  se  réunirent  dans  un 
banquet  pour  célébrer  une  fête.  Le  lendemain,  Gustave  rencon- 
trant un  des  convives,  qu'il  aimait  pour  sou  esprit  :  Eh  bien, 
lui  dit-il  ,  VOUS  avez  beaucoup  bu  /lier.'  —  Pas  mal ,  sire  ,  répondit 
l'autre.  —  M'avez -tous  porté  un  t^ast  ?  Continua  le  roi.  —  Sorti 
doute  t  sue.  —  lit  à  Pacte  de  stin  u  ?  —  Je  demande  pardon  h  t^otre 
jMajestr;  nous  n'étions  fias   ivres   a  ce  point  fit.   Gustave   BC  prit  ù 

1  ire  •  car  il  aimait  la  plaisanterie ,  alni  s  même  qu'elle  l'atteignait. 


ET  POLITIQUES.  523 

Le  qui  rendit  encore  Gustave  odieux  aux  Suédois, 
ce  fut  son  luxe  effréné  et  sa  prodigalité  excessive,  qui, 
n'étant  nullement  en  harmonie  avec  les  ressources  du 
pays,  devaient  nécessairement  peser  sur  le  peuple. 
L'auteur  en  parle  dans  ces  termes  :  «  Tandis  que  la 
magnificence  et  les  plaisirs,  se  présentant  sous  mille 
formes  différentes,  distinguaient,  la  cour  effémmee  de 
Gustave  III ,  la  misère  et  la  famine  s'appesantissaient 
avec  rapidité,  d'un  bout  de  la  Suède  à  l'autre,  sur  les 
classes  ouvrières.  Ni  les  gémissemens  des  misérables 
qui  mouraient  de  faim,  ni  les  malédictions  des  pau- 
vres, qui  se  disputaient  une  nourriture  que  les  chiens 
de  la  meute  royale  auraient  refusée,  ne  produisirent 
la  moindre  diminution  dans  les  dépenses  de  la  cour. 
Le  prince  cruel ,  qui  avait  toujours  à  la  bouche  les  mots 
de  sympathie  et  de  comjiassion ,  n'en  déployait  pas 
moins,  dans  toutes  les  occasions,  une  coupable  magni- 
ficence ,  et  témoignait ,  sur  la  misère  que  sa  prodiga- 
lité avait  sinon  causée,  du  moins  considérablement 
aggravée,  une  indifférence  aussi  grande  que  les  rochers 
nus  sur  lesquels  périssaient  en  foule  ses  sujets.  La  cour 
retentissait  des  éloges  du  meilleur  des  rois  ,  tandis  que 
la  ville  et  les  provinces  ne  jetaient  qu'un  cri  pour  la 
réforme  et  l'économie.  Gustave  se  montrait  sourd  aux 
prières;  ses  ministres  et  ses  favoris  les  attribuaient 
toutes  à  un  esprit  de  révolte.  Des  troubles  eurent  lieu 
en  effet  ;  et  il  fallut  réprimer,  par  les  armes ,  le  peuple 
que  l'excès  de  ses  souffrances  portait  à  se  soulever  (i).  >< 

Gustave  avait  encore  un  troisième  penchant  fort 
dangereux  :  il  aimait  la  guerre  ;  mais  ce  goût,  s'il 
avait  été  seul   ou  prédominant ,    aurait    été    trop    fa- 


(i)  Tom.  1JI,  pag.  ii 


5^4  SCIENCES  MORALES 

cileraent  pardonné  par  la  nation  suédoise,  qui  de  tout- 
tems  a  élé  belliqueuse.  C'est  ainsi  qu'en  1788,  il  crut 
devoir  profiter  de  l'embarras  où  se  trouvait  le  gouver- 
nement de  Russie  ,  à  cause  de  sa  guerre  avec  les  Turcs  , 
pour  attaquer  ce  grand  colosse,  dans  l'espoir  de  re- 
conquérir les  provinces  autrefois  démembrées  de  la 
Suèd^  car,  on  a  toujours  considéré  comme  un  fait  his- 
torique ,  ainsi  que  l'avance  notre  auteur,  «  que  Gus- 
tave ,  voulant  que  cette  guerre  parût  être  défensive  du 
coté  de  la  Suéde  ,  fit  prendre  à  un  détachement  de  sol- 
dats allemands  des  uniformes  russes,  et  que,  conduits 
par  des  officiers  de  confiance,  ils  étaient  entrés  sur  le 
territoire  suédois  par  une  route  peu  fréquentée;  qu'ils 
avaient  pillé  quelques  fermes  solitaires  ,  et  repoussé  un 
poste  suédois  avancé  (1).  » 

Dans  cette  circonstance  ,  le  roi  de  Danemarck  ,  lié 
par  un  traité  d'alliance  offensif  et  défensif  avec  la 
Russie  ,  était  obligé  de  fournir  des  troupes  auxiliaires 
à  cette  dernière  puissance.  Il  n'y  avait  là  rien  qui  put 
surprendre  le  gouvernement  suédois;  mais  ce  qui, 
dans  cette  occasion  ,  irrita  la  nation  contre  le  Dane- 
marck, ce  qui  en  même  tems  fut  hautement  blâmé  par 
tous  les  Danois  éclairés,  ce  fut  l'irruption  du  corps 
auxiliaire,  faite  du  côté  de  la  Nonvège  ,  dans  nue  partie 
de  la  Suède  presque  entièrement  dénuée  de  moyens  de 
défense.  Ce  système  d'invasion,  qui  devait  finir  d'une 
manière  peu  glorieuse  pour  le  chef  de  l'armée  norwé- 
gienne  ,  ne  servit  qu'à  rallumer  l'ancienne  haine  natio- 
nale entre  la  Suède  et  les  deux  autres  royaumes  Scan- 
dinaves ;  et  il  faut  convenir  que,  du  moins  cette  fois, 
le  tort  était  du  coté  du  gouvernement  de  Danemarck. 

(1)  Tora.  JII,  ptg,  1- 


ET  POLITIQUES.  fc5 

M.  Brown  ,  sans  faire  les  remarques  que  nous  venons 
de  présenter  ,  semble  attribuer  la  conduite  de  cette 
affaire  aux  conseils  de  feu  M.  le  comte  de  BernstorjJ. 
Nous  croyons  qu'il  a  tort;  il  n'y  avait  alors  en  Dane- 
marck  qu'une  seule  voix,  qui  en  accusait  le  landgrave 
de  Hesse ,  beau-père  du  roi  actuellement  régnant. 

Parti  à  la  hâte  de  la  Finlande,  où  il  se  trouvait  à  la 
tête  de  son  armée,  Gustave  parut  inopinément  à  Go- 
thembourg.  Il  y  fit  les  plus  grands  efforts  pour  réunir 
tous  les  moyens  de  défense  possibles  contre  l'invasion 
norwégienne.  Doué  de  beaucoup  d'esprit  et  d'activité, 
il  ne  manqua  pas  d'exalter  toutes  les  têtes  ,  et  de  ré- 
veiller l'ancienne  haine  nationale.  Pour  atteindre  ce 
but,  il  ne  dédaigna  même  pas  quelques  charlataneries 
et  quelques  mensonges  officieux  ,  qui ,  dans  la  position 
où.  il  se  trouvait  ,  étaient  peut-être  excusables.  Les 
hasards  de  la  guerre  venaient  de  mettre  en  son  j>ou- 
voir  une  galère  danoise  ,  chargée  d'une  partie  de  l'hô- 
pital militaire  de  l'armée  norwégienne.  Gustave  alors 
lit  étaler  avec  beaucoup  de  pompe  ,  sur  le  grand  mar- 
ché de  Gothembourg,  tous  les  instrumens  de  chirurgie 
appartenant  à  l'hôpital  norwégien,  en  faisant  croire 
aux  paysans  et  au  bas-peuple  que  c'étaient  autant  d'ins- 
trumens  de  torture,  destinés  à  extorquer  aux  Suédois 
la  déclaration  des  endroits  où  ils  auraient  caché  leur 
argent  et  autres  objets  précieux.  L'auteur  de  notre  ou- 
vrage ne  semble  pas  avoir  connu  cette  anecdote,  qui 
néanmoins  est  assez  piquante. 

Cependant,  il  est  probable  que  tous  les  efforts  de 
Gustave  pour  repousser  l'invasion  de  l'armée  norwé- 
gienne,  seraient  devenus  infructueux,  s'il  n'avait  pas 
eu  le  bonheur  de  trouver  un  homme  qui  ,  à  lui  seul, 
valut  une  armée.  Cet  homme  était  M.  Klliot ,  gnvoy< 


516  SCIENCES  MORALKS 

du  roi  d'Angleterre  à  la  cour  de  Copenhague.  Ce  mi-» 
nistre  devint  le  sauveur  de  la  Suède.  S'étant  rendu  à 
Gotliembourg ,  il  y  fulmina  dos  notes  diplomatiques , 
qui  menaçaient  le  Daneinarck  d'une  guerre  imminente 
avec  l'A.ngle!erre  et  la  Prusse.  De  cette  manière,  i! 
parvint,  pour  ainsi  dire,  à  dicter,  de  sa  voiture  de 
voyage,  l'armistice  en  vertu  duquel  le  corps  auxiliaire 
danois  devait  évacuer  le  territoire  suédois. 

Si  nous  avons  été  indu] gens  pour  le  stratagème  de 
Gustave,  dont  nous  venons  de  parler,  il  n'en  sera  pas 
de  même  d'un  projet  atroce,  conçu  en  1789,  et  dont 
le  but  était  d'incendier ,  pendant  l'armistice  ,  les  flottes 
danoise  et  russe  réunies  dans  la  rade  de  Copenhague. 
Heureusement,  ce  projet  fut  découvert,  sans  quoi  la 
ville  de  Copenhague  aurait  couru  le  danger  d'être 
détruite  par  l'explosion  des  vaisseaux  de  guerre. 

M.  Brovrn  ne  paraît  pas  avoir  connu  les  détails  de 
cet  infernal  complot.  Un  capitaine  anglais,  nommé 
Obricn ,  après  avoir  déchargé  son  bâtiment,  l'avait 
vendu  à  un  M.  Benlzelstjerna ,  gentilhomme  suédois,  à 
condition  de  le  convertir  secrètement  en  brûlot,  et  d'v 
mettre  une  grande  quantité  de  poudre  et  de  matières 
inflammables.  Au  premier  vent  favorable  qui  survien- 
drait après  le  dégel ,  on  devait  mettre  le  feu  au  brûlot , 
<l  le  faire  dériver  au  milieu  des  àcux  flottes,  qui  se 
trouveraient  ainsi  exposées  à  une  destruction  inévita- 
ble. Les  deux  malfaiteurs  furent  arrêtés,  et  condamnés 
à  la  peine  de  mort.  Le  roi  la  commua  en  une  prison 
perpétuelle;  et,  peu  de  tems  après,  le  gouvernement 

lui-même  fit  ouvrir  secrètement   la   prison  ,   pour  que 

les  (]ru\  détenus  pussent  se  retirer  tranquillement, 
chacun  dans  sa  patrie. 

I!  nous  serait  difficile  d'indiquer  au  lecteur  <: 


ET  POLITIQUES.  Ô27 

Sont  les  chapitres  qui  méritent  le  plus  son  attention; 
mais  nous  lui  recommandons  surtout,  clans  le  troi- 
sième volume,  le  second  chapitre,  où  Ton  trouve  le 
récit  de  la  conjuration  contre  Gustave  liï,  et  de  son 
assassinat;  et  le  dernier  chapitre,  qui  contient  l'his- 
toire de  la  déposition  de  Gustave  IV.  On  y  apprendra 
que  c'est  à  tort  qu'on  accuse  le  Danernarck  d'avoir 
contribué  à  faire  perdre  à  la  Suède  la  Finlande.  Peut- 
être  pourrait-on  blâmer,  sous  an  autre  rapport,  la 
rupture  de  la  cour  de  Danernarck  en  1808  ;  mais 
d'abord,  la  conduite  du  roi  de  Suède  envers  cette  der- 
nière puissance,  en  1807,  lors  de  l'entreprise  de  l'An- 
gleterre contre  Copenhague  et  la  flotte  danoise,  était 
bien  autre  chose  qu'une  déclaration  de  guerre  franche 
et  ouverte;  ensuite,  il  est  évident  que,  dans  le  cas 
même  où  la  Suède  aurait  conservé  la  paiK  avec  le 
Danernarck  ,  elle  eût  néanmoins  perdu  la  Finlande  par 
la  seule  impéritie  et  les  fautes  de  Gustave  IV  ;  il  est 
même  très  probable  que  ,  sans  la  déposition  de  ce 
prince,  elle  aurait  été  rayée  de  la  liste  des  Etals  de 
l'Europe. 

Terminons  par  quelques  anecdotes  concernant  Gus- 
tave TIF ,  qui  semblent  avoir  été  inconnues  à  M.  Brown, 
et  qui  cependant  méritent  d'être  conservées  ,  pour  faire 
apprécier  les  talens  et  le  caractère  de  ce  malheureux 
roi.  Lorsqu'au  priutems  de  1788  ,  Gustave  fit  un 
voyage  à  Copenhague  ,. M.  le  baron  de  la  IIouzc  était 
envoyé  du  roi  de  France  à  la  cour  de  Danernarck. 
F  .-lisant  un  jour,  au  château,  le  tour  du  cercle  ,  Gustave 
s'approcha  de  M.  de  la  Douze  :  Monsieur  le  baron,  lui 
dit-il,  vous  étés  gascon ,  je  crois.  —  (hti,  Sire,  répon- 
dit-il, du  Midi.  —  On  le  voit  bien,  répliqua  le  roi; 
hs  Gascons  ont  toujours  de  l'esprit.  L'envoyé  de  France 


5a8  SCIENCES  MORALES 

faisait  allusion  au  sobriquet  de  Gascon  du  Nord ,  qu'on 

avait  donné  à  Gustave. 

Puisque  nous  avons  nommé  le  baron  de  la  Houze, 
qu'il  nous  soit  permis  de  placer  ici  une  anecdote  qui 
lui  est  tout-à-fait  jiersonnelle.  Il  arriva,  en  1789, 
que  ,  pendant  une  quinzaine  de  jours  ,  il  ne  reçut 
aucune  lettre  ou  dépêche  quelconque  ,  soit  de  son  gou- 
vernement, soit  de  ses  amis  particuliers  en  France. 
Très  inquiet,  et  ne  sachant  à  quoi  attribuer  un  silence 
qui  lui  paraissait  de  mauvais  augure,  il  se  rend  un 
matin  à  l'hôtel  des  postes,  à  Copenhague,  pour  prier 
le  directeur  de  vouloir  bien  examiner  par  lui-même  , 
dans  ses  bureaux,  s'il  n'y  avait  pas  quelque  négligence 
de  la  part  des  employés.  Toutes  les  recherches  furent 
inutiles;  et  le  baron,  au  désespoir,  allait  monter  dans 
son  carrosse,  lorsque  le  directeur  des  postes  s'avise  de 
lui  dire  :  «  Eh  !  monsieur  le  baron  ,  puisque  j'ai  l'hon- 
neur de  vous  voir  ici,  veuillez  bien  me  dire  si  vous  ne 
connaissez  pas  un  de  vos  compatriotes  pour  qui  nous 
avons  reçu  un  grand  nombre  de  lettres  et  de  paquets.  » 
Le  baron  en  ayant  pris  un,  il  y  lut  l'adresse  .•  Au 
citoyen  Pierre  Basquiat.  —  Eh!  mon  Dieu!  s'écria- 
t-il,  c'est  bien  moi.  Le  fait  est  que,  dans  la  fameuse 
nuit  du  4  an  5  août  1789,  l'Assemblée  constituante 
ayant  aboli  tous  les  privilèges  et  titres  féodaux  ,  le 
ministre  des  affaires  étrangères  de  France  avait  adressé 
à  l'envoyé  du  roi,  à  Copenhague,  toutes  ses  dépêches 
sous  le  nom  patronimique  de  M.  de  la  llouze. 

Revenons  à  Gustave.  Tout  le  monde  connaît  son 
goût  et  ses  talens  pour  l'art  dramatique.  Lorsqu'en 
1788,  il  médita  l'invasion  de  la  Russie,  il  fit  venir  un 
jour,  dans  son  cabinet,  un  poète  célèbre  ,  auteur  d'une 
nouvelle  tragédie,  dont  il  voulut  entendre  la  lecture. 


ET  POLITIQUES.  5ag 

Gustave  était  assis  à  son  secrétaire,  écrivant  des  lettres, 
sans  cependant  perdre  une  seule  occasion  de  faire  à 
Fauteur  des  observations  fines  et  judicieuses.  Ayant 
achevé  et  cacheté  une  lettre,  il  sonna.  Un  courrier  du 
cabinet  devait  la  porter  à  son  adresse  dans  une  pro- 
vince; c'était  un  ordre  très  secret  à  un  régiment  de  se 
rendre  en  Finlande.  Une  seconde,  une  troisième,  une 
quatrième  lettre  furent  expédiées  de  la  même  manière  ; 
et,  cependant,  l'attention  de  Gustave  ne  paraissait  nul- 
lement fatiguée.  L'auteur  de  cet  article  tient  ce  fait  de 
la  bouche  du  poète  lui-même. 

Le  traducteur,  M.  Cohen,  dit,  dans  sa  préface,  que, 
dans  quelques  endroits ,  il  s'est  permis  de  supprimer 
les  réflexions  de  Fauteur  original,  et  que,  dans  d'au- 
tres, il  a  ajouté  des  notes  pour  détruire  Fimj>ression 
que  Fauteur  a  cherché  à  produire.  N'ayant  pas  eu 
occasion  de  comparer  la  traduction  avec  Foriginal , 
nous  ne  pouvons  pas  juger  du  mérite  des  suppressions. 
Cuant  aux  opinions  de  l'auteur,  qu'il  a  voulu  com- 
battre, il  nous  semble  que  le  traducteur  n'a  pas  tou- 
jours été  fort  heureux.  Sous  tous  les  autres  rapports, 
novs  croyons  lui  avoir  rendu  justice. 

L'ouvrage  est  orné  de  plusieurs  portraits.  Nous  ne 
pouvons  pas  prononcer  sur  tous  ;  mais,  pour  ceux  des 
personnes  que  nous  avons  connues  ,  nous  pouvons 
assurer  qu'ils  n'ont  pas  le  mérite  de  la  ressemblance. 

Heiberc.  . 


LITTERATURE. 

Recherches  sur  les  Langues  tartares,  ou  3fé- 
moires  sur  difjérens  points  de  la  grammaire  et  de 
la  littérature  des  Mandchoux ,  des  Mongols ,  des 
Ouigours  et   des   Tibétains  ;  par  M.  Abel  Re- 

MUSAT  (i). 

Nous  connaissions  ,  spécialement  par  les  travaux  de 
notrehonorable  collaborateurM.  Langlès  ,  l'écriture  ,  la 
grammaire,  la  lexicologie,  la  littérature  des  Mandchoux; 
mais  nous  n'avions  absolument  rien  ,  ou  du  moins  rien 
d'exact  et  d'un  peu  considérable  ,  concernant  la  gram- 
maire et  la  littérature  des  Mongols,  des  Kalmouks  , 
des  Ouigours  ou  Turcs  orientaux  ,  et  des  Tibétains.  On 
peut  dire  que,  relativement  à  ces  quatre  nations,  situées 
au  nord  de  l'Asie,  M.  Abel  Rcmusat  traite,  dans  ce  grand 
el  bel  ouvrage,  attendu  depuis  long-tems  avec  impa- 
tience, des  sujets  entièrement  ignorés  jusqu'ici  dans 
l'Europe  savante.  Excepté  les  Mandchoux  ,  nulle  autre 
nation  septentrionale  de  l'Asie  n'a  des  monumens  écrits. 

11  est  remarquable  qu'en  1811,  lorsque  l'auteur  a 
commencé  ce  long  travail  ,  il  n'existait  en  France  au- 
cun secours  pour  l'étude  des  idiomes  de  ces  quatre 
peuples,  si  ce  n'est  en  langue  chinoise.  C'est  dans  léî 
livres  chinois  que  l'auteur  a  d'abord  puisé  des  notions 
positives ,  à  la  place  des  vains  systèmes  publies  jusqu'à 
présent  sur  les  antiquités  de  la  haute  Asie.  Il  1  reçu 
depuis,  spécialement  de  la  Russie  cl  de  >I.  Klaproth  . 
des  secours  nouveaux  qui  ont  presque  double  les  fait» 
inconnus  jusqu'ici  dans   notre   occident,  et  consignés 

(1)  Paris,  1820.  Totn.I;  in-|°  de  i'n>  !»••?;  —  (Voy,  Tojn   \ 
.--  de  la  H-'v    Km  j  cl.  ) 


LIT/ÉHATURE.  5y»ï 

dans  les  recherchtr)nsei notre  auteur.  Pilles  se  divisent 
en  deux  parties  :      n{e 

La  première,  en  s  ^chapitres,  forme  le  Ier  volume 
qui  paraît  maintenait  ,  et  consiste  en  dissertations  sur 
des  points  généraux  relatifs  aux  grammaires  des  peu- 
ples ci-dessus  dénommés  ,  aux  étymologies  de  leurs 
langues  ,  à  leur  histoire  littéraire. 

La  seconde,  en  forme  d'appendice,  est  sous  presse  : 
elle  contiendra  des  vocabulaires,  des  grammaires  mon- 
gole, kalmouke,  ouigour,  tibétaine  ,  des  textes  origi- 
naux des  langues  ainsi  nommées  ,  avec  les  versions  fran- 
çaises ;  enfin  des  éclaircissemeus  utiles pourl'intelligence 
des  doctrines  et  des  faits  recueil  lis  dans  la  première  partie. 
Celle-ci  est  précédée  d'un  discours  préliminaire ,  où 
l'auteur  explique  le  but  qu'il  s'est  proposé  dans  la  com- 
position de  ce  difiicile  et  très  étonnant  ouvrage  ,   le 
plan  de  son  travail  historique  ,   grammatical  et  litté- 
raire ,  les  principes  qu'il  s'est  faits  à  lui-même  pour 
découvrir  ou    pour   éclairer   l'origine  des   nations  du 
nord  de  l'Asie  ,  d'après  l'examen  et  la  comparaison  des 
idiomes  désigne's  ci-dessus  ,  et  en  rapprochant  les  faits 
nombreux  que  fournissent  les  annales  chinoises  bien 
expliquées,  et  qui  s'accordent  avec  les  traditions  qu'on 
trouve   dans   les  littératures  même  ,  et  dans  l'histoire 
des  peuples  tartares.  Ces  principes  ont  le  mérite  de  la 
nouveauté;  ils  sont  exposés  avec  beaucoup  de  soin  ,  et 
dignes  d'un  grand  intérêt. 

L'auteur  a  voulu  vérifier  les  opinions  contradic- 
toires hasardées  sur  les  antiquités  de  la  Tartane;  il  a 
examiné  particulièrement  l'hypothèse  de  Bailly  et  de 
ses  imitateurs  ,  qji  ont  cru  trouver,  soit  dans  la  Sibérie, 
soit  dans  le  Tibet,  la  première  origine  des  lumières  et 
des  erreurs  dissaninées  parmi  les  hommes,  et  dans  le 
culte  lami ,    ou  pratiqué  par    les    Lamas  ,    la  source 


532  L1TTERATI 


de  diverses  institutions  et  céréi>TTT~s  reçues  dans  l'É- 
glise romaine. 

Les  recherches  qui  forment  ce^  T  unie  sont  divisées  en 
sept  chapitres.  Le  premier  trait*"  des  Tartares  en  géné- 
ral ,  et  de  l'origine  de  leurs  difï  érens  noms  ;  le  second  , 
de  l'alphabet  syro-tartare  ;  le  Troisième,  de  quelques 
écritures  anciennement  usitées  »  liez  les  Tartares  ;  le 
quatrième  ,  de  l'orthographe  ,  de  la  grammaire  et  de 
l'étymologie.,  relativement  aux  langues  tartares;  le 
cinquième  ,  de  la  langue  mogole  et  de  ses  dialectes  ;  le 
sixième,  du  turc  oriental  ,  communément  appelé  oui- 
gour;  le  septième,  de  la  langue  tibétaine. 

Nous  donnerons  ici  le  sommaire  des  recherches  de 
l'auteur  sur  le  Tibet,  et  l'abrégé  de  la  conclusion  gé- 
nérale de  ce  volume. 

«  Le  Tibet ,  contrée  montagneuse  ,  froide  ,  stérile  ,  a 
été  habité  par  des  tribus  sauvages,  qui ,  par  la  férocité 
de  leurs  mœurs  ,  leur  ignorance  ,  la  simplicité  de  leur 
culte,  la  rudesse  de  leur  idiome,  ont  conservé  long- 
tems ,  et  même  conservent  encore  en  partie  les  traces 
de  leur  état  primitif.  Des  colonies  venues  du  midi  de 
la  Chine  à  une  haute  antiquité  ,  se  sont  mêlées  aux  na- 
turels du  pays.  Vers  l'époque  de  l'ère  chrétienne  ,  des 
religieux  bouddhistes  de  lTïindousian  ont  porté  leur 
culte  et  leur  littérature  dans  quelques  monastères 
qu'ils  fondèrent  en  divers  lieux  de  la  Tarlarie  et  du 
Tibet.  Le  bouddhisme  ne  devint  généralement  la  reli- 
ligion  des  Tibétains  ,  que  vers  le  seizième  siècle  de  cette 
même  ère.  A  celte  époque  ,  il  faut  placer  la  fonda- 
tion de  Lassa.  Les  Lamas  prirent  alors  dans  leTibet  une 
autorité  qui  alla  toujours  croissant  ,  jusqu'à  la  con- 
quête des  Mongols,  et  se  changea  enfn  en  domination 
absolue.  La  littérature  bouddhique  s'étendit  dans  le 
Tibet  par  la  traduction  de  livres  sanscrite j  mais,  la 


LITTÉRATURE.  53S 

langue  tibétaine  conserva  toujours  les  formes  agrestes 
familières  aux  premiers  hommes  qui  en  firent  usage 
Un  idiome  barbare,  une  orthographe  irrégulière,  un 
système  grammatical  des  plus  imparfaits,  une  littéra- 
ture d'emprunt ,  une  religion  sortie  du  brahmanisme  , 
transplantée  de  l'Hindoustan  au  Tibet:  voilà  tout  ce 
qu'on  trouve  dans  ces  montagnes  sauvages ,  dont  les 
habitans  ne  semblent  pouvoir  justifier,  sous  aucun  rap- 
port ,  la  haute  attente  qu'en  ont  conçue  des  écrivains 
ingénieux,  mais  peu  versés  dans  les  antiquités  de  l'Asie 
orientale.  Jl  faut  surtout  renoncer  à  placer  dans  le 
Tibet  le  berceau  du  genre  humain  ,  à  en  faire  descen- 
dre les  religions  de  l'Hindoustan  ,  à  y  voir  les  plus 
proches  héritiers  d'un  peuple  primitif,  et  à  y  trouver 
des  traditions  antérieures  à  l'histoire,  à  y  découvrir 
quelques  monumens  des  siècles  qui  ont  suivi  le  der- 
nier cataclysme.  Plus  on  étudiera  les  Tibétains  ,  et  plus 
on  restera  convaincu  qu'ils  sont  comme  les  autres  Tar- 
tares ,  qu'ils  ont  toujours  été  des  pasteurs  fort  ignorans 
dont  les  bouddhistes  hindous  ont  été,  depuis  quelques 
siècles  seulement,  les  instituteursen  civilisation,  enrao- 
rale,  en  littérature  ,  et  qui  n'ont  fait  jusqu'à  présent 
que  des  progrès  très  médiocres.  » 

En  résultat  général ,  M.  Remusat  présente  les  points 
suivans  ,  qui  avaient  été  avancés  sans  examen  ,  et  quel- 
quefois mis  en  doute  sans  de  justes  motifs. 

«  Dans  l'état  actuel ,  les  langues  de  la  Tartarie  sont 
au  nombre  de  quatre  principales,  le  manchcux  ,  le 
mongole  ,  l'ouigour  et  le  tibétain.  Il  y  a  quelques  dia- 
lectes. Les  mots  de  ces  quatre  langues,  particulière- 
ment ceux  qui  désignent  des  objets  de  première  néces- 
sité, et  qui  constituent  le  fond  des  idiomes  ,  sont  radi- 
calement différens,  et  ne  se  rapprochent  d'aucune  autre 
langue  connue. 


534  LITTÉRATURE. 

»  Les  ressemblances  qu'on  observe  entre  ces  quatre 
langues,  portent  presque  en  entier  sur  des  mois  qui 
expriment  des  objets  d'arts,  ou  des  titres  de  dignité, 
ou  des  idées  philosophiques  et  théologiques  ;  elles  n'at- 
testent que  les  effets  d'un  mélange  produit  parle  com- 
merce, la  guerre,  l'influence  religieuse  et  politique. 
Les  différentes  écritures,  qui  ont  servi  à  peindre  ces 
langues,  ont  toutes  été  apportées  du  dehors,  par  suite 
de  circonstances  dont  l'histoire  a  conservé  le  souvenir. 
Les  adoptions  d'écriture  les  plus  anciennes  ne  remon- 
tent pas  au-delà  de  l'ère  chrétienne.  »  Les  formes  gram- 
maticales sont  en  petit  nombre  et  peu  compliquées.  Les 
rapports  des  noms  s'y  marquent  par  des  post-positions 
sans  contraction.  Généralement,  les  verbes  n'ont  point 
de  conjugaison.  Les  lems.mémelesplus  usités  sont  imper- 
sonnels ,  et  la  construction  est  rigoureusement  inverse. 
»  Toute  la  littérature  des  Ta r tares  se  compose  d'em- 
prunts faits  assez  récemment  aux  nations  voisines,  aux 
Chinois,  aux  Indoux  ,  aux  Occidentaux.  Leurs  livres 
sont  des  traductions,  des  abrégés,  tout  au  plus,  de 
ceux  des  peuples  agricoles  policés  qui  habitent  les 
contrées  méridionales.  Ce  que  nous  disons  ici  de  la  lit- 
térature ,  doit  s'appliquer  à  toutes  les  branches  des 
connaissances  humaines  ,  particulièrement  aux  idées 
religieuses  et  philosophiques,! 

»  Ces  assertions  reposent  maintenant  sur  des  bases 
inébranlables.  Aucun  ou\rage  historique  ,  aucun  mo- 
nument, aucune  tradition  des  Tari  «ires  ou  des  peuples 
qui  les  ont  le  mieux  connus,  ne  permet  lent,  de  faire 
remonter  leur  demi-civilisation  actuelle  plus  loin  que 
le  deuxième  siècle  avant  notre  ère. 

»A  cette  époque  ,  des  missionnaires  hindous  ,  établis 
dans  les  parties  méridionales  de  la  TarUufie,  à  Khas- 
gar,  à  Kholau  ,   à  Kerkyang  ,  commencèrent  à  y  ré- 


LITTÉRATURE.  535 

pandre  les  premières  notions  des  sciences  et  des  arts  , 
récriture  indienne,  la  religion  de  bouddha.  Les  Tibé- 
tains et  les  nomades  du  Nord  n'ont  connu  tous  ces 
objets  que  beaucoup  plus  tard. 

»  L'opinion  qui  placerait  en  Tartarie  le  berceau  du 
genre  humain  avec  le  peuple  primitif,  ousesdescendans 
immédiats ,  ou  la  patrie  des  inventeurs  des  sciences ,  de 
l'astronomie,  des  alphabets  de  l'Asie,  ou  même  l'ori- 
gine des  doctrines  de  l'flindoustan  ,  celle  de  Bouddha, 
celle  des  Hindous  eux-mêmes,  ou  des  Chinois;  cette 
opinion  ne  repose  sur  aucun  fait  positif,  et  se  trouve 
entièrement  inconciliable  avec  les  observations  philo- 
logiques et  les  traditions  historiques  de  toute  l'Asie ,  à 
commencer  par  les  Tartares  eux-mêmes. 

»  Le  chamanisme  n'a  pris  naissance  ,  ni  dans  la  Tar- 
tarie ,  ni ,  selon  l'opinion  de  M.  Remusat,  dans  la  Bac- 
triane.  Les  Samanéens  qu'on  trouve  d'abord  dans 
l'Inde  ,  ont  pénétré  assez  tard  dans  la  Tartarie.  Ils  y 
ont  toujours  été  étrangers;  ils  n'en  ont  jamais  complè- 
tement converti  les  habitans.  Beaucoup  de  ceux-ci  sont 
restés  attachés  à  leur  culte  primitif,  l'adoration  du  ciel 
visible  et  des  esprits ,  avec  différentes  pratiques  supersti- 
tieuses. Enfin,  ni  les  religions  qui  ont  eu  cours  dans  laTar- 
tarie  ,  ni  les  écritures  de  cette  immense  contrée  n'ont 
pris  naissance  dans  le  Nord.  Le  samanéisme  ou  boud- 
dhisnie  primitif,  la  philosophie  de  Confucius,  le  ma- 
gisme,  le  manichéisme,  le  nestorianisme ,  le  musul- 
manisme ,  le  lamisme  enfin,  ou  le  bouddhisme  réformé, 
y  ont  été  introduits  à  peu  près  dans  l'ordre  où  l'on 
vient  de  les  nommer,  et  cet  ordre  mérite  de  fixer  l'at- 
tention; car,  si  c'est  pour  nous  une  question  histori- 
que de  pure  curiosité  que  de  savoir  si  Bouddha  est 
né  dans  l'Hindoustan  ou  dans  le  Tibet,  ou  si  l'alpha- 
bet denavagari  a  été  inventé  sur  les  bords  du  Gange, 
tome  vi.  37 


53G  LITTERATURE. 

ou  dans  les  montagnes  d'Altaï,  c'en  est  une  très  impor- 
tante de  déterminer  à  qui  appartient  la  priorité  dans  les 
traits  de  ressemblance  incontestable  entre  la  discipline 
et  la  hiérarchie  des  Lamas ,  et  celle  de  l'Église  romaine. 
»  Ainsi ,  tout  ce  qui ,  chez  les  Tartares  ,  est  au-dessus 
des  premières  notions  qui  distinguent  l'homme  de  la 
brute  ,  leur  est  venu  ,  à  des  époques  connues  ,  de  leur 
communication  avec  des  nations  plus  instruites.  Quatre 
ou  cinq  familles  se  sont  répandues  et  multipliées  sur 
d'immenses  espaces.  Les  hommes  qui  en  sont  sortis  ont 
fait  quelques  efforts  pour  s'éclairer  ;    ils   ont  cultive 
quelques  sciences;  mais  ,  ils  n'en  ont  inventé  aucune.  Ils 
n'ont  été  ni  tout-à-fait  aussi  grossiers  que  le  supposait 
Voltaire,  ni,  à  beaucoup  près  ,  aussi  savans  que  l'imagi- 
naient Buffon  et  Bailly.  !Nous  sommes  donc  obligés  d'en 
revenir,  au  sujet  de  ces  nations,  à  ce  qu'en  ont  donné 
les  premiers  auteurs  qui  en  ont  parlé,  les  voyageurs 
du  moyen  âge,  les  écrivains  orientaux,   les  mission- 
naires en  Chine,  Bergeron  ,  De  Guignes,  Deshauteraies . 
Mosheim ,  Lequen  ,   les   deux   Muller,    Bayer  et   tant 
d'autres.  Ces   conclusions   sont   loin  d'être  aussi  bril- 
lantes   que    les    systèmes    par    lesquels   on    a    voulu 
suppléer  à  la  connaissance  précise  des  faits  ,  tant  qu'on 
a  cru  impossible  de  l'acquérir  ;  mais  ,  il  n'est  pas  inu- 
tile  de   les  reproduire,  puisqu'elles  ont  été  plusieurs 
fois  contestées  par  des   écrivains    systématiques.    On 
avait  trop  compté  sur  le  défaut  de  monumens  ,  sur  le 
vague  et  l'obscurité   des  traditions.   L'antiquité  de  la 
Haute-Asie  était  la  région  des  hypothèses.  On  en  con- 
naîtra la  futilité,  et  l'on  s'instruira  suffisamment  sur 
la  Tartane  ,    quand   on  voudra  chercher  le  vrai  sur 
la  Haute-Asie ,    dans  ses   langues,    sa    littérature,    set 
propres  traditions  ,  et  surtout  dans  les  écrivains  chinois 
qui  nous  les  ont  conservées.  »  Lanjlinais. 


LITTERATURE.  537 


fWWVWV*  WWWW  /WWV>  rW\<W\  W\A/ V\  MV» 


La.  Jérusalem  délivrée,  traduite  en  vers  français 
par  M.  P.  L.  M.  Baour-Lormiàn  (i). 

Peut-être  scrablera-t-il  superflu  de  parier  encore,  et 
si  tard  ,  de  cette  traduction  dont  on  a  même  trop  parlé 
jusqu'à  2)résent  ;  mais  n'était-il  pas  nécessaire,  ou  du 
moins  très  utile,  de  laisser  déborder  ce  torrent  de  cen- 
sures et  d'éloges  dont  elle  a  été  l'objet,  pour  recueillir 
ensuite^  dans  le  calme  et  le  silence,  le  résultat  des  im- 
pressions qu'ils  ont  produites?  J'aurais  craint  d'être 
entraîné,  malgré  moi  :  je  me  tus  alors;  j'ai  tâché  de 
profiter  des  critiques  et  des  analyses;  je  donne  enfin 
mon  opinion  ,  ou  plutôt  le  résultat  des  opinions  des 
commentateurs;  ce  qui  convient  peut-être  encore 
mieux  à  l'esprit  de  ce  recueil. 

L'ouvrage  dont  je  vais  m'occuper ,  est  précédé  d'une 
Notice  sur  la  Trie  et  les  ouvrages  de  Torquato  Tasso , 
et  accompagné  de  longues  Notes  placées  à  la  fin  de  cha- 
cun des  chants  de  la  Jérusalem  délivrée. 

L'auteur  de  la  Notice  est  M.  J.  A.  Buchon,  jeune 
littérateur  avantageusement  connu  par  divers  écrits, 
et  plus  encore  par  l'amour  des  lettres  et  par  son  atta- 
chement à  son  pays.  Les  Italiens  possèdent  jusqu'à  pré- 
sent deux  longues  Vies  du  Tasse  ,  écrites  l'une  par 
J.-ft.  Manso  ,  chevalier  napolitain  et  grand  ami  du 
poète  ,  l'autre  par  l'abbé  Serassi  ,  biographe  très  rc- 
commandable.  Le  premier  avait  recueilli  tout  ce  qu'il 
avait  entendu  raconter  du  Tasse  lui-même  et  de  ses 
contemporains  ,    tenant  toujours  pour  certain    ce  qui 

(i)  Paris,  1819.  3  vol.  in-8Q.  Delaunay,  lib. ,  Palais-Koyal. 
Prix ,  1 S  fr. ,  et  ?.  1  fr. ,  franc  de  port. 

37* 


538  LITTÉRATURE, 

était  le  plus  avantageux  à  la  mémoire  de  son  ami. 
L'abbé  Serassi,  biographe  plus  impartial  et  même  sévère, 
a  tâché,  après  deux  siècles,  de  tout  vérifier  sur  des  îno- 
numens  d'une  grande  authenticité  ,  qu'on  n'avait  pas 
encore  consultés.  C'est  dans  ces  deux  sources  qu'ont 
puisé  tous  les  écrivains  postérieurs,  et  il  ne  leur  restait , 
ce  me  semble,  que  d'abréger,  plus  ou  moins,  ce  que 
le  Manso  et  l'abbé  Serassi  avaient  déjà  dit. 

Cependant,  des  biographes  étrangers  ont  voulu  en- 
richir leurs  nations  d'une  Vie  du  Tasse,  qui  eût  quel- 
que chose  de  particulier  et  d'original.  John  Black  en  a 
donné  une  aux  Anglais,  en  1810.  La  France  avait 
aussi  la  sienne,  publiée  par  M.  Suard  ,  en  i8o3  ,  avec 
la  traduction  en  prose  de  la  Jérusalem  délivrée ,  par 
M.  Lebrun.  Mais  cette  Vie,  comme  tant  d'autres,  n'é- 
tait qu'une  simple  copie  mieux  rédigée  de  la  trop  lon- 
gue vie  écrite  par  l'abbé  Serassi.  Il  était  réservé  à 
M.  Ginguené  de  nous  donner ,  en  1812  (1) ,  des  recher- 
ches et  des  conjectures  plus  ingénieuses  ,  sur  ce  que 
les  vicissitudes  et  les  œuvres  du  Tasse  nous  présentent 
de  plus  intéressant  ou  de  plus  curieux.  Cet  estimable 
auteur,  avec  plus  de  jugement  que  le  Manso,  et  moins 
de  prolixité  que  Serassi ,  a  su  porter  dans  son  travail 
cet  intérêt  qui  manque  souvent  à  l'un  et  à  l'autre  ,  et 
qui  inspire  à  la  fois  l'admiration,  l'amour  et  la  pitié 
pour  ce  poète  aussi  singulier  qu'infortuné. 

Après  cela ,  on  pouvait  regarder  comme  superflu  de 
traiter  encore  le  même  sujet  ;  mais  M.  Buchon  s'est  plu 
à  le  remanier  ;  et ,  quoique  sa  Notice  ne  renferme  pas 
de  nouveaux  faits  sur  la  vie  du  Tasse  ,  elle  prouve  toute- 
fois l'érudition  variée  du  jeune  écrivain.  D'ailleurs,  qui 

(1)  Yoy.  Histoire  littéraire  d'Italie;  part.  II ,  ch.  XIV- 


LITTÉRATURE.  539 

ne  voudrait  pas  lui  savoir  gré  de  nous  entretenir  d'un 
aussi  grand  génie?  les  Italiens  même  viennent  d'accueillir 
dernièrement  une  troisième  Vie  de  ce  poëte  ,  par  M.  Gio 
Zuccala(i);  et  quoique  souvent  on  y  rencontre  des  ré- 
flexions communes,  quelquefois  un  style  un  peu  recher- 
ché ,  enfin ,  les  mêmes  incidens ,  sans  qu'ils  aient  donné 
lieu  à  de  nouvelles  remarques  ;  l'intérêt  qu'inspire  le 
Tasse,  supplée  seul  aux  imperfections  du  biographe. 

On  a  trouvé  les  Notes  de  la  Jérusalem  délivrée  du 
Tasse,  plus  longues  encore  que  la  Notice  de  sa  Vie  ;  ce 
qui  prouve  les  connaissances  du  commentateur  et 
l'instruction  des  critiques.  Nous  devons  ces  Notes  à 
M.  Aug.  Trognon ,  professeur  d'histoire  au  collège 
de  Louis-le-Grand.  On  a  remarqué  que  tout  ce 
qu'il  dit  de  la  Jérusalem,  délivrée ,  l'avait  déjà  été  par 
les  Italiens  et  les  étrangers,  etsurtoutparM.  Ginguené  ; 
mais  on  ne  peut  lui  refuser  le  mérite  de  nous  faire  ap- 
précier le  talent  comparatif  du  Tasse  et  de  son  traduc- 
teur, et  même  la  supériorité  de  la  Jérusalem  délivrée 
sur  ,1a  Jérusalem  conquise ,  du  même  poëte.  Ne  pou- 
vant suivre  ce  savant  commentateur  dans  les  dé- 
tails ,  je  me  borne  à  faire  quelques  observations  sur  le 
Tasse  qui ,  depuis  quelque  teins  ,  a  été  le  sujet  de  tant 
d'éloges  et  de  tant  de  critiques. 

Je  commence  par  rendre  hommage  à  la  vérité  :  je 
n'aurais  pas  cru  que  le  goût  de  la  littérature  italienne 
fût  aussi  pur  et  aussi  répandu  qu'il  l'est  chez  les 
Français.  On  en  parle,  à  Paris,  avec  autant  de  justesse 
et  d'intérêt,  que  parmi  les  Italiens  les  plus  versés  dans 
leur  propre  littérature.  C'est  ici  que  j'ai  vu  des  profes- 

(i)  Délia  vita  di  Torquato  Tassât ,  libri  due  dcl profcssore  Gio- 
vanni Zuccala.  Milan  ,  1819. 


54o  LITTÉRATURE 

seurs  mêler  leurs  larmes  à  celles  de  leurs  auditeurs  ,  en 
exposant  les  tableaux  les  plus  intéressans  de  Pétrarque 
et  du  Dante;  c'est  ici  qu'on  parle  de  l'Arioste  et  du 
Tasse  ,  en  les  plaçant  au  niveau  des  anciens  ,  et  en  re- 
connaissant qu'ils  élèvent  les  Italiens  au-dessus  des  mo- 
dernes (r).  Souvent  il  m'a  semblé  que  j'obtenais  moi- 
mêmeplusd'indulgenceetd'hospitaliLe  ,  parce  que  j'ap- 
partiens aune  terre  classique  qui  s'honore  de  tajit  de 
beaux  génies, et  qui  mériterait  un  bonheur  égal  à  sa  gloire. 

Il  faut  avouer  cependant  que  ,  depuis  les  PP.  Bon— 
hours  et  Rapin  ,  il  existe  encoie  quelques-u  ns  de  leurs 
partisans  ,  qui  parlent  du  Tasse  et  d<\s  Italiens  ,  comme 
par  une  espèce  de  tradition  littéraire.  A  les  entendre, 
on  ne  trouve  dans  leurs  chefs-d'œuvre,  que  du  clin- 
quant et  des  cliquetis  de  mots.  Il  est  vrai  qu'on  en  aper- 
çoit quelques  traces  dans  des  écrivains  des  seizième 
et  quinzième  siècles,  et  même  dans  Pétrarque  et  le 
Dante  ;  mais  ce  n'est  pas  assez  pour  caractériser  des 
siècles  et  des  écrivains  dont  les  productions,  considérées 
dans  leur  ensemble,  prouvent  évidemment  le  contraire. 

Ces  défauts  de  style  ont  reparu  plus  ou  moins  fré- 
quemment dans  tous  les  siècles  etdans  toutes  les  nations 
civilisées.  Malheureusement,  ils  devinrent  dominans 
au  dix-septième  siècle,  dans  presque  toute  l'Europe; 
e!  \i  jUarini  eut  le  malheur  et  la  gloire  de  donner  son 
nom  à  ces  bizarreries  et  à  l'école  qui  se  plut  à  les  imi- 
ter, ou  pourrait  dire  que,  loin  de  les  avoir  inventée-  , 
il  eut  seulement  plus  de  talent  et  d'originalité  ,  pour 
briller  parmi  ceux  qui  l'avaient  devancé  dans  la  même 
carrière.   Sans  rappeler   (iongora  ,   Lopes   de  \  ega   et 

■  )  Voy.,  après  Voltaire  cl  GingiHMu-,  MrsL»'HJcrcierf  Chateau- 
briand ,  rie 


LlTTÉRATUiVF. 

d'autres  poètes  espagnols  ;  Guillaume  de  Barras ,  mort 
en  i5cjo  ,  lorsque  Marini  n'avait  que  vingt  ans  ,  avait 
déjà  outré  le  clinquant  du  Tasse  ,  et  il  eut  la  gloire 
de  n'être  pas  surpassé  par  Marini  lui-même  (i).  D'ail- 
leurs, à  l'époque  même  où  ce  dernier  exerçait  le  plus 
grand  empire  sur  le  Parnasse  italien,  il  n'y  manqua 
jamais  d'écrivains  plus  ou  moins  distingués  ,  qui ,  mé- 
prisant à  la  fois  la  stérilité  des  Pétrarquistes  et  la  licence 
des  Marinistes  ,  frayèrent  de  nouvelles  routes  pour  le 
siècle  suivant.  Tels  furent,  sans  doute,  Chiabrera  , 
Redi ,  Filicaja,  Zappi,  Manfredi,  Gravina,  et  tant  d'au- 
tres. Mais  ,  revenons  au  Tasse  à  qui  cet  article  est  prin- 
cipalement consacré. 

Le  clinquant,  que  ,  depuis  Boileau  ,  on  lui  a  si  souvent 
reproché,  avait  été,  un  siècle  auparavant,  aperçu  en  Ita- 
lie, et  reproché  au  Tasse  lui-même,  de  son  vivant,  par  le 
florentin  Leonardo  Salviati.  Mais  ce  fut  par  l'autorité 
dcBoileau  que  ce  clinquant  devint,  dans  la  suite,  un 
mot  de  ralliement  pour  les  ennemis  du  Tasse.  Nombre 
de  censeurs  le  répètent  sans  cesse,  le  généralisent ,  l'ap- 
pliquent à  tort  et  à  travers.  A  les  en  croire  ,  il  n'y  a 
pas  un  seul  vers  dans  la  Jérusalem  ,  qui  n'en  soit  bril- 
lante. Voltaire  s'était  contenté  de  dire  qu'il  n'en  trou- 
vait qu'environ  deux  cents  (2).  John  Blair,  ou  plus 
équitable  ,  ou  plus  indulgent  ,  en  avait  borné  le  nom- 
bre à  trente  ou  quarante  (3).  Mais  on  est  allé  jusqu'à 
dire  qu'on  pourrait  imputer  à  ce  pocme  mille  ,  et 
même  deux  mille  de  ces  vers ,  sans  être  accus/-  d'envie  ; 
ce  que  n'avaient  jamais  osé  prétendre  même  les  con- 


(1)  Vcy.  Tiraboschi ,  Slor.  delta  Litterat.ura ,  lib.  XIV 

(2)  Essai  sur  la  Pocsie  épique. 

(3)  Leçons  de  Belles- Lettres  ,  par  Blain  ,   tome  III ,  1er.  VHI. 


542  LITTÉRATURE, 

terapteurs  du  Tasse.  N'est-ce  pas  faire  du  Tasse  un 
Marini,  un  Achillini,  ce  qu'il  n'a  jamais  été?  Ne  croi- 
rait-on pas  entendre  encore  quelques-uns  des  partisans 
de  la  petite  cour  de  Ferrare  et  de  là  naissante  Académie 
de  la  Crusca  ,  employés  pour  rabaisser  un  homme  que 
la  nature  et  l'art  avaient  tant  élevé  au-dessus  d'eux? 
Mais  ce  qui  étonne  quelquefois ,  c'est  que  ceux  qui 
en  admirent  les  cminentes  qualités,  en  exagèrent  les 
imperfections  à  tel  point ,  qu'on  ne  saurait  concilier 
leurs  critiques  avec  leurs  éloges.  M.  Ginguené  lui- 
même  ,  qui  place  la  Jérusalem  du  Tasse  après  les  poè- 
mes de  Virgile  et  d'Homère  (i)  ,  semble  s'en  laisser 
imposer  par  l'autorité  d'un  grand  écrivain  ,  qui  se 
laissa  entraîner  par  ces  académiciens  de  Florence ,  que 
M.  Ginguené  venait  de  mépriser. 

C'est  de  Galilée  qu  e  je  parle  :  jeune  encore  et  fort  pré- 
venu pour  l'Arioste,  il  se  déclara  contre  le  Tasse  et  com- 
posa un  écritqui,  publié  seulement  en  1793,  nous  a  donné 
plutôt  une  preuve  de  sa  jeunesse  que  de  son  équité  (2). 
Quand  même  ses  maximes  seraient  vraies  ,  leur  applica- 
tion en  est  ordinairement  exagérée  ,  et  les  conséquences 
qu'il  en  tire  ,  sont  plus  générales  que  leurs  principes. 
Tel  est ,  ce  me  semble,  le  caractère  de  ses  Considérations  : 
faudrait-il  l'en  croire,  parce  qu'il  est,  depuis  ,  devenu 
très  célèbre  dans  les  sciences  exactes  ,  dont  les  principes 
ne  sont  pas  toujours  ceux  de  la  littérature  et  du  goût? 
Mais  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  prouver  ce  que  je  ne  fais 
qu'indiquer;  je  me  contente  d'opposer  à  Galilée,  Ga- 
lilée lui-même.  On  vient  de  connaître  sa  véritable  ma- 
nière de  penser  sur  la  Jérusalem  du  Tasse  ;  et  certes 

(1)  Hist.  littér.  (Vital.,  toni.  V,  pag.  /j6j. 

(2)  Considerazionï  ai  Tasso  di  Ga/ilco  Galilei,  etc.  Venise, 
1793;  in-ia. 


LITTÉRATURE  5£3 

elle  n'est  pas  celle  qu'il  avait  d'abord  énoncée.  À  l'exem- 
ple de  Salviati ,  et ,  plus  encore,  de  l'Académie  de  la 
Crusca  ,  qui  ont  rétracté  leurs  premiers  jugemens  ,  Ga- 
lilée aussi ,  dans  un  âge  plus  mûr,  rédigea  un  Mémoire 
sur  le  même  sujet ,  qu'il  avait  auparavant  traité  un 
peu  trop  légèrement,  et  l'on  a  jugé  ce  second  écrit  bien 
plus  digne  de  son  expérience  et  de  sa  sagesse.  Nousen  de- 
vons la  connaissance  à  l'un  des  plus  savans  Italiens,  le  che- 
valier J.-B.  Venturi,  qui,  en  le  publiant,  a  pensé  ne  pou- 
voir mieux  servir  la  réputation  de  son  auteur  favori  (i). 

L'autorité  exercée  par  Galilée  sur  M.  Ginguené , 
ne  pourrait-elle  l'être  encore  ,  par  ce  savant  si  recom- 
mandable  ,  sur  tant  d'autres  écrivains  qui  répètent  et 
même  exagèrent  ses  jugemens?  C'est  pour  cela  que  je  me 
permets  quelques  considérations  sur  trois  objets  qui  me 
semblent  avoir  été  le  plus  généralement  relevés  par  les 
censeurs  de  la  Jérusalem  délivrée  ;  savoir:  l'originalité 
du  poète  ,  l'emploi  qu'il  fait  de  la  magie,  et  son  style. 

I.  Quant  à  l'originalité ,  on  ne  peut  nier  que  le 
Tasse  n'ait  imité  Virgile  ,  comme  Virgile  avait  imité 
Homère ,  et  Homère  ses  devanciers.  Si  l'Iliade  n'est 
pas  ,  comme  le  pensait  J.-B.  Vico  ,  un  recueil  de  ces 
poésies  nationales  qu'on  chantait  dans  les  villes  de  la 
Grèce,  et  que  Lycurgue,  peut-être,  recueillit  et  mit  le 
premier  en  ordre  ;  on  ne  peut  se  persuader  qu'Homère 
ne  les  ait  pas  du  moins  imitées.  Cesse-t-il  pourtant 
d'être  original?  Ainsi,  Virgile  est  toujours  le  second 
des  poètes  épiques  ,  malgré  les  remarques  de  Macrobe 
sur  l'Enéide.  Ainsi ,  le  Tasse  lui-même  ne  cessera  pas 

(t)  Voy.  Memorie  e  Lcltcre  inédite Jinora ,  o  disperse  di  Gafïlm 
Calilei  ,  ordinale  e  illustrate  con  annotazioni  dal  cavalière 
G.  B.  Venturi.  Part.  I.  Modène,  i8j8;  in-40.  Fig. 


V,  \  LITTERATURE. 

•  l'être  encore  le  troisième  ,  malgré  le  prétendu  nombre 
de  passages  empruntés  d'Homère  ,  de  A  irgile  et 
d'autres.  On  pourrait  cependant  démontrer  l'origina- 
lité de  ses  conceptions,  surtout  pour  ce  qui  regarde 
le  sujet  et  l'ensemble  de7  son  poëme ,  le  caractère  de 
ses  personnages,  leur  développement,  leurs  contrastes  , 
les  tableaux  et  les  accidens  qu'il  en  fait  résulter;  mais 
je  me  borne  à  ce  qui  a  paru  plus  particulièrement 
digne  de  censure. 

Il  y  a  des  pensées  ,  des  images  ,  et  même  des  expres- 
sions si  heureusement  employées  par  les  classiques  an- 
ciens ,  qu'on  aime  souvent  à  les  répéter  avec  de  légères 
modifications,  ou  même  sans  y  en  faire  aucune.  C'est 
une  sorte  de  respect  pour  l'autorité  des  anciens,  ou 
même,  si  l'on  veut,  une  sorte  de  bizarrerie  que  1rs 
plus  grands  écrivains  de  tous  les  teins -se  sont  per- 
mise. On  n'exige  dans  l'imitation  de  ces  traits  .  que 
de  les  voir  employés  sans  effort ,  et  comme  s'ilét  aient 
dictés  par  la  circonstance.  Ainsi,  on  admire  toujours 
dans  le  Tasse  la  réponse  que  fait  Godefroi  à  Altamore  : 
Guerreggià  in  Asia  e  non  vi  cambin  o  merco  (i  V 

Quoiqu'Alexandre  ,  chez  Quinte-Curce  (2) ,  et  Pyr- 
rhus, chez  Ennius,  l'eussent  jadis  emplovée.  De  même, 
on  admire  toujours  cette  belle  strophe  :  Glace  V alla 
Cartago  ,  etc.,  quoiqu'on  sache  que  la  même  considéra- 
tion avait  été  présentée  par  Sul pi  lins  à  Cicérotî,  en  rappe- 
lant les  ruines  de  quelques  villes  de  la  Grèce  ,  et  mieux 
encore  par  Sannazar  (3) ,  en  parlant  de  Cartilage 
elle-même.    Si    le  P.  Bouhours  a  pu,    sur  de  tclspas- 

(1)  C.  XX,  st.  i|*. 
OOHist  d'Al.xandiv,  1.  IV. 
(3)  De  Partit  f^lrginis,  lil>.  II. 


LITTÉRATURE.  ô^ 

sages,  accuser  le  Tasse  de  plagiat  et  de  larcin,  en 
devrait  laisser  aux  jésuites  leur  critique,  ainsi  que 
leur  morale. 

Quelquefois  ,  des  sujets  tout  différens  dans  le 
fond  ,  offrent  néanmoins  des  circonstances  et  des 
accidens  plus  ou  moins  analogues ,  qu'on  ne  pour- 
rait éviter  de  retracer,  sans  violer  les  règles  de  la 
vraisemblance  et  de  la  probabilité.  Il  serait  donc 
injuste  d'accuser  de  plagiat  un  poëte  épique,  parce 
qu'en  décrivant  des  batailles,  des  duels,  des  mé- 
tamorphoses, et  d'autres  circonstances  pareilles,  il 
reproduirait  quelquefois  les  mêmes  scènes  et  les  mêmes 
tableaux,  qu'on  ne  pourrait  supprimer,  sans  gêner  le 
cours  ordinaire  de  la  nature.  On  ferait,  je  pense  ,  ie 
même  tort  au  Tasse,  en  le  déclarant  imitateur  servile  de 
Virgile  ,  parce  que  l'ange  Gabriel  ressemble  à  Mercure  ; 
que  Godefroi  est  blessé  et  guéri  comme  Énée  ;  que  le 
bouclier  de  Renaud  est  à  peu  près  calqué  sur  ceux 
d'Énée  et  d'Achille  ;  et  que  les  mêmes  objets  ont  quel- 
quefois donné  lieu  à  des  comparaisons  semblables. 
C'est  la  spontanéité  du  poète  ,  c'est  l'à-propos  du  trait 
qui  nous  fait  oublier  les  auteurs  à  qui,  peut-être,  il 
l'avait  emprunté. 

Mais  traçons  mieux  encore  le  caractère  de  l'imita- 
tion du  Tasse  dans  ces  deux  épisodes  les  pins  remar- 
quables, deSoliman,  introduit  par  Ismen  à  Jérusalem, 
et  delà  mort  de  Clorinde.  Soliman  monte  sur  le  char 
d'Jsmen  ;  entourés  d'un  nuage  qui  les  rend  invisibles  , 
ils  pénètrent  dans  Jérusalem  e|l  jusque  dans  la  cour 
d'Aladin.  Voilà  ,  s'écriera  tout  de  suite  un  pédant, 
voilà  Enée  et  Achate  qui  pénètrent  de  la  même  ma- 
nière jusqu'au  sein  de  Carthage  I  Mais  quelle  différence 
ressortira  entre  l'un  et   l'autre  événement,    si    l'on 


546  LITTÉRATURE. 

apprécie  tous  les  accidens  qui  accompagnent  et  suivent 
la  marche  de  Soliman?  Quel  spectacle  ,  lorsqu'il  tra- 
verse et  contemple  les  débris  de  son  camp  !  quelle 
surprise,  lorsqu'il  se  présente  devantAladin,  au  milieu 
de  son  conseil ,  au  moment  même  ou  l'on  exagérait  sa 
ruine  et  sa  fuite  I  Quoi  de  plus  passionné,  de  plus  émi- 
nemment dramatique? 

On  ne  peut  nier  que  le  Tasse  n'ait  conçu  ,  d'après 
l'épisode  de  Nisus  et  d'Euryale,  l'entreprise  de  Clo- 
rinde  et  d'Argant  qui  vont  réduire  en  cendres  la 
machine  de  guerre  des  Chrétiens.  Il  est  vrai  que  ces 
deux  personnages  n'inspirent  pas  d'abord  le  même 
intérêt  que  les  deux  jeunes  Troyens  ;  mais  de  combien 
les  uns  ne  deviennent-ils  pas  supérieurs  aux  autres 
dans  la  suite?  L'objet  de  l'entreprise  est  bien  plus 
important  dans  Clorinde  et  Argant  ,  que  dans  Nisus  et 
Euryalequi  nese  chargent  que  de  porter  à  Enée  les  nou- 
velles de  la  triste  position  des  Troyens.  Euryale,  après 
avoir  tué  plusieurs  ennemis,  se  livre  au  pillage  ;  c'est  ce 
qui  occasionne  sa  perle  et  celle  de  son  ami.  Clorinde  , 
contrainte  de  repousser  l'ennemi  ,  se  trouve  engagée 
avec  Tancrède  ,  son  amant,  qui  la  blesse  mortelle- 
ment sans  la  reconnaître.  Tout  finit  avec  la  mort  de 
Nisus  et  d'Euryale;  mais,  quel  effet  ne  produisent  pas 
la  reconnaissance  et  la  mort  de  Clorinde,  qui  se  lient 
avec  tout  ce  qui  les  précède  et  lessuit,  et  qui  constituent 
le  merveilleux  de  cet  épisode?  Opposons  les  larmes  que 
cette  belle  scène  chrétienne  nous  fait  toujours  verser, 
aux  critiques  amères  qui  cherchent  en  vain  à  les  ar- 
rêter. 

Il  me  semble  aussi  que  le  Tasse  a  négligé  ici  l'inté- 
rêt qu'inspire  Nisus  s'offrant  à  la  mort  pour  sauver 
la  vie  de  son  ami  :  mais  cette  circonstance  avait  suggéré 


LITTÉRATURE.  5'f7 

au  poëte  italien  l'épisode  d'Olinde  et  de  Sophronie ,  qui, 
malgré  ses  imperfections ,  ne  laisse  pas  d'intéresser,  par 
l'originalité  du  tableau,  même  les  juges  les  plus  sé- 
vères qui  le  condamnent.  D'après  ces  exemples  et  tant 
d'autres  que  je  pourrais  encore  examiner,  il  est  évi- 
dent que  le  Tasse  est  un  poëte  original  ,  alors  même 
qu'il  ne  paraît  qu'imiter. 

II.  La  magie ,  qui  est  le  ressort  principal  du  mer- 
veilleux de  la  Jérusalem  délivrée  ,  a  été  souvent  regar- 
dée comme  n'étant  nullement  convenable  à  la  nature 
de  l'épopée.  Je  n'oppose  pas  ce  que  les  romantiques  ont 
dit  là-dessus  ;  et,  ce  qu'ils  ont  dit,  n'estpas  toujours  dé- 
raisonnable, comme  le  prétendent  certains  classiques. 
Je  dis  seulement  que  ces  démons  ,  ces  magiciens  ,  ces  mé- 
tamorphoses ,  ces  jardins,  ces  forêts ,  contre  lesquels 
on  a  tant  déclamé,  ne  s'accordent  guère,  il  est  vrai, 
avec  la  philosophie  ;  mais  ,  malheur  au  poëte  qui  ne  sait 
être  que  philosophe  dans  la  poésie  !  Dans  un  poëme 
chrétien  ,  il  devait  suffire  que  la  poésie  se  trouvât  d'ac- 
cord avec  la  théologie  ;  et  celle-ci  a,  malheureusement, 
nourri,  plus  qu'elle  ne  le  devait,  la  propension  à  ces 
bisarres  croyances. 

Quand  même  l'Eglise  et  la  législation  ne  les  eussent 
pas  accréditées  par  tant  d'exorcismes  et  de  lois  crimi- 
nelles ,  au  préjudice  de  la  crédulité  et  de  l'innocence 
des  peuples,  on  aurait  pu  les  employer  impunément, 
pourvu  que  ces  peuples  les  eussent  regardées  comme 
autant  de  vérités.  Mais  ce  n'était  pas  le  peuple  seule- 
ment qui  les  professait:  le  Tasse,  lui-même,  était  tel— 
ment  convaincu  de  la  réalité  et  de  l'influence  de  ces 
êtres  surnaturels  ,  qu'il  se  croyait  tantôt  persécuté  par 
des  esprits  méchans  ,  et  tantôt  éclairé,  comme  So- 
erate  ,  par  un  esprit  d'un  caractère  tout  différent.  D'ail- 


5 ',8  LITTÉRATURE. 

leurs,  ces  censeurs  du  Tasse,  qui  admirent,  en  même  teins, 
Homère  et  Virgile,  pourquoi  se  montrent-ils  si  sévères 
contre  les  démons  et  les  magiciens  du  premier,  pendant 
qu'ils  ont  tant  d'indulgence  pour  les  dieux  et  les  prêtres 
des  deux  autres?  Les  querelles  et  1rs  guerres  des  dieux  ho- 
mériques ne  semblent-elles  pas  tellement  ridicules,  qu'on 
a  été  quelquefois  tenté  de  prendre  l'Iliade  pour  un 
poème  burlesque  ou  comique,  tel  que  la  Secchia  rapita 
du  Tassoni,  le  Lutrin  de  Boileau  ,  le  Schcrno  dcgli 
Dei  de  Bracciolini  ,  etc.  ?  Cependaut,  si  on  a  permis  à 
Homère  et  à  Virgile  d'employer  la  réaction  des  Titans, 
et  même  de  quelques  dieux  plus  puissans,  contre  Jupiter 
et  ses  adhérens,  pourquoi  ne  serait-il  pas  permis  au 
Tasse  d'employer  aussi  des  magiciens  et  des  démons 
contre  des  anges,  et  contre  l'Eternel  lui-même.' 

Dira-t-on  que  le  Tasse  s'est  laissé  aller  trop  loin  ? 
Mais  peut-être  n'a-t-il  pas  été  plus  loin  qu'Homère  et 
Virgile.  En  effet,  si  Énée,  guidé  par  la  Sybille,  pénètre 
dans  les  régions  souterraines,  pourquoi  les  deux  che- 
valiers qui  cherchent  Renaud,  ne  pourraient-ils  pas 
taire  de  même?  Si  \  irgile  et  Homère  ont  embelli  leurs 
poèmes  des  métamorphoses  des  amans  de  Circé,  pour- 
quoi serait-il  indécent,  dans  le  Tasse,  d'avoir  trans- 
formé en  poissons  les  amans  d'Armide?  Les  métamor- 
phoses de  Polydore  en  myrte  sanglant,  des  galères 
trovennes  en  nymphes,  de  la  sœur  de  Turnus  sous  la 
forme  fantastique  d'Enée,  n'ont-ellej  pas  été  mises  en 
œuvre  par  Virgile,  beaucoup  plus  sobre  qu'Homère 
dans  Tcmploi  de  ces  moyens?  Lucain  lui-même,  quoi- 
que sans  contredit  plus  philosophe  que  poète,  n'a- 
t-il  pas  eu  recours  à  des  ressorts  pareils?  et  toutes  ces 
bizarreries  ne  sont-elles  pas,  au  fond,  presque  les 
mêmes  que  celles  dont  le  Tas;e  a  paré  les  jardins  d'Ar- 


LITTÉRATURE.  5.-fà 

mide  et  la  foret  enchantée  }>ar  Ismen?  Toute  la  diffé- 
rence qu'on  y  trouve,  se  réduit  à  celle  des  siècles  et  des 
opinions  qui  les  caractérisent  ;  mais  c'est  toujours  le 
même  extraordinaire,  produit  sous  des  formes  diffé- 
rentes ,  suivant    la  mode  des  tenus. 

Je  conviens  cependant  que  ,  dans  l'emploi  de  ces  res- 
sorts, on  peut  pécher  par  excès.  Sans  doute,  ce  qui  avait 
été  permis  à  l'Arioste  et  à  tant  d'autres  poètes  romanes- 
ques ,  ne  Tétait  pas  au  poète  épique;  et  le  Tasse  avait 
connu  et  respecté  les  bornes  de  ses  privilèges.  Quand 
même  ses  conceptions  dans  ce  genre  ne  seraient  pas 
également  nobles,  grandes,  imposantes  par  elles-mêmes; 
quand  même  il  s'oublierait  quelquefois  ,  comme  il 
le  fait,  dit-on,  en  donnant  à  Satan  et  à  sa  suite  des 
formes  un  peu  trop  hideuses  et  trop  vulgaires  (  quoique 
justifiées  par  la  moderne  mythologie  ,  et  plus  encore, 
par  l'exemple  de  Virgile  ,  qui  nous  avait  présenté  les 
harpies,  les  cyclopes  ,  Cacujf,  etc.,  sous  des  formes 
pareilles)  ;  le  style  et  le  coloris  ajoutent  au  sujet  la  no- 
blesse qu'il  n'avait  pas.  Au  moyen  de  l'élocution  et  de 
l'harmonie  des  vers ,  heureusement  combinées,  des  êtres 
quelquefois  très  vulgaires  prennent ,  sous  la  baguette 
magique  du  Tasse,  une  toute  autre  nature  ;  il  leur 
donne  tant  de  réalité  et  d'intérêt,  qu'il  vous  force  de 
les  regarder  comme  extraordinaires  et  supérieurs.  C'est 
un  nouveau  genre  d'enchantement .,  qui  est  tout  du 
poète  i  c'est  de  la  véritable  poésie  !  Mais  pour  bien 
apprécier  ce  phénomène,  il  faut  connaître  parfaite- 
ment la  langue  originale  du  poète;  et  ce  n'est  pas  la 
connaître  suffisamment,  que  d'en  comprendre  le 
sens  purement  grammatical,  comme  nous  allons  le 
prouver. 

111.  Le  style  du  Tasse  a  ^ubi  encore  plus  de  critiques^ 


)M,  LITTÉRATUHH 

des  amours  pleins  de  charmes  ,  ou  d'aim; 
la  fortune,  si  elle  vient  te  tromer  sous 
prends  pas  la  peine  de  courir  après  elle. 
accidens  que  lu  ne  saurais  empêcher,  riej 
de  soutenir  ton  courage  et  ta  gaîté.   » 

Le  premier  volume  des  poésies  < 
cédé  de  sa  vie  ,  Écrite  par  don  Mam 
admirateur  et  son  ami  ,  poêle  et  ci 
généreux  sentimens  d'amitié  ont  p< 
graphe  ,  exagéré  le  mérite  ,  excasé 
balance  est  confiée  à  de  telles  mains 
elle  doit  pencher.  La  vie  ,  et  surtout 
de  Mclendcz,  sont  bien  propres  à  n 
affliger.  Cet  homme  de  mérite  éproi 
patrie  ;  il  la  quitta  parce  qu'il  ne  p< 
serment  de  ne  plus  la  revoir.  La  toi 
fermé  sa  dépouille  nous  apprend  qi 

L'opinion  presque  unanime  de  i 
Mclendcz  au  premier  rang  parmi  le 
l'Espagne  ;  mais  il  est  peu  connu  lie 
carta  beaucoup  de  la  route  suivie  ] 
et  ses  rivaux;  car  la  nature  seule 
musc  se  plaît  dans  les  vallées  ,  sur  ]. 
bre  des  bots,  au  bruit  d'une  cascade 
sa  poésie  est  plus    douce  que   pas: 


LITTÉRATURE. 

général  peu  abondant ,  les  morceaux  qu'il  a  retou( 
quelque  sécberesse.  Ses  corrections  ne  sont  pashei 
Ja  lime  est  un  instrument  dont  il  ne  sait  pas  faire 
emploi. 

On  a  reproché  à  Melendez  d'avoir  corrompu  h 
de  son  pays ,  en  y  introduisant  un  grand  nombre 
nouveaux;  mais  tous  ces  mots  sont  parfaitement  co 
au  génie  de  l'idiome  castillan;  tous  donnent  une  fi 
velle  à  sa  poésie  ;  c'est  donc  un  présent  qu'il  a  ] 
langue  :  elle  se  trouve  enrichie,  et  non  pas  corrorr 

Les  oeuvres  anaerdontiques  de  notre  poète  sont 
grand  nombre  ,  mais  elles  ressemblent  plus  à  c 
poète  grec  par  le  choix  des  sujets  que  par  la  me 
vers.  Nous  n'en  citerons  qu'une  seule,  que  nous 
d'un  recueil  d'odes  adressées  à  Philis  et  à  sa  colo 
sujet  en  a  fourni  vingt-six  ;  c'est  trop  sans  doul 
faut  pas  faire  résonner  aussi  long-teins  la  même 
mais  quelques-unes  de  ces  odes  sont  des  modèles  t 
lyrique.  Voici  celle  que  nous  en  avons  extraite , 
nous  regrettons  aussi  de  n'offrir  qu'une  pâle  tradu 
prose  : 

«  Que  d'autres  chantent  les  combats  et  les  dangers  de 
les  festins  et  les  coupes  du  joyeux  Bacchus;  que  d'autres 
ceint  de  jasmin  et  de  roses ,  chantent  les  feux  de  l'a  m» 
triomphes  de  Vénus  ;  pour  moi,  je  consacre  ma  lyre  har 
à  célébrer  la  blanche  colombe  de  ma  clière  Philis  :  sa  col 


55a  ^LITTÉRATURE, 

ne  subissent  pas  les  mêmes  vicissitudes ,  ni  le  même  sort 
dans  deux  langues  diverses ,  il  arrive  souvent  que  ce  qui 
est  ou  paraît  impropre  et  absurde  dans  l'une,  ne  Test 
pas  toujours  dans  l'autre  ,  et  vice  versd.  Si  l'on  avait 
fait  cette  remarque  ,  on  n'aurait  pas  condamné  tant  de 
locutions  dans  le  style  du  Tasse ,  par  la  singulière  rai- 
son qu'elles  sont  condamnables  chez  les  Français.  De 
combien  de  locutions  étrangères  les  Italiens  ne  pour- 
raient-ils pas  juger  de  même?  Peut-être  le  font-ils 
aussi  ;  mais  alors ,  ils  seraient  aussi  injustes  et  déraison- 
nables que  les  étrangers  qui  les  imitent. 

On  a  trouvé  incohérent  que  l'archange,  menaçant 
les  démons  ,  eût  donné  à  la  volonté  de  Dieu  et  à  l'ordre 
universel' qui  en  est  l'effet,  le  nom  stoïcien  de  falo. 
A  che  pugnar  colfato?  etc.  (i)  S'il  était  permis,  au- 
jourd'hui, de  faire  parade  d'érudition  théologique,  je 
pourrais  appeler  au  secours  du  Tasse,  Boëce  et  saint 
Augustin,  qui  ont  employé  le  même  mot  avec  la  même 
signification  ;  mais,  je  me  contenterai  de  citer  le  père 
de  la  langue  et  delà  poésie  italiennes,  qui  a  dit  dans 
Y  Enfer  : 

Che  giova  nellefata  dur  di  cozzo-^ 

Et  dans  le  Paradis  : 

L'alto  Jato  di  Dio  sarebbe  rotin. 

M.  Ginguené ,  qui  s'était  si  long-tems  et  si  bien  occupé 
de  la  littérature  italienne  ,  ne  put  pardonner  au 
Tasse  cette  expression  employée  par  Armide,  et  si 
tendre  pour  les  Italiens:  idolo  mio  crudele  (2).  Ainsi 
que  le  mot  Jato  ,  le  mot  idolo ,  surtout  depuis  Métas- 
tase ,  est  devenu  commun  aux  Italiens,   qui  indiquent 

(1)  C.  IX,  st.LXIV. 
(a)  C.  XVI,  rt.  XLVI* 


LITTÉRATURE.  553 

par-là  l'objet  de  leurs  amours  et  de  leur  culte  ero- 
tique, et  non,  comme  les  Latins,  l'image  ou  l'apparence 
de  tout  objet;  ce  que  les  écrivains  ecclésiastiques  bornè- 
rent ensuise  aux  statues  des  dieux  payens.  Si  l'on  avait 
appliqué  la  même  observation  au  mot  scudo  ,  auquel 
la  langue  italienne  donne  la  signification  la  plus  éten- 
due de  tout  genre  de  défense  ,  on  ne  se  serait  pas  tant 
recrié  contre  ce  vers  si  passionné  d'Armide  : 
Saro  qualpiù  voirai,  scudiero ,  o  scudo. 

Ce  dernier  vers  nous  rappelle  un  autre  genre  de  cri- 
tiques, faites  contre  ces  jeux  de  mots  que  les  Italiens 
désignent  sous  le  nom  très  connu  de  bisticci.  On  ne 
peut  nier  que  ces  formes  ne  soient  trop  fréquentes 
dans  la  Jérusalem,  délivrée  ;  mais  ,  il  ne  faut  pas  non 
plus  les  multiplier,  ni  les  juger  toutes  également,  vi- 
cieuses ,  parce  qu'apparemment  elles  se  ressemblent. 

Souvent  ces  formes  sont  très  propres  et  très  caracté- 
ristiques suivant  ce  qu'on  veut  et  doit  exprimer;  elles 
ajoutentmême  à  l'énergie  de  l'expression  et  à  la  précision, 
du  style.  Si  la  réalité  de  l'idée  ou  de  l'objet  le  comporte 
ou  l'exige  ,  on  ne  pourra  condamner  ces  locutions  éner- 
giques et  vraies ,  parce  qu'on  y  rencontre  des  cliquetis 
de  mots.  Les  Grecs  et  les  Latins  s'en  servirent  avec 
avantage;  et  pourquoi  les  Italiens  ne  pourraient-ils  pas 
s'en  servir  également,  lorsque  leur  langue,  si  riche  et 
si  noble  ,  se  prête  à  ce  genre  d'expression?  On  est  ordi- 
nairement alarmé  aux  vers  du  Tasse  : 

Lo  schermidor  vinto  è  di  schermo. 

C!he  la  tua  schernitrjce  abbia  schernito. 

U  imitatrice  sua  scherzando  imiti. 

Non  lascia  indietro  il  predator  la  preda ,  etc. 

Malgré  lacrainteet  l'autorité  des  juges  qui  condamnent 

38* 


554  LITTÉRATURE. 

ces  vers,  je  les  crois  innocens  et.  même  dignes  de  quel- 
que estime,  parce  que  l'idée,  dans  le  fond  ,  est  juste  et 
véritable,  et  que,  si  l'on  voulait  éviter  la  rencontre 
des  mots  ressemblais  ,  il  faudrait  y  substituer  des  cir- 
conlocutions qui  affaibliraient  le  style  ,  ou  des  lo- 
cutions synonymes  qui  ne  rendraient  pas  toute  la  pro- 
priété de  l'idée. 

On  peut,  on  doit  raisonner  de  même  sur  les  antithèses. 
C'est,  au  contraire,  à  ce  principe  de  contraste,  qu'on  est 
redevable  de  la  plupart  des  beautés,  de  la  nature  et  de 
l'art;  et  le  Tasse  est  peut-être  celui  des  poètes  modernes 
qui  en  a  le  plus  et  le  mieux  profité.  On  trouve  cet  arti- 
fice merveilleux  dans  les  caractères  de  ses  héros ,  dans  la 
succession  des  épisodes  et  des  tableaux  dont  son  poënn 
est  parsemé.  Le  même  artifice  se  fait  remarquer  dans 
les  détails  comme  dans  le  style  ,  qui  fait  le  charme 
des  lecteurs  capables  de  l'apprécier.  Voudrions-nous  ré- 
prouver toutes  ces  belles  antithèses  ,  parce  qu'il  y  en  a 
qui  n'ont  pas  le  même  intérêt?  Disons  plutôt  que  ces 
figures  sont  toujours  condamnables  ,  lorsqu'elles  n'ac- 
cusent qu'une  recherche  puérile  et  vaine  ,  sans  pro- 
duire un  effet  réel  ,  et  que  ,  n'exprimant  rien  dans  le 
fond,  elles  rendentlestyle  vide,  trompeuretfaux.  Disons 
même  qu'alors  qu'elles  expriment  <\c^  rapports  réels  et 
,  '.ir.icléristiques  des  choses  ,  et  qu'elles  soûl  inté- 
ressantes par  elles-mêmes  ,  elles  peu\ent  néanmoins 
devenir  ennuyeuses  par  trop  «l'art,  par  trop  de  fré- 
quence, surtout  lorsque  l'art  aurait  dû  se  cacher  I  V  I 
pour  cela  que  les  an  ti  I  lies«>s  <jiu  ,  emplov  ces  sobrement 
par  Tacite,  ont  tant  (l'intérêt,  nous  semblent  si  désa- 
gréables ,  prodiguée^  parNéncque. 

Voilà  les  deux   rapports  sons  lesquels  il  fallait  jugei 
les  antithèses  de  la  Jérusalem  délivrée,   Mais  l'a-t*oti 


LÏTTÉRATURK.  555 

tait  toujours  avec  l'équité  convenable?  On  a  réprouvé  , 
depuis  le  P.  Bouhours  ,  ces  vers  : 

Amor,  che  or  cieco ,  or  Jlrgo ,  ora  nr  i>cli 

Di  bende  gli  occhi,  ora  ce  gli  apri  e  giri ,  etc. 

On  réprouve  encore  le  vers  suivant  et  bien  d'autres 
pareils  : 

Ella  si  fa  di  gel ,  divien  poifoco. 

Mais  ce  qui  est  toujours  vrai  dans  la  nature  ,  ne  le 
serait-il  pas  aussi  dans  des  vers?  Quel  est  l'homme  qui 
n'ait  pas  éprouvé  ces  effets  contraires  et  presque  si- 
multanés de  la  passion  de  l'amour?  Je  ne  parle  pas 
de  tant  d'autres  antithèses  qui  méritent  les  mêmes 
égards  ,  ou  du  moins  quelque  indulgence  ;  mais  je  ne 
puis  me  dispenser  de  citer  ce  passage  : 

ylniico ,  liai  vitito  :  io  ti  perdon  ,  perdona 
Tu  ancora  ,  alcorpo  no,  che  nulla  pave, 
JllV  aima  si,  etc. 

Les  Italiens  ont  trouvé  l'impression  produite  par  ce-» 
vers  si  pathétique  et  si  touchante  ,  qu'ils  leur  ont  vo- 
lontiers pardonné  une  faute  grammaticale  ,  dans  le  mol 
perdon.  Des  critiques  ont  cru  voir  de  l'affectation  dans 
la  pensée  ,  à  cause  d'une  antithèse  qui  constitue  ,  peut- 
être  ,  une  des  beautés  les  plus  frappantes  de  ce  passage  : 
Perdona....  alcorpo  no ,  chenullapave ,  alV  aima  si  etc. 
Ne  voit-on  pas  dans  ce  contraste  ,  si  simple  et  si  véri- 
table, ces  deux  caractères,  à  la  fois,  et  du  guerrier 
qui  méprise  le  reste  de  sa  vie  ,  et  du  chrétien  qui  ne  s'oc- 
cupe que  du  salut  de  son  arae  ?  Qui  pourrait  en  dire  au- 
tant ,  presque  en  deux  vers  seulement?  qui  pourra  il  \ 
mettre  autant  de  vérité  ,  de  mil  '<:  el  (h-  pasVidri  que 
le  Tasse?  Essayez  de  les  traduire  ,  ces  vers,  et  compa- 
rez ensuite  le  texte  et  l'imitation 


556  LITTERATURE. 

Jusqu'ici ,  on  s'était  contenté  de  juger  mauvais  ce 
qui  ne  l'était  pas  ;  mais  serait-il  permis  de  dénaturer 
une  phrase  ,  pour  en  faire  ressortir  une  antithèse  mons- 
trueuse qurelle  ne  contient  point?  On  a  d'abord  dit, 
par  hasard  ou  par  méprise  ,  et  des  prosélytes  trop  con- 
fions ont  répété,  que  le  Tasse  fait  donner,  par  Tancrède, 
à  Clorinde ,  avec  Veau ,  la  vie  qu'il  lui  avait  ôtée  avec 
le  fer.  C'est  absolument  ignorer  la  langue  du  Tasse, 
ou  calomnier,  même  après  sa  mort,  ce  malheureux 
poëte.  11  a  dit  de  Tancrède  : 

A.  dar  si  unlsc 
l^ita  con  iacqua  a  chi  col  ferra  accise  (1). 

Cela  signifie  ,  si  je  ne  nie  trompe  ,  que  Tancrède  ne 
donne  pas  à  Clorinde  la  même  vie  qu'il  vient  de  lui 
ôter  ,  mais  qu'il  donne  ,  par  le  baptême  ,  la  vie  ou  le 
salut  de  l'ame  à  la  même  personne  qu'il  vient  de  frap- 
per mortellement  de  son  épéc.  Chez  les  Italiens  ,  Veau 
est  aussi  propre  pour  signifier  le  baptême,  que  l'est  le 
/^r,  pour  signifier  l'épéc;  et  s'il  y  a  quelque  contraste  dans 
ces  deux,  circonstances  ,  n'est-ce  pas  ce  qui  constitue  le 
beau  et  le  merveilleux  de  l'événement  que  le  poète  met 
sous  nos  yeux?  Ou  je  me  trompe  étrangement ,  ou  c'est 
un  des  tableaux  les  plus  touchans  du  poème  du  Tasse, 
et  l'un  des  traits  les  plus  pathétiques  qui  s'y  rapportent. 
\pres  ce  que  je  viens  d'observer,  on  devrait  |uge» 
avec  plus  de  circonspection  les  défauts  qu'on  impute  à 
la  Jérusalem  délivrée  du  Tasse.  11  y  en  a  de  vérita- 
bles et  d'autres  appareils  ;  mais  souvent  on  prend 
aussi  pour  des  défauts  ,  des  beautés  qu'on  a  dénatu- 
rées, ou  mal  comprises.  On  a  dit,  par  exemple,  que 
Tancrède  ,   en  reconnaissant  Clorinde  blessée  par  lui— 

n)C.  Xll,s(.  LXYII. 


LITTÉRATURE  557 

même  ,  et  dans  le  premier  éclat  de  son  désespoir ,  ras- 
semble toutes  les  forces  de  son  ame ,  sur  un  seul  et 
même  point  ,  pour  les  mettre  en  garde  contre  son  cœur. 
Le  Tasse  avait  dit  simplement  que  Tancrède  rappela 
dans  ce  moment-là  tous  les  conseils  de  sa  raison  , 
contre  les  mouvemens  de  son  cœur  : 

Che  sue  virtuti  accolse 
Tutte  in  quel  punlo ,  e  in  guardia  al  cor  le  mise  (1). 

Pourquoi  traduire  in  quel  punlo  ,  qui  ne  signifie 
qu' alors  ,  par  ces  mots  :  sur  un  seul  et  même  point?... 
Mais  ce  n'est  ni  le  lieu  ,  ni  mon  intention  ,  de  relever  de 
pareilles  fautes  de  langue. 

Concluons  maintenant  qu'il  faut  bien  connaître  le 
Tasse  et  sa  langue  ,  pour  mieux  le  juger  et  l'apprécier. 

Peut-être  ,  rne  suis-je  trop  étendu  dans  ces  considéra- 
tions ;  mais,  après  qu'on  a  tant  parlé  du  Tasse,  et  pour  et 
contre ,  était-il  permis  de  se  taire ,  à  un  homme  qui  s'ho- 
nore d'être  Italien  commelui?  Aurais-jepu  me  dispenser 
de  m'occuper  un  instant  d'un  de  mes  concitoyens  ,  qui 
fait  la  gloire  de  ma  nation  et  l'envie  des  autres?  Je  ne 
le  pense  point.  J'ai  donc  lieu  d'espérer  que,  loin  de 
m'en  savoir  mauvais  gré  ,  on  voudra  prendre  part  à 
la  défense  d'un  écrivain ,  dont  les  peuples  les  plus 
éclairés  s'étudient  à  s'approprier  le  chef-d'œuvre, 
comme  le  prouve,  parmi  tant  d'autres  traductions 
qui  en  ont  été  faites,  celle  de  M.  Baour  Lormian  ,  dont 
nous  parlerons  dans  l'un  des  prochains  cahiers. 

Sàlfi. 
(i)C.  XII,  st.  LXV1H. 


WV>VVV\\\.VV*\\V\\\.V\»  »  V\\VV\VVV\\.\V\VVVVV\\\'VVVV\^VVVV\VVVVV\\V,WVVV\VVVVVVVVVV* 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 
LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 


AMERIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

1^5.  — An  Introduction  lo  Algebra ,  being  thc. uni  part  oj  a 
course  nj'mathematics  adaptai  to  the  method  of  instruction  in  the 
American  collèges.  —  Introduction  à  l'Algèbre  ,  formant  la  pre- 
mière partie  d'un  cours  de  mathéma tiques  adapté  à  la  méthode 
il  instruction  en  usage  dans  les  collèges  d'Amérique-  Par  Jere- 
miah  Day,  président  du  collège  de  Yale.  Seconde  édition,  revue 
el  augmentée.  INew-Havcn ;  1820.  Howe  et  Spalding.  i  vol.  in-8°. 
Prix,  3  fr. 

17G.  —  Pursh  s  systemalic  description  of  JVorth  -  y/merican 
plants-,  etc.  — Description  systématique  des  plantesdt  lWnmique 
du  nord-  ornée  de  i\  gravures:  par  Pursh.  INevc-Haven  ,  18*20 
llowc  et  Spalding,    >  vol.  in-8°. 

1  77.  ■ —  Classes  and  onhes  oj  the  TAnnœan  System  ofbotany ,  etc. 

|  hdi •<•  et  classification  dii  système  de  Linné  ,  orné  de  24°  &ra~ 

vurers  coloriées.    New  -llaven ,    i8.*o.    Howe    et  Spalding.    3   vol 

ui-8°. 

178.  —  K  t.i  liés  systein  of.phjrsiotogical  botany  ,  etc.  —  Système 
de. botanique  physiologique  ,  orne' de  9  gravures  j  par  Keitu.  New 
en     •  »  oï.  în-cr. 

i-<).  -  Vlu  11  \i  \  s  north  lue  ne, m  sylv&t  nr  a  description  oj  thc 
forési  trees  ofthe  '  nî'tea  States,  Canada,  and  ]YodaScotia.—»To- 
réts  de  r Auir'rirjuc  septentrionale,  ou  description  *\e>  arbres  on 
ginaires  des  Etats  Unis,  du  Canada  el  déld  Pfcim  élle-Ecosse  ;  en 
six  parties;  orné, de  ■."><>  gravures j  par  Michaux.  iVw-Haven. 
i8ao.  Howe  et  Spalding.  3  vol.  in-8°. 


Mous  indiquerons,  par  un  astérisque  [*)  placé  à  éôté  du  titre 
de  chaque  ouvrage  ,  «eux  (!<•>  Livres  étrangers  ou  français  qui 

iront  dignes  d'une  attention  particulière,  et  dont  non- 
rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  des  analyses 


LIVRES  ETRANGERS.  559 

EUROPE. 

ANGLETERRE. 

180. — (*)  Principles  of  political  economy ,  etc.  —  Principes 
d'Économie  politique  conside're's  sous  le  rapport  de  let»r  applica- 
tion pratique  ;  par  le  re'vércnd  T.  R.  Malthus.  Londres ,  1820 
Colburn    r  vol.  in-8Q.  Prix,  18  shellings. 

181.  —  A.  treatise  on  the  pratical  means  of  employing  the 
poor,  etc. ,  —  Traité  sur  les  moyens  pratiques  d'employer  les 
pauvres  à  cultiver  et  à  fabriquer  les  articles  indigènes,  en  Angle- 
terre; par  William  Salisbury.  Londres,  1820.  1  vol.  in-8°.  Prix, 
2  shellings. 

182.  —  Narrative  ofajourney  into  Persia  and  résidence  at 
Téhéran,  etc.  —  Relation  d'un  voyage  en  Perse,  et  d'un  séjour  à 
Téhéran,  traduite  du  français  de  M.  Tancoigne.  Londres,  1820. 
Colburn.  1  vol.  in-8°,  orné  d'une  carte  et  d'une  gravure  coloriée. 
Prix,  12  shellings. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  visita  la  Perse,  à  la  suite  du  général 
Gardane  ,  qui  fut  envoyé  dans  la  capitale  de  ce  royaume  par  le 
gouvernement  français,  en  i8or  ,  afin  de  combattre,  à  ce  que 
l'on  supposait,  l'infiuencetoujours  croissante  des  Anglais.  Les  re- 
cherches de  M.  Tancoigne  semblent  avoir  été  dirigées  exclusive- 
ment sur  les  mœurs,  les  coutumes ,  les  lois  et  le  gouvernement 
de  la  Perse.  Il  ne  dit  rien  du  but  et  du  résultat  de  l'ambassade 
Les  quatorze  premières  lettres  contiennent  des  détails  sur  1< 
voyage  de  Constantinople  à  Téhéran,  et  la  description  du  pays 
que  l'ambassade  parcourut.  Les  trois  qui  suivent,  oiïYeut  un 
abrégé  historique  des  différentes  dynasties  persanes  ,  depuis  l'é- 
poque la  plus  reculée  de  la  monarchie,  jusqu'à  la  famille  actuel- 
lement régnante.  Les  dernières  ,  an  nombre  de  seize,  renferment 
plusieurs  anecdotes,  des  faits  et  des  observations  sur  le  climat  , 
la  population  et  le  commerce  delà  Perse,  ainsi  que  sur  les  r 
monies  religieuses  ,  les  mœurs  et  les  usages  du  peuple. 

Quoique  l'ouvrage  instructif  et  amusant  de  M.  Morier  ait  déjà 
fait  connaître  la  plupart  des  sujets  traités  dans  ces  lettres  ,  la  re- 
lation de  M.  Tancoigne  se  fait  lire  avec  plaisir,  et  contient 
quelques  remarques  neuves  et  piquantes  sur  une  nation  qui  pa- 
raît destinée  à  répandre?  d;ms  tout  l'Orient  les  semences  des  con- 
naissances et  de  la  civilisation  européenne.  L.  S. 


56o  LIVRES  ETRANGERS. 

i83.  —  Travels  in  various  countries  of  the  Hast}  etc.  — 
Voyages  en  différons  pays  de  l'Orient  ;  faisant  suite  aux  Mé- 
moires relatifs  à  la  Turquie  asiatique  et  européenne;  contenant 

les  derniers  voyages  de  M.  Brownc,  etc Publiés  par  Robert 

Wai.poi.e,  avec  gravures.  Londres,  1820.  Colburn.  2  vol.  in-4°. 
Prix,  3  shellings. 

184.  —  Letters  Jrom  Palestine;  descriptive  of  a  tour  throu-gh 
(jallilee  and  Judœa,  etc.  —  Lettres  écrites  de  la  Palestine  ,  ou 
Récit  d'un  voyage  en  Galilée  et  en  Judée ,  renfermant  quelques 
détails  sur  la  mer  Morte,  et  sur  l'état  actuel  de  Jérusalem.  Par 
E.-R.  Joixiffe.  Londres ,  1819.  Black.  1  vol.  in  8°,  269  pages. 
Prix,  12  shellings,  cartonné. 

Cet  ouvrage  renferme  peu  de  réflexions  profondes;  mais  il  est 
agréablement  écrit ,  et  propre  à  servir  de  guide  aux  voyageurs 
qui  vont  visiter  celte  terre  riche  en  miracles  et  en  traditions. 
M.  Jollifié  a  parcouru  la  Palestine  ,  le  livre  des  saintes  écritures  à 
la  main ,  et  il  exhorte  ceux  qui  le  suivront  à  faire  de  même.  Cette 
manière  de  voir  les  lieux  consacrés  par  de  grands  souvenirs  est 
favorable  à  l'imagination,  mais  nuit  quelquefois  à  l'exactitude  du 
narrateur.  Les  détails  concernant  la  mer  Morte  ,  la  nature  de  ses 
eaux  ,  la  désolation  «le  ses  rives,  sont  pleins  d'intérêt.  Si  les 
Turcs  permettaient  la  navigation  sur  cette  mer,  il  n'est  pas  dou- 
I  ru  \  qu'on  y  ferait  de  curieuses  découvertes.  Peut-être  y  trouverait- 
on  quelques  vestiges  des  villes  coupables.  Plusieurs  habitans  du 
pays  ont  assuré  à  l'auteur  qu'à  certaines  époques  de  l'année,  l'eau 
baissait  considérablement,  et  laissait  apercevoir  un  peu  au-dessus 
•  le  sa  surface  des  colonnes  brisées  et  d'autres  débris  d'architec- 
ture j  mais  il  n'ose  ajouter  foi  à  ce  rapport,  qui  n'est  confirme 
par  aucun  témoignage  authentique.  Strabon  compte  jusqu'à  treize 
villes  qui  furent  englouties  dans  le  lac  Asphaltite.  La  Genèse  no 
fait  mention  que  de  cinq,  et  ne  cite  que  Sodomc  et  Gomorrhe 
comme  étant  particulièrement  l'objet  de  la  vengeance  du  Très 
Haut.  Ce  voyage  se  fait  lire  avec  plaisir  ,  même  après  V Itinéraire 
île  M.  «le  Chateaubriand  et  l'intéressant  voyage  de  M.  de  Forbin  : 
c'est  dire  aan  /  an  sa  laveur.  L.  S. 

1 85.  —  (*)  An  account  of  the  principalilies  oj  JPmUachia  and 
Mnldai'ia  .  with    Tarions  potitiral  observations   rclating  to   tlirni 

By  /f'i/fiam   Wilkïtisow,  esq    .  Ute.  Britiah  consul  résident  at 


LIVRES  ÉTRANGERS.  56i 

Bukarest.  London,  1820,  Longman,  Paternoster  Row. — Mé- 
moires sur  les  principautés  de  Valachie  et  de  Moldavie ,  conte- 
nant plusieurs  considérations  politiques  y  relatives.  Par  IVilliam 
Wilkinson,  esq. ,  ancien  consul  anglais  à  la  résidence  de  Buka- 
rest. Londres,  1820.  Longman,  Pater  noster  Row.  1  vol.  in-8° 
de  294  pages. 

186.  —  Travels  of  Cosmo  the  third  grand -duke  of  Tuscany 
through  a  large  part  of  England ,  in  the  reign  of  Charles  the  se- 
cond and  in  the  year  1669.  London,  1819.  1  vol.  in-4°-  — 
Voyage  de  Cosme  III,  grand-duc  de  Toscane  ,  dans  une  grande 
partie  de  l'Angleterre  ,  sous  le  règne  de  Charles  II  et  dans  Tannée 
1Ô69;  traduit  de  l'italien  du  manuscrit  original  conservé  dans  la 
bibliothèque  Laurentine  à  Florence ,  orné  de  plusieurs  vues  de 
Londres  ,  de  villes  de  province  et  de  maisons  de  campagne,  des- 
sinées par  les  artistes  qui  accompagnaient  le  prince.  Londres  , 
1  vol.  in-4°,  1819. 

On  connaissait  depuis  long-tems  l'existence  de  ce  manuscrit 
dans  la  bibliothèque  Laurentine  de  Florence  •  mais ,  depuis  la 
dernière  paix,  il  était  devenu  l'objet  particulier  delà  curiosité  des 
voyageurs  anglais.  Ceux  d'entre  eux  à  qui  un  long  séjour  a  permis 
de  lire  et  d'examiner  les  deux  gros  volumes  in-folio  qui  le  conte- 
naient, ont  jugé  que  sa  traduction  et  sa  publication  ne  pouvaient 
manquer  d'intéresser  le  public  anglais,  et  c'est  à  leur  zèle  que 
nous  en  devons  la  connaissance. 

Cosme  III  était  accompagné,  dans  son  voyage,  du  comte  Lo- 
renzo  Magaloti ,  célèbre  alors  en  Italie  par  sa  vaste  érudition  et 
son  goût  pour  la  littérature.  Il  paraît  même  que  sa  réputation  l'a- 
vait précédé  en  Angleterre  ;  car  à  peine  y  fut -il  arrivé,  que  lord 
Somers  et  Isaac  INewton  s'empressèrent  de  faire  connaissance 
avec  lui,  et  en  furent  si  charmés,  qu'ils  se  firent  un  plaisir  dVn- 
tretenir  correspondance  avec  lui  long-tems  après  son  déport. 
C'est  ce  comte  Magaloti  qui  est  l'auteur  du  manuscrit.  11  tenait 
un  journal  régulier  des  occupations  du  prince  ,  des  lieux  qu'il  vi- 
sitait, des  personnes  qu'il  voyait  j  et,  d'après  les  curieuses  oh  H  1 
vations  qu'on  y  trouve  sur  le  roi,  les  personnes  et  les  èvénemens 
du  tems,  ilcstàregretterqu'ilne  soit  pas  entrédansde  plus  grands 
détails.  Ceux  qu'il  donne  ne  se  trouvent  dans  aucun  autre  ou- 
vrage ,  et  nous  font  assez  bien  connaître  les  mœurs  et  les  usages 


56-  LIVRES  ÉTRANGERS 

de  la  cour  et  de  la  ville,  et  l'histoire  de  l'Angleterre  à  cette 
époque.  Cosrae  garcia  le  plus  strict  incognito  pendant  son  séjour  5 
c'était  le  de'sir  de  connaître  le  peuple  anglais,  la  cour  et  le  prince, 
qui  lavait  conduit  en  Angleterre.  L'étiquette  eût  mis  des  en- 
traves à  la  liberté  de  ses  observations.  11  eut  plusieurs  entretiens 
familiers  avec  Charles  second,  particulièrement  à  JVew-Marfirt, 
où  ce  monarque  se  trouva  sans  suite  et  sans  garde  comme  un 
simple  particulier. 

Les  vues  qui  accompagnent  cet  ouvrage  sont  supérieurement 
dessinées-  et  comme  les  lieux  et  les  objets  qu'elles  représentent 
ont  subi  avec  le  tems  de  grands  changemens ,  elles  sont ,  pour 
cette  raison,  un.  objet  de  curiosité,  el  autant  de  monumens  d'an- 
tiquités topographiques  inléressans  pour  l'Angleterre.  L.  S. 

187.  —  Philosophical lÀbrary ,  ediled  by  Josephus  Tel  A.  — The 
lifi:  and  morals  of  Confucius  and  Epicurus.  —  Alondity  nj'  the 
East  ,  — political  mischiej's  oj  Popery ,  relias  oj  the  church  <j 
Home.  —  Moni/ity  nj  the  JVew  Testament.  —  Bibliothèque  phi- 
losophique, rédigée  par  Joseph  Tel",  ?.e  édition.  Londres,  181 8. 
in-S°;  3  vol. — -Iai  /yie  et  fa  morale  de  Cnnjucius  et  d'Efticttfié ; 
irr  vol.  ,  .'!  ',7  pages.  — .  F,a  Morale  de  /'(  hient .  T Influence  politique 
du  papisme  ,  •>.<■  vol.  ,  .'W>  pages. — l.a  A/orale  de  V •Evartgilè  ,  3C  vol. 

33o  pagi 

L'éditeur  de  Dette  collection  philosophique  paraît  avoir  conçu 
le  dessein  de  réimprimer  les  traites  les  plus  célèbres  suides  sujets 
de  morale  et  de  religion  des  wir  el  \  vue  siècles.  Quoique  l'utilité 

b'un  tel  recueil  puisse,  jusqu'à  un  certain  point  ,  être  contestée  , 
nous  nous  empressons  de  leconnaîlre  que  l'éditeur  mérite  de 
grands  éloges  ,  pour  le  choix  des  ouvrages  et  pour  le>  principes 
qu'il  veut  suivre  dans  la  vaste  exécution  de  son  plan.  Il  se  déclare 
l'ami  de  toute  secle  religieuse  ,  pourvu  que  on  esprit  ne  soit  ni 
exclusif ',  ni  minier  int . 

Le  premier  volume  contient  un  exposé  de  la  morale  de  (.'onfii- 
cius  ,  d'après  un  ouvrage  publié  en  i(*)i  ,  cl  oll're  un  tableau  com- 
plet de  la  vie  et  dis  opinions  de  ce  célèbre  philosophe.  Quoique 
l'on   soil  revenu  de  toutes  les  erreurs  sur   la  (mine,   quoique    l'on 

<>it  convaincu  qu'il  v  a  beaucoup  à  rabattre  des  récits  de  quelques 
voyageur»  >ur  celle  grand'-  nation,  qui  ne  gagne  pa-~à«lre  \  ne 
de  près,  l'éditeur  adopte  Jes  anciennes  notions   sur  la   perfection 


LIVRES  ETRANGERS.  563 

des  lois  du  céleste  empire.  11  a  oublie  de  rapporter  un  fait  ,  ga- 
ranti par  Marohman,  et  qui  donne  une  juste  idée  de  la  stabilité1 
des  institutions  et  de  la  langue  des  Chinois  •  c'est  que  les  traite's 
de  Confucius,  composes  long-tems  avant  noire  ère,  sont  aujour- 
d'hui lus  par  les  Clùnois,  précisément  comme  ils  ont  été  écrits,  il 
y  a  au  moins  deux  mille  ans. 

Ce  premier  volume  renferme  aussi  un  essai  sur  la  vie  et  la  mo- 
rale d'Epicure,  publie  par  Digby  (1712).  L'auteur  s'est  principa- 
lement attache  à  faire  ressortir  la  beauté'  des  idées  philosophiques 
du  moraliste  grec,  ses  opinions  sur  l'immortalité  de  l'aine,  et  la 
sagesse,  la  tempérance  de  ses  mœurs,  qui ,  suivant  Digby  ,  n'a- 
vaient rien  d'épicurien.  Le  volume  est  terminé  par  la  défense 
d'Epicure,  de  St.-Evremont.  On  sait  qu'il  y  expose  les  principes 
des  hommes  célèbres  parmi  les  anciens  qui  ont  adopté  le  système 
d'Epicure,  et  qu'il  fait  une  éloquente  description  de  la  mort  cou- 
rageuse de  Pétrone  et  de  celle  de  Sénèque. 

On  remarque,  dans  le  second  volume,  un  exposé  de  la  morale 
du  Coran,  précédé  d'une  vie  de  Mahomet,  d'après  un  ouvrage 
publié  en  1766.  Des  notes  de  tient,  de  Bazin,  et  de  l'éditeur  lui- 
même  sont  jointes  à  cet  exposé.  Le  reste  du  volume  renferme  des 
traités  sur  les  dogmes  et  les  principes  de  la  religion  catholique  , 
adressés  aux  catholiques  d'Irlande-  l'Eglise  romaine  n'est  pas 
ménagée  dans  la  traduction  d'un  ouvrage  imprimé  en  1698,  et  dé- 
dié à  la  chambre  des  communes  d'Angleterre  ,  par  Souligne,  petit- 
fils  du  célèbre  Duplessis-Mornay.  Le  volume  est  terminé  par  la 
réimpression  dune  pièce  assez  curieuse,  de  1752  ,  écrite  de  Rome 
par  une  personne  de  qualité.  Quoique  l'éditeur  ne  doute  pas 
qu'elle  ne  soit  authentique,  cependant,  nous  avons  quelque; 
doutes  de  la  vérité  des  faits  exposés  dans  ce  pamphlet  pseudo- 
nyme. S'il  fallait  les  croire,  il  y  aurait  eu  à  Rome,  dans  Tan 
née  [753,  un  grand  besoin  d'argent,  et  le  pape  attrait  ordonne:  la 
vente  à  l'encan  de  toutes  les  reliques  renfermées  dans  le  château 
St. -Ange  ,  que,  pendant  des  siècles,  la  piété  dés  fidèles  y  avait 
accumulées.  Suit  une  énorme  liste  de  reliques,  à  laquelle  non- 
ne pensons  pas  que  l'imagination  la  plus  féconde  put  rien  ;qou- 
ter.  11  se  trouve  souvent  que  la  même  relique  est  répétée  ju8qu  .« 
deux  et  même  dix  fois-  alors,  un  é<  rite. m  prévient  l'aelieteur  dt 
bien  choisir    et  de  ne  prendre  que  U  v  1  >"■  :  Caveai  emptor 


564  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Le  troisième  volume  s'adresse  particulièrement  aux  déistes  et  aux 
rationalistes  ;  il  est  consacré  à  défendre  la  révélation,  en  l'appuyant 
principalement  sur  la  morale  de  l'Evangile.  On  y  trouve  des  remar- 
ques extraites  des  ouvrages  de  Locke,  Warburton,  Leland ,  etc. 
En  général,  cette  collection  est  rédigée  avec  soin,  et  la  variété 
des  sujets  qui  y  sont  traités  la  fera  lire  avec  intérêt.  D'ailleurs , 
c'est  une  idée  assez  heui'euse  que  celle  de  faire  reparaître  les 
vieux  écrits  philosophiques  ;  il  est  curieux  de  comparer  les  pro- 
ductions libérales  des  tems  anciens  avec  les  œuvres  de  quelques 
obscurans  du  dix-fieuviéme  siècle.  C.  Coquerel. 

188.  —  Studies  ofthe  Historié  Muse,  etc. —  Etude  de  la  Musc 
de  l'Hist  oire ,  par  l'auteur  d'un  Aperçu  général  des  paysages  de  la 
Suisse;  des  Lettres  de  Yorick ,  etc.,  etc.  Dublin,  1820-  1  vol. 
in-4°- 

Sous  ce  titre  assez  vague  ,  un  auteur,  qui  ne  devrait  pas  gar- 
der l'anonyme ,  vient  d'offrir  au  public  une  suite  d'essais  origi- 
naux fort  intéressans.  On  reconnaît  dans  cette  production  l'œuvre 
d'un  homme  éclairé ,  instruit ,  doué  d'une  pénétration  rare ,  et 
qui  s'est  occupé  de  former  l'esprit  des  jeunes  gens  à  la  réflexion, 
et  à  un  examen  critique  fondé  sur  le  raisonnement.  Les  sujets 
qu'il  a  d'abord    traités,  sont  :    i°  un  exposé  de  la  Morale  de 
F  Histoire,  avec  des  remarques  sur  les  époques  principales  avant 
et  depuis  l'ère  chrétienne;  a0  l'usage  et  l'utilité  des  connaissances 
historiques  dans  tout  ce  qtii  tient  aux  arts ,  démontré  par  un  essai 
sur  l'origine  de  l'architecture  gothique.  L'auteur  passe  en  revue, 
dans  ce  traité,  les  théories  et  les  systèmes  les  plus  populaires  qui 
ont  été  publiés  ,  et.  en  propose  un  nouveau  créé  par  lui,  qu'il  ap- 
pelle «  le  système  historique.  » — Son  troisième  chapitre  est  con- 
sacré à  expliquer  et  à  développer  l'influence  et  l'étendue  de  ce 
qu'il  nomme  «  les  relations  historiques  dans  la  découverte  et  la. 
classification  des  connaissances  humaines. » — On  trouve, à  l'appui 
de  ces  raisonnement ,   une  carte,  ou  tableau  des  connaissances 
humaines,  dressé   d'après   leurs   rapports   avec  l'histoire.    Celte 
carte,  OU  tableau,  comprend  une  analyse  du  plan  de  l'auteur  et 
de  son  ouvrage,  et  une  série  systématique  :   i°  de  l'acoustique, 
ou  science  des  sons;  20  de  la  morale,  ou  de  la   philosophie  ,  qui 
traite  dea  vertus  el  deavicea;  3°  de  la  logique:  4W  des  mathéma- 
tiques j  5°  de  la  physique  ,  ou  de  l'histoire  naturelle }  6°  de  la  po- 


LIVRES  ÉTRANGERS.  565 

ii  tique ,  renfermant  la  statistique  et  l'économie  politique  •  70  de  la 
critique. 

L'auteur  donne  des  définitions  brèves,  mais  claires  et  précises, 
de  chacune  de  ces  connaissances.  Quoiqu'elles  aient  toutes  été', 
ensemble  ou  se'pare'ment,  l'objet  des  recherches  et  de  l'analyse 
critique  des  savans  et  des  philosophes ,  nous  connaissons  peu 
d'ouvrages  qui  les  rangent  sous  un  point  de  vue  aussi  précis  et 
aussi  lumineux.  L'auteur  les  montre  comme  nécessairement  liées 
les  unes  aux  autres,  parties  intégrales  d'un  tout  qu'il  devient  facile 
de  parcourir,  en  suivant  la  chaîne  de  leurs  rapports  raisonnes  et- 
de  leurs  conséquences.  L.  S. 

189.  —  An  Essay  on  Spanish  Literature  ,  etc.  —  Essai  sur  la 
Littérature  espagnole  ,  comprenant  son  histoire  depuis  son  ori- 
gine ,  dans  le  xne  siècle ,  jusqu'à  nos  jours  ;  des  notices  sur  les 
meilleurs auteursen  tout  genre  ;  quelques  remarques  critiques;  une 
revue  de  l'art  dramatique  en  Espagne-,  et  des  citations  tirées  des 
écrivains  qui  se  sont  distingués  endifTérens  siècles  5  par  A.  Anaya. 
Londres,  1820.  Boosey  ,  Broad  strect.  Un  vol.  in-12.  Prix, 
5  shellings  ,  cartonné. 

Cet  ouvrage  ne  tient  pas  tout  ce  que  le  titre  semble  pro- 
mettre ;  cependant,  il  donne  une  idée  assez  juste  de  la  littérature 
espagnole  en  général.  Il  serait  à  souhaiter  que  l'auteur  n'eût 
pas  resserré  son  sujet  dans  un  cadre  aussi  étroit. 

190.  — Eastern  Sketchcs.  —  Esquisses  orientales  en  vers;  par 
Henri  Gallj  Knight;  seconde  édition  ,  1819.  Londres,  207  pages. 

M.  Gally  Knight  est  à  la  fois  voyageur  et  poète;  il  cherche  à 
instruire  en  amusant.  La  poésie  lui  sert  à  faire  connaître  à  ses  lec- 
teurs tout  ce  qui  a  fixé  plus  particulièrement  son  attention  dans 
les  mœurs  et  les  usages  des  divers  pays  qu'il  a  parcourus.  Ces 
pays  sont  la  Grèce,  la  Syrie  et  l'Arabie,  où  son  imagination  efc 
son  esprit  observateur  trouvent  à  faire  de  riches  moissons.  L'au- 
teur a  choisi  pour  cadres,  des  contes  qui  sont  tous  tondes  sur  des 
faits  dont  il  a  été  témoin  oculaire.  Son  style  est  élégant  et  facile  ; 
il  brille  surtout  dans  la  partie  descriptive. 

L.  S. 
POLOGNE. 

191.  —  Théorie  île  la  Chimie  agricole  et  Histoire  de  l'Agrono- 
mie ,  par  M ic he f  Oczapow ski.  Wilna,  1819;  iu  ,S", 


5«;  LIVRES  ETRANGERS- 

192.  —  Injluencc  de  C  Electricité  sur  l'Economie  animale,  ou 
Théorie  des  expériences  et  observations  médicales  d* Etienne 
Stdcielewicz.  Wilna,  1819;  in-8°. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  est  mort,  il  y  a  six  ans.  Ses  œuvres 
seront  publiées  par  M.  l'abbé  Sieradzki,  traducteur  en  langue  po- 
lonaise de  la  Physique  de  M.  Biot,  et  de  l'Algèbre  de  M.  La 
Croix. 

193.  — Eeriœ  p^arsavienses ,  sive  quae  vacans  ab  academicis  lec 
tionibus  scribebat,  menseaugusto  mdci  exix  ,  Scbastianus  Ciampi, 
doctor   philosophiœ ,    in   R.   varsavensi   litterarum  l  niversit.iti 
philologiœ    professor,     etc.,    etc.,     etc.     \  arsaviae   excudebat 
N.  Glùcksberg,  1819;  in-j",  pag.  27,  tig. 

INous  avons  annoncé,  Tannée  dernière,  un  premier  cahier,  sous 
le  même  titre  que  celui-ci  (Tom.  1(1 ,  pag.  4°3).  Ces  deux  opus- 
cules sont  les  fruits  des  loisirs  d'un  savant  philologue,  qui  con- 
sacre à  de  doctes  écrits  le  peu  de  tei^B-qu  il  dérobe  à  l'instruction 
publique. 

Les  Fériés  de  1819  contiennent  deux  Mémoires  :  le  premier  est 
la  description  et  l'explication  d'un  sabre,  que  nous  n'appellerons 
pas  antique,  comme  le  porte  inexactement  l'inscription  «le  la 
planche,  où  il  est  représenté  ,  tuais  ancien.  Ce  sabre  .1  été  trouvé 
entre  Belgrade  et  Rusz*czuk  en  Servie  ,  par  INT.  le  prince  De  La- 
banofF,  qui  le  conserve  dans  son  cabinet.  M.  Ciampi  prouve  très 
bien  qu'il  a  dû  appartenir  à  un  membre  de  quelque  ordre  militaire, 
qui  en  aura  fait  usage  pour  guerroyer  contre  les  Turcs.  L  autrui 
rétablitet  explique  très  ingénieusement  les  inscriptions  qui  y  sont 
gravées.  Une  sculemepaïaît  nepoint  appartenu  à  la  langue  latine, 
mais  plutôt  à  l'argot  de  quelque  association  mystérieuse.  Aucune 
désinence,  aucune  forme  de  mots,  ne  semble  autorise!  I'  licence 
un  peu  hardie  1   quoique  d'ailleurs  très  ingénieuse,   au  moyen 

de  laquelle  noire  philologue  pari  ient  à  en  faire  une  ligne  de  latin 
Le  dessin  des  figures  et  des  orueniiuis  parait  indiquer  cette  épo- 

que  du  bas-empire  ,  où  les  arts  dégénérés  participaient  à  la  fois  de 

la  manière  antique  et  du  genre  gothique.  Le  contour  des  figure; 
esl  à  peu   près  correctj  mais  leur  disposition  et  Les  ornemensqui 
les  accompagnent  sont  d'assez  mauvais  goût  .  autant .  du  moins 
qu'il  est  permis  d'en  juger, d'après  une  planche  lithograpbiée  à  \  ai 
sovie ,  mais  qui,  pour  la  pureté  et  la  fermeté  du  trait  .  n'esi  point 


LIVRES  ÉTRANGERS.  567 

inférieure  aux  lithographies  françaises.  Du  reste,  comine* cette 
arme  ne  porte  ni  nom  propre,  ni  date,  son  illustration  ne  peut 
être  que  d'une  utilité  bornée. 

Le  second  morceau  qu'on  trouve  dans  cette  brochure,  c'est  la 
traduction  en  italien  d'un  fragment  (  chap.  10,  liv.  V)  de  la 
Description  de  la  Grèce  de  Pausanias,  avec  des  notes.  (Test 
comme  un  échantillon  de  la  traduction  complète  de  cet  auteur,  si 
important  pour  l'histoire  des  arts  chez  les  anciens,  que  M.  Cianipi 
prépare  depuis  long-tems,  et  qui  ne  peut  manquer  de  lui  faire 
le  plus  grand  honneur.  Les  notes,  savantes  et  très  étendues , 
traitent  de  deux  objets  principaux  ,  savoir  :  de  la  province  c/'O- 
lympie ,  qu'on  avait  généralement ,  jusqu'à  ce  jour  ,  considérée 
comme  une  ville,  et  qui  a  été  comme  retrouvée,  presque  et* 
même  tems,  par  la  sagacité  de  deux  savans  distingués,  MM.  Gail 
et  Ciampi ,  qui ,  sans  avoir  communiqué  entre  eux,  ont  publié,  à 
de  grandes  distances,  des  observations  semblables,  et  dont 
l'analogie  spontanée  corrobore  la  vraisemblance.  Le  second  sujet, 
qui  se  trouve  traité  longuement  dans  les  notes  de  M.  Ciampi . 
c'est  la  description  du  temple  et  de  la  statue  de  Jupiter  Olym- 
pien, qui  a  fourni  le  sujet  du  savant  ouvrage  de  M.  Quatremère 
de  Quincy,  dont  notre  auteur  adopte  ou  discute   les  opinions . 

A.  M. 

ALLEMAGNE. 

19^.  —  Technologïsches  Lexicon.  —  Dictionnaire   technolo- 
gique, ou  description  détaillée  de  tous  les  arts  mécaniques,  de 
tous  les  métiers,   manufactures,   fabriques,  etc.;  par  J.  H.   M. 
Poppe.  5  vol.  in-8°.  Prix,   60  fr.   Librairie  de  Cotta  ,    à  Stutt 
gart.    1820. 

Jl  n'existe  peut-être  pas,  dans  tout  autre  pays,  d'ouvrage  plus 
completsur  la  technologie,  que  ce  dictionnaire  ,  qui  peut  servir  de 
manuel  à  la  classe  nombreuse  et  intéressante  des  personnes  qu'oc- 
cupentlesarts  mécaniques.  11  n'y  a  guère  d'article  ,  dans  tout  l'ou- 
vrage, quinedonne  des  renseignemens  satisfaisans  surle  sujetqu'il 
traite,  et  l'on  s'étonne  de  l'entreprise  colossale  de  l'auteur  qui, 
seul,  a  exploité  un  champ  si  vaste  et  si  varié. 

iq5.  —  Sercna,    die   Jutigjrau,    nach    ihrem   Kùitrilte  in   die 
IVelt.  —  Screna,  ou  la  jeune  vierge,,  après  son  entrée  daus  le 
TOME  VI.  39 


566.  LIVRES  ETRANGERS. 

inoiidi'  ;  par  G.   Friedrich,    pasteur  à  Francfort,    i   vol.    in-8°, 
u3o  pag.   Prix,  4 itk  5o  cent,   irantfort,    chez  Sauerlànder. 

La  littérature  allemande  est  très  riche  m  li\  resde  moral»-  et  de 
religion,  destinas  à  former  le  cœur  de  l.i  jeunesse;  cependant 
l'ouvrage  que  nous  annonçons,  est  unique  dans  son  genre:  ce 
n'est  pas  un  coins  gênerai  de  morale  ,  «/est  un  complément  de 
1  instruction  préparatoire  que  ,  dans  l^gli&e  prouvante  ,  les  jeu- 
ne- SfiW  reçoivent,  jusqu'à  quinze  ou  seize  ans,  a\ant  la  confir- 
mation, c'est-à-dire,  avant  d'être  reçus  membres  de  la  commu- 
nauté, et  d'être  admis  à  la  sainte  cène.  L'auteur,  après  avoir 
démontre  pourquoi  l'éducation  de  la  femme  doit  nécessairement 
avoir  une  base  religieuse  bien  solide  ,  y  fait  connaître  aux  jeunes 
demoiselles  leur  destination  dans  la  vie  sociale  •  il  leur  peint,  sous 
les  couleurs  les  plus  vives,  le  bonheur  de  la  femme  dont  le  cœur 
conserve  toujours  sa  pureté  et  sa  sérénité  primitives.  11  expose, 
d'un  autre  coté,  l'infortune  de  celle  qui  sécajtc  de  sou  devoir.  Il 
indique  les  moyens  de  prévenir  ce  malheur,  et  trace  un  tableau 
charmant  de  la  vie  domestique.  11  parle  ensuite  des  connaissances 
que  la  femme  y  doit  apporter,  des  qualités  du  cœur  et  de  l'esprit 
qu'elle  doit  principalement  cultiver,  des  devoirs  qu'elle  aura  a 
remplir,  etc.  Tous  ces  préceptes  sout  étavés  d'obseï  \  ations  f 
puisées  dans  l'expérience  de  l'auteur  lui-même.  Son  style  est  no- 
ble et  énergique;  et  ,  comme  il  écrit  avec  beaucoup  d'onction  , 
il  s'empare  aisément  du  cœur  des  jeunes  personnes,  dont  aucune 
ne  lira  cet  ouvrage  sans  en  retirer  beaucoup  de  fruit. 

iç)6. —  Dos  Schfoss  tttariehburg. — Le  château  de  Marienbourg, 
dans  la  Prusse  occidentale.  Tableau  historique.  1  vol.  in-b°. 
1819,  Christiani,  à  Berlin. 

Les  amis  de  l'histoire  et  des  antiquités  germaniques  ne  sau- 
raient lire  sans  intérêt  la  description  du  ch.Heau  de  Marienbourg 
sur  la  Vistule,  ancien  siège  de  l'ordre  Tcutomque.  L'auteur  auo 
nyme  a  dédié  son  opuscule  au  président  de  Sehon  ,  à  Dant/.ick, 
administrateur  éclaire',  à  qui  plusieurs  familles  allemandes,  dont 
les  ayeux  reposent  dans  ce  monument  anliqiu* ,  son*  redevables 
de  son  rétablissement.  Depuis  nombre  d'années  il  était  tombé  en 
ruines.  Une  partie  du  château  servait  de  magasin  militaire,  et 
c'est  cette  partie  (pie.  depuis  deux  ans,  on  a  commence  à  réparer  , 
pour  conserver  le  souvenir  d'unedes  plus  brillantes  institutions 
du  teins  des  croisades 


LIVRES  ÉTRANGERS.  56V) 

197. —  Dzieie  Kmleslwa  PoLskiego ,  etc. —  Histoire  du  royaume 
de  Pologne,  par  Samuel  Bandtkie.  Rieslaw,  1820.  in-8°  ,  t.  1  et 
11,  deuxième  édit.  revue  et  augmentée  par  l'auteur. 

198. — Chronik  des  neunzchntenJ  ahrhuiulerls. —  Chronique  du 
dix-neuvième  siècle,  par  Charles  Venturim.  Vol.  xme,  in-8°. 
8G>  pages.  Prix,  12  fr.  Altona ,  chez  Hammerieh.  18(9. 

Cet  ouvrage  offre  une  esquisse  intéressante  de  tous  les  événe- 
mens  dignes  de  remarque  du  siècle  actuel.  L'ordre  pariait 
dans  lequel  ils  sont  exposes  ,  en  facilite  la  recherche.  L'au- 
teur a  fait  précéder  chaque  volume  d'un  aperçu  générait.  On 
pourrait  désirer  qu'il  se  fût  contenté  ,  dans  le  reste  de  l'ouvrage, 
de  citer  simplement  les  faits  ,  sans  y  ajouter  des  observations ,  ou 
sans  leur  donner  la  couleur  de  son  opinion  individuelle.  Quelque- 
fois aussi  il  s'appuie  sur  des  autorités  qui  ne  nous  paraissent  pas 
bien  solides.  Le  treizième  volume,  que  nous  avons  sous  les  yeux, 
contient  les  événemens  de  1816. 

199. — Kolzebue ,  Deutslan.il  itntl  Hu.sslantl.  —  Kotzebuë  ,  l'Al- 
lemagne et  la  Russie,  par  F.  Schott.  1^4  pages  in-b°.  Leipsick. 
et  Mersebourg ,  chez  Klein.  18*20. 

Le  mérite  de  Kotzebuë  ,  comme  homme  et  comme  littérateur  , 
a  été ,  depuis  la  fin  tragique  de  cet  auteur  fécond,  le  sujet  de 
bien  tles  écrits  de  toute  espèce,  qui  ont  paru  en  Allemagne  ; 
mais,  comme  tous  ceux  qui  sont  parvenus  à  notre  connaissance, 
paraissent  avoir  été  dictés  par  une  grande  animosité,  nous 
n'en  avons  guère  parlé.  M.  .Schott  est  plus  modéré  que  ses 
devanciers  j  au  moins  ne  dénigre-t-il  pas  le  talent,  de  Kotzebuë, 
comme  auteur  dramatique,  ou  en  général  comme  littérateur. 
Certes,  l'auteur  de  plus  de  deux  cents  pièces  de  théâtre  ne  pou- 
vait pas  exceller  dans  ses  compositions  ,  et  M.  Schott  ne  se 
trompe  point,  quand  il  attribue  cette  imperfection  précisément 
à  la  grande  facilité  d'écrire,  qu'aucun  auteur  ail ••mand  n  a  pos- 
sédée à  un  si  haut  degré  que  M.  KotzeboèV,  et  dont  il  a  trop  abusé. 
On  cherche  en  vain  dans  ses  Ouvragea  l'originalité,  la  profondeur 
ctmeme  un  grand  élan  d'imagination.  On  n'y  remarque  guérefl  <le 
caractère  saillant.  Mais  tout  ce  que  M.  Kotzebuë  a  publie  ,  se  dit» 
tingue  par  une  diction  claire,  par  un  intérêt  soutenu;  et  son  talent 
agréable  ne  saurait  être  cohteel ■'■  a\.  «  justice.  Il  n'en  est  pas  rie 
même  de  M.  Kotzebuë,  comme  publicislo  ou  connue  h  mime  po* 

:-0- 


57o  LIVRES  ÉTRANGERS. 

litique,  et  c'est  sur  ce  terrain  que  M.  Schott  le  combat  victorieu- 
sement. Quant  aux  vues  Je  M.  Schott,  relativement  à  la  posi- 
tion réciproque  de  l'Allemagne  et  de  la  Russie,  on  pourrait 
l'accuser  d'une  trop  grande  partialité  pour  son  paya  natal.  Tout 
homme  doit  sans  doute  aimer  sa  nation  ;  mais  toutes  les  conve- 
nances ,  même  celles  du  goût,  interdisent  des  louanges  outrées, 
surtout  quand  elles  sont  données  aux  dépens  des  autres  nations. 
200.  —  Baustiicke. — Matériaux  de  construction  à  l'usage  des 
Francs-Maçons,  particulièrement  des  frères  de  l'ordre  e'clectiquc, 
parle  baron  Je  Wedekikd.  i  vol.  in-8°,  35o  pages.  Giessen, 
chez  Heyer ,  1820.  Prix  ,  5  fr.  10  cent. 

Le  but  moral  de  la  Franc-Maçonnerie  s'est  conservé  sans 
alliage  dans  la  majeure  partie  des  loges  allemandes  ,  dont 
les  travaux  tendent  au  perfectionnement  de  l'espèce  hu- 
maine, aux  progrès  de  la  civilisation  et  au  bonheur  général. 
En  même  tems,  la  littérature  allemande  offre  une  grande  richesse 
en  fait  d'ouvrages  qui  se  rapportent  à  cette  société  secrète  et 
renferment  les  plus  nobles  principes,  souvent  exprimés  avec  beau- 
coup d'éloquence.  De  ce  nombre  est  l'ouvrage  que  M.  de  Wede- 
kind  vient  de  faire  paraître  ,  et  qui  contient  divers  discours 
prononcés  par  l'auteur  dans  les  loges  de  Francfort,  de  Darms- 
tadt  et  de  Worms.  Ils  sont  accompagnés  de  notes  critiques,  his- 
toriques et  philosophiques. 

201. — Athalja,  ein  Trauerspiel.  —  Athalie  ,  tragédie  en  cinq 
actes  ,  imitée  de  Racine ,  en  vers  métriques ,  par  Charles  Dielitz. 
1  vol.  in-8Q  de  i5o  pages.  Berlin,  chez  IMicolai.  1819. 

Ce  que  le  célèbre  Schiller  a  fait  pour  Phèdre ,  l'auteur  de  l'ou- 
vrage que  nous  annonçons  l'a  voulu  faire  pour  Athalie  ;  mais,  le 
pi  emier  ,  en  suivant  vers  par  vers  son  immortel  original ,  a  pro- 
duit lui-même  un  chef-d'œuvre  ,  et  il  s'en  faut  de  beaucoup  que  le» 
vers  de  M.  Dielitz  soient  aussi  harmonieux  que  ceux  de  l'autcui 
de  Marie  Stuart,  de  Jeanne  d'Arc,  etc.  La  Phèdre  de  Schiller  a 
été  représentée  sur  les  premiers  théâtres  de  l'Allemagne  avec  un 
«ueeèfl  digne  de  l'original  et  de  la  traduction,  tandis  que  l'Atlia- 
U«  d<'  M.  Dielitz,  quels  que  soient  les  efforts  que  l'auteur  ait  faits 
pour  rendre  son  imitation  conforme  au  goût  allemand,  n'aura 
probablement  jamais  l'honneur  d'être  représentée  rar  aucun 
théâtre.  D'ailleurs,  il  existait  déjà  quatre  traductions  allemande." 


LIVRES  ÉTRANGERS.  57i 

d'Athalie.  Celle  de  feu  Cramer,  ancien  professeur  de  l'Université' 
de  Kiel ,  inspira  au  compositeur  Schulz  de  Lunebourg  ,  maître 
de  la  chapelle  du  roi  de  Danemarck,  ces  chœurs  sublimes  qui  ont 
fait  si  long-tems  les  délices  des  habitans  de  Hambourg,  et  qu'il 
est  à  regretter  de  voir  si  peu  connus  à  Paris. 

202.  —  U  ngvnrnémeti  Toth  Laszlo  Gorog  T^ersei  Magyar 
Tolmacsolattal. — Poésies  grecques  de  Ladislans  Toth  d'UNG- 
vàrnémet,  avec  une  version  magyare  ou  hongroise.  Vol.  in-8°  de 
190  pag.  Pesth,  chez  Trattner. 

L'auteur  de  ces  poésies  grecques  est  encore  très  jeune  ;  il  étu- 
die la  médecine  à  l'Université  de  Pest,  et  emploie  ses  momens  de 
loisir  à  composer  des  vers,  tant  dans  sa  langue  natale  que  dans  celle 
de  l'ancienne  Grèce.  Il  excuse  sa  hardiesse  d'écrire  des  vers  grecs, 
par  l'exemple  de  Scaliger,  d'Alsworth  ,  de  Roivin ,  de  Filiczky  et 
d'autres.  Ses  compositions  décèlent  le  plus  pur  patriotisme  ,  ainsi 
qu'une  prédilection  marquée  pour  la  langue,  la  poésie,  et, 
en  général,  pour  tout  ce  qui  intéresse  l'honneur  de  la  nation 
hongroise.  Des  odes,  des  épigrammes  ,  des  idylles  et  des  épîtres  , 
forment  ce  recueil.  Quelques-unes  des  odes  respirent  un  véri- 
table esprit  pindarique.  H  —  s. 

2o3. — Albrecht  Durer  und  sein  Zeitalter.  —  Albert  Durer  et 
son  siècle  5  par  A.  Weise.  i  vol.  in~4°.  Leipsick ,  1819,  chez 
Gleditsch. 

Cet  ouvrage  offre  aux  amis  de  l'histoire  de  l'art,  des  recherches 
fort  intéressantes  sur  le  tems  où  la  peinture,  comme  les  arts  en 
général,  étaient  encore  au  berceau  ,  en  Allemagne.  Il  trace  un  ta- 
bleau fidèle  de  ce  siècle,  dans  lequel  figurent  tous  les  contempo- 
rains distingués  de  Durer,  qui  ont  influé  sur  son  art.  A  la  lin  de 
l'ouvrage  ,  on  trouve  une  énumération  détaillée  de  tous  les  tra- 
vaux de  cet  artiste.  H  —  s. 

204.  —  Bilder  und  Schriflen  derVonzeit.  — Images  et  écriture? 
des  anciens  tems,  représentées  par  U.  F.  Kopp,  de  Hesse-Casscl 
1  vol.  in-8°,  3o4  pag.;  avec  un  grand  nombre  de  gravures  colo- 
riées et  de  figures  gravées  en  bois.  Manheim  ,  1819. 

L'auteur  est  un  des  plus  grands  connaisseurs  ,  de  nos  jours,  en 
paléographie.  Il  entreprit  la  publication  de  cet  ouvrage  comme 
pour  se  reposer  momentanément  d'un  autre  du  même  genre  , 
mais  plus  étendu ,  et  qui  nécessitait  des  recherches  pénibles.  Il 


5}î  LIVRES  ETRANGERS. 

offre  ici  aux  amateurs  de  l'antiquité  ,  particulièrement  de  l'an- 
cienne jurisprudence, de  quoi  exercer  agréablement  leur  sagacité. 
L'ouvrage  ôffne  cinq  divisions  principales  :  1.  Dissertations  sur 
la  noblesse  naissante.  Les  matériaux  de  cette  dissertation  sont  e\- 
traits  d'un  ancien  poème  allemand  ,  intitulé  Der  RilUrspie^el  (le 
Miroir  de  la  chevalerie  )  ,  qui  donne  un  exposé  des  usurpations 
que  la  noblesse  héréditaire  a  exercées  de  tous  teins.  La  question 
si  cette  noblesse,  uniquement  à  cause  de  sa  naissance  et  sans  nu 
cun  mérite  personnel ,  peut  prétendre  à  des  prérogatives,  y  evst 
résolue  négativement,  parce  que  ces  prérogatives,  introduites  au 
préjudice  des  autres  citoyens,  sont  contraires  ou  bon  sens,  et 
incompatibles  avec  le  bien-être  de  l'Etat.  JI.  Tableau  du  droit, 
saxon,  d'après  un  manu-cri t  du  treizième  siècle.  III.  Observa- 
tions faites,  pendant  un  voyage  ,  sur  les  manuscrits  les  plus  im- 
portans  qui  se  trouvent  dans  les  bibliothèques  de  Vienne,  de 
Strasbourg,  de  Bamberg  et  Wurzbourg  IV.  Sur  des  inscription* 
phéniciennes.  V.  Critique  de  quelques  ouvrages  paléogi  aphiques. 
Partout  rauleur  donne  des  échantillons  de  l'écriture  des  diverti 
manuscrits  dont  il  est  question  dans  l'ouvrage,  en  y  ajoutant  une 
copie  fidèle  des  images  et  autres  dessins  qui  ornent  les  anciens 
parchemins.  Il  r. mu  eus. 

DA1NEMARCK. 

»©5.  —  firfenslxibefiçel'orhanfl/in^rr,  etc.  — "Mémoires  scien- 
tifique-, du  clergé  de  revèché  de  Sélande,  publiés  par  MM.  Movs- 
ii.n  et  GuTrr.Lnr.  Copenhague,  1818-19,  in-8°.  11  en  a  paru 
trois  volumes. 

206.  —  frîdenakab<ehgê ,  etc.  —  Mémoires  scientifiques  du 
clergé  de  i'éwVhé  de  Fi». nie.  publiés  par  M.  Vw  m  .  évéutte.  Co- 
ptr.haguc,  1816-19,  in-M^.  Nous  en  connaissons  1rs  quatre  pu - 
miers  caliiers. 

9.0-.  —  Sidragltl)  etc.  —  Revue  écononiico- politique  ilu 
royaume  de  Danemarck  ;  par  M.  Oli'Ssen.  Copenhague,  1819, 
in-8°.  Noua  en  avons  vu  les  trois  premiers  Cahiers. 

y.08.  —  Magasin  ,  etc.  —  Magasin  pour  les  sciences  militaires, 
publié  par  MM.  Fp.h.ek  et  Jahn.  Copenhague,  1818-19.  11  m  .1 
paru,  à  notre  ctranaiMtfhce,  cinq  cahiers. 

,»n;).  —  Thtatrêt,  etc.  —  Mémoires  pour  servir  à  faire  connaître 


LIVRES  ÉTRANGERS.  > 

l'état  actuel  du  Théâtre  national. Copenhague,  i8i8,in-SQ.  INou* 
avons  sous  les  yeux  les  neuf  premiers  cahiers. 

2io.  —  Uumiristcn,  etc.  —  L'humoriste,  ou  Anecdotes  et 
Contes  amusans;  par  M.  Soldin,  1818,  in-8°.  H  en  a  paru  quatre 
cahiera*|  * 

ITALIE. 

2tt. — Le  Itère  d'un  récente  visggia  ,  etc.  —  Lettres  sur  un 
voyage  fait  récemment  en  France,  en  Angleterre  ,  en  Ecosse,  en 
Hollande ,  et  dans  une  partie  de  l'Allemagne  ;  par  Girolamn 
Oiiti.  Vérone,  1819,  1  vol.  iu-8u,  268  pag. 

11  paraît  que  ce  n'est  pas  ici  le  premier  ni  le  seul  voyage  que  l'au- 
teur ait  fait  j  mais  ,  en  le  lisant,  il  semble  qu'il  vaudrait  mieux  ne 
pas  voyager  du  tout  que  de  voyager  ainsi,  ou  du  moins  qu'on 
pourrait  se  dispenser  de  publier  de  tels  voyages,  qui  ne  servent 
ni  à  la  réputation  de  leur  auteur,  ni  à  l'instruction  du  public. 
M.  Orti  rappelle  ordinairement  des  choses  assez  vulgaires;  et  s'il 
en  indique  quelqu'une  d'intéressante,  il  le  fait  d'une  manière  si 
incomplète  et  si  rapide  ,  qu'on  serait  tenté  de  penser  qu'il  n'a  pas 
vu  ce  qu'il  indique,  ou  qu'il  a  voulu  plutôt,  exciter,  que  satisfaire 
la  curiosité  des  lecteurs.  C'est  aux  Italiens  qu'il  appartient  de 
juger  de  son  style;  mais  les  Français  ne  peuvent  lui  pardonner 
l'omission  ou  l'oubli  des  objets  les  plus  intéressaus,  tant  pour  les 
étrangers  que  pour  les  Italiens ,  qu'il  n'a  pas  aperçus  ou  n'a  pas 
appréciés.  Il  ne  semble  courir  qu 'après  ce  qu'il  y  a  de  plus  futile  ; 
etàParis,  parexemple,  ilne  dit  presquerienduLouvre,del'Insti- 
tut,  du  Jardin-des-Plantes ,  de  l'Observatoire,  de  l'Ecole  des 
Mines,  de  l'Ecole  des  Sourds-Muets,  de  l'Institut  des  Aveugles , 
de  la  Bibliothèque  royale,  du  Conservatoire  des  Arts  et  Mé- 
tiers ,  etc.  Jl  en  parle  tout  au  plus  comme  s'il  faisait  unalmanach  , 
pour  indiquer  à  un  voyageur  ce  qu'il  devrait  observer.  Ce  qu'il 
nous  dit  de  plus  intéressant,  c'est  qu'il  acheta  à  Paris  trois 
livres  très  ordinaires,  et  que  de  tant  de  savans  et  de  littéra- 
teurs dont  cette  ville  s'honore  ,  il  ne  connut  que  IM.  de  .lussieu  et 
madame  la  comtesse  de  Genlis.  Ce  qui  est  pire  encore  .  il  aime  à 
généraliser  des  qualités  et  des  accidens  qui  n'appartiennent  qu  V» 
des  circonstances  particulières.  Il  visite  et  traita  de  même  l'An 
gleterre  et  tous  les  adirés   paya  par  tetqvelfl  il  est,  passé.  Non* 


574  LIVRES  ÉTRANGERS. 

avons  parié  sévèrement  de  ce  voyage  pour  mettre  en  garde  contre 
cet  exemple,  tous  ceux  qui  pourraient  être  tentes  de  limiter,  et 
pour  avoii  l'occasion  de  féliciter  tant  d'autres  Italiens  qui  voyagent 
en  France  avec  le  meilleur  esprit,  et  qui  nous  font  estimer  leur* 
talens  et  leur  nation.  k 

212.  —  Histoire  de  Loango ,  Kakongo  et  autres  royaumes  d'A- 
frique, rédigée  d'après  les  Mémoires  du  préfet  apostolique  de  la 
mission  française.  Chambéry,  1820.  1  vol.  in-iu,  orné  d'un  por- 
trait ;  Puthod  ,  libraire.  —  Paris,  Méquignon  aîné. 

2i3.  —  Gerusalemme  distrutta ,  etc. —  Jérusalem  détruite, 
poème  épique  de  Cesare  Arici.  Brescia  ,  1819,  in-80  de  219  pag. 

Ce  volume  contient  les  six  premiers  chants  du  poème.  11  faut 
espérer  que  les  autres  chants  seront  plus  intéressans:  ceux-ci  ne 
promettent  pas  de  grands  succès  à  la  muse  de  M.  Arici  ,  qui  , 
dans  d'autres  genres,  en  a  obtenu  de  très  flatteurs.  On  croit  que 
l'auteur  profitera  des  conseils  des  littérateurs  les  plus  éclairés,  et 
qu'il  refondra  entièrement  ce  premier  essai  de  son  poème. 

214*  —  Tito ,  ossia  Gerusalemme  distrutta,  etc.  —  Titus,  ou 
Jérusalem  détruite,  poème  épique  du  comte  Daniele  Florio. 
Venise,  1  vol.  in-8c  de  Go  pag. 

On  a  publié  les  deux  premiers  chants  de  ce  poème  inédit,  pour 
faire  naître  des  doutes  en  Italie  sur  l'originalité  du  poème  de 
M.  Arici.  Mais  ce  n'est  pas  le  même  sujet,  c'est  le  même  plan 
qui  doit  faire  regarder  un  auteur  comme  un  imitateur  servile  ou 
comme  un  plagiaire.  Le  sujet  de  Jérusalem,  détruite  par  Titus, 
avait  été  déjà  traité  par  Gio  Ratlista  Lalli,  Napolitain,  sou*  le  titre 
de  Gerusalemme desolaia.  Mais  M.  Arici  a  suivi  une  route  tond 
différente;  et  si  l'on  peut  dire  qu'il  paraît  quelquefois  inférieur  au 
Florio,  il  est  du  moins  bien  loin  de  l'avoir  imité. 

3ï5.  —  Cl  aie  ri  i  Catm.i.t  carmina  qucB  e»  tant  omnur  ex  recen- 
sione  P.   Guill.   Dof.rim;.   August.-r   Tauiinorum,  if 

On  applaudit  généralement  à  l'édition  des  classiques  latine,  enti  e 
prise  et  continuée  à  Turin ,  avec  beaucoup  de  loini  .  p.u  la  ^  eui  t 
Pomba  et  fils.  Les  poésies  de  Catulle  ont  été  précédées  pai  li  1 
Commentaires  de  César,  et  seront  suivie-  de  -en  il  s  de  l 'a  ci  le  ,  qui 
sont  déjà  sous  presse.  On  loue  daU9  ces  éditions  Je  choix  des 
remarques ,  et  la  correction  t  \  pograpbique. 

316.  —  Il  costume  antirn  e  moderno  ,  clc.  —  Des  usages  anciens 


LIVRES  ÉTRANGERS.  5;S 

et  modernes,  ou  Histoire  du  Gouvernement,  de  la  Milice  ,  de  la 
Religion,  des  Arts,  Sciences ,  Coutumes  de  tous  les  peuples 
anciens  et  modernes,  prouvée  par  les  rnonumens  de  l'antiquité  , 
et  représentée  avec  des  dessins  analogues,  parle  docteur  Giu/io 
Ferrario.  Milan,  1817  et  années  suivantes,  in-j°. 

Cet  ouvrage  ,  qui  se  continue  avec  beaucoup  de  succès,  forme, 
jusqu'à  présent,  sept  grands  volumes  in~4Q«  H  contient  un  en- 
semble de  faits  qu'on  ne  peut  trouver  ailleurs  que  dispersés  en  un 
très  grand  nombre  de  vol.,  la  plupart  fort  rares,  et  d'un  prix  dis- 
pendieux. On  en  fait  deux  éditions  à  la  fois  :  l'une  en  français, et 
l'autre  en  italien.  Les  parties  qui  traitent  de  l'Asie,  de  l'Océanique 
et  de  l'Afrique  sont  terminées  •  et  déjà  on  a  publié  un  volume  sur 
l'Europe.  On  y  décrit  tout  ce  qui  appartient  à  la  géographie  ,  à  la 
topographie  et  à  la  chronologie  de  chaque  pays,  au  gouvernement 
et  aux  lois,  à  la  milice,  à  la  religion,  aux  noces  ,  aux  funérailles  , 
aux  arts  mécaniques  et  libéraux,  à  l'architecture  civile,  militaire, 
navale  et  hydraulique,  à  la  peinture,  à  la  sculpture,  à  la  poésie,  à 
la  musique,  à  la  danse,  aux  sciences,  coutumes,  usages,  vetemens, 
ustensiles,  fêtes,  jeux,  commerce,  mesures,  etc.,  des  dïfférens 
pays.  Plusieurs  collaborateurs  concourent  à  l'exécution  de  ce 
vaste  plan  du  savant  docteur  Ferrario,  qui  en  dirige  l'exécution. 
Les  planches  et,  les  figures  sont  dessinées  par  MM.  Palagi  et  Mon- 
ticelli,  artistes  très  distingués. 

Voici  l'ordre  des  matières  contenues  dans  les  volumes  publiés 
(usqu'à  présent.  Dans  le  \rT  vol.,  M.  Ferrario  a  donné  la  descrip- 
tion de  la  Chine,  et  de  ses  possessions  dans  l'Océan  oriental,  et 
M.  Leva  ti  »  celle  de  la  Corée»,  du  Japon,  etc.  Ce  vol.  contient 
aussi  86  planches  coloriées.  Dans  le  2e  vol.,  on  trouve  la  descrip- 
tion de  l'Indostan  ,  des  îles  Ceylan  ,  Maldives  et  Lachedives,  de 
l'empire  du  Birman,  des  îles  Andaman  et  Nicobar,  des  royaumes 
de  Jangornc  ,  de  Lao ,  de  Tonquin,  de  Cochinchine  ,  de  Siam ,  de 
Malaque,  etc.;  par  le  docteur  Ferrario.  L'article  consacré  à  Bac- 
chus  est  rempli  d'érudition  :  ce  vol.  comprend  92  planches.  Dans 
le  3e  vol.,  on  trouve  tout  ce  qui  regarde  les  Phéniciens,  les  Sy- 
riens, les  Hébreux  .  les  Arabes,  par  M.  Levati;  et  les  Phrygiens, 
les  Troyens,  et  antres  peuples  île  l'Asie-Mineure,les  Babyloniens, 
les  Assyriens ,  les  Perses,  par  M.  Ferrario.  j5  planches  ornent  ce 
3e  vol.  Le  4e  achève  la  description  tic  l'Asie  et  appartient  tout 


5:G  LIVRES  ETRANGERS, 

entier  à  M.  Ferrario.  Il  parcourt  le  Caboul,  le  Tibet,  la  Géorgie, 
la  (Jircassic,  la  Scythie,  la  Tartane,  la  Sibérie,  le  kamtsekatka. 
On  trouve  aussi  dans  ce  volume  ce  qui  est  relatif  à  la  cinquième 
partie  du  "monde,  qu  on  appelle  Océanique  ou  slustralasie.  II 
comprend  97  planche», 

Les  deux  vol.  suivans,  savoir  le  r>€  et  le  6e,  embrassent  l'Afri- 
que. Le  5e  contient  l'Egypte,  avec  77  planches;  le  (>c  traite  des 
Ethiopiens  ,  des  INubiens,  des  Abyssiniens;  il  renferme  62  plancb. 
M.  Levati  a  fait  tout  ce  qui  concerne  les  Carthaginois,  les  Nu- 
mides et  les  ftarbaresques  ;  tout  le  reste  est  de  M.  Icrrario. 

Le  7e  vol.,  où  commence  la  description  de  l'Europe,  est  de 
M.  Robusliano  Gironi,  bibliothécaire  d'e  Brera  ,  à  Milan.  Cette 
partie,  consacrée  à  la  Grèce  ,  est  divisée  en  cinq  sections,  où  Ton 
traite,  i°dela  topographie;  2e  des  temps  mythologiques  ;  i)1-'  «lu 
gouvernement;  4°  de  hi  milice;  5°  du  culte  religieux.  (Je  volume 
contient  'jg  planches.  La  simple  indication  des  sujets  que  com- 
prend ce  grand  ouvrage,  suffit  pour  en  démontrer  L'intérêt.  TNous 
espérons  qu'Usera  continué  avec  le  même  zèle  et  le  mvme  succès. 
217.  —  Ara  tmtiçm  Scoperta  in  Ummburgo ,  dei  signor  consi- 
gliere  Stcjimo  nobile  de  Mainoni,  etc.,  pul>Lc<it<t  cou  aicunc 
spiegazioni  dal  Dott.  (î in.  Larus;  AJilano,  1820.  Destefonis.  Petit 
in-fol.,  avec  une  planche. 

L'inscription  romaine  publiée  et  savamment  expliquée  par 
M.  babas,  a  été  trouvée  à  Haimbourg ,  sur  le  Danube  ,  près  de 
Vienne,  en  1819,  par  M.  de  [Mainoni,  associé  de  plusieurs  com- 
pagnie» littéraires.  Ce  lieu  a  été  cons'dérc  ,  par  plusieurs  géogra- 
phes, comme  l'ancien  Cnrnuniunt  de  la  Panaonie  supérieure, 
dontparlentTite-Live,Eutrope,Eusèbc,  Ain  mien- M  H  •eellin,  l  te.- 
et  le  nom  de  cet  ancien  municipe  se  retrouve  en  effet  sur  l'inscrip- 
tion  même.  Elle  rappelle  une  dédicace  île  consécration,  faite  par 
Titus-Havius-Probus  ,  fiU  d'un  autre  lit  us ,  de  la  tribu  Sergia  , 
brurion  de  Carnuntnm,  et  juge  des  cinq  <lecuries  ,  ;'i  cause  de 
la  charge  d'augure,  accordée  à  son  lils  Titus  -  Flavius,  aussi 
décurion  «lu  même  municipe;  le  terrain  où  figurait  le  monu- 
ment,   fut  •CCOrde'  par   un  décret  des  dédirions,  et  la   «l«;dieaco 

avait  été  faite  aux  entendes  de  septembre,  Orfitns  et  Rubis  étant 
consuls  (  r»r  sept.  178  de  l'ère  cbr<  tienne  On  peut  croire  que  la 
dédicace  était  celle  d'une  itatSM  à  laquelle  notre  inscri[)tion  m<< 


LIVRES  ÉTRANGERS.  577 

vait  de  piédestal-  cette  statue  était  peut-être  celle  de  Marc-Au- 
réle  •  et  il  est  à  remarquer  que,  d'après  un  passage  de  Lampride  , 
cette  dédicace  aurait  été  faite  le  jour  même  où  Marc-Aurèle  et 
Commode  arrivaient  à  Carnuntum,  marchant  contre  les  Quadeset 
les  Marcomans,  peuples  de  la  Bohème  et  de  la  Moravie,  qui 
alors  menaçaient  de  ce  côté  les  frontières  de  l'empire  romain.  On 
doit  applaudir  au  zèle  de  M.  de  Mainoni,  qui  a  recueilli  ce  cu- 
rieux monument,  et  à  celui  de  M.  le  docteur  Labus  qui  Ta  si 
heureusement  expliqué.  C.  F. 

ESPAGNE. 

ii  8.  —  Geometria  aplicada  al  Jibnjo  de  adorno.  —  Géométrie 
appliquée  au  dessin  des  ornemens  ;  2  vol.  ,  avec  des  planches  : 
par  Don  Pie/veMEZQuiA  et  Don  Sahadoi  Ducn an.  Madrid  ,  181g, 
Sancha. 

La  Société  patriotique  de  Madrid  a  établi  une  chaire  de  géo- 
métrie et  une  chaire  de  dessin  :  M.  Mezquia,  professeur  de  géo- 
métrie, et  M.  Duchan,  professeur  de  dessin,  ont  écrit ,  chacun 
dans  la  partie  qui  le  concerne,  un  cours  d'application  de  la  géo- 
métrie à  l'ail  du  dessin;  et  l'expérience  des  progrès  que  les  élèves 
ont  faitspendant.ee  premier  cours,  est  une  garantie  de  la  bonté  do 
la  méthode  que  les  deux  professeurs  ont  adoptée. 

219.  —  Princijnos  de  çeo^rafia  nstronomirn  ,  fisica  ,  poli tien.  — 
Principes  de  géographie  astronomique ,  physique  et  politique, 
par  François  \  krdeso-Paez. —  Madrid,  1819,  chez  Davila.  1  vol. 
in-12,  avec  des  planches. 

Cet  abrégé  contient,  dans  la  partie  politique,  les  divisions  ter- 
ritoriales faites  jusqu'à  l'année  i8iH,  ainsi  que  tout  ce  qui  con- 
cerne les  objets  d'histoire  naturelle  ,  d'industrie  et  de  commerce. 
Dans  la  partie  physique,  on  remarque  des  observations  très  cu- 
rieuses, qu'on  ne  trouve  peut-être  dans  aucun  antre  abrégé  de 
géographie.  Les  observations  historiques  sont  faites  avec  beau- 
coup de  critique  et  de  clarté.  Il  paraît,  enfin  que  cet  ouvrage  doit 
être  utile  autant  qu'un  abrégé  puisse  l'être. 

220.  —  Ensayn  sobre  In  im>csli^ncion  da  la  naturclcza  y  de  las 
causas  de  riqtieza  de  las  nacionrs.  — Essai  sur  l'investigation  de 
la  nature  et  des  causes  de  la  richesse  des  nations .  en  ce  qui  con- 


5?8  LIVRES  ÉTRANGERS- 

cerne  l'Espagne  5  ou  Économie  universelle  théorique  appliquer 
à  la  nation  espagnole.  »  Par  Don  Gonsalve  dehvvk  :  tome  Ier, 
in-8°.  Madrid  ,  1819,  chez  Davila. 

Quoique  les  ouvrages  de  MM.  Say  ,  Smith  et  autres  écono- 
mistes soient  hien  connus  en  Espagne  ,  et  même  traduits  en  es- 
pagnol, l'auteur  a  pensé  que  ces  ouvrages  contiennent  quelques 
erreurs,  et  qu'ils  ne  sont  pas  s  iffisans  pour  l'Espagne.  11  explique 
les  principes  généraux  de  l'économie  politique  d'une  manière  dif- 
férente, et  établit  un  système  économique  nouveau,  dont  les  éco- 
nomistes et  les  politiques  jugeront  le  mérite.  Il  est  1res  utile  ,  en 
tout  cas  ,  que  des  hommes  de  talent  travaillent  à  approfondir  une 
matière  qui  intéresse  si  fort  toutes  les  nations  civilisées. 

J.-A.  Llorente. 

PORTUGAL. 

•22  t.  —  Demonstraçdo  da  existencia  de  Deos ,  por  José  Agos- 
tinho  de  Macedo.  —  Démonstration  de  l'existence  de  Dieu  ,  par 
Joseph-Augustin  de  Macedo.  Lisbonne,  1819,  in-S°.  (240  reis.) 

L'auteur  de  cet  écrit  est  avantageusement  connu  dans  la  litté- 
rature portugaise  par  d'autres  ouvrages.  Il  donne,  dans  celui-ci  , 
de  nouvelles  preuves  de  son  esprit  philosophique  et  éclairé. 

222.  —  Colleccdo  compléta  d as  leis ,  alvaras  ,  decretos  ,  cartas 
regias ,  etc.,  promulgadas  no  Brazil  desde  a  chegada  deel  rci  tiosso 
senhor  aquelle  reino  aie  mayo  181 8  corn  sens  indices  cmnologicos. 
Lisbonne,  1819.  3  vol.  in-fol.  (38,4oo  reis.)  — Collection  com- 
plète des  lois,  décrets  ,  édits  royaux,  etc. ,  promulgués  au  Brésilj 
depuis  que  le  roi  s'y  est  transporté  jusqu'en  mai  1818,  avec  des 
tables  chronologiques. 

223.  1 —  Manualde  Tabelliâo\  on  Enseyo  du  jurisprudeneia  eu- 
rematica ,  contendo  a  colleccdo  de  minutas  dos  contratos  c  instru- 
ntenlos  mais  nsuaes  ,  e  das  cautelas  mais  précisas  nos  contratos  è 
>< -stamentos.  —  Manuel  du  Tabellion  ,  ou  Répertoire  de  jurispru- 
dence ,  contenant  une  collection  de  minutes  de  contrats,  d'actes 
les  plus  usités ,  et  des  formules  les  plus  précises  employées  dans 
les  contrat  s  etdanslea  I  es  ta  mens.  Lisbonne  ,  i8i9,in-8°.  (4  80  rcisj 

Ce  manuel  du  notaire  pour  le  Portugal  est  intéressant  pour  le 
négociant  étranger  qui  est  en  relation  a\<>(  tirs  maisoni  de  com- 
merce portugaises.  Il  lui  fait  voir  quelles  précautions  il   doit 


LIVRES  ÉTRANGERS.  5:9 

prendre  en  passant  un  contrat  avec  ces  maisons  par  l'entremise 
d'un  notaire  portugais. 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

224.  —  Joannis  Caroli  Van  Rotterdam  ,  oraûo  defatis,  quibus 
artis  medicœ  disciplina ,  sub  Gallorum  imperio  ,  in  his  meridiona- 
libus  regni  pavtibus  ,  obnoxia  fuit;  publiée  habita  die  5  octobris 
1818,  cum  magistratu  academico  se  abdicaret.  Gand ,  1818,  in-4° 
de  3i  p.  — Discours  sur  le  re'gime  auquel  fut  asservi  l'exercice 
de  la  rae'decine  ,  dans  les  contre'es  méridionales  du  royaume,  sous 
le  gouvernement  des  Français. 

Le  mot  obnoxia,  dans  ce  titre,  annonce  assez  de  quel  œil  l'orateur 
envisage  son  sujet,  bien  qu'il  ne  faille  pas  lui  tenir  trop  de  rigueur 
pour  sa  latinité  j  ce  qui  serait  d'autant  plus  dur,  que  lui-même 
passe  volontiers  condamnation  à  ce  sujet. 

225.  —  Aanmerkingen  overde  breuk  van  den  hais  des  Dijbeens. 
' — Observations  sur  la  fracture  du  col  du  fémur,  par  H.-J.  Van 
Houte,  praticien  à  Amsterdam.  Rotterdam,  chez  Hendriksen , 
1816,  in-8°  de  108  p.  ,  avec  4  planches. 

M.  Van  Houte  ne  croit  pas  incurable  la  fracture  du  col  du  fé- 
mur ,  et  il  produit  un  cas  qui  semble  favoriser  son  opinion.  11  con- 
seille le  bandage  de  Dussault,  avec  un  perfectionnement  de  l'é- 
clisse  ,  dont  il  ne  s'attribue  pas  le  mérite  ,  et  que  représente  la 
4e  planche.  Ce  Mémoire  fait  honneur  aux  connaissances  et  à  la 
sagacité  de  son  auteur. 

22G.  —  Handboek  der  geschiedenis  ,  etc.  — Manuel  de  l'histoire 
des  anciens  États ,  spécialement  sous  le  rapport  de  leur  forme  de 
gouvernement,  de  leur  commerce  et  de  leurs  colonies,  par 
A.  H.  L.  Heeren,  professeur  d'histoire  à  Gottingue  ,  etc.,  etc.  ; 
traduit  en  hollandais ,  et  enrichi  de  quelques  observations ,  par 
Gr.  Dornseiffen,  professeur  à  l'école  latine  d'Utrecht.  Zutphen, 
chez  Thienne  ,  1818  ,  in-8°  de  562  p. 

Comme  tout  se  traduit  en  Hollande,  nous  nous  abstenons  vo- 
lontiers tl'annoncer  les  traductions  qui  paraissent.  Nous  dérogeons 
ici  à  cette  règle,  ru  égard  au  mérite  de  l'ouvrage  original  et  à 
celui  de  sa  traduction  hollandaise.  M.  DornseiHcn  est  connu 
par  d'estimables  productions  originales. 

227. — liusland  en  de  JYederland ,  etc.    —  La   Russie   et  le 


58o  LIVRES  ETRANGERS. 

roj'aume  des  Pays-Bas,  considères  dans  leurs  rapports  respectifs, 
par     J.    ScHELTKMA  ,     chevalier   de   l'ordre  du    Lion     13< -l-ique  , 
membre  de  l'Institut  royal  de  Hollande.  \  vol.  in-8°.  Amsterdam, 
chez  Garburan  ,  181  7-1 819. 

Dans  le  système  politique  de  l'Europe,  tous  Ls  Etats  ont  des 
rapports  entre  eux:  ces  rapports  ne  naissent  pas  seulement  d'une 
alliance  contractée  par  mariage  entre  deux  faindles  nouantes,  et 
cest  s'exposer  à  donner  à  faux  que  de  les  fonder  sur  une  circons- 
tance aussi  accidentelle.  Nous  ne  connaissons  l'ouvrage  de 
M.  Scheltema  ,  écrivain  laborieux,  que  par  le  litre  et  par  une 
censure  sévère,  mais  non  injuste ,  du  style,  que  nous  avons  lue 
dans  un  journal. 

228.  —  Geiiichtcn ,  etc.  —  Poésies  de  Jean  Kinkt.r,  professent 
de  philosophie  à  l'Académie  de  Liège,  membre  de  l'Institut  royal 
de  Hollande.  Tome  1,  Amsterdam,  1819.  J.  Van  der  iiey. 
in-folio  de  at>4  pages. 

M.  Kinker  possède  à  la  fois  une  tète  pensante  et  une  tète  p<>< 
tique  j  qualite's  qui  ne  s'excluent  point,  mais  qui  ne  s'allient  pas 
communément.  Il  a  fait  ses  preuves  en  prose  comme  en  vers.  La 
pièces  du  volume  de  poésies  que  nous  annonçons,  sont  toutes  phi- 
losophiques. Eu  voici   les  s;ijets  :  le  /  rai  beau.  I  Avenu.  !  sln.t 
du  monde  ,  Dieu  et  la  Liberté ,  la  Force  de  la  volonté  et  La  /'ertu  , 
Réflexions  au  tombeau  de  liant,  ConwLunle  au  tombeau  de  Dei 
mari  ,  la  Poésie.  M.  Kinker  a  été  couronné,  il  y  a  quelque  tenis  . 
par  la  Société  des  Sciences  de  Harlem,   pour  un  exceli»  ut    Mé- 
moire sur  la  Prosodie  Hollandaise.  Ses  ouvrages  dramatiques  en- 
treront sans  doute  aussi  dans  le  recueil  que  nous  annonçons. 

'.429.  —  Nedrfandsche  Muz"n- /ilman-tk.  —  Almanaeh  dktfl 
Muses  hollandaises,  pour  l'an  1820.  Amsterdam  ,  chez  immer- 
seel.  In-8°  de  at6  pages. 

Ce  recueil  se  distingue  dans  la  foule  des  Almanachs  hollandais. 
Il  offre  les  productions  de  plus  de  trente  poètes.  Le  portrait  du 

coryphée  dès  prêtes  hollandais  de  nos   jours,    Guillaume    liilder- 
dyk ,  est  pla«  é  en  lèle  de  ce  volume. 

a3o. — Ponto/ino,    de  gûfteesifo   hoofthnari  ,   etc. —  Pontolino  , 

redoutable  chef  de  bi  igandt ,  eu  la  terreur  de  la  gi  otte  du  1  uable. 

Rotterdam,  chez  llemli 'islam*  1818  et  1819.  2  vol.  in-8". 

Koansa  patibulaire: 


LIVRES  ÉTRAKGEKS.  5êi 

23 1. —  Annales  academiœ  Lugduno-Batm>œ. — Annales  de 
l'Académie  de  Leyde.  Leyde  ,  chez  Luchtmans  ,  imprimeur  de 
l'Académie.  1817  ;  in-40. 

Nous  avons  sous  les  yeux  deux  cahiers  de  ces  annales  :  l'un  em- 
brasse depuis  le  6  novembre  iSi5  jusqu'au  8  lévrier  181 G  ,  sous 
le  rectorat  de  M.  le  professeur  Kempery  par  M.  f^ander  Palm , 
secrétaire;  l'autre  comprend  depuis  le  8  février  181G,  jusqu'au 
8  février  1817  ,  sous  le  rectorat  de  M.  le  professeur  Fan  Voorst^ 
par  M.  Sandijort,  secrétaire. 

De  pareilles  annales  ont  paru  à  Utrecht  et  à  Groningue,  pour 
les  Académies  de  Tune  et  de  l'autre  de  ces  deux  villes.  La  publica- 
tion de  ces  annales  académiques  est  introduite  en  Hollande 
depuis  peu;  cet  usage  n'est  pas  sans  intérêt. 

s>3a.  — Annales  Belgiques  des  Sciences  ,  Arts  et  Littérature. 
A  Gand  ,  chez  iioudin. 

Ce  recueiA,  qui  paraît  par  livraisons,  offre  des  morceaux  de 
prose  et  de  vers  dans  les  langues  hollandaise  ou  flamande  et 
française.  L'article  Nouvelles  littéraires  annonce  comme  ayant 
paru  depuis  peu  en  Belgique  un  Mémoire  de  M.  Hoverlant  de 
Bauwelaere  ,  sur  Vétat  de  la  servitude  dans  les  Pays-Bas ,  depuis 
les  tents  les  plus  anciens  jusqu'à  nos  jours  ;  —  Un  traité  abrégé  su/ 
la  culture  des  arbres  fruitiers  dans  les  deux  filandres ,  par  M.  de 
Wulf ; —  Une  Théorie  des  Parallèles  (en  latin),  par  M.  le 
professeur  Hauff  ;  —  Une  Histoire  des  Etats-Généraux  et  Pro- 
vinciaux dans  les  Gaules,  particulièrement  dans  les  Pays-Bas  , 
depuis  les  Germains  jusqu'au  seizième  siècle  ,  par  J.-J.  Raep- 
*aet, etc. 

233. — Amphion,enn  tydschreft. —  Amphion  ,  journal  musical  . 
première  année,    3  cahiers.  Groningue,  chez  Domkens,   181 8 
In-8°  de  234  pages. 

Ce  recueil  promet  d'être  bon  :  il  doit  embrasser  la  théorie  et  la 
pratique  de  l'art  des  sons.  Marron. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

a 

234- — Dictionnaire  des  Sciences  médicales  Biographie  médicale. 
Paris,  1820.  Tome  1er,  première  partie,  contenant  G18  ai  ticle;». 
PanckoucLe,  éditeur,  rue  dos  Poitevins,  n°  14.  Prix,  3  fr. 


582  LIVRES  FRANÇAIS. 

L'éditeur  s'étant  procure  toutes  les  biographies  publiées  en 
Angleterre,  en  Allemagne,  en  Italie  et  en  Espagne,  a  voulu 
réunir  ces  richesses  à  celles  de  la  France  après  les  avoir  compa- 
rées entre  elles,  pour  en  former  un  ensemble  homogène.  Le  Dic- 
tionnaire des  Sciences  médicales  contiendra  un  très  grand  nombre 
d'articles  omis  dans  la  Biographie  universelle  ,  publiée  chez 
M.  Michaud.  Soixante  de  nos  médecins  les  plus  distingués  ont 
bien  voulu  coopérer  à  l'exécution  de  cette  entreprise  scientifique  ; 
et,  pour  que  la  partie  typographique  ne  lais>a*t  non  plus  rien  à 
désirer,  un  caractère  a  été  fondu  tout  exprès. 

235.  —  Mémoire  sur  les  jongus  médullaire  et  hématode;  par 
J.-P.  Màuivoir,  de  Genève,  professeur,  membre  des  Sociétés  de 
Médecine  et  de  Chirurgie  de  Paris,  de  Londres,  de  Lyon  ,  de 
Venise,  i  vol.  in-8°.  Prix,  2  fr.  5o  c.  Paris,  1820.  J.-J.  Pas- 
choud,  rue  TVlazarine,  n°  22  $  à  Genève,  même  maison  de  Com- 
merce. 

236.  —  Précis  de  Géographie  moderne,  suivi  de  deux  tableaux: 
l'un  statitisque,  l'autre  contenant  la  valeur  des  monnaies  des  prin- 
cipaux Etats  de  l'Europe  ;  par  Jean-Frédéric  Lamp.  Paris,  i8jo. 
2  vol.  in-12.  Treuttel  et  Wùrtz  ,  rue  de  Bourbon,  n°  17. 

23-7.  —  Essai  historique  et  critique  sur  la  législation  des  grains 
jusqu'à  ce  jour,  ou  Mémoire  sur  cette  question  proposée  par  la  So- 
ciété d'Agriculture,  Commerce, Sciences  et  Arts  du  département 
de  la  Marne:  «  Quels  sont  les  meilleurs  moyensde  prévenir,  avec 
les  seules  ressources  de  la  France,  la  disette  des  blés  et  les  trop 
grandes  variations  dans  leurs  prix?  »  Ouvrage  qui  a  obtenu  une 
médaille  d'or;  par  M.  le  chevalier  Chaillou  des  Barres,  ancien 
préfet,  membre  delà  Société  philotechnique,  etc.  —  Paris,  1819. 
Brochure  in-8°  de  i3o  pages.  Firmin  Didot,  Imprimeur  libraire, 
rue  Jacob,  n°  9  j 

L'accueil  honorable  que  cette  production  a  reçu  dune  Sociéti 
savante  ,  la  recommande  suffisamment  à  l'attention  des  personnes 
qui  s'occupent  d'économie  politique. 

238.  (*)  —  Voyages  dans  la  Grandi  -lin  tagne ,  par  Ch.  Dupin, 
membre  de  l'Institut.  Première  partie  :  l'orct:  militaire;  2  vol. 
111  -')",  avec  planches  ,  grand  atlas.  1820.  Prix,  25  fr. ,  à  Paris; 
et  3o  fr.  ,  franc  de  port.  Bachelier  ,  (puai  de*  Augustin*. 
n°  55. 


LIVRES  FRANÇAIS.  583 

La  Revue  rendra  compte  tic  cet  ouvrage.  La  seconde  partie  sera 
relative  à  lu  force  navale;  et  la  troisième,  aux  travaux  civils  des 
ponts  et  chaussées.  Chacune  de  ces  deux  parties  aura  pareillement 
deux  volumes  in-4°  ,  avec  planches.  On  peut,  sans  rien  paver 
d'avance,  souscrire,  pour  chacune  d'elles,  à  raison  de  'xn  francs. 

239.  —  Rapport  fait  à  S.  Exe.  le  ministre  secrétaire  d'Etat  au 
déparlement  de  V intérieur,  par  M.  GutlliÉ,  sur  rinstitution 
royale  des  jeunes  aveugles,  pendant  les  exercices  1818  et  1819, 
avec  quatre  planches.  Paris,  1820  •  in-4°  de  5o  et  quelques  pag. 
J.  L.  Chanson,  imprimeur  de  l'Institution. 

On  aime  à  se  convaincre  par  la  lecture  de  ce  Me'moire,  «  que  les 
jeunes  aveugles,  soustraits  désormais  aux  horreurs  du  besoin, 
cesseront  d'avoir  une  existence  précaire  :  ils  goûtent  déjà  les  bien- 
faits d'une  éducation  qui  les  a  rendus  à  la  société,  en  leur  ap- 
prenant à  se  suffire  à  eux-mêmes  par  le  travail.  » 

2  jo.  —  Traité  des  molécules  premières  ;  par  M.  de  Mautillat. 
Imprimé  à  Clermont-berrand.  Paris,  chez.  Béchet  aîné,  1819. 

Les  philosophes  se  sont  partagé  l'univers  :  les  uns  ,  s'attachant 
à  l'humanité,  se  sont  occupés  de  reconnaître  les  faits  qui  lui  sont 
propres,  et  les  lois  qui    la  gouvernent  j   les  autres  ont  soumis  à 
leurs  recherches  les  phénomènes  et  les  lois  de  cette  nature  exté- 
rieure ,  qui  altiie  et  sollicite  si  puissammenl  l'homme  ignorant  et 
le  philosophe,  par  le  spectacle  imposant  ou  gracieux  de  ses  for- 
mes innombrables  ,  par  le  jeu  de  ses  forces  ,  et  des  lois  qui  pré- 
sident à  leur  action.  Malheureusement,  il  est  trop  ordinaire  que 
ces   études  s'excluent,    que  les  moralistes    ignorent  la   nature, 
que  les  naturalistes   ou  les  physiciens  ignorent  l'humanité  dont 
ils  font  partie,  et  que  les  deux  ordres  de  phénomènes,  moraux  et 
physiques,  demeurent  sans  rapport  dans  la  science  ;  ou  du  moins 
il  est  certain  qu'ils  n'y  présentent  encore  que  des  rapports  li\  po 
thétiques ,  imaginés  par  les  physiciens  ou  les  philosophes  ,  avec 
la  légèreté  qui  les  distingue,  lorsqu'ils  sortent  du  sujet  spécial  de 
leurs  travaux.   On  ne  saurait  donc  trop  encourager  ,  et  les  natu- 
ralistes qui  s'occupent  sérieusement  des  phénomènes  de  la  via 
intellectuelle,   et  les  métaphysiciens  qui  font  entrer  dans  leUl 
études  cette  grande  partie  du  tout,  au  sein  de  laquelle  et  à  l'aidr 
de  laquelle  l'homme  vit  et  se  développe 
TOMF.    V 


H8j  LIVRES  FRANÇAIS. 

L'ouvrage  que  nous  annonçons  est  celui  d'un  philosophe  ,  dc'jar 
connu  par  plusieurs  écrits  métaphysiques:  il  traite  une  des  ques- 
tions les  plus  intéressantes  de  la  philosophie  de  la  nature  ,  si  l'on 
nous  permet  d'appeler  ainsi  la  physique  philosophiquement 
étudiée.  INI.  de  3Jartillat,  en  s'oeeupant  des  molécules  premières, 
cherche  à  déterminer  précisément  leur  nature:  son  travail  le  con- 
duit à  ce  résultat  :  <jue  les  molécules  sont  à  la  lois  simples  et 
étendues.  ]\ous  renvoyons  à  l'ouvrage  même  pour  l'appréciation 
de  cette  proposition  étrange,  au  moins  en  apparence.  Tout  l'ou- 
vrage est  fondé  sur  ce  double  principe;  l'importance  de  ses  con- 
séquences le  recommande  à  un  examen  attentif.  En  effet,  si  les 
molécules  premières  sont  à  la  fois  simples  et  étendues,  le  maté- 
rialisme et  le  Spiritualisme  ont  chacun  leur  pari  .  et  le  h  ouvent  à 
la  fois  expliqués  et  conciliés.  Ce  résultât,  s'il  était  réel ,  sciait  un 
service  précieux;  mais  nous  avouons,  après  avoir  lu  l'ouvrage  de 
M.  deMartillat,  que,  selon  nous,  la  science  1'atlend  encore,  et 
que  les  molécules  premières,  simples  et  étendues*,  ne  termineront 
pas  plus  la  grande  querelle  du  matérialisme  tt  du  spiritualisme, 
que  les  atomes  de  Démocrite  et  les  monades  île  Lcihnitz. 

x  \  i .  —  (*)  De  Cusage  cl  deiabusde  l'esprit  philosophique  durant 
le  dix-huitième  siècle;  par  J.-E.-IM.  Portaiis  ,  l'un  des  quarante 
de  l'Académie  française  :  précède'  d'une  notice  sur  la  vie  de  Fau- 
teur et  dY.n  discours  préliminaire.  Paris,  18*0.  a  volumes  in-8°. 
A.  Egron ,  imprimeur  de  Si  A.  R.  Monseigneur  le  duc  d'Angou- 
lême,  rue  des  Noyers  ,  n°  37.  Prix,  ia  fr. ,  et  i(i  fr.  franc  de  port. 

•j  \i.  —  Le  Pillage  de  /  aldoré,  nu  Sagesse  et  Prospérité  ;  imite 
de  r<il/emnnd ,  par  M.  L.  P.  J. — Paris,  l8ao,  1  vol.  in-i«Sdr 

b.  L.  CoJas,  imprimeur-libraire,  rue  Dauphine,  n°  3a.  Prix 
pour  Paris,  t  fr.  5o  c. ,  et  1  fr.  franc  de  port. 

Il  serait  foi  t  heureux  que  ce  livre  ,  devenu  populaire  en  Alle- 
magne, le  devînt  aussi  dans  nos  campagnes  :  il  fait  voir  quelle 

salutaire  influence  peuvent  avoir  sur  la  conduite  «-t  lehien-ètre 
des  villageois,  un  bon  maire,  un  hon  curé  ci  un  bon  instituleui  . 
réunion  beaucoup  plus  désirable  que  facile  i  obtenir  aujourd'hui. 

2^3. —  Collection  des  moralistes  français ,  publiée,  avec  «les 
commentaires  et  des  notes  biographiques  ,  par  M.  Avai  m 
Duval  ,    membre    de  l'Institut.  icr   et  a*    volumes,    contenant 


LIVRES  FRANÇAIS.  585 

?.s  Essais  de   Montaigne.    Chassériau,   libraire,   rue   de  Clioi- 
eul,  n°  3. 

Mademoiselle  Gournay,  Juste-Lipse ,  de  Thou  ,  Balzac ,  Pascal , 
fallebranche,  La  Bruyère,  Nicole,  Diderot,  Voltaire,  Laharpte, 
t  notre  poète  Delille  ont  tous  dit  sur  cet  auteur  : 

«  Fidèle  à  son  caprice,  infidèle  à  ses  titres.  » 

i.  cause  de  leur  originalité  et  de  leur  mérite  éminenl ,  plus  en~ 
ore  qu'on  raison  de  l'époque  où  ils  ont  paru  ,  les  Essais  de  iMou- 
uigue  méritaient  d'être  placés  à  la  tête  de  la  Collection  des  mora- 
istes  français  que  publie  TVÏ.  Amaury  Duval.  Il  les  a  enrichis  de 
mtes  qui  ont  un  double  objet  :  le  rapprochement  et  la  compa- 
aison  des  idées,  l'interprétation  et  l'éclaircissement  des  pas- 
âges  difficiles  et  obscurs  des  auteurs.  L'utilité  de  ces  éclairçisse- 
nens  se  fait  sentir  surtout  à  la  lecture  des  Ess>ùs  :  l'éditeur  a  re- 
nédié  à  l'infidélité  des  titres  par  des  sommaires,  très  bien  faits, 
»ù  la  matière  des  chapitres  est  suffisamment  expliquée,  et  où  sont 
ndiqués  les  personnages  cités  pour  exemple.  Une  table  analytique 
itait  peut-être  très  difficile  à  faire,  mais  il  semble  quelle 
nanque  à  l'ouvrage ,  ou  que  du  moins  elle  n'y  eût  pas  été  un  or- 
ientent de  luxe.  Nous  nous  attendions  aussi,  d'après  la  promesse 
aite  au  bas  de  la  page  3a-2  du  Ier  vol.  ,  de  lire  à  la  tin  du  ue  le 
Contre  un,  traité  de  la  Boétie  :  nous  avons  été  fâchés  de  ne  p 
rouver  cet  ouvrage  de  l'ami  de  Montaigne. 

L'édition  que  publie  M.  Arnaury  Duval  est  supérieure  par  la 
îorrection  du  texte,  la  beauté  des  caractères  et  du  papier,  les  an- 
notations et  les  sommaires,  à  toutes  celles  que  nous  connaissons  ; 
jt  le  mérite  en  est  augmenté  par  la  facilité  qu'elle  donnera  aux 
unis  des  sciences  morales  de  comparer  entre  eux,  Montaigne, 
Charron,  Pascal,  La  Rochefoucault,  La  Bruyère,  Vauvenar;;n<  s, 
Duclos  ,  et  de  mettre,  pour  ainsi  dire,  en  contact  leurs  observa- 
tions sur  l'homme  en  général,  sur  ses  pâmions,  tes  \irc>,  ses  er- 
reurs, ses  vertus  et  ses  crimes  à  différentes  époques  de  la  civili- 
sation. A. 

a44-  —  (*)  Essai  historique  sur  les  libertés  de  ll Eglise  gallicane 
et  des  antres  Eglises  de  la  çatliolicilê\  par  M.  GsÉGOIRB,  ancien 
évêque  de  Mois.  Nouvelle  édition,  corrigée  el  tus  augmentée. 
Paris,  1820,  1  vol.  in-80.  Aimé  Comté  ;  libraire,  rue  Nofcre»- 

\<)¥ 


586  LIVRES  FRANÇAIS. 

Damc-des-Victoires,  n°  38,  et  Lheureux,  quai  des  Augustins. 
n°  27.  Prix  ,  G  fr.  5o  o. ,  et  8  fr.  par  la  poste. 

La  première  édition  de  eet  ouvrage  étant  épuisée  depuis  long- 
ttms,  des  demandes  multipliées  en  nécessitaient  une  édition  nou- 
velle qui  vient  de  paraître,  et  qui  est  supérieure  à  l'ancienne, 
par  l'étendue  des  recherches  et  l'importance  des  additions. 

2J5.  —  Le  Citateur politique ,  moral  et  littéraire,  ou  le  Passé, 
miroir  du  Présent;  tome  j  ,  in -8°  de  335  pages.  Paris,  1820.  A 
la   Librairie    historique,    rue  Saint-  André-des-  Arts  ,    n°  4^- 

L'auteur  s'est  proposé  de  faire  un  tableau  du  présent  par  ie 
passé  ;  voici  la  nomenclature  (Tes  principaux  objets  destinés  à 
remplir  le  cadre  de  son  tableau  :  Droits  de  la  nation  ,  —  Préro- 
gati\  es  de  la  couronne  ,  —  Pouvoirs  et  débats  des  assemblées  na- 
tionales, —  Lois,  institutions,  mœurs,  coutumes  ,  préjugés,  ad- 
ministration, finances,  économie  politique  ,  police  intérieure,  — 
Attitude  des  partis  ,  — Libertés  de  l'Eglise  gallicane,  influence 
de  la  cour  de  Rome  ,  rapports  de  la  France  avec  les  étrangers,  — 
Situation  comparative  de  l'Europe  ,  —  Lettres  ,  sciences  et  beaux- 
arts.  Le  choix  et  la  disposition  des  matières  dont  se  compose  le 
premier  volume  ,  sont  une  présomption  favorable  au  succès  de 
l'ouvrage. 

2^G.  —  De  r Esprit  public,  ou  île  la  Toute  -puissance  Je  Uopi- 
nion  j  par  le  baron  Guéràrd  de  Rouili.y.  Paris,  1820,  \  volume 
in-8°  de  3qo  pages.  Ladvocat,  libraire. 

«Oui,  la  Charte  et  une  législation  en  barmonieavec  ses  disposi- 
tions, l'union  entre  tous  les  enfans  de  la  famille,  Youbli  de  toutes 
les  offenses,  et  le  sacrifice  de  tous  les  resseutimens;  enlin  ,  le  re- 
pos «'t  la  stabilité  sous  la  protection  d'une  monarebie  constitu- 
tionnelle: voilà,  sans  obscUrîU  .  sans  anicre-p.nst  e  ,  !<•  cri  una- 
nime   »les   peuples  fatigués   de    troubles  et   de   révolutions-  voilà 

Itélan  caractériatiqiM  de  l'époque  actuelle,  le  rosu  impérieux  et 

irrésistible  de  l'esprit  public. 

»  Telle  était  la  conséquence  définitive  à  laquelle  nous  tendions 
dés  le  commencement  <!e  tel  ouvrage.  Signalei  la  nature  ,  les  ca- 
ractère   <  t  les  avantages  de  l'esprit  public  ;  indiquer  les  obatacJe 
qui  peuvent  s'opposer  à  son  développement ,  et    les  moyens  I 
employer  pour  en  triompher  :  spécifier  ses  différons  rapports  avec 


LIVRES  FRANÇAIS.  587 

toutes  les  parties  de  l'économie  politique  et  administrative  5  les 
appliquer  aux  différentes  formes  de  gouvernement,  et  ne  trouver, 
pour  les  y  adapter  avec  sécurité,  que  la  monarchie  tempérée  par 
les  lois,  ou  constitutionnelle  ;  exprimer  enfin  sommairement  l'état 
actuel  de  l'opinion  ,  la  nature  et  les  objets  de  ses  réclamations  j 
tel  était  notre  but  :  heureux  le  peuple  français ,  si ,  par  des  insti- 
tutions sagement  combinées  avec  ce  mode  d'organisation  dont  il 
est  fier  d'avoir  adopté  les  principes,  il  est  destiné  à  servir  aux 
nations  de  spectacle  et  de  modèle  !  » 

Cet  extrait  du  résume  de  l'ouvrage  que  nous  annonçons,  sufiit 
pour  donner  à  nos  lecteurs  une  idée  générale  du  bon  esprit  dans 
lequel  il  a  été  conçu  ,  et  de  la  marche  que  l'auteur  a  suivie  pour  le 
développement  de  son  sujet.  Voici  comment  il  définit  l'esprit  pu- 
blic :  «  La  part  plus  ou  moins  active  que  prend  la  partie  la  plus 
éclairée  de  la  population  au  systèijie  général  de  son  gouvernement 
et  aux  actes  particuliers  de  son  administration.  »  Le  chapitre  III , 
où  l'auteur  traite  de  L'incompatibilité  qui  existe  entre  l'esprit  de 
parti  et  l'esprit  public,  nous  a  paru  surtout  mériter  l'attention. 

2.J7-  —  De  ¥  Espagne  et  de  la  liberté;  par  M.  Camille  Pacanel  , 
avocat  à  la  Cour  royale  de  Paris  ,  auteur  du  Coup-d^œil  sur  l'état 
de  l'Europe  en  1819.  Paris,  1820.  Brochure  in  -  80  de  38  pages. 
Brissot-Thivars,  rue  Neuve-des-Petits-Champs ,  n°  22. 

2{8.  —  De  la  Jeunesse  française  ;  par  Carrioiv-INisas  fils.  Bro- 
chure de  iG  pages  in-8°.  Paris,  1820.  Baudouin  frères,  rue  de 
Vaugirard,  n°  3G,  et  Delaunay,  au  Palais-Royal.  Prix,  5o  c. 

Il  y  a  d'excellentes  idées  dans  cette  brochure,  et  elles  soûl  ei 
primées  sous  des  formes  très  spirituelles. 

24ï)'  —  Manuel  dis   Français  sous  le  régime  de  la  (.'/tarte,   ptfi 
Alexandre  Goujon   :  seconde   édition,    augmentée  de  toutes  I 
lois  promulguées  dans  la  session  de  1819.  1  vol.  in-8°  de  18  j  pag 
JVlongic  aîné,  boulevard  Poissonnière,  n°  18. 

Ce  Manuel  contient,  avec  la  Charte,  le  peu  de  lois  qui  com 
mençaient  à  s'élever  sur  cette  base  fondamentale  de  nos  libertés 
On  ne  saurait  contester  l'utilité  d'un  pareil  recueil. 

a5o.  —  De  C  Incompatibilité  delaJYoblesse  et  de  la  Punie  heu 
ditaire,  pour  servir  à  apprécier  les  changemens  proposés  à  la  loi 

actuelle  des  élections  ;  par  un  ancien  député.    Brochure  in-8°  tk 


388  LIVRES  FRANÇAIS. 

43  pages.  Paris,  1820.  Baudouin  frères  ,  rue  de  Vaugirard,  n°36  , 
etDclaunay,  au  Palais-Royal.  Prix  ,  1  fr.  j5  c. 

25i.  —  (*^  Recueil  il  s.  discours  prononcés  au  patientent  d'sfngle- 
trr.rc  par  J.-C.  Fox  d  W.  Pitt,  traduit  de  Fanclaiê  ei  publié  pat 

MM.  H.  de  J  ,  chevalier  de  Saint-Louis  ,  ancien  officier  de.  la 

marine  française ,  et  L.  P.  de  Jcssif.u,   auteur  de  plusieurs  ou- 
i'/-  mes  d 'éducation.  Avec  portraits.  Paris,  1820.  Tome  12.  M 
rael,  Ancelin  et  Pochard,  libraires,  rue  Dauphine  ,  nn  9. 

252.  —  Ode  h  notre  fige  anal)  tique  ;  par  M.  INépomucène 
L.  Lemercier,  de  l'Institut  royal  de  France.  Paiis,  18^0.  Bro- 
chure  in-8°  de  18  pages.  Baudouin  frères,  rue  de  Yaugirard, 
n°  36. 

Cette  ode  est  l'expression  animée  des  sentimens  patriotiques  de 
l'auteur,  qui  l'a  dédiée  à  son  estimable  ami  M.  Colin,  juriscon- 
sulte. Des  39  strophes  dont  elle  se  compose,  nous  nous  bornerons 
:  c  iter  la  dernière  : 

«  De  l'humaine  équité  tracez  le  caractère  : 
Consacrez  de  nos  jours  les  droits  représentes. 
Fille  du  vœu  de  tous,  la  loi  rend  sans  mystère 
Des  décrets  de  tous  respectes  : 
Mais  toute  loi  ,  fille  adultère 
Des  sectes,  des  partis,  de  l'or,  du  cimetère  , 
West  qu'un  monstre  qui  tombe  au  cri  des  libertés.  » 

•".. —  lr.  pi  ire  aux  louangeurs  du  teins  passé;  par  J.-P.-G. 
Yn.NNET.  Paris,  1820.  Ladvocat,  libraire,  Palais-Royal,  galerie 
de  bois,   nos  197  et  198.  Prix,  ^5  cent. 

Le  poème  de  Parga,  Y /-'pitre  au  Capucin  et  V /'pitre  ',1  M.  le 
maréchal  Gouvion-Saint-Cirr,  sur  C  armée  ^  ont  <i<  jà  mis  je  public 
:':  portée  de  bien  apprécier  le  tab  ni  de  M«  \  iennet  :  on  M  le  trou- 
vera certainement  pas  inférieur  à  lui-même  dans  cette  nouvelle 
épttre,  ([ne  terminent  les  vers  raùrans: 

Allons,  demeurez-nous,  et  soutirez  nos 
Convenez  que  mon  siècle  a  quelques  sn 
]•  t  n'allez  p:»s  surtout .  en  1  ritiquanl  mes  ti 
Crier  au  philosophe,  A  l'impie,  au  pen 
|e  mis  on  bon  humain  qui  chéri: 

oudrais  puis  gais,  plus  calme,  plus  trut  ibl 


LIVRES  FRANÇAIS.  58$ 

Mais,  en  attendant  mieux,  je  les  prends  comme  ils  sont. 
Par  tout  ce  qu'ils  ont  fait  j'excuse  ce  qu'ils  font  ; 
Et  maigre  leurs  défauts,  leurs  débats  polifiques, 
Leurs  poèmes  en  prose  et  leurs  vers  romantiques, 
Les  pamphlets,  les  censeurs  et  les  gens  comme  vous  , 
Mon  siècle  et  mon  pays  sont  les  meilleurs  de  tous. 

25  j.  —  Recueil  de  V Académie  des  Jeux  floraux .  1820.  Toulouse, 
\T.  J.  Dalles,  imprimeur  de  l'Académie.  In-8°  de  xxxixet53  pag. 

Sur  treize  pièces  qui  composent  ce  recueil ,  neuf  ont  con- 
couru, dont  quatre  ont  été  couronnées;  les  autres  sont  l'ouvrage 
des  maiuteneurs  ou  maîtres  des  jeux  floraux.  Les  quatre  pièces 
couronnées  sont  :  une  ode  de  M.  Dieulafoi  :  le  Siècle  de 
Louis  .17/^-  une  ode  de  M.  Victor-Marie  Hugo  :  Moïse  sur  le 
iY:7-  une  Ézître  sur  le  s; acide ,  par  M.  Charles  de  St. -Maurice  ; 
et  un  hymne  à  la  Vierge  ,  de  madame  Tastu  :  la  treille  de  Noël. 

«  Pour  sujet  de  discours,  en  1821  ,  l'Académie  a  proposé  de 
nouveau  la  question  suivante  :  Quels  sont  les  caractères  distinc- 
tijs  de  la  littérature  romantique,  et  quelles  ressources  pourrait- 
elle  offrir  a  la  littérature  classique?  L'Académie  a  délibéré  que 
la  valeur  du  prix  serait  doublée,  et  l'a  portéà  neuf  cents  francs.  » 

S'il  ne  s'est  présenté  personne  en  état  de  bien  traiter  la  ques- 
tion que  l'Académie  avait  déjà  proposée  pour  cette  année,  c'est 
moins,  sans  doute,  à  cause  de  l'insuffisance  du  prix,  que  par  la 
difficulté  de  répondre  à  cette  question,  dans  le  sens  où  elle  est 
présentée. 

255.  —  Examen  critique  et  Complément  des  Dictionnaires  his- 
toriques les  plus  répandus  ,  depuis  le  Dictionnaire  de  Moréri ,  jus- 
qu'à la  Biographie  universelle  inclusivement.  Tome  l*T  (  A-J  ), 
contenant  environ  2^0  articles  nouveaux,  5o  refaits  et  56o  cor- 
rigés ou  augmentés.  Paris,  chez  Rey  et  Gravier,  libraires,  quai 
des  Augustins,  no  55.  1820;  in-8°.  Prix.  8  francs  et  9  fr.  55  cent-, 
franc  de  port.  Par  l'auteur  du  Dictionnaire  des  ouvrages  anony- 
mes et  pseudonymes. 

Ce  nouvel  ouvrage  de  M.  Barbier,  sur  lequel  no'is  reviendrons, 
peut  servir  de  supplément  au  nouveau  Dictionnaire  historique  do 
MM.  Chaudon  et  Delandine;  à  celui  de  l'abbé  de  Feller  ;  au  Dir- 
ùonnairc  unwcrscldc  M.  Prudhommc;  i  la  Biographie  univèt 
frères  Michaud  ,  etc. 


Sgo  LIVRES  FRANÇAIS. 

Le  second  et  dernier  volume  paraîtra  dans  les  trois  mois  qui 
suivront  la  publication  de  la  dernière  livraison  de  la  Biographie 
universelle. 

La  publication  de  cet  ouvrage  nous  paraît  un  service  rendu  à 
l'histoire  littéraire  générale  ;  on  le  doit  à  la  Revue  encyclopalique, 
puisque  l'auteur  avait  eu  d'abord  le  dessein  de  le  publier  par  por- 
tions, dans  diflerens  numéros  de  notre  journal. 

INous  n'avons  pu  encore  que  jeter  un  coup-d'œil  rapide  sur  ce 
volume  5  mais  nous  croyons  pouvoir  assurer  qu  il  justifiera  l'at- 
tente des  amateurs.  Les  articles  de  M.  Barbier  sont  véritable- 
ment neufs,  puisqu'en  général  on  ne  les  trouve  dans  aucun  dic- 
tionnaire historique.  Ses  remarques  critiques  et  littéraires  sont 
de  nature  à  piquer  vivement  la  curiosité.  Il  a  tiré  beaucoup  de 
détails  d'un  ouvrage  manuscrit  de  Guillaume  Colletet,  intitulé. 
Histoire  des  poêles  français.  L'abbé  Goujet  et  l'abbé  de  Saint-Lé- 
ger avaient  fait,  d'inutiles  efl'orts  ,  pendant  le  cours  de  leur  vie 
laborieuse,  pour  se  procurer  la  lecture  de  cet  important  ma- 
nuscrit. M.  A.  J. 

a56.  —  Discours  sur  J\'icolas   hopemik,  par  Jean  SniAOECKI. 
Imprimé  à  Varsovie,  en  i8o3  et  1818.  Réimprimé  à  Paris,  en  iS  >>, 
In-8°  de  io3  pages.  Chez  Vigor  lunaudière ,  imprimeur-libraire, 
Marché-Neuf,  n°  48. 

Le  but  de  l'auteur  ,  eu  publiant  ce  Discours  ,  a  été  de  relevei 
l'erreur  de  quelques  écrivains  allemands  et  français  ,  qui  donnent 
une  origine  allemande  à  Kopernik  ,  rendis  que  ion  origine  polo* 
naise  est  incontestable.   L'auteur  y  donne  l'histoire  exacte  delà 

vie  et  des  tia\an\  de  ce  célèbre  astronome. 

-iS'i.  —  /'(  de  Marie  Stuqrtt  reine  d'Ecosse ,  par  F.  Gebtzj 
traduite  de  I  allemand  ,  par  Dam.aze  de  Raymond  Seconde  édi- 
tion, revue  et  corrigée,  ornée  de  5  gravures.  Paris,  1820,   1   ?c4< 

in- la  de  aa8pag-    Ladvocat,    binaire,    Galerie    de    bois,    Palais- 

ftoyal,  n0*  197  et  198.  Prix,  .'>  fr. 

Pour  la  composition  de  cet  ouvrage ,  on  a  consulté  Buchanan , 
Lesley,  l'auteur  des  (Mémoires  de  Crawtfunl,  Melvil,  Brantôme, 
Camden  et  de  Thon  ,  la  plupart  contemporains  de  Marie  Stuartj 
et ,  pai  mi  les  écrivains  plus  modernes,  Rapin  ,  le  continuateur  d< 
Maitland,  Robertson,  Hume  et  YVhitacker.  Tvtler  et  Goodall 

Ont   e|<:  .tti.ssi  comparés  avec  soin,  pour  les  derniers  e\enemens 


LIVRES  ERAINÇA1S.  5gi 

de  la  vie  de  Marie,  qui  présentaient  quelques  obscurités.  Ainsi, 
tous  les  documens  de  cette  histoire,  qu'on  aime  à  consulter,  sur- 
lout  depuis  qu'elle  a  fourni  à  la  scène  française  un  sujet  des  plus 
attachans,  se  trouvent  maintenant  réunis ,  et  l'on  ne  peut  guère 
espérer  d'en  avoir  à  l'avenir  de  plus  complets. 

258.  —  Kie  privée  de  Voltaire  et  de  madame  Du  Chatelet, 
pendant  un  séjour  de  six  mois  à  Cirey  ;  par  l'auteur  des  Lettres 
pe'ruviennes:  suivie  de  cinquante  lettres  inédites,  envers  et  en 
prose,  de  Voltaire.  Paris,  1820.  1  vol.  in-80  de  460  pages,  avec 
le  portrait  lithographie  de  madame  de  Graffigny.  Treuttel  et 
Wvirtz,  rue  de  Bourbon,  n°  17. 

Le  titre  de  cet  ouvrage  marque  sa  place  dans  toutes  les  biblio- 
thèques, à  côte  des  œuvres  du  philosophe  de  Ferney,  à  la  suite 
de  ses  biographies  nombreuses,  qu'il  doit  servir  à  compléter. 
•  Mettre  eu  scène  Voltaire  et  la  femme  extraordinaire  qui  com- 
menta Newton,  au  moyen  d'une  correspondance,  jusqu'alors 
inédite,  de  madame  de  Graffigny,  était  une  pensée  heureuse,  dont 
l'éditeur  a  su  profiter.  Accueillie  à  Circy,  probablement  peu  de 
tems  après  son  divorce  ,  madame  de  Graffigny  faisait  connaître, 
dans  la  confiance  de  l'amitié,  à  M.  Devaux,  tuteur  du  roi  Stanis- 
las, tout  ce  qui,  dans  ce  séjour  des  arts  et  de  la  littérature,  lui 
paraissait  digne  de  quelque  attention.  Gcs  lettres  furent  commu- 
niquées au  monarque  ,  puis  à  quelques  personnes  qui  étaient  dans 
son  intimité.  On  en  forma  un  recueil  qui  fut  jugé  intéressant 
et  curieux;  c'est  ce  même  manuscrit,  trouvé  dans  le  porte-feuille 
de  M.  de  RouHlcrs  ,  que  l'on  nous  donne  aujourd'hui  dans  sa  sim- 
plicité native.  Madame  de  Graffigny  aime  à  représenter  A  oltaire, 
absolument  tel  qu'il  se  montrait  dans  son  intérieur:  brusque, 
irascible,  intraitable;  mais  humain  ,  bienfaisant ,  généreux. 

Les  lettres  de  cet  homme  extraordinaire  ,  qui  terminent  cette 
collection  ,  sont  adressées  à  des  personnages  célèbres,  tels  que  le 
pape  Renoist  XIV  ,  Louis  XV  ,  les  ducs  de  Richelieu  ,  de  Choi- 
scul,  la  duchesse  du  Maine  ,  etc.  Elles  achèvent  de  faire  connaî- 
tre ce  poète  philosophe,  qui  savait,  si  à  propos ,  devenir  bel- 
esprit  ,  courtisan,  homme  du  monde.  La  duchesse  du  Maine  est, 
dans  ces  lettres,  la  muse  qui  l'inspire  ;  c'est  à  elle  qu'il  doit  ses 
inspirations;  seule  elle  a  fait  ses  tragédies.  S'il  écrit  au  président 


V  livres  français: 

Henatllt,  il  le  représente  à  table  avec  les  Grâces,  et  le  dédommage 
ainsi  de  l'avoir  ailleurs  transforme  en  gastronome  : 

Hénault  y  fameux  par  tes  soupers. 

Dans  une  lettre  précédente,  où  il  rappelait  son  poème  sur  la 
Bataille  de  tontenoy ,  il  l'avait  loue'  plus  finement,  en  coin- 
meneant  par  ces  vers  : 

Rival  heureux  de  Salluste  et  d'Horace, 

Vous  savez  peindre,  orner  la  vérité. 
Je  n'ai  montré  qu'une  impuissante  audace, 
Dans  ce  combat,  que  ma  muse  a  chante  : 
J'ai  crayonne'  pour  le  moment  qui  passe, 
Et  vous  gravez  pour  la  postérité. 

Tous  les  amis  de  la  philosophie  et  des  lettres,  et  tous  les  ama- 
teurs  de  l'histoire  littéraire,  devront  se  procurer  le  nouveau  re- 
cueil que  nous  annonçons.  I).   B. 

25q. —  Testament  de  Jean- Jacques  Rousseau,  trouve  à  Cham- 
béry,  en  18-20  •  publie  avec  sa  justification  envers  madame  de 
Warrens,  par  Antoine  Métral,  avocat.  Brochure  de  26  pages 
in-8°.  Paris,  1820.  Baudouin  frères,  rue  de  Vaugirard,  n°  36 ;  et 
Delaunay  ,  au  Palais-Kayal.  Prix,  5o  cent. 

Il  n'est  aucune  des  particularités  de  la  vie  de  J.-J.  Rousseau 
que  n'aiment  à  recueillir  tous  ceux  qui  l'ont   de  l'étude   du  COSUr 
humain  le  principal  objet  de  leurs  méditations.  Sous  ce  rapport 
le   testament  de  Jean-Jacques    les   intéressera,  sans  doute.    d< 
même  que  la  notice  dont  il  est  accompagne.    L'éditeur  dit  avoii 
en  sa  possession  un  recueil  manuscrit  de  chansons  notées,  com- 
posé par  Rousseau,  et  écrit  tOul  entier  de   sa  main,  alors   qu'- 
L'abri  des  orages  de  la  célébrité,  il  se  bornait  à  donner  des  leçons 
de  musique  an\  demoiselles  «b-  Ghambéry,  qualifiées  par  lui 
mables  écoUères.  La  publication  de  ce  recueil  sérail  une  acqi 
tion  précieuse  pour  les   littérateurs  qui  honorent  la  mémoire  de 
Jean- Jacques  ;   et  nous  osons  espérer  que  vî    Métral  ne  lu  bu; 
fera  pas  désirer  plus  long! 

M.  Raymond,  savant  distingi  la  Savoie,  el  l'un  de  no 

collaborateurs,  a  fait  l'acquisition  de  la  maison  de  campagne  de» 
l. bai  mettes .  qui  a  été  habitée  par  Rousseau.  11  a  soin  île  consi- 
gner, dans  un  registre  spécial ,  les  «In  erses  inspirations  q 


LIVRES  FRANÇAIS.  595 

vent  les  voyageurs  de  tout  pays,  à  la  vue  de  ces  lieux  si  pleins 
des  souvenirs  de  ce  grand  homme.  M.  Raymond  en  a  fait  une 
description  de  la  pins  scrupuleuse  exactitude  :  elle  se  vend  chez 
les  libraires  de  Chambéry. 

260.  —  Mémoires  et  dissertations  sur  l&  Antiquités  nationales 
et  étrangères ,  publie's  par  la  Société  royale  des  Antiquaires  de 
France,  tome  second.  A  Paris,  chez  $mith,  imprimeur-libraire, 
rue  de  Montmorency;  au  bureau  de  l'Almanach  du  Commerce  , 
rue  J.-J.  Rousseau.  —  An  1820. 

«  La  Société  royale  des  Antiquaires  de  France,  n'ayant  d'autre 
djfe'sir  que  celui  d'étendre  autant  qu'elle  le  peut  le  domaine  de  la 
science,  se  fait  un  devoir  constant  d'observer,  dans  les  mnnu- 
mens  que  le  tems  a  respectés,  dans  les  inscriptions ,  les  médailles, 
les  diplômes  ,  les  manuscrits,  les  mœurs,  usages  et  coutumes,  les 
divers  dialectes ,  les  traditions,  tout  cequipeutsupplcerau  silence 
de  l'histoire  pour  les  tems  anciens,  et  particulièrement  pour 
ceux  de   la  Gaule  et  les  premiers  siècles  de  notre  monarchie.  » 

Le  but  des  travaux  de  la  Société  est  fidèlement  tracé  dans  ce 
début  du  discours,  qui  ouvre  le  volume ,  et  que  M.  de  Ladou- 
cette  a  prononcé,  comme  président,  à  la  séance  publique  du  io 
mai  1819.  Nous  allons  voir  si  ce  but  est  Convenablement  rempli. 

Dans  un  rapport  plein  de  méthode  et  de  clarté,  M.  Bottîn  , 
secrétaire  général ,  passe  en  revue  les  ouvrages  des  membres  de  la 
Société,  qui  ont  eu  pour  objet  :  les  langues,  les  monumens  celtt- 
ques,  grecs  et.  romains,  tels  que  le  Trésor  des  Origines,  par 
M.  Pougens;  l'Essai  de  M.  le  comte  François  de  Neuf  château  sur 
nos  meilleurs  ouvrages  en  prose  ;  le  (Glossaire  de  la  langue  romane  , 
parM.  de  Roquefort;  un  travail  sur  le  vieux  langage  du  Hainaut, 
par  M.  Hécaii  ;  un  supplément  in-folio  aux  Glossaires  des  lan- 
gues romane  et  tudesque  ,  par  M  Guillemot  ;  un  manuscrit,  àe 
M.  Mu  ri  th.,  sur  les  médailles,  inscriptions,  statues,  etc.,  du  Va- 
lais; un  autre,  de  M.  l'archevêque  de  Mohilow,  sur  l'origine  i\e* 
peuples  de  la  Russie  ;  le  Recueil,  de  feu  M.  Grivaud  de  la  Vin- 
celle,  sur  les  monumens  antiques  découverts  dans  les  Gaules  ;  le 
f^oyage  entre  Meuse  et  Rhin,  de  M.  de  Ladoucette  ;  «me  notice  , 
que  le  même  se  propose  de  publier  sur  l'histoire  .  les  monument  . 
usages,  dialectes,  etc.  ,  des  Hautes-  Alpes  ;  des  Mémoires  histo- 
riques et  statistiques  du  département  de  l'Ain,  par  "M.  Riboud; 


594  LIVRES  FRANÇAIS. 

des  notices,  de  MM.  Rallier,  de  la  Pilaye,  Paris  ,  Pailliez  ,  Raui- 
hac,  Delpont,  Lenoir,  Bottin  ,  de  la  Chapelle  ,  etc. ,  sur  des  roo- 
numens  celtiques  ;  d'autres  sur  le  passage  d'Annibal,  par  M.  For- 
tia  d'Urban;  sur  le  Brivales-porlus ,  par  M.  Antenas  •  sur  les  an- 
tiquités du  Lot,  par  IVLTaillcfer;  de  Scarpone,  par  M.  Mansuy  . 
etc. ,  etc. ,  etc. 

Sur  vingt-six  articles,  compris  dans  le  second  volume  de  la 
Société,  il  en  est  quatre  qui  concernent  des  pays  étrangers. 
M.  Mathieu  voit,  dans  les  buttes  de  la  Zélande,  «  des  monumens 
»  celtiques,  du  haut  desquels  les  prêtres  druides  prêchaient  leurs 
»  dogmes.  »  Il  leur  trouve  trop  peu  d'élévation  au-dessus  du  ni- 
veau de  la  haute-marée,  trop  peu  d'espace  à  leur  sommité,  des 
formes  trop  identiques  dans  les  parties  exposées  ou  non  aux  ra- 
vages de  la  mer-  enfin,  elles  sont  trop  dominées  par  les  dunes, 
pour  avoir  jamais  servi  de  digues  et  de  lieux  de  refuge. 

JNI.  iMuntcr  avait  publie  une  dissertation  sur  la  plus  ancienne 
religion  du  Kord  avant  Odin.  M.  Depping  en  a  fait  une  analyse 
critique  et  très  instructive. 

]\1.  Cirbied  ,  Arménien  d'origine ,  a  rédigé  ,  sur  le  gouvernement 
et  la  religion  de  son  pays  natal,  les  détails  les  plus  curieux.  Tous 
ceux  qui  voudront  écrire  sur  l'Arménie  les  consulteront  avec 
fruit.  Ce  précièni  ou V rage  avait  été  d'abord  destiné  par  l'au- 
teur à  la  Revue  \  il  se  trouve  plus  convenablement  placé  dans 
les  Mémoire*  de  la  Socu  i<-  des     tntujuaircs. 

Ouest-ce  que  ces  statues  colossales,  aux  oreilles  pendantes  et 
percées,  qui  sont  en  grand  nombi e  dans  111e  de  P4queS?  M.  Ral- 
lier pense  que  cette  petite  île  n'est  que  le  sommet  «I  une  mon- 
tagne consacrée  dans  un  continent,  qui  a  dispara  par  suite  d'un 
ancien  déplacement  «lu  centre  de  gravité  de  la  terre,  de  la  sub- 
mersion des  terres  australes  •  tandis  qu'au  Nord  ,  une  partie  de 
l'Eurppe,  de  l'Asie  et  de  l'Afrique,  sortaient  «lu  sein  des  mers. 
Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  grandes  considérations  physiques,  on 
retrouve  avec  surprise  sur  le  rocher  nomme  I  île  «le.  Piquet  les 
usages,   vêtement ,  armes  des  Mes  de  la  Sonde ,  qui  en  sont  fort 

éloignées,    avec    la    langue  de    Haïti  .    et    même  de  la    Nouvelle 
Zélande. 

Revenons  aui  Mémoires  qui  concernenl  les  antiquités  natio- 
nales. Après  avoir  ftt)t  mention  de  trois  notices  intéressantes,  sur 


LIVRES  FRANÇAIS.  595 

M.  Millin,  par  M.  Auguis  ;  M.  Moreau  de  St.-Mery,  par  M.  Bot- 
tin  ;  M.  de  la  Houssaye ,  par  M.  Paganel  :  M.  Jacob  nous  fait  con- 
naître un  monument  druidique,  situe  à  un  myriamètrc  de  cette 
ville  de  Rheims  qui  est  si  riche  en  antiquités.  M.  de  Freminville 
a  donne  un  Mémoire  sur  les  monumens  druidiques,  qu'il  a  obser- 
ve's  et  décrits  avec  beaucoup  de  soin  dans  le  pays  Chartrain  ;  trois 
planches,  retraçant  17  figures,  sont  jointes  à  cet  article  .  auquel  on 
doit  beaucoup  d'éloges.  Des  recherches  bien  faites  reromman- 
dent  deux,  notices,  du  même,  sur  des  monumens  d'antiquités 
celtiques  et  françaises  du  département  des  Côtes-du-Nord,  et 
sur  les  premiers  monumens  chrétiens  de  l'Armorique ,  dont  neuf 
sont  représentés  sur  une  planche.  On  désirerait  que  ces  recher- 
ches fussent  plus  complètes. 

M.  Dumège  démontre  qu'un  autel ,  qui  se  trouve  dans  le  Musée 
de  Toulouse,  appartient  au  culte  du  sabéisme.  Dans  le  fragment 
sur  les  monumens  historiques  de  Bretagne,  par  M.  Mangourit, 
des  observations  fines  ,  un  style  piquant,  distinguent  ce  qu'il  dit 
sur  le  gouvernement  druidique  .  la  gynéeoeralie,  la  chute  et  le 
refuge  des  druides  en  Albion  et  dans  l'Armorique,  l'établisse- 
ment du  Christianisme,  les  services  rendus  aux  sciences  par  les 
moines,  les  pillages  des  INormancls;  l'influence  des  siècles  de 
Charlemagne,  Louis  IX,  François  Ier,  Louis  A1V.  On  lit  avec 
le  plus  vif  intérêt  le  morceau  de  M.  Dulaure  sur  les  cités,  les 
lieux  d'habitation,  l'architecture  civile  et  militaire  des  Gau- 
lois avant  les  Romains.  Civitas,  qui  signifiait  une  nation  chez 
les  Gaulois  indépendans,  n'était  qu'une  ville  capitale  pour  ceux 
qui  avaient  passé  sous  le  joug  de  Rome.  Opidum  était ,  non  une 
ville,  mais  une  forteresse  eootme  inhabitée  en  beuts.de  paix,  et 
qui,  défendue  par  une  enceinte;  de  murailles,  renfermait  des 
espèces  de  huttes. 

Dans  une  dissertation  Approfondie  sur  Carnac,  M.  le  comte  <!i 
Grandpré  prouve  que  César  n'y  a  pas  eainpé  ;  qu'il  ne  s'y  est  pas 
donné  de  bataille-  que  les  Venetee  n'auraient  qu'une  Hotte,  ci 
point  d'armée  de  terre. 

M.  l)oë  assigne  la   vraie  position  d' dgeflêicmHf,  Aille  des  <Sc- 
noncs  ,  à  Provins  ,  dont  il  trace  une  oof  i<  <•. 

M.deCavlus  avait  parle'  d'il  ne  mann're  trop  abrégée  et  trop  incor- 
rectedu  cainpdeCésar.  prés  de  M  -Thomàt    kiane     La  description 


5gfl  LIVRES  FRANÇAIS. 

détaillée  et  le  plan  exact  qu'en  donue  M.  Devismes,  peuvent  ajou- 
ter à  la  connaissance  des  fortifications  romaines ,  comme  1"  pense 
IM.  lia)  bié  Dubocuge,  q:u  a  rendu  compte  de  cet  écrit.  Plusieurs 
observation.de  M.  Devismes  sont  cependant  conteslées  par  un 
autre  archéologue  instruit,  IM -  Le  Maître  :  ce  dernier  a  lait  un 
travail,  presque  complet  sur  les  antiquités  du  département  de 
l'Aisne,  dont  s'enrichira  sans  doute  le  troisième  volume  des  Mé- 
moires de  la  Société. 

La  ville  d'Agen,  patrie  de  Palissv ,  de  Scaliger,  de  M.  de  La- 
cépède,  était  le  chef-lieu  de  Aihobriges.  Nous  devons  à  M.  le 
baron  Chaudruc  de  Crassane  une  description  bien  faite  de  ses 
antiquités.  (  JT.  Rev.  Ilneyc. ,  T.  VI,  p.  191.  ) 

Suivant  l'opinion  de  M.  Girault,  les  gobelets  mis  dans  les 
mains  des  personnages  représ<  il,  s  sur  les  monuinens  Itinéraires, 
seraient,  non  le  signe  religions  d'un  culte  commun  à  tou^  les 
Gaulois,  mais  une  allégorie  qui  doit  convenir  à  tous  les  âges, 
*cxes  et  conditions. 

La  description  faite  par  M.  Riboud,  d'un  olvphant  OU  grand 
cornet,  chargé  de  bas-reliefs,  a  été,  pour  M.  Alexandre  Lcnoir," 
le  sujet  d'un  rapport  étendu  et  intéressant: 

M.  Rottin  publie  l'extrait  de  M  correspondance  avec  (tu 
M.  Carlier  ,  curé  de  Iiavay  ,  sur  les  pierres  sigillaires  de  Ba- 
vay  et  de  iamars,  <jui  sont  les  cachets  de  médecins-oculistes, 
ressuscites  après  quinze  à  seize  siècles. 

M.  Desgranges  a  recueilli  nombre  de  mots  du  putois  d'une 
partie  du  départi  ment  d'Eure-et-Loir. 

Nous  Unirons  «et  article,  en  indiquant  deux  morceaux  qui 
avaient  déjà  luit  grand  plaisir  a  la  séance  publique  de  l'année 
dernière:  la  Notice  sur  Jeanne  d'Arc,  par  M.  Leiougr.  qui  a  eou- 
Bulté  les  anciennes  chroniques  ,  ainsi  que  les  traditions,  et  le  to< 

moire  archéologique  sur  le  Bugey,  ou  M.  Brillât  de  Savarin  ■>■ 
semé  des  traits  piquant  et  originaux.  I  ne  foule  de  notions  pré- 
cieuses peuvent  jaillir  «!<•>  recherches  sur  les  mesura,  uss 
costumes,  dialectes,  etc.  a  qui  se  rattachenl  i  ane  haute  antiquité 

et  dont  chaque  jour  efface  quelques  nuatnv 

Nous  regrettons  «le  ne  pouvoir  consacrer'  plus  «I  espace  i  I  exa- 
men des  Mémoires  de  la  Société  royale.  Qu'elle  «ont mue  m-s  in- 
rauzavec  persévérance I  qne  ses  membres  la  regardent  comm< 


LIVRES  FRANÇAIS.  597 

une   sorte    de  foyer   central,  où  ils   appellent  et   s'efforcent  de 
rassembler  des  lumières  éparses!  ' 

«  Puisse  l'amour  de  l'antiquité  se  développer  daus  notre  France  ï 
qu  il  excite  l'émulation  des  administrateurs,  «les  savant,  de  tous 
les  propriétaires!  Que  les  constructions  monumentales  de  no> 
siècles  reculés  ne  disparaissent  plus  de  notre  sol  classique!  que 
l'autorité  publique  entretienne  celles  qui  existent  dans  ses  attribu- 
tions ou  dans  ses  domaines!  qu'elle  ouvre  ces  archives  où  se  trou- 
vent enfouis  des  trésors  d'érudition! Saisissons  la  plume  et  le 

crayon  pour  reproduire  nos  monumens  à  l'œil  des  contemporains 
et  de  la  postérité!  qu'un  Musée  ,  un  cabinet  d'antiques ,  une  bi 
bliothèque,  s'élèvent  dans  chaque  chef-lieu  de  département! 
qu'on  y  conserve  les  chartes  manuscrites  et  les  vieilles  chroniques! 
que  chaque  partie  de  la  France,  chaque  ville  ait  son  histoire 
exacte!  que  l'on  contemple  les  traits  des  grands  hommes  dans 
les  édifices  et  sur  les  places  publiques  des  pays  qui  les  ont  vus 
naître!  que  l'on  complète  les  Mémoires  statistique*,  et  qu'on  y 
recueille  tout  ce  qui ,  pour  la  diplomatique  ,  la  paléographie  ,  les 
idiomes,  les  événemens,  les  usages,  peut  nous  retracer  les  tem- 
qui  ne  sont  plus!  (ï  )   » 

En  finissant,  nous  dirons,  avec  M.  Mangourit  :  «  Les  compila- 
teurs bénédictins  n'ont  plus  que  le  mérite,  grand  sans  doute, 
d'avoir  amoncelé  ,  dans  d'obscurs  magasins  ,  des  pierres  brutes  et 
des  granits,  à  peine  essémillés,  que  d'habiles  mains  vont  polir,  et 
dont  le  génie  du  dix-neuvième  siècle  saura  élever  d'imposantes 
colonnades.  Je  viens  d'annoncer  les  travaux  utiles  et  les  destinées 
de  la  Société  royale  des  Antiquaires  de  France.  »  +11* 

j.Gi .  —  Deux  Lettres  à  Mylord  comte  d'yîberdeen  ,  sur  Vaut  lie  n- 
ticité  des  inscriptions  de  Lounnont  ;  par  M.  Raoul-Rocheite  . 
membre  de  l'Institut  royal  de  Fiance,  conservateur  du  Cabinet 
des  Médailles,  etc. ,  etc.  Paris,  1819.  Chez  Renouard,  libraire, 
rue  Saint-André-des-Arts  ,  ny  4^-  In»4Q  de  1  jypag.  •  avec  4  plan- 
ches gravées,  et  une  vignette. 

On  voit  avec  plaisir,  dans  cette  savante  dissertation,  uiodes*- 
nient  livrée  au  public  sous  le  titre  de  Lettres,  un  membre  de  VA  - 
cadémie   des   Inscriptions,  réhabiliter  la  mémoire,    injustement 

l)   Extrait  du  discours  du  président  de  la  Société 


598  LIVRES  FRANÇAIS. 

outragée  ,  d'un  homme  qui  s'est  rendu  célèbre  dans  la  même  Aca- 
de'mie,  et  «jue  Ton  attaque  après  sa  mort. 

Fourmont,  chargé  par  Louis  XV  de  parcourir  la  Grèce  afin  d'y 
recueillir  des  fragmens  d'antiquités,  des  manuscrits,  des  inscrip- 
tions, y  employa  près  de  trois  années  ,  et  rapporta  en  France  un 
immense  recueil  de  monumens  de  toute  espèce-  on  l'accuse  au- 
jourd'hui d'ignorance  et  d'imposture.  Avant  de  passer  à  la  dis- 
cussion par  laquelle  M.  Rochctte  prouve  l'authenticité  des  monu- 
mens recueillis  par  Fourmont ,  il  trace  le  portrait  de  cet  acadé- 
micien d'après  l'opinion  qu'en  avaient  ses  confrères  ,  qui  le 
reconnaissaient  pour  uu  homme  médiocrement  versé  dans  la 
langue  et  l'histoire  grecques  ,  et  nullement  dans  le  commerce  du 
monde  ;  très  laborieux  et  poussant  la  franchise  jusqti  à  la  ru- 
desse- moins  éclairé  qu'honnête  ;  capable,  en  conséquence,  d'in- 
troduire de  mauvaises  leçons  par  inadvertence ,  dans  des  monu- 
mens qu'il  entendait  mal;  mais,  non  pas  d'en  forger  sciemment 
d'imaginaires. 

M  y  lord  Aberdeen  a  reproduit  récemment  dans  les  Memoivs 
relating  to  Kumpean  and  stsi.Uic  J'urkoy,  l'opinion  que  M.  Ri- 
chard-Pay.ne-Knight  avait  fait  prévaloir  en  Angleterre,  dans  son 
///<;/>  Lirai  essay  on  the  greek  alphabet;  opinion  qui  condamne 
comme  faux  les  monumens  publiés  par  Fourmont,  et  cela  parce 
qu'on  v  remarque  des  particularités  de  diction  et  d'orthographe, 
qui  ont  fait  supposer  qu  il  les  avait  forgés.  Mais  ces  mêmes  par- 
ticularités se  retrouvent  sur  le  marbre  de  C1101  seuil  et  sur  iï.iu Ires 
inscriptions  publiées  par  Cn  andler;  el  Al.  Rochctte  détruit  toutes 
les  difficultés  grammaticales,  que  l'on  oppose  à  l'authenticité  dei 
inscriptions  de  Fourmont.  Les  terminaisons  des  nouilles  formes 
des  lettres  trouvent  des  analogues  d.ins  d  aufr<  I  inscriptions  in- 
dubitables,  et  dans  les  légendes  de  médailles  dune  époque  très 
reculée  ,  que  Ri.  Koohttte  a  réunies  dans  les  planchée  grm   <  - 

Nous  ne  pouvons  entrer  ici  dans  toutes  le> dt SCUMKHW  <| ni  com- 
posent ce  Mémoire,  et  qui  paraissent  victorieuses  confie  les  ac- 
CVMCUttdc  Fourmont;  mais  nous  ne  devons  point  passer  sous 
silence  la  publication  d'un  ties  beau  médaillon  inédit,  dont  s'est 

enrichi  depuis  peu  le  c;ibin<  I  des  médailles  de  Franee  On  attri- 
buait jadis  à  l'île  de  Leshos.  plusieurs  médailles  que  les  iiimiMiKi- 
tistes  ont  restituées  1  la  [Macédoine,  <à-lles  sur  lesquelles  >>n  lisait 


LIVRES  HÎAKÇA1S.  699 

!c  mot  OPHSKlXiN  étaient  de  te  nombre,  et  M.  Knight  partage 
en  ( to  cette  erreur.  Le  médaillon  d'argent  dont  nous  parions 
et  dont  le  type  et  la  fabrique  sont  évidemment  macédoni. 
porte   l'inscription  OPPHEKmN.    M,  Kochette  l'attribue    ■ 
peuples  inconnus  qu'il  nomme  Orescii,  et  dout  il  pense  que  in 
mémoire  ne  s'est  pas  autrement  sauvée  de  l'oubli. 

Les  géographes  anciens  nous  ont  conserve  le  nom  des  Orc«- 
titm  ,  ou  habitans  de  YOrcstiadc ,  que  Stiabon  (liv.  Vil  ,  j>. 
place  sur  les  bords  dû  fleuve  Célidnus,  et  pris  de  la  Thcssdie. 
Tite-Live  parle  aussi  de  cette  région  (liv.  XXXI,  chap.  40). 

Il  y  a  tant  d'analogie  entre  les  deux  noms,  qu'il  a  semble  s.  plu- 
sieurs numisrnatistes  que  ce  médaillon  pourrait  être  attribue  aux 
O  restions  (1). 

Au  surplus  ,  c'est  sous  le  rapport  de  la  paléographie  que  M.  Ro- 
chette  a  cite  ce  médaillon  ,  dont  les  caraetéi.  s  viennent  à  l'appui 
de  ceux  des  inscriptions  de  Fonrmont ,  et  dont  l'orthographe  dif- 
fère sur  les  deux  médailles  où  ce  nom  est  écrit.    . 

Parmi  les  Mémoires  savans  que  produisent  nos  Académies ,  il 
en  est  peu  qui  puissent  convenir  autant  que  celui-ci  à  plusieurs 
classes  de  lecteurs  ,  puisque  la  paléographie,  la  numismatique  , 
l'histo'.re  des  découvertes  y  ont  une  part  égale,  qu  il  a  de  plus  le 
mérite  de  détendre  la  mémoire  d  un  savant  fiançais  ,  et  que  sous 
ce  rapport  il  intéresse  l'honneur  national.  Dumeas 

262. —  Oiïui'resdeLORD  Btron,  traduites  de  l'anglais, contenant 
ses  divers  poèmes:  le  Corsaire ,  Lara ,  Adieu  ±1*  siège  de  Oorinthe, 
ParistMa,  le  Karnpire,  Oscar  tC 'A Iva  ,  3/azeppt,  etc.;  lafianeée 
d'Abydos,  Manjr^d,  etc.  •  Chiide.  Uarold;  le  (îiaour,  le  Prt 
nier  de  Ctiilou;  Don  Jouan;  Ode  à  fenise  ;  (Jalmar  et  Oitc.  — 
Faris,  1819  et  F$ao,  6  vol.  in-12,  ensemble  1970  pages.  Lad- 
vocal,,  libraire,  éditeur  dt-*  Fastes  de  la  gloire,  Palais-Aoyai , 
galeries  de  bois,  n0,  ag-j — 7.98.  —  Prix,  ao  et  j>\  IV. 

La  poésie  originale,  pittoresque,  énergique,  souvent  sublima 
de  lord   Byron,  ne  pouvait  que  perdre  beaucoup  dans  une  tra- 


(1)  Ce  point  sera  sans  doute  discuté.  !!  •  I  \  o  qu'il  y  .1  sur  les 
medaillei  un  K  *l  non  pas  uni.-  mais  le  nom  du  peuple  aurait  pu 
changer,  ou  bien  il  pourrait  \  avoir  dans  les  géographes  une  faute 
de  copie  d'autant  plus  naturelle,  que  le  nom  a O reste  a. naît  jiu 
sembler  l'étymologie  du  nom  d'Orcstide  ou  Orestiade. 

TOME   vi.  q'i 


6oo  LIVRES  FRANÇAIS. 

duction,  et  surtout  dans  une  traduction  en  prose.  Celle-ci  est 
quelquefois  pâle  et  décolorée.  Cependant,  on  lit  avec  un  vif  in- 
térêt ces  poè'mes  bizarres,  étincelans  de  beautés,  dont  l'auteur 
trouve  de  nobles  inspirations  dans  les  écarts  mêmes  d'une  imagi- 
nation mélancolique ,  désordonnée ,  affranchie  de  toute  espèce  de 
joug.  On  peut  lui  reprocher  de  manquer  de  jugement  pour  con- 
cevoir et  pour  ordonner  un  plan.  Il  n'a  que  rarement  cette  sensi- 
bilité profonde  qui  vient  de  Tame ,  et  qui  se  communique  à  l'ame. 
Une  sombre  misanthropie  le  domine;  un  froid  mépris  pour  les 
hommes,  pour  la  vie,  pour  les  choses  terrestres  et  mortelles- 
une  sorte  de  dégoût  et  de  satiété  qui  s'étend  à  tous  les  objets , 
n'empêchent  point  que  de  grandes  et  belles  pensées  ne  s'échap- 
pent, comme  par  saillies,  des  ténèbres  dans  lesquelles  il  se  plaît 
à  s'envelopper.  Par  ce  motif,  quoique  la  lecture  de  ses  poésies 
soit  séduisante  et  entraînante,  elle  ne  pénètre  point  très  avant 
dans  le  cœur.  On  ne  se  trouve  ni  meilleur,  ni  plus  heureux ,  par 
une  communication  intime  avec  lui.  —  L'article  très  étendu  que 
nous  avons  publié  sur  l'édition  anglaise  des  OEuvres  de  lord 
Byron  (  Voy.  ci-dessus,  tom.  V  ,  pag.  129 — 1 45  ) ,  nous  interdit 
d'entrer  ici  dans  de  plus  longs  détails.  M.  A.  J. 

Livres  étrangers  imprimés  en  France. 

2G3.  —  (*)  Biblioteca  selecla  de  literatura  espanola,  o  modelos 
de  elocuencia  y  poësia  ,  tomados  de  los  escritores  mas  célèbres 
desde  el  siglo  14°  hasta  nuestros  dios  ,  etc.  ;  por  P.  Mf.ndipil  y 
M.  Silvela.  Bordeaux,  1819  et  1820.  4  forts  volumes  in-8°  de 
plus  de Goo pages,  chacun  6 fr.  La-walle  jeune  et  neveu. 

Cet  ouvrage  manquait  à  la  littérature  espagnole.  Abondante  en 
beautés  de  tous  les  genres ,  riche  dans  les  uns  ,  excellente  dans  les 
autres  ,  mais  inégale,  négligée  presque  dans  tout,  et  surtout  peu 
connue,  des  étrangers,  elle  réclamait  depuis  long -tems  un  re- 
cueil propre  A  inspirer  aux  Espagnols  le  goût  de  son  étude,  et 
aux  étrangers  le  désir  d'en  juger  avec  plus  de  connaissance  qu'ils 
n'ont  pu  le  faire  jusqu'ici.  Ce  n'est  pas  que  des  collections  sous 
différens  titres  n'aient  été  publiées  dans  la  Péninsule,  et  même  dans 
les  pays  étrangers  j  mais,  sans  parier  du  mauvais  goût  qui  a 
presque  toujours  présidé  au  choix  de  la  plupart  de  ces  recueils  , 
el  tout  en  tendant  justice  au  mérite  particulier  d'un  petit  nombre 


LIVRES  FRANÇAIS.  60 1 

d'entre  eux,  on  peut  dire  ,  sans  crainte  d'être  taxe'  de  trop  de  sé- 
vérité, qu'ils  sont  incomplets  ou  peu  méthodiques.  La  Biblio- 
thèque choisie  que  nous  annonçons,  se  recommande  autant  par  le 
choix  éclaire  des  matières  qui  la  composent,  que  par  la  disposi- 
tion du  plan  'dans  lequel  elles  ont  été  rangées.  On  y  remarque 
principalement  le  soin  que  les  éditeurs  ont  apporté  à  concilier 
partout  l'importance  des  idées  et  l'intérêt  des  sujets  avec  les 
beautés  du  langage  et  de  la  pensée  ;  tâche  d'autant  plus  difficile  à 
remplir,  qu'en  général  les  écrivains  espagnols,  abandonnés  à  la 
fougue  de  leur  imagination,  ou  restreints  dans  des  limites  im- 
posées à  la  raison  par  des  institutions  tyranniques,  ne  laissaient 
entrevoir  ces  rares  qualités  qu'à  travers  un  voile  mystérieux. 

La  Bibliothèque  est  divisée  en  deux  parties  principales  5  la  pre- 
mière contenant  la  prose ,  et  la  seconde,  la  poésie.  Chacune  de 
ces  deux  parties  est  subdivisée  en  genres ,  qui  présentent,  dans  un 
ordre  chronologique ,  une  gradation  convenable  pour  la  succes- 
sion des  tems  et  les  altérations  successives   de  la  langue  espa- 
gnole, depuis  sa  formation  primitive  jusqu'à  l'âgeoùnous  vivons. 
Les  trois  grandes  sections  de  la  prose  sont  calquées  sur  les  trois 
principaux  caractères  du  style,  le  simple ,  le  tempéré  et  le  grave, 
qui,  dans  des  subdivisions  suflisamment  détaillées,  présentent, 
sous  une  diversité  très  variée  de  nuances  ,  un  grand  nombre  de 
modèles  du  premier  ordre  dans  l'art  d'écrire  et  de  parler.    La 
partie  poétique ,  étant  par  sa  nature  plus  susceptible  d'offrir  des 
modèles  de  compositions  entières,  se  trouve  divisée  en  huit  sec- 
tions ,  renfermant  dans  la  même  gradation  que  la  prose,  les  genres 
lyrique,   tlégiaque  ,    bucolique,   descriptif,    epigrammatique   et 
demi  -  sérieux,  satirique  ,  didactique  et  épique.  Le  genre  drama- 
tique ne  pouvant  se  prêter  à  ces  sortes  de  recueils ,  si  ce  n'est  en 
,e  traitant  séparément  et  entier,  les  éditeurs  ont  dû  se  borner  à 
3es  extraits  dans  leurs  meilleurs  poètes  dramatiques,  qu'ils  ont 
parsemés  dans  la  Bibliothèque  ,  chacun  en  leur  endroit  respectif. 
C'est  en  suivant  ce  plan  simple   et  bien  ordonné,  qu'ils  sont 
parvenus  à  réunir  en  quatre  volumes  tout  ce  que  les  muses  espa- 
gnoles ont  produit  de  plus  achevé;  mais,   ne  se  contentant  pas 
l'offrir  des  extraits ,  et  afin  sans  doute  de  présenter  à  leurs  com- 
Datriotes  un  tableau  complet  de  la  littérature   nationale,  et  do 

[ournir  aux  étrangers  des  preuves  positives  du  mérite  littéraire 
4«* 


602  LIVRES  FRANÇAIS. 

de  l'Espagne,  ils  ont  fait  précéder  chacune  des  deux  parties  pnn  • 
cipales  de  l'ouvrage,  d'un  discours  préliminaire ,  très  remar- 
quable parla  critique  judicieuse  avec  laquelle  on  caractérise  cha- 
cun des  écrivains  classiques,  par  des  observations  bien  raison- 
nées  sur  les  causes  morales  et  physiques,  qui  ont  pu  Contribuer  à" 
la  formation  du  génie,  de  la  langue  et  de  la  littérature  espagnoles, 
tels  qu'ils  existent,  et  sur  les  moyens  dont  on  pourrait  se  servir 
pour  les  perfectionner  j  ces  discours  contiennent  encore  une  foule 
de  détails  curieux  et  intéressans  pour  l'homme  de  lettres.  Les 
premières  pages  sont  consacrées  à  l'histoire  rapide  de  la  littérature 
ancienne  de  l'Espagne  ;  et,  dans  un  très  court  espace,  elles  renfer- 
ment tout  ce  qui  est  nécessaire  aux  jeunes  gens  pour  se  faire  une 
idée  nette  de  cette  branche  importante  des  belles-lettres.  Les 
particularités  les  plus  dignes  d'attention  ,  dans  la  biographie  des 
écrivains  qui  composent  la  Bibliothèque  ,  occupent  une  place  sé- 
parée, à  la  (in  des  3e  et  if*  volumes  qui  terminent  la  prose  et  la 
poésie.  Rangées  dans  tics  notes  classées  par  ordre  alphabétique, 
des  noms  des  auteurs,  elles  renferment  souvent  des  notices  ut  des 
i  ceherches  utiles. 

On  ne  peut  que  savoir  gré  aux  éditeurs  d'avoir  consacré  les  mo- 
mens  dont  ils  pouvaient  disposer,  dans  la  situation  pénible  où  les 
réduisait  le  malheur  de  l'émigration ,  à  la  rédaction  d'une  col- 
lection si  précieuse  :  elle  rétablit  la  réputation  littéraire  de  l'Es 
pagne  dans  ses  véritables  droits;  et  si  ,  quelquefois ,  pour  les  re- 
vendiquer ,  les  éditeurs  se  voyent  dans  la  nécessité  de  combattit 
des  opinions  émises  ou  partagées  p;n  des  écrivains  étrangers 
i  •  n'est  qu'en  rendant  un  nouvel  hommage  à  leur  autorité,  qu'iU 
cherchent  plutôt  à  )w  concilier  aw-e  la  raison  et  la  \eiit.  .  qu'a 
Ici  contredire  par  un  esprit  de  ressentiment  Ou  de  patriotisme 
mal  entendu.  Aussi,  leur  ouvrage ,  dont  le  but,  couronné  sans 
contredit  par  un  plein  MlCCèS,  a  été  de  prouver  que  «  l'Espagne  j 
»  en  même  tems  qu'elle  appartient  d'une  manière  honorable:'. 
»  l'histoire  de  la  littérature  ancienne,  occupe  aussi  une  place  dis- 
»  tinguée  dans  la  littérature  moderne  de  l'Europe  ;  »  leur  ou- 
vrage, dis-je,  mérite  à  son  tour  d  cire  lu  el  apprécié  pyr  tous  les 
Espagnols  qui  tiennent  à  la  gloire  de  leur  pays,  et  par  les  étian- 
gers  qui  ne  eonnaisMiit  pas  du  tout  ,  ou  seulement  sur  des  rert- 
in.*mens  erronés,  les  productions  littéraires  de  l'Espagne. 


^A/Vv^\,vvvvv\>vvvvvv\vvvvvvvv\AAlVVVvvvvvvv\^,v\vv\vvvvv^^l^vvv^^/vvv^'vvvvvvvxvvvvvvv^|v 

IV.  NOUVELLES  LITTÉRAIRES 

ET   SCIENTIFIQUES. 


AMÉRIQUE. 

Etats-Unis.  — New-Haven.  —  Sociétés  savantes.  — II.  s'est 
forme,  clans  l'Etat  de  Connecticut,  une  association  sous  le  nom 
de  Société  géologique  américaine. ,  approuvée  par  un  acte  spé- 
cial de  la  législature.  Ses  réglemens  ont  e'té  définitivement  arrêtés 
clans  une  assemblée,  ttnue  le  7  septembre  1819.  Sa  première 
séance,  qui  a  eu  lieu  le  2')  janvier  dernier,  a  été  remarquable  par 
l'exposition  de  plusieurs  faits  géologiques  extrêmement  curieux  , 
i apportés  daus  un  ouvrage  périodique  d'un  grand  intérêt,  pu- 
blié à  INew-lIaven ,  sous  ce  titre  :  The  American  journal  of 
Science  and  Arts,  par  M.  Benjamin  Silliman,  professeur  de  chi 
mie  et  de  minéralogie,  au  collège  de  Yale  ,  membre  de  plusieurs 
Sociétés  littéraires  et  scientifiques ,  et  auteur  des  Voyages  en 
Angleterre ,  en  Hollande ,  en  Ecosse,  etc.  Ees  premiers  travaux 
de  la  Société  géologique  américaine, dont  nous  pourrons  donner  le 
précis  dans  un  de  nos  prochains  cahiers,  attestent  les  progrès 
rapides  que  fait  cette  belle  et  heureuse  portion  du  INouveau- 
lYïonde  dans  la  carrière  des  sciences  physiques.  Des  dispositions 
ont  été  prises  pour  l'érection  d'un  musée  ,  où  seront  rassemblés 
et  coordonnés  les  meilleurs  échantillons  des  produits  géologiques 
et  minéralogiques  d$«  Etats-Unis. 

—  Prix  fondé  par  liosciusho  pour  l'affranchissement  des  es 
claves.  —  Parmi  les  laits  rapportés  dans  une  notice  publiée    r> 
ccinment  par  la  Société  américaine,  formée  pour  la  colonisation 
d'hommes  de  couleur  libres,  on  en  remarque  un  trop  peu  con- 
nu ,  et  dont  le  célèbre   patriote  polonais  Kosriusko  est  le  héros 
11  avait  créé   un  fonds  de  uoo,ooo   écus,    qu'il  déposa  dans   le- 
mains  de  l'ancien  président  des  Etats-Unis  de  l'Amérique  seplcn 
trionale,  le  vénérable  M.  JefTcrson,  à  l'effet  d'acheter,  du  produit 
des  rentes,   de  jeunes   esclaves  du   sexe    féminin,   qui  seraien' 
élevées  avec  soin   et   rendues  ensuite  à  la  liberté.   C'est   M.   le 
général  J.-H.    Coeke ,  dans  la    Virginie,   qui   est   actui-!!,  nim- 
-chargé  de  l'administration  de  ce  fonds. 


6o4  AMÉRIQUE. 

— 'acquisition  de  /'Ile-Grande  ,  sur  le  Niagara  ,  par  un  Juif, 
pour  y  fonder  une  colonie.  —  Un  négociant  juif,  de  New-York  , 
nomme  Mardochée  Noah,  a  demande  aux  Etats  de  cette  pro- 
vince, de  lui  ce'der,  en  paiement  de  ce  qu'elle  lui  doit,  la  pro- 
priété' de  Y1  Ile-Grande,  sur  le  INiagara ,  entre  les  lacs  Erié  et 
Ontario,  non  loin  des  frontières  des  possessions  anglaises  dans  le 
Haut-Canada  ,  et  contenant,  environ  mille  acres  de  superficie. 
M.  Utschoffer,  rapporteur  de  la  commission  chargée  de  l'examen 
de  cette  demande  ,  a  ,  dans  un  discours  à  la  chambre  des  repré- 
sentai ,  peint  sous  de  vives  couleurs  les  persécutions  auxquelles 
les  Juifs  étaient  encore  exposés  dans  quelques  parties  de  l'Eu- 
rope, et  rappelé  que  les  principes  professés  par  les  Américains,  se 
trouvaient  en  harmonie  avec  les  projets  de  M.  Mardochée  Noah, 
dont  le  but,  en  faisant  cette  acquisition  ,  était  d'offrir  un  asile, 
sous  la  protection  des  lois  libérales  et  tolérantes  des  Etats-Unis  , 
à  une  classe  d'hommes  qui  cherchaient  en  vain  une  patrie  sur  le 
sol  de  l'ancien  monde.  En  conséquence,  il  a  conclu  à  l'admission 
de  cette  demande  ,  et  la  chambre  a  sanctionné  cette  proposition, 
dans  sa  séance  du  i3  mars  dernier. 

Côtes  du  Brésil. — Hydrographie.  —  M.  Roussiu  ,  comman- 
dant la  (régate  la  Bayadère,  chargé  de  travaux  hydrographiques 
par  le  gouvernement  français  ,  vient  de  rendre  un  service  impor- 
tant à  la  navigation  ,  en  fixant  la  position  de  la  vigie  de  Manoél- 
Lniz,  indiquée  parles  cartes  aux  approches  du  port  de  Maranhan. 
Cet  écueil  est  de  la  nature  la  plus  dangereuse  :  c'est  un  banc  de 
roches  pointues  et  presque  coniques,  cntrenièli  es  de  sable  •  il  a 
trois  milles  de  longueur  de  FE.  1/4  S.-E.  à  l'O.  i^j  l\.-0.  ,  et  un 
demi-mille  du  IN.  au  S.  Les  naufrages  qu'il  a  occasionnés, 
depuis  1814,  s'élèvent  à  cinq  par  an.  D'après  les  observation" 
faites  et  garanties  par  M.  Iloussin  ,  la  latitude  de  cette  vigie  est 
o  deg.  5a  min.  v.7  sec.  sud,  et  la  longitude  o  deg.  1  min.  3o  sec. 
à  l'est  du  méridien  dû  fort  San  Antonio  de  IHanmhan.  (Longi- 
tude à  l'ouest  du  méridien  de  Paris  ,  jf>  deg.  36  min.  1  j  sec   ) 

Toile  d ''ananas.  —  Une  nouvelle  découverte,  intéressante  pour 
l'Amérique,  est  celle  qu'on  vient  de  faire  concernant  la  possibi- 
lité de  fabriquer  de  la  toile  avec  le  fruit  île  l'ananas.  Les  fibres  de 
ce  fruit  délicieux  unissent  la  force  à  la  finesse;  ils  se  filent  aisé- 
ment, et  produisent  une  toile  de  fort  belle  qualité.  Ce  tissu  se 


AMERIQUE.  —  ASIE.  6o5 

blanchit  très  bien  au  Brésil,  et  c'est  là  seulement  qu'il  pourrait 
se  fabriquer  avec  avantage  ;  car,  dans  ce  climat  fertile,  les  ana- 
uas  croissent  en  plein  air,  sans  exiger  de  soins,  ni  de  culture,  sur- 
tout dans  le6  terrains  où  le  sol  est  mêlé  d'argile. 

ASIE. 

Indes  orientales.  — Extrait  d'une  lettre  de  M.  Leschenault  de 
la  Tour,  naturaliste ,  à  M***,  membre  ds,  l'Institut.  —  Calcutta, 
le  20  décembre  1819.  —  J'ai  été',  depuis  un  an,  toujours  en  course; 
j'ai  fait  deux  voyages  dans  l'intérieur  de  la  Péninsule;  dans  le 
premier,  j'ai  été  attaqué  de  la  fièvre  jaune,  qui  ,  dans  trois  ou 
quatre  jours  ,  m'a  conduit  aux  bords  du  tombeau.  J'étais,  à  cette 
époque,  dans  la  province  de  Coimbetore. 

J'envoie  à  Paris,  par  le  capitaine  Houssard,  un  bouc  «t  une 
chèvre  de  Patna  ;  cette  espèce  est  remarquable  par  la  longueur 
excessive  des  oreilles. 

Les  collections  que  j'ai  laissées  à  Pondichery  sont  très  considé- 
rables ;  je  les  adresserai  en  France  aussitôt  que  j'aurai  une  occa- 
sion. J'ai  parmi  mes  animaux  vivans  un  jeune  éléphant,  qui  n'est 
pas  plus  gros  qu'un  bœuf. 

Mon  herbier  contient  600  espèces,  parmi  lesquelles  plus  de  la 
moitié  est  nouvelle;  j'aide  plus  envoyé  déjà  un  herbier  d'environ 
4oo  espèces. 

J'ai  environ  3oo  animaux  empaillés,  parmi  lesquels  beaucoup 
sont  inconnus. 

Mais  une  des  choses  les  plus  précieuses,  c'est  une  collection 
minéralogique,  qui  contient  plus  de  i5oo  échantillons.  Je  n'ai  rien 
négligé  pour  me  procurer  toutes  les  variétés  de  roches  dans  les 
parties  des  Gates  que  j'ai  parcourues  ;  plusieurs  sont  remarqua- 
blement belles;  ce  qui  ajoute  du  prix  à  mon  travail ,  c'est  que  le 
Muséum  ne  possède  presque  rien  de  la  minéralogie  de  l'Inde.  Je 
réserve  cette  collection,  que  je  porterai  avec  moi  en  France;  je 
l'augmenterai  encore  beaucoup,  dans  le  voyage  que  je  compte 
faire  sous  peu  de  tems  dans  1  île  de  Ccylan  et  sur  la  cùte  Mala- 
bare;  je  partirai  pour  ce  voyage  ,  après  mon  retour  à  Pondich»  ry 
où  je  séjournerai  le  tems  nécessaire  pour  expédier  mes  collections. 

Parmi  les  lieux  que  j'ai  parcourus  ,  cette  année,  sont  les  mon- 
tagnes de  INillegeray  les  plus  élevées ,  je  crois ,  de  b  Péninsule» 


ASIE.  —  AFRIQUE. 

Elles  sépares t  ta  province  de  CdimiteteM  de  la  cote  Malabare  ; 
sont  d'un  accès  difficile  ,  de  sorte  qu'elles  étaient  peu  con- 
nues, ainsi  que  leurs  habitons  ,  qui  diffèrent  beaucoup  des 
autres  indons  ;  il  y  a  surtout,  parmi  eux,  une  tribu  composée 
de  porteurs  ,  où  les  femmes  ont  plusieurs  maris,  etc. 

T\T.  B.  M.  Leschenault  se  propose  de  séjourner  dans  fin  Je  ,  en- 
core 3  ou  .j  ans. 

AFRIQUE. 

L\,ypte.  —  Canal  d\'f(exandrie.  —  Les  dernières  nouvelles  de 
ce  pays  annoncent  la  continuation  des  travaux  du  grand  canal 
d'Alexandrie.  L'agriculture  et  l'industrie  se  ressentent  dé|à  d  s 
heureux  effets  de  celle  magnifique  entreprise.  La  culture  du  co- 
totuer,  du  mûrier,  de  la  canne  à  sucre,  commence  à  prendre  un 
nouveau  degré  d'activité;  les  vers  à  soie  sepropagent  facilement; 
quelques  nouvelles  manufactures  importantes  \  lenneut  de  s'ou- 
vrir, et  promettent  du  nouvelles  sources  de  comment'  et  de  pros- 
périté. 

—  Mines.  —  On   a    dernièrement  découvert  ,  dans  la  Hante- 
pte  ,  au-dessus  de  la  province  d'Ksn  -,  des  mines  de  plomb 

et    de   fer  :    ces  dernières  sont  ,    dit  on  ,   ftès   lieues,  le  [urlia  a 

•\  e  dans  cette  contrée  plusieurs  personnes  chargées  d'ei 
ner  les  minet  d'or  et  d'émeraudes ,  qui  ont  été  négligées  depuis 
plusieurs  siècles. 

Cap  de  lionne-Espérance,  —  Etablissement  d'un  obi  fpatoire. 

—  Sur  la  demande  du  bureau  des  longitudes  de  Lomhrs  ,  le  gou- 
vernement anglais  a  ordonné  qu'il  serait  èotïstt*ui(  au  Càp  un  ob- 
tf  le  mod.  le  de  et  lui  de  Oecnwich.  M.  Ff.  Tallows, 

de  l'Université  de  Cambridge ,  a  été  tiOTnrnépretnre'r  astronome 
et  directeur  de  cet  é; 

—  IntiqUités.  —  Un  vient  de  faire  ,   dans  le,  environs  du  (,'np 

i  ie  ?k  s  intéressante  |">ur  I 

.    in  rivu  anl    nm'   c.i.c,   des   OUtTÎert  <>ni   trOuVé  là  c.tqur 

il  un  navire  -en  oèrh*e,'Wiie  Ton  croit  r  re  pour  les  i 

d'un  I  >  »  t  .ici  t  phénicien.    Si    la    conjecture  -c  Ironvr  vraie,   nul 

doute  que  la  pointe  inéi idioti  exploré* 

m.  .  .1    l'ancienne  Tyr; 
i  de  ta  ville  >!<   I   bedn  en  tfnrbaric.  —  Jl  a  é'é  ques- 


AMÉRIQUE.  —  EUROPE.  6o; 

tion,  tome  IV,  page  55o  de  cette  Revue ,  d'objets  précieux  d'ar- 
chitecture et  de  sculpture  ,  transportes  de  la  ville  de  Leheda  en 
Angleterre  ,  pour  y  être  de'posés  au  Musée  britannique  de  Lon- 
dres :  il  y  était  dit  que  le  prince-régent  d'Angleterre  en  avait 
♦obtenu  l'autorisation  du  pacha  de  Tripoli  de  Syrie.  Cette  dernière 
ënonciation  est  inexacte,  en  ce  que  Lébeda  ,  patrie  de  l'empereur 
Sévère  ,  n'est  point  située  dans  la  Syrie  ,  mais  dans  la  Barbarie, 
:-.  .1 1  lieues  environ  d'un  autre  Tripoli ,  distingué  du  premier  par 
nomination  de  Tripéii  de.  l'Ouest  ou  de  Barbarie.  La  rectifi- 
cation de  cette  erreur,  indiquée  par  notre  honorable  correspon- 
dant l'amiral  sir  Sidney  Smith  ,  nous  offre  l'occasion  d'annoncer, 
qu'entre  autres  antiquilés  de  la  ville  de  Le'beda  ,  l'on  remarque 
un  arc  de  triomphe,  à  moitié  enseveli  dans  les  sables  successive- 
ment amoncelés  par  le  vent,  et  dont  les  parties  visibles  sont  dé- 
corées de  plusieurs  ornemens  d'une  belle  exécution.  Les  archéolo- 
gues en  trouveront  une  description  ,  et  le  modèle  figuré  ,  dans  les 
i">tfr<-s  d'un  agent  anglais,  écrites  pendant  les  années  de  sa  rési- 
dence, de  1780  à  1790,  et  qui  furent  publiées,  il  y  a  un  an,  for- 
mai in-j°,  puis  traduites  en  français.  (>es  lettres  contiennent  aussi 
des  détails  fort  intéressans  sur  le  gouvernement  «le  ces  contrées 
et  sur  les  mœurs  des  habitans. 

EUROPE. 

G  P.  ANDE-B  II  E  TAGINE. 

Ecosse.  —  (jrêélegie.  —  Quelques  traditions  des  lois  de  Hovel, 
du  ()■  siècle,  avaient  fait  penser  que  l'Ecosse  pouvait  placer  le 
castor  parmi  les  races  éteintes  des  animaux  qu'elle  nourrissait 
autrefois.  (Jette  conjecture  v  ienl  d'èlre  confirmée  par  la  décou- 
verte qu'a  faite  M.  Neill,  dans  le  comté  de  Rervvich.  x\\\  squelette 
fossile  d'un  de  ces  amphibies,  placé  dans  une  couche  de  marne 
«  "quillièrc,  à   ;-  pieds  de  là  surface  (\u  sol. 

—  fjftflguenr  de  la  baleine  du  Ornenland.  —  On  a  beaucoup 
exagéré  la  longueur  de  celle  haleine;  des  auteurs  l'ont  poi  te. 
de  80  a  100  pieds;  d'autres,  de  1  5o  à  '200;  il  est  même  des  natu- 
ralistes qui  prétendent  qu'elle  va  jusqu'à  plus  de  qoo  pieds.  "M.  le 
capitaine  W.  Scoverby  ,  qui  a  passé  plusieurs  années  à  la  pèche 
de  bCt  'énorme  animal  ,  aflirtne  ,  d'api.'-  le  autorités  les  plus 
respectables  ,      que     )a     baleine     du     Vord    n'a      ronimunéim  n' 


608  EUROPE. 

que  60  pieds,  et  bien  rarement  67  :  de  Z"xi  individus  à  la  prise 
desquels  il  a  contribue,  le  plus  grand  avait  au  plus  58  pieds. 

—  Gravure  en  relief  sur  cuivre.  —  Le  nouveau  procède  inventé 
par  M.  Lizars  pour  graver,  consiste  à  dessiner  un  sujet  sur  une 
planche  de  cuivre  avec  du  vernis  de  térébenthine  ,  colorié  par  du 
noir  de  lampe.  Lorsque  le  vernis  est  parfaitement  sec,  on  verse 
sur  la  planche  de  l'acide  nitrique  délayé,  qui,  agissant  sur  les 
parties  découvertes  du  cuivre,  le  ronge  et  laisse  intact  tout  le  des- 
sin. S'il  se  trouve  beaucoup  d'ombres  dans  le  sujet  qu'on  traite, 
cette  opération  se  fera  sans  danger  et  sans  accident  ;  mais  ,  s'il  y  a 
trop  de  distance  entre  les  lignes,  la  difficulté  sera  plus  grande.  Il 
devient  nécessaire  de  creuser  un  peu  à  l'entour  des  lignes  avec  le 
burin,  afin  d'éviter  que  l'encre  n'atteigne  le  fond,  et  ne  dimiuue 
la  netteté  de  la  gravure. 

—  Papier-ivoire  h  Cusage  des  peintres,  cl  procède  employé  pour 
sa  fabrication.  —  L'ivoire  a  des  propriétés  qui  le  rendent  très 
précieux  pour  les  peintres  ;  mais  il  est  d'un  prix  très  élevé ,  et  l'on 
ne  peut  s'en  procurer  des  lames  d'une  certaine  grandeur  :  lors- 
qu  il  est  très  épais,  le  grain  en  devient  trop  gros,  et  lorsqu'il  est 
très  mince,  il  se  courbe  dans  les  changemens  de  tems  ;  enfin, 
l'huile  qu'il  renferme  ,  le  jaunit  par  une  trop  longue  exposition  à 
la  lumière. 

M.  Einsle  a  présenté  au  comité  de  la  Société  d'encouragement 
des  Artsy  a  Londres,  plusieurs  échantillons  de  son  papier-ivoire  , 
qui  avaient  un  huitième  de  pouce  d'épaisseur,  et  surpassaient  en 
étendue  les  plus  larges  lames  d'ivoire  connues  ;  leur  stirtace  était 
dure  et  unie.  Le  lavage  enlève  les  couleurs  sur  ce  papier  encore 
plus  complètement  que  sur  l'ivoire  ,  et  il  peut  être  répété,  sans 
inconvéniens,  trois  ou  quatre  fois  dans  les  mêmes  point  s  ;  on  peut 
aussi  le  gratter  légèrement  avec  la  pointe  d'un  canif,  sans  altérer 
sensiblement  la  surface  ■  enfin  ,  il  se  conserve  très  long-feins,  sans 
perdre  de  sa  blancheur  primitive.  Voici  le  procédé  de  fabrication 
que  M.  Einsle  a  donné  par  écrit  à  la  Société. 

Pour  une  feuille  de  papier  de  17  \fi  sur  i5  \fx,  on  fait  bouillir, 
pendant  quatre  ou  cinq  heures,  un  quart  de  livre  de  rognures  de 
bon  p.n  chemin,  dans  une  terrine  de  trois  pintes  d'eau  ,  en  rempla- 
<  nit  de  tems  en  tems  l'eau  qui  s'évapore.  On  passe  ;'i  travers  un 
linge  la  liqueur,  qui,  refroidie,  forme  une  gelée  épaiste,  appelée 


EUROPE.  G09 

colle  n°  1.  On  t'ait  bouillir  de  nouveau,  pendant,  le  même  teuis 
et  dans  le  même  vase  ,  la  lie  qui  reste  dans  le  linge  ;  puis  on  la 
filtre  pour  avoir  la  colle  n°  2.  Ensuite,  il  faut  coller,  avec  ce  n<>  2, 
trois  feuilles  de  papier  à  e'erire ,  après  les  avoir  mouillées  des  deux 
côtes  avec  une   éponge  trempée  dans  l'eau  ;  les  étendre ,  encore 
humides,  sur  une  table  ;  appliquer  dessus  une  ardoise  polie,  un 
peu  plus  petite  que     le  papier  ;   reployer  les  bords  de  celui-ci  ; 
les  attacher  à  l'ardoise  avec  de  la  colle,  et  laisser  sécher  graduel- 
lement. On  colle  successivement  trois  autres  feuilles  sur  les  pré- 
cédentes, et  on  enlève  avec  un  canif  les  parties  qui  dépassent  l'ar- 
doise. Quand  le  tout  est  parfaitement  sec,  on  frotte,  avec  une 
lame  d'ardoise  enveloppée  dans  du  papier  grossier,  la  surface  supé- 
rieure, jusqu'à  ce  qu'elle  devienne  douce  et  unie;  alors  on  colle 
dessus  une  belle  feuille  de  papier,  dont  on  enlève  les  aspérités 
avec  un  canif,  et  qu'on  frolte  de  nouveau,  en  se  servant  d'une 
feuille  de  papier  fin  (Jîne  glass  paper).  Arrivé  à  ce  point,  on  fait 
fondre  à  une  chaleur  douce  une  demi-pinte  de  la  colle  n°  1  ,  dans 
laquelle  on  verse  trois  cuillerées  à  bouche  de  plâtre  fin  de  Paris  : 
quand  le  mélange  est  bien  fait,  on  l'étend  sur  le  papier  avec  une 
e'ponge  douce  et  humide,  aussi  également  qu'il  est  possible.   On 
laisse  sécher  lentement,  et  l'on  frotte  de  nouveau  avec  un  papier 
fin.  Enfin  ,  on  mêle  à  une  chaleur  douce  quelques  cuillerées  de  la 
colle  n°  1  avec  les  trois  quarts  d'eau  pure,  et  quand  le  liquide  a 
pris,  parle  refroidissement,  une  consistance  semi-gélatineuse, 
on  l'étend  sur  le  papier  par  tiers,  en  laissant  bien  sécher  le  pre- 
mier avant  de  mettre  le  deuxième,  et  le  deuxième  avant  de  mettre 
le  dernier;  celui-ci  étant  bien  sec,  on  frotte  légèrement  la  surface 
avec  une  feuille  de  papier  très  fin,  après  quoi    on  détache  de 
l'ardoise  le  papier-ivoire  ,  qu'on  peut  employer  immédiatement- 
En  mêlant  quatre  parties  d'oxide  de  zinc  avec  trois  de  plâtre, 
on  a  exactement  la  teinte  de  l'ivoire  ;  avec  le  carbonate  de  baryte 
précipité   de   ses  dissolutions,    on  a  une  nuance  intermédiaire 
entre  le  plâtre  et  l'ivoire. 

Géographie.  —  lies  découvertes  dans  le  grand  Océan.  —  Le 
capitaine  Peyster  ,  commandant  le  navire  la  Rebecca ,  allanl  »!< 
Valparaïso  aux  Indes  orientales,  a  découvert,  le  17  mai  i8i<),  à 
3  heures  du  matin,  un  groupe  qui  loi  a  paru  composé  de  quatorze 
petites  îles  et  de  cayes  sablonneuses  (latitude  sud  8°  29',  long) 


C«o  FXIROPlv 

tude  ouest,  1800  5f').  Il  l'a  nommé  groupe  cYFAlien,  et  l'île  sur 
laquelle  ii  a  failli  toucher,  Es<  ape.-lsland  ;  celle  qui  ou  <  ?t  le  plu? 
près,  Jicbecca-lsland ,  et  la  plus  occidentale,  Browns-ls'and  :  il 
les  croit  inhabitées.  Le  19  niai,  au  point  du  jour .  le  capitaine 
Peyster  a  aperçu  un  autre  groupe  qui  semblait  iormé  de  dix- sept 
petites  îles,  et  que  ses  otliciers  ont  appelées  ttès  de  f'cyster.  Il  en 
fixe  la  position  ainsi  :  latitude  sud,  8°  5'$  longitude  ouest, 
1800  4V.  Toutes  ces  îles  sont  si  basses  ,  qu'on  ne  peut  les  aperce- 
que  de  très  près. 
Lo>înRns.  —  f^oyege  de  (Calcutta  a  RobyJone.  —  On  imprimr 
en  ce  moment,  à  Londres,  la  relation  d'un  voyage,  fait  de  (  al- 
cutta  à  Babylone  ,  le  long  des  rives  du  Tigre  et  de  rKuphiate. 
accompagne  d'un  traite  sur  l'histoire  de  ces  métropoles  de  IO- 
rient,   et  d'observations  fuites  sur  les  lieux  pendant  un  séjour  de 

trois  semaines.  L'auteur  de  cet  ouvrage  est  M.  Loekett,  esq., 
capitaine  au  service  de  la  compagnie  des  Indes  orientales,  avan- 
tageusement connu  par  un  excellent  commentaire  sur  la  svtitave 
arabique  (Calcutta,  1 8 1  f ,  1  vol.  in-/j°;,  secrétaire  du  conseil 
du  Fort  Williams,  an  Bengale   L'ouvrage  sera  accompagné  <!•• 

cartes  et  de  gravures,  qui  représentent  les  projections  des  ruines 
Hé  lîabylone ,  de  plusieurs  iiniiiuincns  epars  au\  t  n\  Irons  de  cette 
ville,    et   de  quelques  petits   édiliecs   très  anciens,   déterres  par 

I  (s  Irabes.  Les  planches  ont  été  gravées  par TVI.  Vf.  Landseeret 

par  quelques  autres  artistes.  Le  texte  est  grand  in-'jo.  lYix. 
\  gtûnées. 

—  On   va    publier    à   Londres   un  (f   Plan  </".,/■<•,■  tion ,  d< 
pour  le  ni  de  Rome  et  A  w  mitres  princes  du  Sdltg,   par  le  Conseil 
impérial  de   Tintât,  sous  l'inspection    personnelle  de   louper- u^ 
%  apoléon.  » 

Beaux- Arts.  —  Exposition  de  tableaux.  —  Les  galeries  où  les 
artistes  anglais  exposent  tous  les  mm  leurs  bttvrages,  n'ont  el» 
ouvertes  au  public,  celte  année  ,  qu'après  les  funérailles  du  roi 
I  reorges  III.  Files  contenaient  3i6  tableaux-  .  <t  sepl  morceaux  de 

SCtilptllie.  Les  tableaux  d'histoire  étaient  médioOfM  et  en  fort 
petit   nombre.    On  a    remarque    plusieurs  M.   .1.   M 

Gattdy.  Ce  peintes  a  une  touche  ferme  1  Ses  compo 

citions  sont  heureusement  choisies.  "M.  Martin  a  essayé  de  repr< 
•  ntei  une  scène  de  "Macbeth:  c'est  l'instant  où  les  trois  sorcière  1 


EUROPE. 

disparaissent  à  ses  yeux,  après  lui  avoir  révèle  les  grand 
qui  l'attendent.  L'étonnermnt  ,  la  joie  et  une  sombre  horreur  si 
p<  ignent  sur  le  visage  de  Macbeth.  Sa  téta  est  rejetée  èm  arrière, 
la  criuièrede  son  casque  est  agitée  par  un  vent  furieux.  Ses  mains 
sont  élevées  •  il  suit  de  l'œil  la  redoutable  apparition.  Le  lieu  de 
cette  scène  est  une  bruyère  desséchée  :  on  aperçoit,  à  l'horizon, 
ut  e  chaîne  de  montagnes,  à  travers  lesquelles  défile  l'armée  com- 
mandée par  Macbeth  et  Bouquo.  La  figure  de  ce  dernier  manque 
d'expression.  Placé  sur  le  même  plan  que  Macbeth  ,  et  témoin  de 
ce  qui  vient  de  se  passer,  il  doit  être  ému  et  surpris.  Cependant 
l'ensemble  de  ce  tableau  mérite  des  éloges  :  le  génie  de  Shakes- 
peare y  est  senti  et  rendu  avec  talent. 

Sir  John  Fleming  Leicester,  amateur  de  peinture,  et  l'un  des 
plus  zélés  protecteurs  de  cet  art ,  vient  d'acheter  le  chef-d'œuvre 
de  Harlow.  Cet  habile  peintre  ,  vivement  regretté  des  artistes,  a 
déployé,  dans  la  manière  dont  il  a  traité  un  sujet  fort  simple, 
Une  grande  supériorité  de  génie.  Une  jeune  fille  de  icjans  félicite 
sa  sœur,  plus  âgée  qu'elle  d'une  année,  et  lui  annonce  que  le 
jour  de  son  mariage  avec  celui  qu'elle  aime,  vient  d'être  fixé  ti 
une  époque  très  prochaine.  Le  contraste  des  traits  animés  de  lu 
plus  jeune,  de  sa  vivacité,  de  sa  gaieté,  avec  l'air  timide,  embar- 
rassé, modeste,  et  l'espèce  de  joie  mélancolique  de  sa  sœur,  est 
admirablement  saisi.  Le  pinceau  de  Harlow  a  exprimé  mille 
nuances  secrètes,  qui  se  révèlent  à  l'œil,  mais  dont  les  paroles 
ne  peuvent  donner  l'idée. 

—  Monument  en  f honneur  du  poète  Burns.  —  Un  monument 
va  être  érigé  ,  dans  l'Ayrshyre,  à  la  mémoire  du  poète  Robert 
Burns,  près  du  lieu  de  sa  naissance,  entre  les  deux  ponts  de 
T)oon  et  d'Allowaykirk.  La  première  pierre  en  a  été  posée  ,  le 
28  janvier,  par  une  dépidation  «le.  vingt-quatre  loges  de  francs- 
maçons.  Ce  monument  aura  une  base  triangulaire  de  20  pieds  de 
hauteur,  renfermant  une  chambre  circulaire  de  \r,  pieds  de  dia- 
mètre. Sur  cette  base  s'élèvera  un  temple  ,  aussi  de  forme  circu- 
laire, formé  de  neuf  colonnes  de  l'ordre  corinthien,  et  de  3o  pieds 
«le  hauteur,  portant  un  dôme,  qui  sera  surmonté  d'un  trépi.-d. 
l'ai  tribut  d'Apollon.  Dans  une  niche  de  l'intérieur,  Sert  placé  le 
buste  du  poète.  L'ensemble  aura  environ  60  pieds  d'élévation. 
On  a  suppute  les  frai*  à  1800  livres  ttejrl.   ;.jj,ooo  francs).  L\»r  - 


6i  2  EUROPE. 

chitecte  Th.  Hamilton,  d'Edimbourg,  s'est  charge  de  diriger  gra- 
tuitement l'exécution  de  ce  monument.  Henrichs. 

—  Médaille  en  V honneur  du  poète  Camoëns.  —  Don  Manuel  de 
Souza  Botellio,  qui,  par  sa  superbe  édition  de  la  Lusiade,  a  érige' 
un  monument  brillant  à  la  gloire  littéraire  des  Portugais,  -vient 
de  faire  frapper,  à  Londres,  une  médaille  en  l'honneur  de  l'im- 
mortel poète  Luis  de  Camoëns.  D'un  côté,  on  voit  la  tête  du 
poète,  avec  son  nom  et  la  date  de  sa  mort.  Jusqu'ici  cette  date 
était  ignorée  ;  mais  M.  de  Souza  n'a  épargné  aucune  peine  pour 
se  procurer  à  ce  sujet  des  renseignemens  certains.  Le  revers  de 
la  médaille  représente  les  emblèmes  des  trois  sortes  de  gloire  aux- 
quelles peut  aspirer  Camoëns,  comme  poète,  comme  navigateur 
et  comme  guerrier. 

—  Musique.  —  Pédale  pour  tourner  les  feuillets  dJun  cahier  de 
musique.  —  On  vient  de  perfectionner  une  nouvelle  invention 
pour  tourner  les  feuilles  d'un  cahier  de  musique  avec  le  pied  , 
sans  faire  usage  de  la  main.  Cette  machine  exécute  cinq  mouve- 
mens  •  elle  est  cachée  dans  le  corps  du  forté-piano  et  ne  devient, 
visible  que  lorsqu'on  s'en  sert. 

RUSSIE. 

Fi!VLAivnE.  —  Journaux.  —  On  publie  maintenant  dans  la  ville 
d'Abo,  une  gazette  dans  la  langue  du  pays  ;  la  plupart  des  abon- 
nés sont  des  paysans. 

Théâtres.  —  Depuisquelque  tems,  on  a  beaucoup  perfectionné 
en  Russie  l'art  de  la  déclamation.  St.-Pétersbourg  possède  main- 
tenant trois  théâtres,  sur  lesquels  on  représente  les  ouvrages  dra- 
matiques de  la  Russie,  de  la  France  et  de  l'Allemagne.  La  direc- 
tion en  est  confiée  au  prince  Tufiakin,  grand-chambellan  de  l'ein* 
pire,  qui  a  contribué  île  tout  son  pouvoir  à  relever  l'art  drama- 
tique. Le  théâtre  russe,  où  l'on  ira  parle  que  la  langue  de  la  na- 
tion .  a  fait  d'étonnans  progrès,  et  peul  être  compté  tu  nombre 
tics  premiers  spectacles  «le  l'Europe.  U  s'y  trouve  d'excettena  ac- 
teurs qui  jouent,  avec  beaucoup  de  succès,  au  milieu  d'un  nom- 
breux auditoire,  les  ouvrages  des  auteurs  tragiques  russes,  et  le» 
traduction!  des  chefs-d'œuvre  de  Corneille,  de  Racine  et  de 
Voltaire.  Mademoiselle  Simanova  ,  qui  remplit  les  principaux 
rôles  dans  la  tragédie,  est  une  actrice  Uts  distinguée.  Ce  théâtre 


EUROPE.  61 3 

est  remarquable  par  le  bon  choix  des  sujets  ,  la  richesse  des  dé- 
corations ,  la  magnificence  des  costumes  et  la  perfection  de  l'or- 
chestre. M.  Didelot  est  à  la  tête  des  ballets  :  on  doit  à  ses  talens 
une  composition  gracieuse  qui  peut,  dit-on,  rivaliser  avec  celles 
de  l'Ope'ra  de  Paris. 

Le  théâtre  français ,  fermé  depuis  près  de  8  ans  ,  vient  de  se 
r'ouvrir,  à  la  grande  satisfaction  de  la  noblesse  russe.  Les  pres- 
santes sollicitations  du  prince  Tufiakin  ont  obtenu  de  sa  Majesté 
impériale  que  ce  théâtre  donnerait  huit  représentations  par  mois , 
et  qu'il  partagerait  avec  la  troupe  nationale  l'honneur  de  jouer 
une  fois  la  semaine  en  présence  de  la  cour.  Les  acteurs  français 
ont  toujours  été  accueillis  par  le  prince  Tufiakin  avec  une  bien- 
veillance marquée. 

Le  théâtre  allemand  représente  la  tragédie  ,  la  comédie  et  l'o- 
péra. Les  principaux  ouvrages  de  Schiller,  de  Lessing,  deKotze- 
buë,  et  tous  les  auteurs  allemands  qui  ont  quelque  célébrité,  y 
sont  joués  avec  ensemble.  L'opéra  est  très  bien  monté. 

Il  y  a  aussi  à  Moscou  un  théâtre  russe  sous  la  même  surveil- 
lance que  ceux  de  St.-Pétersbourg  ;  les  acteurs  sont  tirés  des  dif- 
férentes troupes  de  cette  ville. 

SUÈDE. 

Stockholm.  — Paquebot  a  vapeur.  — On  construit  ici,  sur  le 
plan  de  M.  Owen,  Anglais,  un  bateau  à  vapeur,  qui  doit  servir  de 
paquebot  entre  cette  ville  et  St.-Pétersbourg.  Ce  trajet,  dont  la 
durée  a  été  jusqu'à  présent  fort  incertaine  ,  et  dont  les  dépenses 
sont  assez  considérables,  pourra  se  faire  en  soixante  heures  efc 
pour  un  prix  beaucoup  moindre. 

Mouvement  de  la  population.  —  Il  résulte  des  nouvelles  tables 
statistiques  qui  viennent  d'être  présentées  au  gouvernement, 
pour  les  années  1816,  17  et  18,  que  la  population  du  royaume 
de  Suède  s'est  augmentée,  dans  ces  trois  années  ,  de  78, 3  |G  indi- 
vidus. Dans  la  capitale,  il  y  a  eu  un  léger  accroissement  en  1816, 
«t  une  diminution  dans  les  années  suivantes  ;  ce  qu'il  faut  attri- 
buer à  la  tendance  générale  qui  porte  les  plus  riches  propriétaires 
à  se  livrer  avec  plus  de  soins  à  l'exploitation  de  leurs  forges  et 
aux  grands  travaux  agricoles. 

En  i8iG,   il  est  né  80,644  individus  ;   il  en  est  mort  56,2a5: 


6i4  EUROPE. 

en  1817,  il  y  «  (,|«  B3,É  m  <  .  nues  et  6o,863  décès  :  en  1818, 
85,7  i.j  naissances  et  Ci  i ,-  j  s  décès.  A  la  hudeiftifi,  la  population 
un  royaume  à  élevait  à  y.,  jfi.5,o(J6  aines  ;  et,  en  1818,  à  •.»-,.»  j!',  j 1  ». 
Le  nombre  des  enlatis  naturels  a  diminué  dans  une  proportion 
remarquable  :  en  i8i(» ,  il  était  de  6,389  j  en  1817,  de  5,979  j  etj 
en  181 8,  de  0,754.  Dans  la  première  de  ces  «innées  .  1,  j 33  mères 
sont  accouchées  de  jumeaux.  ,  et  3o  ,  de  trige:,,ea:i\  •  dans  la  se- 
conde, i,ïj()  de  jumeaux  ,  et  a3  de  Irigemeauxj  dans  b  troisième, 
1, -2^5  de  jumeaux  ,   et  91  de  trigemeaux. 

Académie  des  inscriptions  ,  bell's-lttlrcs  et  antiquité*  de 
Stockholm. —  Concours  de  1820.  —  Quatre  questions  avai.-nt 
<  !<;  mises  au  concours,  en  tel 9  :  une,  à  laquelle  on  devait  re- 
pondre par  un  Mémoire,  en  langue  suédoise,  sur  l'histoire  de 
Suède;  L'autre,  sur  les  méthodes  d'écrire  L'histoire,  à  traiter  en 
langue  latine  ou  française  ;  la  troisième,  sur  les  inscriptions  et 
emblèmes,  Mémoire  a  taire  en  langue  latine;  la  quatrième,  sur 
les  antiquités  suédoises,  à  traiter  en  suédois  ou  en  latin.  Sur  ces 
quatre"  questions ,  deux  étant  restées  sans  réponse,  et  aucun  des 
Mémoires  envoyés  sur  les  deux  antres  n'ayant  été  couronne,  l'A- 
cadémie propose  les  mêmes  sujets  pour  le  concours  de  la  présente 
année  (  Voyez  les  programmes  détaillés  de  ces  prix,  lieu.  /.'ne. , 
t.  m,  p.  174.) 

DANEMARCK. 
Mouvement  de  la  population. — Il  y  a  eu,  dans  ce  royaume, 
pendant  Patinée   1819,  9,188  mariages  ;    55,4°5  naissances,    dont 

V>'i8  enlans  naturels,  et2i,T) \  \  décès  ;  de  sorte  que  les  naissances 
ont  excédé  les  décès  de  i3,8i>i  individus.  Parmi  les  personne 

édées    six  avaient  atteint  cent  ans  et  au-delà. 
Beaux  -Arts    —  Nouveaux  travaux  du  sculpteur  danois   7/ior- 

■  \iildscn.  —  Pendant  son  séjour  à  Copenhague,  IM.  Tborwaldsen 
t  exécuté  les  modèles  des  bustes  de'la  (a  m  il  le  roi  aie,  avec  1 1  tt< 
perfection  qui  distingue  toutes  les  productions  de  ce  ci  U  bre  ai  - 
tiste.  L<  s  bas-reliefs  représentant  le  Triomphe  tr^ilexandre,  qu'il 
a  exécuté*  A   Rome,   il  y  a  déjà  plusieurs  années,  \')iit  orner  le 

palais  «le  Christiansbourg.  Mais  c'est  principalement  l'église  mé- 
tropolitaine de  Seeland  qui  sera  embellie   par  Bel  ouvrages.  On 
loi!  v  placer  sept  morceaux  capitaux  de  M.    I  horwaidseu  ,    tous 
représentant  des  sujets  tires  île  l'histoire  evangéUque. 


EUROPE.  6i5 

ALLEMAGNE. 

Munich.  —  Chimie.  —  Conversion  des  substances  végétales  en 
gomme  et  en  sucre.  —  M.  Vogel ,  membre  de  l'Académie  royale 
«les  Sciences  de  Munich  ,  ayant  re'pété  avec  le  plus  grand  soin  les 
expériences  de  M.  Henri  Braconnot,  relatives  à  l'action  de  l'acide 
sulfurique  sur  les  corps  ligneux  {Voy.  Rev.  Enc,  t.  VI,  p.  425) , 
est  parvenu  à  des  résultats  absolument  semblables  à  ceux  du 
chimiste  de  Nancy.  Les  essais  qu'il  a  faits  sur  de  vieux  papier 
écrit  et  imprimé,  sur  de  la  paille  coupée,  lui  ont  donné  également 
du  sucre  et  de  la  gomme  M.  Vogel  a  lu  à  la  classe  de  physique 
un  Mémoire  où  sont  consignés  toutes  ses  opérations  ,  et  qui  doit 
paraître  dans  la  Feuille  des  Arts  et  de  V Industrie ,  publiée  par  la 
réunion  polytechnique  de  Bavière. 

Vienne.  — -  Instrument  pour  dessiner  la  perspective.  —  M. 
.T.  Auracher  d'Aurach ,  général -major  au  service  d'Autriche, 
a  inventé  un  instrument  fort  ingénieux ,  qu'il  appelle  Quar- 
réographe ,  au  moyen  duquel  on  peut  dessiner  la  perspec- 
tive avec  la  plus  grande  précision  ,  et  appliquer  les  teintes 
d'après  les  principes  du  clair-obscur.  Un  ouvrage  qu'il  a  pu- 
blié sur  cet  objet  (chez  Gérold ,  à  Vienne),  donne,  dans  la 
première  partie,  une  description  de  l'instrument,  dont  la 
composition  est  très  simple,  et  fait  connaître,  dans  la  se- 
conde, l'usage  du  Quarréographe ,  pour  toute  espèce  de  pers- 
pective. 

Leipsick.  — Bibliographie.  —  Un  résumé  du  catalogue  des  livres 
mis  en  vente  à  la  dernière  foire  de  cette  ville,  peut  donner  une 
idée  de  la  proportion  dans  laquelle  les  Allemands  contribuent  à 
la  propagation  des  connaissances  humaines. 

Ouvrages  :  217  sur  l'éducation  et  livres  élémentaires;  Ca5  sur 
la  philologie,  la  rhétorique,  la  grammaire,  la  langue  allemande 
en  particulier,  et  la  bibliographie;  279  de  poésie,  pièces  de 
théâtre,  romans;  11  de  musique;  66  sur  les  arts  du  dessin  et 
l'archéologie;  19  sur  la  calligraphie;  92  sur  l'arithmétique,  sur 
d'autres  parties  des  mathématiques,  et  sur  l'astronomie;  i35 
d'histoire  naturelle,  en  général,  et  ses  différentes  branches  en 
particulier;  48  de  physique  et  de  chimie;  179  de  médecine  et 
d'art  vétérinaire;  ifô  sur  la  géographie  et  l'histoire,  non  com- 
TOME   VI.  42 


6i6  EUROPE. 

pris  les  cartes  et  les  plans,  publiés  séparément  ;  ^o  sur  le  droit 
politique  constitutionnel  dos  Etats  ;  i3o  sur  l'économie  politique, 
la  statistique,  la  législation,  la  jurisprudence,  la  police;  42  sm 
l'art  militaire  ;  58  de  philosophie  spéculative  et  de  morale;  363 
sur  la  théologie,  le  droit  canon,  l'histoire  ecclésiastique,  y  com- 
pris les  sermons  et  les  livres  de  prières;  1 8  pour  et  contre  les  Juifs, 
65  mémoires  académiques  et  autres  mélanges  ;  \o  périodiques,  ou 
journaux  littéraires,  non  compris  ceux  purement  politiques. 
Total  ,  2^o3  ouvrages. 

Prague.  —  Littérature  Bohémienne.  —  Parmi  les  anciens  ou- 
vrages en  langue  bohémienne,  il  n'y  en  a"  aucun  qui  offre  plus 
d'intérêt  que  la  Chronique  de  Bohème,  par  W.  H.  de  Liboozan 
(  Ceska  Kronyka  od  ff^aclawa  I/agka  z  Liboezan.).  Cet  ouvrage 
est  devenu  si  rare  qu'on  ne  le  rencontre  plus  que  dans  les  ventes 
publiques,  où  des  exemplaires  incomplets,  et  même  à  moitié  dé- 
chirés, se  paient  un  prix  exhorbitant.  C'est  ce  qui  a  détermine 
l'Imprimerie  royale  de  Prague  à  faire  une  réimpression  de  cette 
Chronique,  absolument  conforme  à  l'original,  avec  toutes  les 
gravures,  armoiries,  et  autres  ornemens.  L'entreprise  mérite 
d'autant  plus  d'encouragemens,  qu'elle  contribuera  à  la  conser- 
vation d'une  langue  qui  n'est  guère  cultivée  de  nos  jours.  L'ou- 
vrage, qui  formera  i3o  feuilles  d'impression,  paraîtra  de  mois  en 
mois  ,  par  livraisons  de  8  feuilles. 

Hongrie.  —  Littérature  hongroise.  —  La  littérature  hongroise 
commence  à  prendre  son  essor;  les  traduction!  surtout  étendent 
chaque  jour  son  domaine.  Horace  a  été  traduit  en  vers  métriques 
par  M.  Grégoire  Edes  ;  la  traduction  en  langue  hongroise  du 
forage  du  jeune  slnacharsts  paraît  à  Klauscmbourg;  le  savant 
Transylvanien  Farkasa  très  bien  traduit  don  Carlos,  de  Schiller. 
Nous  ne  ferons  pas  mention  de  beaucoup  d'autres  traductions; 
m. us.  eé  qui  doit  intéresser  particulièrement  les  bibliophiles 
d'Allemagne,  c'est  que  INI.  Gai ,  bibliothécaire  de  S.  A.  le  prince 
Esterbaty,  s  occupe  de  la  traduction  des  principaux  drames  hon- 
grois. Klle  vient  d'être  annoncée,  et .paraîtra  incessamment  chez 
Trassler ,  à  Rruun. 

D'un  autre  côté,  M.  le  comte  Mailalh  va  terminer  la  traduc- 
tion de  divers  morceaux  poétiques,  par  lesquels  on  pourra 
juger  des  richesses  que  possèdent  les  IVlaygarcs  en  ce  genre. 


EUROPE.  617 

Parmi  les  pièces  de  théâtre  les  plus  récentes  ,  on  distingue  une 
tragédie,  intitulée  Stibor,  et  une  comédie,  intitulée  A'kerok  (le 
mandataire  chargé  de  demander  en  mariage  au  nom  de  l'épou- 
seur.)  L'auteur  de  ces  deux  pièces  est  M.  Charles  Kisfaludi. 

Publications  prochaines.  —  Heidelbero.  —  Livres  élémen- 
taires, d'après  les  principes  de  Pestalozzi.  —  La  librairie  de 
IVIohr  et  Winter  s'est  chargée  de  la  publication  de  plusieurs  nou- 
veaux ouvrages  élémentaires  de  M.  Joseph  Schmidt ,  l'un  des 
professeurs  de  l'institution  de  Pestalozzi,  à  Yverdun.  Le  béné- 
fice qui  pourra  résulter  de  cette  publication  est  destiné  à  doter 
l'établissement  gratuit  que  M.  Pestalozzi  a  fondé,  dans  le  but  de 
former  des  instituteurs  des  deux  sexes  pour  les  écoles  des  pau- 
vres. La  collection  des  nouveaux  ouvrages  de  M.  Schmidt  for- 
mera  six  volumes.  Les  cinq  premiers  traiteront  divers  sujets  de 
mathématique*  ,  d'après  les  principes  du  vénérable  doyen 
d'Yverdun;  et  le  sixième  renfermera  une  collection  de  modèles 
<îe  dessin,  pour  la  plupart  lithographies,  et  exécutés  par  les  élèves 
de  l'institution  de  Pestalozzi.  Le  prix  de  chaque  volume  sera  de 
4  francs  pour  les  souscripteurs. 

Bavière.  —  Beaux-Arts.  —  Hommage  a  la  mémoire  de   Ra- 
phaël. —  Le  6  avril  dernier,  trois  siècles  s'étaient  écoulés  depuis 
la  mort  de  Raphaël.  Ce  jour  mémorable  dans  les  annales  des  arts 
avait  inspiré  à  ceux'qui  les  professent,  et  à  quelques  amateurs  de 
Munich,  l'heureuse  idée  d'en  célébrer  le  jubilé  d'une  manière 
digne  du  peintre  immortel.  A  cet  effet,  un  grand  pavillon  situé 
au  milieu  d'-ua  beau  jardin  ,  dans  les  environs  de  la  ville,  avait 
été  décoré  de  couronnes  et  de  guirlandes,  entre  lesquelles  on  avait 
placé,  soit  en  gravuces.ou  en  copies,  les  principales  productions 
de    ce    grand   peintre,  dont  le  buste,    placé  au    centre,    était 
couronné  de  lauriers.  Un  tableau  transparent  du  plus  bel  effet,  et 
représentant  l'apothéose  de  Raphaël,  remplissait  tout  le  fond  du 
salon.  On  y  voyait  le  jeune  artiste,  conduit  par  son  maître  IVi  q. 
gino  ,  montant  les  marches  de  l'éternité  ,  dont  le  vieux  Cimabuu 
lui  ouvrait  les  portes.  Pour  le  recevoir  dans  ce  séjour  céleste  ,  on 
voyait  d'un  côté  du  sanctuaire  Giotto ,   Fiesole,  Giovanni,  Hcl- 
Jini  et  Van  Eyck;  de  l'autre  coté,  Masaccio,  Ltootrdo  ,  iMichel- 
Ange,   Titien,  Fra  Bartolomeo   et  Albert  Dorer.  Pendant  que 
l'on  admirait  ce  beau  tableau,  des  sons  harmonieux  se  »uut  fait 

42* 


SiS  EUROPE 

entendre,  et  un  cantique  à  la  louange  de  Raphaël  a  été  chante'  par 
plusieurs  musiciens,  membres  de  la  Société.  Ensuite  ,  un  orateur  a 
prononcé  un  discours  analogue  à  la  circonstance  ,  et  la  solennité' 
s'est  tei  minée  par  un  repas  dans  lequel  a  régné  une  véritable 
fraternité. 

Hambourg.  —  Lithographie.  —  Les  progrès  que  la  lithographie 
a  faits  à  Hambourg  pour  la  netteté  ,  l'élégance  et  le  fini  de  l'exé- 
cution ,  surpassent  peut-être  ceux  de  tous  les  établissemens  litho- 
graphiques de  l'Allemagne.  Les  artistes  hambourgeois,  qui  cul- 
tivent la  lithographie,  sont  généreusement  encouragés,  tant  par 
le  corps  administratif,  que  par  les  particuliers.  Sans  parler  du 
graijd  nombre  de  cartes  géographiques,  topographiques  et  hydro- 
graphiques qu'ils  ent  fait  paraître  depuis  quelque  tems,  et  qui  ri- 
valisent avec  les  caites  gravées  au  burin  ,  nous  signalerons  quel- 
ques morceaux  d'une  importance  majeure,  exécutés  en  grande 
partie  par  les  deux  habiles  artistes  Grogers  et  Aldtnrath  ,  savoir: 
Un  tableau  d'animaux  dessiné  d'après  Potter,  par  Herterich;  une 
Sainte-Famille  composée  etdessinée  parHarsdorff  j  un  Luther,  en 
pied  ,  et  plusieurs  paysages  exécutés  d'une  manière  particulière 
et  avec  beaucoup  de  grâce  et  d'expression,  à  la  plume  et  au  poin- 
tillé, par  Benedixen;  plusieurs  dessins  d'architecture  gothique, 
par  Bundsen ,  à  Altona.  Mais,  ce  qui  mérite  plus  d'attention  en- 
core, ce  sont  trois  tètes  du  Christ:  lune  d'après  Carlo  Dolce, 
par  Herterich  ;  l'autre  par  Grogers,  dessinée  par  lui-même;  et  la 
troisième,  par  Benedixen  ,  d'après  Albert  Durer.  L'exécution  du 
dessin  de  ces  trois  têtes  est  si  parfaite,  qu'on  les  prendrait  volon- 
tiers pour  de  belles  gravures  en  taille-douce. 

Nécrologie.  —  Berlin.  —  L'Université  et  l'Académie  des 
Sciences  de  cette  ville  ont  perdu  un  professeur  d'histoire  très 
distingué  ,  M.  Buehs ,  historiographe  du  roi  de  Prusse  ,  mort,  le 
20  février,  à  Livourne,  où  il  était  allé  dans  l'espoir  de  rétablir  sa 
santé.  Il  était  né,  en  1780,  à  (ireifswald ,  dans  la  Point  r  anir  *o6 
doise;  où  il  a  occupé,  pendant  quelque  tems  ,  une  chaire  d'his- 
toire. C'est  même  dans  cette  -\ille  qu'il  a  Écrit  son  Histoire  de 
Suède,  en  quatre  volumes;  ouvrage  qui  a  fondé  sa  réputation 
comme  historien.  11  laisse  plusieurs  autres  ouvrages  estimés  ,  tels 
que  V Essai  d'une  histoire  de  la  religion  ,  du  gouvernement  et  de  la 
civilisation  de  1  ancienne.  Scandiniiviv  (1801)  ;  la  statistique  de  I*- 


EUROPE.  ^       619 

Finlande,  sous  ce  titre  :  De  la  Finlande  et  de  ses  habitans  (1809)  j 
les  Lettres  sur  la  Suède  ^i 8 14)*  C'est  lui  qui  a  fait  l'article  Suède, 
dans  la  nouvelle  édition  de  la  géographie  de  Busching;  et,  au  mo- 
ment de  sa  mort,  il  était  occupé  d'une  Histoire  de  Bysance,  d'a- 
près les  anciens  auteurs  bysantins. 

—  Munich. — Le  26  février,  l'Académie  de  Munich  a  perdu  un 
de  ses  membres,  M.  Oppel,  naturaliste  et  peintre  d'animaux.  Jl 
donnait  tout  son  tems  à  la. composition  et  à  la  publication  d'un 
grand  ouvrage  intitulé  :  Description  et  représentation  de  tous  les 
reptiles ,  d'après  un  système  particulier,  et  dont  il  avait  déjà  fait  le 
premier  cahier.  Il  s'était  chargé  lui-même  de  la  gravure  des 
planches  :  ce  travail ,  que  l'emploi  de  l'acide  nitrique  rend  très 
dangereux  ,  lui  a  coûté  la  vie. 

—  Dresde.  —  M.  Kugelgen,  peintre  et  professeur  distingué  de 
l'Académie  de  cette  ville,  a  été  assassiné  par  un  voleur,  le  37 
mars  dernier,  en  revenant  le  soir  de  sa  campagne,  située  aux  en- 
virons de  Dresde.  \\  était  frère  jumeau  du  célèbre  peintre  de  pay- 
sage du  même  nom,  établi  à  Saint-Pétersbourg. 

SUISSE. 
Canton  de  Vaud.  —  Publications  nouvelles.  —  Journal  re- 
ligieux. —  On  publie  ,  depuis  peu,  à  Lausanne,  un  nouvel  ou- 
vrage périodique ,  traduit  de  l'allemand,  intitulé  :  Méditations 
religieuses,  dont  l'éditeur,  M.  C.  Monnard,  ministre  du  Saint- 
Evangile  et  professeur  de  littérature  française  ,  est  également 
recommandable  par  son  érudition  et  par  une  véritable  piété.  Le 
but  de  ce  journal  étant  de  répandre  la  morale  chrétienne  dans 
toutes  les  classes  de  la  société,  l'auteur  a  dû  nécessairement 
s'imposer,  sous  le  rapport  du  style,  quelques  sacrifices  pénibles 
I  l'amour-propre,  mais  dont  les  lecteurs  à  la  fois  éclaires  et  re- 
ligieux, sauront  lui  tenir  compte,  sans  que  d'ailleurs  lisaient 
vien  à  désirer,  quant  au  fond  des  choses,  pour  la  manière  dont 
l'auteur  traite  son  important  sujet.  (Test  du  moins  ce  que  garan- 
tissent deux  articles  intitulés:  l'un  ,  Triomphé  de  la  religion  <kn 
tienne,  l'autre,  le  Culte  domestique,  insérés  dans  les  deux  pre- 
mières livraisons  ,  qui  ont  paru  en  mai  dernier. 

Les  Méditations  religieuses  seront  publiées  régulièrement  tous 
les  quinze  jours,  en  une  feuille  et  demie  ou  deux  feuilles  d'un 
pression  in-8°.  Treize  livraisons  formeront  un  volume  ;   à  la  trei 


foo  EUROPE. 

zième  seront  joints  le  titre  du  volume  et  la  table  des  matières.  Le 
prix  de  l'abonnement  pour  une  année ,  franc  de  port  par  la  poste, 
est  de  10  fr.  5o  c.  pour  la  Suisse,  de  É3  fr.  pour  la  France  et  le 
Piémont,  et  de  18  fr.  pour  l'Angleterre.  On  ne  peut  souscrire 
que  pour  une  année  ,  et  l'abonnement  est  payable  d'avance.  Les 
souscriptions  doivent  être  adressées,  franc  de  port,  à  H.  Fiscber. 
libraire  à  Lausanne.  On  souscrit  aussi  à  Paris,  chez  F'ymery, 
rue  Mazarine,  n°  >o  •  Trcuttcl  et  Wiirtz,  rue  de  Bourbon ,  no  17  ; 
et,  dans  les  autres  villes  de  France,  chez  les  principaux  libraires. 
Berne.  — -  Beanx-Jlrts.  —  Tableaux  transparens.  — Jusqu'à  pré- 
sent, les  peintres,  même  les  plus  habiles,  n'ont  pu  rendre  que 
très  imparfaitement  les  effet!  de  lumière  produits  parle  soleil ,  la 
lune  et  le  feu.  11  paraît  que  M.  Kœnig,  peintre  de  Berne ,  est  par- 
venu à  imiter  la  nature  en  ce  genre,  autant  que  l'art  peut  le  faire, 
en  employant  des  transparens  dans  ses  paysages.  C'est  du  moins 
ce  qu'attestent  tous  ceux  qui  connaissent  ses  belles  vues  de  la 
Suisse,  exposées  en  dernier  lieu  à  Francfort-sur-Mein;  entre 
autres,  la  ville  de  Berne  et  les  environs  d'Lntcrlaken.  la  Chapelle 
de  Tell,  les  feux  de  Saint-Jacques,  sur  les  bords  du  lac  de  Bienne, 
le  lever  de  la  lune  dans  les  enviions  de  Lyss,  près  d'Arberg,  la 
Jungfrau,  vtJC  au  coucher  du  soleil, etc. ,  etc.  M.  Rœniga  exprimé 
avec  une  rare  fidélité  le  véritable  caractère  des  paysages  suisses, 
et  ses  ouvrages  ont  une  parfaite  analogie  avec  cette  nature  ma- 
jestueuse dont  on  ne  saurait  se  former  d'idée ,  quand  on  n'a  point 
gravi  les  Alpes. 

ITALIE. 

Huile  de  p<  pins  de  raisin.  —  On  a  trouvé  ,  dit-on  .  le  moyen  de 
tirer  parti  des  pépilN  dé  raisin  ,  en  en  exprimant'  une  huile  supé- 
rieure à  l'huile  de  noix.  La  lumière  qu'elle  jette  dans  les  lampes 
esl  aussi  brillante  que  celk  de  l'huile  d'olive  ;   l'odeur  cl.  la  fumée 

qui  l'accompagnent  sont  à  peine  sensibles. 

Napi.es. —  Académie  royale.  —  Minéralogie*  —  ÎM.  Broechi . 
•  •witinuant   ses  recherches,  a  lu  à    l'Académie   rcv.de  de    NapleS , 

un  Mémoire  mr  une  espèce  singulière  de  Luialite,  trouvée  dans 

une  lave  du  mont  /  H/turr- ,  dans  lu  Basilieale.  Sripion  Breislalv 
tembla  ;n  <>ir  le  premier  psi  le  de  ce  minéral ,  spei  çu  prés  du  Vé- 
suve, et  qui  est  très  rare  dans  les  collections  minéralogiques.  Il 
lut  ensuite  reconnu  par  le  professeur  Gismondi,  à  Frascati,  et 


EUROPE.  621 

au  pied  du  ment  Alban.  Quoique  le  nom  de  lazialite  exprime 
l'origine  et  la  localité  de  ce  minéral,  on  a  voulu,  depuis,  l'appeler 
hauyna,  en  l'honneur  du  célèbre  minéralogiste  ,  M.  Hauy,  On  l'a 
aussi  trouvée  en  Allemagne.  M.  Brocchi  assure  en  avoir  vu  une 
quantité  extraordinaire  dans  une  lave  provenant  du  mont  Cul- 
ture ,  et  qui  forme  la  plus  grande  partie  de  l'éminence  sur  laquelle 
s'élève  la  ville  de  Melfi.  Ce  naturaliste  infatigable,  après  en  avoir 
fait  diverses  analyses  ,  en  a  décrit  les  caractères  les  plus  saillans 
et  les  accidens  les  plus  singuliers. 

Turin.  —  Académie  royale. — La  classe  des  sciences  physiques 
et  mathématiques  a  tenu,  le  14  mai,  une  séance  présidée  par  M.  le 
comte  Balbe,  ministre  des  affaires  intérieures,  président  de  l'Aca- 
démie. M.  le  professeur  Borson  a  fait,  au  nom  d'une  commission, 
un  rapport  sur  le  voyage  de  M.  Zumstein  au  Mont-Rose.  M.  le 
professeur  Caréna ,  au  nom  d'une  autre  commission,  a  fait  un 
rapport  sur  un  autre  ouvrage  de  M.  Zumsteiu  ,  concernant  la  ra- 
reté toujours  croissante  des  bouquetins  dans  les  Alpes  ,  et  sur  les 
moyens  d'y  remédier.  La  classe,  approuvant  les  conclusions  des 
rapports  ,  a  arrêté  d'insérer  dans  ses  Mémoires  la  description  du 
premier  voyage  de  M.  Zumstein,  et  de  proposer  au  gouvernement 
les  mesures  convenables  pour  prévenir  le  décroissement  ultérieur 
de  la  race  des  bouquetins.  Une  commission  est  chargée  de  fournir 
à  M.  Zumstein  toutes  les  instructions,  et  généralement  tout  ce 
qui  peut  contribuer  au  succès  d'un  second  voyage  au  Mont-Rose. 
M.  Vassali-Candi ,  secrétaire  perpétuel,  a  lu  une  note  sur  les  der- 
nières mesures  trigonométriques  du  Mont-Blanc  ,  et  a  fait  sentir 
l'utilité  qu'il  y  aurait  à  les  comparer  avec  la  hauteur  du  Mont- 
Rose.  M.  Borson  a  lu  une  partie  de  son  travail  sur  l'ornitographu 
piémontaise.  M.  PJana  a  lu  une  note  tendante  à  rectifie'  un  ar- 
ticle de  la  Revue  Encyclopédique ,  de  Paris  ,  {relatif  au  prix,  rem- 
porté à  l'Institut,  par  MM.  Carlini  et  Plana. 

JY.  B.  Aussitôt  que  les  Rédacteurs  de  la  Revue,  connaîtront  la 
rectification  désirée  par  M.  Plana,  ils  l'eaapresseronl  <!<•  l'inaérel 
dans  ce  recueil,  qui  sera  toujours  ouvert  à   de  semblable!  1 
mations. 

— Dans  la  séance  ordinaire  tenue  par  la  classe  dei  m  i  iflce  phy- 
siques et  mathématiques  (juin  1820),  M.  le  docteur  Bellardi  a 
fait  un  rapport  sur  le  travail  de  M.  le  docteur  Gatti,  auteur  de  la 


622  EUROPE. 

Topographie  médicale  du  Montferrat;  il  en  sera  fait  mention  ho- 
norable  dans  les  Mémoires  de  la  classe.  M.  le  professeur  Caréna  a 
lu  des  observations  sur  quelques  espèces  de  sangsues.  JVI.  le  pro- 
fesseur Bonelli  a  fait  connaître  trois  animaux  de  la  classe  des  rep- 
tiles ,  non  encore  décrits  ,  et  envoyés  de  Sardaigne.  M.  le  profes- 
seur Borson  a  présent  édeux  échantillons  de  pierres  à  champignons, 
envoyés  de  INaples,  l'un  desquels,  mis  dans  un  vase  plein  de  terre 
humide  ,  était  chargé  de  trois  champignons  sortis  de  celte  pierre. 
—  Lithographie.  — M.  Félix  Testa,  de  Turin,  ayant  le  premier 
introduit  l'impression  lithographique  dans  les  Etats  sardes,  S.  M. 
lui  a  accordé  un  privilège  de  dix  ans,  pour  l'exercice  de  ce  nou- 
veau genre  d'industrie. 

Royaume  de  Naples.  —  Mouvement  de  la  population.  —  Au 
irr  janvier  1819,  on  comptait  dans  ce  royaume,  non  compris  la 
Sicile,  5,oo6, 883  individus,  dont  2,{32,43i  du  sexe  masculin  , 
et  2,574>4^2  ^u  sexe  féminin.  Le  \el  janvier  1820  ,  la  population 
était  de  5,097,343  habilans,  dont  2,478,909  du  sexe  masculin, 
et  2,6i8,434  du  sexe  féminin. 

La  population  s'était  donc  accrue,  pendant  le  cours  de  l'année, 
de  90,4^0  individus. 

En  1818,  il  y  a  eu  48,791  mariages;  en  1819,  on  en  a  coni|>ir 
69,572;  ce  qui  fait  20,781  mariages  de  plus  dans  celte  dernière 
année. 

Publications  nouvelles.  —  On  annonce  comme  devant  être 
publié  à  ChamlxMy,  dans  le  courant  de  M  mois  ,  par  Puthod  et 
Bergoin  neveu ,  libraires  ,  i°  le  Manuel  du  bon  Fermier,  ou  Cours 
thtioriqua  et  pratique  ef 'Agriculture ,  renfermant  tous  les  principes 
généraux  et  tous  les  détails  de  la  meilleure  économie  rurale ,  pro- 
pres a  la  Savoie  et  aux  pays  voisins  ;  par  M.  Gaymt  aîné.  Le  prix 
de  cet  ouvrage,  formant  1  vol.  in-8°  ,  sera  de  2  fr.  5o  c.  ; 
>u  l' E imite  de  S aint-Sa lurnm  ;  Recueil d"1  articles  de  Mœurs  et  de 
critique  ,  extraits  en  partie  du  journal  de  Savoie  ;  1 rr  et  xr  li\  rais., 
comprenant  quatre  feuilles  d'impression  ,  oufij  pag.  in-8°.  l*rix 
.'.es  deux  livraisons:  Soc.  pour  les  souscripteurs ,  et  1  fr.  pour 
ceux  qui  n'ont  pas  souscrit. 

Rovadmes  de  INaples  et  de  Sicile. — Antiquités.  —  M.  Brocchi, 
naturaliste  très  instruit  ,  voyageant,  dans  1rs  ro\;iuinr>  de  INaples 
-.1  de  Sicile,    vient  d'adresser  à  M.  Barthélémy  Borghcse,   au»t- 


EUROPE.  625 

quaire  fort  distingué  ,  les  notes  suivantes ,  qui  nous  ont  paru 
dignes  d'attention. 

M.  Brocchi  s'était  propos*'  de  recueillir  le  plus  qu'il  serait  pos- 
sible ,  les  inscriptions  lapidaires  de  la  Calabrc,  dont  iljja'existe 
qu'un  petit  nombre  :  malheureusement,  il  n'y  a  découvert  que  très 
peu  de  ces  monumens  ;  à  peine  en  trouve-t-on  quelques-uns  en 
langue  latine,  à  Monteleone  et  à  Reggio,  et  l'on  n'en  trouve 
presque  aucun  là  ou  {lotissaient  autrefois  les  républiques  de 
Locres,  de  Sibaris  ,  de  Methaponte  et  d'Héraclée.  On  remarque 
la  même  disette  dans  le  pays  d'Otrante.  11  n'en  est  po-  ainsi  Je  la 
Basilicate  ,  qui  en  conserve  un  grand  nombre;  mais  elles  sont 
généralement  connues.  M.  Brocchi  signale  une  de  ces  inscriptions, 
qu'il  a  trouvée  à  Melfi,  appartenant  vraisemblablement  à  la  voie 
Appienne,  etdemeuréeinconnue  jusqu'à  ce  moment.  Touteflàcée 
qu'elle  est ,  elle  paraît  se  rapporter  à  Caius  M  a  r  eus  P^alerius 
Dioctétien  ,  et  à  Caius  Marius  Aurerius  Maxim  il  ien  ,  à  Théndose 
et  à  Arcadius,  au  tyran  Maximus  et  à  Flavius  Victor,  son  fils. 

Le  voyageur  a  reconnu  que,  dans  la  Sicile,  les  inscriptions  sont 
aussi  rares  que  dans  la  Calabrc.  Mais  ,  ce  qui  a  fixé  particulière- 
ment son  attention  ,  ce  sont  1rs  fouilles  commencées  par  Le  luron 
Jtideca,  à  Palazzuolo,  distante  de  dix-huit  milles  de  la  ville  de 
Koto.  Il  est  étonnant  qu'un  simple  particulier  poasss  l'amour  de 
l'archéologie  au  point  d'y  sacrifier  presque  toute  sa  fortune  Cet 
homme  entreprenant  est  parvenu  à  déterrer  les  restes  d'une  an- 
cienne ville  qu'on  croit  la  ville  dV/c/e ,  dont  la  position  a  été 
Jong-tems  un  sujet  de  dispute  parmi  les  antiquaires.  On  y  a  dé- 
couvert jusqu'à  présent  des  sépulchres,  des  catacombes  ,  ressem- 
blant par  la  forme  à  celles  de  Syracuse,  plusieurs  inscriptions 
payennes,  et  un  plus  grand  nombre  encore  de  chrétiennes. 
M.  Judeca  prétend  avoir  constaté,  par  l'interprétation  de  quel- 
ques médailles,  que  la  ville  tYAcre  subsistait  encore  en  1070. 

On  a  recueilli  dans  ces  catacombes  beaucoup  d'antiquités  de 
différons  genres,  tant  sacrées  que  profanés,  mais  point  de  cet 
vases  qu'on  désigne  sous  le  nom  d'étrusques.  Parmi  les  ouvrages 
des  anciens  tems  ,  on  remarque  un  puits  profond,  pratiqué  dans 
la  roche  calcaire,  où  l'on  puise  d'excellente  eau.  De  tous  les 
monumens  qu'on  a  exhumés  jusqu'ici,  l'on  a  formé  un  immense 
musée,  le  plus  riche  et  le  plus  intéressant  de  tous  ceux  qui  exis- 


6»4  EUROPE. 

t.ent  en  Sicile.  Outre  un  grand  nombre  de  bas-reliefs  et  d'inscrip- 
tions ordinairement  grecques ,  on  y  voit  des  ustensiles  divers, 
des  vitres  coloriées,  des  lampes  ,  des  médailles,  des  ouvrages  de 
plastique,  bustes,  vases  ,  ambres  ,  etc.  M.  Judeca  se  propose  de 
publier  ,  à  Messine  ,  un  ouvrage  destiné  à  décrire  et  expliquer 
toutes  ces  antiquités.  M.  Brocchi  craint  que  ce  savant  archéo- 
logue ne  puisse  continuer  une  entreprise  aussi  dispendieuse  , 
sans  l'assistance  du  gouvernement,  et  il  déplore  l'état  de  dégra- 
dation de  la  plupart  de  ces  monumens  outragés  par  le  tems  ,  et 
plus  encore  par  des  artistes  peu  exercés ,  qui  ont  prétendu  les 
restaurer. 

Rome. —  Tnvil)caux  antiques.  —  En  fouillant  le  sol  d'une  vigne, 
sur  la  droite  de  l'ancienne  voicAppienne,  appartenant  à  M.  Amen- 
dola,  on  a  trouvé  deux  longues  rangées  de  tombeaux  antiques, 
■  nés  les  uns  contre  les  autres,  décorés  île  marbre  et  de  pein- 
ture •  quelques-uns  contiennent  des  urnes  cinéraires.  Un  mur 
lormait  l'enclos  de  ce  cimetière  romain,  Je  premier  qu'on  ait  en- 
core découvert  ;  car,  jusqu'à  présent,  on  n'a  trouvé  les  tombeaux 
anciens  que  dispersés  isolément  dans  les  campagnes,  et  surtout 
le  long  des  grandes  routes,  quoique  vers  Psaples,  et  au-delà  de 
Naplea  ,  plusieurs  fouilles  aient  fait  découvrir  des  cimetières  an- 
tiques, ou  céramiques,  généralement  placés  à  l'entrée  des  villes. 
Comme  on  le  voit  à  PotBpéï,  et  dans  les  dissertations  de  Giiisli- 
niani  sur  le  petit  céramique  ou  sepolcreti ,  trouvé  aux  environs  de 
Paléopoli  v  l'ancienne  TSaples).  La  seule  médaille  qu'on  ait  trou- 
a  ri-  dans  ce  champ  de  repos,  est  du  régne  de  Caracalla  :  les  bas-re- 
liefs qui  ornent  trois  urnes  cinéraires,  paraissent  être  de  la  même 
époque. 

S  A  VOUE. —  Nécrologie. —  Le  célèbre  peintre  Girolaino  Rrusca, 
élève  <l<'  Meogs  et  de  P»attoni,est  mort,  le  3o  mars,  Agé  de  soixante- 
dix-huil  ans.  à  Savone,  lieu  de  sa  naissance.  Parmi  le  grand 
nombre  de  tableaux  qu'ils  a  I  lits  ,  les  connaisseurs  admirent  sur- 
!  >ut  [es  trois  suivans:  //  Transita  delta  Ji.  fergine ,  placé  dans 
le  ohœur  de  réélise  de  Ar.  Si^nora  délia  I  rtsneyk  Gènes;  S.  Etena 
alCalvario,  dans  une  des  chapelles  latérales  de  la  même  église, 
r\  GiudîlUt,  an  palais  Grimaldi. 


EUROPE.  6s5 

MALTE. 

Enseignement  mutuel.  —  On  s'occupe,  dans  cette  île,  d'appli 
qner  la  me'thode  d'enseignement  mutuel  à  la  langue  arabe,  et  de 
l'introduire  sur  la  côte  d'Afrique.   Déjà,  il  existe  un  petit  livre 
imprimé  en  arabe ,  dans  lequel  la  méthode  est  exposée. 

—  Kaléidoscope ,  applique  à  un  but  moral.  —  M.  l'amiral  Sid- 
ney-Smith ,  qui,  dans  ses  longs  voyages,  a  toujours  consacré  ses 
pensées  et  ses  efforts  à  des  objets  de  bien  public,  et  dont  tous  les 
amis  de  l'humanité  ont  accueilli  avec  reconnaissance  la  belle  et 
utile  Institution  des  chevaliers  libérateurs  des  esclaves  en  Afrique^ 
institution  destinée  à  procurer  le  bienfait  de  l'abolition  de  l'es- 
clavage sur  le  continent,  et  à  délivrer  les  nations  civilisées  eu- 
ropéennes d'une  honteuse  sujétion  aux  puissances  barbaresques, 
vient  de  faire  exécuter  à  Paris  ,  où  il  réside  maintenant,  et 
d'envoyer  dans  le  Levant,  des  haléidoshopes  d'un  genre  perfec- 
tionné ,  dans  lesquels,  au  milieu  des  formes  infiniment  variées 
qui  se  succèdent  par  la  magie  ingénieuse  de  l'optique,  on  lit  des 
sentences  morales,  tirées  du  Coran  ,  écrites  en  caractères  arabes  : 
l'une  est  celle  qui  interdit  la  vente  des  hommes  ;  d'autres  ex- 
priment ces  pensées  :  san>  Dieu ,  aucune  puissance  ;  tous  les 
hommes  sont  frères,  etc. M.  l'amiral  Sidney  Smith,  dontlesrelations 
dans  les  échelles  du  Levant ,  sur  les  côtes  d'Afrique  et  en  Orient , 
sont  très  actives  et  très  étendues  ,  a  envoyé  ,  par  différens  voya- 
geurs,  des  kaléidoscopes,  avec  cette  addition  de  son  invention  ,  à 
quelques  pachas  et  à  plusieurs  consuls,  pour  être  répandus  dans 
les  caravanes,  afin  d'offrir  plus  particulièrement  à  l'attention  de 
beaucoup  d'hommes  encore  ignorans  et  à  demi-barbares,  ces 
maximes  courtes  et  précises,  appuyées  sur  l'autorité  religieuse 
de  leur  code  sacré,  etqui  renferment  les  premiers  élémens  et  les 
germes  tic  la  civilisation. 

g  R  i  :  c.  e  . 

fondation  d'une  Université  h  Corfou.  —  Les  Grecs  des  îles  Io- 
niennes vont  enfin  voir  se  réaliser  leurs  pins  chères  espérances, 
parla  fondation  d'une  Université  à  Corfou.  Lord  Guilford  a  reçu 
du  gouvernement  anglais  les  instructions  nécessaires  pour  exe 
cuter  promptement  ce  projet.  Le  comte  Capo  d'Istria,  nati!  de 
Corfou ,  a  contribué  ,  par  plusieurs  dons,  à  la  dotation  de  cette 


6j6  EUROPE. 

Université  :  en  outre,  il  a  donné  à  M.  Politi,  jeune  savant  de  Leu- 
cade ,  professeur  de  chimie,  dans  la  nouvelle  Université,  le* 
moyens  d'établir  un  laboratoire  de  chimie  complet. 

TURQUIE    EUROPÉENNE. 

CoNSTÀNTiwopLE.  —  Bibliothèque  du  grand-seigneur. — Le  nom- 
bre total  des  manuscrits  que  renferme  la  bibliothèque  du  grand  - 
seigneur,  est  de  1,294:  la  plupart  sont  écrits  en  arabe,  ou  tra- 
duits dans  cette  langue  du  turc  et  du  persan.  Ils  traitent  de  théo- 
logie, de  jurisprudence,  de  logique,  de  philosophie,  de  physi- 
que ,  de  grammaire ,  d'histoire ,  de  philologie ,  et  des  belles-lettres. 
La  théologie  et  la  jurisprudence  ont  fourni  le  plus  d'ouvrages.  Les 
Bibles  arabes  et  syriaques,  en  caractères  antiques,  qui  faisaient 
autrefois  partie  de  cette  collection,  ne  s'y  trouvent  plus.  On  n'y 
voit  aujourd'hui  aucun  manuscrit  latin,  grec  ou  hébreu.  L'édi- 
fice qui  renferme  les  livres ,  a  la  forme  d'une  croix  grecque  :  une 
des  branches  sert  de  vestibule,  et  les  trois  autres,  ainsi  que  le 
centre,  forment  le  corps  de  la  bibliothèque.  Dans  le  vestibule, 
au-dessus  de  la  porte  des  salles  intérieures ,  on  lit  les  mots  sui- 
vans  en  arabe  :  «  Entrez  en  paix.  »  Le  bâtiment  n'a  guère  plus  de 
36  pieds  de  largeur.  Le  centre  est  surmonté  d'une  coupole  assez 
élégante,  que  soutiennent  des  colonnes  de  marbre  :    elle  est  per- 
cée de  plusieurs  fenêtres  qui  éclairent  l'édifice,  et  produisent  un 
cllet  agréable.  11  y  a  douze  armoires  renfermant  des  livres,  dont 
quatre  dans  chaque  salle  :  elles  ont  îles  portes  à  deux  battans , 
garnies  d'un  treillis  d'un  travail  curieux.  Au  lieu  d'être  debout,  les- 
livres  sont  placés  sur  le  côté,  les  uns  au-dessus  des  autres  ;  le  ti- 
tre est  écrit  sur  la  tranche  qui  est  tournée  vers  le  dehors. 

Quoiqu'on  ne  trouve  plus  maintenant  aucun  manuscrit  grec 
dans  le  sérail,  il  est  certain  qu'il  y  eu  avait  plusieurs  au  dix-sep- 
tième siècle.  En  1685,  M.  (liardin,  ambassadeur  français  .1  la 
COUr  Ottomane ,  en  acheta  quinze  «les  meilleurs,  par  l'entremise 

du  Jésuite  Besaier.  Le  reste,  au  nombre  de  cent  quatre-vingts , 

t'nl  vendu  à  Constantinoplc  ,  pour  1 00  livres  chaque.  S'ils  exis- 
tent encore  dans  quelques  bibliothèque^ ,  il  lerail  facile  de  les  re- 
connaître par  les  armes  et  le  cachet  du  Millau,  apposes  sur  tous 
les  ouvrages  qui  font  partie  de  la  bibliothèque.  Les  quinze  manus- 
crits que   se  procura   l'ambassadeur  français  furent  envoyés  à 


EUKOPE.  627 

Paris:  l'un  d'eux  était  une  copie  sur  vélin  de  tous  les  ouvrages  de 
Plutarque;  elle  fut  revue  et  ve'rifiée  par  Wyttenbach,  qui  en  fait 
un  grand  éloge.  Il  s'y  trouvait  aussi  une  copie  d'Hérodote,  dont 
Larcher  fait  mention,  comme  en  ayant  tiré  des  renseignemens 
importans.  Il  paraît  que  la  bibliothèque  fut  volée ,  vers  Tannée 
i638;  car  Gruvius  (Greaves,  Anglais)  acheta  plusieurs  ma- 
nuscrits qu'on  lui  assura  avoir  fait  partie  de  la  collection  du  sé- 
rail. Il  existait  aussi  à  Constantinople,  en  1678,  une  traduction 
arabe  d'un  ouvrage  d'Aristote,  qu'on  croyait  perdu.  Il  y  a ,  dans 
le  sérail,  plusieurs  autres  bibliothèques;  mais,  l'accès  en  est  cons- 
tamment défendu  :  elles  sont  inférieures  à  celle-ci,  qui  passe  pour 
être  la  principale,  et  qui  fut  fondée  par  le  sultan  Mustapha,  en  1 567- 

ESPAGNE. 

Réclamation   adressée  à   M.   le   directeur  de   la  Revue  ency- 
clopédique.     On    trouve   dans   la    Bibliothèque    historique 

(  tom.  3,  pag.  3o5),  une  pièce  intitulée  «  Instructions  don- 
»  nées  par  Joseph  Bonaparte  à  M.  Desmolard ,  son  principal 
»  agent  diplomatique  à  Baltimore1,  pour  être  mises  en  pratique 
»  par  lui  et  par  les  autres  employés  sous  ses  ordres  pour  révolu- 
»  tionner  l'Amérique.  »  Cette  pièce  a  du  être  traduite  d'un  ou- 
vrage anglais  publié  à  Londres  par  M.  Walton,  en  1814,  sous  ce 
titre  :  Histoire  des  dissensions  survenues  entre  l'Espagne  et  l'Amé- 
rique espagnole  (1),  ou  bien  d'un  autre  ouvrage  imprimé  à  Lon- 
dres en  anglais,  en  181 7,  par  un  Américain  du  sud,  et  intitulé  : 
Histoire  de  l'origine,  des  progrès,  et  de  Vétat  actuel  de  la  guerre 
entre  l'Espagne  et  l'Amérique  espagnole  (2).  L'un  des  articles  de 
l'Instruction  porte  que  l'on  devra  gagner  les  domestiques  des 
gouverneurs,  des  intendans  et  des  autres  personnes  en  place,  afin 
de  parvenir  à  empoisonner  leurs  maîtres.  L'intérêt  de  la  vérité 
historique  me  prescrit  d'affirmer,  que  ces  prétendues  instructions 
sont  une  pièce  supposée  et  fabriquée ,  à  l'époque  de  la  révolution 
de  Caracas,  par  des  personnes  intéressées  à  faire  haïr  le  gouver- 
nement du  roi  Joseph.  Celui-ci  était  incapable  de  donner  des 
instructions  secrètes  contraires  à  celles   qu'avait   contresignées 


(1)  Appendix  ,  Document  B,  pag.  1  et  suiv. ,  jusqu'à  U  pa£.  5 
('*)  Un  volume  de  tôi  pag.  in-8° 


6a8  EUROPE. 

son  ministre  des  Indes ,  et  par  lesquelles  il  prescrivait  de  faire 
publierla  constitution  espagnole  décrétée  à  Bayonne  en  1808,  afin 
que  les  Américains  commençassent  à  jouir  des  avantages  de  la 
liberté  de  commerce  qu'on  leur  avait  accordée.  L'intérêt  du  roi 
Joseph  n'était  pas  de  révolutionner  l'Amérique,  mais  bien  de 
conserver  l'union  avec  la  métropole.  On  a  supposé  que  l'instruc- 
tion avait  été  donnée  à  M.  DesmoLird  comme  principal  envoyé  ; 
mais,  la  personne  dont  on  parle  se  nommait  Desmolamh ,  et  elle 
ne  fut  envoyée  ni  comme  principal  agent,  ni  comme  subalterne. 
Elle  n'eut  d'autre  commission  que  celle  de  transporter  en  Amé- 
rique les  SgOBfl  du  roi  Joseph  dans  la  goélette  la  Tilsit,  sur  la- 
quelle elle  lit  voile,  du  port  du  Passage  de  Guipuscoa ,  le  5  oc- 
tobre 1809.  Elle  y  fut  de  retour  le   3  juillet   1810.   La  pièce  en 
question  est  signée  Joseph  Napoléon;  or,    celui  -  ci  ne  signait 
jamais  ainsi;  sa  signature  était  celle  de  tous  les  autres  rois  d'Es- 
pagne :   Yo  el  rey  ;  c'est-à-dire  ,  Moi  le  roi.   La    pièce    suppose 
que  les  commissaires  du  roi  Joseph  étaient  au  nombre  de  trente- 
trois  ,  subordonnés  à  M.  Dcsmolard;  mais,  les  papiers  du  bureau 
du  ministère  des  Indes  font  voir  qu'il  n'y  en  eut  que  trois ,  et 
qu'ils  étaient  tout-à-fait  indépendans  de  M.  Desmolard.  La  pièce 
allirmequelescommissaircsdevaient  se  rendre  à  la  INouvelle-San- 
tander ,  et  à  Tampico ,  dans  le  royaume  de  Mexico  ;  sur  les  côtes 
de  Camayapua  ,  à  Truxillo  et  à  («uatimala;  dans  les    ports  du 
Pérou;    àCumarta;  à  Rio-de-la-Hacha  ;    à  Carthagène;  à  Santa 
l'é  ,  Caracas ,  et  sur  le  resle  de  la  côte  de  la  Terre-Eerme  ;  mais , 
les  papiers  du  bureau  du  ministère  des  Indes  démontrent  que  le 
ministre  écrivit  des  lettres,  seulement   le  7  et  le  18  mars  1809, 
aux  vice-rois   et  aux  gouverneurs  de  la  Nouvelle -Espagne ,  du 
Pérou,  de   la  Nouvelle  -Grenade  ,   de   Buenos-Ayres  ,    de  l'île  de 
Cuba,  et  de  celle  de  Puerto-Rico.  On  a  supposé  que  la  pièce  ori- 
ginale avait  été  trouvée  sur  la  personne  d'un  des  commissaires  fait 
prisonnier;  et,  l'on  ne  dit  pas  où  elle  a  été  déposée  et  consci  \  1  ■« 
Onditseulementque,dans  le  bureau  de  la  secrétairerie  de  la 7t//!lr 
centrale  révolutionnaire  sfe  Caracas,  on  trouva  une  copie  signée 
audit  lieu  de  Caracas,   par  J,  (•■  Hoseio,  le  3i  mai  1810;  mais  . 
aucun  des  trois  commissaires  n'arriva  à  Caracas.   L'un  d  eux  en- 
voya des  lettre!  de  Yeru-Cru/.  .<  Mexico,   el  ayant  passé  quelque 
iems  après  à  la  11  1  vanne  ,  il  y  fut  fait  prisonnier  :  les  deux  autres 


EUROPE.  629 

revinrent  en  Espagne  sans  avoir  pu  pe'nétrer  en  Ame'rique.  Tous 
ces  faits  et  plusieurs  autres  circonstances  sont  constates  dans  les 
archives  du  ministère  des  Indes  •  et  si  quelqu'un  veut  voir  les 
lettres  originales  de  M.  Desmolands  ,  et  d'autres  documens  justi- 
ficatifs de  la  vérité  historique ,  on  ne  fera  nulle  difficulté  de  les 
montrer.  J.  A.  Llorente. 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

Amsterdam.  —  Histoire  naturelle.  —  Le  cabinet  d'histoire  na- 
turelle d'Amsterdam  a  reçu  dernièrement  de  Batavia,  un  croco- 
dile empaillé.  Cet  animal  a  dix-  huit  pieds  et  demi  de  longueur, 
mesure  d'Amsterdam ,  et  peut  être  considéré  comme  le  plus 
grand  que  l'on  ait  encore  vu  en  Europe  j  car,  celui  qui  se  trouve 
au  cabinet  d'Histoire  naturelle  à  Paris ,  n'a ,  d'après  une  descrip- 
tion publiée  en  1807  ,  que  douze  pieds  de  longueur.  Cet  envoi  est 
dû  aux  soins  de  M.  le  professeur  Rheinwaartd,  directeur  des 
sciences  et  des  arts  à  Batavia,  que  la  perte  successive  de  trois  riches 
cargaisons  n'a  pu  décourager  dans  ses  recherches  scientifiques. 

Bruxelles.  —  académie  royale  des  Sciences  et  Belles-Lettres  , 
séances  des  8,  9  et  1  5  mai  dernier.  —  Prix  décernés  et  proposés. 
Concours  de  1820.  —  Questions  </' histoire. 

Première  question.  «  Quel  a  été  l'état  de  la  population  des 
fabriques  et  manufactures  et  du  commerce,  dans  les  provinces 
des  Pays-Bas,  pendant  les  quinzième  et  seizième  siècles?  a  Une 
seule  réponse  à  cette  question  est  parvenue  à  l'Académie,  quia 
décerné  la  médaille  d'or  à  son  auteur,  M.  Frédéric  baron  de 
ReiJJ'enberg,  professeur  à  l'Athénée  royal  de  Bruxelles.  La 
deuxième  questionna  fourni  qu'un  seul  Mémoire,  que  l'Académie 
a  trouvé  trop  incomplet  pour  lui  accorder  même  une  médaille 
d'encouragement.  Les  3e ,  4e  e*>  5*  questions  sont  restées  sans 
réponses.  Sixième  question.  «  Donner  la  notice  historique  et 
littéraire ,  par  ordre  chronologique  ,  des  poètes  latins  des 
Pays-Bas,  avec  l'examen  critique  de  leurs  œuvres  poétiques. 
L'Académie  n'a  reçu  sur  cette  question  qu'un  seul  Mémoire  , 
écrit  en  latin  qui  fait  le  plus  grand  honneur  à  son  savant  au- 
teur, M.  Hqfman  Peerlkamp ,  recteur  de  l'école  latine  de  Har- 
lem ;  il  a  reçu  la  médaille  d'or. 

Questions  sur  les  Sciences.  —  Première  qurstion  :  «  On  suppose 

une  plaque  de  figure  donnée  .  appliquée  sur  une  surface,  soit  au 


C3o  EUROPE. 

moyen  de  vis  dont  on  connaît  le  nombre  ,  Ja  position  et  la  force, 
soit  au  moyen  d'une  matière  intermédiaire,  propre  à  les  unir  soli- 
dement Tune  à  l'autre,  et  dont  on  connaît  également  la  ténacité 
spécifique  :  si  Ton  vient  à  adapter  à  un  point  du  pourtour  dt 
cette  plaqua  un  bras  qui  agisse  dans  le  plan  même  de  la  surface  • 
on  demande  de  quelle  résistance  cette  plaque  sera  capable  contre 
une  force  appliquée  à  ce  bras  comme  levier  ,  en  considérant  la 
matière,  tant  de  la  plaque  que  du  bras  et  de  la  surface,  dans 
toute  l'abstraction  mathématique  ;  c'est-à-dire,  comme  parfaite- 
ment rigide  ou  non  élastique,  comme  inf'ragible  ou  ne  pouvant  sa 
rompre,  etc. ,  etc.  » 

Le  Mémoire  unique  parvenu  à  l'Académie  sur  cette  question 
est  de  M.  Vène  ,  officier  du  génie ,  à  Givet,  auquel  l'Académie  a 
décerné  la  médaille  d'or,  avec  les  plus  grands  éloges. 

Deuxième  question  :  «  Un  corps  étant  suspendu  à  l'extrémité 
d'une  corde  dont  l'autre  extrémité  est  fixée  au  plancher  supérieui 
d'une  chambre  ,  si  on  fait  décrire  à  ce  corps  un  arc  quelconque 
autour  de  l'extrémité  fixe,  et  qu'on  lui  imprime  en  outre  un  mou- 
vement de  projection  ;  on  demande  la  nature  de  la  courbe  à 
double  courbure  que  décrira  ce  corps,  dans  l'hypothèse  de  la  ré- 
sistance de  l'air  en  raison  du  carré  de  la  vitesse.  »  Une  seule  ré- 
ponse a  été  présentée  au  concours  ;  elle  est  de  M.  Pirard,  ingé- 
gi:  tir  du  Waterstaat,  à  Namur,  à  qui  elle  a  valu  la  médaille  d'oi  - 
Les  troisième  ,  quatrième  ,  cinquième  et  sixième  questions  sont 
restées  sans  réponses. 

Septième  question  :  «  Quel  était  autrefois  dans  ce  pays  l'état 
des  vignobles':'  Quelles  sont  les  causes  qui  ont  fait  abandonnei 
cette  culture  ?  Ces  cquscs  sont-elles  physiques,  et  de  nature  à 
éloigner  tout  moyen  de  la  rétablir  avec  succès?  ><  ÎM.  Audoor. 
greffier  en  chef  de  la  Cour  supérieure  de  justice  à  Bruxelles,  au- 
teur du  Mémoire  unique  présenté  sur  cette  question,  a  reçu  dt 
l'Académie  une  médaille  d'encouragement. 

Concours  de   1821.  —  Questions   d'histoire  proposées  fiai 
l' Académie. 

Première  question  :  «  Quel  a  clé  l'état  de  la  population  ,  des  fa- 
briques et  manufactures  et  du  «ommerce  ,  dans  nos  provmces, 
depuis  le  commencement  du  dix-septième  siècle  jusqu'à  l'érection 
du  royaume  des  Pays-Bas  ?  » 


EUROPE.  63 1 

Deuxième  question:  «  Quel  était  l'état  de  la  législation  et  dei 
tribunaux  ou  cours  de  justice  dans  les  provinces  méridionales  des 
Pays-Bas  ,  avant  l'invasion  des  armées  françaises  dans  ce  pays  , 
et  quels  sont  les  changemens  que  la  révolution  française  et  la 
réunion  de  ces  provinces  à  la  France  pendant  près  de  20  ans,  ont 
opérés  dans  la  législation  et  l'administration  de  la  justice  civile  et 
criminelle  ?  » 

Troisième  question:  «  Quel  est,  d'après  l'histoire,  le  caractère 
des  peuples  qui  habitent  les  provinces  méridionales  du  royaume 
des  Pays-Bas?  Ce  caractère  est-il  constamment  resté  le  même, 
ou  a-t-il  éprouvé  des  changemens  ou  des  modifications  sous  les 
diflérens  gouvernemens  auxquels  ces  peuples  ont  été  soumis  ? 

Quatrième  question  ;  «  Quel  était  l'état  des  écoles  et  autres  éta- 
blisseraens  d'instruction  publique  dans  les  Pays-Bas  ,  depuis 
Charlemagne  jusqu'à  la  fin  du  seizième  siècle  ?  Quelles  étaient 
les  matières  qu'on  y  enseignait ,  quels  étaient  les  livres  élémen- 
taires dont  on  s'y  servait  ;  et  quels  sont  les  professeurs  qui  s'y 
sont  le  plus  distingués  aux  différentes  époques?  » 

Cinquième  question  :  «  Donner  une  notice  historique  et  cri- 
tique des  auteurs  qui  ont  le  mieux  écrit  sur  l'histoire  belgique 
pendant  les  quinzième  et  seizième  siécle|^On  demande  que  les 
auteurs  indiquent  les  sources  où  ces  écrivains  ont  puisé  ,  et  qu'ils 
fixent  le  degré  d'autorité  qu'on  doit  à  chacun.  » 

Sixième  question  :  «  Quelles  sont  les  nouvelles  connaissances 
que  Juste- Lipse  a  répandues  dans  ses  nombreux  ouvrages,  et  quelle 
a  été  l'influence  de  ces  ouvrages  sur  la  littérature,  les  sciences 
archéologiques,  historiques  et  critiques,  et  sur  les  écrivains  de 
son  siècle?  » 

Questions  sur  les  sciences  :  —  Première  question.  —  Méca- 
nique. —  «10.  Faire  l'historique  de  la  découverte  du  principe 
des  vitesses  virtuelles,  depuis  Galilée  jusqu'à  nosjours.  a°.  Com- 
parer et  résumer  les  démonstrations  de  ce  principe  ,  trouvées  ré- 
cemment parles  géomètres;  par  exemple,  celles  de  MM.  Carnet, 
Poisson,  La  Place,  Fourrier,  Prony,  Poinsot,  Fossombrouy  , 
Ampère,  Lagrange.  !i°.  Assigner  les  cas  dans  lesquels  le  principe 
est  encore  vrai  pour  les  vitesses  virtuelles  finies,   a 

Deuxième  question  :  —  Analyse.  —  <(  Sur  l'élimination  entre 
deux  équations  à  deux  inconnues. 

TOME  VI.  43 


63a  EUROPE. 

»  Lorsque  quelques-unes  des  racines  de  l'équation  finale  sont 
incommensurables,  comme  on  ne  peut  en  avoir  que  des  valeur* 
approchées  ,  la  substitution  de  chacune  d'elles  dans  les  deux  pro- 
posées, ordonnées  suivant  l'autre  inconnue,  en  altère  les  coefli- 
ciens,  d'une  manière  qu'on  ne  peut  apprécier;  en  sorte  que 
chaque  substitution  dénature,  ou  peut  dénaturer  les  valeurs  de  la 
seconde  inconnue,  c'est-à-dire,  peut  donner  pour  celle-ci  une 
valeur  très  éloignée  de  la  véritable.  On  propose  de  déterminer, 
sans  résoudre  les  équations:  i°  les  limites  extrêmes  des  valeurs 
de  chacune  des  inconnues;  i°  une  limite  au-dessous  de  laquelle 
ne  puisse  tomber  la  différence  entre  deux  valeurs  de  chacune  de 
ces  mêmes  inconnues  ;  ce  qui  rentre  clans  la  méthode  de  Lagrange, 
pour  la  recherche  des  racines  incommensurables  des  équations  à 
une  inconnue,  » 

Troisième  question  .-  «  Décrire  la  constitution*  géologique  de 
la  province  du  Haiuault,  les  espèces  minérales  et  les  fossiles  ac- 
cidentels que  les  divers  terrains  renferment,  avec  l'indication  des 
localités,  et  la  synonymie  des  auteurs  qui  en  ont  déjà  traité.  » 

Quatrième  question:  «  La  définition  du  nectaire,  donnée  par 
4-.innée,  convient-elle  à  tous  les  organes  désignés  jusqu'à  ce  lem> 
sous  ce  nom  ?  En  cas_de  réponse  négative,  on  demande  une  clas- 
sification physiologique  de  ces  mêmes  organes.  » 

Cinquième  question  :  <c  Prouver  ou  réfuter  la  théorie  de  Dalton, 
qui  dit  que  dans  l'atmosphère  les  diflérens  fluides  aériformes  ne 
sont  pas  chimiquement  unis,  mais  seulement  mêlés  mécanique- 
ment, et  de  manière  que  l'un  n'agit  pas  sur  l'autre-  c'est-à-dire- 
que,  par  exemple  ,  les  molécules  d'azote  ne  repoussent  pas  les 
molécules  d'oxygène,  mais  exclusivement  celles  d'azote.  » 

Sixième  question:  «  Quelle  est  la  véritable  composition  chimi- 
que des  sulfures,  tanl  oxides  qu'hydrogénés,  faits  d "après  les 
divers  procédés  ;  et  quels  sont  leurs  usages  dans  les  arts  { 

Septième  question  :  «  Quelle  est  la  vraie  composition  du  bleu 
de  Prusse ,  en  indiquant  l'ordre  de  distribution  de  ses  élémens  ; 
et  peut-on,  d'une  connaissance  plus  intime  de  ce  composé,  dé- 
duire une  méthode  plus  sûre  et  plus  économique  pour  le  (abri* 
quer  ?  » 

Le  prix  sera,  pour  chacune  dfl  ces  questions,  une  médaille 
d'or   du  poids   de    trente  ducat*.  Les  Mémoires,  écrits  eu  latin. 


EUROPE.  633 

français,  hollandais  ou  flamand,  seront  adressés  ,  francs  de  port, 
vant  le  icr  février  1821 ,  à  M.  Van  Hultera,  secrétaire  perpétuel 
de  l'Académie,  à  Bruxelles.  Les  auteurs  auront  soin  de  marquer 
les  éditions  et  les  pages  des  livres  qu'ils  citent.  Ils  ne  mettront 
point  leurs  noms  sur  leurs  ouvrages,  mais  seulement  une  devise 
de  leur  choix,  qu'ils  répéteront  sur  un  billet  cacheté  qui  renfer- 
mera leur  nom  et  leur  adresse. 

La  Haye,  —  Le  Flambeau.  Journal.  —  Cette  feuille ,  com- 
mencée le  Ier  juin,  paraît  trois  fois  la  semaiue  à  La  Haye.  Elle 
s'occupe  principalement  de  politique  5  les  séances  des  Etats- 
Généraux  y  sont  analysées  avec  beaucoup  de  fidélité.  Nous  avons 
cru  devoir  en  faire  une  mention  spéciale,  non-seulement  à  cause 
de  l'esprit  philosophique  et  libéral  qui  préside  à  sa  rédaction,  mais 
surtout  parce  qu'elle  nous  a  paru  se  rapprocher  un  peu  de  cette 
variété,  de  ce  goût  et  de  ces  formes  piquantes  qui  distinguent  les 
journaux  français. 

FRANCE. 

Lyon. — Agriculture. — Nouvel  engrais  végeto-minéral. —  M.  le 
professeur  Grognier  vient  de  publier  à  Lyon  la  deuxième  édition 
d'un  rapport  fait  à  la  Société  d'Agriculture  de  cette  ville,  sur  un 
nouvel  engrais  végéto-minéral,  appelé  Gadoue  artificielle;  rapport 
qui  Est  d'un  grand  intérêt  pour  toutes  les  personnes  qui  s'occu- 
pent d'agriculture.  L'artde  composer  cette  gadoue  artificielle  con- 
siste à  mêler,  dans  une  fosse  d'environ  cinq  pieds  de  profondeur, 
d'une  longueur  et  d'une  lapgeur  variables  ,  un  peu  de  fumier  avec 
itoutes  les  plantes  qu'on  peut  y  jeter,  le  résidu  de  la  cuisine  et  les 
balayures  des  cours,  et  avec  de  la  chaux  ou  du  plâtre  ,  eu  y  ajou- 
tant uneassez  grandequanfité  d'eau  pour  baigner  ce  mélange;  au 
^bout  de  six  mois,  la  putréfaction  a  décomposé  toutes  les  plantes 
et  toutes  les  substances  animales  qui  ont  été  jetées  dans  la  losse  • 
elles  lésa  converties  en  un  engrais  qiuTon  répand  but  la  terre,  au 
printems  et  à  la  fin  de  l'automne:  ainsi  on  fertilise  li">  ten  es  1  blé  , 

a  vigne,  les  prés,  les  prairies  artificielles  et  les  i  hamps  les  plus 
stériles.  Partout  où  cetengrais  a  été  répandu,  les  récoltes  ont  <  té 
abondantes.  M.  Fautet,  qui  paraît  ravoir  employé  le  premier  dans 

es  environs  de  Lyon,  pense  qu'il  ne  revient  p-'s  à  8  sols  le  ton- 
neau, y  compris  ta  main-d'œuvre  ;  tandis  que  la  même  quantité 
de  gadoue  naturelle  coûte  3  fr.  5»)  C. 

.;  1+ 


634  EUROPE. 

La  découverte  publiée  par  la  Société  d'Agriculture  de  Lyon,  e-t 
d'un  intérêt  général  ;  elle  tend  à  livrer  à  l'agriculture  une  masse 
d'engrais  considérable  :  aussi,  la  Société  a-t-clle  décerné  des  mé- 
dailles d'argent  aux  personnes  qui,  les  premières,  ont  com- 
posé cet  engrais  ,  et  au  Polonais  Kriepht ,  qui  a  fait  connaître  la 
manière  de  le  faire  ,  telle  qu'elle  est  usitée  dans  son  pays.  De  tous 
les  procédés  mis  en  usage  pour  composer  cette  gadoue  naturelle, 
la  chimie  a  indiqué  le  plus  avantageux:  c'est  de  préférer  la  chaux 
au  plâtre.  La  chaux  décompose  promptementla  partie  ligneuse  des 
végétaux  ;  elle  a  la  propriété  d'absorber  les  gaz  délétères.  La  fosse- 
doit  être  couverte  et  creusée  de  préférence  au  nord  des  habi- 
tations. 

Cher.  —  agriculture.  —  JVouveau  procédé  pour  préserver 
les  grains  de  la  carie.  —  Un  propriétaire  de  la  commune  d'/i/e  a 
l'ait  publier,  dans  la  Bibliothèque  phj  sico-économique,uuc  recette 
qu'il  emploie  avec  succès  ,  depuis  quatorze  ans,  pour  chauler  les 
grains  et  les  préserver  de  la  carie.  Après  avoir  fait  dissoudre  dans 
l'eau  chaude  du  sel,  dans  la  proportion  de  i  kilogram.  par  quintal 
métrique  de  grain  à  purifier,  et  avoir  bien  écume  jusqu'à  la  fu- 
sion totale  du  sel  ;  il  faut  ajouter  une  quantité  de  cendre  égale  au 
volume  d'eau  ,  et  un  kilogramme  de  chaux;  laisser  refroidir,  et 
arroser  de  cette  eau  le  f  romentdestiné  à  la  semence,  en  le  remuant 
de  manière  que  la  dissolution  s'étende  sur  tous  les  grains.  On  ne 
doit  préparer  que  ce  qu'on  peut  semer  pendant  six  jours  au  plus- 

Gers'.  —  Economie  domestique.  —  Savon  de  vommes'de-h 
—  On  a  constaté  dans  ce  département,  ainsi  que  dans  celui  »lc 
Y  Hérault  t  la  propriété  qu'ont  les  pommes-de -terre  bouillies  et 
el  pelées,  «.!*•  remplacer  le  savon,  dans  le  blanchissage  du  linge  et 
des  étoiles.  Les  nombreuses  expériences  faites  dernièrement  .1 
Paria  dans  la  blanchisserie  de  m. ni. une  Fouques  (à  l'île  S. -Louis), 
ne  laissent  plus  aucun  doute  sur  les  avantages  de  ce  nouveau  pro- 
cédé. (V.  H 'iblinthèijuc  physico-économique ,  avril  l8ao,  page  379, 
si    înnales  générales  des  sciences physiques ,  Y  livraison,  p.  '38.) 

Lyon.  — •  Nouvelle  invention  dynamique.  —  Un  bateau  méca- 
nique, mis  en  mouvement  parla  percussion  du  courant ,  construit 

I  Lyon,  el  dirigé  par  M.  Courte. mi  .  ancien  élève  de  l'Ecole  dtfl 
Conservatoire  dea  Arts  et  Métiers  de  Paris,  a  exécuté  un  voj 
d'expériences  en  remontant  le  Rhonc  de  Givors  à  Lyon-  Le  l>a- 


EUROPE.  635 

teau  portant  la  machine,  et  d'une  construction  analogue,  était 
charge  d'environ  70  milliers  de  pierres  servant  de  lest;  il  remor- 
quait à  sa  suite  deux  autres  bateaux,  chargés  chacun  de  700 
bannes  de  charbon-de-terre.  A  son  passage  à  Vernaison,  pour 
éprouver  la  puissance  de  la  machine,  il  a  été  ajouté  à  la  remor- 
que un  autre  bateau,  chargé  de  Goo  bannes.  Le  bateau  portant 
la  machine  et  les  trois  bateaux  ci -dessus  ont  parcouru  4000  pieds 
en  70  minutes.  Quoique  assez  régulière,  sa  marche  moyenne  est 
de  4<>oo  pieds  par  60  minutes.  On  ne  peut  voir  qu'avec  satis- 
faction les  heureux  résultats  de  cette  expérience,  qui  promet  une 
grande  accélération  pour  les  transports  par  le  Rhône. 

Calvaoos.  —  Histoire  naturelle.  —  On  a  trouvé  au  village 
d1 Allemagne ,  près  de  Caen  ,  le  squelette  d'un  crocodile  fossile. 
—  Un  cabinet  d'histoire  naturelle  a  été  créé  à  Caen  par  les  soins 
de  M.  Vandœuvre,  maire  de  cette  ville. 

—  Sculpture.  —  Le  conseil  municipal  de  cette  ville  a  fait  des 
fonds  pour  l'établissement  d'une  école  de  sculpture.  La  restaura- 
tion du  tombeau  de  la  reine  Mathilde,  placé  dans  une  des  églises 
de  Caen,  vient  d'être  terminée  par  les  soins  de  M.  le  préfet  du 
Calvados. 

Sarthe.  —  FAablissemens  cT  instruction  et  (V utilité  publique.  — 
La  ville  du  Mans  s'est  enrichie  depuis  quinze  ou  vingt  ans  de 
plusieurs  établissemens  de  sciences  et  d'arts.  Elle  possède  une 
bibliothèqne  de  plus  de  40,000  volumes;  un  musée  formé  de  ta- 
bleaux achetés  par  la  ville  ,  et  des  objets  d'arts  que  le  ministère  de 
l'intérieur  lui  a  envoyés;  enfin  ,  un  beau  cabinet  d'histoire  natu- 
relle. Dans  ce  moment,  on  s'occupe  de  former  une  galerie  d'anti 
quités,  et  on  fait  des  dispositions  pour  introduire  le  dessin  li- 
néaire dans  l'école  d'enseignement  mutuel. 

Saône-et-Loire.  —  Enseignement  mutuel.  —  Dessin  linéaire 
—  L'enseignement  du  dessin  linéaire  a  été  introduit  dans  plu- 
sieurs des  principales  écoles  primaires  de  ce  département ,  parles 
«oins  du  préfet  et  le  zèle  des  instituteurs. 

SOCIÉTÉS    SAVANTES    ET    D'UTILITÉ    PUBLIQUE. 

Arras. — La  S ociétépourC encouragement  des  Sciences  ,  Lettres  et 
Artsde  cette  ville  vientd'arretn  le  plati  d'une  Statistique  du  d 
tement  du  Pas-de-Calais  ,  qu'elle  doit  publier.  Pour  rendre  soutv  1 


636  EUROPE. 

vail  vraiment  utile  et  le  plus  exact  possible,  elle  appelle  tous  se* 
membres  a  lui  remettre  des  Mémoires  sur  un  ou  plusieurs  articles 
qui  composent  le  plan  adopté.  Ce  plan  est  diviséen  deux  parties  r 
l'une  physique  ,etl 'autre  technique.  La  première  doit  présenter  la 
description  de  tous  les  objets  fixes  inhérens  au  sol  et  qui  sont  du 
domaine  des  sens,  tels  que  la  topographie,  la  météorologie,  la 
population,  l'agriculture  ,  les  communications  par  terre  et  par 
eau,  les  monumens  publics  et.  l'histoire  naturelle.  La  seconde 
partie  traitera  du  régime  politique,  des  mœurs  et  usages,  de  l'hy- 
giène, du  commerce,  des  manufactures,  de  l'instruction  pu- 
blique ,  des  sciences  ,  des  lettres  et  arts,  de  la  biographie  ,  etc. 

Metz.  —  La  Société  phi/harmonique  vient  d  établir  une  école 
élémentaire  de  musique,  d'après  la  méthode  d'enseignement  mu- 
tuel. Cet.  établissement  promet,  dès  son  début,  le  plus  heureux 
succès.  Le  préfet  a  contribué  aux  frais  d'organisation  et  d'en- 
tretien (i). 

Rouen.  —  La  Société  d'émulation  a  tenu,  le  9  juin,  jour  de 
l'anniversaire  de  la  naissance  du  grand  Corneille,  une  séance  pu- 
blique. Il  a  été  fait  diverses  lectures  et  une  distribution  de  mé- 
dailles d'encouragement.  L'année  prochaine  ,  la  Société  décernera 
un  prix  à  l'auteur  du  meilleur  procède  pour  le  rouissage  du  lin 
et   du  chanvre. 

PAR  IS. 

Institut.  —  J\rowinntion.  —  L'Académie   française  a   nnimn 
M.  Pastoret,  déjà  membre  de  l'Académie  Acs  Inscriptions,  à  la 
place  vacante  dans  son  sein  par  h'  déeès  de  M.  de  Volney. 

SocjSTE  n'.w.nioui/riiRF..  —  JVotirc  indicatif  e  des  sujets  de  prix 
\osea  par  Ut  Sot  wte  ('->) ,  savoir  • 
vj  [•'.  Pour  être  décernée  en  )8jf  ,  i°  pour  un  traite  complet 

(1)  Les  motifs  qui  doivent  faire  comprendre  l'enseignement  du 
<  liant  et  de  la  musique  au  nombre  de6  objets  <;m  nppartienn<  ut  ■ 
I  instruction  primaire  ,  se  trouvent  développés  dans  l'ouvrage  inr 
titille  :  Esprit  de  la  méthode  <T  éducation  de  Pestala    i      ;    m.  11. 

i5q — 2-0. —  3  vol.  in-«S".  Milan,  181.'    Puis.  Raschnud,  lil>. 

{'>.)  On  pint  se  procurer  ,;i  atuitemeut  les  programmes  détaillé  • 
de  la  plupart  de  ces  prix,  cbei  madame  ouiard  née  \  allai  la 
Chapelle),  imprimeur-libraire  de  la  Société,   rue  de  l'Eperon, 

n"  n. 


EUROPE.  637 

de  la  culture  maraîchère.  Prix  :  3ooo  fr.  Pour  (les  descriptions 
partielles  de  diverses  branches  de  cette  culture.  Des  médailles 
d'or.  —  20.  Pour  des  essais  comparatifs  de  culture  des  plantes  les 
plus  propres  à  fournir  des  fourrages  précoces.  Premier  prix  : 
1000  fr.  ;  deuxième  prix  :  5oo  fr.  —  3°.  Pour  l'introduction ,  dans 
un  canton  de  la  France,  d'engrais  ou  d'amendemens  qui  n'y  étaient 
pas  usités  auparavant.  Prix  :  des  médailles  d'or  et  d'argent.  — 
4°-  Pour  des  essais  comparatifs,  faits  en  grand,  sur  différens 
genres  de  culture  ,  de  l'engrais  terreux  (  urate  calcaire  ) ,  extrait 
des  matières  liquides  des  vidanges,  par  MM.  Donat  et  compagnie. 
Prix:  des  médailles  d'or  et  d'argent.  —  5°.  Pour  des  traductions  , 
soit  complètes,  soit  par  extraits,  d'ouvrages  ou  Mémoires,  re- 
latifs à  l'économie  rurale  ou  domestique,  écrits  en  langues  étran- 
gères, et  qui  offriront  des  observations  ou  des  pratiques  neuves 
et  utiles.  Prix  :  des  médailles  d'or  et  d'argent.  —  6°.  Pour  des 
observations  pratiques  de  médecine  vétérinaire.  Prix  :  des  mé- 
dailles d'or  et  d'argent.  —  70.  Pour  la  culture  du  pavot  {œillette), 
à  l'effet  d'extraire  l'huile  de  sa  graine,  dans  un  arrondissement  où 
cette  culture  n'est  pas  pratiquée.  Priv:  des  médailles  d'or. 

JVota. — La  Société  désirant  encourager,  autant  qu'il  est  en  elle  , 
la  propagation  de  cette  importante  culture ,  annonce  qu'elle 
continuera  à  distribuer  des  médailles  pour  cet  objet,  pendant 
quatre  années  successives ,  et  qu'à  la  cinquième  (  1825) ,  elle  dé- 
cernera au  concurrent  qui  aura  obtenu  les  plus  grands  produits, 
un  prix  de  2000  fr.,  et  à  celui  <|tii  en  aura  approché  le  plus,  un 
prix  de  rooo  fr.  La  quantité  de  terrain  ne  pourra  être  moindre 
de  2  hectares  ,  pour  donner  droit  aux  médailles  annuelles.  Le  pro- 
gramme de  ce  concours,  qu'on  peut  se  procurer  à  l'adresse  indi- 
quée dans  la  note  ci-dessus,  est  accompagné  d'une  instruction 
détaillée  sur  la  culture  de  cette  plante  oléagineuse  et  sur  l'huile 
qu'elle  fournit. 

8°.  Pour  la  fabrication  de  l'eau-de-vie  de  pommes-dc-terre. 
Prix  :  des  médailles  d:or  et  d'argent.  —  <)°.  Pour  les  meilleurs  Mé- 
moires sur  la  cécité  des  chevaux,  sur  les  causes  qui  peuvent  'v 
donner  lieu  ,  dans  les  diverses  localités,  sur  les  moyens  de  Jes 
prévenir  et  «l'y  remédier.  Prix:  une  somme  de  1  >no  fr.  et  des 
médailles  d'or  et  d'argent ,  selon  l'importance  «h  s  Mémoires.  — 
io<\  Pour  la   culture,  dans  les  jachères,  de  racines   et  plante» 


638  EUROPE. 

améliorantes,  dans  les  cantons  où  cette  pratique  n'est  pas  en 
usage.  Prix:  des  médailles  d'or  et  d'argent,  et  des  primes  de 
îoo  et  5o  fr. 

§  II.  Pour  être  décernés  en  1822.    110.  Pour  la  pratique  des  ir- 
rigations. Premier  prix:  3ooo  fr.    Deuxième  prix  :  i5oofr.  Pre- 
mier accessit  :  la  grande  médaille  d'or  de    la  Société.  Deuxième 
accessit:  la  médaille  d'or  à  l'effigie  d'O/iV/erJe  terres;  avec  chacun 
de  cesacc  ssit:  son  Théâtre  <T agriculture,  édition  de  la  Société. — 
!2°.  Pour  des  machines  hydrauliques,  appropriées  aux  usages  d< 
l'agriculture  et  aux  besoins  des  arts  économiques.  Prix  :  3ooo  fr 
—  ï3°.  Pour  l'indication  d'un  moyen  efficace  de  détruire  la  cus- 
cute. Prix:   Goo  fr.  —  \\°.  Pour  la   fabrication   de  la  farine  de 
pommes-de-terre  ,  par  des  moyens  économiques.  Prix:  des  mé- 
dailles d'or  et  d'argent.  —  1  5°.  Pour  la  nourriture  et  l'engrais  des 
bestiaux  par  les  pommes-de-terre,   soit  en  nature,  soit  diverse- 
ment préparées,  dans  les  cantons  où  cette  pratique  n'est  pas  en 
usage.  Prix  :  des  médailles  d'or  et  d'argent. 

§  III.  Pour  être  décernés  en  182J.  160.  Pour  la  construction  et 
l'établissement  de  machines  à  égrener  le  trèfle  et  à  nettoyer  sa 
graine.  Premier  prix:  1200  fr.   Deuxième  prix:  600  fr. 

IVota.  Pour  avoir  droit  au  prix  de  1200  francs,  il  faudra  que 
la  machine  présentée  au  concours  procure  une  économie  des 
deux  tiers,  au  moins  ,  de  la  dépense  qu'exige  le  procédé  ordinaire 
de  l'égrenage  du  trèfle  et  du  nettoiement  de  la  graine  ;  pour  celui 
de  600  francs,  la  même  économie  ne  sera  pas  nécessaire,  mais  la 
machine  devra  se  recommander  par  son  bas-prix. 

in°.  Pour  la  culture  et  la  détermination  rel.ttis  e  des  produits 
de  lii  variétés  an  moins  de  pommes-de-tetpré^  comparativement. 

À   hk grosse  blanche,  commune  (n°   6  »  du  Catalogue  publie  par  la 

Société*).  Prix:  des  médailles  d'or  et  d'argent.  —  18*.  Pour  1» 
meilleur  Mémoire,  fondé  sur  des  observations  et  des  expériences, 
à  l'ellét  de  déterminer  si  la  maladie,  connue  sons  le  nom  de  cra- 
paud, des  bêles  à  cornes  et  à  laine,  est  ou  non  «ont. pieuse.  Prâ  : 
IOO0  fr.  Plus,  des  médailles  d'or  et  «l'argent,  pour  les  meilleurs 
Mémoires  qui  traiteront,  en  général  ou  en  particulier,  des  ma- 
ladies, autres  que  le  crapaud ,  qui  affectent  les  pieds  de  ces 
animaux. 


ELKOPli  63<j 

Nota.  Ce  concours  a  été  ouvert,  en  1818,  sur  la  demande  de 
S.  Ex.  le  ministre  de  l'intérieur. 

§  IV.  Pour  être  décernés  en  1825.  19°.  Pour  l'établissement  de  pé- 
pinières d'oliviers.  Premier  prix:  3ooofr.  Deuxième  prix:  2000  fr 

§  V.  Pour  être  décernés  en  1826.  200.  Pour  la  culture  du  pom- 
mier ou  poirier  à  cidre ,  dans  les  cantons  où  elle  n'est  pas  encore 
établie.  Prix  :  des  médailles  d'or  et  d'argent. 

JVota.  Ce  concours  sera  successivement  continué  pour  les  an- 
nées suivantes,  jusqu'à  ce  que  la  culture  des  arbres  à  cidre  ait 
reçu  l'extension  dont  elle  est  susceptible  en  France. 

Conditions  générales  des  concours.  Les  Mémoires,  machines  et  pro- 
duits présentésaux  différens  concours ,  et  les  procès-verbaux  ou  at- 
testations authentiques,  soit  des  autorités  locales,  soit  des  Sociétés 
d'Agriculture  départementales  ou  d'arrondissement,  constatant 
les  faits  annoncés,  devront  être  envoyés  à  M.  le  secrétaire  perpé- 
tuel de  la  Société  ,  sous  le  couvert  de  S.  Exe  le  ministre  de  l'in- 
térieur, ou  jrancs  de  port ,  avant  le  ier  janvier  des  années  respec- 
tives pour  lesquelles  les  prix  sont  annoncés.  Les  concurrens  ne  se 
feront  pas  connaître  (  à  moins  que  la  nature  du  concours  ou  d'au- 
tres circonstances  ne  leur  permettent  pas  de  garder  l'anonyme  )  ; 
ils  mettront  seulement  une  sentence  ou  devise  à  leur  Mémoire, 
ou  bien  ils  y  attacheront  un  billet  cacheté,  qui  renfermera  leur 
nom  et  leur  adresse.  Ce  billet  ne  sera  ouvert  que  dans  le  cas  où  le 
concurrent  aurait  remporté  le  prix  ou  obtenu  un  encouragement. 
La  Société  se  réserve  expressément  la  faculté  de  conserver  et 
d'employer,  soit  en  totalité,  soit  en  partie,  les  Mémoires  qui 
auront  été  envoyés  aux  divers  concours.  Tessier,  président; 
Sylvestre  ,  secrétaire  perpétue/. 

Société  médicale. — Elle  avait  proposé  ,  dans  sa  dernière  séance 
publique  ,  pour  sujet  d'un  prix  de  la  valeur  de  3oo  fr.  ,  la  ques- 
tion suivante  :  «  Déterminer  l'influence  d':  l'anatomie  patholo- 
gique sur  les  progrès  de  la  médecine  en  général,  cl  particulière- 
ment sur  le  diagnostic  et  le  traitement  des  maladies  interne-.  ) 
La  Société  a  reçu  sept  Mémoires  :  aucun  n'ayant  complètement 
rempli  ses  intentions,  elle  s'est  déterminée  à  remettre  ce  sujet  au 
concours.  Ce  prix  sera  décerné  dans  une  séance  extraordinaire  , 
en  octobre  182t. 

Ecole  royale  des  flîùies.  —  Une  ordonnance  du  roi ,  du  5  «K 


64«  EUROPE. 

ccmbrc  181G,  a  crée  neuf  places  gratuites  d'élèves  externes  près 
cette  école.  L'objet  de  celte  institution  qui  n'est  pas  assez 
connue,  est  de  former  des  hommes  instruits,  propres  à  diriger  des 
usines  et  des  établissemens  métallurgiques  en  France.  Six  élèves 
sont  disponibles  en  ce  moment.  Les  établissemens  qui  désire- 
raient s'attacher  quelques-uns  d'entre  eux ,  doivent  adresser  leurs 
demandes,  soit  à  l'Ecole  des  Mines,  rue  d'Enfer,  hôtel  Vendôme, 
n°  34,  soit  à  M.  le  directeur-général  des  Ponts-ct-Uhaussées.  Ces 
demandes  seront  transmises  aux  élèves,  qui  traiteront  de  gré  à 
gré  avec  les  chefs  d'établissement,  sans  que  l'administration 
puisse  s'immiscer  en  rien  dans  leur  détermination.  Une  disposi- 
tion des  réglemens  accorde  aux  enfans  des  chefs  d'exploitation, 
la  préférence  à  mérite  égal  sur  les  candidats  qui  concourent  pour 
les  places  d'élèves  externes  vacantes  à  l'Ecole  des  Mines. 

IVoiweaux  violons.' — Un  des  plus  habiles  luthiers  de  Paris, 
M.  Thibout,  a  soumis  à  l'Académie  des  Beaux-Arts  de  nouveaux 
violons,  qui,  en  conservant  la  forme  et  les  dimensions  ordinaires, 
ont  éprouvé  intérieurement  des  changemens  notoires  et  bien 
calculés.  La  section  de  musique  a  fait  sur  ces  instrumens  un 
rapport  très  favorable  ,  qui  a  élé  approuvé  par  l'Académie. 
M.  Thibout  demeure  rue  Rameau,  no  8. 

Travaux  hydrographiques  sur  les  cnf.es  de  France.  — M.  Bcau- 
lems-Beaupré,  ingénieur  hydrographe  en  chef  de  la  marine,  a 
repris,  depuis  le  mois  de  mai,  ses  travaux  pour  la  levée  de  la 
carte  générale  des  côtes  de  France.  Ses  opérations,  en  1820, 
doivent  avoir  lieu  entre  la  pointe  de  Quiberon  et  l'embouchure 
de  la  Loire. 

Enseignement  mutuel.  — Musique —  La  Société  pour  l'ins- 
truction élémentaire  ayant  décidé,  *lès  le  commencement  de 
l'année  dernière,  que  tes  élément  du  chant  mi  unit  introduits 
dans  les  école*  d'enseignemenl  mutuel,  une  commission  spéciale 

Aient  de  faire  un  nouvel  examen  de  la  méthode  pratiquée  pai 
M.  n<>s(|iiillon-Wilhem  ,    et  elle  a   reconnu  qu'elle  était  la  seule 

qui  fut  assujettie  aux  procédés  <le  cet  enseigne  me<M  .  el  qui  pût 
atteiadrele  but  .qu'on  s'en  était  proposé'.  —  La  Société  a  approuvé 
un  rapport  définitif,  fait  au  nom  de  la  commissiou,  concluant 
.1  l'adoption  dr  la  méthode  de  musique  de  M.  BosquillourWilbem 

pour  toutes  les  écoles  mutuelles  où  il  sera  question  d'introduire 


EUROPE.  64 1 

léchant  élémentaire. —  S.  Exe.  le  ministre  de  l'intérieur  et  M.  le 
préfet  de  la  Seine  ont  donné  leur  assentiment  à  cette  délibération 
de  la  Société.  Une  lettre  de  félicita tion  a  été  adressée  à  l'auteur. 
Par  sa  méthode,  on  pourra  répandre  aisément  dans  toutes  les 
écoles,  des  chants  moraux  et  religieux.  Les  premiers  succès  qu'il 
a  obtenus  promettent  des  résultats  pleins  d'intérêt,  et  qui  ne 
seront  pas  sans  utilité  pour  la  classe  pauvre  etlaborieu-e. 

Bibliographie. — Collection  du  Théâtre- Français ,  depuis  les 
Mystères  jusqu'à  Rotrou.  — Les  amateurs  du  théâtre  n'appren- 
dront pas  sans  intérêt  qu'il  existe  à  Paris,  chez  M.  Royer,  li- 
braire, rue  du  Pont-de-Lodi,  n°  7,  une  collection  des  anciennes 
pièces  de  notre  théâtre  ,  depuis  les  Mystères  jusqu'au  xvic  siècle. 
Cette  collection  ,  composée  de  162  volumes  iu-4°,  a  coûté  de  très 
longues  recherches.  On  trouve,  chez  le  même  libraire,  un  maga- 
sin de  livres  rares,  de  curiosités  littéraires,  de  monumens  histo- 
riques inédits,  et  de  manuscrits  précieux.  Les  amateurs  y  pour- 
ront spécialement  consulter  :  i°  beaucoup  d'ouvrages  histori- 
ques et  de  manuscrits  concernant  les  premiers  poètes  français  ; 
'2°  les  dictionnaires  de  l'ancien  langage  ;  3°  les  poésies  de  plusieurs 
dames  françaises,  depuis  la  reine  de  Navarre  jusqu'à  madame 
Deshoulières  ,  et  de  plusieurs  princes  et  rois  de  France,  protec- 
teurs des  lettres. 

Publications  prochaines.  —  Collection  des  Mémoires  relatifs 
a  la  Révolution  française ,  avec  des  notices  sur  leurs  auteurs  et  des 
éclaircissemens  historiques  •  par  JN1M.  I3i.rvillf.  et  Baiïribrf. 
— Les  éditeurs  de  ce  recueil ,  simples  rapporteurs  auprès  du  pu- 
blic, mettront  sous  ses  yeux  les  documens  historiques,  les  témoi- 
gnages pour  ou  contre,  les  dispositions  connues  ou  secrètes  qui 
peuvent  éclairer  son  jugement  sur  les  causes  et  sur  la  durée  de 
cette  grande  lutte  entre  tant  d'opinions  différentes  et  tant  d'inté- 
rêts opposés,  qui  n'a  pasplus  manqué  d'historiens  que  d'acteurs. 
Des  notices  biographiques  précéderont  chaque  Mémoire,  et  des 
notes ,  puisées  dans  les  écrits  du  tems  ,  éclairciront  les  faits  obs- 
curs ,  rétabliront  les  faits  inexacts.  En  rassemblant  des  écrits 
dictés  quelquefois  par  l'exagération  des  parti-,  les  éditeur!  s'ef- 
forceront de  conserver  toujours  l'esprit  de  justice  et  de  modéra- 
tion qui  convient  à  l'histoire. 

La  collection  des  M, .'moires  comprendra  ceux  de  l'abaut -Saint- 


EUROPE. 

Etienne,  de  Bailly,de  Dusaulx  ,  de  mad.  Roland,  de  Meunier,  du 
marquis  de  Rochambeau  ,  de  Riouffe  ,  de  Rivarol ,  de  Louvet ,  du 
marquis  de  Bouille,  du  général  Dumouriez  ,  du  marquis  de  1er- 
rières ,  du  général  Puisaye,  du  marquis  de  Monfesquiou  ,  de  (Ca- 
mille Desmoulins,  de  M.  Necker,  du  général  Doppet,  de  Beaumar- 
chais, de  Ramel,  de  Job- Aimé,  de  Marmontel,de  Phélippeau,  du 
baron  de  Bezenval,  etc.  La  Collection  sera  publiée  par  souscrip- 
tion :  elle  comprendra  vingt  volumes  grand  in-8°.  — 11  paraîtra 
tous  les  deux  mois,  à  partir  du  i*r  juin  1820,  une  livraison  de 
deux  volumes.  Le  prix  sera  de  1 1  fr.  par  livraison  pour  les  per- 
sonnes qui  auront  souscrit,  et  de  12  fr.  pour  les  non-souscrip- 
teurs. Les  exemplaires  sur  papier  vélin  seront  pavés  le  double. 
La  souscription  sera  fermée  le  jour  où  paraîtra  la  seconde  livrai- 
son.—  On  souscrit  chez  Baudouin  frères,  libraires-éditeurs,  rue 
deVaugirard,  n°  36.  (Sous  presse:  les  Mémoires  de  Bouille  et 
ceux  de  madame  Roland.) 

— Fastes  civils  de  la  France, depuis  l'ouverture  de  rassemblée  des 
JVotablcs ,  jusqu'il  Vannée  1820  ;  par  quelques  amis  de  la  liberti  ■ 
—  Tel  est  le  titre  d'un  ouvrage  qui  aura  de  huit  à  dix  volumes 
in-8°,  de  25  à  3o  feuilles  d'impression  chaque,  et  pour  lequel  on 
souscrit  au  bureau  des  Fastes  civils  de  la  France ,  rue  des  Deux- 
Portes  Hautefeuille,  n°  7,  près  l'Ecole  de  Médecine.  Le  premier 
volume  paraîtra  le  f\  août  prochain.  Prix  de  chaque  volume  ,  im- 
primé sur  papier  superfin,  pour  les  souscripteurs  ,  (>  fr.,  et  7  fr- 
5o  c.  franc  de  port 5  pour  les  non-souscriptcuis,  7  fr.  f>o  c. , 
et  9  fr.  franc  de  port.  Parmi  les  personnes  qui  concourent  à  la 
rédaction  des  fastes ,  on  cita  MM.  Dupont  de  l'Eure,  Manuel, 
membres  de  la  Chambre  des  députés \  A.  V.  Arnault ,  Etienne, 
J.  P.  Pages,  hommes  de  Ici  tics;  Germain,  ancien  administrateur 
du  département  de  Seine-ct-Oise;  Alex.  Goujon,  ancien  officier 
d'artillerie  ,  et  P.-F.  Tissot ,  professeur  de  poésie  lalineau  Collège 

de  France ^  auquel  la  direction  littéraire  de  l'ouvrage  est  confiée 
—  Galerie  française    ou    Cnfù-ction  de  portraits    dèi    hommes 

et  femmes  célèbres    qui    ont  illustré    la  J'r.mcc   dans    les     \f    II 

et  \l'l[I*  siècles.  —  L'ne  société  d'artistes  et  d'hommes 
de  Lettres  se  propose  de  publier,  sous  le  nom  de  Galerie  fran- 
çaise ,  une  collection  de  portraits  lithographies  des  hommes 
et  des  femmes  célèbres  de  la  France  ,  avec  une  courte  notice 


EUROPE.  643 

biographique  sur  chaque  personnage ,  et  le  fac  simile  de  son 
écriture,  autant  qu'il  sera  possible.  Les  portraits  seront  tous 
exécutes  sous  la  direction  de  M.  Gautherot,  par  M.  Vigneron  et 
autres  dessinateurs  distingués.  Les  notices  seront  rédigées  et 
signées  par  MM.  Alavoine,  Andrieux,  Auger,  Denon  ,  Droz,  de 
Forbin  ,  Fourier,  Gautherot,  Landrieux ,  Lémontey,  Lesueur, 
Mathieu  Dumas,  Miel ,  Muriel ,  Richerand,  Roger  et  Villemain. 
La  collection,  composée  de  cent  portraits  environ,  paraîtra  par 
livraison  de  4  portraits,  (\fac  simile  et  4  notices  ,  sur  beau  papier 
vélin  ,  grand  in-4°-  Les  portraits  et  le  fac  simile  sont  confiés  aux 
presses  lithographiques  de  M.  Motte,  et  l'impression  des  notices  à 
M.  Firmin  Didot.  A  partir  du  mois  de  juin,  jusqu'à  l'achèvement 
de  l'ouvrage,  il  paraîtra  deux  livraisons  par  mois.  Dans  le  courant 
de  1820,  les  souscripteurs  recevront  une  introduction  à  la  (Pa- 
ierie française ,  rédigée  par  un  des  auteurs  des  notices,  et,  avec  la 
dernière  livraison  ,  unetablealphabétique.  Le  prix  est,  pour  Paris, 
de  6  fr.  5o  c. ,  et  pour  les  départemens,  de  7  fr.,  par  livraison, 
franche  de  port.  On  ne  paie  rien  d'avance.  On  souscrit  à  Paris  , 
chez  M.  Lcfort,  dessinateur  de  la  grande  édition  du  Musée  ,  rue 
des  Fossés-du-Temple,  n°  4>  et  au  bureau  des  Alliches  pa- 
risiennes, rue  de  l'Arbre-Sec  ,  n°  32. 

IVota.  La  irc  livraison  composée  des  portraits  de  Louis  XII, 
du  cardinal  cl ' Amboise  ,  a  déjà  paru. 

Beaux-Arts.  —  Prix  de  gravure  en  taille-douce.  —  A  partir 
de  cette  année,  les  élèves  qui  remporteront  les  prix  de  gravure 
distribués  tous  les  deux  ans  par  l'Institut,  resteront  à  Paris  ,  et  y 
jouiront  pendant  cinq  années  de  la  pension  que  le  gouvernement 
leur  payait  à  Rome,  où  ils  ne  trouvaient  |pas  les  mêmes  moyens 
qu'en  France. 

—  Médaille  de  Vittorio  Alfieri.  —  M  Donadio  ,  dans  la  gra- 
vure de  cette  belle  médaille,  que  tous  les  Italiens  passionnel  pour 
la  gloire  de  leur  pays  s'empresseront  sans  doute  de  se  procurer  , 
a  fait  preuve  du  même  talent  par  lequel  il  s'était  précédemment 
distingué  en  faisant  les  médailles  de  Joseph  -  Louis  Lagrange  et 
iY  /ùinïus-Quirinus  Pisconti.  Celle  d'Al/icri,  qui  vient  de  pa- 
raîtrons! aussi  remarquable  sous  le  rapport  de  la  ressemblance 
et  du  relief  des  traits,  que  parla  perfection  du  dessin  de  la  tète 
du  Sophocle  de  l'Italie.  Ou  la  trouve  ,  ainsi  que  les  médailles  de 


ï,\\  EUROPE. 

Lagrange  et  de  f^isconti,  au  dépôt  de  la  Société  métallique ,  hô- 
tel de  la  Monnaie,  à  Paris:  prix  de  chaque  médaille,  5  fr. 

Théâtres.  —  Théâtre  -Français.  —  Le  folliculaire.  —  M.  de  la 
Ville,  auteur  de  cette  comédie,  a  été,  dit -ou,  non  pas  follicu- 
laire, mais  journaliste  à  Bordeaux,  en  181 5.  On  pourrait  en  conclure 
qu  il  peint  ce  qu  il  a  vu.  Or,  sa  pièce  est  une  satire  sanglante 
contre  les  gens  du  métier.  C'est  Tartufe  travesti  en  journaliste. 
Impatronisé  chez  un  bourgeois,  nommé  INI.  Dubuisson,  le  gaze- 
tier  Yalcour  s'est  emparé  de  son  esprit,  comme  !\1.  Tartufe  de 
celui  d'Orgon  ,  et  il  ne  vise  à  rien  moins  qu'a  obtenir  sa  fille  et  la 
moitié  de  sa  fortune.  Des  critiques  ont  poussé  plus  loin  le  paral- 
lèle de  l'action  des  deux  pièces  ,  et  trouvé  des  similitudes  jusque 
dans  les  moindres  détails.  La  malignité  publique  a  cru  reconnaître, 
dans  certains  traits,  des  anecdotes  récentes ,  et  Ton  a  entendu 
prononcer  des  noms  propres.  Nous  nous  bornerons  à  remarquer 
que  l'ouvrage  entier  est  écrit  dans  un  esprit  d'aigreur  très  exa- 
géré contre  les  journaux  et  contre  ceux  qui  y  travaillent ,  ce  qui 
n'a  point  le  mérite  de  la  justesse  dans  notre  gouvernement  repi  é 
sentatif ,  ni  celui  de  Tà-propos,  dans  un  moment  où  la  position 
des  journalistes  est  devenue  l'objet  de  la  sollicitude  des  hommes 
éclairés  et  impartiaux.  Tout  cela  ne  nous  empêchera  point  de  re- 
connaître dans  la  nouvelle  pièce,  un  talent  t]  es  remarquable  pour 
la  peinture  énergique  dc^  caractères  ,  pour  la  conduite  vigou- 
reuse d'une  action  constamment  dépouillée  d'entraves  et  de  lon- 
gueurs, et  surtout  un  dialogue  extrêmement  vif  et  piquant,  et  un 
style  plein  de  fermeté  et.  d'e8prit.  M.  dé  la  Ville  avait  déjà  donné 
au  même  théâtre  une  petite  comédie  en  UU  acte  ,  intitulée 
sllexanilrc  et  Ayelles ,  où  Ton  avait  distingue  un  grand  mérite  de 
style.  11  a ,  dit-on,  plusieurs  ouvrages  reçus  à  DOS  deui  tii>  àti  <  s 
français,  et  il  est  probable  que  les  journalistes  dont  il  a  dit  tant 

de  mal,  seron!  condamnés   1  dire  beaucoup  de  bien  de  son  talent. 
—  Oilccm.  —  !.. titiste  ambitieux.   —  Cette  comédie  .  en  cinq 

actes  et  en  vers,  est  de  M.  Théaulon,  don!  on  ne  connaissait  jus- 
qu'à ce  jour  que  des  opéra-comiques  ou  des  vaudevilles  asseï 

médiocres.  11  vient  de  prouver  que  son  talent  peut  atteindre  à  un 
genre  plus  élevé.  1,'artiste  ambilieux  est  un  musicien  qui  a 
épousé  une  demoiselle  de  grande  famille,  mais  sans  bien  ,  qui  ce- 
pendant fait  beaucoup  de  dépenses,  elquivcut  s'ouvrir li  carrière 


EUHOPE.  645 

<ies  places  parle  chemin  de  l'intrigue.  C'est  le  Glorieux,  dans 
une  position  spéciale,  et  cette  position  est  bien  dans  les  mœurs 
du  jour.  Les  trois  premiers  actes  sont  supérieurement  conduits  • 
mais  l'action  se  complique  et  languit  dans  les  deux  derniers  ,  pour 
amener  un  dénoûment  tout-à-fait  médiocre.  Les  rôles  épiso- 
diques  ou  accessoires  sont  presque  tous  agréables  et  piquans  ■ 
mais  le  caractère  principal  pourrait  être  plus  fortement  dessiné. 
Ls  style  de  la  pièce  est  généralement  élégant  et  correct-  c'est 
bien  celui  de  la  bonne  comédie.  On  y  remarque  même  des  pas- 
sages pleins  de  verve  et  des  vers  très  heureux. 


jNécrologie.  —  Anne-Joseph  Bruano,  membre  de  la  Société 
d'encouragement ,  de  la  Société  royale  des  Antiquaires,  de  l'A- 
cadémie de  Toulouse,  etc.  ,  né  à  Besançon,  le  20  janvier  1787, 
était,  en  i8oj ,  sous-officier  dans  les  chasseurs  d'élite  •  eu  180O  , 
avocat  distingué  à  la  Cour  d'appel  de  Besançon  5  en  1809,  chef  de 
bureau  à  la  préfecture  du  Jura  ,  et  successivement  dans  les  pré- 
fectures de  la  Haute-Garonne  et  d'indre-et-Loire  ,  où  il  accom- 
pagna M.  Destouches  ,  son  ami.  Nommé  sous-préfet  à  Vitry  ,  en 
juin  i8i5  ,  sous  le  gouvernement  provisoire  ,  il  montra  autant  de 
sagesse  que  de  courage  dans  ces  momens  difficiles ,  et  sa  conduite 
lui  valut  l'estime  de  tous  les  hommes  justes  et  honnêtes,  quelles 
que  fussent  d'ailleurs  leurs  opinions  politiques.  Postérieurement 
à  cette  époque  ,  il  cessa  ,  pendant  quelque  tems ,  de  participer 
à  l'administration  ;  mais  il  fréquenta  assiduement  les  séances  de 
la  Société  royale  des  Antiquaires  de  France  ,  où  il  lit  lueture  de 
plusieurs  Mémoires  intéressans.  Ce  fut  là  que  l'auteur  de  cette 
notice  eut  le  bonheur  de  le  connaître ,  d'apprécier  les  excel- 
lentes qualités  de  son  esprit  et  de  son  cœur,  et  d'en  recevoir  des 
témoignages  honorables  d'estime  et  d'affection.  Après  le  5  sep- 
tembre 181G,  M.  Bruand  fut  appelé  a  In  sous-préfecture  de  Bar- 
celonnette,  département  des  Basses- Alpes,  et,  peu  après,  à  celle 
de  Belle)',  département  de  L'Ain.  L'exploration  et  la  description 
des  monumens  antiques,  l'encouragement  de  L'utile  méthode  de 
l'enseignement  mutuel  ,  devinrent  plus  particulièrement  L'objet 
de  ses  soins  et  de  ses  travaux.  Déjà,  d'heureux  résultats  avaient 
couronné  ses  nobles  efforts  ,  lorsqu  il  sentit  les  atteintes  de  la 
maladie  qui  l'a  enlevé  dan*  la  force  de  Tijje  :  il  veuait  d'envoyer 


646  EUROPE. 

à  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  de  l'Institut  ,  et 
à  la  Société  royale  des  Antiquaires  de  France,  plusieurs  Mémoires 
sur  divers  sujets  d'archéologie  ,  qui  seront  sans  doute  publies 
dans  ceux  de  ces  deux  Sociéte's  savantes.  On  a  delui  les  ouvrées 
suivans  :  i°  Annuaire  historique ,  statistique  et  archéologique  du 
département  du  Jura;  in-8°,  avec  une  carte  ,  sept  gravures  en 
taille-douce  ,  et  ving-deux  autres  gravures  en  bois  ;  Lons-le- 
Saulnicr,  i8i4-  2°.  Dissertation  sur  la  mosaïque  antique  d' Estavay; 
i  vol.  in-8°  avec  deux  planches.  Tours,  i8i5.  3°.  Mélanges  litté- 
raires ;  i  vol.  in-8°.  Toulouse  ,  i8r5.  4°-  Essais  sur  les  effets  de 
la  musique  chez,  les  anciens  et  chez  les  modernes;  in -8°.  'l'ours, 
i8i5.  Michel  Berr. 

— Boulage. — M.  Thomas-Paschal  Boui.age,  professeur  à  l'Ecole 
de  Droit  de  Paris,  et  avocat  à  la  Cour  royale  ,  est  décédé,  dans 
les  derniers  jours  du  mois  de  mai.  11  exerça  long  tems  avec  bon* 
neur  la  profession  d'avocat  à  TVoye*.  Membre  et  secrétaire  de  la 
Société  académique  du  département  de  l'Aube,  il  publia  diverses 
productions  littéraires,  et  notamment  un  ouvrage  sur  1rs  anti- 
quités du  droit  romain,  qui  a  pour  titre  :  Conclusion  sur  lu  loi 
ilt  s  Douze-Tables  •  traite  rempli  de  recherches  lumineuses  et  sa- 
vantes. Nommé  par  concours,  en  1810,  à  la  chaire  du  Code  civil , 
vacante  par  la  mort  de  M.  Portiez  (de  l'Oise),  M.  Boulage  sou- 
tint à  Paris  la  réputation  qu'il  s'était  acquise  à  'Innés  :  il  sut 
former  d'excellena  élèves,  et  s'en  faire  chérir  et  respecter.  Il  lit 
paraître,  au  mois  de  décembre  1819,  le  premier  volume  d'un  ou- 
rrage,  <|iii  est  le  résultai  de  ses  leçons,  sous  le  litre  de  Principes 
de  J ' urisprudence  française ,  pour  servir  a  Pintelligencq  du  Code 
civil.  On  espère  «pie  L'éditeur,  malgré  la  mort  de  l'auteur,  n'en 

poursuivra  pas  moin  S  la  publication  de  ce  livre  utile,  non-seule- 
ment aux  élèves  de  L'Ecole  de  Droit  de  Paris,  mais  indistinctement 
à  toutes  les  personnes  qui  voudraient  acquérir dea  notions  ûxei  el 

positives  BUT  notre  droit  civil.  On  annonce  un  ouvrage  inéflit  de 
M.  Boulage,  sous  Je  titre  de  Mystères  d'Isis,  comme  étant  sous 

presse  et  dei  Bnl  paraître  incessamment.  Cette  production  lui  as- 
signera, si  l'on  en  doit  croire  le  rapport  de  quelques  connaisseurs, 
un  rang  aussi  distingué  parmi  Les  littérateurs  et  les  savant,  que 
celui  qu'il  avait  acquis  parmi  les  jurisconsultes* 

UN    DU    SIXIÈME    VOLUME. 


AP 
20 

R53 
t,6 


Revue  encyclopédique 


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